(Dix
heures une minute)
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Bonjour,
tout le monde. Mmes et MM. les députés, avant d'entreprendre nos
travaux, nous allons nous recueillir quelques instants.
Merci. Veuillez
prendre place.
M. le leader adjoint
du gouvernement.
Affaires du jour
Motion proposant de procéder à
l'étude des crédits
provisoires 2026-2027 en commission plénière
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui, bonjour, Mme la Présidente. Bien heureux de vous
retrouver après deux belles semaines de travail en circonscription. Je vous
salue. Je salue les collègues également.
Et, sans plus tarder,
je fais motion afin :
«Que l'Assemblée
procède à l'étude et à l'adoption des crédits provisoires 2026‑2027,
conformément aux dispositions de l'article 87, alinéa 1,
paragraphe 4.1° ainsi que des articles 280 et 281 de notre Règlement
et ce, selon les modalités subséquentes :
«Que,
dès l'appel des affaires du jour de la séance du jeudi 19 mars 2026,
l'Assemblée se constitue en commission plénière et procède à l'étude des
crédits provisoires de la manière suivante;
«Que,
pour une durée maximale de 1 heure, la ministre de la Santé puisse
échanger avec les députés de l'opposition;
«Que dès après, et
pour une durée maximale de 1 heure, la ministre responsable de
l'Habitation puisse échanger avec les députés de l'opposition;
«Qu'à
13 heures, la commission plénière suspende ses travaux et que les travaux
de l'Assemblée soient ainsi suspendus jusqu'à 14 heures;
«Que
dès 14 heures, la commission plénière poursuive ses travaux et puisse
compléter, si nécessaire, les échanges entre les députés de l'opposition
et la ministre responsable de l'Habitation;
«Que
dès après, pour une durée maximale de 1 heure, la ministre de l'Éducation
puisse échanger avec les députés de l'opposition;
«Que,
dès après, pour une durée maximale de 1 heure, le ministre de l'Économie,
de l'Innovation et de l'Énergie puisse échanger avec les députés de
l'opposition;
«Que
dès après, pour une durée maximale de 1 heure, le ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration puisse échanger
avec les députés de l'opposition;
«Qu'immédiatement
au terme de cet échange, le président de la commission plénière mette aux voix
le quart des crédits pour l'année financière 2026‑2027;
«Qu'ensuite, le
président de la commission plénière fasse rapport à l'Assemblée et que celle-ci
se prononce sans débat sur ledit rapport puis sur le projet de loi de crédits
qui y fait suite, le tout conformément au premier alinéa de l'article de 281 du
Règlement;
«Qu'enfin, et ce
suivant le deuxième alinéa de l'article 281 du Règlement, il soit permis
au leader du gouvernement de présenter une
motion sans préavis et non débattue afin que l'étude de l'ensemble des crédits
budgétaires, sauf ceux de l'Assemblée, soit renvoyée en commissions
permanentes;
«Que les remarques
préliminaires pour chacun des échanges soient fixées à un maximum de 6 minutes
pour le groupe parlementaire formant le
gouvernement, 3 minutes pour [...] l'opposition officielle, 1 minute 50 secondes
pour le deuxième groupe d'opposition et 1 minute 10 secondes
pour le troisième groupe d'opposition;
«Que pour chacun des
échanges avec les ministres susmentionnés, une période de 45 secondes par
heure d'échange soit réservée pour chacun des députés indépendants;
«Que le temps non
utilisé, le cas échéant, par les députés indépendants soit redistribué
proportionnellement entre le groupe
parlementaire formant l'opposition officielle, le deuxième groupe d'opposition
ainsi que le troisième groupe d'opposition;
«Qu'à tout moment, le
président de l'Assemblée ou de la commission plénière puisse suspendre les
travaux;
«Que, malgré les
dispositions de l'article 20 du Règlement, la commission plénière et
l'Assemblée puissent poursuivre leurs travaux jusqu'à ce que cette dernière se
soit prononcée sur le projet de loi de crédits et sur la motion de renvoi de
l'ensemble des crédits budgétaires, sauf ceux de l'Assemblée, en commissions
permanentes;
«Que
cette motion devienne un ordre de l'Assemblée et qu'elle ait préséance sur
toutes dispositions incompatibles du Règlement.»
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci, M. le leader adjoint.
M. le
leader adjoint a déposé une motion. Je devais vous faire consentir à la motion
avant la lecture. Maintenant, la lecture est faite, personne ne s'est
objecté. Est-ce qu'il y avait consentement? J'aimerais l'entendre.
Des voix :
...
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Il
y avait consentement.
Mise aux voix
Maintenant, est-ce que cette motion est adoptée?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Adopté. M. le leader adjoint, pour la suite de nos travaux.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Je vous demande de bien vouloir appeler l'article 1 du
feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 1
Reprise du débat sur l'adoption du principe
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : À
l'article 1 du feuilleton, l'Assemblée reprend le débat, ajourné le 26 février
2026, sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
M. le député
de Laurier-Dorion, vous aviez débuté votre énoncé. Je vais vous
demander. Vous voulez poursuivre? Oui? Merci. Allez-y.
M. Andrés Fontecilla (suite)
M. Fontecilla : Merci, Mme la
Présidente. Donc, nous sommes sur l'étape de l'adoption du principe du projet
de loi n° 1 sur la Constitution du Québec. Je m'étais longuement exprimé
sur la question fondamentale des droits des Premières
Nations et des Inuits et je disais que le Québec, via une motion, a décidé
d'appuyer la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones, qui dit... qui spécifie, à l'article 19 de cette
déclaration-là, qu'on doit chercher le consentement des Premiers Peuples
lorsque des lois sont adoptées.
Or, le projet de loi n° 1 ne procède pas à
cette véritable consultation et spécifie plus généralement que le Québec ne
serait pas lié par les engagements internationaux du Canada, incluant la
Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Donc,
cette constitution, ce projet de constitution risque d'exclure, risque
d'effacer l'existence et remet en question la reconnaissance des droits et
titres des Premiers Peuples, avec qui la nation québécoise partage son
territoire.
De façon plus spécifique, Mme la Présidente, le
gouvernement propose qu'une loi ordinaire, c'est-à-dire le projet de loi n° 1, adopté à la
majorité simple, devienne la loi des lois du Québec. Aucune assemblée
constituante, aucun mécanisme transpartisan, ce n'est seulement la
majorité gouvernementale qui agit sur ce plan, aucun référendum. C'est une
méthode d'adoption, selon nous, qui n'est pas digne de la portée du texte. Le Barreau
du Québec et le Protecteur du citoyen l'ont rappelé, on ne peut pas modifier
l'équilibre des droits et des pouvoirs sans garantie procédurale forte. Adopter
une constitution sans le peuple, c'est comme changer les règles d'un jeu pendant
la partie en demandant ensuite aux joueuses et joueurs d'applaudir.
Mme la Présidente, notre formation politique, Québec
solidaire, ne se contente pas de critiquer, mais nous aussi, nous... et cela se
trouve au fondement même de la fondation de notre formation politique, nous
proposons une voie claire, cohérente et démocratique sur le terrain d'une
constitution du Québec. Nous proposons, par exemple, une assemblée constituante
qui repose sur des principes simples : une assemblée élue représentative
de la diversité de la société québécoise, une assemblée alliant la...
atteignant la parité femmes et hommes et une représentation des régions, des
jeunes, des minorités, une participation citoyenne active à chaque étape de
l'étude et de l'adoption de cette loi, un travail indépendant du gouvernement,
ce qui est loin d'être le cas ici, et un référendum final pour ratifier le
texte. Autrement dit, une constitution par et pour le peuple.
Ce n'est pas
une idée radicale que nous avançons, là, Mme la Présidente. C'est la norme
démocratique dans toute société qui prend ses institutions au sérieux. Comme le
dit clairement dans la... notre proposition, notre... une constitution ne doit pas
être écrite comme un programme de parti, elle doit être l'oeuvre collective
d'un peuple souverain.
Au-delà du
processus, le contenu même du projet de loi est profondément préoccupant. De
nombreux mémoires de la Commission des droits de la personne, de
l'Association canadienne des libertés civiles, du Barreau dénoncent un
affaiblissement de la Charte des droits et libertés de la personne avec le
projet de loi que nous étudions en ce moment. L'intégration partielle de la
charte dans la Constitution crée une hiérarchie dangereuse entre les droits.
Elle ouvre la porte à ce que des valeurs
dites nationales, entre guillemets, définies par la politique, priment sur les
droits fondamentaux. La Commission des droits de la personne, par
exemple, a été très claire, ce projet comporte un risque réel de recul dans la
protection des groupes vulnérables. Québec solidaire partage cette inquiétude.
L'article 5 du projet de loi est, à nos
yeux, l'un des plus graves. Il limite le droit de... d'ester en justice pour
les organismes financés par l'État lorsqu'une loi est déclarée protectrice de
la nation, et cela est déclaré simplement par
une majorité ici, à l'Assemblée nationale. Les organismes communautaires, les
cliniques juridiques, les groupes de défense des droits l'ont dit unanimement,
c'est une attaque frontale contre les contre-pouvoirs démocratiques. Le Jeune Barreau
du Québec l'a exprimé sans détour, restreindre l'accès aux tribunaux pour
certains acteurs, c'est vider l'accès à la
justice de son sens réel. Nous appuyons pleinement notre... ces opinions. Une
démocratie qui craint la contestation est une démocratie fragile.
Enfin,
le projet de loi n° 1 est un... échoue à inscrire une vision d'avenir.
L'environnement, la santé durable, la justice intergénérationnelle sont
traités comme des considérations secondaires. L'association pour la santé du
Québec, par exemple, l'a rappelé, la protection de l'environnement est un
déterminant majeur de la santé collective. Et pourtant, à l'article 46.1
de la charte québécoise, le droit de vivre dans un environnement sain et
respectueux de la biodiversité n'est pas constitutionnalisé. Le ministre de la
Justice a fait le choix de ne pas l'enchâsser dans la Constitution. Il juge que
ce droit humain, jugé fondamental par des générations de Québécois et des
Québécoises, ne méritait pas de trouver une place dans sa constitution. C'est
un choix politique. Selon nous, c'est un choix irresponsable.
Mme la Présidente, Québec solidaire croit à une
constitution, mais à n'importe... à n'importe laquelle constitution. Nous
croyons à une constitution légitime, populaire, inclusive, protectrice des
droits, respectueuse de la société civile et tournée vers l'avenir. Pourtant,
le projet de loi n° 1 n'est pas cette constitution. C'est pourquoi nous nous y opposons et pourquoi nous continuerons de
défendre un véritable processus constituant à la hauteur des aspirations
démocratiques du peuple québécois dans n'importe quelle démarche d'adoption
d'une loi fondamentale.
• (10 h 10) •
Donc, Mme la Présidente, nous faisons face à un
projet de loi qui constitue une première dans l'histoire du Québec et qui remet
non seulement les... en question les principes fondamentaux des garanties
constitutionnelles fondamentales qui existent actuellement, mais aussi qui est
adopté par un processus, selon nous, illégitime, qui ne doit pas se cantonner
seulement à l'Assemblée nationale mais doit dépasser largement les murs de
cette enceinte, parce que la Constitution du Québec n'appartient pas aux
députés, elle appartient à l'ensemble du peuple du Québec, y compris aux Premières
Nations et aux Inuits. Le processus d'adoption de cette constitution-là, je le
répète, je le réitère, il est illégitime
puisqu'il se cantonne à l'adoption par une simple majorité gouvernementale, ce
qui n'est pas possible, ce qui n'est pas acceptable pour l'adoption
d'une loi aussi importante qu'une constitution.
Le gouvernement aurait dû agir autrement,
plus... complètement d'une autre façon. Il aurait dû commencer par consulter
l'ensemble des composantes de la société québécoise pour aller de l'avant vers
un texte qui réunit un ensemble d'opinions cohérentes dans un projet de
constitution. Or, ce projet, ce projet de loi là, Mme la Présidente, a été rédigé entre quatre murs et derrière des
portes fermées par des soi-disant experts que nous n'avons jamais entendus ici,
que nous... la société québécoise n'a jamais entendu défendre ce projet-là.
C'est le projet de loi d'un seul homme qui a été adopté... qui va être
adopté, probablement, à cause de notre façon de fonctionner, par une majorité
simple, ce qui est hautement questionnable pour l'avenir de la société québécoise.
Donc, nous
allons appeler à voter contre le principe et nous allons nous opposer par tous
les moyens qui sont à notre disposition pour faire en sorte que ce
projet de loi ne soit pas adopté. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci, M. le député. Je cède
maintenant la parole au chef parlementaire du groupe de l'opposition
officielle. La parole est à vous.
M. André Fortin
M. Fortin : Merci. Merci, Mme la Présidente. Je commence en vous souhaitant une joyeuse
Saint-Patrick. Je ne sais pas si vous avez du sang irlandais, mais je
pense qu'on en a tous un peu aujourd'hui. Alors, joyeuse Saint-Patrick, Mme la
Présidente.
Le projet de loi n° 1, la Loi
constitutionnelle de 2025, Mme la Présidente, un moment comme celui-là, ça
devrait être un beau moment dans notre vie parlementaire. Ça devrait être un
beau moment dans notre vie comme Québécois et Québécoises. Adopter une
constitution, ça devrait être un moment qui est rassembleur. Ça devrait être un
moment qui est unificateur. Un peuple qui devrait être ensemble, uni dans la
démarche malgré ses différences, mais qui émet des grands principes qui
énoncent ce qu'on appelle, à juste titre, la loi de ses lois, c'est le moment
dans lequel on devrait se trouver pour adopter une constitution québécoise,
parce que c'est un processus, Mme la Présidente, qui est plus que légitime.
C'est un processus que d'autres juridictions ont choisi d'adopter dans
différentes circonstances, avec leurs
valeurs à eux, qui ne sont pas les nôtres. Mme la Présidente, je pense à la
Colombie-Britannique, mais je pense aux Américains également, qui sont
fiers de leur constitution, qui sont fiers de leur document fondateur.
