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Étude des crédits du ministère du
Revenu
(Dix heures quatorze minutes)
Le Président (M. Boucher): À l'ordre, s'il vous
plaît!
La commission permanente du revenu est réunie pour étudier
les crédits du ministère du Revenu pour l'année
1979/80.
Les membres de la commission sont: M. Gagnon (Champlain), M. Goulet
(Bellechasse), Mme Leblanc-Bantey (Îles-de-la-Madeleine), M. Martel
(Richelieu), M. Mercier (Berthier), M. Michaud (Laprairie), M. Parizeau
(L'Assomption), M. Raynauld (Outremont), M. Verreault (Shefford).
Les intervenants sont: M. Bérubé (Matane), M. Dubois
(Huntingdon), M. Gendron (Abitibi-Ouest), M. Laberge (Jeanne-Mance), M.
O'Gallagher (Robert Baldwin), M. Rancourt (Saint-François), M. Samson
(Rouyn-Noranda), M. Scowen (Notre-Dame-de-Grâce), M. Tremblay
(Gouin).
À l'ajournement de la dernière séance, on avait dit
que nous étudierions ce matin les crédits de
Loto-Québec.
M. Parizeau: Si je peux me permettre, l'entente qui était
intervenue était que ce matin, on examinerait les crédits du
ministère du Revenu et que ce soir, on passerait aux Finances en
commençant par Loto-Québec et la curatelle, et ensuite, les
crédits des Finances. On a appris hier que, semble-t-il, on voudrait
finir l'examen de l'ensemble des crédits du gouvernement pour ce soir,
ce qui crée clairement des problèmes pour certains des membres de
la commission qui avaient l'intention d'examiner les crédits des
Finances plus longuement. Alors, j'ai fait demander au leader tout à
l'heure dans quelle mesure il y aurait moyen de faire une réunion
additionnelle pour les crédits des Finances, peut-être la semaine
prochaine. On attend la réponse dans le courant de l'avant-midi.
Le Président (M. Boucher): II faudrait nommer un
rapporteur pour cette commission-ci. M. Mi-chaud?
M. Michaud: D'accord, M. le Président.
Le Président (M. Boucher): Est-ce qu'il y a des remarques
préliminaires à l'étude des crédits, M. le
ministre?
Remarques préliminaires du ministre M. Jacques
Parizeau
M. Parizeau: Oui. M. le Président. Je voudrais faire un
certain nombre d'observations rapides pour commencer. Le ministère du
Revenu a été caractérisé cette année par, je
pense, trois modifications ou améliorations assez notoires. D'abord, une
amélioration assez nette dans le traitement des formules d'impôt,
en particulier du revenu des particuliers et, d'autre part, par une
amélioration du recouvrement.
En deuxième lieu, nous avons cherché à
améliorer les rapports que nous entretenons avec la clientèle
j'aurai l'occasion d'en dire quelques mots et, en
troisième lieu, je voudrais signaler un certain nombre de nouveaux
programmes dont le ministère du Revenu doit maintenant s'occuper.
Commençons par la question de ce qu'on pourrait appeler la performance
du ministère. Sur le plan de l'impôt sur le revenu des
particuliers, en date du 25 mai, nous avions reçu, pour l'année
d'imposition 1978, 3 200 000 déclarations, et j'aimerais indiquer le
type de performance qui a été atteint par rapport à
l'année antérieure. L'examen de 86%, au 25 mai, de ces formules
avait été fait l'examen visuel contre 82%
l'année précédente. La saisie par les ordinateurs a
été de 85%: en date du 25 mai, contre 80% l'année
précédente. Le traitement de ces formules ou de ces
déclarations a donné ceci, c'est qu'au 25 mai 76% de toutes les
formules avaient été traitées, contre 66% l'année
précédente. Quant aux remboursements, 85% des remboursements
avaient été faits au 25 mai, contre 78% l'année
précédente.
Évidemment, le montant des remboursements est beaucoup plus
considérable que l'année précédente en raison des
effets de la refonte fiscale. Au 25 mai, nous avions remboursé aux
contribuables $503 millions, contre $272 millions l'année
précédente. Sur le plan des recouvrements, je pense avoir
déjà eu l'occasion à cette commission parlementaire, l'an
dernier, de discuter et lors du discours du budget de ce stock de
vieux comptes qui n'avaient pas été recouvrés, ce qui
avait amené, d'ailleurs, le Vérificateur général
à souligner que vraiment des retards de cet ordre étaient
difficilement explicables. Cela faisait, d'ailleurs, que nous commencions
à avoir des problèmes sérieux de recouvrement dans la
mesure où des comptes qui ont déjà plusieurs années
d'âge sont infiniment plus difficiles à recouvrer que des comptes
plus frais.
Il a donc été décidé, dans le courant de
l'année, de recruter un certain nombre d'occasionnels pour une
opération très spécifiquement définie,
c'est-à-dire le recouvrement des comptes de plus de $3000, dont certains
traînaient depuis trois ou quatre ans.
L'objectif était de recouvrer environ $110 millions de ces vieux
comptes de $3000 et plus. Nous avons donc embauché ces 150 occasionnels
et, après neuf mois de cette opération, nous avons
recouvré $96 millions sur $110 millions, ce qui, je pense, est tout
à fait spectaculaire et, en un certain sens, extraordinairement utile
pour l'avenir, dans la mesure où on se rend compte que l'encadrement du
ministère est en mesure d'absorber un aussi grand nombre d'occasionnels
et de faire faire un travail défini. Ensuite, bien sûr, une fois
que le travail est terminé, on ne reste pas pris avec des
employés permanents puisque les occasion-
nels, par définition, quittent leur emploi quand la tâche
est terminée.
C'était, je pense, la première fois qu'on essayait de
faire une sorte de "crash program" d'une taille pareille. Je suis assez
heureux, non pas de me lancer des fleurs à ce sujet, parce que je n'en
suis vraiment pas responsable, mais de présenter des compliments
à ceux, je pense, à qui ces compliments doivent être
adressés, c'est-à-dire à l'administration du
ministère.
Dernier élément au sujet du recouvrement des comptes et de
l'accélération du recouvrement des comptes par le gouvernement.
Des opérations comme celle que je viens d'indiquer, qui n'est pas la
seule opération de recouvrement qui ait été faite, mais
qui a peut-être été la plus populaire, aboutissent au
résultat suivant: c'est qu'alors que les recettes du ministère du
Revenu ont augmenté, au cours de l'année, de 14%, les comptes
à recevoir ont augmenté de 2%. On voit tout de suite l'effet de
la chose.
Pour ce qui a trait au service à la clientèle, nous avions
déjà trois bureaux régionaux: un à Hull, un
à Sherbrooke et un à Jonquière. Cette année, nous
en avons ouvert trois autres je m'excuse, on me souffle Toronto,
évidemment, c'est une autre clientèle, mais c'est une
clientèle quand même à Trois-Rivières,
à Rimouski et à Rouyn. Le sens de l'ouverture de ces bureaux
régionaux c'est de faire en sorte que le contribuable qui a quelque
problème que ce soit avec l'impôt, soit directement, soit par le
truchement de son comptable s'il en a un puisse avoir les
renseignements nécessaires pas trop loin chez lui, sans avoir à
recourir invariablement au bureau de Montréal ou au bureau de
Québec. Par l'utilisation d'écrans cathodiques, on peut
transmettre sur place l'ensemble des renseignements pertinents à un
dossier de contribuable.
Deuxièmement, on a introduit des lignes Zénith à
travers le territoire du Québec cette année de façon qu'un
contribuable qui veut avoir des renseignements sur la façon dont il est
traité, puisse rejoindre les bureaux du ministère sans frais
interurbains. On s'est rendu compte que, dans certaines régions en
particulier, les comptables se plaignaient du fait que les frais d'interurbains
étaient tels que cela augmentait indûment ce qu'ils devaient faire
payer au contribuable et que, quant à un contribuable en particulier qui
courait d'un bureau à l'autre téléphoniquement, cela
pouvait monter son compte assez rapidement. Donc, on a établi des lignes
Zénith qui sont maintenant en place.
Troisièmement, on avait un problème majeur à
Montréal en ce sens qu'on avait beau multiplier les lignes
d'entrée au ministère, les lignes téléphoniques,
c'était constamment occupé; il y avait des plaintes innombrables
que le contribuable n'arrivait pas à avoir une ligne au bureau de
Montréal. On a donc réussi à obtenir un ordinateur de
répartition des appels téléphoniques. Est-ce que son
installation est terminée? La machine en question est installée
depuis le 28 de ce mois, me dit-on.
Finalement voici mes dernières observations il y a
un certain nombre de nouveaux pro- grammes dont le ministère s'occupe.
Le supplément au revenu de travail, dont le système doit
être élaboré au ministère du Revenu et qui sera
administré par le ministère du Revenu. Le crédit
d'impôt foncier, même chose, nouveau programme au ministère
du Revenu. Bien sûr, il y a une modification dans les programmes
existants à cause de la réforme fiscale municipale. Il est
évident que la répartition du produit de la taxe de vente entre
les municipalités disparaît au ministère du Revenu à
partir du 1er janvier 1980. Donc, deux nouveaux programmes qui apparaissent et
un qui disparaît. Voilà à peu près ce que j'avais
à dire comme notes d'introduction.
Le Président (M. Boucher): Merci, M. le ministre.
M. le député d'Outremont.
M. Raynauld: Je ne sais pas si les questions que j'ai à
poser au départ sont vraiment des remarques préliminaires ou des
remarques qui pourraient également être soulevées à
l'occasion des éléments particuliers.
Le Président (M. Boucher): Est-ce que les membres seraient
d'accord pour qu'on fasse des remarques "at large" sur tous les programmes et
qu'à la suite on adopte les programmes en bloc? C'est une pratique qui
s'est faite dans d'autres commissions. On est d'accord là-dessus? On
peut faire les remarques et on adoptera les programmes à la fin.
Merci.
Discussion générale
M. Raynauld: Alors, la première, je voudrais demander si
le ministre veut commenter le dernier rapport du Vérificateur
général en ce qui concerne le ministère du Revenu. J'ai lu
ce rapport mais c'est évidemment un rapport qui se rapporte à
l'année 1977/78, de sorte que je crains qu'il soit un peu
dépassé, et suivant les remarques que le ministre vient juste de
faire, peut-être qu'effectivement il y a des problèmes qui ont
été relevés par le vérificateur qui ont
déjà trouvé une solution. J'aimerais qu'il s'adresse plus
particulièrement au rapport du vérificateur, si possible.
Le deuxième problème évidemment est celui que le
ministre a soulevé tout à l'heure, qui avait été
longuement soulevé l'année dernière, celui de la
récupération des vieilles créances. L'année
dernière, on avait dit que les comptes de deux ans et plus
s'élevaient à $200 millions. Le ministre nous informe qu'en vertu
de son programme d'urgence ou spécial il a pu récupérer
$96 millions déjà sur les $110 millions. Si je comprends bien,
les comptes à recevoir auraient baissé par rapport au total
puisqu'ils ont monté beaucoup moins.
M. Parizeau: C'est cela, ils ont augmenté de 2%, donc les
recettes augmentent de 14%.
M. Raynauld: En pourcentage, les recettes augmentent de 14%. Par
conséquent, lorsque l'année dernière on disait que les
comptes à recevoir
étaient de 4% à 6%, probablement que c'est
inférieur à ce pourcentage aujourd'hui. Je pense qu'on n'a rien
à redire là-dessus, au contraire; je pense aussi qu'on doit
féliciter l'administration du ministère pour l'efficacité
avec laquelle ils ont pu résoudre un certain nombre de problèmes
qui étaient posés.
Sur la récupération des vieilles créances, je ne
peux pas m'empêcher de soulever un problème qui est soulevé
à chaque année vraiment, c'est celui qui avait surtout
été soulevé l'année dernière par le
député de Beauce-Sud mais qui est soulevé
périodiquement dans des rencontres que les députés peuvent
avoir avec des contribuables. C'est le jugement qu'on doit faire, le jugement
le plus équitable possible entre, d'une part, la
récupération de comptes qui doivent être
récupérés sans aucun doute et, ensuite, les impacts que
cela peut avoir dans certains cas particuliers.
J'en ai soulevé un en particulier cette année. Il y en a
plusieurs autres que je n'ai pas soulevés parce que je n'étais
pas convaincu qu'il fallait employer les services du cabinet du ministre pour
examiner des choses qui me paraissaient un peu curieuses. Mais il y en a un que
j'ai soulevé qui me paraît vraiment excessif et je pense qu'il
faudrait voir si, dans cette volonté de récupérer des
comptes, il n'y a pas des cas vraiment iniques qui se posent. Là, je me
demande si c'est fait par des agences de recouvrement, si c'est fait par des
occasionnels au ministère, si c'est fait par des gens qui suivent ces
choses de façon continue. Je fais évidemment allusion ici
à un cas où on essaie de récupérer une somme de
$1100 auprès d'une personne de 71 ans pour une cotisation de $200
qu'elle n'aurait pas payée en 1967-1968. Ceci, évidemment,
lorsqu'on accumule les intérêts sur toute la période, peut
monter à $1100. On a saisi le compte de $400 de cette personne à
la caisse populaire, sans évidemment l'avertir. Lorsqu'elle est
arrivée à la caisse populaire, elle s'est aperçue que son
compte s'était envolé, saisi par le ministère du Revenu.
Là, on lui a fait signer une formule en vertu de laquelle elle
était pour payer $10 par mois pour ce compte. (10 h 30)
Un calcul rapide permet d'établir que cette personne aura
à payer un compte d'impôt jusqu'à l'âge de 82 ans, ce
qui me paraît absolument aberrant et absolument ridicule. D'autant plus
que si le ministère perd des comptes parce qu'ils sont trop
âgés parce qu'on ne peut pas toujours retrouver les
circonstances du cas je pense que la vérité est que, pour
l'autre partie, il en est de même. Dans ce cas, cette personne dit: Je ne
peux absolument apporter aucune preuve. Je n'ai plus les preuves que ces
comptes ont été payés. Je pense qu'ils ont
été payés, mais je ne suis pas capable de le prouver.
C'est en 1967/68. On est rendu en 1979. Il y a un associé qui est
décédé entre-temps. L'entreprise a disparu aussi
entre-temps. Les comptes sont tous partis. Cet homme n'accuse le
ministère en rien. Au contraire. C'est un pauvre type qui voudrait bien
ne pas être ennuyé, être ennuyé le moins possible. Il
n'accuse pas le ministère. Il n'accuse personne. Il dit simplement qu'il
pense que les comptes ont été payés, mais qu'il ne peut
pas le prouver.
Je sais bien que c'est extrêmement difficile pour le ministre. Je
suis certain qu'il ne peut pas donner des règles de procédure ici
mais il pourrait nous assurer que, tout en poursuivant les recouvrements qu'il
doit poursuivre, il tient évidemment aussi à ce que ces
opérations soient faites de la façon la plus humaine possible. Il
reste qu'il semble y avoir des cas celui que je viens de soulever en est
un où on a fait beaucoup de zèle. En tout cas, je ne
m'étendrai pas davantage sur ce sujet. Je ne veux pas prendre plus de
temps qu'il ne faut.
Ma troisième question se rapporte au fonds de relance. J'aimerais
également, sur le fonds de relance, que le ministre puisse nous donner
quelques renseignements supplémentaires sur l'harmonisation qui doit
être faite entre le ministère de l'Industrie et du Commerce et le
ministère du Revenu à ce sujet. Je peux vous dire que lorsque
j'ai participé, en partie, à l'étude des crédits du
ministère de l'Industrie et du Commerce, le ministre n'a pas
été tendre pour le ministère du Revenu. J'aimerais avoir
la version du ministre du Revenu sur les difficultés d'application que
peut représenter...
M. Goulet: ... au congrès.
M. Raynauld: ... c'est cela ... l'application de ce programme de
fonds de relance.
