Journal des débats de la Commission des finances publiques
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)
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Le
mardi 28 octobre 2025
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Vol. 48 N° 5
Interpellation de la députée de Mont-Royal–Outremont au ministre de la Cybersécurité et du Numérique sur le sujet suivant : Les nombreux échecs et fiascos caquistes en matière de gouvernance de projets informatiques
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Intervenants par tranches d'heure
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Laframboise, Mario
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Setlakwe, Michelle
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Laframboise, Mario
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Bélanger, Gilles
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Setlakwe, Michelle
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Caire, Éric
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Caire, Éric
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Laframboise, Mario
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Setlakwe, Michelle
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Bélanger, Gilles
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Bouazzi, Haroun
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Maccarone, Jennifer
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Laframboise, Mario
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Bélanger, Gilles
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Paradis, Pascal
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Setlakwe, Michelle
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Caire, Éric
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Laframboise, Mario
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Bouazzi, Haroun
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Bélanger, Gilles
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Setlakwe, Michelle
8 h 30 (version révisée)
(Neuf heures)
Le Président (M. Laframboise) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Je déclare la séance de la Commission des
finances publiques ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de procéder
à l'interpellation de la députée de Mont-Royal—Outremontau ministre de la Cybersécurité et du Numérique sur le sujet
suivant : Les nombreux échecs et fiascos caquistes en matière de
gouvernance de projets informatiques.
M. le secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Bourassa, Charlevoix—Côte-de-Beaupré est remplacée par M. Caire
(La Peltrie); M. Tremblay (Dubuc), par M. Lévesque (Chauveau); M. Beauchemin
(Marguerite-Bourgeoys), par Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis); et Mme Zaga
Mendez (Verdun), par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, M. le secrétaire. Conformément à l'entente prévue pour la 43e législature,
le deuxième groupe d'opposition interviendra lors des troisième et septième
séries d'interventions, et le député de Jean-Talon lors de la cinquième série d'interventions.
Nous allons débuter avec les déclarations
d'ouverture. Mme la députée de Mont-Royal—Outremont, vous
avez la parole pour 10 minutes.
Exposé du sujet
Mme Michelle Setlakwe
Mme Setlakwe : Merci, M.
le Président. Bonjour. Bon matin à vous tous.
Oui. L'interpellation de ce matin porte
sur un sujet extrêmement important, la transformation numérique que doit entreprendre
et mener à bien le gouvernement du Québec. Ici, on n'est pas... on n'est pas
ici ce matin pour remettre en doute la nécessité de cette transformation
numérique. D'ailleurs, le Québec a pris du retard. Mais, toutefois, à la
lumière des problématiques, des complications, des retards, des dépassements de
coûts, j'irais jusqu'à dire, et ce n'est pas moi qui l'a baptisé ainsi, à la
lumière du fiasco SAAQclic et potentiellement d'un autre fiasco en devenir,
celui du dossier SIFA, je pense qu'il est important, ce matin, de faire le
point sur cette transformation numérique, faire le point aussi sur le rôle, l'utilité,
la valeur ajoutée, la plus-value du ministère de la Cybersécurité et du
Numérique, un jeune ministère qui, en tout respect, là, je vous dirais, n'a pas
fait ses preuves jusqu'à maintenant.
Et, ce matin, 28 octobre 2025, ça
fait huit mois que le nouveau ministre de la Cybersécurité et du Numérique est
en poste. Alors, je pense qu'il est grand temps qu'on fasse le point, qu'on
obtienne des réponses de sa part, je dirais, de façon générale, à savoir qu'est-ce
qu'il a fait différemment de son prédécesseur.
Et j'aimerais, d'entrée de jeu, ramener à
l'esprit de tous une citation du nouveau ministre, qu'il a faite en mai de
cette année aux ondes... sur les ondes du 98,5. Le ministre a dit... Je crois
que c'était, donc, en mai 2025, probablement dans la foulée des questions...
des premières questions en Chambre au sujet du dossier SIFA, mais qu'on
appelait encore SIFARH à l'époque. Il a dit : «Est-ce que j'ai les
pouvoirs actuellement d'être capable de faire une bonne gestion, une bonne
coordination des projets, la réponse est non.» Fin de la citation.
M. le Président, vous conviendrez avec moi
qu'on sentait toute l'impuissance, l'inquiétude, dans cette citation assez
percutante, là, du nouveau ministre. Et c'est vraiment pour ça qu'on est ici ce
matin. C'est pour aller au fond des choses. Encore une fois, on a besoin de la
transformation numérique. Le Québec a pris du retard. Mais permettez-moi de
douter qu'avec ce gouvernement de la CAQ, on est entre bonnes mains.
Permettez-moi de douter que la CAQ est le gouvernement qui va mener à bien la
transformation numérique tant attendue.
Tout porte à croire, M. le Président, au
contraire, que la population perd confiance. La confiance s'effrite à la
lumière des nombreux dossiers qui ont connu des dépassements de coûts. On parle
de centaines de millions de dollars de gaspillage, alors que, d'un autre côté,
on coupe partout dans les services. Donc, j'espère que personne ici ce matin ne
remet en doute la pertinence de l'interpellation de ce matin.
Le fiasco SAAQclic, on va se rappeler, a
donné lieu à une enquête, un rapport de la Vérificatrice générale, un rapport
accablant qui a été déposé en février de cette année 2025. Bien sûr que son <regard
était posé sur...
>
9 h (version révisée)
<19285
Mme
Setlakwe :
...né en 2025. Bien sûr que son >regard était
posé sur... vers le passé, sur le dossier CASA/SAAQclic, mais elle dit, et c'est
mentionné dans ses constats, elle l'a dit verbalement et elle l'a redit, elle l'a
écrit, qu'il est important que le gouvernement tire des leçons du passé, tire
des leçons de ce fiasco pour ne pas répéter les mêmes erreurs dans le futur, étant
donné qu'on a fait... on est encore, malheureusement, dans l'amorce, dans les
balbutiements, là, de cette transformation numérique. À la lumière de tous les
projets, elle nous implorait de changer les façons de faire, de faire preuve d'une
plus grande prudence, d'améliorer les procédures, les processus de reddition de
comptes, le transfert d'information, etc. Alors, on se demande toujours aujourd'hui,
huit mois plus tard, si le gouvernement va apprendre de ses erreurs.
Alors que les Québécois ont à peine digéré
le fiasco SAAQclic, on est en train de leur servir le même plat avec le dossier
SIFA, qui s'en va droit vers un mur. Plusieurs avertissements sont venus du
ministère de la Cybersécurité et du Numérique, d'arrêter le projet. Les
inquiétudes étaient tellement fortes que, cet été, le nouveau ministre a envoyé
une lettre demandant à son collègue à la Santé d'arrêter le projet. Ça devait
être sérieux, ces inquiétudes devaient être très élevées. On attend toujours
des réponses dans ce dossier-là, M. le Président. Combien d'autres fiascos nous
attendent? Encore une fois, c'est une question de cesser ces gaspillages et de
remettre ces projets-là dans le droit chemin.
Rappelons-nous l'historique du ministère
de la Cybersécurité et du Numérique, parce qu'ici on parle vraiment, encore une
fois, comme je disais au début, de sa plus-value. À quoi sert ce ministre qui
est à la tête de ce ministère qui a été créé le 1er janvier 2022? On se
rappelle aussi que le ministère a été créé pour le député de La Peltrie, le
fidèle ami du premier ministre du Québec, pour agir et pour sauver des coûts, M.
le Président. Moi, si je demande aux Québécois moyens ce matin : Croyez-vous
que ce ministère remplît ses fonctions, remplit son mandat?, je pense que la
réponse, ce serait non. C'est un échec sur toute la ligne, ce ministère.
D'ailleurs, dans sa loi constitutive, on
mentionne clairement, là, qu'il a le mandat de coordonner, de mener la
transformation numérique. Plus tard, en 2023, on est venu changer la loi,
inscrire dans le corpus législatif, dans la LGGRI, qui traite de gouvernance et
de gestion des ressources informationnelles, que le leadership de cette
transformation numérique relève explicitement du ministre de la Cybersécurité
et du Numérique.
M. le Président, que fait le ministre, le
nouveau ministre qui est en poste depuis huit mois, pour changer les choses,
pour faire les choses différemment, pour s'assurer qu'on ne vive pas d'autres
fiascos, pour mettre fin à ces gaspillages qui doivent cesser dès maintenant?
Alors qu'il était en poste depuis quelques semaines, à l'étude des crédits, on
a eu un échange constructif, le nouveau ministre et moi, et je tentais de
savoir : Mais sur quoi spécifiquement est-ce qu''il porte son attention?
Quels grands projets suit-il? Qu'est-ce qui l'inquiète? Qu'est-ce qui est sur
sa table, sa table à dessin? Qu'est-ce qui le préoccupe dans le quotidien et
sur quoi il va assurer un suivi serré? Il me dit, citation : «C'est
certain qu'il y a des projets qui représentent des dépassements de coûts
potentiels, mais, pour le moment, je n'ai autorisé aucun dépassement de coûts.»
Fin de la citation. Permettez-moi de ne pas être trop rassurée, M. le Président.
Il ajoute : «Je questionne les 209 projets qui sont actifs en ce
moment un par un. Il y a un plan d'analyse au niveau de ces projets-là, et je
vais arriver avec un plan d'ici la fin du mois.» Là, on est en mai de cette
année. Fin de la citation.
Je me rappelle aussi que, durant l'étude
des crédits, le ministre, avec beaucoup de candeur, avait... parce qu'on
parlait du tableau de bord, qui semblait indiquer qu'il y avait des projets qui
étaient dans le rouge, mais d'autres qui étaient dans le vert, puis qu'il y avait
des journalistes qui avaient dit : Mais, quand on se met à creuser, on
réalise que ce n'est pas du tout... les voyants ne sont pas du tout au vert. Et
le ministre avait fait l'analogie suivante : C'est comme une pastèque, c'est
vert en surface, mais, quand on le tranche et qu'on ouvre, on réalise que c'est
rouge et que c'est plein de pépins. Mais il avait dit : Attendez,
j'étudie, je suis en pleine analyse, je vais arriver avec mon plan. Mais, M. le
Président, quel est le plan? On l'attend toujours. Parce que, quand le ministre
se montre inquiet, bien, on ne l'écoute pas au sein de son propre... son propre
Conseil des ministres. Et les projets, on nous dit, en Chambre : Tout va
bien, arrêtez de semer la panique, semer la peur, ce n'est pas un drame. Puis,
après ça, on apprend par, par exemple, par Santé Québec, que le projet SIFA
puis le projet DSN sont mis sur pause. Alors, permettez-moi de douter, là, que
c'est le plein contrôle, là, de l'autre côté de la Chambre, M. le Président.
J'ai questionné le ministre le
3 juin, justement, pour en savoir plus sur son plan. Il m'a dit d'aller
voir le tableau de bord, que le tableau de bord était à jour. Pourtant, hier,
il y a un article qui nous dit qu'on remet les voyants au vert dans le projet
DSN, le dossier santé numérique en santé, un projet évalué à 1,5 milliard,
mais qui pourrait aller jusqu'à 3 milliards. Le tableau de bord est remis
au vert, imaginez-vous donc, parce qu'on est passé au Conseil des ministres.
Lorsqu'une autorisation est accordée, les indicateurs du tableau de bord sont
réinitialisés à l'état vert.
• (9 h 10) •
Le Président (M. Laframboise) :
Merci beaucoup, Mme la députée d'Outremont, de Mont-Royal—Outremont.
Je cède maintenant la parole au ministre et député d'Orford. Vous disposez
également de 10 minutes.
Réponse du ministre
M. Gilles Bélanger
M. Bélanger : Merci, M.
le Président. D'entrée de jeu, je veux saluer tous ceux qui vont intervenir
aujourd'hui. Je salue les membres de mon équipe d'être ici tôt ce matin.
M. le Président, moi, je suis très fier de
ce qui a été accompli depuis huit mois. Je tiens aussi à saluer la
collaboration du député de Maurice-Richard, la
collaboration de la députée de Mont-Royal—Outremont sur le
projet de loi n° 82, qui a meublé, je dirais, les premiers mois, parce qu'on
a réussi à l'adopter in extremis. Puis je salue leur collaboration, parce que
c'était quand même un projet de loi qui était important. On a parlé de
souveraineté numérique, puis, M. le Président, souveraineté numérique,
aujourd'hui, avec la protection des données, c'est quelque chose qui est
important. Donc, on a pu rajouter des éléments dans le projet de loi.
Bien, il y a eu de très bonnes
interventions de tous, et je pense que c'est un projet de loi qui va nous
permettre de rehausser... de rehausser la façon comment on a, et les moyens, et
les outils pour, justement, mieux gérer des projets de transformation
numérique. Puis, vous savez, M. le Président, le budget, le budget du
gouvernement, on est autour de 130 milliards, le PQRI, on se retrouve autour
de 1 milliard. Je ne tiens pas à dire que c'est que c'est minime, 1 milliard
par rapport à 130 milliards, mais on le sait, que la transformation
numérique de l'État, des ministères, des organismes, c'est quelque chose qui
est important.
Effectivement qu'il y a un millier de
projets. Il y a certains projets qui sont en planification, d'autres projets
qui sont en exécution. Et, moi, aujourd'hui, je vous dirais que je ne suis pas
du tout gêné de la façon comment on gère ces projets-là, comment on collabore
avec nos collègues des différents ministères, comment on collabore avec les
organismes. On a des directions au niveau de l'information, au niveau des
différents ministères, différents organismes. On a une direction principale au
sein du ministère de Cybersécurité et du Numérique qui travaille en
collaboration avec les différents DI. Donc, je ne suis pas gêné.
On parle beaucoup de SAAQclic, hein, c'est
le sujet de l'heure, puis on utilise SAAQclic, le fiasco SAAQclic, pour
dépeindre un peu tout ce qui se passe actuellement sur les milliers de projets
ou les projets qui sont en exécution. Et on utilise, justement, SAAQclic pour
dire que ça va tous être des fiascos partout. J'aurais quand même un bémol au
niveau de SAAQclic. Puis je vais être quand même être bref. Parce que, si on
regarde au niveau de la genèse, en 2014, le Parti québécois a permis, justement,
à la SAAQ de se sortir de la LGGRI au niveau de la reddition de comptes. Donc,
il n'y en avait pas, de reddition de comptes. Pire, M. le Président, en 2017,
le Parti libéral a signé un contrat en connaissance de cause, qu'il n'y avait
pas de reddition de comptes. Ça fait que je n'irai pas plus loin sur la
résultante, mais on sait très bien que 80 % d'une problématique d'un
projet, c'est en amont, c'est lors de la planification et c'est lors,
justement, au niveau des étapes contractuelles. Et, aujourd'hui, on en subit...
on en subit les conséquences.
Ceci étant dit, M. le Président, le
ministère de la Cybersécurité et du Numérique, moi, je suis très fier d'avoir
obtenu ce rôle-là et ce poste-là. Et puis je tiens vraiment, là, puis c'est
sérieux, là, je tiens à remercier le travail de mon prédécesseur, député de La
Peltrie, parce que c'est un jeune ministère, et j'ai sous-estimé, en arrivant à
ce ministère-là, l'ampleur des compétences qu'il y avait au niveau de ce
ministère-là.