Et le Parti libéral du Québec est d'accord avec
l'idée d'une constitution, Mme la Présidente, et ça, ça ne date pas d'hier,
mais c'est encore vrai aujourd'hui. D'ailleurs, non seulement le leadership du
Parti libéral du Québec est d'accord avec ça, les militants du Parti libéral du
Québec sont d'accord avec ça, et ça, ça a été énoncé à nouveau lors d'une consultation qui a été... d'une large
consultation qui a été menée par ma collègue la députée de Bourassa-Sauvé, il y
a quelques années à peine.
Alors, je vous le dis, on devrait, aujourd'hui,
lors du débat sur le principe de la loi constitutionnelle... on devrait
savourer ce moment, comme nation, d'avoir devant nous un document qui
permettrait aux Québécois d'affirmer qui ils
sont, d'affirmer leurs valeurs, d'affirmer les valeurs qui guident notre
vivre-ensemble, qui guident l'ensemble de nos lois au Québec également,
mais ce n'est pas ce qui est en train de se passer, Mme la Présidente. Le
gouvernement de la CAQ a choisi d'en faire un exercice qui est partisan, avec
un seul ultime objectif, c'est-à-dire nous faire oublier ses échecs en
redonnant une bonne vieille couche de nationalisme à leur programme politique,
mais le nationalisme de la CAQ, ces jours-ci, Mme la Présidente, il est loin
d'être édifiant.
Si on veut parler de nationalisme, par exemple,
le nationalisme culturel, peut-être qu'on peut commencer par s'assurer de
partager notre culture québécoise à nos enfants le plus possible. Le
gouvernement de la CAQ est en train de faire le contraire, Mme la Présidente,
en s'assurant que les enfants n'ont pas accès à des sorties culturelles. Si le
gouvernement de la CAQ veut parler de nationalisme, il peut nous parler d'un
nationalisme économique, mais le gouvernement de la CAQ
est en train de faire le contraire, Mme la Présidente. Au lieu d'encourager
notre agriculture locale, il sert de la nourriture venue de l'étranger, venue
de la Chine, de l'Asie ou d'ailleurs, dans nos établissements publics, et ça, c'est sans compter, Mme la
Présidente, son appui aveugle aux grandes multinationales étrangères en
laissant de côté les petites et moyennes entreprises québécoises. Et ça, ce
n'est même pas moi qui le dis, Mme la Présidente. Ce sont les candidats à la chefferie de leur propre
formation politique qui ont affirmé que les pires erreurs de leur gouvernement
étaient en ce sens-là.
Le gouvernement de la
CAQ, pour déposer une loi aussi importante que la loi constitutionnelle, a
choisi à peu près le pire moment possible pour rallier les Québécois. Alors,
vous le savez, je le sais, et à peu près tout le monde dans cette Assemblée et
au Québec le sait, c'est un gouvernement qui est en fin de mandat. C'est un
gouvernement qui est vastement impopulaire, et ça, c'est vrai chez les
Québécois de toutes les générations, c'est vrai chez les Québécois de toutes
les régions, c'est vrai pour l'ensemble des catégories de Québécois. Alors là,
devant nous, là, on a un gouvernement qui a un taux d'approbation famélique et
qui se dit : Bon, bien, on va écrire un document sur l'avenir du Québec.
On va le faire, on va écrire un document comme ça, un document si important que
ça, en sachant que la population n'est pas derrière nous et en sachant... et en
le faisant, Mme la Présidente, on ne consultera personne, on ne va parler à personne. On va arriver avec un
document écrit, le député de Laurier-Dorion vient de le dire, entre quatre murs, par
des gens anonymes qu'on ne peut pas questionner, plutôt que de faire une
démarche rassembleuse, plutôt que de le faire à un moment propice, plutôt que
de le faire en consultant les différentes parties de la société québécoise.
Je ne sais pas dans
quel état d'esprit les gens de la CAQ se trouvaient quand ils se sont dit, en
faisant ça en vase clos, en écrivant la loi
des lois tout seuls dans notre coin, en sachant que les Québécois ne sont pas
derrière nous en ce moment : Bien, ça, ça va susciter l'adhésion du
public. Tu sais, quand on dit, Mme la Présidente, que le gouvernement vit dans
un monde parallèle en ce moment, bien, c'est ça qu'on veut dire.
Non seulement ça, Mme
la Présidente, moi, je me souviens de la campagne de 2022. La campagne de 2022,
le gouvernement caquiste avait un slogan, Continuons. On comprend
aujourd'hui, là, que ça veut dire :Continuons la dilapidation des
fonds publics, continuons à donner des services publics faméliques aux
Québécois. Mais, Mme la Présidente, le gouvernement de la CAQ n'a aucun mandat,
ils n'ont jamais demandé aux Québécois s'ils acceptaient, à ce moment-ci, de
proposer une constitution, d'adopter une constitution. En fait, ils ont choisi
le moment où le gouvernement était au sommet de son impopularité pour lancer
des travaux sur une constitution, qui demande, qui exige d'abord et avant tout
un consensus.
• (10 h 20) •
Pour nous puis pour
bien du monde, ce que le gouvernement est en train de faire aujourd'hui, c'est
un exercice qui ne visait qu'à les relancer politiquement, parce que le seul
consensus qu'on retrouve en ce moment, c'est que personne n'aime le projet de constitution
présenté par le ministre de la Justice. Le ministre lui-même a vicié le
processus, et je ne le dis pas de gaieté de coeur, Mme la Présidente, mais le
ministre de la Justice a vicié le processus lui-même dès le début des travaux
sur le projet de loi constitutionnelle.
Des voix :
...
M. Fortin :
Je vous écoute, cher collègue.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : M. le leader adjoint, pour... Allez-y.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui, merci, Mme la Présidente. Je pense que le député de
Pontiac m'attendait avec impatience.
Donc, je crois qu'on
prête des intentions, ici, au ministre. Donc, j'inviterais le collègue à être
prudent.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci, M. le leader. M. le chef de l'opposition
officielle, je vous invite à la prudence, s'il vous plaît. Veuillez continuer.
Et allez-y. Moi, je n'ai vu que des critiques. Il y a eu quelques lancées vers
des propos qui étaient peut-être à prendre avec prudence, s'il vous plaît.
Merci.
M. Fortin : Continuons dans la critique, Mme la Présidente. Alors, le
gouvernement a un allié là-dedans, hein, le rapport Rousseau-Proulx, mais le
gouvernement a choisi de faire le contraire de ce que son seul allié lui
proposait de faire, parce que le rapport
Rousseau-Proulx, là, demandé, commandé, payé par le gouvernement, bien, il
recommande lui-même une démarche
transpartisane, basée sur un large éventail d'avis d'experts et avec la
contribution de la société civile.
Le ministre n'a pas
été capable de suivre, Mme la Présidente, l'avis de son seul allié dans ce
dossier-là. Et là j'entends déjà le ministre de la Justice nous dire :
Bien, j'en ai fait, des consultations, on en a fait pendant des heures et des heures en commission parlementaire. Oui, la
réalité, Mme la Présidente, c'est qu'il n'en voulait pas, de consultations
générales. Dès le début, il a fallu le convaincre de la chose, il a fallu se
battre pour ça, puis, après ça, il a limité ça à 30 minutes par
groupe. Mais on comprend pourquoi il a limité ça à 30 minutes par groupe,
et, en fait, vous aviez juste à écouter
quelques minutes de la commission parlementaire pour vous rendre compte
pourquoi les consultations générales étaient limitées dans le temps.
Le Barreau du Québec,
Mme la Présidente, et ça, c'est particulièrement gênant pour un ministre de la
Justice, le Barreau du Québec a qualifié
le projet de loi comme ça... Le Barreau dit que le projet de loi constitutionnelle de 2025 introduit des mécanismes qui menacent
la séparation des pouvoirs, muselle les contre-pouvoirs, crée une instabilité
juridique, affaiblit les droits fondamentaux. Ces changements... et je les
cite : «Ces changements risquent d'éroder les fondements de notre État de
droit et compromettre la confiance du public envers ses institutions.»
Mme
la Présidente, un seul de ces éléments-là aurait été problématique pour
n'importe quel autre ministre de la Justice dans l'histoire du Québec, sauf
celui-là. Il menace la séparation des pouvoirs, il muselle les contre-pouvoirs.
Bon, là, vous allez me dire : Ces deux
choses-là, ce n'est pas nouveau, le ministre de la Justice fait ça depuis le
début de son mandat. Mais là il vient créer une instabilité juridique, il vient
affaiblir les droits fondamentaux des Québécois et des Québécoises, il érode
les fondements de notre État de droit et il compromet la confiance du public
envers ses institutions. Ça, c'est le
Barreau du Québec, mais, pas grave, le ministre de la Justice, il en sait plus
que tous les autres avocats au Québec. C'est lui, Mme la Présidente, tout seul,
encore là, entre quatre murs dans son bureau, qui décide de ce qui doit aller
de l'avant puis de ce qui ne doit pas aller de l'avant, malgré les
critiques, et elles ne sont pas à déconsidérer, les critiques légitimes,
justifiées, inquiétantes du Barreau.
Là, je vous l'ai dit
tantôt, Mme la Présidente, une constitution, ça doit rallier, et, au premier
chef des gens qui ne se sentent pas considérés, on retrouve les Premières
Nations. Et là je vous soumets, Mme la Présidente, qu'à travers sa loi
constitutionnelle le gouvernement de la CAQ nous a démontré ce qu'il pense
réellement des Premières Nations. Il nous l'avait déjà démontré. Il nous l'a
démontré lors du régime forestier qui a été déposé dernièrement. Il nous
l'avait démontré lorsque le ministre de la Culture a fait des remarques
étonnantes à propos du musée de l'histoire du Québec. Il nous l'avait démontré, Mme la Présidente, en faisant fi du Principe de Joyce, né d'une tragédie absolument innommable. Il nous l'a démontré en
refusant de reconnaître le racisme systémique auquel les membres des Premières
Nations font face. Mais là c'est clair, là, on a un peuple, Mme la
Présidente, qui nous précède de longtemps sur le territoire québécois et qui,
dans certains cas, a une vie pas mal plus difficile que la vôtre et la mienne.
Et nous, on leur dit : On va faire un document,
on va faire la loi qui régit toutes les lois au Québec et on ne vous
considérera pas. Ce que ça nous dit, Mme la Présidente, c'est que, pour le
gouvernement de la CAQ, les Premières Nations, c'est une arrière-pensée. Il n'y
a pas de consultation, il n'y a pas
de corédaction, il y a trois petites références, Mme la Présidente, dans le
préambule, mais c'est tout, c'est tout ce qu'on a besoin de faire pour
les Premières Nations.
Surprenez-vous pas,
Mme la Présidente, quand Francis Verreault-Paul, le chef de l'Assemblée des
Premières Nations Québec-Labrador a dit que ce projet de loi là, il était
colonial, centralisateur, incompatible avec les droits fondamentaux des
Premières Nations, que c'était un effacement juridique et politique des
Premières Nations. Juste ça, Mme la
Présidente, ça nous donne raison quand on demande le retrait de ce projet de
loi là, juste ça : colonial, centralisateur, incompatible avec les
droits fondamentaux des Premières Nations, effacement juridique et politique.
Mais le gouvernement s'entête puis il veut poursuivre. Alors, on leur demande
une chose, une chose, et c'est la moindre, c'est qu'à chaque modification qui va avoir lieu il faut que les Premières
Nations soient considérées, soient consultées, soient au coeur du processus. Parce que c'est comme ça
qu'ils se sentent, aujourd'hui. Il y a un projet de constitution qui n'a pas
l'adhésion... en fait, on est loin de
l'adhésion, là, qui suscite une telle réaction de la part des Premières
Nations. Ça doit forcer le gouvernement à revoir ses objectifs et à se
questionner.
Si vous avez suivi
les consultations, Mme la Présidente, vous avez vu comme moi, là, groupe après
groupe qui sont venus dire que ça n'avait aucun bon sens, ce que le
gouvernement faisait sur l'avortement. Mais la réalité, c'est que le gouvernement savait déjà, hein... la ministre de l'Enseignement supérieur, elle a déjà eu ce débat-là, elle a déjà lancé le débat, à
savoir : Est-ce qu'il faut mettre des barrières supplémentaires sur la
question de l'avortement au Québec? Elle
l'avait essayé. Elle s'était fait dire : Ça va nuire, ça n'aidera pas, ça
va mettre à risque les protections juridiques autour du droit à
l'avortement. Et elle s'était ralliée. Elle avait compris le message, Mme la
Présidente.
Alors, les groupes
étaient en droit de se poser la question : Pourquoi on relance ce débat-là
à ce moment-ci? Et là, Mme la Présidente, on peut se dire que c'est un
spectacle absolument désolant qu'on a eu de la part du ministre de la Justice,
qui agissait comme lui... comme si, lui seul, il détenait la vérité, et ça lui
a pris à peu près l'entièreté des groupes de femmes, et ça lui a pris, Mme la
Présidente, sa future patronne pour lui dire que, d'accord, il allait reculer.
Mais tout le monde a compris son jeu, Mme la Présidente. Tout le monde a vu son
entêtement et tout le monde a compris, parce
que le gouvernement le savait déjà, que ce n'était pas la bonne chose à faire,
qu'on était prêts à jouer avec les protections juridiques sur la
question de l'avortement pour avoir quelques points politiques.
• (10 h 30) •
Mme la Présidente, à
l'article 5, l'article 5 du projet de loi, là, il vient dire que...
et il est particulièrement problématique, mais il vient dire qu'on ne peut pas
utiliser les fonds publics pour contester certaines lois. Par exemple, une
université ne peut pas utiliser les frais de scolarité, une municipalité ne
peut utiliser les taxes foncières, un syndicat ne peut pas utiliser les cotisations de ses membres pour contester des
lois. Ça, là, Mme la Présidente, c'est une disposition qui est
revancharde. C'est une disposition qui est là parce que le ministre essaie de
régler des comptes avec des organismes avec qui il a eu maille à partir au fil
du temps. Ça, c'est la preuve même que l'exercice, il est partisan puis il est
antidémocratique.