Enfin, ma quatrième question est la suivante. L'année
dernière, le ministre nous avait promis le résultat d'une
étude sur SODIC. J'aimerais qu'il nous fasse état des
résultats de ses réflexions à ce propos.
Je vais en rester là pour le moment, M. le Président.
Le Président (M. Boucher): Très bien. M. le
ministre.
M. Parizeau: M. le Président, le premier problème
qu'a soulevé le député d'Outremont, je pense, est
très réel. Excusez-moi, le premier problème qu'il a
soulevé, c'est la question du Vérificateur général.
Est-ce que je pourrais garder cela pour le dessert, à la fin de mon
intervention, parce qu'il y a vraiment énormément de choses
là-dedans? On peut peut-être discuter des autres questions qu'il a
soulevées et ensuite on passera au Vérificateur
général parce que je ne sais pas exactement jusqu'où il
veut que j'aille dans l'examen de chacun des points. Il y en a toute une
série.
Le problème que soulevait le député d'Outremont au
sujet de la récupération des comptes et, d'une façon
générale, à l'égard de l'établissement des
cotisations, c'est-à-dire le caractère d'équilibre ou,
disons, le caractère humain à maintenir là-dedans, tout en
gardant, cependant, un principe d'équité en vertu duquel tout le
monde doit payer ses impôts, est un problème réel.
J'imagine, que
tous les députés, quel que soit leur bord, rencontrent
dans leur bureau de comté, sinon toutes les semaines, du moins fort
souvent. C'est parfaitement normal qu'un contribuable aille voir son
député en disant: Je viens de recevoir une cotisation; on me
réclame des montants, cela n'a pas de bon sens, c'est beaucoup trop
cher, etc. Pour être député moi-même j'ai beau
être ministre du Revenu, j'ai aussi des gens qui viennent me voir dans
mon bureau j'ai appris à développer une prudence de
serpent à cet égard, parce qu'on trouve deux grandes
catégories; il y a des tas de sous-catégories.
Il y a le contribuable effectivement mal pris et à l'égard
duquel, possiblement, une injustice a été commise et, d'autre
part, il y a le contribuable qui ne nous dit pas tout. C'est seulement quand on
sort le dossier qu'on se rend compte que l'histoire n'est pas tout à
fait la même que celle qu'il nous avait racontée.
C'est pour cela, par exemple, que le cas que soulevait le
député d'Outremont, à première vue, a l'air
d'être dur. Mais je vous avouerai avoir vu d'autres cas, apparemment du
même genre, s'ap-pliquant à de vieilles personnes, où la
vieille personne en question, par exemple, ne nous l'avait pas dit, mais avait
plusieurs comptes en banque ou bien, encore, avait été poursuivie
à deux ou trois reprises dans le passé. Il y avait tout un
iceberg sous la surface, qu'on ne voit vraiment que quand le dossier sort.
Remarquez bien qu'encore une fois ce n'est qu'en allant regarder sur les 3 200
000 les cas un par un qu'on se rend compte si, effectivement, l'administration
a été trop dure ou bien si on ne nous a pas tout dit.
Dans ce sens, la seule solution que j'ai trouvée à cela et
dont je dois dire qu'elle est très utilisée par les
députés a été d'établir à mon bureau,
sous la direction d'un de mes secrétaires particuliers adjoints, un
petit groupe pas très nombreux, ils sont deux, qui reçoit des
plaintes de cet ordre, envoie tout de suite un avis de réception au
député ou au contribuable qui s'adresse directement d'ailleurs
à ce groupe, en disant: On envoie la demande de vérification au
ministère du Revenu et on vous fera rapport dès qu'on l'aura.
Quand le rapport est prêt, on l'envoie. Lorsque le député a
fait la démarche, il reçoit, lui aussi, la conclusion de
l'étude qui a été faite. Advenant qu'il ne soit pas
satisfait par la réponse, comme advenant que le contribuable
lui-même ne soit pas satisfait par la réponse, il peut toujours
revenir à la charge. Je pense que de cette façon, au moins, on
aura réussi à renseigner ceux qui sont mis au courant de cas
pénibles comme ceux-là de l'état de la situation tel qu'on
le voit.
Je ne vois pas beaucoup d'autres moyens de faire en sorte que l'on
puisse, d'une part, répondre à des protestations
légitimes. On peut toujours se tromper. Sur 3 200 000 cas, il est
possible que des erreurs soient faites. D'autre part, non plus, de ne pas se
faire avoir. Jusqu'à maintenant, compte tenu des rapports que
j'entretiens avec, j'imagine, la majorité des députés sur
cette base, je pense que cela a fonctionné assez bien jusqu'à
maintenant.
En tout cas, je n'ai pas eu d'écho que cela posait des
difficultés particulières de fonctionner de cette façon.
Je suis toujours ouvert aux suggestions pour essayer d'améliorer cette
façon de traiter les dossiers, mais je comprends la préoccupation
du député d'Outremont. Tout ce que je peux dire, c'est que
j'ajoute l'autre qui consiste à, effectivement, reconnaître qu'il
faut, quand on reçoit des plaintes, être très prudent. J'ai
vu passer des cas de tous genres, littéralement de tous genres. Aussi
bien des cas où on avait été trop dur, que des cas
où on nous racontait des bobards.
À ce sujet, d'ailleurs, je voudrais simplement donner un chiffre
qui me paraît présenter un certain intérêt. Dans
l'opération de recouvrement, les $96 millions, des comptes de $3000 et
plus, à peu près la moitié se sont réglés
par un paiement direct, et la moitié par des arrangements. C'est
évident que certains contribuables devaient de très grosses
sommes au ministère du Revenu accumulées sur une période
de plusieurs années et qu'on ne pouvait pas leur demander de payer cela
le lendemain matin. Ils n'auraient jamais eu l'argent. Donc, il a fallu faire
des arrangements. Donc à peu près la moitié des comptes,
dans les $96 millions, ont été payés "cash", et l'autre
moitié sous forme d'arrangements qu'on a pris avec les
contribuables.
Le fonds de relance, on va me donner les données les plus
récentes tout à l'heure. SODIC, effectivement, j'ai reçu
le rapport il y a quelques mois, j'ai reconduit tous les programmes de SODIC
jusqu'à ce que je sois en mesure de faire des recommandations au Conseil
des ministres quant à l'avenir de SODIC et l'avenir de son
fonctionnement. Le conseil d'administration temporaire, que j'avais
nommé là, qui est constitué de fonctionnaires, a
simplement reconduit les programmes jusqu'à ce que je me branche sur ce
rapport. Je dois dire que dans mon esprit, dans mon mode de fonctionnement,
cela passait en troisième.
On a commencé, comme vous le savez, M. le Président,
à réorganiser Loto-Québec. Ensuite on a fait changer la
Loi sur la Régie des loteries et des courses. On est en train de mettre
en vigueur, de promulguer les sections de la Loi de la Régie des
loteries et des courses les unes après les autres. Il n'en reste plus
qu'une, je pense, sauf erreur, enfin, une importante, en tout cas. C'est la
Commission de courses elle-même, la surveillance des courses qui sera
promulguée au début de l'automne. On est en train de
s'équiper pour être en mesure que les juges de courses soient
déjà en place, mais l'ensemble de l'activité de
surveillance des courses sera mis en vigueur à l'automne. Depuis le 1er
avril, le contrôle des concours publicitaires et les permis des concours
publicitaires sont en vigueur. Les machines à boules, etc., toute la
réglementation à l'égard des machines à boules est
en vigueur depuis le 1er avril.
Donc, la Régie des loteries et des courses est en train
d'être mise en place. Le nouveau président est nommé.
Troisième étape, dès que j'aurai fini pour cette partie,
je me mets à SODIC sur la base du rapport que j'ai reçu.
Je m'excuse de revenir en arrière, une question qui
intéressera peut-être le député d'Outremont au sujet
de la "férocité" du ministère du Revenu. Il arrive un
moment où, en dépit de cette férocité apparente, il
ne faut pas non plus se couvrir de ridicule. Nous avons une collection de
petits comptes qui traînent dans les livres depuis des années et
où la récupération est impossible ou bien parce que les
gens sont disparus et introuvables ou bien parce que cela coûterait dix
fois plus cher d'aller récupérer $0.75 d'intérêt que
de simplement radier le compte.
Nous allons radier 98 000 comptes de ce genre, pour un montant de $256
000. On va simplement effacer cela, parce que cela devient, à ce niveau,
ridicule de garder des gens au travail pour aller chercher des petits montants
pareils.
M. Goulet: Juste une petite parenthèse, ce ne sont pas
nécessairement des comptes en bas de $3000, de quelques cents ou de
quelques dollars?
M. Parizeau: C'est cela, prenez la moyenne, cela fait $2.50 par
compte.
M. Goulet: La moyenne est de $2.50, oui.
M. Parizeau: Mais il reste que les gens étaient
empoisonnés très souvent par des avis qu'ils recevaient pour
$0.75 depuis des années. On enlève tout cela.
M. Goulet: 98 000.
M. Parizeau: 98 000 petits comptes de cet ordre.
En attendant que les données pour le fonds de relance entrent, je
pourrais peut-être passer à la question du Vérificateur
général.
Pour la question du Vérificateur général, on
suggère que je passe cela point par point; est-ce qu'il y a certains
points qui intéressent davantage le député d'Outremont?
J'en ai une trentaine. (10 h 45)
M. Raynauld: M. le Président, si j'ai posé une
question aussi générale, c'est parce que le rapport de 1977-1978,
au fond, se rapporte dans un certain sens tout à la même chose.
C'est au système d'information, au système de
mécanisation, la façon de faire la comptabilité en
fonction de ce nouveau système. C'est un peu pour cela que j'ai
laissé cela à la discrétion du ministre de voir s'il ne
pourrait pas choisir quelques éléments importants, parce que
j'avais aussi l'impression que beaucoup de ces choses pouvaient être
dépassées. C'est pour cela que je ne l'ai pas fait point par
point.
Il y a une chose qui m'a frappé, si on veut soulever un point en
particulier, c'est la perte de revenus, que le Vérificateur
général estime à $3 600 000 en ce qui concerne les
intérêts qui seraient exigibles sur des comptes à recevoir,
suite à la cotisation, mais qui ne sont pas perçus. Je ne veux
pas soulever ce point plus que d'autres, parce que je n'ai pas l'impression
que... Là encore, c'est le sentiment que j'ai que souvent ce genre de
chose pourrait coûter $5 millions pour aller en chercher $3 millions. Je
ne veux pas, en posant la question, nécessairement endosser la critique,
mais j'aimerais que le ministre nous fasse des commentaires sur des
observations de ce genre pour voir qu'est-ce que lui, de son côté,
estime être la réalité, compte tenu aussi du passage du
temps depuis le rapport.
M. Parizeau: Je vois à peu près, je vais m'avancer
un peu là-dedans et le député d'Outremont me
réenlignera s'il veut me déplacer sur certains points en
particulier. Commençons justement par cette question de perte de revenus
sur intérêt. Effectivement, dans le cas des mandataires, le
vérificateur avait établi qu'entre le 1er avril 1975 et le 31
mars 1977, un montant de $3 600 000 d'intérêts n'aurait pas
été recouvré. Cela vient, dans une bonne mesure, du fait
que ces intérêts sont calculés manuellement. À cette
époque, largement pour des raisons de personnel, le calcul des
intérêts dans l'ordinateur n'avait pu être transposé
ni réalisé. Il ne l'est toujours pas encore parce que c'est une
opération qui est très considérable, qui est très
astreignante.
L'augmentation des effectifs dans le recouvrement et l'augmentation des
effectifs tout court a permis de faire en sorte que même si cela continue
de se faire manuellement pour les mandataires du gouvernement, nous sommes
conscients de continuer à perdre un peu d'intérêts, mais
beaucoup moins que ce qu'il y avait au moment où le vérificateur
a fait son rapport. L'impression qu'on a, à l'heure actuelle, c'est que
cela s'est amélioré au point que c'est négligeable.
Évidemment, cela ne pourra se régler totalement que quand ce sera
complètement intégré, quand les calculs seront
complètement intégrés par le truchement de l'ordinateur.
Cette étape n'est pas encore réalisée.
M. Raynauld: II y a les rapports des mandataires aussi, qui sont
un autre point soulevé. On disait que les mandataires peuvent être
négligents quant à leur rapport sur les taxes et que l'article
20a c'est à ça que le vérificateur fait allusion
de la Loi de l'impôt sur la vente en détail ne serait pas
respecté.
M. Parizeau: Je dois dire que j'ai été
effectivement alerté à cette question d'une négligence de
certains mandataires ce ne sont pas tous les mandataires, mais certains
mandataires à fournir leur remise à temps. Il faut dire,
évidemment, que les amendes et les intérêts qu'ils ont
à payer dans des cas comme ceux-là sont très lourds. Je
n'arrive toujours pas à comprendre comment un mandataire peut prendre un
risque pareil parce que, de toute façon, il va payer, mais il va payer
beaucoup plus cher. Il y a des mandataires qui ne paient pas parce qu'ils sont
embarrassés financièrement; ça, on le sait. On sait aussi
que le moment de vérité arrive toujours, soit parce qu'il doit
payer le ministère du Revenu ou bien parce qu'à un moment
donné il va faire faillite.
Nous avons des problèmes sérieux pour déterminer
à quel moment il faut arrêter une opération parce que le
mandataire n'a pas payé. Le cas le plus évident à cet
égard a été je peux en parler puisque
c'était dans tous les journaux, c'est public maintenant; normalement, on
ne parle pas de dossiers individuels, mais, dans ce cas, c'était dans
les journaux, c'était public le cas des restaurants Tavan
où, comme ils ne paient toujours pas, la dette augmente, il arrive un
moment où le ministère doit intervenir en disant: Est-ce qu'on
arrête cela, est-ce qu'on ferme les restaurants? Je ne me souviens plus
des chiffres exactement, mais, à un moment donné, on
n'était pas très loin d'un demi-million, de mémoire, et
cela continuait à monter.
Des cas comme ceux-là seront toujours des questions de jugement.
Il n'y aura pas de règle, je ne vois pas comment on peut établir
une espèce de règle stricte en vertu de laquelle on pourrait
dire: Pour le mandataire négligent, autrement que les amendes et les
intérêts, on prend des mesures additionnelles pour faire rentrer
l'argent automatiquement au bout de X semaines ou de X mois. S'il y a des cas
du genre Tavan, il y a d'autres cas aussi des gens qui ont pris du retard et
qui finissent par faire des arrangements avec le ministère du Revenu et
qui remboursent. Si on avait une espèce de règle
générale qui consistait à dire: Dès qu'un certain
nombre de semaines sont passées on ferme, on risquerait d'en fermer pas
mal.
Il y a une espèce d'élément de jugement dont je ne
vois pas très bien comment on pourra jamais en sortir, qu'on ne pourra
jamais remplacer par des règles strictes; enfin, s'il y en a qui en
voient, moi, je n'en vois pas. Je ne vois pas comment cela peut se faire de
façon stricte.
M. Raynauld: M. le Président, le problème,
semble-t-il, qui est soulevé dans ce cas, ce n'est pas
nécessairement celui-là. Il semble plutôt que le
vérificateur faisait allusion au fait que certains mandataires se
servaient ou se servent de leur numéro d'enregistrement pour ne pas
payer la taxe de vente à l'achat de biens dont ils se servent pour leurs
fins propres.
M. Parizeau: Oui, oui.
M. Raynauld: M. le Président, le vérificateur
semblait suggérer ici que peut-être faudrait-il préciser
l'intention de la loi.