Moi, premièrement, je pensais que
c'étaient 2 000 ETC qui étaient voués à la transformation numérique de
l'État, mais j'ai réalisé, au contraire, que c'est un ministère qui fournit des
services indispensables pour le gouvernement et des services indispensables
pour les citoyens.
Qu'on prenne, par exemple, au niveau de la
cybersécurité, au niveau de la cybersécurité, c'est... le Québec est un leader
au Canada. Les fédéraux regardent ce que le Québec fait. Donc, on a un
coleadership actuellement avec les fédéraux sur... justement, au niveau de la
cybersécurité. À chaque jour, à chaque semaine, on gère des intrusions, M. le
Président. Ça fait qu'on est la référence au Canada. On travaille aussi avec
différents États au niveau de l'Europe, différents pays, et on est vraiment...
au niveau mondial, on fait partie des... on fait partie des leaders.
Je prendrais un autre service qui est
fourni, c'est le réseau au niveau des télécoms. On s'occupe de toutes les
télécommunications au niveau gouvernemental. On s'occupe aussi au niveau de
l'Internet au niveau du Québec. C'est un succès, M. le Président, l'Internet.
C'est un projet qui était sur un budget initial de... si je me rappelle bien,
parce que j'ai été quand même pas mal impliqué au niveau de ce projet-là, de
1,3 milliard. Ça faisait deux décennies, deux décennies que les Québécois
attendaient pour, justement, avoir un signe, avoir un signal en région, 1
million de citoyens. Bien, on l'a réalisé en 18 mois et des centaines de
millions sur le budget. Ça fait que je pense que c'est quand même une bonne...
une des bonnes réalisations.
Par la suite, je vais prendre, par
exemple, le SAG. Le SAG, il y en a beaucoup qui parlaient du SAG : Ah!
c'est un projet qui va mal, c'est un projet qui va mal, le SAG. Bien, je vous
dirais qu'aujourd'hui il y a des millions de citoyens qui sont inscrits, et on
parle de dizaines de millions de transactions par mois. C'est majeur.
Revenir à des projets. Moi, je fouillais
un petit peu dans le passé, puis on parlait de fiascos, puis, actuellement, on
a le SAGIR, puis le SAGIR fonctionne quand même assez bien. C'est un système
qui fonctionne bien, on a la paie, on a à peu près, sur les 2 600, un
petit peu plus de 600 ETC qui s'occupent au niveau de la paie. Puis on sait que
le SAGIR, éventuellement, parce que ça a pris tellement de temps avant qu'on
arrive au pouvoir... qu'il va falloir mettre ce système-là à niveau. Puis
revenir, justement, au SAGIR, je fouillais un petit peu dans le passé puis je
suis arrivé puis ça s'appelait le GIRES, puis ça... il y avait des titres qui
disaient : Ça shire. Mais je pense qu'on n'a pas de leçons à avoir des
oppositions sur, justement, ce parcours-là, parce que c'était un projet qui
était évalué à 80 millions. Savez-vous, M. le Président, ça a fini à combien,
ce projet-là? Ça a fini à 1,3 milliard, à 1,3 milliard. Et puis c'est qui... Quel
gouvernement a réussi à finaliser ce projet-là et le rendre opérationnel,
combien d'années plus tard, une vingtaine d'années plus tard? Bien, c'est notre
gouvernement. Puis ça, c'est un exemple.
Moi, je me rappelle... avant d'être en
politique, je me rappelle du RENIR. RENIR, c'était la risée, risée au
gouvernement. Le RENIR, c'est un système qui ne fonctionnait pas. Quand je suis
arrivé, j'ai été élu en 2018, quelques années après, on parle du RENIR, puis
c'est quelque chose qui fonctionne très bien, le RENIR, mais qui a réussi à
finaliser ce projet-là et le rendre opérationnel? C'est notre gouvernement.
Puis le RENIR, actuellement, fait l'envie... Il y a des organismes de police
qui regardent ce système-là et qui veulent l'utiliser. On a des municipalités
qui veulent utiliser ce système-là. Donc, c'est un succès.
Ça fait que je pourrais continuer sur...
au niveau du ministère de la Cybersécurité et du Numérique. J'en suis fier,
j'en suis fier parce qu'on a une très bonne équipe. 80 % des ETC, c'est
des ressources qui sont... qui fournissent un service aux différents ministères
et organismes. C'est des ressources qui fournissent des services à chaque jour,
et puis sans bris de service, M. le Président, aux citoyens. Le 20 %
restant, on parle d'à peu près 200 ressources, c'est des ressources qu'ils
ont à chaque jour, des pouvoirs supplémentaires. On a utilisé le projet de loi
n° 82, qui nous donne des pouvoirs supplémentaires. Récemment, récemment,
il y a eu un décret qui nous a permis d'avoir une reddition de comptes. Au lieu
d'avoir une reddition de comptes sur des projets à l'année, on peut avoir une
reddition à chaque quatre mois. Les projets prioritaires, on a une reddition à
chaque mois.
Est-ce que vous entendez parler de projets
qui sont en déroute? Non. Il y a probablement des projets qu'on travaille en
collaboration avec nos collègues. Et les décisions qui ont été prises, comme le
DSN puis le SIFA, c'est... ça a été des décisions qui ont été sages, des
décisions qui ont été proactives de, justement, mettre ces projets-là, dans
certains cas, un projet sur pause, dans un autre cas, de retarder un projet,
parce qu'il y avait des enjeux au niveau de l'exécution. Et moi, je salue,
parce qu'on ne parle pas de dépassement de budget. On est encore pas mal sur
les budgets, et de permettre de, justement, redresser des projets en amont
versus faire face à un fiasco en aval comme le projet SAAQclic. Bien, je pense
que le MCN est, justement, en bonne position, M. le Président.
Argumentation
Le Président (M. Laframboise) :
Merci beaucoup, M. le ministre. Nous allons maintenant débuter la période
d'échange. Mme la députée de Mont-Royal—Outremont, vous
avez la parole pour cinq minutes.
• (9 h 20) •
Mme Setlakwe : Merci, M.
le Président. Bien, parlons-en, là, donc de ce contrôle, de cette vision au
sein du ministère de la Cybersécurité et du Numérique. J'entends le ministre me
parler de projets qui remontent à 1998 avec le projet GIRES et d'autres
projets. Il semblerait que, ce matin, le regard est tourné vers le passé.
Moi, j'aimerais ramener le ministre en
2025. Puis parlons de SIFA, parce que SIFA, là, c'est vraiment un désastre
signé la CAQ. C'est un contrat qui a été signé en 2024. Ça fait que, là, on ne
pourra pas nous parler du Parti québécois ou du Parti libéral du Québec, là.
SIFA, qui était SIFARH au départ, mais la partie RH a échoué, c'est un projet
de la CAQ signé en 2024.
Encore ce matin, dans la revue de presse,
on parle de cette entente mal ficelée en santé — on attend toujours
des réponses, M. le Président — un contrat qui pourrait coûter près
de 600 millions de dollars aux contribuables québécois. Coudon,
est-ce que c'est rendu que des chiffres comme ça, c'est banalisé au
gouvernement de la CAQ? Combien de questions est-ce qu'on a dû poser? Combien, d'ailleurs,
d'avertissements est-ce que le ministre de la Cybersécurité et du Numérique a
dû donner à son collègue à la santé pour tenter de le faire agir? Bien, il
agissait... il n'a pas agi.
On a posé des questions pas plus tard
qu'il y a quelques semaines. Puis on s'est fait dire, par les deux ministres,
autant en Cybersécurité, Numérique qu'à la Santé : Arrêtez d'inquiéter, ce
n'est pas un drame. Le projet est très peu avancé. On va pouvoir prendre des
décisions quand les analyses seront terminées. Quand on va nous présenter des dossiers
étoffés, on pourra voir s'il est opportun d'octroyer des fonds additionnels.
Quelques heures plus tard, on apprend de
Santé Québec que les deux projets sont arrêtés, alors que les deux ministres
nous disaient qu'il n'y avait pas lieu de paniquer, qu'il y avait des analyses
en cours. Honnêtement, ça en dit beaucoup, là, sur la cohésion au sein du
Conseil des ministres. Moi, je suis le Québécois, là, moyen, là, je suis
assise... je suis assis dans mon salon, je regarde ça, puis je me dis :
Hein, ils ne sont pas capables d'arrêter un projet? Il y en a un qui dit qu'il
n'a pas les pouvoirs. L'autre qui dit : Arrêtez de vous en faire, on va
venir avec des dossiers étoffés, puis je prendrai les décisions en temps et
lieu, puis, après ça, j'ai une autre entité, Santé Québec, qui semble avoir les
pouvoirs ici puis arrête les... arrête les dossiers. Mais le... il y a un
principe qu'il ne faut pas oublier, M. le Président, c'est la responsabilité
ministérielle.
Au sein du Conseil des ministres, ils ont
les pouvoirs et c'est leur responsabilité de prendre les décisions qui
s'imposent pour éviter des gaspillages de ce genre. Ce n'est rien de rassurant
et ce n'est rien pour donner confiance à la population. On a demandé et on a
demandé à nouveau encore, la semaine dernière : Quelle est la valeur de ce
contrat dans le dossier SIFA? Quelle est la valeur du projet? Quelle est la
valeur des récurrences? Et, surtout, le contrat est rédigé d'une façon telle...
c'est au gouvernement de le dire, qu'il y aurait des pénalités qui seraient
imposées qui devraient être payées à LGS? Ça vous dit quelque chose, LGS? C'était
la même société qui était impliquée dans le dossier SAAQclic. Si on arrête le
projet, on est tenu de payer combien? C'est l'argent durement gagné des Québécois
et on attend toujours une réponse.
On a même demandé une commission
parlementaire, M. le Président. On a demandé que Santé Québec, dans la foulée
de tout ça, de ces contradictions... on s'est dit : Bien, que Santé Québec
et le dirigeant principal de l'information viennent s'asseoir avec les
parlementaires pour qu'on puisse poser des questions puis qu'on puisse
comprendre qu'est-ce qui ne va pas dans ce dossier-là. Pourquoi Santé Québec
veut l'arrêter puis pourquoi le ministre de la Cybersécurité et du Numérique, à
plusieurs reprises, a sonné... a tiré la sonnette d'alarme et a demandé de
l'arrêter? Ça doit être sérieux. Qu'est-ce qu'on nous répond en séance de
travail? Non, non, ce n'est pas nécessaire de faire ça, parce que, de un, il y
a la commission Gallant qui va rendre son rapport, et, de deux, bien, l'AMP,
l'Autorité des marchés publics se penche, justement, sur le contrat dans le
dossier SIFA. Heille, ce n'est rien de rassurant, là. Ce qu'on veut éviter,
justement, c'est une autre commission d'enquête dans un an. Ça aurait été mieux
de faire... tenir une commission parlementaire.
C'est un contrat qui a été signé par la CAQ.
Qu'est-ce qu'il y a dans ce contrat-là? Puis l'argent public est à risque
pour... à la hauteur de combien de millions de dollars, M. le Président? Je
pense, c'est une question qui mérite réponse. C'est encore, ce matin, dans LeJournal de Québec, sous la plume de Nicolas Lachance : «Qu'est-ce
qui arrive si on met fin à ce projet-là?»
Que le
gouvernement cesse de se cacher devant les enquêtes puis la commission Gallant
puis qu'il fournisse des réponses maintenant pour que l'hémorragie cesse. C'est
une question de transparence. C'est une question de confiance. C'est une
question de bonne gestion des fonds publics. M. le Président.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont. Je cède
maintenant la parole au ministre et député d'Orford. Vous avez la parole pour
cinq minutes.
M. Bélanger : Bien, M.
le Président, je vais oser, puis je pense que ça va me faire plaisir,
justement, de parler des projets SIFA et projet DSN. Et puis, d'entrée de jeu,
je dirais, par contre, qu'il ne faut pas sous-estimer au niveau de l'AMP parce
que l'AMP fait un travail, puis je respecte beaucoup le travail qu'ils ont à
faire et je pense que ça va nous permettre d'avoir des informations
supplémentaires, justement, des outils supplémentaires pour assurer une
meilleure... une meilleure gouvernance et un meilleur processus décisionnel.
Je tiendrais à rappeler qu'au cours de la
dernière année, des 12 derniers mois, il y a eu le transfert entre le
ministère de la Santé et Santé Québec. Effectivement qu'il y a eu un suivi
rigoureux des projets. Puis là, ici, on n'est pas à signer un projet en 2017
sans outil de reddition de comptes puis éventuellement arriver à un fiasco, on
parle d'un ministère Cybersécurité et du Numérique en collaboration avec le
ministère de la Santé et en collaboration avec Santé Québec, il y a trois
intervenants, qui font un suivi rigoureux d'un projet. Je prends l'exemple du
projet SIFA. Il y a un conseil d'administration au niveau de Santé Québec qui
est en place. C'est quand même jeune, là. Le MCN, c'est jeune, conseil... Santé
Québec, c'est jeune, le conseil d'administration, c'est jeune. Il y a des gens
qui sont compétents. Oui, il y a eu un audit qui a été réalisé. L'audit a été
réalisé en 2014. Le rapport a été présenté au début — en 2014! 2024 — il
a été présenté au début de 2025. Il y a eu des... il y a eu des des avis. Il y
a eu des communications qui se sont faites. Moi, j'ai collaboré avec mon
collègue ministre de la Santé, et, par la suite, on a collaboré avec Santé
Québec. Et quelle décision a été prise considérant plusieurs éléments? Bien,
c'est, justement, de mettre le projet sur pause.
Mais je vais vous en annoncer une ce
matin. Est-ce que ce projet-là est dans un dépassement de coûts? Est-ce que ce
projet-là est sur une perdition? Pas du tout, M. le Président. Ce projet-là,
actuellement, le budget dépensé, le travail qui a été réalisé à date est autour
de 60 millions sur un projet... sur un projet global qui est beaucoup...
qui est quelques centaines de millions en termes de budget. Donc, M. le
Président, je pense que c'est beaucoup plus une démonstration d'avoir été
proactifs, d'avoir bien fait nos devoirs.
Je relancerais les oppositions en leur
demandant combien d'audits ils ont fait, eux, entre la fin des années 90
et 2018. Combien d'audits sur les projets de transformation numérique ont été
faits? Moi, je pense que la réponse, c'est zéro. Donc, ce jeune ministère de la
Cybersécurité du Numérique, avec les outils qui sont en place. Et, à chaque
mois, on se dote d'outils, de nouveaux outils. La sanction du PL n° 82
va se faire cette semaine. On va pouvoir mettre en place des outils
supplémentaires de meilleure gouvernance. Mais on a la démonstration qu'on a
été proactifs.