On a devant nous, là,
un ministre qui se prend... et il l'a dit lui-même, c'est ses mots, qui se
prend pour un souverain, et, pour ça... Mme la Présidente, ça doit être pour ça
qu'il veut empêcher la contestation de ses lois devant les tribunaux, mais, dans une société comme le Québec, là, une société
démocratique, une société mature, qui est capable de se poser des questions, on comprend que les
tribunaux, ils sont là justement pour que se règlent les questions de droit, pour
que se règlent les questions d'interprétation des lois.
Alors, se faire
poursuivre quand on est le gouvernement, bien, ça fait partie des règles du
jeu. Une disposition comme celle-là, Mme la Présidente, là, venant du ministre
de la Justice en plus, c'est particulièrement impressionnant. Moi, je pense que même Duplessis serait
impressionné par une disposition comme celle-là, mais je rappellerai au ministre
qu'il est le député de Borduas, et que Paul-Émile Borduas, bien, c'est le Refus
global. Alors, s'il veut s'apparenter à Duplessis, il pourrait peut-être se
présenter dans cette circonscription.
Là, Mme la Présidente, on est en fin de mandat,
un gouvernement qui n'a pas l'appui des Québécois, qui n'a pas l'appui non plus... du moins son bilan n'a pas
l'appui des candidats à la chefferie. On a un ministre de la... des Finances qui nous dit qu'on devrait peut-être être un peu plus
inclusifs, en voici l'opportunité parfaite, et qui présente une loi constitutionnelle à la dernière minute, sans
consulter, en sachant qu'il y aurait de l'opposition, en créant de
l'opposition. Alors, peut-être qu'ils se sont dit : Ah! on va piéger les
autres partis, on veut qu'ils soient contre la Constitution. Bien, je
vous soumets, Mme la Présidente, que le ministre de la Justice, il s'est
autopiégé, là-dedans, parce qu'on n'embarquera pas dans son jeu au détriment
des Premières Nations, on n'embarquera pas dans son jeu au détriment du droit
des femmes, on n'embarquera pas dans son jeu au détriment des droits des
minorités, on n'embarque pas dans son jeu au détriment
du principe de la séparation des pouvoirs, on n'embarquera pas dans son jeu
pour museler les contre-pouvoirs, on n'embarquera pas dans son jeu en
risquant d'éroder les fondements de l'État de droit, puis on n'embarquera
certainement pas dans son jeu en affaiblissant les droits fondamentaux des
Québécois et des Québécoises. C'est ça qu'il
est en train de faire, le ministre, c'est ça qu'il est en train de faire, le
gouvernement de la CAQ, et c'est pour ça qu'on mérite, comme Québécois,
comme Québécoises, de passer à d'autre chose que ce gouvernement-là. Je vous
remercie, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Christine Labrie
Mme Labrie : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Bonjour. Contente de vous retrouver aujourd'hui. J'ai
plusieurs collègues qui vont aborder les nombreux problèmes qu'on voit dans le
projet de constitution du ministre de la Justice, mais moi, j'ai envie de me
concentrer sur le processus aujourd'hui, parce que je trouve qu'il y a des
lacunes importantes dans la manière dont on est arrivés à avoir un projet de
loi qui se présente comme étant une constitution. Moi, j'avais de l'enthousiasme à ce que le Québec se dote de sa propre
constitution, mais je suis vraiment déçue de la manière dont ça s'est
passé parce que c'est supposé d'être un projet collectif dans lequel la
population est impliquée dès les premières
étapes, avant la rédaction, c'est supposé d'être un projet dans lequel tout le
monde peut se sentir impliqué, pas un projet que le ministre fait tout
seul dans son coin pour essayer de le faire valider après qu'il est déjà tout
écrit.
Moi, ce que j'aurais aimé qu'on fasse, c'est
qu'on mandate un comité qui aurait été non partisan, qui aurait été choisi par
les parlementaires, qui aurait été le reflet de la population québécoise, un
comité sur lequel auraient pu siéger des personnes autochtones, notamment, un
comité qui aurait été paritaire, sur lequel on aurait retrouvé plusieurs
générations de Québécois, un comité qui ressemble au Québec, finalement, des
gens qui auraient pu être mandatés pour organiser une grande consultation, une
vraie consultation partout à travers le Québec. J'aurais voulu qu'on leur donne
le moyen de faire le tour de toutes les régions, d'aller rencontrer les gens de
tous les âges, de tous les milieux, leur demander ce qu'ils voudraient trouver
dans la première constitution du Québec. Parce que ce n'est pas rien, quand
même, c'est la première fois qu'on fait cet exercice-là, de rédiger une
constitution pour le peuple québécois. J'aurais voulu qu'on saisisse cette
occasion-là pour faire une vraie réflexion sur la manière dont on exerce les
pouvoirs qu'on a au Québec. On ne les a pas tous, on en voudrait plus, on les
voudrait tous, mais on en a plusieurs. J'aurais aimé qu'on saisisse l'occasion
de rédiger une constitution pour qu'on se demande quels pouvoirs on veut
confier aux régions, aux municipalités, qu'on en profite pour décentraliser
puis rapprocher les lieux de pouvoir, les lieux de prise de décisions des
citoyens.
Malheureusement,
ce n'est pas ça du tout qui s'est passé jusqu'à maintenant. Il n'y a pas eu
de... il n'y a pas eu de grandes consultations, il n'y a pas eu
d'implication des citoyens, pas eu non plus de tentatives de se servir de cette
occasion-là pour redessiner, finalement,
l'organisation du pouvoir au Québec puis décentraliser ce pouvoir-là vers les
régions.
J'aurais aimé aussi qu'on en profite pour
redéfinir notre système politique, parce que le nôtre, il est clairement
déficient, il ne répond pas aux attentes démocratiques des Québécois. Ce n'est
pas normal qu'il y ait un accord... un écart aussi important entre les votes
exprimés, la représentation ici, à l'Assemblée nationale. C'est dénoncé depuis
très longtemps. Le gouvernement, le parti
qui est au pouvoir avait même lui-même déjà pris l'engagement de réviser le mode
de scrutin pour corriger ces erreurs-là.
Donc, moi, j'aurais aimé ça, qu'on se serve de cette occasion-là pour redéfinir
aussi c'est quoi, notre système politique, pour qu'on en... qu'on en mette un
sur pied qui est plus en phase, finalement, avec nos attentes de
représentation.
J'aurais aimé
aussi que la Constitution du Québec soit la première à être rédigée en
collaboration avec les peuples autochtones.
Il y avait de l'appétit pour ça du côté des peuples autochtones. J'aurais aimé
que ce soit le fruit d'une vraie démarche
d'assemblée constituante, que ce soit le reflet d'une vision collective
partagée, que les Québécois se reconnaissent dedans et qu'ils soient
fiers de cette constitution-là. J'aurais voulu moi-même en être fière, mais
malheureusement ce n'est pas ça qui s'est passé dans les derniers mois, ce
n'est pas ça qu'on a vu. Moi, j'ai vu un ministre qui voulait que le Québec se
dote d'une constitution et qui a décidé de mettre là-dedans sa vision à lui de
ce que devrait être une constitution, pas une vision collective, parce qu'il
n'y en a pas eu, de consultations en amont. J'ai vu un ministre qui s'est
présenté devant les Québécois, dans les derniers mois, avec une constitution
qu'il avait écrite tout seul de son côté, qui était déjà prémâchée, si on peut
dire, comme si c'était une loi ordinaire.
Puis je dis ça, mais, en même temps, c'est
arrivé souvent, au Québec, qu'on en fasse, des consultations en amont de rédiger
des projets de loi aussi. On a mené des démarches de consultations très
élaborées pour des lois régulières. Je
pense, par exemple, à la loi sur l'aide médicale à mourir. À deux reprises...
qui est importante, mais qui n'est pas une constitution non plus, puis
on a quand même pris le temps de faire cet exercice en amont, d'aller consulter
les Québécois pour... pour voir qu'est-ce qu'ils attendaient de nous pour
retrouver dans cette loi-là. Si on a été capables de le faire, d'avoir des grandes consultations d'envergure qui font le
tour du Québec pour une loi en santé, je m'explique mal pourquoi on
n'est pas capables, quand vient le temps de faire une constitution, de faire un
exercice, au minimum, d'aussi
grande envergure pour aller s'intéresser auprès des Québécois à c'est quoi,
leurs attentes, qu'est-ce qu'ils veulent dans cette constitution-là,
pour qu'on puisse agir conformément à leur volonté quand vient le temps de la
rédiger.
Moi, franchement,
l'idée que le Québec pourrait se doter d'une constitution dans un processus
démocratique aussi déficient et de manière aussi précipitée, ça me fait quand
même un peu honte, parce que je regarde ce qui se passe à travers le monde,
puis il y a d'autres démarches quand même pas mal plus structurées que ça, là, pour
mettre à jour une constitution ou en élaborer une. Un des plus récents pays
dans le monde à avoir adopté une constitution, c'est le Népal : leurs
travaux ont duré 10 ans. Ici, on ferait ça en quelques mois à peine? On
parle quand même d'écrire le texte fondateur d'un peuple, je pense que ça
mérite de prendre le temps nécessaire pour impliquer ce peuple-là dans la
démarche. Ce n'est pas parce que ça va plus vite que c'est nécessairement
mieux. Même le Kazakhstan quand ils ont
adopté leur constitution, dans les dernières années, ils ont fait un
référendum. Ce n'est pas non plus le pays le plus réputé pour la qualité
de ses processus démocratiques, on va dire ça comme ça. Puis ici on adopterait
ça tout simplement, là, à l'Assemblée nationale, alors qu'il y a probablement
juste le parti au pouvoir qui va voter pour, un parti qui est tellement
impopulaire dans la projection actuelle des sièges que, littéralement, la
projection pour la prochaine élection, c'est zéro siège. C'est quand même assez
présomptueux de leur part de prétendre que ce qu'ils mettent de l'avant, c'est
le reflet de la volonté des Québécois, quand il y a un appui populaire qui est
aussi faible, on va se le dire.
Moi, je trouve que
c'est difficile de faire pire que ce qu'on voit en ce moment en termes de
manque de légitimité démocratique. C'est pour ça que je ne pourrai jamais me
sentir fière de cette constitution-là, si elle devait être adoptée. Je vais en
avoir honte parce que le processus qui a mené à l'adopter n'est pas à la
hauteur de ce que moi, j'aurais attendu comme citoyenne en matière de processus
démocratique. Il me semble qu'à défaut d'impliquer les citoyens en amont, à
défaut de les impliquer au moment du vote, par exemple, par un référendum, pour
moi, le minimum, ça aurait été qu'on s'assure que ce qu'il y a dans ce projet
de loi là fasse au moins l'unanimité de tous les partis représentés à
l'Assemblée nationale. Ça aurait été, pour moi, vraiment, le strict minimum
pour qu'on s'assure que ce qu'il y a dedans répond à une certaine volonté
populaire que... Et évidemment, avec le contenu actuel du projet de loi qu'on a
sous les yeux, ce n'est pas possible d'aller
chercher cette unanimité-là à l'Assemblée nationale. Vous entendez les
collègues qui prennent la parole, on est très, très loin de là. Donc, je
trouve ça dommage parce que ça aurait pu être un beau projet, de faire une
constitution pour le Québec, beaucoup de gens auraient voulu être impliqués
là-dedans, y participer, c'est fondateur pour un peuple, et on passe un peu à
côté du bateau.
• (10 h 40) •
Il y a même beaucoup
d'acteurs de la société civile qui sont venus dénoncer, en fait, les problèmes
dans le projet de loi, qui ont... qui ont rejeté ce projet de constitution là.
Puis d'ailleurs moi, j'arrive à la fin de mon deuxième mandat ici, à
l'Assemblée nationale, j'en ai vu quand même beaucoup, là, des consultations
sur toutes sortes de projets, puis c'était la première fois en presque huit ans
que j'ai vu des groupes de la société civile, des experts qui n'étaient pas certains de vouloir venir participer aux
auditions du projet de loi parce qu'ils avaient peur que le simple fait de
venir en audition donne une légitimité au projet de loi. Et ils ne
voulaient absolument pas donner de légitimité à ce projet de loi là tellement qu'ils
trouvaient que c'était inadéquat comme projet de constitution. Je n'avais
jamais vu ça, moi, des groupes puis des experts qui étaient horrifiés à l'idée
que le gouvernement utilise leur participation en commission parlementaire pour
légitimiser, finalement, le projet de loi en cours.
Ils ont fini par
venir pareil, ces acteurs-là. Mais c'est préoccupant quand même que des gens se
demandent : Est-ce que ça vaut la peine que j'y aille ou est-ce que je
suis mieux de boycotter, finalement, les auditions pour être certain que ça ne
se retournera pas contre nous? Moi, c'est le seul projet de loi sur lequel j'ai
vu ça, autant d'acteurs qui disaient : On veut bouder, finalement, on
veut... on se demande si on est mieux de ne pas y aller du tout, ignorer le processus pour signifier à quel point on est
dérangés par la démarche. Finalement, il y a quand même plusieurs centaines
de mémoires qui ont été reçus, des
participations en grand nombre aux auditions, parce que la colère, finalement,
du contenu a été plus grande que la colère du processus. Donc, ils sont
venus le dire. Mais ce qui en ressort, ce n'est clairement pas de l'enthousiasme. Ce qu'on a entendu, pendant
les plusieurs semaines d'auditions, c'était beaucoup de la peur, il y avait de
la peur de l'affaiblissement des contre-pouvoirs dans ce projet de loi là.