M. Parizeau: II y a une ambiguïté dans la loi. On
dit: S'il a son numéro, il peut acheter sans taxe, à la condition
que ce soit pour revendre. Cependant, il n'y a pas d'assurance absolue que tout
ce qu'il a acheté va être entièrement revendu. Il est
possible qu'il faille apporter une clarification à la loi. Mon
impression, c'est que c'est probablement beaucoup moins important qu'on ne
l'imagine mais, enfin, il est possible qu'il faille, dans ce sens, clarifier la
loi et clarifier les procédures. Mais cela ne me paraît pas
être, dans la pratique des faits, quelque chose de majeur.
On me signale ici d'ailleurs que dans les pénalités
à appliquer dans ce cas. on a les avis du contentieux nous indiquant que
certaines des pénalités qu'on pourrait appliquer seraient
inconstitutionnelles. On retombe toujours dans le même...
Il y a un certain nombre d'autres observations que je voudrais faire, M.
le Président, sur le rapport du Vérificateur
général. Par exemple, il mentionne quelque part une erreur de
copiste dans le compte des revenus à la fin de l'année 1978.
Effectivement, il y aurait eu perceptions comptées en 1978 de $5
millions... J'avais le chiffre tout à l'heure. Oui, $5 676 000
affectés à 1978, alors que cela devait être affecté
à 1978/79.
L'explication vient essentiellement de ceci. C'est que le
ministère des Finances et le ministère du Revenu ne
s'étaient pas entendus sur la comptabilisation du dernier jour de
l'année, le ministère des Finances prenant le tampon du dernier
jour de mars et le ministère du Revenu prenant les encaissements du
dernier jour de mars. Cela a été corrigé entre les deux
ministères de façon que cela ne se reproduise plus.
Effectivement, il y a eu une journée de décalage entre le 31 mars
et le 1er avril quant au compte des sacs de poste. Je reconnais la chose. Ce
que je peux dire, c'est que le traitement de cette dernière
journée de l'année a maintenant été
clarifié.
Quant à la question des systèmes utilisés par le
ministère, le vérificateur a toutes espèces de choses
gentilles à dire à ce sujet, sur la façon dont on
procède, mais il fait ses observations. Je le cite ici: "De façon
générale, on peut conclure que la documentation existante est
satisfaisante. Cependant, nous avons relevé certaines faiblesses
auxquelles il faudrait apporter une attention particulière.
Premièrement, le cahier des normes, qui contient notamment les
règles communes concernant l'administration et la structure du service
ainsi que les critères d'analyse des programmations des systèmes,
n'a pas été mis à jour régulièrement, de
telle sorte qu'une refonte serait nécessaire. Deuxièmement,
l'ensemble de la documentation relative aux systèmes n'est pas
entièrement intégré. Il serait utile d'élaborer un
index qui donnerait la référence à toute la documentation
du système."
Dans les orientations pour 1978/79, des instructions ont
été données pour corriger certaines des observations que
je viens de lire. En juin 1978, pour le cahier des normes, le programme qui
s'appelle au ministère le ministère a toujours des
appellations contrôlées formées d'initiales
"Révision intégrale et enrichissement des normes",
c'est-à-dire RIEN, le programme RIEN a démarré en juin
1978. Je pense que de cette façon, sans entrer ici dans des
détails trop techniques, certaines des observations qui apparaissaient
chez le vérificateur sont corrigées.
Je continue. La protection des fichiers. Le vérificateur a fait
un certain nombre d'observations sur une protection accrue et un certain nombre
des problèmes, en particulier pour ce qui a trait aux étiquettes
manquantes sur les rubans, etc. Cela a été corrigé.
L'accessibilité à l'information et les mots de passe. On
reconnaît ici que le ministère a une responsabilité
particulière pour faire en sorte que l'accessibilité à
l'information soit très rigoureusement contrôlée. (11
heures)
Le Vérificateur général a fait un certain nombre
d'observations quant à des améliorations à apporter. Elles
ont été apportées. Il y a des choses qu'on ne pourra pas
faire comme, par exemple, la suggestion de limiter les terminaux qui sont
à l'intérieur du ministère à un seul
système. Cela n'est pas faisable. C'est une suggestion qu'a faite le
Vérificateur général. On ne voit pas comment on pourrait
réaliser cela étant donné la façon dont le travail
est organisé à l'intérieur du ministère. Il est
évident, par exemple, quand il y a une surcharge de travail dans un
secteur, on va emprunter les terminaux des autres secteurs. S'imaginer qu'on
peut complètement intégrer cela n'est pas faisable. Enfin, un bon
nombre des propositions du Vérificateur général, à
cet égard, ont été ajoutées.
Toujours dans le sens du contrôle de l'accessibilité
à l'information, il y avait des suggestions quant à la
modification systématique des mots de passe. Effectivement, les mots de
passe n'étaient pas modifiés les mots de passe
étaient modifiés mais ils ne l'étaient pas de
façon systématique. Cette lacune est maintenant
corrigée.
Dans ce sens-là, M. le Président, je dois dire que, sans
tourner des feuilles en quantité, il y a eu beaucoup
d'améliorations d'apportées, compte tenu d'un certain nombre
d'observations du Vérificateur général qui étaient
très utiles.
Maintenant, le programme dit FRIC; on fait d'abord le programme RIEN. Le
fonds de relance industrielle, c'est le programme FRIC. Des demandes
reçues, 1613, en date de quand?
Une voix: C'est en date de la semaine dernière.
M. Parizeau: La semaine dernière. Demandes reçues:
1613; cotisées, 1401. Il en reste 212 qui ne sont pas cotisées.
Demandes acceptées, 356. Des retraits de fonds, c'est-à-dire des
retraits de fond par comment dire? l'entreprise en question pour
faire ses investissements, il y en a 40. Sur celles qui ne sont pas encore
acceptées, il y en a 112 qui ont été refusées parce
qu'elles ne se qualifiaient manifestement pas. Il y en a 729 qui seront
entrées dans le programme FRIC quand elles seront en ordre avec le
ministère du Revenu. Il faut bien se rendre compte comment dire,
ces 729 cas créent une certaine tension entre le ministère de
l'Industrie et du Commerce et le ministère du Revenu d'une chose:
C'est que ces entreprises ne peuvent vraiment entrer dans le programme FRIC que
quand elles sont en ordre avec le ministère. Oui, la loi prévoit
cela. Je reprends la question des mandataires de tout à l'heure.
Quelqu'un n'aurait pas payé pendant un certain temps de l'argent qu'il
doit au gouvernement. C'est évident qu'on lui dit, avant d'entrer dans
le programme FRIC, de commencer par payer.
M. Raynauld: C'est parce qu'il semblait, à la discussion
un peu plus générale qu'on avait sur l'ensemble de l'application
des mesures relatives au fonds de relance, qu'on n'avait peut-être pas
prévu que des entreprises étaient, en réalité,
toujours en dette de façon continue avec le ministère du Revenu
dans la mesure où il y a toujours des comptes qui sont ouverts,
où il y a toujours des comptes à recevoir de la part du
ministère du Revenu. Par conséquent, il semblait que
l'application de cette intention qui est indiquée dans la loi pourrait
soulever des difficultés authentiques dans le sens qu'il semblait que,
si on donnait une interprétation assez étroite de tout l'appareil
législatif et réglementaire, finalement cela serait
extrêmement difficile d'accepter et de donner les certificats ou de payer
les fonds aux entreprises qui les demandent parce que, dans un certain sens,
une entreprise n'est jamais en règle avec le ministère puisqu'il
y a toujours des affaires en cours, il y a toujours, encore une fois, des
comptes recevables. Je pensais, en tout cas, à la suite de cette
discussion générale, qu'il pouvait peut-être y avoir une
difficulté réelle qui allait au-delà de la mise en
marché d'un nouveau système.
M. Parizeau: Voyez. Il y en a 356 qui sont acceptées et le
système de retirer des fonds pour faire des investissements a
déjà commencé à démarrer.
M. Raynauld: Oui, mais les retraits de fonds sont pour combien
d'argent?
M. Parizeau: C'est peu de choses encore, c'est $200 000.
M. Raynauld: $200 00 et on est rendu à la deuxième
année d'application du fonds de relance industrielle. Or on avait
prévu que les sorties de fonds auraient été, la
première année, quelque chose comme $5 millions à $8
millions; la deuxième année, cela devait monter à $15
millions ou $20 millions et là, on est rendu à $200 000. Je pense
bien qu'on ne peut pas attribuer tout cela au ministère du Revenu et au
fait qu'il y a des difficultés administratives. Je pense qu'il peut y
avoir autre chose.
M. Parizeau: La seule chose que je vais indiquer ici, c'est que
le fait qu'il y ait... Forcément, il y a toujours des tractations entre
le ministère du Revenu et chaque entreprise. Il y en a quand même
356 qui, ayant beau avoir des transactions régulièrement tous les
mois avec le ministère, néanmoins, sont acceptées. Les
autres, il faut qu'elles se mettent en règle. Il est prévu que
cet été, maintenant que le système est rodé
il ne fonctionne peut-être pas à la satisfaction de tous ceux qui
voudraient l'utiliser les ministères des Finances, du Revenu et
le MIC vont évaluer le programme et voir où on va à partir
de là. Encore une fois, si je n'avais à peu près personne
d'accepté et un très grand nombre d'entreprises qui voudraient
être acceptées et qu'on refuserait parce qu'elles ne seraient pas
en règle, je me
poserais davantage de questions. Mais quand il y en a 356 qui ont
été acceptées, c'est donc que c'est faisable. De notre
côté, que voulez-vous, on a une loi à administrer et la loi
dit clairement que les compagnies qui veulent avoir accès à cela
doivent être en règle.
M. Raynauld: Au fond, il y a eu 112 cas qui ont été
refusés non pour des raisons administratives mais parce que les demandes
n'étaient pas conformes.
M. Parizeau: Elles avaient trop d'employés ou les actifs
étaient trop élevés.
M. Raynauld: Elles ne respectaient pas les règles. Parmi
les autres 1613 demandes, on dit: II y en a 356 d'acceptées, 729 qui
seront acceptées, si j'ai bien compris. Cela fait 1085. Est-ce que je
peux interpréter cela comme voulant dire qu'il y en a 500 qui vont
être refusées ou si...
M. Parizeau: Elles sont en cours, elles sont entrées dans
la machine à saucisse.
M. Raynauld: Ces 500, est-ce que c'est celles-là dont on
pourrait dire que les difficultés administratives sont responsables de
ce retard ou si c'est...
M. Parizeau: Dans certains cas, il faut six mois de cotisation
avant qu'elles soient admissibles. Il y en a qui seront admissibles dès
que les six mois seront passés. Elles sont dans la machine à
saucisse. On attend la période prescrite, et dès que la
période prescrite est terminée, elles rentrent dans le
système.
M. Raynauld: D'accord, cela va.
Le Président (M. Boucher): M. le député de
Bellechasse.
M. Goulet: Merci, M. le Président. Toujours au niveau des
commentaires généraux, d'abord en ce qui regarde le recouvrement
des vieux comptes, il y a une amélioration plus que sensible. Je pense
que c'est à l'honneur du ministère qui l'a fait sans alourdir la
masse des fonctionnaires. Je pense que c'est cela qu'il est important de
souligner. Au niveau des pénalités concernant le recouvrement et
la perception, le ministre nous a bien dit je suis d'accord avec lui
qu'il y a deux sortes de contribuables: quant au retard ou au
non-paiement. C'est volontaire ou involontaire, mais il y a deux sortes de
contribuables.
M. Parizeau: Je généralisais beaucoup. Je voulais
me faire comprendre.
M. Goulet: Ce que je trouve drôle dans ce système,
c'est qu'on ne peut jamais, ou à peu près jamais présumer
de la bonne foi des gens qui doivent ces comptes au gouvernement. Il y a une
amende automatique et un intérêt automatique.
On ne peut pas présumer de la bonne foi. À la minute
où quelqu'un est en retard, à la minute où quelqu'un fait
une erreur comptable, il est automatiquement jugé coupable par le
ministère du Revenu. Le gouvernement fait, à ce moment-là,
envers les individus ce que lui-même défend quand je dis le
gouvernement, ce n'est pas nécessairement le ministère du Revenu,
mais un des organismes du gouvernement à l'entreprise
privée de faire. On n'a pas le droit d'exiger un intérêt
automatique, comme commerçant, mais le gouvernement, lui, a le droit de
faire cela. Je suis conscient que tous doivent payer les taxes et les
impôts au gouvernement. S'ils ne paient pas, le point que je veux
toucher, c'est qu'ils sont tous considérés comme des fraudeurs ou
de mauvaise foi. En tout cas, on agit comme tel envers eux. Qu'est-ce qui se
passe? C'est que, pour de petits comptes de $1000, $2000 ou $3000, bien souvent
le petit commerçant je ne parlerai pas de grosses compagnies, de
grosses fraudes ou d'erreurs dépassant les $100 000 n'ose pas se
défendre ou n'ose pas faire opposition parce que cela va lui
coûter plus cher de comptable que cela peut lui coûter
d'intérêt ou d'amende. J'en ai, bien sûr, contre l'amende
automatique qui est de 25%, je pense, par exemple, pour un compte de taxe de
vente.
M. Parizeau: Pour les mandataires.
M. Goulet: Les mandataires. Pardon? L'amende automatique?
M. Parizeau: 5%.
M. Goulet: L'intérêt, mais l'amende? M. Parizeau:
5% pour un retard.
M. Goulet: Pour un petit compte, bien souvent, de $1200 à
$1500, cela va monter quasiment dans les $1000 supplémentaires. On
soulève des cas régulièrement et cela coûte cher.
Pour un compte de $1000 à $1200, cela peut monter à $700 ou
à $800 bien souvent. Je ne vous dis pas que j'ai la formule. J'en ai
parlé l'an passé. Je sais que je n'arrive pas avec quelque chose
de nouveau, mais on n'a jamais trouvé la formule pour régler un
cas comme cela où, par exemple, au niveau de la perception de la taxe de
vente, il y a eu une erreur du commerçant. J'entends par là le
petit commerçant, parce que ceux qui viennent à nos bureaux, ce
sont de petits commerçants qui n'ont pas de comptable
agréé à la semaine, qui vont faire une vérification
de livres à la fin de l'année en même temps que leur
déclaration d'impôt. À un moment donné, il y a une
erreur. Cela peut être de la mauvaise foi, cela peut être de la
fraude, mais cela peut également être une erreur que j'appelle de
bonne foi. Tout simplement, c'est soit son épouse ou une
secrétaire qui a fait le rapport de taxe de vente et, concernant telle
ou telle chose, il y a eu erreur. À ce moment, lorsqu'on découvre
au ministère du Revenu cette erreur, il y a automatiquement amende et
intérêt. Donc, I© mandataire est
considéré comme un fraudeur, est considéré
de mauvaise foi. Pourquoi ne serait-ce pas le gouvernement qui devrait prouver
que le type a été de mauvaise foi, comme cela se fait dans toutes
les lois qui nous régissent actuellement? Pourquoi n'est-ce pas comme
cela que ça se passe?
J'en ai parlé l'an passé et je n'ai pas eu de
réponse satisfaisante. Qu'on démontre l'erreur au
commerçant comme tel et que le commerçant rembourse avec
intérêt, s'il y a lieu, je suis d'accord. Même si
l'entreprise privée n'a pas le droit d'exiger l'intérêt
automatique, que le gouvernement l'exige, je suis d'accord. Mais au niveau de
l'amende, tant et aussi longtemps que le gouvernement n'a pas prouvé la
mauvaise foi du type, pourquoi y a-t-il une amende automatique? Je l'accepte
difficilement et les gens ne l'acceptent pas lorsqu'ils viennent nous voir
à nos bureaux. M. le ministre l'a dit tout à l'heure: Les gens
viennent au bureau et, d'accord, ils nous racontent cela à leur
façon. Je suis bien conscient de ce que le ministre disait tout à
l'heure qu'il faut avoir, pas la patience, mais avoir, en tout cas...