Dans le dossier du DSN, dans le dossier au
niveau du SIFA, il y a des éléments qui sont portés à notre attention. La
sensibilité au niveau des données, bien, le ministère de la Cybersécurité et du
Numérique est le premier ministère qui a mis en place un nuage gouvernemental
souverain pour, justement, que les données sensibles des Québécois puissent y
être entreposées. Ça fait que, ça, c'est un élément stratégique qu'on a mis en
place.
Est-ce qu'on est là, nous, pour arriver
puis interrompre, puis stopper les projets comme ça, du jour au lendemain? Non,
parce que la... parce que la transformation numérique est indispensable au
niveau de la santé. La santé, on parle d'un budget de, quoi, 60 milliards, 65
milliards, si ma mémoire est... si ma mémoire est juste. Ça fait que la
transformation numérique au niveau de la santé est indispensable,
indispensable. Ça va permettre des améliorations. Ça va permettre un meilleur
service au niveau des citoyens.
Ça fait que le rôle du ministère de la
Cybersécurité et du Numérique, c'est travailler comme conseiller, en
collaboration avec Santé Québec, en collaboration avec le ministère de la
Santé, pour, justement, être capable de réorganiser certains projets pour
pouvoir les livrer plus rapidement puis livrer les bénéfices, M. le Président.
• (9 h 30) •
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, M. le ministre. Je cède maintenant la parole au député de La
Peltrie. Vous avez la parole pour cinq minutes.
M. Caire : Oui, merci,
M. le Président. Moi, j'aime ça quand les députés d'opposition commencent leur
intervention par : Ne regardez pas dans le passé. J'entends : On sait
qu'on a été mauvais, on a été vraiment mauvais, mais faites comme si ça n'avait
pas existé. Puis, dans la... dans la même intervention, la même députée vous
dit : Comment apprenons-nous nos erreurs? Donc, ne regardez pas dans le
passé, mais apprenons de nos erreurs. Ça, ça vous donne le niveau de cohérence
auquel on assiste ce matin.
M. le Président, je vais répondre à la
question de ma collègue de Mont-Royal—Outremont. Parce
qu'elle dit : Le MCN n'a pas fait ses preuves. Je vais prendre un sujet,
parce que j'ai juste cinq minutes, je vais parler de cybersécurité.
Quand j'ai été nommé ministre délégué, en
2018, j'ai fait un état de situation. Puis, un des sujets qui me préoccupait
particulièrement, c'était la cybersécurité. Et, à ma grande surprise, le mot,
le simple mot «cybersécurité» n'existait pas au gouvernement du Québec. On ne
parlait pas de cybersécurité. On ne savait pas c'était quoi sous les
gouvernements libéralo-péquistes. On ne savait pas c'était quoi la
cybersécurité. On parlait de sécurité de l'information. Première chose.
Deuxième chose, les 305 organismes du
gouvernement étaient responsables de la sécurité de leurs systèmes
d'information. Il n'y avait aucune cohésion, il n'y avait aucun lien, il n'y
avait aucune coordination entre toutes ces entités-là. Est-ce que j'ai besoin
de vous dire, M. le Président, à quel point ça mettait à risque nos systèmes?
Je pensais qu'on avait 477 centres de
traitement de l'information. C'est... Ça, c'est des endroits où on stocke les
données. Et, quand on a fait faire la révision, on en avait au-dessus de 500,
M. le Président, 546, si mon... ma mémoire est exacte. Donc, il y en avait...
il y avait 70 centres de traitement, 70 endroits où on stockait de
l'information, qu'on n'avait même pas ça sur notre inventaire, M. le Président.
Comment voulez-vous protéger des systèmes d'information quand vous ne savez
même pas que vous les avez? Il y avait une banque d'information, M. le
Président, vous vous en souviendrez peut-être, 250 000 individus qui
étaient enseignants ou qui étaient encore enseignants, cette banque
d'information là a évidemment fait l'objet d'une intrusion. Pourquoi? Parce que
le ministère ne se souvenait pas qu'il avait encore cette banque d'information
là qui était active. Ça vous donne-tu une idée dans quel état était la
protection des systèmes d'information sous les gouvernements libéralo-péquistes?
Alors, la première étape, M. le Président,
ça a été effectivement de mettre en place le réseau gouvernemental de
cyberdéfense, de créer le Centre gouvernemental de cyberdéfense, qui était le
cœur et le vaisseau amiral de ça, et d'améliorer la cohésion... en fait, de
sortir la responsabilité de la cybersécurité des organismes, qui n'étaient pas
capables de l'assumer, visiblement, et de s'assurer qu'il y avait une cohésion
à tout ça. Et là on est allé évidemment vers le ministère de la Cybersécurité
et du Numérique. Pourquoi? Parce que cette <compétence...
>
9 h 30 (version révisée)
<
M. Caire :
...Pourquoi?
Parce que cette >compétence-là, elle est tellement importante. C'est
tellement important. Si on veut une transformation numérique réussie, il faut
qu'il y ait un univers numérique de confiance et, pour ça, il faut s'assurer qu'on
a les outils qu'il faut pour protéger nos systèmes d'information, protéger les
interactions avec les citoyens et s'assurer que tout ça se fait dans un cadre
qui est sécuritaire et qui garantit aussi la vie privée.
Alors, qu'est-ce qu'on a fait? On a créé
le ministère de la Cybersécurité, on a réformé la Loi sur la protection des
renseignements personnels, M. le Président. Je me souviens, l'ancien député de
La Pinière a dit : Ça va prendre 10 ans, faire ça. L'actuel député de
LaFontaine a dit : Il faudrait diviser le projet de loi en deux. C'est
trop gros, c'est trop gros. On a pris deux ans pour le faire et on n'a pas
divisé le projet de loi en deux. C'est la loi n° 25, aujourd'hui, un cadre
de protection des renseignements personnels un des plus sévères en Amérique du
Nord, sinon le plus sévère en Amérique du Nord, M. le Président.
Avec l'arrivée du ministère, il y a eu une
montée en compétences, il y a eu des formations, il y a eu une organisation qui
s'est faite, il y a une responsabilité qui s'est assumée. Et, aujourd'hui, M.
le Président, c'est avec beaucoup de fierté que je peux vous dire que le Québec
est le seul État qui n'est pas un pays à avoir participé pas à un, à deux
exercices de l'OTAN, deux exercices de l'OTAN. Le Québec est rendu à ce
niveau-là. Quand le ministre, tout à l'heure, disait : On est des leaders
au Canada, là, bien, c'est de ça qu'il parlait. On a signé... On a été les
instigateurs. La première rencontre fédérale-provinciale-territoriale, c'est à
Québec en juin 22 qu'elle s'est... qu'elle s'est tenue. On a été les
instigateurs d'ententes de collaboration avec toutes les provinces. Il y a
quelques semaines, le ministre signait une entente avec la Belgique. On est
rendu à cette étape-là, M. le Président. On fait partie du FIRST, qui est un
forum de toutes les organisations mondiales en intervention d'urgence.
Alors, à quoi ça sert, le ministère de la
Cybersécurité, M. le Président? Bien, ça sert à ça.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, M. le député de La Peltrie. Nous allons débuter la deuxième série d'interventions.
Je cède maintenant la parole à la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : ...Président.
Bien, à entendre le ministre actuel et l'ancien ministre, le député de La
Peltrie, bien, ils sont fiers, ils ne sont pas gênés puis ils ont fait leurs
devoirs. D'ailleurs, rappelons-le, hein, parce que ça n'a pas été mentionné
dans les interventions précédentes, que, dans le dossier SIFA, il y a des
avertissements qui ont été donnés au ministre de la Santé bien avant, là, la
création de Santé Québec. Le ministre a été avisé cinq fois au total. 26 juillet
2024, on était rendu — en tout cas, j'ai hâte de savoir — à
430 millions. D'autres avertissements. Encore une fois, prix, Santé
Québec, 12 septembre 2024, là, on est... c'est des avertissements qui sont
donnés entre collègues, là, d'un ministre à un autre : Arrêtez le projet,
ça ne va pas. À ce moment-là, encore une fois, Santé Québec n'existe pas. C'est
le ministre de la Santé qui est responsable. D'ailleurs, on le rappelle, par la
suite, Mme Biron l'a dit en ondes, qu'elle a hérité d'un contrat
extrêmement mal ficelé du ministère.
Revenons au ministre de la Santé. Combien
de fois il faut qu'il soit avisé par ses collègues de mettre fin à un projet?
Combien ça va coûter aux Québécois, ce laxisme, le fait qu'il n'ait pas agi? Le
ministre de la Cybersécurité et du Numérique actuel et son prédécesseur, ils ne
sont pas tannés de prendre les coups pour leurs collègues à la Santé, prendre
le blâme à sa place? Combien de fois, combien de fois ils doivent tirer la
sonnette d'alarme? Combien de fois ils doivent servir des avertissements? Je
veux bien croire qu'ils n'ont pas tous les pouvoirs, mais ça doit être
extrêmement frustrant de fonctionner dans un cadre comme ça. Et le premier
ministre qui dit : On collabore tous ensemble. Bien oui, on collabore
tellement ensemble qu'on apprend de la bouche de Santé Québec que ces
projets-là fondamentaux en santé sont arrêtés.
Je pense que les Québécois méritent de
savoir on est rendu à combien de gaspillage dans le dossier SIFA et combien
devrons-nous payer en pénalité si on décide d'arrêter ce projet-là de façon
définitive. Est-ce qu'on doit payer des récurrences? Est-ce qu'on doit payer
des sommes d'argent pour des services qui n'ont pas été rendus? Qu'est-ce que
dit le contrat exactement? Encore une fois, un contrat signé par la CAQ. Son
propre contrat est sous enquête, M. le Président.
En mars 2023, le ministre... le député de
La Peltrie avait dit, même : On aurait dû recevoir des éloges pour ce
projet-là, en parlant de SAAQclic. Combien le fiasco SIFA va coûter aux
Québécois parce que le ministre de la Santé n'a pas fait sa job? À quel niveau
de dépassements de coûts, là, dans ce dossier-là, on va devoir... est-ce qu'ils
vont mériter des éloges, le ministre et l'ancien ministre, 100 millions,
200 millions, 300 millions? C'est incroyable, d'assister à ce genre
de travail là, à faire des interventions en simple spectateur puis, après ça, dire :
Bien, moi, j'ai fait mon bout. Moi, j'ai rempli mes devoirs. Moi, je mérite des
éloges. Puis, pendant ce temps-là, les gaspillages s'accumulent, M. le
Président. Est-ce qu'on va battre le record avec le dossier SIFA? SAAQclic,
c'est au moins 500 millions. À la lumière de la revue de presse ce matin,
je pense que, dans le dossier SIFA, on va dépasser ce montant-là, M. le
Président. Et c'est au gouvernement de s'expliquer.
Le ministre a parlé de souveraineté
numérique. J'ai, d'ailleurs, posé une question en Chambre la semaine dernière.
J'ai obtenu une réponse que je qualifierais de laconique. Le gouvernement est
un leader dans ce dossier-là au niveau de la protection des renseignements
personnels et puis il y a un nuage gouvernemental. Oui, mais encore? Où sont
hébergées nos données médicales? Les données médicales, on s'entend que c'est
des renseignements personnels et sensibles, là, où sont hébergées ces
données-là aujourd'hui? Qu'est-ce qu'il dit, le contrat qui a été octroyé de
gré à gré dans le dossier, justement, du DSN à Microsoft? Est-ce que les
données sont hébergées chez nous sous plein contrôle... sous notre contrôle ou
est-ce qu'elles sont hébergées au pays de Donald Trump avec toutes les conséquences
potentielles qu'on connaît? Je pense qu'il est important de protéger nos
données contre les visées de Donald Trump. Mais, à la lumière du contrat, il
semblerait qu'il y ait des clauses du contrat de gré à gré qui laissent
entendre que le lieu d'hébergement doit être au Canada seulement à
l'acceptation de la solution, clause 3.4.2. Donc, à l'acceptation de la
solution, ça, c'est quand le projet est en voie d'être terminé. Est-ce que les
données de santé des Québécois sont hébergées aux États-Unis présentement, ou
est-ce qu'elles sont entièrement dans le nuage gouvernemental, M. le Président?
• (9 h 40) •
Le Président (M. Laframboise) :
Merci beaucoup, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.
Je cède maintenant la parole au ministre et député d'Orford. Vous avez la
parole pour cinq minutes.
M. Bélanger : Merci, M.
le Président. Bon, on va reparler encore de SIFA ou SIFARH puis le DSN. DSN, en
parlant de données puis qui seraient hébergées chez Microsoft, celle-là, je ne
la comprends pas, là, parce que ce n'est pas Microsoft, c'est plus Epic,
potentiellement. L'entreprise s'appelle Epic. Est-ce que les données de santé
sont hébergées actuellement chez les Américains? La réponse est non. Les
projets sont en début d'exécution. Si on parle du projet de SIFA, M. le
Président, c'est un projet qui est... une évaluation globale de 400... 430
millions autorisés. On est à 202 millions au niveau de... au niveau de
SIFA parce qu'il y avait une portion... une portion RH. Aujourd'hui, on est à
60. Si je me rappelle, je vais retourner encore dans le temps là, mais, dans le
temps, quand on autorisait des projets à 80 millions puis qu'ils
finissaient à 1,3 milliard, il n'y a jamais eu de processus de questions
ou de... Oui, c'est vrai... Au début... au début de... Le parti libéral, à un
moment donné, on mit un peu sur pause ou ils ont fait un audit au niveau de...
du projet qui était SAGIR, mais ils ont quand même rajouté quelques centaines
de millions un peu plus... un peu plus loin. Et c'est le gouvernement de la CAQ
qui a mis en place ce projet-là, qui l'a finalisé, comme le RENIR, la même
chose.
Je veux revenir aux projets qui sont les
projets de SIFARH et les projets du DSN. Au cours de la dernière année, il y a
eu... il y a eu quand même des mouvements qui se sont faits au niveau
géopolitique. Puis qu'est-ce que ça a fait? Vous allez me dire, le Cloud Act,
ça fait des années que ça existe, le Cloud Act. Le Cloud Act n'était pas
nécessairement un enjeu pour aucun pays, pour aucun État, mais le ministère de
la Cybersécurité et du Numérique a quand même été visionnaire, parce que,
justement, au niveau du Cloud Act, de l'accessibilité au niveau des données, on
prévoyait que ça pouvait être un enjeu, OK? Je ne dis pas que ça se fait
facilement, ce n'est pas une décision de Trump demain qui va faire qu'il va
pouvoir accéder aux données. Mais, par contre, je peux vous assurer d'une
chose, M. le Président, c'est que, dans les deux cas, dans les deux dossiers,
le dossier du DSN puis le dossier de SIFA... SIFA, s'il y en a qui fouillent un
peu sur ce dossier-là, ils vont voir que c'est Oracle. Oracle a son propre
cloud. Est-ce que c'est quelque chose où l'on se soucie de, justement, où les
données sensibles vont être hébergées? La réponse est oui. Nous avons un cloud
souverain et nous allons prendre une position que, justement, au niveau de ces
données-là, d'avoir la preuve que ces données sensibles là, éventuellement, si
elles sont stockées dans une solution qui est une solution au niveau SIFA si le
projet est relancé ou restructuré, même chose au niveau du DSN, on va s'assurer
que, premièrement, le MCN est l'entité qui définit le niveau de sensibilité des
données. Il y a des données, dans certains cas, on en utilise à tous les jours,
on utilise des outils Microsoft, et nos données, dans certains cas, bien, je
peux vous dire qu'il y en a qui sont sensibles et qui s'en vont actuellement
avec les outils Microsoft dans les... dans les nuages, dans les nuages
américains. Mais, nous, au niveau de la cybersécurité, en collaboration avec
Santé Québec, en collaboration avec le ministère de la Santé, on va s'assurer
que, justement, les données des citoyens du Québec sont protégées. Vont être
protégées de quelle façon? Je n'entrerai pas dans le détail, puis je
n'arriverai pas au niveau de la quantique puis au niveau de l'encryptage des
données, au niveau de quel nuage va être utilisé, mais c'est définitivement, M.
le Président, un enjeu et c'est pour ça qu'on a, justement, au niveau du projet
de loi n° 82, un élément sur... au niveau de la souveraineté numérique. Et
puis on est proactif au niveau de la souveraineté numérique.