Il y a même eu la
peur qu'on affaiblisse le droit à l'avortement des femmes. Heureusement, le
ministre a fini par se rendre à l'évidence,
il a fini par écouter les personnes qui voulaient protéger les femmes, puis
annoncer qu'il allait retirer l'article 29 du projet de loi. Je trouve ça
vraiment fâchant, parce que ça a monopolisé des ressources, des personnes
du mouvement féministe pendant des mois, en
fait. C'est un gaspillage d'énergie, de ressources phénoménal, considérant qu'au
début de la même législature il avait déjà fallu se mobiliser pour convaincre
la ministre de la Condition féminine de ne
pas faire de projet de loi pour protéger l'avortement parce que ça constituait
un risque beaucoup plus qu'une protection. Donc, c'est un... c'est un exercice qui avait déjà été fait, c'est des
milliers de personnes qui s'étaient déjà mobilisées à travers le Québec
pour essayer de faire entendre raison au gouvernement là-dessus en tout début
de législature. Puis là il a fallu le refaire, il a fallu le recommencer. Même
si on a fini par faire entendre raison au ministre, c'est quand même beaucoup de gaspillage d'énergie. Puis je trouve
que, pour un gouvernement qui essaie de nous faire croire qu'ils sont les
champions de l'efficacité gouvernementale, ce n'était pas très, très
impressionnant de voir un ministre refaire la même exacte erreur qu'une
autre ministre avait déjà faite quelques mois, quelques années auparavant puis
s'acharner pendant des mois dans la mauvaise
direction, malgré des opinions exprimées très, très clairement, là, notamment
par le Barreau, par les médecins, par tous les groupes qui défendent le droit à
l'avortement qui nous disaient : N'allez pas là, c'est dangereux, vous
êtes en train de faire exactement ce qu'attendent les groupes antichoix.
C'était du... c'était du gaspillage de ressources, bien franchement, là,
d'aller dans cette direction-là, de s'y enfoncer pendant aussi longtemps, de
forcer des gens à se mobiliser, alors qu'ils ont d'autres choses à
faire, pour venir faire reculer le gouvernement là-dessus.
Donc, je veux quand même le remercier d'avoir
reculé, hein, parce qu'il l'a fait puis il n'a pas attendu non plus que l'étude détaillée soit rendue à
l'article 29. Donc, on a perdu du temps, mais ça aurait pu être pire, je
vais dire ça comme ça, même si, malheureusement, pendant tout ce temps-là, bien, ça a
monopolisé des ressources du mouvement féministe, puis il y avait bien
d'autres sujets qu'on aurait pu aborder pendant ce temps là. Mais j'ai eu peur,
moi aussi, j'ai eu peur qu'il s'acharne, j'ai eu peur qu'il ne recule jamais
là-dessus puis qu'il ouvre une brèche que... pourtant, je sais qu'il ne voulait
pas l'ouvrir, mais, parfois, quand on pense savoir mieux que les autres
qu'est-ce qui est bon pour eux, on fait des erreurs puis on n'aide pas du tout
finalement. C'est ça que j'avais peur qui se produise.
Je vais m'arrêter ici, Mme la Présidente, mais
vous aurez compris que moi, je suis contre le projet de loi qu'on a entre les
mains, mais je trouve ça décevant d'être contre un projet de constitution,
parce que je ne suis pas contre le principe d'adopter une constitution pour le
Québec. J'aurais aimé ça que ce soit un projet emballant, j'aurais aimé ça que
ce soit un projet dans lequel le peuple puisse s'impliquer, contribuer, puis je
vais quand même devoir voter contre parce que le processus qui a mené où on est
aujourd'hui n'a absolument pas la légitimité démocratique qu'il devrait avoir pour une constitution. Mais il n'est pas
trop tard pour mieux faire. Donc, moi, j'invite le gouvernement à se rendre
compte, là, de tout ce qui a été dit, finalement, au fil des consultations dans
les derniers mois, d'abandonner son projet de
loi puis de peut-être profiter de la prochaine campagne électorale pour
proposer aux Québécois une véritable démarche d'assemblée constituante
pour qu'on puisse, comme Québécois, comme peuple, s'en faire une vraie, belle
constitution, qui serait un projet
collectif, une constitution qui va... qui va nous rendre fiers parce qu'on y
aura travaillé collectivement puis qu'on l'aura adoptée dans un vrai
processus qui aura impliqué tout le monde, notamment les Premières Nations, un
projet de loi qui ne sera pas une menace pour les contre-pouvoirs de la société
civile, mais, au contraire, un projet de loi qui va consolider les valeurs
collectives qu'on a. Je vous remercie.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci, Mme la députée. Je cède
maintenant la parole à M. le député de Saint-Jérôme.
M. Youri Chassin
M. Chassin : Merci, Mme la Présidente. Alors, je ne prendrai pas
beaucoup de temps, mais il est impensable pour
moi de ne pas me prononcer sur un projet de loi comme celui qu'on a devant
nous, la Loi constitutionnelle de
2025 sur le Québec, parce qu'évidemment, et on l'a entendu à plusieurs
reprises, ce serait une constitution, ce serait une loi des lois, un fondement de notre vie collective, un fondement de la vie
démocratique du Québec, un fondement aussi des relations qu'on
entretient entre nous, notamment en termes de droits et libertés.
Je m'inquiète, en regardant ce projet de loi,
d'éléments qui sont bien intentionnés, on le sent, on l'entend dans le débat
public, mais qui, rappelons-le, vont s'inscrire dans un texte qui est censé durer,
pas simplement répondre à une conjoncture ponctuelle, mais vraiment définir un
cadre beaucoup plus large, notamment institutionnel, donc ce dont on aura
finalement, là... ce qu'on a... ce qu'on se dotera de références pour
l'ensemble de la vie législative, parlementaire, pour les institutions qui sont
les plus fondamentales à ce qu'on appelle l'État, hein, dans son ensemble, donc tant le Parlement, que le gouvernement, que
l'ensemble des ministères, des organismes. Tout ça va, en quelque sorte,
découler implicitement et de plus en plus, en fait, explicitement, si la
Constitution est adoptée, d'un texte.
Dans ce projet-là, évidemment, on parle d'un...
d'une hiérarchisation des droits, question de dicter, en quelque sorte, aux
cours de justice que, lorsqu'il y a tension entre deux droits, bien, peu
importent les circonstances, peu importe le cas individuel qui est contemplé,
bien, il faut absolument qu'un droit l'emporte sur l'autre, et ça, ça, il y a
quelque chose qui, pour moi, devient problématique.
À la limite, je vous dirais que, dans ce qu'on a
discuté largement, dans les derniers mois dans la société civile, par rapport à
l'article 29, c'est ça aussi que je sens, Mme la Présidente, et j'étais
étonné peut-être que peu de gens le relèvent, mais j'aimerais quand même
souligner que, dans l'article 29, il est formulé de façon astucieuse... et
c'est tout à l'honneur et au crédit du
ministre de la Justice, mais on parle de l'État qui protège la liberté des
femmes d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse, n'est-ce
pas, et donc on assure, on protège une possibilité d'avoir recours.
Bien, moi, je me demande si on l'a formulé en se
disant : On le garde, disons, comme une garantie que l'État va protéger
une liberté des femmes, ce qui crée, en quelque sorte, cette liberté
explicitement, alors que recourir à des soins de santé, on en a tous la
liberté. On ne se pose pas tant la question, mais évidemment, en cherchant...
puis, pour moi, c'est ça qui est fondamental, en cherchant à dire : L'État
protège la liberté, on donne un mandat à l'État, d'accord, je comprends, mais
on donne un mandat à l'État de protéger une liberté spécifique. Est-ce qu'il y
a autre chose de plus fondamental que d'engager l'État à défendre les droits et
libertés, et tous les droits, et toutes les libertés, de ses citoyens? En en
nommant une, pourquoi on ne nomme pas toutes les autres?
• (10 h 50) •
Alors, évidemment, il y en a, hein? On mentionne
que l'État protège aussi et assure la souveraineté culturelle du Québec. Après
ça, il y a une question de définition, une question de droits collectifs, mais,
pour moi, il y a une problématique à confier un peu comme un énoncé de mission
pour une entreprise, de dire : Bien, voici ce qu'on veut réaliser avec
l'État. On veut protéger, par exemple, la liberté des femmes d'avoir recours à
une interruption volontaire de grossesse. Bien, à mon avis, d'avoir des droits
cités, spécifiques, d'autres non, de parler de certaines libertés pour dire que
l'État a cette mission de le garantir ou pas, bien, ça donne cette impression
troublante d'une hiérarchie, surtout quand, par ailleurs, on en parle
explicitement dans ce texte, pour en faire une hiérarchisation plus loin sur le
droit de la religion versus le droit à l'égalité hommes-femmes.
Moi, je sens que c'est une avenue qui est
piégée, et, là-dessus, il me semble que, pour ce principe, il y a vraiment une problématique qui doit être revue,
qui doit être... qui doit être réfléchie à nouveau, et je l'invite... et
j'invite le gouvernement et le ministre à faire cette réflexion. Merci, Mme
la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup, M. le député. Je cède maintenant la parole à Mme la députée
de Mont-Royal—Outremont.
Mme Michelle Setlakwe
Mme Setlakwe : Mme la
Présidente, nous débattons aujourd'hui de l'adoption du principe d'un projet de
loi qui se veut historique, le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle
de 2025 sur le Québec, c'est-à-dire le projet de loi qui propose l'adoption
d'une constitution du Québec.
Je veux d'abord dire une chose très clairement.
Réfléchir aux fondements constitutionnels du Québec, c'est un exercice
légitime. C'est même un exercice important. D'ailleurs, l'idée de doter le
Québec d'une constitution n'est pas nouvelle du tout et elle a été évoquée à
plusieurs reprises au sein de notre formation politique depuis les années 60.
Toute société démocratique doit pouvoir réfléchir à ses institutions, à ses
valeurs et à la manière dont elle organise les pouvoirs publics, mais une constitution,
Mme la Présidente, ce n'est pas une loi comme les autres. Elle est considérée comme la loi des lois. Ça signifie que toutes les
lois québécoises du passé et du futur doivent être conformes à celle-ci.
Une constitution, c'est un texte fondamental. Elle définit les principes qui
structurent notre vie collective. Elle protège les droits et libertés des citoyens. Et surtout une constitution doit
être le fruit d'un large consensus démocratique et le reflet d'un consensus social profond. Elle doit également
reposer sur une légitimité démocratique forte qui découle d'un processus
ouvert et, bien entendu, rassembleur.
Dans une grande démocratie comme la nôtre, on se
serait attendu à ce que les démarches constitutionnelles reposent sur un
travail transpartisan, parce qu'une constitution doit dépasser les clivages
politiques du moment. Encore une fois, on ne le dira pas assez souvent, la
Constitution doit rassembler et elle doit être le résultat d'un processus
rigoureux, transparent et inclusif. Or, ce que plusieurs intervenants sont
venus nous dire en commission parlementaire et ce que mes concitoyens m'ont
indiqué aussi, c'est que le projet de loi n° 1 du gouvernement de la CAQ
ne répond aucunement à ces exigences fondamentales.
Pour notre part, nous l'avons dit depuis le
début de ce processus, la légitimité du processus est sérieusement mise en
cause. La démarche a été précipitée, menée sans véritable travail transpartisan
préalable. À nos yeux, le processus est vicié dès le départ puisqu'il ne permet
pas de construire le consensus large et durable qu'exige un texte aussi
fondamental qu'une constitution.
Dans la lettre du 3 mars dernier, cosignée
par notre nouveau chef, et notre collègue de l'Acadie, et porte-parole de
l'opposition officielle en matière de justice, il est mentionné la chose
suivante, et je prends la peine de citer cette lettre du 3 mars
2026 : «Il nous apparaît très clairement, au fil des quelque 200 témoignages
et 309 mémoires déposés, qu'il n'existe pas de voie permettant de réunir les
Québécoises et les Québécois autour de ce projet dans sa mouture actuelle.»
Plus loin, on y mentionne : «Il nous apparaît très clairement que les
quelques semaines restantes à la 43e législature ne permettront pas non
plus de résoudre les nombreux obstacles contenus dans le texte législatif et de
soupeser avec sérieux et rigueur les différentes dispositions inscrites dans le
projet de loi.» On ajoute : «Les conditions actuelles ne sont pas propices
à unir les Québécoises et les Québécois autour d'un projet qui nécessite leur
adhésion concrète et profonde.»
Donc, nous avons exprimé clairement notre
position quant au retrait du projet de loi n° 1, Mme la Présidente. Cela
étant dit, puisque le gouvernement va de l'avant, nous avons la responsabilité
aujourd'hui de mettre en lumière ses lacunes,
elles sont nombreuses, et les préoccupations bien réelles qu'il soulève, et,
parmi celles-ci, il y a les préoccupations du milieu universitaire. Mme
la Présidente, comme porte-parole en enseignement supérieur pour l'opposition officielle, je trouve très important
et je souhaite, ce matin, attirer l'attention de cette Chambre sur ces
préoccupations.
Rappelons-nous que nos universités jouent un
rôle fondamental dans la société québécoise. Elles sont des lieux de savoir, de recherche et, bien entendu, de
débat. Elles contribuent à la formation des générations futures, à l'avancement
des connaissances et au dynamisme intellectuel de notre société. Or, nos
établissements universitaires ont exprimé des préoccupations importantes quant
aux effets possibles du projet de loi n° 1, des effets négatifs et très
préoccupants.
Je pense notamment au Bureau de coopération
interuniversitaire, le BCI. Les membres du BCI, c'est-à-dire les directions des établissements universitaires québécois,
ont insisté sur la nécessité d'inscrire dans la future loi deux principes fondamentaux : la liberté
académique et l'autonomie universitaire. Comme le souligne leur mémoire, et
je cite : «La liberté académique
protège le droit des membres des communautés professorale, enseignante et
étudiante à explorer, enseigner et débattre des idées, même
controversées, sans crainte de censure ou de représailles. L'autonomie universitaire, quant à elle...» Je le rappelle
parce que ça a déjà fait l'objet de nombreux débats et même d'outils législatifs
en cette Chambre. «L'autonomie universitaire — et on
l'a enchâssé, le principe, là — permet aux établissements de définir
librement leurs orientations stratégiques, leurs priorités d'enseignement et de
recherche et leurs politiques internes à l'abri des pressions politiques ou
économiques.»
Rappelons que la mission de nos universités
repose, Mme la Présidente, sur ces deux principes fondamentaux. Pourtant, ils
sont absents du projet de constitution, ce qui a surpris énormément les
directions de nos établissements universitaires. Alors, elles demandent donc
qu'ils soient explicitement reconnus et protégés à un niveau supralégislatif,
c'est-à-dire dans la Constitution. Et ce n'est pas anodin, Mme la Présidente.
Comme le souligne le BCI, cela vise à assurer les conditions nécessaires au
plein exercice de la mission universitaire, avec une portée qui dépasse
largement les murs des campus.