M. Parizeau: La prudence.
M. Goulet: La prudence du serpent, oui, c'est le mot que je
cherchais. Je vous remercie. J'en conviens et je suis d'accord avec lui de ce
côté. Mais, vous le savez, ce ne sont pas tous des cas de mauvaise
foi, des cas de fraude; il y a souvent des cas de bonne foi. Ce sont des cas
qui sont pénibles pour le petit contribuable et c'est cela qui le met en
beau maudit, excusez le mot, contre le gouvernement. Ce sont ces petits cas. Un
autre point...
Je ne sais pas si M. le ministre veut répondre tout de suite,
mais j'aurais deux ou trois points toujours au niveau des perceptions.
Après cela, le ministre pourra y répondre, je ne sais pas;
à votre discrétion. Est-ce que vous aimez mieux que je touche les
autres points et répondre globalement?
M. Parizeau: Voyons les points. (11 h 15)
M. Goulet: D'accord. Ce sont seulement des constatations au
niveau des inspecteurs, lorsqu'ils arrivent chez la petite entreprise, d'accord
si c'est une entreprise où il y a 25, 30, 50 employés, il y a un
comptable payé à temps plein qui est sur place, le comptable va
s'asseoir avec l'inspecteur, va prendre deux, trois, quatre ou cinq jours s'il
le fait, l'inspecteur va être sur place. Mais les plaintes que nous avons
sont au niveau des petits commerçants dont l'unique propriétaire
administre lui-même son commerce. L'inspecteur arrive là pour deux
ou trois jours et il part. Encore dernièrement, j'en ai vu un; trois
jours de temps, il s'installe au bureau, et la plupart du temps dans le bureau
du propriétaire, et il dit: Tu vas rester ici, j'ai besoin de tel
papier. Le gars perd trois jours d'ouvrage. Au lieu de dire: Dis-moi ce que tu
veux, fais-moi une liste de ce que tu veux, je vais te le sortir et
après cela tu travailleras. On a beaucoup de plaintes de ce
côté. C'est au niveau du petit, qui a une entreprise, par exemple,
où il est seul, souvent c'est lui qui est comptable, c'est lui qui est
acheteur, c'est lui qui est vendeur, c'est lui qui fait tout dans son
entreprise. Il est obligé de prendre trois ou quatre jours pour
répondre à l'inspecteur, parce que l'inspecteur dit: J'ai besoin
de toi, demeure ici sur place et va me chercher tel papier. On devient
commissionnaire. Au lieu de dire: On va te faire une liste de ce dont on a
besoin, sors-moi cela, et dans une semaine on va revenir.
Un autre point également que le ministre a touché tout
à l'heure au niveau de la perception de la taxe de vente. Je sais que
vous êtes pris, à un certain moment, et la décision est
difficile: est-ce qu'on ferme l'entreprise ou est-ce qu'on laisse marcher
l'entreprise et monter le déficit de la taxe de vente? Mais lorsqu'il y
a une faillite d'une entreprise, je pense qu'un des premiers payés
après les salaires ou en même temps que les salaires c'est le
gouvernement.
M. Parizeau: Bien oui.
M. Goulet: J'ai connu au moins un cas j'en ai parlé
l'an passé et je le prends comme exemple où, pour un
montant de $600 000 de taxe de vente, le gouvernement a fermé une
entreprise et a amené une faillite qui, une fois comptabilisée,
était de l'ordre de $3 millions. Je ne sais pas si cela peut se faire,
mais il me semble que cela aurait été logique de ne pas la
fermer, parce que cela a été prouvé que la compagnie
aurait pu continuer à fonctionner. Mais en exigeant $600 000, on a mis
l'entreprise en faillite, on a fait perdre à des centaines et même
je dirais des milliers de Québécois oui monsieur, dans le
cas de Economy Ware, je m'excuse, on me dit non et je ne suis pas d'accord avec
vous, avec beaucoup de respect dans le cas de Economy Ware, on a
fermé une entreprise et des milliers de Québécois ont
perdu et ce n'est pas de votre temps, je mentionne cela comme exemple
de l'argent. Cela a été prouvé que si on avait mis
un tuteur ou un administrateur ou un gestionnaire appelez cela comme
vous voudrez on aurait pu récupérer les $600 000 de taxe
de vente, peut-être pas dans une semaine, mais peut-être dans un
an, et le ministère aurait pu continuer ou en tout cas écouler le
stock de cette compagnie de façon que les clients surtout dans ce
cas, les clients étaient des jeunes filles ne perdent pas
d'argent.
Le ministère, en fermant cette entreprise à cause d'une
réclamation de $600 000, je me demande si sa responsabilité
sociale il en a été question, à ce moment. Parce qu'une
fois que la compagnie a été en faillite, naturellement
l'inventaire, au lieu de s'écouler à 100% de son coût,
s'est écoulé à 30% de son coût, donc il n'y a pas eu
assez d'argent pour payer tout le monde. Il y a des milliers de
Québécoises qui ont perdu de l'argent et cela a été
prouvé que si on l'avait maintenue, on aurait pu permettre à ces
Québécoises de récupérer peut-être pas 30% de
leur marchandise, mais peut-être 60% ou 70%. C'est un autre cas.
Au niveau de la taxe de vente, un dernier cas, je ferme une
parenthèse pour en ouvrir une autre, toujours au niveau des remarques
générales. Il y a une nouvelle loi actuellement au niveau de la
protection du consommateur, la loi 72. Il y a un article dans cette loi, je ne
me souviens pas du numéro de l'article, mais en tout cas je pourrai vous
l'apporter, je ne l'ai pas avec moi ce matin, où c'est bien dit qu'un
commerçant n'a pas le droit de percevoir une somme d'argent d'un
consommateur tant et aussi longtemps que la marchandise n'est pas
livrée. D'accord? Par contre, chez le commerçant, à la
minute où le contrat est signé, la taxe de vente est perceptible.
J'en ai parlé à Mme le ministre des Consommateurs, elle m'a dit
qu'elle vous en ferait part, je ne sais pas si elle vous en a parlé.
Également au niveau des comptes en fiducie, par exemple, une mise
de côté. Il y a des compagnies qui se spécialisaient dans
la mise de côté. L'article, dans la Loi de la protection du
consommateur, dit que toute somme d'argent récupérée ou
cotisée du contribuable par la compagnie doit être mise en
fiducie. La taxe de vente dit: Non, nous voulons notre part. À ce
moment-là, le commerçant doit prendre l'argent de sa poche pour
payer la taxe de vente, de l'argent qu'il n'a pas pu percevoir ou utiliser,
parce que la loi du consommateur le lui défend. Mme le ministre des
Consommateurs m'a dit qu'il y avait là une lacune et qu'elle en
parlerait avec le ministère du Revenu. Je veux savoir s'il en a
été question. Il y a au moins deux petites entreprises dans mon
comté qui m'ont fait part de cet état de choses. Je pense que
c'est valable parce qu'elles sont obligées de payer la taxe de vente sur
les comptes en fiducie et sur les mises de côté, même si
elles n'ont pas eu le droit de toucher l'argent du client. Elles sont
obligées de sortir de l'argent tant et aussi longtemps qu'elles ne l'ont
pas touché.
Voilà trois chapitres différents que je voulais toucher au
début de l'étude des crédits de ce ministère.
M. Parizeau: Bon.
Le Président (M. Boucher): M. le ministre.
M. Parizeau: On va aborder ces cas l'un après l'autre.
Commençons d'abord par la question des intérêts et des
amendes. La loi ne préjuge pas du caractère de fraude ou de
mauvaise foi. Je ne pense pas qu'on puisse dire cela. La loi prévoit que
des mesures se déclenchent automatiquement, mais qu'on peut remettre
cependant non pas l'intérêt, mais l'amende, c'est-à-dire
qu'on procède dans le sens inverse. Je pense que cela est propre
à toutes les lois fiscales. On ne dit pas, en somme, qu'on va
démontrer qu'effectivement le contribuable est coupable et
qu'après cela on imposera une amende, on dit: On impose une amende, mais
il y a une possibilité de la retirer si, clairement j'y
reviendrai tout à l'heure certaines circonstances sont
réalisées.
Commençons d'abord par les intérêts. Il y avait une
chose, je pense, profondément malencontreuse dans notre système.
On exige des intérêts sur tous les impôts qui ne sont pas
payés, mais le gouvernement, lui, pouvait ne pas payer les fournisseurs
pendant six mois, il ne payait jamais d'intérêt. J'admets qu'il y
avait là quelque chose tout à fait odieux. Cela a
été corrigé l'an dernier. Pour la première fois, le
gouvernement paie des intérêts sur tout compte en retard de plus
de 60 jours. J'espère, le moindrement que le système
s'améliore, pouvoir descendre le nombre de jours graduellement. Au
moins, on rétablit une certaine équité du gouvernement
à l'égard de la population.
Pour les amendes, imaginons ce que cela voudrait dire, sur 3 500 000
comptes de taxes, de déterminer que le gouvernement doit faire juger des
retards un à un pour déterminer si la pénalité sera
appliquée ou non. Si, le 30 avril, un particulier n'a pas rendu sa
formule d'impôt, il y a 5% qui s'appliquent automatiquement. Il y en a 3
200 000; vous vous imaginez s'il fallait juger les cas un par un! Le
député de Bellechasse parlait des petits commerçants, mais
ces espèces d'amendes statutaires dont on parle, elles s'appliquent
à toutes les lois fiscales également. Je ne connais pas de
gouvernement où on prend les cas un par un sur ce plan, mais on se donne
le droit, cependant, de remettre ou d'abolir des pénalités dans
un certain nombre de cas, et on le fait.
Prenons, par exemple, la période du 31 mars 1978 au 31 mars 1979,
l'année écoulée. Il y a eu des pénalités, en
vertu de la taxe de vente on arrondit les chiffres dans à
peu près 33 000 cas; il y a eu des pénalités, en vertu de
la Loi sur les repas, dans à peu près 13 000 cas, ce qui fait au
total 46 000. Il y a à peu près 11 000 de ces
pénalités qui ont été annulées après
examen des dossiers pour des cas patents.
Par exemple, parce que le retard était dû à un
accident, un incendie manifestement il ne peut pas payer la taxe
que l'ordinateur a cassé, des choses comme cela, des raisons, en somme,
péremptoires qui font qu'à première vue, clairement,
évidemment, le retard était inévitable, vous me direz: II
devrait y en avoir plus de 11 000 sur 46 000. Bon. Peut-être que oui,
peut-être que non. Mais le fait est que lorsque la bonne foi dont parlait
le député de Bellechasse est manifeste, on abolit la
pénalité.
Maintenant, il faut tout de même que l'abolition des
pénalités soit basée sur des choses assez
évidentes, parce qu'il arrive à un moment donné où
ce n'est pas de la fraude ou de la mauvaise foi seulement dont on aurait
à juger, mais c'est du financement. Il est clair que l'argent dû
au gouvernement pour la taxe de vente ou pour les retenues à la source
parce que les retenues à la source, c'est exactement la
même chose sont un bon mode de financement. Si les
intérêts et les pénalités ne dépassent pas le
taux d'emprunt à la banque, tout homme d'affaires un peu intelligent va
faire attendre le gouvernement plutôt que d'emprunter à la banque.
Le fonds de roulement des entreprises, ce n'est pas le gouvernement qui
doit
l'assurer, la banque est faite pour cela. Donc, il faut s'assurer
qu'intérêts et amendes sont tels qu'ils envoient les entreprises
se financer à la banque et non au gouvernement. C'est le principe
fondamental de base, et si jamais l'argent... Par exemple, imaginons qu'il n'y
a pas de pénalité du tout et que l'intérêt soit
à 10%. À l'heure actuelle, à la banque, combien cela
coûterait-il à un commerçant? 13% II n'y a pas un
commerçant qui va payer ses retenues à la source ou sa taxe de
vente; il serait fou de le faire, d'ailleurs. Pas par fraude ou par mauvaise
foi, simplement par un calcul d'homme d'affaires intelligent.
M. Goulet: M. le Président, si M. le ministre me permet.
Ce n'est pas sur ces comptes que je voulais... Je suis d'accord que si c'est le
15 du mois, c'est le 15 du mois. Ce n'est pas là-dessus, ce n'est pas du
tout là-dessus; je m'excuse, on m'a mal compris. Je comprends que le
commerçant ou le propriétaire d'entreprise ne doit pas se
financer avec de l'argent du gouvernement. Je l'ai dit au début de mon
intervention, je suis d'accord. Les intérêts doivent être
payés en temps et lieu. Ce n'est pas cela.
C'est qu'un inspecteur arrive et relève l'année fiscale
1976, par exemple. Nous sommes en 1979. Au bout de trois jours, il
s'aperçoit qu'au niveau de la taxe de vente, pour différentes
raisons, il y a eu une erreur, $3000 non perçus. Ce n'est pas parce que
cela a été fait en retard; on est deux ans en arrière. Par
exemple, c'est le propriétaire d'une petite épicerie qui n'a
même pas touché au rapport. La secrétaire, étant de
bonne foi, va même aller en cour et dire: Je le jure, c'est comme cela
que j'interprétais et je le marquais comme cela sur la caisse; voici les
rubans de caisse. Bon. Il y a eu une erreur, on décèle une
erreur. Ce sont les cas dont on parle. Ce ne sont pas des cas où le gars
étire cela un mois de temps, les perceptions à la source. Ce
n'est pas cela. On prouve qu'il y a eu vraiment un oubli. Par exemple, on
devait comptabiliser telle liqueur et on ne l'a pas fait, on était de
bonne foi. Ce n'est pas ce que la loi veut. Bon. On s'aperçoit qu'il y a
une erreur. Souvent, le propriétaire dit: D'accord, vous me le prouvez,
je vais le payer. Je vous paie les $2000 que je vous dois pour l'année
1976; l'intérêt de $2000 à 8% ou 10%, je suis d'accord. La
pénalité est automatique, c'est ce que je veux vous dire; la
pénalité dans ces cas, non pas s'il fait son rapport à
chaque mois. Je ne parle pas non plus d'un restaurateur qui déchire ses
factures ou qui, de temps en temps, pour les déjeuners le matin, parce
qu'il connaît tel monsieur et tel autre et sait que ce ne sont pas des
inspecteurs du gouvernement, fait des factures sur des petits bouts de papier
et, de temps en temps, en fait une sur les factures du gouvernement. C'est de
la fraude, et quand c'est prouvé, il doit payer. Mais quand il y a
vraiment de la bonne foi... S'il déchire les factures, ce n'est pas de
la bonne foi, vous le savez. Mais quand la secrétaire, ou tout le monde
dit: On vient de déceler une erreur, on a oublié telle chose. Si
le comptable dit: Oui, j'ai oublié, et que tout le monde semble
être de bonne foi, c'est l'amende automatique à ce
moment-là?
M. Parizeau: Oui.
M. Goulet: Et lorsque vous dites que vous la remettez dans
certains cas, d'accord, à cause de feu, ces choses-là... Mais on
a des cas comme cela, vous l'avez...
M. Parizeau: On a 11 000 cas sur 46 000.
M. Raynauld: M. le Président, est-ce que vous remettriez
la pénalité dans le cas qu'il soulève, oui ou non?
M. Goulet: Si on allait en cour, M. le Président...
M. Parizeau: Non, probablement pas. (11 h 30)
M. Goulet: ... M. le Président, j'irais même
jusqu'à dire que, pour $2000, cela en coûte $3000. J'ai un cas
à la mémoire. Vous m'excuserez des chiffres, des points-virgules,
mais, pour environ $2000 d'erreur, cela a coûté $3000; $1000 de
plus, 50% de plus. C'est ce que cela a coûté, l'amende,
l'intérêt et tout. Si le type avait pu aller en cour devant un
juge et dire: Je prouve ma bonne foi ici, garanti qu'il avait de la bonne foi,
quant à moi. Il ne peut pas le faire ou il ne veut pas parce que cela
coûterait aussi cher que de le payer. Donc, il laisse tomber. C'est cela,
le problème. C'est le cas que je veux vous amener. Il y en a, des cas
comme cela. Des cas qui viennent dans nos comtés, ce n'est pas le gars
qui dit: Oui, je sais que la taxe de vente doit être rendue pour le 15 et
j'ai fait ma déclaration deux mois en retard. Ce ne sont pas ces
cas-là. Ce sont des cas de deux ou trois ans en arrière et le
gars dit: Blasphème, c'est ma petite secrétaire qui faisait cela.