Mon collègue de La Peltrie parlait des
différents centres de traitement où on les... où on les consolide. On a aussi
mentionné, au niveau du nuage gouvernemental souverain, c'est quelque chose qui
va avoir à prendre de l'ampleur, parce qu'on sous-estime le risque au niveau
des données. À chaque jour, on entend parler de, justement, de bris au niveau
de... d'intrusions qui se font. Et puis on veut s'assurer que ces données-là,
sensibles, soient protégées de façon à ce que les Québécois, les citoyens du
Québec, que ce soit au niveau de la santé, que ce soit au niveau de d'autres
services à la population, justement, que les données sensibles soient au Québec
à l'intérieur du nuage souverain gouvernemental.
Le Président
(M. Laframboise) : M. le ministre, nous allons débuter la
troisième série d'interventions. Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard pour cinq minutes.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci, M. le Président. Content d'être ici. Je dois dire que les
paroles des différents élus de la majorité ne m'ont pas rassuré. Et, ceci étant
dit, je n'étais pas venu avec énormément d'espoir, je dois avouer. C'est dur
d'avoir des conversations sérieuses sur ce sujet. Je pense qu'on s'accordera,
j'ai travaillé pendant presque 20 ans dans l'industrie numérique. J'ai été
architecte de solutions, architecte d'entreprise avant ça, lead développeur et
vice-président adjoint en charge de l'architecture et j'ai eu la chance de
travailler sur des gros projets.
Et laissez-moi, d'accord, d'abord être
d'accord avec la partie gouvernementale sur plusieurs points. D'abord, ils ont
raison de revenir sur ce qui s'est passé avant et avant même qu'ils arrivent,
eux, au pouvoir, parce que les problèmes que nous vivons ne sont pas nouveaux.
Ils sont quand même un peu plus grands qu'avant, je dois avouer, mais quand
même du même ordre. Vous avez parlé de SAGIR, où on a dépassé le milliard,
hein, 750 % d'augmentation par rapport au budget initial. On aurait pu
parler de toutes sortes d'autres projets.
Ce qui touche ce gouvernement
particulièrement quand même, c'est au niveau de SAAQclic ou au niveau d'autres
projets qui ont commencé avant eux mais qu'ils n'ont jamais réussi à... Je
pourrais parler de RENIR, par exemple, le projet de communication entre la SQ, principalement,
mais aussi d'autres services, qui dépasse aujourd'hui le milliard et qui était
prévu pour 150 millions, bref, des dépassements, mais délirants, mais terribles.
Je dois dire aussi autre chose qui n'a
jamais été dite, c'est que, dans le privé, il y a aussi beaucoup de
dépassements et parfois des dépassements par les différentes banques au niveau
canadien de plusieurs centaines de millions de dollars. C'est une industrie qui
va mal, donc. Et, pour y avoir été longtemps, une des conversations, je pense,
essentielle n'a jamais encore été abordée.
Comment ça marche? Donc, concrètement, on
manque d'expertise au ministère du Numérique et, bon an mal an, un architecte
de solutions pour prendre, par exemple, des postes cruciaux pour la réussite de
ce genre de projet est payé entre deux et quatre fois moins qu'un consultant
qui nous vient de l'externe, si on prend les chiffres qui nous ont été sortis
au niveau de SAAQclic. Donc, on manque d'expertise. Et puis le nombre de postes
qui sont offerts au ministère du Numérique, évidemment, en font foi, sans
compter les départs, les départs à la retraite qu'on n'est pas capable de
remplacer. On manque d'expertise et on a du mal à embaucher ou garder les
éléments à l'intérieur du ministère.
Les compagnies privées, les grosses boîtes
de consultation, avec qui j'ai eu la chance de travailler toutes, là, donc
Accenture, PwC, Deloitte, etc., débarquent, et vendent monts et marées, puis
ils nous disent : Voilà, j'ai cette solution, mais elle est
extraordinaire, et, comme c'est des nouvelles technologies, on a beaucoup de
mal à évaluer ce que c'est, on prend la chose comme elle est. Et ces
compagnies-là, elles ont deux objectifs : un, se faire le maximum d'argent
et, deux, respecter le contrat. C'est les deux seuls objectifs qu'ils ont. Ce
n'est pas la réussite du projet. Et je regarde les gens du ministère, je suis
sûr qu'il y en a qui reconnaissent ce dont je parle, on l'a tous vécu dans
l'industrie. Or, ils sont très, très bons à écrire des contrats et ils sont
très bons à passer des consultants de 150 $ de l'heure, donc, je rappelle,
quand même, 300 000 $ par an, à 350 $ de l'heure, donc, je...
700 000 $ par an la ressource, et à nous dire : Bien, ce n'était pas
prévu dans le contrat, à nous dire... et ils sont très bons à écrire des
contrats.
Et donc le vrai problème, c'est cette
dépendance à une expertise externe qu'on n'est pas capable de gérer et qui fait
en sorte qu'on va continuer à dépenser des centaines de millions.
Malheureusement, ce fiasco et ce manque de
confiance dans la... dans les services publics est partagé par tous les partis,
sauf le nôtre, je dois le dire. Je n'entends pas... Tu sais, on
dit : Oui, ils étaient amnésiques, ils ne savaient plus ce qu'ils savaient
pendant la commission sur les centaines de millions. C'est vrai, c'est un
problème. Mais, je veux dire, si on était au courant qu'on allait dépasser de
500 millions de dollars dans SAAQclic, on aurait quand même dépassé de 500
millions. Je veux dire, si les ministres nous avaient dit le problème, ça ne
l'aurait pas réglé. C'est des solutions qui ne fonctionnent pas, qu'on a payées
beaucoup trop cher. Et le principal, le centre du problème, c'est qu'on a une
fonction publique qui n'est pas capable de faire concurrence à ces mastodontes
de l'industrie, qui se gavent d'argent public. Merci, M. le Président.
• (9 h 50) •
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, M. le député de Maurice-Richard. Je cède maintenant la parole au
ministre et député d'Orford pour cinq minutes.
M. Bélanger : Merci, M.
le Président. Je tiens à saluer mon collègue de Maurice-Richard, parce que j'ai
toujours du plaisir à discuter avec lui, parce que, bien, je le sais, puis je
reconnais ses compétences, il a passé plusieurs années... moi aussi, ça va
trahir mon âge, là, mais j'ai commencé en... les années 85 au niveau des
transformations numériques. Dans ce temps-là, on enlevait le papier au niveau
des entreprises puis on arrivait avec la gestion en temps réel, qui était par
communication radio. Et puis j'ai eu beaucoup de succès, j'ai... j'avais,
justement, une bonne équipe, une équipe très compétente, comme l'équipe qu'on a
actuellement au niveau du ministère de la Cybersécurité et du Numérique.
Encore, je retiens à saluer le legs pour un jeune ministère, mon collègue de La
Peltrie. Puis, vous savez, M. le Président, j'étais son adjoint parlementaire.
On a juste joué aux cartes, là. Je veux dire, c'est inversé. Actuellement, il
est mon adjoint parlementaire, je suis le ministre. Avant, j'étais son adjoint
parlementaire, puis il était ministre. L'équipe est intacte. C'est la même
équipe, puis moi, je crois, je crois, M. le Président, qu'on a les compétences
et on a... et on a cette dynamique-là.
Ça fait que je voudrais vous donner, par
preuve : 84 % des projets sont au vert. Vous me direz : Ce n'est
pas 100 %, mais il y a 392 projets... on parle souvent... on parle
toujours de SAAQclic, mais on a 392 projets, depuis 2018, qui ont été terminés,
M. le Président. C'est des projets qui ont été complétés, 392 projets, puis
actuellement on en a une centaine qui sont en... qui sont en activité. Ça fait
que ça vous donne un peu le... moi, j'appelle ça du cash-flow, là, la rotation
annuelle. On est quand même pas mal efficaces à terminer les projets. Mieux
encore, M. le Président, l'ensemble de nos projets informatiques se réalisent à
15 % sous les budgets initialement prévus.
Je veux revenir dans le passé, parce que
mon collègue de Maurice-Richard a raison, a raison, parce que moi, j'ai
travaillé dans des projets qui étaient l'intégration de ERP, SAP, par exemple,
en était un, au début des années 2000, au début des années 2000. Et SAAQclic...
le module WMS dans SAP, j'y ai participé au début des années 2000, à ce
module-là, WMS. On... C'était la première fois qu'ils... on appelait ça un
«bolt-on», là, qu'ils mettaient un module sur leur fameux ERP, bien, ça a été
ce module-là. Il y a un contrat qui a été signé, là, puis, quelque part,
c'était... c'était un module WMS dans SAP. Ce n'est pas drôle, là. Je peux vous
dire qu'en termes de... en termes de solution magique, là, pour un projet de
1 milliard...
L'autre chose aussi, c'est qu'on
sous-estime... puis probablement que le rapport Gallant... puis je ne peux pas
présumer, là, des conclusions, dans certains cas, il y a des dépassements de
coûts puis il y a des fautes, mais, une des fautes premières, c'est qu'on
sous-estime l'ampleur des projets. On a un budget, 160 milliards, puis on
s'imagine qu'on va faire la transformation numérique de... des ministères et
organismes avec peut-être un PQRI de... qui roule à 1 milliard. Peut-être
pas.
Peut-être que ce qu'on va savoir,
éventuellement, c'est, lorsqu'on fait l'élaboration des projets de la bonne
façon, bien, peut-être que le budget va être supérieur au budget escompté. Puis
là il y a toujours la problématique de l'entreprise américaine qui a les reins
solides puis qu'elle, elle est capable de rentrer, on appelle ça un «low bid»,
avec un chiffrier de... je les ai vus, les chiffriers, là, qui ont à peu près
150 pages, avec 200 colonnes. Ça fait que, finalement, l'entreprise
ne s'y retrouve pas, et puis on devient des otages, à ce moment-là, au niveau
des projets.
Ça fait que le rôle du ministère de la
Cybersécurité et du Numérique, puis je vais vous faire une annonce, une
annonce, ce n'est pas quelque chose qui va se faire à court terme, mais je
crois qu'on est à une époque où les projets, les PGI qui datent du début des
années 2000, où le code appartenait au fournisseur, n'appartenait jamais
ou n'appartiendra jamais au client, et où les budgets postimplantation, post
mise en place sont majeurs, M. le Président, sont majeurs, c'est plus de
50 % des coûts, bien, moi, je vous dis, M. le Président, que l'avenir est
à détenir le code et est aussi à des solutions qui sont en logiciel libre, M.
le Président. C'est ce qui va assurer que ce soit au gouvernement ou aux
entreprises d'être capables d'avoir la mainmise sur, justement, les coûts de
maintenance futurs et s'assurer que ça rentre à l'intérieur des budgets
réalistes.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, M. le ministre. Je cède maintenant la parole au député de La Peltrie
pour cinq minutes.
M. Caire : Oui, merci,
M. le Président. D'entrée de jeu, je vais corriger quelque chose qui a été dit
par ma collègue de Mont-Royal—Outremont. C'est inexact,
puis je vais le dire comme ça... et je n'en ferai pas une question de fait
personnel pour l'instant, mais c'est inexact de dire que j'ai dit que SAAQclic
méritait des félicitations. Je l'invite à beaucoup de prudence. Ce que j'ai dit,
par contre, et ça, je l'assume, le SAG méritait des félicitations. D'ailleurs,
le SAG a été en nomination aux Octas en 2023, pour ceux qui nous écoutent, les
Octas, c'est le gala reconnaissance de l'industrie des TI au Québec, donc
public, privé et gouvernemental... et qui était dans la catégorie des meilleurs
services numériques qui ont été produits en 2023. Ça, c'est la petite correction
que je voulais faire.
Je vais dire, d'entrée de jeu, M. le
Président, que j'ai beaucoup aimé l'intervention du député de Maurice-Richard.
Je suis d'accord avec lui dans les grandes lignes mais je vais nuancer. Puis ça
va peut-être répondre à une question ou une affirmation qui a été faite par ma
collègue de Mont-Royal—Outremont, est-ce que le MCN a fait
ses preuves. C'est vrai que le marché des TI, il est hautement compétitif.
C'est vrai que le marché des TI est dominé par des gros joueurs qui ont les...
des capacités, des moyens que nous n'avons pas. Et c'est vrai que, pour
certains puis certaines expertises, c'est plus compliqué de bâtir, de maintenir
cette expertise-là. Par contre, je vais nuancer en disant que le ministère en
a, de l'expertise. Est-ce qu'il en a suffisamment pour tous les projets? Ça,
c'est une autre question. Mais il y a de l'expertise au ministère.
Et je veux rassurer mon collègue de
Maurice-Richard parce que le MCN a un solde migratoire positif. En tout cas, je
n'ai pas les derniers chiffres, mais, la dernière fois que je les ai vus,
c'était ça. C'est-à-dire qu'il y a plus de gens qui quittent le privé pour
venir travailler au MCN qu'il y a des gens qui quittent le MCN pour aller
travailler au privé. Donc, ça, ça dénote quand même une capacité d'attraction.
Mais, ceci étant dit, je suis d'accord avec lui, il y a des efforts à faire
pour être plus attractifs. Et le MCN, la mise en place du MCN, c'était très
certainement dans cette optique-là, d'avoir un ministère qui se... dont les
gens se lèvent le matin avec la seule fonction de penser aux TI du
gouvernement. Le ministère, il est attractif, en soi.
Au niveau des innovations, parce qu'encore
une fois on est dans la question : Est-ce que le MCN a fait ses preuves,
bien, je veux juste signaler aux collègues que le Québec est la seule
province... la première province, en tout cas, je ne sais pas si c'est encore
la seule, qui a mis en place une plateforme de signalement des vulnérabilités,
qui permet aux hackers éthiques qui découvrent des vulnérabilités dans les
systèmes de le signaler au gouvernement, et, à partir de là, nous, le
gouvernement, on va poser les gestes en conséquence. Le Québec a innové encore.