Le mémoire du BCI attire également l'attention
sur certaines dispositions du projet de loi qui pourraient entraîner des
conséquences inquiétantes et concrètes pour les universités. Je pense notamment
à l'article 5, c'est un article qui a fait l'objet
de nombreux débats et qui est très controversé, Mme la Présidente, je ne suis
pas la première à en parler, l'article 5 qui pourrait... qui aurait pour
effet d'empêcher les organismes financés par des fonds publics, dont les universités, de contester devant les
tribunaux la validité constitutionnelle de certaines lois qui les impactent. En
effet, cette disposition viendrait interdire à ces organismes d'utiliser
des fonds publics pour contester une loi que le gouvernement considère comme
protégeant la nation québécoise. Concrètement, Mme la Présidente, ça signifie
qu'une université ne pourrait pas utiliser les ressources dont elle dispose, y
compris les droits de scolarité qu'elle perçoit, pour contester devant les
tribunaux une loi qui affecterait directement sa mission, son fonctionnement ou
son autonomie.
• (11 heures) •
Or, dans une société démocratique comme la
nôtre, fondée sur l'État de droit, l'accès aux tribunaux, c'est un principe fondamental. Je trouve excessivement
surprenant, et j'entendais mon collègue de Pontiac le mentionner plus tôt,
inquiétant et surprenant que le ministre de la Justice défende une telle
disposition. Le BCI souligne que cette disposition pourrait limiter la capacité
des universités de défendre leur mission et leurs droits devant les tribunaux,
ce qui soulève évidemment des préoccupations importantes pour le milieu universitaire.
Le mémoire du BCI attire aussi l'attention sur
un autre enjeu important, c'est-à-dire l'impact potentiel de certaines
dispositions du projet de loi sur les ententes conclues entre les universités
québécoises et le gouvernement fédéral. Ces collaborations sont nombreuses et
elles sont essentielles, Mme la Présidente. Elles concernent notamment le
financement de la recherche, la mobilité étudiante et la gestion des
infrastructures. Or, certaines dispositions du projet de loi n° 1, imposant de nouvelles balises unilatérales,
pourraient compliquer ou limiter ces collaborations, et le BCI souligne
que cela pourrait ultimement nuire à l'attractivité, l'attractivité autant
interprovinciale qu'à l'international, et à
la compétitivité des universités québécoises. Vraiment, Mme la Présidente,
c'est la dernière chose dont on a besoin. Si on ajoute à ça toutes les autres mesures que le gouvernement de la CAQ a
mises de l'avant, a imposées et qui nuit à nos universités, alors il
faut prendre tout ça dans son ensemble. Puis, ce matin, je m'indigne de voir
une autre mesure qui vienne mettre à mal notre précieux réseau, notre précieux
écosystème universitaire.
Le réseau de l'Université du Québec a lui aussi
présenté un mémoire dans le cadre des consultations sur le projet de loi n° 1,
qui est en complément de celui du BCI. Ce mémoire de l'UQ rappelle avec force
le rôle essentiel des universités
dans notre société, lesquelles comptent parmi les institutions qui assurent la
vitalité démocratique et intellectuelle du Québec. Le mémoire souligne également que les principes de liberté
académique et d'autonomie universitaire pourraient, et je cite, «bénéficier d'une protection au sommet
de la hiérarchie des normes». Comme le souligne le mémoire, une telle reconnaissance permettrait au Québec de se
positionner parmi les juridictions les plus attachées à l'avancement du savoir,
tout en renforçant son rayonnement international.
Encore une fois, là, je porte la voix des
recteurs, des chefs de la... de toutes les directions des universités qui parlent d'une seule voix. Depuis des mois, des
années, là, que je suis porte-parole en enseignement supérieur. Je pense aux différents projets
de loi, différentes mesures qui ont été mises de l'avant et qui, encore une
fois, viennent nuire à la compétitivité et à l'attractivité de nos universités.
Franchement, Mme la Présidente, là, il faut en prendre soin, puis j'implore le gouvernement d'y réfléchir
sérieusement et d'écouter, j'espère que sa voix porte, au sein du Conseil des
ministres, la voix de la ministre de l'Enseignement supérieur, il est
temps qu'elle soit entendue.
Donc, le
mémoire de l'UQ conclut, justement, de la façon suivante :
«Constitutionnaliser la liberté et l'autonomie universitaires, c'est protéger
la possibilité même de penser librement. C'est garantir que, quels que soient
les époques ou les gouvernements, le Québec demeurera un lieu où la
recherche, la discussion et la création peuvent s'exercer sans crainte ni contrainte.» Dans le contexte
géopolitique actuel, où d'autres juridictions choisissent de couper le
financement, de nuire à leurs
universités, encore une fois, je répète, il faut... il faut, nous, aller dans
le sens contraire, et mettre en valeur, et donner tous les outils à la
disposition de nos universités pour qu'ils continuent de nous faire... de nous
faire rayonner puis qu'on puisse continuer d'être attrayants et
compétitifs.
Enfin, l'Université Bishop's a apporté un angle
complémentaire à toute cette réflexion, Mme la Présidente. Son mémoire
rappelle, d'abord, qu'une constitution doit être le fruit d'un processus
législatif inclusif et légitime. Et l'université écrit, et je cite : «Une
constitution doit être le fruit d'un processus inclusif reposant sur la
participation substantive de l'ensemble des communautés constituant la nation.»
Le mémoire exprime également des préoccupations concernant l'absence de
protection explicite pour les institutions de la communauté québécoise
d'expression anglaise. Il formule, d'ailleurs, une recommandation claire à cet
égard, et je les cite : «Inclure à la Constitution du Québec des protections pour les institutions de la communauté
québécoise d'expression anglaise.» Enfin, Bishop's souligne, elle aussi,
l'importance de préserver la capacité des universités de défendre leurs droits
devant les tribunaux, et le mémoire rappelle qu'il est essentiel, et je
les cite, «que ces institutions ne soient pas privées de la capacité de
défendre leurs droits par l'entremise du
processus judiciaire». On parle d'accès aux tribunaux, Mme la Présidente.
Alors, j'espère que le ministre de la Justice prend note, là, de toutes
ces préoccupations, de toutes ces interventions.
Il ne faut pas non plus mettre de côté la
position des associations étudiantes. Mme la Présidente, il est également
important de rappeler que les associations étudiantes nationales ont exprimé
des critiques très, très claires à l'égard du projet
de loi n° 1. L'Union étudiante du Québec, qu'on appelle
l'UEQ, qui représente plus de 117 000 étudiantes et étudiants
universitaires, rejette fermement le projet de n° 1
dans son ensemble. Dans son mémoire, l'UEQ dénonce notamment l'absence de consultations élargies de la population
québécoise et s'inquiète des dispositions qui limiteraient la capacité de
contester certaines lois devant les tribunaux. Dans sa conclusion, l'UEQ
emploie des termes particulièrement préoccupants, elle évoque, et je
cite, «une tangente autoritaire».
Cela illustre
à quel point les inquiétudes sont sérieuses dans le milieu étudiant, Mme la
Présidente, et je ne dramatise pas,
là, ce sont eux qui le disent. S'il y a une chose qu'il faut faire, il me
semble, comme parlementaires, c'est être à l'écoute de notre relève, de notre jeunesse, de la
population étudiante. En tout cas, moi, j'ai lu le mémoire jusqu'à la fin et
j'étais franchement
atterrée et très inquiète de voir ce que la population étudiante pense de la
Constitution. J'espère que le ministre de la Justice et l'ensemble du
Conseil des ministres et du gouvernement en prend bonne note aussi.
Du côté
collégial, la Fédération étudiante
collégiale du Québec, la FECQ, met en
lumière un déficit de consultations et plusieurs enjeux de fond. J'ai lu
leur mémoire excessivement étoffé. Je pense qu'eux ne sont pas venus s'exprimer
dans les consultations, mais leur mémoire
vaut la peine d'être révisé. Ils mettent de l'avant plusieurs enjeux de fond
par rapport au projet de loi,
notamment des imprécisions et des impacts potentiels sur certains droits, des
droits fondamentaux, ce qui soulève des questions quant à la rigueur du
processus. La FECQ, donc, s'oppose aussi au projet de loi dans son ensemble et
elle en demande l'abandon.
Autrement dit, Mme la Présidente, le
gouvernement n'a manifestement pas réussi à rallier la communauté étudiante
autour de son projet de constitution. C'est pourtant ça, le but premier, c'est
de rassembler et c'est de s'assurer que
toute la population québécoise, dans toute sa diversité, se reconnaisse dans la
Constitution. Bien, je vous dis que c'est pas mal mal parti, Mme la
Présidente.
Donc, en conclusion, Mme la Présidente, les
consultations ont permis d'entendre plusieurs voix importantes de notre
société, oui, il faut le dire, et plusieurs de ces voix nous ont dit
essentiellement la même chose : Le projet de loi soulève des questions sérieuses, des questions sur le processus, des
questions sur la protection des droits, des questions sur l'équilibre
entre les pouvoirs et des questions sur les effets possibles pour des
institutions fondamentales de notre société, comme nos universités. Si le
Québec souhaite se doter d'une constitution, ça doit se faire avec rigueur,
avec prudence et surtout avec un véritable
consensus démocratique. Cela suppose également une démarche transpartisane
capable de rassembler au-delà des lignes partisanes et qui s'appuie sur
un large consensus d'avis d'experts et sur la contribution de la société
civile.
Mme la
Présidente, on ne peut pas le répéter assez souvent, le processus est vicié, le
processus est rempli de lacunes, et je... On implore, encore une fois...
Notre nouveau chef l'a fait, il a cosigné une lettre avec notre porte-parole en
justice, le député de l'Acadie, où il tend la main aux autres partis en
disant : Penchons-nous sur d'autres enjeux. Oui, la Constitution, c'est important, mais là il y a un sérieux manque de
légitimité. Le projet est plus que mal parti, mettons-le de côté,
engageons-nous à revoir tout ça plus tard, quand on aura un mandat clair de la
population. C'est un projet qui est trop important, puis, déjà, il y a trop de
division. On sent que la population n'adhère tout simplement pas.
• (11 h 10) •
Puis on ne peut pas le dire assez souvent aussi,
une constitution, ça ne peut pas être l'oeuvre d'un seul gouvernement. Elle
doit être portée collectivement par l'ensemble de la société, par l'ensemble de
ses représentants. Ça a été dit par plusieurs de mes collègues. Évidemment, on
est limités dans le temps. Donc, il faut qu'on choisisse... on choisisse un angle, mais l'angle des Premières
Nations... Voyons donc, est-ce qu'ils se sentent... est-ce qu'ils sentent
qu'ils ont eu voix au chapitre? Bien,
certainement pas, Mme la Présidente. Ça, en soi, c'est un énorme échec de la
part du gouvernement.
Si je reviens aux universités, bien, c'est...
Pourquoi les préoccupations exprimées par les universités, par les associations
étudiantes puis par tous les autres... plusieurs autres groupes méritent, donc,
d'être prises très au sérieux par le
gouvernement? Parce qu'une constitution qui est digne de ce nom doit
rassembler. On ne peut pas le dire assez souvent. C'est ça, l'objectif premier, c'est de rassembler
les Québécoises et les Québécois, toute la société québécoise, dans toute
sa diversité, nos jeunes, nos aînés, les
différentes communautés, les Premières Nations, la communauté d'expression
anglaise. Évidemment, j'en passe. Je
ne peux pas être exhaustive ce matin. Le processus a été précipité. Il faut
absolument qu'il soit abandonné à ce
stade-ci. C'est un échec. Ce n'est pas le gouvernement de la CAQ qui va réussir
à mettre de l'avant une constitution rassembleuse.
Mme la Présidente, le ministre aurait pu entrer
dans l'histoire comme le père d'une constitution rassembleuse pour le Québec, mais il ne réussira pas. Il ne
réussira pas ce pari. Il ne rencontrera pas cet objectif qu'il s'est fixé. Ça
me semble très clair. J'aurais pu
parler aussi du droit à l'avortement. Comment expliquer son entêtement? Comment
expliquer que, pendant des semaines, des mois, il n'a pas reculé avant?
Bon, bravo, il a reculé, il a fini par entendre raison, mais comment se fait-il qu'il ait ouvert la porte et
qu'il ait autant inquiété la population au niveau d'un recul du droit des
femmes?
Donc, en
refusant de construire le consensus nécessaire, le ministre risque plutôt de
laisser derrière lui une constitution caquiste, partisane et contestée,
et, franchement, Mme la Présidente, le Québec mérite mieux.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Manon Massé
Mme Massé : Merci, Mme la
Présidente. Je trouvais superimportant de venir intervenir sur le principe du projet de loi n° 1, la Constitution du
ministre, parce que je ne suis même pas certaine que c'est la Constitution de
l'ensemble de la CAQ, mais c'est définitivement la Constitution du
ministre de la Justice, qui a, comme ça, je ne sais pas, à un moment donné, en
fin de mandat, en fin de deuxième mandat, a décidé que ça prenait une
constitution. Même si les règles d'or de la
démocratie n'étaient pas en place, ce n'est pas grave, il voulait sa
constitution, il l'a déposée. Mais c'est très, très, très questionnable
parce que le peuple québécois, c'est un peuple fier, parce que le peuple
québécois, ça fait longtemps qu'il a hâte d'avoir sa constitution. Mais une
constitution, Mme la Présidente, ce n'est pas quelque chose qu'on écrit tout
seul dans son bureau, ce n'est pas respectueux de l'ensemble de l'adversité du peuple
québécois. Une constitution, elle ne peut
pas répondre à qu'une seule partie de ce qui constitue un peuple, ce n'est pas
possible. C'est sûr qu'on n'a peut-être pas la vision similaire de qui
est le peuple québécois, c'est possible, mais, peu importe, on cohabite ensemble, on vit, tout le monde, sur ce territoire. Et le
ministre de la Justice a décidé, lui, que la démocratie, c'était ici, dans l'enceinte du parlement du Québec, que ça se
jouait. Bien sûr, on écrit des lois. Il a écrit une loi, une loi n° 1 sur
la Constitution du ministre caquiste
en fin de deuxième mandat. Il a écrit ça, c'est vrai, mais la démocratie, ce
n'est pas ça. Heille! Il faut se le
rappeler, il se faut se le rappeler. Et c'est pour ça que nous, on se
dit : Heille! retirez-nous ça. Ce projet de loi là n° 1,
enlevez ça de là.