Je le lui ai expliqué. En tout cas, si je le dois, je vais le payer,
mais c'est les $1000 de plus qui font mal au coeur. C'est ce point
précis que je voulais toucher.
M. Parizeau: Oui, mais, d'un autre côté, vous
comprendrez à quel point cela devient à peu près
impensable dans le cas spécifique qui est mentionné là, un
cas hypothétique, de remonter des années en arrière pour
sonder les reins, les coeurs et les intentions. Le député de
Bellechasse a indiqué tout à l'heure à quel point il avait
été utile de pouvoir faire du recouvrement sans augmenter les
effectifs permanents du ministère. Si on commençait à
remonter en arrière pour sonder les intentions d'il y a trois ans dans
des cas comme ceux-là, cela ne m'enlèverait pas de gens au
recouvrement, cela ne m'en enlèverait pas à l'inspection, cela ne
m'en enlèverait pas à la vérification, mais j'aimerais
voir le genre de contentieux qu'il y aurait au ministère du Revenu.
M. Goulet: C'est ce que je veux vous entendre dire.
M. Parizeau: Vous comprenez ce que cela veut dire.
M. Goulet: J'ai ma réponse.
M. Parizeau: Bon! Cela deviendrait incroyable. Ce
problème, qui est soulevé par le député de
Bellechasse, moi, je ne connais pas de gouvernement qui l'ait jamais
réglé autrement que par des thèmes statutaires.
Autrement...
M. Goulet: C'est la réponse. M. Parizeau: ... cela
veut dire...
M. Goulet: Parce que cela coûterait trop cher au
gouvernement. M. le Président et j'en suis conscient c'est
Jos Bleau qui paie dans la rue. Point. Il est automatiquement coupable. C'est
ce que je veux vous faire reconnaître.
M. Parizeau: Ce n'est pas... M. Goulet: Oui, c'est cela...
M. Parizeau: Non. M. Goulet: ... dans les faits.
M. Parizeau: Non, parce qu'encore une fois, s'il y a des raisons
évidentes comme celles que j'évoquais tout à l'heure, la
pénalité d'intérêt va courir, mais pas la
pénalité, dans des cas patents, évidents, facilement
vérifiables. Ce que le député de Bellechasse me
soulève, ce n'est pas cela; c'est l'intention qu'il faut être
capable de lire. Pourquoi s'est-il trompé de $2000, il y a deux ans?
Est-ce parce qu'il manquait d'argent cette année-là? Avait-il eu
de gros versements à faire sur sa maison ou si, effectivement, c'est
parce que sa secrétaire s'est trompée? Avait-il joué aux
courses et perdu pas mal d'argent cette année-là ou si, au
contraire, c'est parce que, de bonne foi, il avait cru qu'un produit
n'était pas taxable? Vous vous rendez compte du genre de confessionnal
qu'il faut instituer et du genre de vérifications qu'il faut aller
faire.
M. Goulet: Je suis d'accord avec tout cela. Mais là,
à 100%, c'est l'individu qui paie. C'est cela. On ne le sait pas. On ne
peut pas le prouver, mais, dans le doute, c'est le gars qui paie et non le
gouvernement qui perd. C'est ce que je veux vous faire dire et c'est cela, dans
les faits.
M. Parizeau: Mais c'est évident et ce sera...
M. Goulet: Parfait!
M. Parizeau: C'est évident.
M. Goulet: D'accord. M. le Président, cela répond
à ma question, mais il me semble qu'il y aurait lieu peut-être
d'essayer, je ne sais pas...
M. Parizeau: En maintenant l'effectif au même niveau?
M. Goulet: M. le ministre, je...
M. Parizeau: L'important, c'est de ne pas porter des drapeaux
contradictoires, M. le Président; d'une part, de dire: On proteste
contre l'expansion des services gouvernementaux et, d'autre part, de nous
arriver avec des solutions qui impliquent nécessairement des expansions
monumentales. On ne peut pas avoir les deux.
M. Goulet: M. le Président, au début de mon
intervention, j'ai été assez honnête pour dire que je
n'avais pas la solution de rechange, mais que, dans de tels cas, c'est toujours
le contribuable qui est présumé coupable. Donc, il paie. C'est ce
que je veux. C'est cela, le problème. Je ne vous dis pas que j'ai la
solution, mais je le constate, malheureusement.
M. Raynauld: M. le Président, j'aimerais poursuivre cela.
Est-ce bien exact qu'on va imposer une pénalité à un
individu qui est de bonne foi, qu'il va aller en cour et qu'il se fera
maintenir une pénalité quand il n'est coupable de rien?
M. Parizeau: Non, il ne va pas en cour.
M. Raynauld: Non, le cas est particulier, mais je voudrais
pousser l'affaire un peu plus loin parce que, évidemment, on n'est pas
capable de résoudre des problèmes particuliers ici. C'est
extrêmement difficile. Mais il y a quand même un certain nombre de
règles et de principes qui sous-tendent ces cas-là. Je demande si
c'est bien exact que le ministère du Revenu a le droit d'imposer des
pénalités, même quand il n'y a aucune mauvaise foi de
prouvée. Est-ce que cela est exact?
M. Parizeau: C'est statutaire. C'est dans la loi.
M. Raynauld: Comment dans la loi?
M. Parizeau: La loi est formelle là-dessus.
M. Raynauld: Je n'ai jamais vu cela dans la loi. Qu'est-ce que
c'est cela dans la loi?
M. Parizeau: La loi ne préjuge pas de fraude, elle ne
préjuge de bonne foi ou de mauvaise foi. La loi, elle, constate des
retards. Tout ce que la loi dit là-dedans, c'est que celui qui
présente sa déclaration d'impôt le 3 mai paie 5%. Il est en
retard. On ne dit pas que c'est un fraudeur.
M. Raynauld: Non.
M. Parizeau: On ne dit rien de tout cela. On dit: II est en
retard; la pénalité, c'est cela. Toutes les lois fiscales sont
basées là-dessus. Ce que je disais tout à l'heure, c'est
qu'il y a cependant une latitude prévue dans la loi
également...
M. Raynauld: II me semble, oui.
M. Parizeau: ... de constater qu'il peut y avoir des raisons
péremptoires pour lesquelles le retard s'est produit. Je vous donnais un
exemple tout à l'heure, un feu. On me souffle ici à condition que
les feux n'arrivent pas trop souvent. Si un feu s'est produit, on peut remettre
cette amende statutaire parce que, de façon péremptoire,
clairement il ne pouvait pas. Le contribuable ne pouvait, ce jour-là,
remettre sa déclaration. La loi, encore une fois, ne prête pas des
intentions. Elle constate des retards.
M. Raynauld: Parmi les raisons péremptoires, cela ne
résout pas mon problème. Pour les raisons péremptoires, on
peut bien prendre un feu; c'est évident. Là, vous la remettez. Si
c'est si péremptoire que cela que vous la remettez, est-ce que, dans un
cas où quelqu'un je ne sais pas n'était pas en
mesure de juger des impôts à payer, vous allez automatiquement
conserver ou que vous ne remettrez pas la pénalité? Je comprends
que la pénalité est payable d'avance, etc. J'ai de la
misère aussi à accepter cela, mais cela va. Ensuite, il existe
une latitude pour remettre la pénalité. Jusqu'où va la
latitude? Est-ce que cela veut vraiment dire que là ce n'est pas une
question d'intention, mais plutôt une question où le contribuable
n'est pas en mesure, de façon évidente, de payer l'impôt
qu'il doit payer? Il me semble que cette latitude existe de remettre les
pénalités. À ce moment-là, cela revient à
dire que, s'il ne le savait pas, qu'il était de bonne foi. À ce
moment-là, est-ce que, automatiquement, le ministère du Revenu va
conserver les pénalités qui sont imposées au départ
ou s'il va les remettre? Je pense que c'est cela qui est soulevé comme
cas. Ce sont des interprétations, ce sont des règlements. Je
serais même surpris que des choses comme celle-là soient dans la
loi. Ce sont probablement des règlements d'application qui
prévoient des choses semblables.
M. Parizeau: II y a des choses, par exemple, évidentes en
droit. C'est que nul n'est censé ignorer la loi. Quelqu'un ne peut pas
évoquer pas plus dans le cas du revenu d'ailleurs que dans le cas
de n'importe quelle loi que tel domaine, tel secteur ou tel produit
n'était pas taxable.
M. Raynauld: Oui.
M. Parizeau: Cela ne peut pas être une ligne de
défense.
M. Goulet: M. le Président, là-dessus. Je m'excuse
auprès de mon collègue d'Outremont. Je n'ai pas de formation
juridique, mais je sais que nul n'est censé ignorer la loi. Mais il y a
une autre loi fondamentale en droit et, sans être un expert,
comment dit-on cela? audi alteram partem on peut se faire entendre pour
se défendre. Il y a un autre principe également: on est toujours
présumé innocent tant qu'on n'a pas prouvé qu'on
était coupable. Ce sont deux autres principes de base en droit qui nous
régissent actuellement. C'est bon. Ce que je voulais dire tout à
l'heure, c'est ceci: Ces lois-là sont bonnes, mais pas pour le
ministère du Revenu. Il y a un seul principe qui est bon: nul n'est
censé ingorer la loi. C'est le seul qui est bon.
M. Parizeau: Entendons-nous. M. Goulet: Nul n'est
censé...
M. Parizeau: Ce n'est pas "personne n'est reconnu coupable". On
constate un retard. C'est cela que la loi dit. Cela doit être payé
à telle date. Il n'y a pas de culpabilité. Vous n'êtes pas
censé... Il y a des amendes dans toute une série de nos lois qui
sont à caractère statutaire et qui ne préjugent absolument
pas des intentions. Elles constatent simplement qu'un geste devait être
posé et qu'il ne l'a pas été. Il devait être
posé à telle date, il ne l'a pas été. Une compagnie
doit remettre des rapports périodiquement. Elle ne le fait pas. Des
amendes sont prévues. On ne se demande pas: Est-ce que, dans le cas de
cette compagnie, le gars vient de se lancer en affaires? Il a seulement 19 ans,
peut-être qu'il ne savait pas qu'il devait remettre un rapport au
gouvernement... La loi dit: Le rapport doit rentrer au gouvernement et s'il
n'est pas rentré, il y a une amende de $25.
Il y a une foule de nos lois comme cela. Si vraiment on voulait
renverser ce type d'approche, ce n'est pas seulement la Loi du revenu qu'on
rouvrirait, ce sont des douzaines et des douzaines de nos lois qui sont
basées sur ce principe.
M. Raynauld: M. le Président, je vais prendre un autre
exemple parce que j'aimerais qu'on puisse quand même en arriver à
certaines choses sur ces questions: Celui d'une entreprise nouvelle qui est
dans une première année d'activité. À l'heure
actuelle, les règlements prévoient que, dans une première
ou une quinzième année, on doit payer des impôts sur une
base trimestrielle; c'est cela? Une entreprise doit payer des impôts
à mesure sur une base trimestrielle.
M. Parizeau: Mensuellement.
M. Raynauld: Mensuellement pour une corporation. Or, au cours
d'une première année de fonctionnement... On m'a soumis un cas il
n'y a pas longtemps où il était absolument impossible de
prévoir quelles seraient finalement, à la fin de l'année,
les obligations envers le ministère du Revenu. Est-ce que, dans un cas
comme celui-là, il ne serait pas possible de prévoir un
aménagement de façon à éviter les paiements
d'intérêt? Je ne sais pas s'il y a des pénalités
dans ces cas mais je sais qu'il y a au moins un paiement
d'intérêt. Il est impossible, dans le cas d'une première
année, de savoir quelles sont les obligations que l'on a. Ce n'est pas
une question de dire: Est-ce que les gens sont coupables ou non? Ce n'est pas
non plus une question de principe de base mais j'ai vu en France, l'autre jour,
dans un document qu'effective-
ment, en France, pour la première année, il y a une
exception; la règle n'est pas la même et on reconnaît que
dans un cas comme celui-là ce serait odieux d'imposer des paiements
suivant des estimations, des prévisions qui sont, dans certains cas,
presque impossibles à faire. J'ai dit: Est-ce que des choses comme
celle-là sont envisagées, examinées et est-ce qu'il n'y a
pas lieu d'apporter des adoucissements à des pratiques, à des
règlements ou à des lois pour reconnaître une
difficulté qui est posée à des contribuables? C'est un
autre cas qu'on essaie de soulever.
M. Parizeau: D'abord, il faut noter que dans le cas de compagnies
qui débutent comme celle-là, au cours de la première
année, il n'y a que les tn-térêts qui seraient payables,
si, effectivement, au moment de la première cotisation, les montants
à payer sont inférieurs aux remises qui ont été
faites. Il n'y a pas d'amende. Imaginez qu'au cours de la première
année de fonctionnement, dans les conditions que vient d'indiquer le
député d'Outremont, on puisse envisager qu'il n'y ait pas
d'intérêt payable qui s'appliquerait à la première
année de cotisation. Cela s'envisage, quitte à regarder les
implications. Cela ne me paraît pas répugnant. C'est le genre de
suggestion, justement, qu'on peut examiner, bien sûr.
Est-ce que je pourrais continuer cependant avec les affirmations du
député de Bellechasse? Pour la question d'inspection, tout ce que
je dirais ici au député de Bellechasse est ceci: II n'y a jamais
eu, au ministère du Revenu, suffisamment de personnel pour que
l'inspection des entreprises soit faite avec, à mon sens, suffisamment
de régularité. Cela s'est amélioré. Il y en a plus
qu'il n'y en avait mais il reste que les inspections dont il parle gardent
encore un degré de fréquence qui ne me paraît pas
suffisant. Effectivement, quand l'inspecteur passe quelque part, c'est vrai
qu'il y reste pendant quelque temps parce qu'il sait bien qu'il peut ne pas
revenir avant plusieurs années. Je ne suis pas certain, si on se mettait
à la place des hommes d'affaires, de ce qu'ils
préféreraient. Un inspecteur, deux fois, deux jours par
année, tous les ans ou quatre jours d'un seul coup tous les quatre ans?
Je ne sais pas ce qu'ils choisiraient. (11 h 45)
M. Goulet: M. le Président, je ne veux pas argumenter,
c'est que le point qui est soulevé, le ministère du Revenu a un
inspecteur, il en a un autre au niveau de l'impôt, il en a un autre pour
la taxe de vente, il en a un autre pour le comité paritaire, il en a un
autre pour la taxe sur la gazoline, il en a un autre pour la Commission des
accidents du travail, à un moment donné, à la fin de
l'année, ce n'est pas de votre faute, mais c'est qu'ils arrivent
à l'improviste et il faut tout laisser tomber, s'asseoir avec lui et
jaser pendant deux ou trois jours de temps. C'est ce que je voulais vous dire.
Pas seulement les vôtres. Si durant une année, le vôtre y
va, celui de la taxe de vente et un autre, à un moment donné, on
a perdu quinze jours trois semaines seulement pour recevoir ces messieurs.
C'est cela.
M. Parizeau: Je reconnaîtrai une chose, c'est que le nombre
d'inspections, pas par le ministère du Revenu, mais par toute une
série de ministères, représente à l'heure actuelle
un fardeau d'inspection assez élevé pour les entreprises. Cela me
paraît... Que l'on cherche à simplifier cela, cela me
paraîtrait tout à fait normal. Je ne parlais ici que du point de
vue du revenu et je ne suis pas certain, encore une fois, de ce que les hommes
d'affaires choisiraient, s'il y avait assez de monde pour faire des inspections
dans chaque entreprise, chaque année...