Seul État en Amérique du Nord à avoir un programme de prime aux bogues.
Qu'est-ce que le Programme de prime aux
bogues? Bien, c'est une plateforme dans laquelle on crée un environnement
simulé dans lequel les systèmes vont opérer et qui permet aux hackers du monde
entier qui s'inscrivent, là, qui sont... qui gagnent leur vie avec ça et qui,
lorsqu'ils découvrent une vulnérabilité dans votre système, reçoivent une
prime. Évidemment, il y a certains critères, mais ça va entre... ah, c'est
entre 50 $ et 7 500 $, je pense, le niveau de prime, là,
dépendamment de la criticité de la prime. Donc, ça, ça permet de tester nos
applications d'une façon assez... assez costaude avant de les mettre en
production. Ce sont des innovations. Ça arrive depuis plus récemment.
Donc, évidemment, il y a des systèmes dont
on parle qui n'ont pas bénéficié de ça, M. le Président, mais quand même. Donc,
des choses qui sont faites pour s'assurer que, dans l'avenir, les projets du
gouvernement qui vont être déployés vont être robustes, vont être robustes au
niveau fonctionnel, vont être robustes au niveau de la sécurité. Le ministère
de la Cybersécurité joue son rôle. Le ministère de la Cybersécurité joue son
rôle de chien de garde. Alors, s'il y avait eu un ministère de la Cybersécurité
à une certaine époque, peut-être qu'on aurait détecté en amont, comme on l'a
fait avec SIFA, les problèmes de SAAQclic, mais non, il n'y en avait, donc ces
problèmes-là n'ont pas été détectés.
Et, aujourd'hui, j'entends la députée de Mont-Royal—Outremontavoir plusieurs
interventions là-dessus. Pourquoi? Parce que le ministère a fait son travail.
Parce que le ministère a détecté qu'il y avait des difficultés. Parce que le
ministère a posé des gestes. Parce que le ministère, aujourd'hui, dit :
Bien, on va redresser le projet. Et, parlant de redresser le projet, M. le
Président, je vous rappelle qu'on a redressé SAGIR, on a redressé RENIR. Avec
le DSN, on va se débarrasser du DSQ. Donc, on va régler, les problèmes de SIFA,
M. le Président.
• (10 heures) •
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, M. le député de La Peltrie. Nous allons débuter la quatrième série
d'interventions. Je cède maintenant la parole à la députée de Westmount—Saint-Louis
pour cinq minutes.
Mme Maccarone : ...dans
l'histoire. On va faire un petit recul dans le temps puis on va commencer en
mai 2021, où on a entendu qu'il y avait une brèche important de données qui
s'est produite sur La Place 0-5, puis une fuite de données qui était assez
importante pour faire presque la une du Journal de Montréal. Pourquoi?
Parce que c'étaient les données, les noms, les adresses, les dates de naissance
de 5 000 personnes inscrites dans La Place 0-5 ainsi... et... le
ministre, à l'époque, même ses données, ses informations personnelles se sont
retrouvées sur la place publique. Ce n'est pas n'importe quoi.
Ça fait que qu'est-ce qui est arrivé à la
suite de ça? Bien, la Vérificatrice générale a dit : Oh, là là, on fait
face à des gros problèmes, alors on vous demande de trouver des solutions. Ça
fait que ce que nous avons fait, on a rapatrié La Place 0-5 ans au
ministère en 2022 suite à ces critiques. Bon, bien, on a entendu, à la fin de
2022, qu'on aura un nouveau... une nouvelle Place 0-5 cinq ans qui va
s'appeler le guichet unique. Ça fait qu'on a eu cette annonce à la fin du mandat
pour remplacer ceci. On comprend que ça va être le ministère de la Famille qui
va gérer les listes d'attente. Parfait. Et on entend aussi qu'on va avoir des
coûts qui seront entendus puis, dorénavant, le ministre de la Famille va
maintenant faire un projet qui va être partagé pour tout le monde, ça fait
qu'on va pouvoir suivre ça sur la place publique. Puis ils font l'annonce que,
ah, on a un coût estimé de 9,6 millions de dollars pour poursuivre
avec ce projet. Parfait. On continue. Aujourd'hui, nous savons que ce guichet
unique va coûter, les contribuables, 12,3 millions de dollars. Et ça,
on trouve ça dans le tableau de bord des ressources.
La Presse, sous la plume de
Geneviève Lajoie, nous disent, parce qu'on continue avec ceci, que : Eh!
mon Dieu, on fait face à pas mal d'inquiétudes en ce qui concerne le guichet
unique. Puis, ça aussi, on dit que... Qu'est-ce qui se passe avec ceci?
Pourquoi? Parce qu'on comprend qu'on fait face à des retards, des retards d'un
an par ce projet, <malgré que...
>
10 h (version révisée)
<17911
Mme
Maccarone :
...ce projet >malgré que c'est dans les
mains du ministère maintenant. Et comment qu'on appelle ça? «Un échec sur toute
la ligne de le ministère de la Famille, le nouveau guichet unique pour les
places en garderie est reporté à l'an prochain.» On entend aussi, par la part
de Marie-Michèle Sioui, que, oui, on va avoir un retard dans ceci. Pourquoi?
Parce que la ministre est allée sur la place publique. Puis elle, qu'est-ce qu'elle
dit? On a un retard parce qu'on fait face à des problèmes techniques et on veut
éviter un bordel dans la liste d'attente pour ces familles qui sont inscrites.
Ce n'est pas n'importe quoi, c'est quand même une citation assez importante.
Puis je comprends qu'on souhaite avoir une transition harmonieuse, mais ça
reste qu'on a dit : Ça va être des problèmes. Tommy Chouinard, lui aussi,
il dit, à cette époque-là, qu'on veut éviter un bordel, des problèmes
techniques et ce n'est pas simple au niveau informatique.
Alors, suite à ceci, c'est clair, on a des
inquiétudes sur la place publique, L'AQCPE, l'association des centres de la
petite enfance, dit que : Heille, c'est un cafouillage technologique. Ma Place
au travail dit que c'était d'une grande déception, et, évidemment, on a des
inquiétudes.
Nous voilà maintenant en 2025, et on parle
maintenant de guichet unique qui sera sur la place publique bientôt. Mais on
comprend aussi, encore une fois, maintenant, sous la plume de Radio-Canada et
Véronique Prince, que même les représentants des services de garde, qui ont
contribué à l'élaboration du nouveau portail du Québec, on doit les rassurer
parce qu'ils ne vivront... ils ne souhaitent pas vivre évidemment même scénario
que nous avons vécu avec SAAQclic.
Alors, on cite les CPE puis les dirigeants
de ce réseau, qui disent : Je vous dirais que la perception, dans le
réseau, est mitigée. On a peur des fuites des données, on a peur de faire de...
que nous ferons face à un autre SAAQclic. On se rappelle qu'on a eu, quand même,
des coûts excédentaires de 2,7 millions de dollars. Ce n'est pas n'importe
quoi, c'est quand même 30 % de hausse. Puis il faut rappeler que,
maintenant que ce serait lancé, ce nouveau portail pour les parents, on doit s'inquiéter
parce que tout le monde a dit la même affaire avant le lancement de SAAQclic :
Ça va bien aller, mais c'était lors de son lancement qu'on a vu des problèmes.
Ça fait que j'ai un question pour le
ministre : Avec un bilan d'échec continuel de ce gouvernement, est-ce qu'il
est capable de garantir que les parents du réseau des services de garde ne
vivront pas un autre bordel?
Le Président (M. Laframboise) : Merci,
Mme la députée de Westmount—Saint-Louis. Je donne maintenant la parole au ministre
et député d'Orford pour cinq minutes.
M. Bélanger : Bien, M. le
Président, je tiens à rassurer ma collègue qu'on ne vivra pas un bordel. Je ne
dis pas autre bordel, on ne vivra pas un bordel. Pourquoi, M. le Président? Bien,
je veux revenir quand même au 15 %, que l'ensemble de nos projets
informatiques se réalisent à 15 % sous les budgets initialement prévus.
Rappelez-vous, 392 projets réalisés. C'est certain qu'au niveau des
médias, au niveau des oppositions, je fais le même travail, tu veux soulever
les projets qui sont à risque ou les projets qui vont moins bien. Est-ce que ce
projet, au niveau du ministère de la Famille, est un projet qui était en
dépassement de coûts? Est-ce que c'est un projet qui était à risque lors de la
mise en place? Puis là je ne minimise pas le 2 millions, mais je me
garderais une petite gêne de faire des comparaisons à des projets qui sont en
milliards, mais je ne minimise pas le 2 millions. On ne le minimise
tellement pas que mon collègue et moi, avec la collègue du temps, à la Famille,
on a pris la décision de retarder le projet d'un an pour s'assurer, justement,
que la mise en place, que l'exécution du projet fonctionne à 100 %.
Aujourd'hui, puis vous pourrez juger dans
six mois, à peu près, dans un an, vous pourrez juger du taux de réussite de ce
projet-là. Mais le projet, actuellement, qui est sous le leadership de ma
collègue députée de Duplessis, on a exigé une signature de trois
sous-ministres, trois sous-ministres. Je ne pense pas qu'il y a beaucoup de
partis dans le passé qui ont exigé d'avoir trois sous-ministres qui signent ou
qui s'engagent à la réussite d'un projet de transformation numérique. Mais,
dans ce cas-ci, on a exigé, justement, qu'il y ait trois sous-ministres, en
plus des ministres responsables qui s'assurent de la réussite de ce projet-là.
Ça fait que, si vous me posez la question : Est-ce que les probabilités de
réussite du projet sont là? Moi, je vous dirais oui, pas mal proche de
100 %. Puis moi, je vise à ce que ce soit du 100 %. Puis je reviens
encore que, sur 392 projets réalisés, on est à 15 % sous les budgets.
C'est certain que moi, je n'en veux pas, des dépassements de coûts. Je n'en
veux tellement pas, de dépassements de coûts, que j'ai été... en anglais, c'est
«pain in the...» Mais j'ai été...
• (10 h 10) •
Une voix : ...
M. Bélanger : Oui, c'est ça.
Au niveau des projets comme... comme le SIFA, comme le DSN, mais comme d'autres
projets aussi. On a une centaine de projets. Puis la députée faisait l'analogie
de la pastèque. Effectivement qu'il y a des tableaux de bord. Puis le MCN, mon
prédécesseur aussi fait... on faisait des analyses puis on regarde, justement,
plus loin quelles sont les probabilités. Dans certains cas, avec la
collaboration de nos collègues, en santé, je vais prendre l'exemple, puis il y
en a deux collègues, il y a Mme Biron, au niveau de Santé Québec, je peux
nommer... je peux la nommer parce que ce n'est pas une élue, et puis mon
collègue, mon collègue le ministre à la Santé. Ensemble, on a évalué que
c'était plus prudent d'avoir une certaine pause. Est-ce que les projets sont en
dépassement de coûts par rapport au budget? La réponse est non. Est-ce que les
projets peuvent être remis dans le droit chemin? La réponse est oui.
Puis je voudrais donner un exemple, parce
qu'à chaque... à chaque mois, peut-être à chaque semaine, je pense, on m'envoie
des tableaux de bord. Puis on a parlé souvent du service d'authentification
gouvernementale, à tort, hein, au niveau de SAAQclic, que le SAG était le problème
au niveau de SAAQclic, que le SAG est toujours le problème. Mais, à toutes les
mosus de semaine, moi, je reçois un tableau de bord, puis il est toujours vert
au niveau du SAG, il est toujours vert. Puis là j'ai posé la question :
Mais c'est quoi, l'activité au niveau... au niveau de ce projet là?
36 millions de transactions, des connexions, il y a 36 millions de
connexions entre le 3 octobre puis le 9 octobre. Savez-vous il y a
combien de citoyens d'inscrits? 2,8 millions. Ça, c'est la courbe d'un
projet qui est un projet qui ne va pas bien? Mais ça, c'est un legs de mon
collègue de La Peltrie. Et puis ça, c'est le niveau II au niveau de
l'authentification, c'est le plus haut niveau de sécurité. C'est un système qui
va tellement bien que les municipalités veulent avoir ce système-là.
Le Président (M. Laframboise) : Merci,
M. le ministre. Nous allons débuter la cinquième série d'interventions. Je cède
maintenant la parole au député de Jean-Talon, pour cinq minutes.
M. Paradis : Quels sont
quelques-uns des principaux constats de la commission d'enquête sur le scandale
SAAQclic, constats desquels on peut, on devrait tirer des leçons?
D'abord, une comptabilité créative, ces
contrats-là sont présentés comme générant des bénéfices, dans le cas de
SAAQclic, de 1 milliard de dollars, des calculs dont on ne sait pas
aujourd'hui d'où ils originent.
Gonflement des tarifs. Des tarifs de
82 $ qui deviennent des tarifs à 350 $ dollars de l'heure, ajoutés à
un ajout d'heures, 10 700 heures prévues pour cinq ans, on est rendu
à 35 000 heures.
Manipulation de documents. On l'a entendu
à la commission, des ordres de détruire des documents, de se débarrasser de
certains documents.
Des gestionnaires sans expérience qui sont
nommés aux plus hauts postes, notamment comme PDG de la SAAQ.
Une nonchalance dans la gestion publique.
On a entendu, je cite : «50, 100, 200 millions de plus, ce n'est pas
ça qui va empêcher la terre de tourner», alors qu'on parle de l'argent des
Québécois.
Des portes tournantes entre les
gestionnaires gouvernementaux des projets, et les cabinets privés à qui on octroie
des contrats, et vice versa, donc des liens avérés entre les consultants
externes et les gestionnaires du gouvernement, du copinage, etc.
De la responsabilité politique, parce que,
contrairement à ce qu'on en a entendu ici, des ministres savaient. Le bureau du
premier ministre avait eu toutes sortes d'avertissements. On se souvient tous
du passage dévastateur de l'ex-ministre des Transports, aujourd'hui ministre
des Affaires municipales, à la commission.
Dossier santé numérique, c'est un peu le
même patron qui se répète. Et, en plus, ici, il y a des considérations sur les
clauses qui ont été négociées pour l'annulation, on l'a appris aujourd'hui, 600 millions
pour annuler un contrat. Ça, c'est des profits qu'on met dans les poches de
compagnies privées avec des contrats mal négociés, dans ce cas-ci, par ce
gouvernement.
Il y a aussi des inquiétudes pour la
gestion de nos données. On apprend qu'il y a de la sous-traitance à des
cabinets, à des entreprises en Inde, ce qui ajoute aux risques pour la donnée,
les données des Québécois et des Québécoises, qui sont très précieuses. On
apprend aussi qu'on dépend d'un système de Epic Systems, une compagnie
américaine, qui elle-même est soumise à une loi américaine, le fameux Cloud
Act, qui pourrait l'obliger, cette compagnie-là, à fournir les données sur
demande du gouvernement américain. En tout et pour tout, j'ai révélé ici, en
Chambre, il y a deux semaines environ, qu'il y a 77 projets actuellement en
dépassement, pour des coûts additionnels de 518 millions à ceux dont on parle
déjà.