On veut faire une...
À Québec solidaire, on est indépendantistes, ça fait que, en matière de
constitution, on s'entend, là, nous, on veut même faire une démarche avec le
peuple québécois dans toute sa diversité pour arriver à faire émerger les
consensus, parce que c'est ça que tu mets dans ta constitution. Cette assemblée
constituante, qui est portée de tout coeur
par mon parti depuis sa création, rêve d'une constitution, d'un pays, mais pas
d'une constitution écrite dans un bureau, puis que les dernières
consultations, qui n'étaient pas prévues être grandes de même, bien,
finalement, on a réussi à faire... à mettre un peu d'eau dans le gaz pour faire
en sorte qu'il y ait une consultation large. Bien, cette consultation-là, elle
a fait l'unanimité ou presque, donc je dirais un large consensus sur : ça
n'avait pas de bon sens.
Alors,
ça n'a pas de bon sens. Il ne nous reste qu'une chose à faire, c'est de le
retirer. Quel temps perdu! On a d'autres choses à faire ici. Le peuple québécois souffre présentement. Alors,
comment ça se fait qu'on s'occupe de quelque chose sans en porter la démarche profondément
démocratique qu'exige une constitution? Pourquoi on perd notre temps là-dessus?
Bien,
moi, j'ai décidé de ne pas le perdre, à matin, parce que j'ai décidé de venir
m'exprimer là-dessus, parce que, comme citoyenne — je ne parle même pas, Mme la Présidente, comme
députée — comme
citoyenne, je suis profondément inquiète de ce qui est écrit dans ce projet
de loi là.
Pour
moi, il n'est pas réformable, et je vais vous en énumérer quelques raisons. Il
n'est pas réformable, premièrement, parce que la doctrine de la
découverte sur laquelle s'appuient beaucoup trop de légistes au Québec, au
Canada, à travers la planète, qui ferait à croire que, quand les premiers
Européens sont arrivés ici, bien, il n'y avait personne, hein, on appelle ça la doctrine de la découverte... bien,
quand je vois le projet de loi n° 1, la Constitution du ministre de la
Justice, je me dis : Ah! il s'appuie exactement sur cette
doctrine-là, qui a été écrite au XIIe siècle et dont l'Église catholique
elle-même a réfuté qu'elle n'avait aucun
pouvoir. Parce que c'était faux de dire que les gens qui étaient ici quand on
est arrivés, bien, ils ne savaient pas se gouverner, il n'y avait pas
d'État, ils ne savaient... donc, ils n'existaient pas. Ça fait que les
Européens, on est venus leur dire quoi faire. Bien, c'est ça que je retrouve
encore ici, le colonialisme de la bulle papale, de la doctrine de la découverte, le colonialisme qui a traversé
l'ensemble de mise en oeuvre des lois du Québec, du Canada, depuis que
le Canada est devenu une confédération, même avant ça, bien, ça perdure dans le
projet de loi du ministre de la Justice,
parce que la Constitution du ministre de la Justice, là, elle fait complètement
fi des gens qui étaient là quand nous, les Européens, on est arrivés, et
je parle, bien sûr, des Premiers Peuples.
Et pourtant ici même,
en Chambre, à l'unanimité, en 2019, le ministre de la Justice était là, il
était même leader, on a adopté une motion,
pas consensuelle, unanime, bon, peut-être qu'il n'était pas d'accord avec ça,
mais il ne l'a pas dit, il a voté pour, unanime, pour reconnaître que les
principes de la Déclaration des Nations unies pour les droits des peuples
autochtones, on est d'accord avec ces principes-là. Bon, alors, comment on peut
être d'accord avec les principes?
Par
exemple, bien sûr que le... un des premiers principes qu'il y a dans la
déclaration, c'est le droit à l'autodétermination.
C'est un droit qu'ont tous les peuples de la terre. Bien, comment se fait-il
que le... Bien, je ne commence même pas... Je n'aurais pas dû commencer
par celui-là. Je fais un «rewind», même si ça ne reculera pas, mais je le fais.
Ce que la déclaration nous dit... Et, je réitère, le même ministre qui a écrit
tout seul dans son bureau la Constitution caquiste
du Québec a voté pour une motion qui dit : Je reconnais les principes
qu'il y a dans la déclaration des Nations unies. Bien, l'article 19 nous dit que c'est essentiel que, tout ce qui
concerne les Premiers Peuples, il y ait un consentement libre, et éclairé, et préalable, préalable, de relations
avec les Premières Nations pour atterrir ces affaires-là. C'est sûr que, si tu
fais une constitution...
• (11 h 20) •
Puis j'étais là quand
l'APNQL est venue en commission parlementaire, j'ai vu comment le ministre a traité
ces hommes de... parce que c'était pas mal essentiellement juste des hommes,
ces hommes de représentation politique, ces
hommes de gouvernement, j'ai vu comment le ministre n'a, malheureusement, pas
su dignement, en notre nom, à nous, les parlementaires du Québec,
accueillir des gens qui représentent des gouvernements de d'autres peuples qui
vivent sur le territoire.
Bien
sûr, on cohabite depuis quelques siècles, mais on cohabite... quand je regarde
la Constitution de monsieur... du ministre de... du ministre de la
Justice, on cohabite, mais c'est nous autres, les Blancs, qui ont raison. Nous
autres, les Blancs, on le sait, ce qui est
bon. Nous autres, les Blancs, on vous le dit : Inquiétez-vous pas, les
autochtones, ça ne vous concerne pas, ce projet de constitution là. J'ai
entendu ça de mes oreilles de la part de la bouche du ministre, alors que... Quand il affirme clairement la
souveraineté du territoire du Québec dans son projet de loi, il se trouve bien
fin, Mme la Présidente, mais il est en train de brimer les droits
primaires, les droits ancestraux des gens...
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : M.
le leader adjoint, quel est votre rappel au règlement, s'il vous plaît?
M. Lévesque (Chapleau) : Oui,
j'en ai laissé passer quelques-unes, mais on prête des intentions, ici, au
ministre. J'aimerais que la collègue reste prudente dans ses propos.
Merci.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Mme la députée, s'il vous plaît, veuillez continuer avec prudence.
Merci.
Mme Massé :
Mme la Présidente, c'est très dur de continuer avec prudence, c'est très
dur, parce que, quand on dit la vérité, là, ça choque. Ça fait qu'il me semble
que je n'ai pas employé de gros mots puis je fais juste dire que la Constitution du Québec ne peut pas, absolument pas s'être
écrite sans avoir consulté les gens des Premiers Peuples. C'est impossible. Ils
étaient là avant nous autres. C'est eux autres qui nous ont accueillis. Bien,
c'est ça qu'il a fait, le ministre. Puis,
même quand il les a accueillis en commission parlementaire, il n'a pas su, en
mon nom puis en votre nom, avoir le sens de la diplomatie pour accueillir des
hommes d'État. Il a quasiment dit au chef de l'APNQL qu'il manquait... qu'il mentait. C'est grave. C'est comme si je
disais à n'importe quel gouverneur qui vient s'asseoir ici, en haut, dans les
estrades : Ah! désolée, vous êtes en train de dire quelque chose qui n'est
pas vrai. C'est dur, ça.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Mme la députée, on ne peut pas faire indirectement ce
qu'on ne peut pas faire directement. Vous
prêtez des intentions. Votre choix de mots n'est pas... les mots ne sont pas
vulgaires, les mots ne sont pas durs,
mais le choix des mots pour interpréter quelque chose que vous ne pouvez faire
indirectement... Je vous invite à la prudence, s'il vous plaît.
Mme Massé :
J'ai compris. Vous retournerez écouter la venue de l'APNQL et vous jugerez,
à ce moment-là, seulement si mes mots
étaient exagérés. J'ai repris des mots du ministre. Bien, je vais m'arrêter là
parce que je pense que, si je
continue dans ce sens-là, je vais perdre de précieuses secondes pour expliquer
au peuple du Québec que les Premiers Peuples, dans cette
constitution-là, se trouvent à voir complètement nié leurs droits ancestraux.
Et ça, à mon sens à
moi, comme Québécoise, je trouve ça inacceptable. Ça n'a pas sa place. Ça n'a
pas sa place, pourquoi? Bien, parce qu'une
constitution du Québec ne peut pas s'appuyer sur la doctrine de la découverte.
Le pape, il l'a déjà dit, que ce n'était pas vrai. L'ONU a déjà dit, que
ce n'était pas vrai. Le Canada a déjà reconnu que ce n'était pas vrai. Ça fait
qu'on va-tu finir par entendre raison, arrêter d'agir de façon coloniale envers
les Premiers Peuples? Et, s'il y a une
réelle volonté d'inscrire une constitution, bien, on retire ce qui est déjà sur
la table, parce qu'il n'a pas été fait dans un processus respectueux des
Premiers Peuples, on va s'asseoir avec les Premiers Peuples, on discute avec eux autres de comment ils veulent s'inscrire dans
ce processus-là, pas un petit 10 minutes à 42 communautés, là, et on
met en marche le peuple du Québec vers une vision espérée, une vision
commune.
Dans le projet sur la
Constitution, nos contre-pouvoirs démocratiques sont attaqués de plein fouet.
Écoutez, Mme la Présidente, ce n'est pas pour rien, là, que nos prédécesseurs
avant nous ont mis sur pied unanimement à l'Assemblée
nationale la charte des droits de la personne. Ça a une raison, ce n'est pas
pour rien. C'est un contre-pouvoir. Ce n'est pas pour rien que, oui,
l'État finance des organisations de la société civile. Mais il ne peut pas leur
dire : Mais tu n'as pas le droit de me contester, par exemple. On a déjà
vécu ça sous les libéraux, il y a plusieurs années. Je travaillais à Laval,
puis voilà la menace qu'on nous disait : Bien oui, mais, si tu la veux, ta
subvention, il te reste une chose à faire,
ferme ta gueule, puis là tu vas l'avoir, ta subvention. J'ai vécu ça au début
du siècle... bien, du siècle présent, pas
de l'autre avant. On ne veut plus jouer dans ce film-là, surtout si c'était
inscrit dans une loi. Heille! La démocratie, là, puis c'est ça que j'aurais envie de dire au ministre, la démocratie, ce
n'est pas épeurant, ce n'est pas épeurant, la démocratie. Oui, ça «shake», ce n'est pas tout le monde qui
pense pareil, c'est vrai. Mais ce n'est pas en mettant le poing sur la table
puis en disant : C'est moi qui a raison
qu'on agit la démocratie. La démocratie, c'est la délibération. La démocratie,
c'est le débat. La démocratie, c'est
d'avoir comme leader le sens de vers où va le peuple, où va la société. Pas où
c'est que moi, je veux qu'elle aille, où c'est que ça va.
Puis moi, je ne pense
pas que les femmes qui portent le hidjab trouvent que leur droit, retiré déjà
par ce même gouvernement là, qui se trouverait, bing! par-dessus, en plus, avec
une loi ordinaire, on va se le dire, adoptée à la majorité, c'est vers ça qu'on
s'en va, pour la Constitution du Québec, je ne pense pas que mes soeurs
musulmanes pratiquantes qui portent le hidjab trouvent que ça représente ce
qu'elles souhaitent. Ce qu'elles souhaitent, c'est de pouvoir enseigner. Ce qu'elles souhaitent, c'est de pouvoir être
intégrées à la société québécoise. Pas qu'on leur dise ou qu'on leur
interdise de porter ce qu'elles veulent.
Moi, comme féministe,
là, je ne prends pas ça. Pas le droit d'interdire, pas le droit d'obliger, ça,
c'est la base. Bien non, on n'est pas là. On
vient affaiblir le contre-pouvoir de la charte, notamment, et on vient
supposer, parce qu'il y a plus ou moins 80 quelques députés de l'autre côté,
qui ont été élus à 43 %, 44 % de la volonté populaire, qu'ils
pourraient imposer une constitution qui brime des droits des gens,
fondamentalement. Moi, je ne suis pas capable.
• (11 h 30) •
Vous le savez, Mme la
Présidente, moi, je suis une défenseure de droits. C'est ça, moi, qui m'a
amenée ici, c'est pour ça que je suis venue ici, pas pour affaiblir... pas pour
affaiblir, au contraire, pour renforcer la démocratie, pour qu'il y ait du
monde différent qui vienne dans cette enceinte sonner l'alarme à cause de la
richesse de l'expérience de vie qu'ils ont.
Je sais que tout le monde, ici, a une expérience de vie, je le respecte, mais,
moi aussi, j'en ai une, expérience de
vie. Puis ce n'est pas grave, je ne dis pas que j'ai raison. Je dis juste que
mon apport devrait constituer, si les gens écoutent, si les gens ouvrent les
yeux, si les gens ouvrent le coeur, contribuer à une... en fait, devrait être
une contribution à l'analyse globale de la situation.
Et, dans le cas de
cette constitution-là, Mme la Présidente, si, par aventure, il advenait que le
ministre se dise : Ce n'est pas grave, même si on a eu 43 % des voix,
on a la majorité de députés, et donc on va faire un bâillon puis on va le faire adopter, ah! là, je ne sais pas
qu'est-ce qui va rugir en moi. Là, c'est... Je ne sais pas qu'est-ce qui va
rugir. Juste y penser, ça me rend profondément mal à l'aise. Je pense à
mes frères et soeurs autochtones qui verraient leurs droits effacés, même si le
ministre a dit qu'il n'y aurait pas d'impact. Je pense à mes soeurs
pratiquantes qui portent l'hidjab, qui ne font pas de prosélytisme, mais qui sont
là par amour des enfants. Je pense... bien, je pense à bien du monde, puis
malheureusement le temps file. Je pense, Mme la Présidente, que, si la Coalition
avenir Québec pense passer ce projet de loi là sous bâillon, je ne leur
pardonnerai jamais. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Oui, Mme la députée de Bourassa-Sauvé, la parole est à vous.