M. Raynauld: Heureusement.
M. Parizeau: Quant à la question de la tutelle
gouvernementale, dans des cas de comptes dus au Revenu qui sont tellement
élevés qu'à un moment donné, il faut prendre la
décision de fermer ou non la boutique, je dirai une chose au
député de Bellechasse, c'est que, pour nous, c'est vraiment la
mesure ultime. Il n'y a personne qui aime cela mettre une entreprise en
faillite et on n'a pas idée des trésors d'imagination qui vont se
développer au ministère du Revenu pour chercher à combiner
deux choses: que l'entreprise continue et que le gouvernement
récupère son argent. Quand on ferme, c'est vraiment parce qu'il
n'y a pas moyen de faire autrement. Je dois dire que dans l'immense
majorité des cas, par toute espèce d'arrangement qu'on fait avec
eux, normalement, on arrive à s'en sortir. Le cas qu'il donnait
d'Economie Kitchen Ware est un peu spécial. Telle qu'elle était
montée, plus elle vendait, plus elle faisait un déficit. Son
déficit augmentait avec son chiffre d'affaires. D'autre part, ceux qui
menaient cette entreprise, quand je disais qu'il faut avoir une prudence de
serpent, il n'y avait qu'un renseignement que je n'avais pas, on vient de me le
communiquer, évidemment, c'est public ces choses, ceux qui dirigeaient
cette entreprise, au cours des 20 années qui ont
précédé, avaient fait trois ou quatre autres faillites. Je
reviens au cas de tout à l'heure, des petits vieux qui, des fois, ont
l'air d'être pitoyables jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'ils
ont quatre comptes en banque. Juste ce cas, il est évident que vous avez
des gens qui ont déjà fait plusieurs faillites, qui ont
monté un système de vente qui accroît le déficit au
fur et à mesure que les ventes avancent et, à un moment
donné, qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse?
M. Goulet: Je le soulignais parce que, souvent, on nous dit:
Soulignez-nous un cas. C'est parce qu'à ce moment, au niveau de la
responsabilité sociale, il y a beaucoup de contribuables
québécois qui ont perdu de l'argent. On aurait pu, je dis bien,
et je le pense vraiment, on aurait pu, à ce moment, arrêter les
ventes, mais continuer d'administrer les mises de côté qu'il
restait pour 18 mois environ. C'est ce que je veux dire. Les manufacturiers
auraient été prêts à livrer, l'argent était
là, et accaparer les chèques qu'il y avait en mise de
côté et, au lieu de récupérer $3 500 000,
récupérer peut-être pour que le client en ait à 30%,
on aurait pu aller peut-être à 60%, 70%.
M. Parizeau: Là, M. le Président, on voudrait
à la fois que le ministère du Revenu, si je comprends bien, serve
de syndic. Peut-être que le syndic n'était pas bon dans ce cas.
Des syndics, cela existe, vous savez. Si un syndic a décidé de
faire une vente de feu, dire que le ministère du Revenu serait un
meilleur syndic que les syndics qu'on trouve dans le secteur privé...
Non, mais le gouvernement a tellement de choses à faire, est-ce que vous
tenez absolument à ce qu'il soit syndic? Maintenant tuteur, j'ai
déjà assez de problème avec les sociétés
d'État qui perdent de l'argent.
M. Goulet: ... à la SGF, moins Marine Industrie,
apparemment, cela va bien.
M. Parizeau: Combien de canards boiteux voulez-vous me renvoyer
en plus?
M. Goulet: Je comprends. J'avance un cas parce qu'il y a environ
je ne voudrais pas dire de chiffre 5000 ou 6000
Québécois. D'accord. Vous ameniez un autre cas tout à
l'heure où cela peut être seulement des commerçants entre
eux ou des fournisseurs qui perdent de l'argent. Mais dans un cas semblable, il
y a une grande responsabilité sociale. Je sais que cela n'a pas dû
être facile, mais moi je crois encore que si un cas comme cela se
reproduisait où beaucoup de contribuables qui ne sont pas des
entreprises j'entends par là seulement des fournisseurs
où beaucoup de contribuables, d'hommes de la rue perdaient de l'argent,
là, il y a vraiment une responsabilité sociale. Je ne dis pas de
faire cela chaque fois qu'il y a un canard boiteux, mais un canard comme cela
je pense qu'il était plus que boiteux et on aurait dû... En tout
cas, c'est un reproche que je fais et je ne voudrais pas que cela se
représente. S'il fallait que cela se représente, il faudrait
prendre la peine, je ne dis pas d'aller chercher la SGF, mais quelqu'un
qui...
M. Parizeau: Non, pitié!
M. Goulet: Vous disiez tout à l'heure que les
sociétés d'État... c'est parce qu'on nous a cassé
les oreilles avec cela, que c'était rentable, qu'elles étaient
à peu près toutes rentables, mais on a oublié de nous dire
qu'il y en a une qui a fait un déficit d'à peu près dix
fois plus...
M. Parizeau: M. le Président, je dirai...
M. Goulet: On sort du sujet, donc je reviens.
M. Parizeau:... au député de Bellechasse que, s'il
écoute attentivement mes discours du budget chaque année, il ne
va pas trouver exactement de quoi se réjouir quant au fonctionnement de
l'ensemble des sociétés d'État.
M. Goulet: M. le Président, je ne veux pas...
M. Parizeau: J'ai probablement été le premier
à attacher le grelot là-dessus.
M. Goulet: Je ne veux pas prolonger indûment les travaux de
cette commission, il est déjà midi moins dix, j'en suis
conscient, mais je voulais quand même le souligner. Je sais qu'il y a une
prise de conscience, mais dans un cas où le petit contribuable est
intéressé directement, là où il y a vraiment une
responsabilité sociale, il faudrait que le ministère puisse
prendre d'autres mesures que celles qu'on a déjà prises. Les
reproches ne s'adressent pas au ministre je ne sais pas si les gens qui
sont là y étaient dans le temps cela s'est produit dans
les années 1972 ou 1973.
M. Parizeau: C'était au début de 1970. M.
Goulet: Alors...
M. Parizeau: Est-ce que je pourrais juste ajouter une chose, M.
le député de Bellechasse?
M. Goulet: Oui.
M. Parizeau: C'est que, moi, à mon sens, s'il y a une
bonne application des lois de la protection du consommateur, il y a des chances
de régler ce type de problème. Je ne suis pas du tout certain
qu'à l'heure actuelle, compte tenu de l'évolution des lois depuis
six ou sept ans, des opérations comme celles-là soient
possibles.
Il y a une dernière chose qu'avait soulevée le
député de Bellechasse, c'est la question de la taxe de vente
payable à la suite d'une mise de côté. Je serais
disposé à examiner cela, M. le Président. Il y a, à
l'heure actuelle... C'est vrai que cela peut représenter sur le plan de
l'administration de la caisse d'un commerçant, dans certains types de
commerce, je pense à des choses comme le meuble où cela
représente quand même un montant assez important la mise de
côté et où effectivement la taxe de vente est payable... On
pourrait voir si on ne peut pas modifier la formule de façon à
accepter certains types de report. Je ne veux pas me prononcer aujourd'hui
là-dessus, mais je retiens la suggestion et je vais examiner cela. C'est
à mon sens une suggestion heureuse à regarder. Je ne peux pas
prendre d'engagement aujourd'hui mais, enfin, cela se regarde
indiscutablement.
Le Président (M. Laplante): M. le député de
Laprairie.
M. Michaud: M. le Président, vous me permettrez de
poser...
M. Parizeau: Je m'excuse, M. le Président, auprès
du député de Laprairie. J'ai donné un renseignement faux
au député d'Outremont tout à l'heure. Dans le cas de la
première année d'exploitation d'une corporation, je savais qu'il
n'y avait pas de pénalité, mais il n'y a pas
d'intérêt non plus. On vient de me confirmer que dans aucun cas il
n'y a de l'intérêt pour la première année.
M. Raynauld: II n'y a pas d'intérêt. Ah!
M. Parizeau: On me dit que c'est possible qu'il y ait des erreurs
qui aient été commises, mais le principe général,
c'est que la première année d'exploitation, il n'y a ni
pénalité ni intérêt; il n'y a pas d'exception.
Le Président (M. Laplante): M. le député de
Laprairie.
M. Michaud: Vous me permettrez quelques questions concernant
l'opération recouvrement. On a dit qu'on avait recouvré $96
millions. Est-ce qu'on pourrait savoir la part de la taxe de vente et la part
de l'impôt à l'intérieur de ces $96 millions?
Deuxièmement, concernant les agents de recouvrement. Ils
utilisent leur discrétion et leur jugement, mais je suppose qu'ils
évaluent la capacité de payer comme un gérant de banque
peut évaluer la capacité de payer de son client,
c'est-à-dire que si une entreprise doit $100 000 en taxe de vente non
payée et qu'elle fait un chiffre d'affaires de $200 000 par
année, on ne lui demandera pas de la payer tout d'un coup, mais si c'est
une entreprise qui fait un chiffre d'affaires de $3 millions, peut-être
qu'on va la lui demander directement.
Vous avez parlé des 150 occasionnels chez les agents de
recouvrement. Je suppose que parmi ceux-là vous allez peut-être
garder les excellents et laisser aller les bons. Est-ce qu'il serait possible
de savoir combien de ces occasionnels, sans aller dans les secrets, vont
demeurer comme agent de recouvrement à votre ministère?
Un autre détail aussi. Vous avez effacé, au
ministère, on a effacé 98 000 comptes ou on a annulé 98
000 comptes très faibles. Est-ce que ces citoyens "payeurs de taxes" ou
payeurs d'impôts ont été avisés, est-ce qu'ils le
seront? Peut-être le seront-ils non officiellement s'ils n'ont plus de
communications avec le ministère.
En 1978/79, en neuf mois, on a récupéré $96
millions. Je ne crois pas que vous ayez prévu, dans le budget 1979/80,
un certain montant de récupération; si oui, quel montant
visez-vous pour cette année budgétaire?
Un autre point. Ces $96 millions ne couvrent que les comptes au-dessus
de $3000. Est-ce un secret d'État ou si on peut savoir ce que vous allez
faire avec les comptes de $3000 et moins?
J'aimerais que vous puissiez répondre à ces multiples
questions. Si elles vous ont échappé, je pourrai peut-être
les rappeler à votre mémoire.
M. Parizeau: Cela tombait dru, M. le Président.
J'espère avoir toute la liste.
M. Michaud: De toute façon, je suis là pour vous
les rappeler.
M. Parizeau: Quant à la répartition du recouvrement
des $96 millions en taxe de vente et en impôt sur le revenu, on est en
train d'examiner pour voir si, tout de suite, on peut faire la
répartition. Si on ne peut la faire, on vous la communiquera par la
suite. D'ici quelques minutes, je pourrai dire si on a la répartition
entre les deux postes.
La question du recouvrement et de l'espèce de latitude qu'on se
donne quant à la façon de faire ce recouvrement, effectivement,
comme je l'ai dit plus tôt, il y a à peu près la
moitié du recouvrement qui s'est faite sur la base du paiement en
règlement de tout compte et d'un seul versement et à peu
près la moitié qui a donné lieu à des arrangements
étalés, tant par mois. Inévitablement, il y a une question
de jugement; on ne peut faire autrement que laisser...
Cependant, au ministère du Revenu, selon l'importance du compte,
l'autorisation d'un règlement ou d'un type de règlement monte de
niveau en niveau. C'est un peu comme la latitude qu'on laisse à un
gérant de banque quant au crédit à une entreprise. Il y a
des comtes inférieurs à tel montant qu'il peut décider
lui-même; si c'est plus élevé, cela doit monter au
district, si c'est plus élevé encore, cela doit monter au bureau
chef. C'est un peu la même chose au ministère du Revenu dans le
type de règlement qu'on fait, de niveau en niveau, cela monte dans la
hiérarchie de façon qu'on reconnaisse qu'il y a ici une part de
jugement à exercer. Plus le montant est élevé, plus le
règlement porte sur un montant élevé, plus on exige que
cela monte dans la hiérarchie du ministère.
Quant aux occasionnels, les 150, il y a actuellement 39 postes vacants
dans l'effectif. Il est tout à fait clair que cela aura
été un banc d'essai extraordinaire pour juger... Effectivement,
il y a une rivalité entre les 150.
M. Goulet: Avaient-ils des primes d'efficacité? Non? Des
bonis?
M. Parizeau: La prime d'efficacité, c'est l'accès
aux 39 postes.
M. Goulet: Ah! Oui?
M. Parizeau: Bien voyons! Il y a 39 postes vacants, cela va de
soi!
M. Goulet: Est-ce qu'ils le savaient avant? (12 heures)
M. Parizeau: Ils savent, bien sûr, qu'il y a des postes
vacants. Un des problèmes majeurs de ce ministère pendant des
années a été justement le recouvrement; il y avait des
postes mais il n'y avait personne dedans. C'était largement dû
j'ai déjà eu l'occasion de l'expliquer à une
commission parlementaire aux salaires. Cela a pris, avec la Commission
de la fonction publique, des discussions véhémentes, et
célèbres maintenant, pour faire réviser les
échelles de salaires de façon qu'on se sorte du cercle vicieux
dans lequel on était placé. Très souvent, on embauchait
des gens pour le recouvrement, on les entraînait et, le moindrement
qu'ils étaient bons, ils allaient travailler pour Revenu Canada. Alors,
les échelles rectifiées ont permis de commencer à recruter
davantage d'agents de recouvrement et là, il reste 39 postes. La
dernière opération s'est faite en allant chercher 150
occasionnels; ils savent qu'il reste un certain nombre de postes vacants et
cela donne une incitation tout à fait remarquable.
Pour aviser l'annulation de la foule de petits comptes dont je parlais
tout à l'heure, d'abord il y a un certain nombre de ces gens qu'on ne
retrouve plus et, d'autre part, émettre des lettres pour leur dire qu'on
ne les achalera plus pour $0.75, je pense que cela ne vaut vraiment pas la
peine. Ce qui va se produire simplement, c'est qu'effectivement on va cesser de
les achaler.
M. Michaud: C'est déjà beaucoup.
M. Parizeau: C'est tout, c'est beaucoup. Cela va? Ils
n'entendront plus jamais parler de nous.
Quant à la récupération des montants du traitement
en 1978/79 et 1979/80, des $110 millions à récupérer, cela
n'affecte pas les revenus parce que ces revenus étaient
déjà comptés. Ils avaient été comptés
dans les années antérieures. On comptabilise nos revenus par les
avis de cotisation. Quand on envoie un avis de cotisation, il entre dans les
revenus de l'année où l'avis de cotisation a été
envoyé. Donc, le recouvrement n'affecte que la caisse, que les besoins
de caisse du gouvernement; en somme, on emprunte moins et il y a une
entrée de caisse additionnelle. Alors, la répartition des
entrées de caisse a été affectée surtout en 1978/79
et pour le solde en 1979/80 sur une période d'à peu près
douze mois. Dans un certain sens, on prévoyait probablement sur une
période trop longue puisque la quasi-totalité de la somme a
été récupérée en neuf mois et demi. Encore
une fois, cela ne touche pas les revenus.
Si on me donne 30 secondes, M. le Président, je vais voir si on
peut établir la répartition. Je m'excuse, je reviens au programme
du ministère du Revenu, la répartition entre MIDAS, SINTAX, DECOR
et COREC. MIDAS, ce sont les déductions à la source: 7% des
montants recouvrés viennent de MIDAS, donc des déductions
à la source. SINTAX, c'est la taxe de vente: 17%. DECOR, ce sont les
entreprises, l'impôt sur les corporations: 29%. COREC, c'est le programme
d'impôt sur le revenu des particuliers: 46%.