Que faire? Que propose un éventuel
gouvernement du Parti québécois? Il y a, bien sûr, la question... premièrement,
la question de l'expertise informatique, qu'il faut ramener au sein du
ministère de la Cybersécurité et du Numérique, mais dans l'ensemble de
l'appareil gouvernemental. Deuxièmement, miser sur les entreprises
québécoises, les PME québécoises, les jeunes pousses qui développent des
solutions qui sont très pertinentes pour le gouvernement du Québec mais
qu'actuellement on ignore. D'autres l'ont fait. C'est le cas en Estonie, par
exemple, où on dit : On va vous aider à développer ces ressources-là, il
va y avoir des échanges de propriété intellectuelle, des ententes qui vont vous
permettre de développer des produits dérivés. C'est gagnant-gagnant. On peut
faire ça. Il faut arrêter de penser que nous sommes obligés de faire affaire
avec les géants américains.
Pour l'hébergement des données,
troisièmement, c'est lié, on peut aussi renforcer les lois du Québec et... pour
faire en sorte que l'hébergement des données des Québécoises et des Québécois
soit fait ici et que la sécurité de nos données soit assurée par les Québécois
pour les Québécois. Quatrièmement, il faut, bien sûr, travailler sur la
restauration de l'imputabilité des gestionnaires, des hauts fonctionnaires qui
sont chargés des projets de transition numérique. Nous avons nous-mêmes proposé
une série de solutions qui passent à des nouvelles règles sur la rémunération,
sur l'atteinte des objectifs, sur les personnes qui sont nommées au sein des
conseils d'administration, sur les sanctions, les évaluations périodiques avec
reddition de comptes. Donc, il y a tout un... il y a tout un travail à faire
là-dessus.
Cinquièmement, il va falloir aussi changer
complètement la façon dont on gère ces contrats-là, y aller avec la gestion
axée sur les résultats en fonction des meilleures pratiques développées
ailleurs dans le monde, mais ici aussi, au Québec, avec une reddition de
comptes faite sur des bases complètement différentes, de la transparence. Il
faut aussi essayer de faire en sorte que tous ces contrats-là doivent demeurer
secrets. J'ai, dans une ancienne vie, travaillé à négocier des contrats comme
ça. Ce n'est pas vrai que l'ensemble des causes doivent être... des clauses
doivent être constamment cachées aux Québécois. Donc, il faut une revue, une
enquête élargie sur l'ensemble des contrats de l'administration publique pour
voir ce qui se passe et tirer des leçons. Et là, jusqu'à présent, tout ce qu'on
a eu, c'est l'abolition du mot «napperon». Ce n'est malheureusement pas assez. Merci,
M. le Président.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, M. le député de Jean-Talon. Je cède maintenant la parole au ministre et
député d'Orford, pour cinq minutes.
M. Bélanger : Merci, M. le
Président. Bien, c'est intéressant, d'écouter le député de Jean-Talon, il a
des... parce que j'abonde... probablement 80 % de ce qu'il a dit, je suis
tout à fait d'accord avec. Il y a des éléments, par contre, je garderais un
bémol.
C'est certain que moi aussi, j'aimerais,
au niveau de la souveraineté numérique, travailler uniquement avec des
entreprises québécoises, j'aimerais ça. Est-ce que c'est possible? Bien, il y a
une loi qui s'appelle la LCOP, qui est une loi qui ne facilite pas
nécessairement les choses, je ne dénigre pas cette loi-là, mais mettons que ce
n'est peut-être pas si facile que ça d'arriver, justement, à cette fin-là.
Ça fait que je voudrais, par contre...
Parce que, dans le projet de loi n° 82, on a mis en place un élément de
souveraineté numérique, puis je voudrais quand même les lister, les actions
gouvernementales.
Bon, la consolidation des centres de
données. Mon collègue de La Peltrie en a parlé, justement, parce qu'il y en
avait une panoplie. C'était un petit peu hors contrôle, et on est après
consolider ça. L'hébergement des données. On a le cloud souverain
gouvernemental. Avant, il n'y avait aucune classification des données. Là, on
classifie les données. Est-ce qu'on doit, dans certains cas, s'assurer qu'elles
sont bien classifiées? Est-ce qu'on a le contrôle? On va s'en assurer, qu'on a
le contrôle, que, justement, c'est le MCN qui définit le niveau... le niveau de
sensibilité des données, ça, c'est un élément important. Modèle de
classification, j'en parlais, plateforme de développement moderne
gouvernementale, l'utilisation de logiciels libres, j'en ai parlé tantôt,
l'élargissement de la portée du courtier en infonuagique et en technologie dans
le PL n° 82 puis avis du DPI sur les stratégies
d'acquisition.
Bien là, je vais revenir à la SAAQ. Je
vais revenir à la SAAQ en 1997, non, en 2017. En 2017, signature du contrat,
c'était exempté de la LGGRI. À ce moment-là, la LGGRI avait certaines dents,
mais n'en avait certainement pas autant que suite au travail de mon collègue
dans le PL n° 95, ça s'est fait en 2021, pour, justement,
rehausser au niveau de la LGGRI. Mais, aujourd'hui, M. le Président,
aujourd'hui, lorsqu'il y a un projet de transformation numérique qui est
présenté, il y a une obligation d'avoir un dossier d'affaires. Est-ce que le
dossier d'affaires de SAAQclic, en 2017, lors de la signature, est-ce qu'il y
avait un dossier d'affaires? Peut-être. Est-ce que le dossier d'affaires a été
évalué par le ministère de la Cybersécurité et du Numérique? La réponse, c'est
non, il n'existait pas. Mais est-ce qu'il a été évalué par un autre ministère?
La réponse, c'est probablement non. Et puis est-ce qu'il y avait un avis, un
avis de celui qui évaluait, justement, ce dossier d'affaires là, qui
aujourd'hui s'appelle le DPI? Parce que, dans chacun des organismes, dans chacun
des ministères, il y a un DI, il y a une direction au niveau informatique,
informationnel. Et ce DI là se rapporte, d'une certaine façon, à un DPI. Ce DPI
là donne l'avis sur un dossier d'affaires. Mais, pour nous, actuellement, avec
le projet de loi n° 82, on veut s'assurer,
justement, que l'aspect souveraineté numérique soit tenu, qu'on en tienne
compte.
Et, au niveau de souveraineté numérique,
on va parler des données. L'aspect n° 1, aujourd'hui, sur les contrats après le
projet de loi n° 82, la sanction va se faire
cette semaine, je vous confirme que les dossiers d'affaires au niveau... suite
au projet de loi n° 82, on va s'assurer que les
données sensibles, dans tous les contrats, ne prêtent... ne portent pas un
risque au niveau de l'accessibilité via le Cloud Act. Ça, c'est un... Ce n'est
pas rien, là, ce n'est pas rien. Ceux qui lisent le Cloud Act, vous allez voir,
au niveau de la portée au niveau du Cloud Act, c'est quand même sérieux, à peu
près tous les pays en sont sensibilisés. Et, par la suite, au niveau, justement,
de ces projets-là, tantôt je parlais... Puis c'est important de se rappeler de
ça, code, moi, j'appelais ça les trois c, là, le code, obtenez le code, avoir
les compétences et la crédibilité. Ça fait que ça, c'est trois priorités au
niveau du ministère de la Cybersécurité, du Numérique qu'on veut avoir. On veut
avoir le code. Si on n'a pas le code, qu'on utilise le logiciel...
• (10 h 20) •
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, M. le ministre. Nous allons débuter la sixième série d'interventions. Je
cède maintenant la parole à la députée de Mont-Royal—Outremont, pour cinq minutes.
Mme Setlakwe : Merci, M. le
Président. J'écoute les réponses qui nous sont données, autant de la part du ministre
actuel que de son prédécesseur. Je suis les échanges et je continue de me dire
qu'on est à l'étape de poser des questions, faire des énoncés sur ce qui est
important. Mais j'ai de la difficulté à vraiment identifier, de la part du
ministre, ou de saisir, ou de dégager qu'il prend la pleine mesure de l'ampleur
du défi. Il faudrait qu'il transpose toutes les questions qu'il pose, tous les
enjeux qu'il identifie dans les dossiers actuels. Depuis huit mois qu'il est
là, puis, encore ce matin, on nous dit : J'ai un tableau de bord à chaque
semaine. Je comprends les enjeux. J'aimerais bien qu'on ait une expertise à
l'interne, qu'on contrôle le code, qu'on dépende moins ou qu'on structure moins
nos dossiers, nos applications en PGI, ces progiciels de gestion intégrée, là,
le modèle SAP, ce n'est pas... ça ne semble pas quelque chose qui est opportun,
qui s'applique bien dans... qui se transpose bien, dans la réalité
gouvernementale, avec toutes sortes de spécificités, d'exceptions quand c'est
régi par... Bref, je ne pense pas que c'est le modèle idéal à transposer ici,
dans la transformation numérique de l'État, c'est ce qu'on entend aussi.
Mais je m'attendrais, de la part du
ministre, à autre chose que : Voici ce qu'il faut faire, voici c'est quoi,
les enjeux. Voici les questions. Mais comment ça se transpose, tout ça, dans
ses faits et gestes, dans son leadership, à chaque jour, à chaque semaine,
alors que les dossiers, on a des exemples concrets, là, entre les mains, le
dossier SIFA, le dossier du DSN. Et il y en a d'autres. Il y a aussi le... un
autre dossier qui a fait l'objet des médias, la transformation numérique auprès
de la CCQ, au niveau de la construction, qui semble, encore une fois, être
structurée de la même façon, là, avec des modules d'un prologiciel de gestion
intégrée de type SAP, la même technologie qui a été implantée par la SAAQ dans
la triste saga du fiasco SAAQclic. Quel est son rôle dans ce dossier-là?
Donc, essentiellement, à part nous
dire : Je sais ce que je dois faire, je sais ce sur quoi je dois
travailler, j'ai le projet de loi n° 82... Oui, on a échangé ensemble,
oui, il y a des amendements qui ont été apportés, mais qu'est-ce qu'il fait
depuis huit mois pour améliorer les choses, pour remettre les projets actuels,
là, dans le droit chemin, pour éviter des gaspillages, pour stopper
l'hémorragie? Mais qu'est-ce qu'on a... qu'est-ce qu'on a pu apercevoir, c'est
que sa voix ne porte pas, sa voix n'est pas entendue. Il tente, là... il
dit : Je remplis mes devoirs, je fais ce que j'ai à faire. Oui, mais
qu'est-ce que ça donne, concrètement, quand, au sein du Conseil des ministres,
sa voix n'est pas entendue? Puis il dit qu'il demande plus de pouvoirs, il l'a
dit, il l'a mis dans l'espace public. C'est un cri du cœur : J'ai besoin
de plus de pouvoirs, j'aimerais revenir et changer la loi pour m'octroyer plus
de pouvoirs. Parce que, clairement, visiblement, quand il demande d'arrêter un
projet, le premier ministre n'écoute pas, le ministre qui est concerné ne le
fait pas, puis le premier ministre ne souhaite pas lui donner plus de pouvoirs.
Donc, ça revient à la case départ.
En quoi est-ce que le ministère de la
Cybersécurité et du Numérique joue pleinement son rôle pour, justement, agir,
mieux gérer les projets? La question demeure. Et le DPI, le dirigeant principal
de l'information, le personnage central, le chien de garde, il écrit des
lettres très détaillées, étoffées, détaillées, là, ça... c'est très juridique,
très chirurgical, il demande d'arrêter un projet, c'est... Le DPI — on
le sait, il relève du MCN — n'est pas entendu, n'est pas écouté. Il y
a des audits qui sont lancés. Mais ce qu'il faut se dire, c'est :
Qu'est-ce que ça donne, tout ça, quand les projets continuent ou que...
c'est-à-dire, que les projets sont... s'en vont encore droit dans un mur? On
n'obtient pas des réponses claires. Qu'est-ce qui arrive à la CCQ? Qu'est-ce
qui va arriver en Santé?
Puis, après ça, on arrête des projets. Il
y a, par contre, des pénalités qui vont devoir être payées, ça va nous coûter
cher, il va y avoir des dépassements de coûts. Puis, du même souffle, bien, on
est en train de revoir la rémunération des médecins, leur demander d'être plus
performants, de rencontrer des critères de performance, mais on ne leur donne
pas les outils, notamment les outils informatiques, pour pouvoir être plus
rapides, plus efficaces, voir plus de patients. Donnons-leur les moyens. Mais
on s'attendrait à ce que le MCN joue un rôle, fasse en sorte que les projets se
réalisent. Mais ça fait sept ans que la CAQ est au pouvoir, ça fait plus de
trois ans que ce ministère-là a été créé. C'est un échec, M. le Président.
Le Président (M. Laframboise) : Merci,
Mme la députée de Mont-Royal—Outremont. Je cède maintenant
la parole au ministre et député d'Orford pour cinq minutes.
M. Bélanger : Merci, M. le
Président. Bon, je vais commencer par la CCQ. Dans le temps, on appelait ça une
patente autoportante. Autoportante, ça voulait dire que le gouvernement ne s'en
occupait pas. C'était autoportant, comme la SAAQ, c'était autoportant. CCQ, je
suis très au fait du projet. Est-ce qu'on était inquiet du projet? Mon
prédécesseur l'était, je l'étais, et on travaille... moi, je travaille avec...
on travaille avec mon collègue au niveau du Travail. Et puis on a une personne
qui est là, en place, j'oubliais son nom, je l'appelle Audrey, mais c'est
Audrey Murray, qui est directrice générale, une femme extrêmement compétente. Et
puis elle a collaboré avec le MCN, justement, au niveau de ce projet-là, pour
s'assurer que ce projet-là fonctionne bien, pour s'assurer que ce projet-là
s'implante avec un succès. Ça fait que moi, je n'ai pas d'inquiétude au niveau
du projet de la... avec CCQ.
Maintenant, est-ce que ma voix porte? Je
vous dirais... oui, ce matin, elle porte, peut-être... je vous dirais que les
paroles s'envolent, et les écrits restent. Qu'est-ce que notre gouvernement a
fait de différent par rapport aux gouvernements précédents, les 20 années
précédentes? Qu'est-ce que le gouvernement a fait? Notre gouvernement a écrit,
notre gouvernement a fait des audits, notre gouvernement a émis des lettres,
et, en collaboration avec mes collègues, on a pu adresser certains dossiers,
et, dans certains cas, peut-être que des projets ont été mis sur pause, pas
suite nécessairement à des lettres, je ne veux pas faire de lien à avoir cinq
lettres, cinq avis, ça fait deux ans, ça fait trois ans. Ce que je peux vous
dire, M. le Président, c'est qu'on a été proactif. Ce n'est pas rien. De mettre
sur pause un projet ou de réévaluer un projet, ça ne se fait pas en une
semaine. Il y a du travail qui doit être fait. Et puis moi, je ne blâme
absolument pas aucun des collègues avec qui je travaille de ministères ou
d'organismes. Ils sont tous proactifs, ils sont tous à l'écoute, et on est à l'écoute.