Mme Madwa-Nika Cadet
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. À mon tour, Mme la Présidente, de prendre la parole dans le cadre
de l'adoption du principe du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Mme la Présidente,
je vais employer des mots forts ici, je pense que le projet de loi n° 1 n'est tout simplement pas digne de porter le nom de
Constitution, n'est pas à la hauteur de ce que l'on s'attend, comme Québécois,
comme citoyens, d'une loi des lois.
D'abord, Mme la Présidente, donc, vous dire
qu'au Parti libéral du Québec, pour nous, donc, nous sommes en faveur du principe d'une constitution du Québec.
Parfois, on nous... on peut entendre, dans l'espace public, le fait de nous
prêter, donc, certaines intentions, donc,
quant à notre position sur le fait, donc, d'établir, donc, un socle
constitutionnel, donc, qui prendrait
la forme d'un cadre juridique, donc, comme le fait, donc, une constitution,
mais je tiens à le réitérer, Mme la Présidente, qu'au cours de notre
existence, donc, comme parti dans le Québec moderne, chaque génération de
libéraux a toujours cru et a toujours défendu ardemment le fait de présenter un
projet de constitution du Québec.
C'était déjà le cas, donc, dans les
années 60, avec le rapport Gérin-Lajoie en 1967, donc, qui présentait...
qui était d'abord précurseur, hein, de cette
position de mettre de l'avant un projet de constitution du Québec. Nous étions
d'abord, donc, le premier parti à le
faire. Une génération plus tard, le regretté Benoît Pelletier, donc, le
proposait, donc, le proposait ardemment et le mettait de l'avant dans le
cadre de son rapport de 2001.
La
Commission-Jeunesse de notre parti politique l'a également défendu en 2017. Je
me souviens avoir regardé... je
n'étais pas encore élue, mais avoir regardé, donc, des débats en Chambre, alors
que le... dans ce qu'on appelle communément une motion du mercredi,
donc, les élus de la précédente législature, de la 42e, étaient dans cette
enceinte, en fait au salon bleu, à défendre, donc, un projet et notre vision
d'une constitution du Québec.
Moi-même, Mme la Présidente, donc, ayant été sur
le... étant... ayant coprésidé, donc, le comité de relance de notre parti
politique, nous avons sillonné le Québec, j'ai entendu des gens partout à
travers la province nous dire à quel point, donc, c'était un projet qui leur
tenait à coeur. Nous l'avons défendu, nous l'avons indiqué dans notre rapport,
et il s'agit d'une position officielle et renouvelée des instances du Parti
libéral du Québec.
Donc, vous... je vous nomme ce processus, Mme la
Présidente, pour bien mettre la table, pour vous indiquer à quel point nous croyons, donc, en un document
fondamental, qui était ce que... quelles sont les assises du modèle québécois
et qui protège notre nation. Sur le plan
constitutionnel, on le sait, que le cadre fédératif canadien le permet. La
Colombie-Britannique est elle-même dotée d'une constitution, comme province.
Donc, c'est un projet auquel nous croyons,
c'est un projet que nous avons défendu sur plus de 50 ans, maintenant. Et
c'est donc vous dire à quel point, donc, nous prenons, donc, au sérieux
ce qui devrait se retrouver dans un projet de constitution, mais également
comment un tel projet devrait être adopté.
C'est donc dans cet esprit, Mme la Présidente,
que... à quel point, pour nous, nous sommes... nous avons été offusqués du
processus ayant mené au dépôt du projet de loi n° 1
par le ministre de la Justice. Je pense que je n'ai pas été la première à prendre la parole ici puis à vous illustrer à quel
point, donc, ce processus-ci vicie complètement le projet, donc, qui est
présenté.
En fait, on a l'impression que le ministre de la
Justice est complètement passé à côté d'une belle occasion de devenir le père, donc, d'un projet fondamental qui
pourrait rallier l'ensemble des Québécois, mais en présentant le projet, donc,
comme il l'a fait, en demandant... en mettant de l'avant, donc, un rapport
qu'il avait commandé, qui, lui-même, donc, le rapport Pelchat... non,
Rousseau-Proulx, qui, lui-même, indiquait comme recommandation de consulter
l'ensemble des Québécois, de consulter l'ensemble des parties prenantes,
d'y aller avec un processus qui soit transpartisan...
C'est d'ailleurs ce que nous, nous proposions,
nous-mêmes, donc, dans notre propre projet constitutionnel. Un document comme
celui-ci, Mme la Présidente, est si fondamental qu'on ne peut pas tout
simplement le déposer dans cette enceinte et
se dire : Bien, voilà, donc, on y va, donc, de consultations
particulières, comme s'il s'agissait, donc, de n'importe quel autre
projet de loi. Il faut rallier l'ensemble de la société autour de ce processus-ci,
et plusieurs l'ont nommé lors des consultations, parce que, bon, après avoir
protesté vigoureusement à reculons, le ministre de la Justice, donc, s'est résigné, donc, à tenir, finalement,
donc, des consultations élargies après que tout le monde lui ait dit que ça
n'avait absolument pas de bon sens.
Donc, c'était donc, donc, le... on avait donc le
pire du pire des scénarios, Mme la Présidente. Donc, il a fait, donc, un certain progrès, certes, mais tout le
monde est venu nous dire, quand même... ou bien des parties prenantes sont
venues nous dire, quand même, dans le cadre de ces consultations générales, que le... bien, en fait, tout ça aurait dû être fait en amont. On a vu, donc, les représentants des Premières Nations qui sont venus dire : Bien, voyons donc!
Donc, on nous parle d'une relation...
d'une relation nation à nation, mais le gouvernement, dans le cadre du dépôt de
sa constitution, n'a même pas daigné venir nous consulter, venir
s'assurer que nous étions partie prenante, main dans la main, dans le dépôt de
ce projet de loi. Plusieurs des groupes, je l'ai mentionné, sont venus le
préciser dans leur présentation en consultations générales.
Les autres groupes qui n'ont pas été entendus
l'ont aussi précisé, donc, dans leur mémoire. Je vous cite, à titre de
porte-parole en matière de travail... le mémoire de la Fédération des
travailleurs et travailleuses du Québec nous dit qu'il s'agit d'un processus qui fait fi de la démocratie et qui divise.
La CSQ nous dit — c'est
fort : «Nous sommes d'avis que le projet de loi n° 1, sur le
plan tant du processus que de son contenu — et j'y viendrai — n'est
pas à la hauteur pour constituer la loi
suprême du Québec. Il s'agit d'un processus qui manque de légitimité
démocratique.» Donc, je vous les cite encore : «Le projet est
réduit au cheminement d'une loi régulière, élaborée par quelques individus
derrière des portes closes et présentée à moins d'un an
de l'élection générale. Il nous apparaît qu'un tel processus porte atteinte à
la légitimité même du projet. Ça risque d'entraîner des répercussions
importantes sur son appropriation future par la population et les différents
groupes de la société.»
• (11 h 40) •
Donc, vous comprenez,
Mme la Présidente, qu'ici le ministre, essentiellement, fait l'unanimité contre
lui sur la façon dont ce projet de loi là a été déposé. Vous vous souviendrez,
même, le jour même du dépôt, c'était assez exceptionnel de voir, lorsque la
présidente demandait, donc, si l'Assemblée accepte de se saisir de ce projet de
loi, que l'ensemble des partis politiques
représentés, donc, en cette Chambre se sont levés en disant : Bien non,
Mme la Présidente, nous n'acceptons
pas de nous saisir de ce projet de loi, ce n'est pas comme ça que ça devrait se
produire lorsqu'on parle de la loi des lois.
Et, si c'était la
seule problématique, Mme la Présidente, je ne dis pas qu'on aurait pu passer
outre, parce que c'est absolument fondamental... Je vous ai cité quelques
groupes, et puis on pourrait certainement, donc, reprendre les propos de
plusieurs autres acteurs de la société civile, qui, d'ailleurs, donc, ce matin
même, donc... qui étaient là, et ils s'élevaient
pour demander le retrait du projet de loi, comme, d'ailleurs, donc, le Parti
libéral du Québec, avec, à sa tête, Charles Milliard, donc, l'a fait
aussi, donc, la semaine dernière, en nous disant : Non, non, non, donc, ce
processus ne fonctionne pas, repartons à zéro. Mais, si ça, c'était le seul problème,
Mme la Présidente, bien, au moins, on pourrait se dire : OK, bien, dans... ce qui se retrouve dans ce projet de
loi ci, bien, peut-être qu'on a quelque chose qui fait consensus, peut-être qu'on a, au sein, donc, du projet de loi n° 1, donc, un contenu qui fait l'unanimité, qui est
en mesure de rallier les Québécois et de constituer une loi des lois,
mais malheureusement, Mme la Présidente, ce n'est pas le cas.
Malheureusement, nous
avons été, au Parti libéral du Québec, excessivement préoccupés par plusieurs
aspects de ce projet de loi, et
particulièrement je vais vous nommer, donc, les dispositions qui empêchent des
parties prenantes, donc, qui, donc, reçoivent, qui se... des biens, des
fonds publics, qui se financent, donc, à travers des fonds publics et qui ne
pourraient pas contester le caractère opérant ou la constitutionnalité d'une
loi... bien, essentiellement, donc, d'une loi, donc, qui a été décidée par le ministre de la Justice, hein? Et, Mme la
Présidente, pour un Québec qui s'est construit sur l'État de droit, pour
un Québec qui a adopté, il y a 50 ans... L'année dernière, donc,
l'ensemble des partis politiques étaient à l'agora de l'Assemblée nationale
pour souligner le 50e anniversaire de notre charte québécoise des droits
et libertés, qui a été adoptée à
l'unanimité, en passant. Bien, vous comprendrez qu'ici, d'affaiblir les
contre-pouvoirs, c'est excessivement sérieux. Quand le Barreau du Québec
se lève, comme protecteur des justiciables et protecteur de l'État de droit, qu'il nous dit : On a ici, donc,
une disposition qui vient littéralement bafouer, donc, la capacité de
plusieurs... bien, en fait, des justiciables, donc, qu'il s'agisse de
personnes physiques ou de personnes morales, de pouvoir contester le caractère
opérant la constitutionnalité d'une loi dans une démocratie qui repose sur la
séparation des pouvoirs et l'État de droit, c'est un recul. C'est tout
simplement un recul, Mme la Présidente.
Quand on a... Puis il
y a le principe, puis ensuite il y a l'aspect un peu cynique de la chose, Mme
la Présidente, parce que, dans tout ça, si
on avait l'impression que c'était tout simplement, donc, une disposition
théorique, on pourrait poursuivre tout simplement, donc, dans ce
débat-ci puis se dire : Bien, attention, attention aux dérapages
potentiels. Mais ici, considérant le fait qu'on a des commissions scolaires — je
suis porte-parole en matière d'éducation, donc je le porte — qu'on
a des organisations syndicales — comme porte-parole de travail, je le
nomme aussi — qu'on
a donc différentes instances de la société
civile qui ont contesté la constitutionnalité, donc, de certaines lois qui ont
été adoptées par ce gouvernement-ci dans le cadre de cette législature
ou de la législature précédente, puis que le gouvernement, il s'est dit : Moi, ça me titille, moi, je
n'aime pas ça qu'on vienne contester ce que nous, nous avons mis en place — sous
bâillon, en passant — bien,
il y a quelque chose de profondément cynique, Mme la Présidente, pour les
citoyens qui nous regardent, qui regardent
le socle de la démocratie québécoise puis qui se disent : Les
parlementaires sont-tu vraiment... les parlementaires qui nous
représentent à l'Assemblée nationale sont-tu vraiment en train de nous dire
que, bien, s'ils ne sont tout simplement, donc, pas d'accord avec le... notre
désaccord, s'ils se disent qu'ils ne sont pas capables, donc, de tolérer le fait que des personnes physiques ou
morales, que des représentants de la société civile québécoise, bien, puissent
souligner le fait que, bien, pour nous, ici, ça, ça ne respecte pas notre
propre charte, on ne parlera pas de la Charte canadienne ici, mais même
notre propre charte québécoise des droits et libertés, bien, que, là, paf!
bien, on peut tout simplement leur
dire : Vous savez quoi, vous, vous ne pouvez pas le contester? C'est une
dérive, c'est une dérive autoritaire, Mme la Présidente. Je ne vais même
pas, ici, au conditionnel, c'est factuel.
C'est dans ce cadre-là, Mme la Présidente, que
plusieurs organisations de la société civile, au-delà du processus, se
lèvent et viennent nous dire : Bien, voyons donc! Ce document-là ne peut
pas constituer une loi des lois. On est où? On
est au Québec, Mme la Présidente. On est dans un État... Nous vivons dans un
État progressiste. Nous vivons dans un État qui est considéré comme un
modèle par plusieurs. Nous ne pouvons pas nous permettre, après 50 ans,
60 ans de progrès, de tout simplement reculer sur les fondements mêmes de
l'État de droit. Ça, certainement, ça me dépasse, ici.
Mais, Mme la
Présidente, vous vous imaginez, j'ai nommé, donc, les cas qui se sont produits
au cours des dernières années, mais imaginez le Directeur général des élections,
le DGE, qui ne pourrait pas contester, donc, le caractère opérant d'une loi si
on décide, par exemple, donc, de lui accorder un tel statut. On dit : Non,
non, le Directeur général des élections ou la commission des droits de la
personne et de la jeunesse — et
ça, ça peut très bien arriver dans le cadre
de son mandat, Mme la Présidente — non,
non, vous ne pouvez pas contester la constitutionnalité d'une loi. Je ne pense
pas que ça, c'est le Québec dans lequel la grande majorité des Québécois
souhaitent vivre, Mme la Présidente. Et je ne pense pas, encore une
fois, à travers le processus qui a mené, donc, à la présentation du projet de
loi n° 1, que le ministre de la Justice, à quelques mois des élections,
dispose de la légitimité pour nous présenter un projet comme celui-ci, avec des
dispositions qui dérangent et qui ne sont tout simplement pas à la hauteur du
modèle québécois.