M. Michaud: Merci. La dernière, ce serait sur les comptes
de moins de $3000.
M. Parizeau: Oh! oui. Pour les comptes de moins de $3000, je n'ai
pas encore pris de décision là-dessus, en ce sens que nous avons
le programme de recouvrement de $3000 et plus qui a avancé plus
rapidement qu'on ne le pensait. On a l'argent nécessaire pour garder,
pendant un an, les occasionnels dont je parlais tout à l'heure.
Descendre la ligne de $3000 à $2000, je voudrais savoir si c'est
opérationnel ou pas, si cela peut se faire parce que cela fait une
petite marge simplement. Alors, ce qu'il y a à décider, c'est de
savoir si on utilise un solde de tant de ces occasionnels pour descendre en bas
de $3000 ou si on laisse le recouvrement en bas de $3000 à la
procédure régulière de recouvrement du ministère.
Il est évident qu'il y a moins d'argent là qu'il y en avait dans
le $3000 et plus.
M. Goulet: Est-ce que vous me permettez une question?
Le Président (M. Boucher): M. le député de
Bellechasse.
M. Goulet: Lorsque vous voulez recouvrer un compte de $2500, les
personnes qu'on peut consulter au ministère nous disent je me
place comme un contribuable: Non, il n'y a à peu près pas
d'arrangement. Remarquez bien que l'individu, c'est le premier à qui on
peut parler. Ce qui arrive bien souvent, c'est que le commettant vient nous
voir au bureau et nous, on peut appeler au ministère et dire: Ecoute, on
peut prendre arrangement et ainsi de suite. Ne pensez-vous pas que ce serait
beaucoup plus facile s'il y avait un compte?... Le gars dit: Ecoute, je n'ai
pas l'argent. Je ne l'ai pas, et que le monsieur puisse lui dire: Ecoute, avec
un arrangement à tant d'intérêt ou tel mode de paiement, on
règle tout cela tout de suite, avec une série de chèques,
je ne sais pas. Ne pensez-vous pas que ce serait beaucoup plus facile parce
que... Je ne pense pas que cela se fasse au niveau de... Oui? Non, mais au
niveau du...
Une voix: De l'agent de recouvrement.
M. Goulet: Au niveau de l'agent de recouvrement, lui, il nous
dit: Écoutez, c'est payable tout de suite et il n'est pas question. Oui,
mais...
M. Parizeau: Écoutez...
M. Goulet: À quelle place faut-il le faire? Le monsieur
dit: Oui, cela se fait. Quel est le plus court chemin à un moment
donné pour dire: Écoutez, on le doit. D'accord, payez tout de
suite. J'en conviens. C'est ce qu'il faut faire. Mais l'individu, on voit
vraiment qu'il n'a pas... Nous-mêmes, on "achale " je m'excuse de
le dire le chef de cabinet. On en parle même au ministre dans le
corridor. Le ministre dit: Appelle donc mon secrétaire. On dit: Ecoute,
il doit $3000. Il est prêt à prendre arrangement à tant par
mois. Combien cela coûtera-t-il? Et s'il y avait une taxe, dire: On
règle ce compte-là, comme cela se fait dans l'entreprise. Tu es
de bonne foi. Tu viens nous voir. Tu nous dois $3000. On va te régler
cela. Pendant douze mois, mais cela te coûtera tant. Cela fait-il ton
affaire? Il faut faire beaucoup d'appels téléphoniques, en tout
cas, ou on ne sait pas à quelle place s'adresser. J'ai
déjà personnellement dérangé M. le ministre pour
cela. Il m'a référé à M. Séguin, son chef de
cabinet ou son secrétaire particulier.
M. Parizeau: C'est cela.
M. Goulet: M. Séguin m'a transféré à
quelqu'un. On a pris arrangement pour un individu dont je me souviens. Mais il
me semble que cela a fait bien du dérangement Quelqu'un aurait pu
nous dire au ministère sur un simple coup de
téléphone: Écoutez, venez ici et on va s'arranger.
M. Parizeau: En pratique, M. le Président, cela ne se
présente pas tout à fait comme cela.
M. Goulet: Non?
M. Parizeau: Non, parce que ce qu'on reçoit dans nos
bureaux de députés, nous, j'allais dire, c'est le solde, c'est le
résidu, et ce que les députés à leur tour
m'envoient, ce sont quelques centaines de cas, peut-être, au cours d'une
année. Je n'ai jamais compté exactement, mais enfin, mettons au
maximum quelques centaines de cas, alors que les opérations dont parle
le député de Bellechasse portent sur des milliers et des milliers
de cas. Donc, il y a des dizaines de milliers d'arrangements qui se font et
dont on n'entend jamais parler. Ce dont on entend parler, comme
députés, ce sont des affaires qui ne se sont pas
réglées. Si c'était réglé, par
définition, ils ne viendraient pas nous voir.
M. Goulet: Pour couper au plus court, l'agent de recouvrement
peut-il faire des ententes? Le peut-il? S'il le juge bon, a-t-il assez de
latitude pour dire: Avec tel cas, tu vois que tu peux faire un arrangement.
Fais-le donc tout de suite tandis que tu es sur place, et on va régler
cela.
M. Parizeau: II y en a, comme je le disais, sujets à
l'importance ou au niveau qu'il faut rejoindre selon l'importance du montant.
Il y a, bien sûr...
M. Goulet: En bas de $3000, l'agent de recouvrement a-t-il cette
latitude?
M. Parizeau: Bien sûr! qu'il a la possibilité de
procéder à des arrangements. La seule chose, cependant, qu'il
faut reconnaître, c'est que le ministère ne va pas sortir de son
chemin pour rendre les arrangements plus faciles qu'il ne le faut. Il est
évident, par exemple et c'est une des raisons pour lesquelles les
bureaux régionaux sont tellement commodes qu'un arrangement, on
préfère traiter cela dans un bureau plutôt qu'au
téléphone. Cela va de soi. Il est évident qu'il y aura
quand même une vérification élémentaire. Ce n'est
pas parce que quelqu'un arrive avec une histoire à faire pleurer les
mères, que l'histoire à faire pleurer les mères est
nécessairement exacte. En somme, là, il y aura
inévitablement une espèce de latitude quant au jugement à
exercer.
M. Goulet: Mais pour un compte en bas de $3000, l'agent de
recouvrement peut et mandaté par le ministère
prendre arrangement avec l'individu tout de suite; s'il le veut, s'il juge que
c'est raisonnable, il peut, il a le pouvoir de le faire.
M. Parizeau: Oui, oui, mais sujet au fait, sujet à ce
principe parfaitement normal que le recouvrement veut recouvrer le plus vite
possible et que le contribuable veut payer le plus tard possible. C'est
parfaitement humain, et de cette opposition d'intérêts...
M. Goulet: La plupart du temps, ils agissent comme des agents de
perception payés à la commission.
M. Parizeau: ... jaillissent un certain nombre de dossiers qui
arrivent dans nos bureaux.
M. Goulet: La plupart du temps, ils semblent agir... Non, ce que
je veux dire... Je ne voudrais pas faire une... Il y en a beaucoup, beaucoup.
Bon! Je vais changer mon mot "pour un certain nombre" qui agissent comme des
agents de perception, de certaines compagnies à forfait, ou à la
"job", ou à la commission. Il semble, en tout cas.
M. Parizeau: Oui, pour une raison très simple qu'on
connaît tous très bien. Il y a un certain nombre de contribuables,
par exemple, qui, devant des appels téléphoniques
répétés très souvent, c'est par
téléphone disent: On ne bouge pas, ils font le mort.
À un moment donné, l'agent de recouvrement commence à
mettre de la pression. Tout à coup, celui qui faisait le mort
découvre les avantages d'un arrangement. Quand il faisait le mort depuis
un an, il ne faut pas s'étonner que l'agent de recouvrement ne soit pas
indûment impressionné. Encore une fois, on entre dans du cas par
cas. L'important, c'est qu'il y ait suffisamment de latitude donnée pour
que les arrangements puissent se faire.
Le Président (M. Boucher): M. le député
d'Outremont.
M. Raynauld: M. le Président, j'avais encore quelques
petites questions. Les remboursements qui sont faits en vertu du programme 5,
les remboursements qui sont faits aux travailleurs autonomes pour les
contributions du Régime de rentes du Québec, si je comprends
bien, on rembourse ou on fait une ristourne des cotisations pour les
travailleurs autonomes qui ont gagné $5600 quand ils sont mariés
et $3700 quand ils sont célibataires, sauf erreur. Je voudrais demander
si ces barèmes de $5600 et de $3700 sont indexés. Est-ce qu'ils
sont modifiés de temps à autre? Est-ce qu'on a toujours cette
remise de 50%? Je vois que c'est le même montant que l'année
dernière. C'est en crédits permanents.
M. Parizeau: Cela suit les exemptions personnelles.
M. Raynauld: Cela suit les exemptions personnelles.
M. Parizeau: Comme les exemptions personnelles ne seront pas
changées avant le 1er janvier 1980, effectivement, c'est le même
montant.
M. Raynauld: Très bien, merci de l'information. Je suppose
que le problème des permis pour
les machines à boules, on va voir cela ce soir lors de
l'étude des crédits du ministère des Finances.
M. Parizeau: Non, c'est dans l'étude des crédits du
ministère du Revenu.
M. Raynauld: Pardon?
M. Parizeau: C'est dans l'étude des crédits du
ministère du Revenu.
M. Raynauld: Oui?
M. Parizeau: Oui, les machines relèvent...
Une voix: ... la loto...
M. Parizeau: Non, Loto-Québec, ce n'est pas la
Régie des loteries et courses. Les permis sur les machines à
boules, c'est la Régie des loteries et courses; cela relève du
ministère du Revenu. Loto-Québec relève du ministre des
Finances.
M. Raynauld: Alors, si c'est cela, je n'ai pas eu le temps de
réexaminer tous les dossiers, mais j'ai un dossier très
épais sur les machines à boules.
M. Parizeau: J'imagine, oui.
M. Raynauld: II y a un nouveau règlement qui a
été introduit le 1er avril. Est-ce que c'est cela?
M. Parizeau: Oui.
Machines à sous
M. Raynauld: Sur les machines à boules. J'ai le document
ici qui a été émis par la Régie des loteries et
courses du Québec. Il y a beaucoup de plaintes. Je ne suis certainement
pas le seul à avoir reçu...
M. Parizeau: Oh! non.
M. Raynauld: ... des observations là-dessus. Cela se
rapporte essentiellement aux permis d'exploitants plus les $500, jusqu'à
$50, je pense, pour les permis attachés aux différentes
catégories de machines. J'ai deux dossiers au moins sur ce sujet qui
sont assez volumineux. Les représentations que j'ai reçues ont
trait au fait que les permis attachés aux machines sont des permis qui
ont été tellement augmentés que, dans bien des cas, le
prix des permis est plus élevé que les profits totaux que les
entreprises concernées pouvaient faire. Il ne semble pas que ce soit
aussi facile que le gouvernement ou le ministère l'avait cru au
départ de reporter sur la clientèle l'augmentation de ces
coûts des licences. Je voudrais donc demander si, compte tenu de ces
observations et de ces représentations qui ont été faites,
le ministre est en train au moins d'examiner ces plaintes qui lui sont
parvenues et est-ce qu'il entend réexaminer cette question? (12 h
15)
J'ai été extrêmement surpris de voir jusqu'à
quel point on pouvait modifier ces taux. On ne nous avait sûrement pas
prévenu l'année dernière, lorsqu'on a étudié
la loi, qu'on modifiait les règlements de façon aussi draconienne
et aussi radicale. C'est une de ces choses qui me renverse toujours dans le
système parlementaire que nous avons. On peut passer des semaines
à étudier un projet de loi et, tout à coup, six mois plus
tard, il nous tombe des histoires sur la tête qui n'avaient jamais
été discutées et cela, c'est un beau cas. On a
passé sûrement plusieurs semaines, l'année dernière
à examiner la Loi sur les loteries et courses, les concours
publicitaires, les appareils d'amusement et je ne me souviens pas
d'habitude je suis assez précis dans ces choses qu'on ait fait
état à ce moment-là qu'on allait augmenter les prix de
façon aussi considérable, à moins que les
représentations qui nous sont faites soient complètement fausses.
J'ai un cas ici, par exemple, où une entreprise qui, apparemment, est
assez considérable...
M. Parizeau: On parle tous de la même.
M. Raynauld: Je ne sais pas, j'ai deux dossiers; alors, la
même, c'est probablement l'autre. J'ai une entreprise ici qui dit:
L'année passée, les bénéfices bruts de l'entreprise
ont été de $69 000. L'augmentation du prix des licences de 325
machines, dont cet opérateur dispose, a été de $52 500. Je
trouve que vraiment cela n'a pas l'air raisonnable. Une augmentation de $52
500, ce ne sont pas des blagues, sur 325 machines, cela fait un coût
moyen d'augmentation pas de coût réel de $161 par
machine. On me dit qu'il y a des arrangements qui sont pris avec ceux qui
exploitent ces machines de sorte qu'il y a un délai d'adaptation et
qu'il n'est pas possible à l'exploitant de récupérer ces
licences. Je ne sais pas exactement pourquoi mais comme il y a eu beaucoup de
représentations faites, je suis certain qu'elles ne peuvent pas
être toutes sans fondement et j'aimerais avoir les commentaires du
ministre.
Le Président (M. Boucher): M. le ministre.
M. Parizeau: Comment pourrais-je être exact et gentil
à la fois envers ceux qui ont monté cet extraordinaire lobby
depuis quelque temps. J'ai été, je pense, le dernier averti de ce
genre de pressions. Il y a quelques entreprises mais une en particulier qui ont
fait le tour d'à peu près tous les députés que j'ai
rencontrés, d'à peu près tous les partis, pour indiquer
à quel point la situation était dramatique. Elles sont venues me
voir tout à fait en bout de course. Le premier contact que j'ai eu avec
elles date de lundi...
Une des raisons possibles, c'est qu'en 1970, cela remonte quand
même à quelques années, l'association des
propriétaires de ces nachines avait rencontré la Régie des
loteries et courses et qu'elles s'étaient entendues... comme elles
s'attendaient à ce moment, il y avait des rumeurs selon
lesquelles le gouvernement imposerait des droits écrasants...
Elles s'étaient portées volontaires pour discuter des taux avec
la régie. Assez curieusement, certains des taux de 1970 sont du
même ordre que les taux qui ont été promulgués en
1979, parce qu'entre 1970 et 1979 il ne s'est rien passé. Il y a eu
cette discussion, il y a eu ces propositions de faites et rien ne s'est
produit.
Vous voyez, par exemple, quand on dit que la machine communément
appelée "pin ball" va payer $200 dans le nouveau règlement, les
$200, c'est le prix suggéré par l'association il y a neuf ans. Si
on trouvait que c'était rentable $200, il y a neuf ans, je voudrais bien
qu'on m'explique comment neuf ans plus tard les mêmes $200 ne le sont
plus. J'admets que dans l'intervalle il y a eu des droits municipaux qui ont
été ajoutés dans certaines municipalités, mais on
fait toujours état de droits municipaux de $300. Je veux seulement
rappeler que cela existe seulement dans une ville, $300, c'est Verdun; c'est un
cas extrême. Verdun verra bien ce qu'on va faire avec ces droits une fois
que ces droits seront passés. Deuxièmement, je voudrais vous
signaler que d'autres droits qui n'avaient pas été
discutés en 1970 ont été effectivement augmentés,
mais il faut voir depuis quand ils ne l'avaient pas été. Prenez,
par exemple, une allée de quilles. Là, le droit va être de
$100. Il était selon les cas de $10 à $25, mais les droits
n'avaient pas été augmentés depuis 1925. Je comprends que
cela ait l'air d'être un gros écart, mais cela fait 54 ans que
cela n'avait pas été touché.