Donc, lorsque, dans les milliers de
projets, puis il y en a près de 200 en exécution... s'il y a des projets...
dans certains cas, vous pouvez appeler une pastèque, parce que je vois des
pépins puis je vois que c'est rouge, qu'est-ce que je fais? Je prends le
téléphone. La première chose que je fais, je vais appeler mon collègue, et puis
on va travailler ensemble. Je le fais avec Justice, je le fais avec d'autres...
avec d'autres ministères. Et, M. le Président, on est proactif.
Les écrits sont des éléments importants.
Les audits sont des éléments importants. Est-ce qu'on va faire des audits sur
chacun des projets? Pas du tout. Mais le... est-ce que le MCN a des pouvoirs?
J'aimerais ça avoir plus de pouvoirs. Est-ce qu'ils sont nécessaires? Moi, je vous
dirais qu'aujourd'hui, aujourd'hui, avec le vécu... peut-être que je n'avais
pas le même vécu après le premier mois, mais, aujourd'hui, avec le vécu, avec
le pouvoir de faire des audits, la collaboration que j'ai avec mes collègues...
Parce que c'est vrai, SAAQclic, l'enquête Gallant, tout ça, fait que la plupart
des organismes et des ministères, dans certains cas, ils sont sur les freins.
Moi, je pense que ce n'est pas une bonne solution, d'être sur les freins, parce
qu'il faut transformer, il faut transformer ce gouvernement-là. Mais on est
beaucoup plus à l'écoute, on est beaucoup plus inquiet. Ça fait que ça génère
une collaboration. C'est positif, M. le Président, c'est positif. Je n'ai pas
besoin d'arriver avec un drapeau rouge.
Et puis le MCN est bien reçu. L'expertise
que le MCN a su créer, ce n'est pas uniquement une expertise au niveau de faire
des paies puis de s'assurer qu'il n'y a pas de bris au niveau de la
cybersécurité, c'est aussi une expertise au niveau de la transformation
numérique. On a des jeunes à bord, on appelle ça des ETC équivalents, mais on a
des jeunes à bord... et puis qu'ils ont une belle... une belle expertise. Et
puis on a des projets, on a des projets au niveau de la souveraineté numérique.
Puis j'espère, j'espère que, dans les prochains mois, dans les prochains mois,
on va avoir les moyens de, justement, être capable de travailler beaucoup plus
avec l'expertise québécoise, autant l'expertise à l'interne des différents
ministères, mais aussi à l'externe du gouvernement, parce que c'est important,
c'est important au niveau de l'économie, c'est important de vraiment favoriser
cet écosystème-là...
• (10 h 30) •
Le Président (M. Laframboise) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole au député de La Peltrie, pour cinq
minutes.
M.
Caire
: Oui.
Merci, M. le Président. Vous savez, selon Gartner, quand on met en place une
nouvelle organisation, le délai pour atteindre sa maturité, on calcule entre
trois et cinq ans. Le ministère de la Cybersécurité va compléter sa troisième
année. Donc, selon les normes d'une firme qui est reconnue internationalement,
ce ministère-là n'a pas encore eu le temps d'atteindre son plein potentiel.
Alors, qualifier ça d'échec aujourd'hui, M. le Président, là, ça vient me
chercher, ça vient me chercher.
Quand on pense... ce que j'ai dit, là,
puis je vais répéter, je pense, ça vaut la peine d'être répété, quand on pense
que ce ministère-là a fait du Québec un leader, alors que le Québec était une
nullité absolue en sécurité... en cybersécurité et en sécurité de l'information
en 2018, aujourd'hui, le Québec est un leader au Canada. Le Québec signe des
ententes avec la Belgique, le Québec signe des ententes avec l'Ukraine, avec
l'Estonie, M. le Président. Et on est en... le ministre travaille là-dessus,
là, il y en aura d'autres. On est un leader au Canada. Pour les provinces, nous
sommes une référence. On est un partenaire au niveau du gouvernement fédéral.
C'est un échec, ça, M. le Président? On travaille avec l'OTAN, avec l'OTAN. Ça
s'est passé combien de fois, ça, sous le Parti libéral, le Québec qui travaille
avec l'OTAN? Zéro, zéro. Nous, on fait ça. Ça, c'est un échec.
Le SAG, le <ministre en a parlé...
>
10 h 30 (version révisée)
<485
M.
Caire :
...le SAG, le >ministre en a parlé, 2,9 millions
de comptes, 36 millions de connexions réussies. Combien d'incidents de
sécurité? Combien de vols de données? Combien d'usurpations d'identité? Aucune.
Rien. Zéro. C'est un échec, ça? En nomination pour le meilleur système dans la
catégorie services numériques. Il y a combien de projets du Parti libéral qui
ont été en nomination pour des prix? Zéro. La création du MCN, l'Octas pour le
prix de la gouvernance en 2023. La plateforme de signalements des
vulnérabilités, le prix de l'innovation de l'institut de l'administration
publique, trois nominations, deux prix, M. le Président, puis c'est un échec,
ça? Voyons donc!
En passant, le SAG a été développé
entièrement avec du logiciel libre. Entièrement. Ça, ça veut dire que le
ministère a développé une expertise. Parce que le problème du logiciel libre, c'est
que tu n'as pas le support de l'éditeur du logiciel, donc tu dois développer
ton expertise à l'interne. Puis je rejoins le député de Maurice-Richard, le
ministère a permis de développer cette expertise-là de logiciel et permet
maintenant au gouvernement de développer ses propres logiciels. Puis, comme le
ministre le disait, soit on va vers un éditeur, mais, si ce n'est pas des
projets intéressants, on va vers le logiciel libre. On a cette expertise-là à l'interne
et on peut, maintenant, faire ça. Le ministre l'a effleuré, la plateforme de
développement moderne — imaginez-vous une usine où on fait du
préfabriqué — ça va permettre d'uniformiser les développements des
systèmes au sein du gouvernement du Québec. Ça va nous permettre de donner des
outils à nos développeurs. Ça va nous permettre de leur fournir une expertise
pour le développement de nos propres systèmes. Donc, et ça, c'est le ministère
qui... C'est un échec, ça? Non, ce n'est pas un échec, M. le Président, ce n'est
certainement pas un échec.
Le cadre de gestion des bénéfices, le
gouvernement du Québec... parce que, quand on présente un projet, le dossier d'affaires,
autrefois, il y avait beaucoup de poésie, hein? Ça va faire ci, ça va faire ça.
Puis je pense que le député de Maurice-Richard le soulignait à raison, on nous
vend des... on nous vend des licornes, des arcs-en-ciel. On a travaillé avec l'ENAP,
on a mis en place un cadre de gestion des bénéfices et maintenant ces bénéfices-là
sont calculés sur la base... sur une base rigoureuse, sur la base de calculs
mathématiques. Et il y a un suivi qui se fait par le ministère une fois le
système implanté. Est-ce que les bénéfices sont au rendez-vous, les bénéfices
calculés? Et là on s'assure, de la part du ministère et de l'organisme, que les
bénéfices qui ont été évalués dans le dossier d'affaires sont livrés après. Donc,
beaucoup plus de rigueur dans la gestion des bénéfices, M. le Président, pas
mal moins de poésie qu'à l'époque des libéraux, M. le Président. C'est un
échec, ça? Non, certainement pas.
Et là je vous parle d'un ministère qui,
selon Gartner, n'a pas encore atteint son plein potentiel. M. le Président, le ministère
de la Cybersécurité et du Numérique a fait, fait et fera une énorme différence
dans la transformation numérique du gouvernement du Québec, dans sa capacité à
sécuriser ses systèmes d'information, à protéger la vie privée des Québécois et
à protéger les transactions qui seront faites dans l'espace...
Le Président (M. Laframboise) : Merci,
M. le député de La Peltrie. Nous allons débuter la septième série d'interventions.
Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard, pour deux minutes.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. J'avais dit, au début, que je n'avais pas été rassuré par ce que j'ai
entendu et je dois avouer que ça ne s'est pas amélioré. Concrètement, ce qu'on nous
dit, c'est, d'un côté, j'ai entendu le ministre nous parler de logiciel libre,
je pense que c'est une très bonne initiative, sauf que, dans les faits, elle ne
se concrétise même pas un peu. J'entends dire qu'on a de l'expertise au
ministère, ce qui est vrai, mais il y a énormément de postes ouverts,
énormément de consultants externes qui pallient à ce manque d'expertise et le
nombre de postes ouverts a diminué. Non pas, M. le Président, parce que nous
avons embauché assez de monde, non, non, parce qu'on a coupé des postes alors
qu'on est en train de perdre des centaines de millions, voire des milliards
dans des projets informatiques. Concrètement, ce que j'ai entendu aussi
des partis d'opposition n'est pas rassurant. Moi, j'entends notre représentant
du Parti québécois qui nous dit qu'il faut embaucher quand son chef lui-même se
plaint qu'il n'y a pas eu les 5 000 coupures promises par la CAQ
quand il est arrivé au pouvoir. Et les libéraux, bien, font du libéral, c'est-à-dire
ce que nous a déjà vendu la CAQ en matière de saine gestion. Et j'entends, dans
le «mindset», dans l'état d'esprit des ministres en face, nous parler en
continu de «business case», le fait qu'il va falloir que ça soit rentable.
Évidemment, ce qu'on doit entendre derrière ça, c'est qu'il va falloir qu'il y
ait des coupes associées. Je rappelle ici que ce n'est pas une compagnie
privée, l'État, là. Servir les personnes qui ont des déficiences, qui ont du
mal avec le numérique, ou qui sont éloignées, ou qui n'ont pas accès à
Internet, ce n'est pas rentable, mais c'est un engagement du service public de
servir tous les Québécois, contrairement au privé, qui vont choisir quel
segment ils vont servir. Ça fait que tout ceci nous garantit moins de services
et plus de fiascos pour la suite des choses. Merci, M. le Président.
Conclusions
Le Président (M. Laframboise) :
M. le député de Maurice-Richard. Nous
en sommes maintenant aux interventions de conclusion. M. le ministre et député
d'Orford, vous avez la parole pour 10 minutes.
M. Gilles Bélanger
M. Bélanger : Merci, M. le
Président. Avant de lire ma conclusion, j'aurai un message à... j'aurais un
message à passer. Puis je pense, mes collègues, vous me connaissez. Puis, lors
du projet de loi n° 82, je dois souligner la collaboration... la
collaboration qu'on a eue ensemble, justement, à venir bonifier le projet de
loi.
• (10 h 40) •
Je vois le député de Maurice-Richard.
Je me rappelle, on a quand même discuté longuement au niveau de la biométrie,
puis de l'identité numérique, et puis il y en a résulté, de ça, un engagement,
que je vais tenir, qui était au niveau de consultation publique. C'est dans nos
plans.
Au niveau de ma collègue du Parti libéral,
la même chose, au niveau de la souveraineté, de la souveraineté numérique, on a
réussi à travailler en collaboration.
Ça fait que le message que je voudrais
lancer, c'est que vous avez tous mon numéro de téléphone personnel... quand
vous avez des bonnes idées, parce que vous en avez, des bonnes idées, ce n'est
pas le gouvernement qui a les seules bonnes idées, vous avez aussi les bonnes
idées. Ça fait que je vous encourage, au lieu, dans certains cas — tu
as peur que je me blesse — au lieu, dans certains cas, qu'on passe
par les médias, qu'on... Je ne suis pas un fervent de... des derbys de
démolition, ce n'est pas... ce n'est pas ma force, ce n'est pas ma force, que
ce soit dans la période de questions ou de revenir en arrière. Je peux
peut-être l'apprendre, je peux peut-être devenir bon avec le temps. Ce n'est
pas mon souhait. Moi, mon souhait, M. le Président, c'est d'offrir le meilleur service
aux citoyens du Québec puis c'est de le faire en collaboration avec les
oppositions parce que le gouvernement n'a pas, le seul, l'expertise. Il y a de
l'expertise au niveau des oppositions aussi. Puis j'adore travailler en
collaboration.
Vous savez, le MCN, ministère de la
Cybersécurité et du Numérique, a été créé, pas en 1940, il a été créé en 2022.
C'est le premier ministère de ce genre au Canada. En cybersécurité, je disais
qu'on était les leaders au Canada, mais, au niveau de la... au niveau de ce
ministère-là, on est les leaders. Si on regarde au niveau des fédéraux, il y a
trois ministres, trois ministres qui jouent un peu le rôle de... que ce soit de
la cybersécurité, que ce soit de l'intelligence artificielle, que ce soit au
niveau du numérique. Mais, ici, sous un ministère, on a cette expertise-là.
Le député de Maurice-Richard
avait des inquiétudes au niveau de l'efficacité de l'État parce qu'il y avait
des coupures au niveau des... au niveau des ETC. Je tiens à les rassurer qu'au
niveau des coupures il n'y a pas de coupure qui se fait au niveau de la
transformation numérique. Je le disais plus tôt, là, on avait 80 % qu'il y
avait des différents services, ça fait qu'on a... on a pu mettre la priorité à
certains... certains postes et puis de s'assurer qu'il n'y a pas d'impact au
niveau de la transformation numérique.
Ça fait qu'évidemment on a des objectifs
de protéger les données. On en a parlé, on en a parlé au niveau du projet de
loi n° 82, on veut améliorer la performance de l'administration publique
grâce au numérique. Je le disais tantôt, c'est un budget de 160 milliards.
La santé, à elle seule, c'est presque la moitié de ce budget-là. En tout cas,
c'est 60 quelques milliards.
Est-ce que les budgets pour faire la
transformation numérique sont suffisants? Je ne le sais pas. Je n'ai pas
nécessairement la réponse. Ce que je peux vous assurer, par contre, c'est que,
dorénavant, au niveau des dossiers d'affaires, on va vouloir s'assurer que ces
projets-là ont reçu un signal du DPI, un signal positif du DPI d'aller de
l'avant. Et on va s'assurer aussi, au niveau de ces projets-là, qu'ils tiennent
compte d'une nouvelle donne, qui est la souveraineté numérique, parce qu'au
niveau géopolitique ça a changé. Du côté américain, c'est un petit peu moins
sympathique que ce ne l'était avant, mais vous devez considérer qu'on a été, au
cours des dernières décennies, vulnérable face à toute cette technologie-là des
GAFAM. Tous les outils que nous utilisons... Aujourd'hui, on a parlé beaucoup
de données sensibles. Hein, on fait des éclats au niveau de données sensibles
qui vont être hébergées chez les Américains. Mais je peux vous confirmer qu'à
peu près la plupart de tous les élus de l'Assemblée nationale envoient de leurs
données sensibles à tous les jours en utilisant des applications qui hébergent
leurs données sensibles ailleurs. Dans certains cas, leurs données sensibles
sont utilisées. Sont utilisées par quoi? Il y a une nouvelle donne aujourd'hui.
Hein, ça évolue quand même assez vite au niveau du numérique. Je vous dirais
que l'intelligence artificielle, l'intelligence artificielle, sa nourriture, ce
qui nourrit cette bête, c'est les données. Et, si c'est des données sensibles,
tant mieux, parce qu'à ce moment-là l'outil que l'intelligence artificielle va
générer va être encore plus pertinent, parce que c'est des données sensibles.
Et ces données, par la suite, sont revendues à d'autres organisations.
Le MCN joue un rôle crucial dans la
transformation numérique des ministères et organismes publics. Bien que nous ne
soyons pas responsables de la réalisation des projets, on est conseillers. Mais
moi, j'ai été conseiller toute ma vie, M. le Président, 35 ans. J'ai été
conseiller et puis je ne me rappelle pas d'un échec. Ce n'est pas pour me
vanter, j'avais une bonne équipe, je n'étais pas tout seul, je ne me rappelle
pas d'un échec. Est-ce que je me rappelle de clients qui ne voulaient pas mes
conseils? Oui, j'en ai eu. Je n'ai pas fait affaire avec eux. Est-ce qu'au
niveau gouvernemental, la dynamique est différente? Peut être, mais on
m'attribue que je suis... que je suis un aimable. Ça fait que j'espère que je
vais le rester, aimable, mais j'essaie toujours d'aborder mes collègues de
façon à avoir une écoute et une collaboration. Et puis ce que je vous dirais
aujourd'hui, dans les huit mois que je suis à ce poste-là, en plus d'avoir
hérité d'un legs qui est important... c'est un legs significatif. Je vous le
dis, vous ne me croirez peut-être pas, mais je l'ai dit à mon prédécesseur, je
l'appelais le soir, j'ai dit : Moi, je n'imaginais pas que le MCN, c'était
ça. Ça fait ça, ça fait les paies, ça fait ci, les CTI, les réseaux de
télécoms. Je ne le savais même pas. Peut-être qu'on a un déficit au niveau de
communication, mais je suis encore vraiment heureux d'avoir hérité de ce
ministère-là.
Est-ce qu'il reste du travail à faire?
Oui, il reste du travail à faire. Mais, aujourd'hui, en huit mois, moi, je me
sens très confortable. Je me sens très confortable qu'on va être capable de
continuer à réaliser des projets. Tantôt, je vous donnais le 15 % de moins
que les budgets. En moyenne, c'est 15 % de moins. Est-ce qu'il peut y
avoir des projets qui vont être... qui vont dépasser les budgets? Oui. Oui. Je
ne dirais pas, là, je ne confirmerais pas aujourd'hui qu'il n'y en aura pas, ça
se peut qu'il y en ait. Ça se peut que, dans certains cas, le dossier
d'affaires a été mal préparé. Puis ce n'est pas... ce n'est pas négatif, ce que
je dis là. Un dossier d'affaires, ça peut être complexe, de préparer le cahier
de charges pour un ministère ou un organisme... Parfois, vous parlez
d'expertise au niveau du ministère de la Cybersécurité et du Numérique, mais on
a plusieurs organismes. On a voulu, aussi, au gouvernement, d'avoir des
organismes publics qui sont indépendants du politique. C'est une donne avec
laquelle on doit travailler. Mais moi, je suis confiant qu'on est capable de
travailler avec cette donne-là, de, justement, travailler en collaboration.
Puis ce que je demande au niveau des oppositions, c'est beaucoup plus une
atmosphère de collaboration versus un affrontement. Parce que, lorsqu'on
s'affronte, on ne réussit pas à réaliser de bonnes choses.
Ça fait qu'avec le projet de loi n° 82, j'en ai eu la conviction, il y a eu une excellente
collaboration. On était arrivé avec un résultat final qui était positif. Puis
je salue ma collègue d'en face, qui a été vraiment pas mal impliquée au niveau
de... au niveau de ce projet de loi là, que je ne vais pas... je ne veux pas
trop m'étendre, mais je reviens au MCN. Le MCN est un jeune ministère, on a un
millier de projets. Chacun des projets, on les prend sérieusement. C'est
1 milliard, 1 milliard de budget annuel au niveau du PQRI. Ça fait
que moi, ce que je vous... ce que je m'engage, je m'engage à continuer à être
achalant de façon positive. Oui, ça se peut que, dans certains cas, ce soit des
écrits, ça se peut que, dans certains cas, ce soit un coup de téléphone, mais
je vais m'engager à ce que les projets se réalisent et que les citoyens du
Québec puissent bénéficier d'une transformation numérique qui va leur donner un
meilleur service. Parce qu'en bout de ligne c'est ce qu'on cherche, avoir un
meilleur service pour les citoyens du Québec, M. le Président.
• (10 h 50) •
Le Président (M. Laframboise) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole à la députée de Mont-Royal—Outremont,
qui a fait la demande de l'interpellation d'aujourd'hui, pour une période de
10 minutes.
Mme Michelle Setlakwe
Mme Setlakwe : Merci, M. le
Président. Bon, beaucoup de choses sur lesquelles je me sens forcée de revenir.
Premièrement, la collaboration. Mais, bien sûr, qu'on est en mode collaboration
et pas en mode confrontation, mais, vis-à-vis la situation, vis-à-vis les
gaspillages, vis-à-vis de toute la revue de presse, le fiasco SAAQclic, la
commission Gallant et etc., etc., vous comprendrez, M. le Président, que c'est
de notre devoir, comme députés de l'opposition, comme parlementaires, de porter
la voix des citoyens, porter cette inquiétude en posant des questions, les
questions auxquelles les Québécois veulent des réponses. Ça ne veut pas dire
qu'on ne peut pas travailler en collaboration en parallèle, on peut faire
plusieurs choses en même... en même temps.
Pour revenir sur la collaboration puis le
projet de loi n° 82, oui, je pense qu'on a eu des discussions
constructives qui ont mené à des amendements, mais j'aimerais souligner que la
dynamique, l'ambiance, là, la... cet esprit de collaboration a certainement
changé avec l'arrivée du nouveau ministre, parce qu'avec son prédécesseur
c'était beaucoup plus difficile d'avoir des réponses à mes questions, on n'a
qu'à penser à mes questions spécifiques, là, à savoir quelle proportion de nos
données sont hébergées auprès de sociétés étrangères, notamment des sociétés ou
en particulier des sociétés américaines, que ça a été difficile d'avoir des réponses.
Je n'avais vraiment pas l'impression qu'on prenait au sérieux mes questions qui
portaient sur la souveraineté numérique, sur notre dépendance à des sociétés
américaines, sur l'importance de mettre les moyens en place, justement, pour
favoriser l'expertise locale, pour bonifier, pour travailler sur cette
souveraineté numérique. Ça a tout pris pour avoir des réponses spécifiques
avant l'arrivée du nouveau ministre sur cette nouvelle classification de nos
données. Alors, désolée, là, si parfois on peut sembler être dans la
confrontation, bien, on le fait parce que les citoyens méritent des réponses.
Bon. Alors, voilà qu'on a clarifié les choses au niveau de la collaboration
suite à ce rebrassage des cartes. Puis ce n'est pas moi qui le dis, c'est le député
de La Peltrie qui est venu dire, ce matin : C'est encore la même équipe,
on a juste brassé les cartes. On travaille encore ensemble. Dans le passé,
c'était le ministre qui était l'adjoint puis là c'est l'ancien ministre qui est
l'adjoint du nouveau ministre, mais on a rebrassé les cartes, puis c'est encore
le même monde.
Moi, ce que je retiens de l'interpellation
de ce matin, c'est que le gouvernement ou le ministre n'est pas gêné du tout de
sa gestion des projets, qu'il est à l'aise avec la collaboration qu'il a avec
le ministre de la Santé, son collègue, qui a trois priorités : contrôler
le code, bonifier la compétence interne, la crédibilité. Si je devais donner un
score sur trois, là, sur ces trois critères-là, code, compétence, crédibilité,
je donnerais zéro sur trois, M. le Président.
Il semble à l'aise aussi, le ministre,
avec le fait que le premier ministre refuse de lui donner des pouvoirs
additionnels. Parce qu'on se rappelle, il les a demandés, ces pouvoirs
additionnels. Pour revenir au début, là, sa première citation, en ondes, à
98,5 : Est-ce que j'ai les pouvoirs aujourd'hui, là, pour arrêter un
projet pour lequel j'ai des inquiétudes? Non, je n'ai pas ces pouvoirs-là
aujourd'hui.
On a aussi entendu qu'il y a eu tellement
de bons coups au sein du MCN, donc ils méritent des bravos, des éloges pour le
projet Octas. Mais qu'est-ce que ça fait, cette distinction ou ce prix qu'ils
ont reçu, l'Octas? Qu'est-ce que ça fait pour stopper les gaspillages, pour
faire en sorte que les projets de transformation numérique soient livrés à
l'intérieur des budgets et à l'intérieur des délais? Je me le demande.
Moi, ce que je retiens, c'est que le
ministre a des inquiétudes au niveau du CCQ, là, la transformation numérique au
niveau de la construction. Qu'est-ce qu'il en est au niveau de la CNESST?
Lexius en justice. En santé, le dossier santé numérique, fondamental, qui est
arrêté aujourd'hui. Ça semble être, encore une fois, un dossier qui ne sera pas
livré dans les délais et avec... dans les budgets prévus... en fait, les
budgets prévus au point de départ, on ne le sait plus. Si on regarde le tableau
de bord aujourd'hui, tout est au vert dans le dossier du... dans le Dossier
santé numérique. SIFA, on attend toujours des réponses par rapport à ce contrat-là.
Et ma collègue la députée de Westmount—Saint-Louis, qui a posé des questions
extrêmement pertinentes aujourd'hui sur le dossier des places en garderie, on a
bien hâte de suivre les développements dans les prochaines semaines, M. le
Président.
Ce que je retiens surtout de ce que j'ai
entendu ce matin, c'est : quand le ministre dit : Les écrits restent,
pas besoin d'être avocate pour savoir ce que ça veut dire, ça, M. le Président,
les écrits restent. Alors, tous ces avertissements, ils ont été verbaux, il y
en a plusieurs qui ont été donnés par écrit, démontrent qu'il y a des
inquiétudes, démontrent qu'on les a couchées sur papier, qu'on les a envoyées à
nos collègues, ils ont envoyé ça à leurs collègues à la Santé. Mais qu'est-ce
que ça a donné? On se demande toujours qu'est-ce qui va arriver avec ces
projets-là. Et, surtout, ça en dit beaucoup sur la ligne d'imputabilité, parce
que c'est ça qu'il faut retenir ce matin. On a beau entendre, de la part du
ministre actuel et de son prédécesseur, qu'ils ont fait leurs devoirs, qu'ils
ont... ils ont levé les drapeaux, ils ont signalé, ils sont impliqués, ils sont
proactifs, ils sont fiers, ils ne sont pas gênés, etc., mais, dans une... dans
une entreprise privée, là, l'imputabilité, c'est pas mal plus clair. Quand les
résultats ne sont pas au rendez-vous, il y a des conséquences. Avec le
gouvernement, bien, c'est le flou total. On a un ministère qui est censé jouer
son rôle, je comprends qu'il est jeune, on fait nos devoirs, mais ça continue,
les gaspillages, les dérives. Qui est imputable, c'est ça que les Québécois
doivent se rappeler.
Faisons le parallèle, là. On est peut-être
au gouvernement, là, mais, dans une entreprise privée, jamais on n'aurait... on
ne ferait face à un tel cirque, des ministres qui ne savaient pas, qui
n'avaient pas entendu, qui n'avaient pas vu, qui ne savaient pas. J'aurais
peut-être dû poser plus de questions. Moi, j'ai joué mon rôle, j'ai envoyé une
lettre. Quelle confusion! Et qui en paie le prix? Les Québécois, parce que non
seulement ils n'ont pas de résultat, mais l'argent durement gagné est gaspillé.
Puis j'ajouterais aussi : bien, on coupe dans d'autres services
essentiels. Et qu'est-ce qu'on ajoute en plus de ça? Parce qu'il faut... il
faut qu'on regarde tout ça dans son ensemble. On est en train de partir en
guerre avec les médecins, leur demandant d'être plus performants, puis eux
autres, ils n'ont même pas les moyens de rencontrer les objectifs qu'on leur
fixe, leurs... ces cibles de performance. Le gouvernement a un rôle à jouer. On
en demande plus aux médecins, mais est-ce que le gouvernement regarde... se
regarde dans le miroir et se demande : Est-ce que, moi, de mon côté, je
remplis mes obligations, mon rôle, mon devoir? Tu sais, dans un contrat, là,
c'est bilatéral, là, si tu demandes quelque chose à l'autre partie mais que tu
es responsable de fournir des moyens pour qu'ils puissent performer, rencontrer
ses objectifs et mieux servir les Québécois, bien, il faut que tu remplisses
ton rôle, il faut que tu puisses livrer des résultats. Et ce n'est pas le cas
avec le gouvernement actuellement, M. le Président.
Je vais profiter des derniers instants qui
me restent pour ramener ce sur quoi il faut travailler, évidemment l'expertise,
mais, de façon beaucoup plus large, qu'est-ce qu'a fait ce gouvernement dans
les sept dernières années pour bonifier cet écosystème au niveau des ressources
en TI, en technologies de l'information? C'est bien beau de dire : Ah! on
va rapatrier plus à l'interne, mais qu'est-ce qu'ils font? Qu'est-ce qu'ils ont
fait concrètement depuis sept ans pour s'assurer qu'on en amène plus au
gouvernement? Donc, est-ce qu'il travaille en collaboration avec son collègue
au Trésor pour faire les mises à jour qui s'imposent au niveau des postes, des
salaires, des conditions de travail? Mais, plus généralement, l'écosystème des
technologies de l'information au Québec, je serais curieuse qu'on regarde les
chiffres ensemble depuis les dernières décennies. Est-ce que ce chiffre-là est
à la hausse ou à la baisse, M. le Président? C'est des questions fondamentales
qu'il faut se poser. L'imputabilité, j'en ai parlé. La ligne
d'imputabilité, elle n'est pas claire, mais une chose qui est claire, c'est que
c'est le gouvernement de la CAQ qui est imputable. Ce n'est pas important de
savoir qui a fait quoi. À la fin de la journée, ils sont un conseil des
ministres, un exécutif, ils ont le dernier mot. Alors, soit c'est des mauvais
négociateurs ou des mauvais gestionnaires de projet, mais ils sont,
collectivement, responsables de leur échec collectif.
• (11 heures) •
Et, évidemment, la transparence. Quand on
a des fiascos passés, quand on a des dossiers en cours qui ne vont pas bien,
quand les... quand il y a une enquête de l'AMP, quand les députés de
l'opposition s'époumonent à demander des commissions parlementaires pour
entendre les acteurs qui prennent des décisions, en l'occurrence, Santé Québec,
quand on nous dit : Allez voir le tableau de bord, mais que c'est le
brouillard dans le tableau de bord, bien, permettez-moi, M. le Président, de
douter de la transparence de ce gouvernement-là.
Le Président (M. Laframboise) : Merci,
Mme la députée de Mont-Royal—Outremont. Merci à tous les
collègues qui ont participé à cette interpellation.
Compte tenu de l'heure, je lève la séance
et, la commission ayant accompli son mandat, ajourne ses travaux sine die.
(Fin de la séance à 11 h 01)