M. Raynauld: J'avoue, M. le Président, que ce n'est pas
une très bonne raison.
M. Parizeau: Comment cela! Si cela valait ce prix à ce
moment.
M. Raynauld: Non, ce n'est pas cela le problème.
Même si les choses n'ont pas été faites comme elles
auraient dû l'être, il faut tenir compte des modifications, de
l'inflation ou d'autres facteurs comme cela; on ne peut pas dire que, parce que
cela n'a pas été fait depuis 50 ans, on pourra
récupérer en un an ce qui aurait dû être fait pendant
50 ans.
M. Parizeau : Le problème n'est pas de
récupérer la totalité de l'inflation. Ce n'est pas de
récupérer la totalité de l'inflation. C'est simplement
d'ajuster cela à des montants qui paraissent plus normaux à notre
époque. Il faut se rendre compte de ce que cela veut dire un droit de
$100. Un droit de $100, c'est $3 par jour... c'est $0.30 par jour, excusez-moi.
J'ai de la difficulté à compter ce matin. C'est $0.30 par jour
pour le droit d'opérer dans certains cas un commerce.
Les manèges et les jeux mécaniques, l'ancienne loi des
licences prévoyait $75 plus $5 d'honoraires: on porte cela à
$100, cela ne défonce pas le ciel. J'ai eu, parmi les premières
propositions de réglementation qui m'avaient été faites
j'ai surveillé cela d'assez près des taux un peu
inférieurs à cela, dans certains cas. Dans les instructions que
j'avais données pour qu'on révise les taux, j'avais mis, dans
l'évaluation des recettes probables de la Régie des loteries et
courses du Québec, qu'il faudrait s'assurer que les taux prévus
ne soient d'aucune façon inférieurs à l'offre faite il y a
quelques années par l'Association des propriétaires de machines
d'amusement, au moins qu'on ne leur charge pas moins que ce qu'ils
étaient prêts à payer. Autrement, on a l'air un peu...
Il y a cependant des problèmes d'un autre ordre que celui que
signale le député d'Outremont et qui vont peut-être
m'amener à augmenter certains taux. Il y a là une décision
à prendre, mais qui a trait à certaines formes de machines qui ne
semblent vraiment être exploitables que dans la mesure où elles
fonctionnent illégalement.
Il y a certains types de machines, à l'heure actuelle, qui ont un
peu la forme de gobe-sous et, où en vertu de la loi, on ne peut pas
recevoir de l'argent. La loi défend qu'on reçoive des parties
gratuites, mais pas dans les quantités qu'on trouve dans les machines
à boules. Quelqu'un qui est un peu habile peut rester sur la même
machine à boules pendant vingt minutes ou une demi-heure, mais on peut
recevoir 100 parties ou 150 parties gratuites.
Problème! qu'est-ce que quelqu'un fait avec 150 parties
gratuites? Il ne peut pas rester là jusqu'à 4 heures du matin, il
y a donc une possibilité réelle d'illégalité sur
certaines de ces machines, on se trouve en fait devant une telle
possibilité, c'est-à-dire que les parties gratuites ont
été échangées contre de l'argent quelque part.
Une des propositions qui m'ont été faites d'ailleurs, de
l'intérieur, mais qui m'ont été faites aussi dans
certaines représentations par des gens que j'ai vus et qui sont de
l'extérieur du métier, c'est: Vous devriez peut-être, sur
ces machines, monter le droit encore bien davantage que vous l'avez fait, et si
elles continuent de fonctionner, là, c'est clair, il faut envoyer la
police. C'est-à-dire que si, avec un taux de licence aussi
élevé, cela continue de fonctionner, c'est que, manifestement,
c'est illégal.
Il n'est pas impossible que, pour faire face à ce problème
très spécifique qui contrevient à certaines dispositions
du Code pénal, on soit obligé d'aller augmenter les permis juste
pour s'assurer qu'effectivement, si cela continue de fonctionner, c'est que
c'est fait dans l'illégalité.
Pour revenir aux taux dont nous parlons qui, eux, s'appliquent à
quelque chose de beaucoup plus légal et de beaucoup plus courant, encore
une fois, il y a eu des augmentations mais qui, compte tenu de ce que
l'association elle-même avait proposé il y a plusieurs
années, ne me paraissent pas exorbitantes. Compte tenu du fait qu'on se
soit adressé à moi aussi tard, j'ai, bien sûr,
suggéré, comme je le fais à tout le monde, de recevoir ces
gens et de discuter avec eux, en regrettant simplement qu'ils aient fait
d'aussi grands tours avant de venir me voir. J'aurais quand même
préféré les voir au début du périple.
M. Raynauld: Est-ce qu'on a les augmentations par rapport au
règlement?
M. Parizeau: J'en ai toute une série.
M. Raynauld: La "pinball machine", par exemple, $200,
c'était quoi, avant?
M. Parizeau: II n'y en avait pas, comme je l'ai dit.
M. Raynauld: II n'y en avait pas du tout?
M. Parizeau: Cela a été offert pour la "pinball".
L'association avait offert $200 en 1970; le gouvernement du temps a
décidé de ne pas bouger. Là, on les taxe et on les taxe
sur la base de nos propositions d'il y a neuf ans.
M. Raynauld: Et les $500 sur les deux précédentes,
les "bingo machines", il n'y en avait pas non plus?
M. Parizeau: Non.
M. Raynauld: II n'y en avait pas? C'était zéro.
M. Parizeau: Un instant! Les $500 sur les "bingo machines", je ne
dis pas que cela ne peut pas ne pas être augmenté.
M. Raynauld: Oui, mais c'était zéro. M.
Parizeau: C'était zéro.
M. Raynauld: Je demande juste ce que c'était avant...
M. Parizeau: Oui, oui.
M. Raynauld: ... comme point d'information. Zéro sur les
$500 au no 1. Au deuxième, je ne sais pas pourquoi on ne trouve pas des
noms pour ces machines, les "one arm bandit", $500. C'était zéro
aussi, je suppose?
M. Parizeau: Un instant! Le "one arm bandit", c'est la même
chose que les "bingo machines".
M. Raynauld: C'était zéro.
M. Parizeau: Cela pose le même genre de
problème.
M. Raynauld: Ensuite, les manèges, jeux mécaniques
et autres dispositifs, $100. Est-ce que c'était zéro aussi?
M. Parizeau: Non, c'était $80. M. Raynauld:
C'était $80.
M. Parizeau: $75, plus $5 d'honoraires, en vertu de la Loi des
licences.
M. Raynauld: Bon. Les tables de billard, de "pool", de "snooker"
et autres du même genre.
M. Parizeau: La Loi des licences, avant, était de $10
à $60.
M. Raynauld: $100 pour chaque allée de quilles?
C'était combien, avant?
M. Parizeau: Un instant! Pour en revenir aux tables de billard,
c'était de $10 à $60, selon que la table est conventionnelle ou
automatique. Là encore, les droits n'avaient pas été
modifiés depuis 1925. Les allées de quilles, on l'a vu tout
à l'heure, cela allait de $10 à $25. Cela n'a pas
été modifié depuis 1925.
M. Raynauld: Electrophone à sous, $50. M. Parizeau:
C'est nouveau, cela.
M. Raynauld: C'est nouveau? Bon! C'était zéro.
Enfin, il y avait $200 sur un jeu dont le résultat peut être
l'attribution d'un prix de quelque nature qu'il soit autre qu'une partie
gratuite, que du temps de jeu additionnel: $200. C'était zéro
aussi avant?
M. Parizeau: C'était $80, la Loi des licences.
Évidemment, les recettes...
M. Raynauld: Une partie gratuite...
M. Parizeau: II faut faire attention. La recette possible de ce
type de jeu peut atteindre plusieurs centaines de dollars par jour. C'est dans
les foires. Alors, monter de $80 à $200, ce n'est vraiment rien. Il n'y
a vraiment rien là, parce qu'il y a possibilité de gains
considérables, dans les foires agricoles, des choses comme cela. Ces
jeux peuvent encaisser de grosses sommes.
Le Président (M. Boucher): M. le député de
Bellechasse.
M. Goulet: M. le Président...
M. Parizeau: II y a les cirques ambulants aussi qui sont couverts
par cela.
M. Goulet: ... juste une seconde. Le ministre s'est
référé à un document concernant l'offre de
l'association faite il y a neuf ou dix ans. Est-ce que ce serait possible
je ne sais pas si c'est un document secret que les membres de la
commission en aient une copie, parce que, lorsque ces gens viennent nous voir,
j'aurais aimé l'autre jour, lorsqu'on les a rencontrés, avoir ce
document. Probablement que la conversation aurait été...
M. Parizeau: Bon! J'en ferai ...
M. Goulet:... je ne dirai pas plus courte, mais plus
intéressante, d'égal à égal.
M. Parizeau: J'en ferai...
M. Goulet: Écoutez, ces gens viennent nous voir...
M. Raynauld: L'information, c'est le pouvoir.
M. Parizeau: Je n'y vois aucune espèce d'objection, M. le
Président. J'en ferai parvenir aux membres de la commission, bien
sûr.
M. Goulet: Pour pouvoir en discuter plus objectivement.
M. Parizeau: C'était presque d'ailleurs une grande charte
des rapports entre la régie...
M. Goulet: Sur chaque machine, lorsqu'il y a un droit de
perçu, il y a une étiquette de collée. Comment cela
fonctionne-t-il? Dans une foire, il arrive un camion avec 25 machines: est-ce
que vous avez des inspecteurs pour voir si les machines sont
enregistrées? (12 h 30)
M. Parizeau: Le député de Bellechasse a un bon
point, M. le Président. J'avais oublié de parler de cela, mais
c'est une des choses que j'ai justement soulevées avec les
représentants de l'association. Chaque machine est identifiée et
un permis est donc attaché à chaque machine. On m'a fait des
représentations disant qu'on pourrait peut-être avoir un stock de
permis de façon que, quand une machine est en réparation, parce
qu'il y a toujours, sur le stock de machines, un certain nombre de machines
retirées de la circulation, parce qu'elles ont été rendues
par l'ancien utilisateur ou parce qu'elles sont en réparation, si bien
que le propriétaire de ces machines, au lieu d'avoir un permis
accolé à chaque machine, pourrait avoir un stock de permis et ne
jamais avoir plus de machines en circulation évidemment que le stock de
permis ne le lui permet. Je vais voir les implications que cela peut avoir avec
les gens de la régie, mais je veux dire que ce sont des choses qui
peuvent se discuter.
M. Goulet: Même problème que les bouteilles dans les
bars.
M. Parizeau: II y a des analogies et il y a des
différences.
Le Président (M. Boucher): Compte tenu qu'il est 12 h 30,
les membres sont-ils prêts à adopter chacun des programmes, vu que
c'est la seule séance que nous avons?
M. Goulet: Oui.
Le Président (M. Boucher): Programme 1, administration
fiscale, éléments 1, 2, 3 4. Adopté?
M. Raynauld: Adopté.
Le Président (M. Boucher): Programme 2, aide
financière aux municipalités, éléments 1 et 2.
Adopté?
M. Raynauld: Adopté.
Le Président (M. Boucher): Programme 3, supplément
au revenu de travail. Adopté?
M. Raynauld: Adopté.
Le Président (M. Boucher): Programme 4, contrôle des
jeux de hasard et des courses. Adopté?
M. Raynauld: Adopté.
Le Président (M. Boucher): Programme 5, remboursements
à certains travailleurs autonomes d'une partie de leurs contributions au
régime de rentes du Québec. Adopté?
M. Raynauld: Adopté.
Le Président (M. Boucher): Programme 6, aide
financière à l'industrie des courses de chevaux.
Adopté?
M. Raynauld: Adopté.
Le Président (M. Boucher): Les crédits du
ministère du Revenu...
M. Goulet: Le ministre est plus affairé que l'année
passée.
Le Président (M. Boucher): ... sont donc adoptés.
Je prierais le rapporteur de la commission d'en faire rapport au nom des
membres de la commission à l'Assemblée nationale.
M. Parizeau: Avant que nous ajournions, au sujet des
crédits des Finances, le bureau du leader vient de m'envoyer une note.
Il semble qu'il faut que la commission se prononce sur la procédure.
Est-ce qu'on pourrait siéger trois minutes de plus pour s'entendre sur
la procédure aux crédits des Finances?
Le Président (M. Boucher): II y a accord, M. le
ministre.
M. Parizeau: Ce que le leader me dit, c'est qu'on pourrait
commencer plus tôt ce soir, finir plus tard et essayer de
récupérer deux heures. Quant à siéger une autre
journée, il aurait été possible de siéger demain,
de 10 heures à 13 heures, mais l'Union Nationalea une réunion. M.
le député de Bellechasse, vous avez une réunion demain,
n'est-ce pas? Vous l'aviez déjà signalé. Donc, on laisse
tomber cela. On nous dit qu'il est impossible de reconvoquer la commission la
semaine prochaine, parce que toutes les séances de commission ont
déjà été réservées, et on me dit
aussi qu'il y avait une entente entre les parties pour terminer les
crédits avant le 31 mai. Je m'excuse, mais c'est la première fois
que j'entendais parler de cela hier. Cela voudrait dire qu'il faudrait allonger
la réunion de ce soir, peut-être, d'un commun accord, laisser
tomber la Curatelle, parce qu'il n'y a pas l'air d'avoir tellement de
questions là-dessus.
M. Goulet: Cet après-midi, il y a trois commissions de
convoquées.
M. Parizeau: On me dit que le seul moment qu'on a, c'est ce soir.
Je ne sais pas s'il y en a deux ou trois.
M. Raynauld: De toute façon, cet après-midi, je
viens de recevoir un message comme quoi je suis censé prononcer un
discours!
M. Goulet: Est-ce vrai?
M. Parizeau: Alors, est-ce qu'on pourrait commencer vers 19
heures ce soir. Où le discours a-t-il lieu?
M. Raynauld: À l'Assemblée nationale. M.
Parizeau: D'accord, pas à l'extérieur. M. Raynauld:
Non.
M. Parizeau: On pourrait commencer à 19 heures et terminer
à 23 heures.
M. Raynauld: Je dois rentrer en ville ce soir, parce que je suis
censé visiter Marine demain, à 10 heures, à Sorel. Alors,
si on finit plus tard.
M. Michaud: Si vous passez par Montréal pour aller
à Sorel, cela vous rallonge.
M. Raynauld: Le matin, c'est encore pire.
M. Parizeau: Je suis entre vos mains à ce sujet, parce
qu'on s'était entendu pour prendre quand même un certain temps
pour l'étude des crédits des Finances. D'un autre
côté, je n'étais pas au courant qu'il y avait une entente
entre les trois partis pour finir le 31 mai.
M. Michaud: De 19 heures à 23 heures? M. Goulet: De
19 h 30 à 22 h 30. M. Raynauld: De 19 h 30 à 22 h 30.
M. Parizeau: Ou alors de 19 h 30 à 22 h 30.
M. Goulet: Moi, pour la Curatelle, je n'ai rien, au niveau des
négociations...
M. Parizeau: Est-ce qu'on saute la Curatelle?
M. Raynauld: Moi, je vais vous dire franchement...
M. Parizeau: Bon, on avertira le curateur de laisser tomber pour
ce soir et on fera Loto-Québec et les Finances. Ah! il y a le Conseil du
trésor.
M. Goulet: De 7 h 30 à 10 h 30, si les présidents
de commissions sont arrivés.
M. Parizeau: Non, mais il faudrait peut-être s'assurer de
cela, parce qu'on se donne tous le mot qu'on commence vraiment à 7 h 30,
puisque M. Raynauld doit ensuite filer à Montréal.
Le Président (M. Laplante): Si le député de
Bellechasse promet d'être ici à 7 h 30.
M. Goulet: C'est parce que cela fait deux fois...
Le Président (M. Laplante): La commission du revenu
ajourne ses travaux sine die.
Fin de la séance à 12 h 36