Autre aspect dont on aurait pu se passer, Mme la
Présidente, évidemment, donc, on se souviendra, donc, de tout le tollé qu'a
suscité l'inclusion, dans la première mouture du projet de loi n° 1, de
dispositions visant à — je
mets des guillemets — protéger — fermeture
des guillemets — le
droit à l'avortement. Bien, d'une part, Mme la Présidente, on le sait, là, au Québec, donc, si on veut
vraiment protéger le droit à l'avortement, bien, il faut protéger l'accès. Le
véritable défi, il est là. Tout le
monde nous l'a dit, ça, c'est factuel. Mais ce qui m'a dépassée dans ce
débat-là... Évidemment, le ministre
nous a dit : Regardez, moi, j'ai écouté, j'ai reculé là-dessus,
finalement. C'est que non seulement, donc, on a pris... on a passé énormément de temps, donc, sur ce
débat-ci, donc, nous empêchant, donc, de poursuivre et d'y aller, donc, dans
un autre débat de fond, bien, en plus de ça, Mme la Présidente, c'est qu'on a
déjà joué dans ce film-là dans le cadre de cette
législature-ci, pas il y a huit ans, pas il y a 20 ans, ça fait à peine
deux ans. L'ex-ministre de la Condition féminine avait, du bout des lèvres, annoncé cette... présenté
cette volonté-là, donc, de légiférer, de dire : Ah! voilà, donc, au
Québec, on aura une loi pour protéger
le droit à l'avortement. Et je me souviens, en fait, on était tous — et
lui — ici,
Mme la Présidente, encore une fois, c'était dans la
43e législature, tous les groupes féministes se sont levés et ont
dit : Écoutez, c'est une très mauvaise idée. Ces groupes ont présenté un
argumentaire solide et étayé pendant plusieurs semaines, ayant mené
l'ex-ministre de la Condition féminine à reculer sur cette volonté et à
admettre qu'il s'agissait d'une erreur, à admettre qu'elle avait erré dans sa proposition, qui, à sa face même, avait
peut-être l'être... avait peut-être l'air d'être intéressante... On se dit : Bien, nous, chez nous, là, le
libre choix, bien, c'est absolument important, c'est absolument essentiel,
c'est une valeur cardinale que l'on
partage tous, ici, mais, quand les principaux experts... quand il y a
unanimité, pas juste consensus, mais unanimité dans l'espace public,
puis qu'on nous dit : Non, non, non, ne faites pas ça parce qu'il y a des
risques, encore une fois, de dérive, il y a
des risques que certains groupes tentent de contester ce type de disposition,
c'est pour ça qu'on ne le veut pas dans un projet de loi, c'est pour ça qu'on
ne le veut pas, que ce soit encadré sur le plan législatif, bien, à ce
moment-ci, bien, je pense qu'il faut les écouter.
D'ailleurs, c'est ce qui est arrivé dans le
cadre du débat entourant ces dispositions présentées au sein du projet de loi n° 1. Il y a au moins un
groupe antichoix qui s'est dit : Non, non, non, nous, on attend juste ça,
on attend juste ça, que le ministre de la Justice, donc, adopte son projet de
loi pour qu'on puisse challenger, qu'on puisse contester ce type de
disposition. Imaginez donc le risque qu'a posé le ministre de la Justice tout
simplement, donc, en mettant de l'avant un débat qui avait été réglé, Mme la Présidente.
On ne parle pas d'un débat théorique, c'est un débat qu'on avait fait, puis il
l'aurait mis sur la table et... Malheureusement, je suis obligée de prêter des
intentions au ministre, qui avait... qui
semblait nous dire : Bien, regardez, donc, moi, je vais avoir l'air, donc,
de quelqu'un qui sait écouter, donc, en reculant là-dessus, alors que
tout le monde, donc, au Québec qui suivait, donc, ce débat, donc, sur le droit
à l'avortement, donc, avait suivi ces développements puis a été profondément déçu
de la démarche employée par le ministre de la Justice.
Il ne reste déjà pas beaucoup de temps, Mme la
Présidente, mais je vais terminer, donc, sur un aspect, donc, qui... du projet
de loi n° 1, donc, qui est
important pour nous, au Parti libéral du Québec, mais c'est tout ce qui
concerne la banalisation, donc, de la clause dérogatoire, je vous le nomme. On
n'est pas, donc, les seuls, donc, à se questionner sur le... sur cet aspect-là
de la Constitution, du projet de constitution. On nous dit : Bien, la
Constitution est là pour affaiblir les droits et libertés. Je vous cite
d'autres grands titres, parce qu'il reste si peu de temps : «Une absence
de formule d'amendement et un pouvoir exécutif qui est trop dominant», on
a «une constitution qui est là pour étouffer la dissidence». Bien, dans
tout ça, Mme la Présidente, bon, là, je n'aurai manifestement pas eu le temps
de m'étayer sur ce sujet-là, mais, lorsque l'on banalise le fait, donc, non
seulement, donc, de permettre, donc, la dissidence, bien, on heurte l'ensemble
des Québécois, Mme la Présidente. Merci.
• (11 h 50) •
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Verdun.
Mme Alejandra Zaga Mendez
Mme Zaga
Mendez : Merci, Mme la
Présidente. À mon tour de me prononcer sur le principe de ce pseudo-projet de
loi, ladite constitution qui nous est présentée par la CAQ. Puis aujourd'hui
mon exposé... puis la raison pour laquelle j'ai le goût qu'on amène cette
vision environnementale, une vision environnementale de qu'est-ce que ça veut
dire, inscrire une constitution avec des protections, pas seulement du territoire,
mais protections des droits humains par... en
lien avec l'environnement. L'environnement, c'est une des raisons pour
laquelle, même si j'ai... Moi, j'ai porté le dossier pendant des années et je porte, en ce moment, le
dossier des ressources naturelles, puis c'est une des raisons pour laquelle
je me suis lancée en politique, et plusieurs
personnes de ma génération croient encore que ça doit être le moteur de notre
implication et notre travail ici, à l'Assemblée nationale, vu les différentes
crises qu'on traverse.
Alors, lorsque nous parlons d'une constitution,
l'objectif derrière ça, c'est les fondations de notre société, c'est parler des
fondations de notre société. Une constitution, c'est ce qui définit les valeurs
fondamentales que nous allons choisir ensemble de protéger ou pas, ce qui fixe
les principes qui guident l'action de l'État aujourd'hui, mais aussi l'action
de l'État pour les générations futures et les générations qui viendront après
nous.
En ce moment, parler des générations futures,
c'est parler de l'impact de la crise climatique, c'est l'impact de la perte de
la biodiversité, parce que c'est ça qu'on vit en ce moment, un monde marqué par
la crise, marqué par la crise climatique, par la perte accélérée de
biodiversité, par les impacts croissants de la dégradation environnementale sur la santé humaine. Et, pour nous, il est
évident qu'une constitution moderne, une constitution québécoise aussi, parce
que c'est très profond dans nos valeurs
québécoises, la protection du territoire et la protection de l'environnement,
bien, cette constitution doit protéger le droit de vivre dans un
environnement sain. Et pourtant ce n'est pas ça du tout qui est proposé dans le
projet de loi n° 1.
À Québec solidaire, on s'oppose, bien sûr, à
cette constitution caquiste non seulement parce qu'elle n'a fait l'objet
d'aucune consultation populaire, aucune consultation digne de ce nom qui
mobilise les gens au Québec autour d'un projet fondateur, mais aussi parce
qu'elle compte des reculs, pour nous, inquiétants pour les droits fondamentaux et notamment en matière d'environnement. Parce que,
lorsqu'on lit attentivement le texte, on constate une omission frappante, c'est
qu'il ne reconnaît pas clairement les droits, pour les Québécoises et les
Québécois, de vivre dans un environnement
sain et respectueux de toute notre biodiversité. Donc, l'environnement demeure
et continue à être un angle mort de la constitution caquiste qui nous
est présentée.
Vous savez, le Québec
possède déjà un acquis fondamental en matière de protection de l'environnement,
l'article 46.1 de la charte québécoise des droits et libertés, notre
charte, qui est une charte extrêmement moderne et puis une charte pour laquelle on doit être fiers parce qu'on a été des
précurseurs. Dans cette charte, l'article 46.1 nous dit que la
personne reconnaît... pardon, cet article reconnaît explicitement que toute
personne a le droit de vivre dans un environnement sain et respectueux de la
biodiversité. Cet article est important, il établit un principe clair,
c'est-à-dire la protection de l'environnement est une question de droits
humains. On ne protège pas seulement l'environnement de façon isolée, on ne
conserve pas la biodiversité seulement pour qu'elle existe, c'est parce qu'elle
a une importance pour nous, pour notre droit
à un environnement sain, à l'air qui n'est pas pollué, à l'eau qui n'est pas
polluée, à vivre dans un
environnement qui nous permet de nous épanouir. Mais, lorsqu'on regarde la
Constitution proposée par le gouvernement, cet article n'y apparaît pas,
ce principe n'est pas dans le projet de loi.
Plus
encore, l'ensemble des articles, lorsqu'on regarde en détail les
articles 39 et suivants de la charte, qui reconnaît aussi des droits économiques et sociaux
existentiels... essentiels, pardon, pour la dignité humaine, tous ces
principes-là ont été écartés du texte constitutionnel. Ce choix, pour
nous, n'est pas neutre, il est lourd de sens, surtout à la lumière des crises
climatiques qu'on traverse, dans un contexte où les scientifiques sont unanimes
à dire que les changements climatiques et la destruction de la biodiversité
constituent des menaces graves, très graves pour l'avenir de l'humanité. Ne pas constitutionnaliser le droit à un
environnement sain est une décision, pour nous, profondément préoccupante. Cela
signifie que le gouvernement choisit de ne pas faire de la protection de
l'environnement un principe constitutionnel fondamental. Et à la lumière des
crises qu'on traverse, pour nous, c'est un manque, manque grave, un angle mort
de cette constitution, qui, encore une fois, n'a pas été sujette de
consultation populaire comme on aurait dû le faire pour avoir un texte aussi
fondateur.
J'ai le goût de vous
parler de la protection de l'eau, qui est un peu illusoire dans tout le texte.
Je sais que...
Il me reste combien
de temps, en ce moment, Mme la Présidente? Je pense que je vais devoir
revenir... Je vais devoir revenir, c'est
bien ça? Alors, je vais continuer mon plaidoyer plus tard pour parler de la
question de l'eau dans la Constitution.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Parfait, Mme la députée.
Compte tenu de
l'heure, et afin de permettre la tenue des affaires courantes, cet après-midi,
le présent débat est ajourné, et les travaux sont suspendus jusqu'à
13 h 40. Merci, tout le monde.
(Suspension de la séance à 11
h 59)
(Reprise à 13 h 41)
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Bon mardi. Vous pouvez vous asseoir.
Affaires
courantes
Déclarations
de députés
Alors, nous allons
débuter nos travaux avec la déclaration de députés. Et je cède immédiatement la
parole à Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Rendre hommage aux bénévoles
du Club Motoneige La Tuque
Mme Marie-Louise
Tardif
Mme Tardif : Le Club Motoneige La Tuque a été fondé en 1969. 535 kilomètres de
sentiers, répartis en 10 pistes, entretenus
par des bénévoles. Ce sont sept super bénévoles qui font tout :
l'administration, l'achat d'équipements, même la construction d'un
garage et le surfaçage des pistes. Ils travaillent de 10 à 12 heures par
jour, les jours d'hiver, et même quelques
semaines avant et après la saison pour tout préparer. Le surfaçage est fait
trois jours par semaine. Chaque conducteur reste environ 10 heures
par jour dans sa machine à entretenir minutieusement les pistes.
Je rends hommage à
ces personnes qui ont fait des milliers d'heures de bénévolat depuis des
décennies pour permettre à des milliers de
motoneigistes de s'amuser et de circuler sur les sentiers en toute sécurité,
plus particulièrement à Claude
Gagnon, président depuis 2016, à Réjean Parent, vice-président depuis 2015, et
à Réjean Frappier, administrateur depuis 2016. Messieurs, merci.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Je vous remercie, Mme la députée. Nous allons
maintenant poursuivre avec M. le député de Jacques-Cartier.
Souligner
la fête de la Saint-Patrick
M. Gregory
Kelley
M. Kelley : Mme la Présidente, mes chers collègues, joyeuse
Saint-Patrick. Aujourd'hui, on fête, oui, Saint-Patrick partout au Québec. Et c'est pas mal facile, Mme la
Présidente, de le faire, oui, grâce à des différentes pubs... pubs, mais
aussi grâce à des différents groupes communautaires. Il y a des défilés, des
parades partout sur le week-end, à Rawdon, à Québec, quand même à Hudson, aussi
à Montréal. Alors, il y a plein de différentes festivités où toutes les
familles du Québec peuvent participer et fêter la fête irlandaise ici, au
Québec.
We
always like to think of the Irish for a little bit of beer and a little bit of
whiskey, but the Irish are a lot more than just that. There is a longue list of
great writers and artists that we can be very proud of. On peut juste
quand même penser à M. Nelligan, qui était un grand poète puis a eu des
racines irlandaises.
The
Irish have contributed to Québec society, Canadian society, and we can be proud
of their legacy.
So,
again... Joyeuse Saint-Patrick! Happy Saint Patrick's! «Sláinte!»
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, M. le député. Maintenant, je cède la parole à M. le député de
Joliette.
Féliciter le Centre culturel
Desjardins, lauréat d'un prix RIDEAU
M. François
St-Louis
M. St-Louis : Merci, Mme la Présidente. Je souhaite aujourd'hui rendre hommage à un
véritable joyau lanaudois, à une institution culturelle joliettaine au
rayonnement régional et provincial, et j'ai nommé le Centre culturel Desjardins
de Joliette.
C'est en février
dernier, Mme la Présidente, lors du Gala des prix RIDEAU 2026, que le centre
culturel s'est vu décerner le prix
Responsabilité sociale et environnementale. Cette reconnaissance découle
directement d'une initiative des plus
inspirantes nommée L'Art de donner. Le centre culturel offre donc la gratuité
pour certains spectacles, soutenant ainsi les artistes de la diversité et
accueillant du même coup des publics plus marginalisés, tout ça en amorçant
une véritable transition écoresponsable.
Comme l'ont souligné
les membres de l'équipe du centre culturel, les arts vivants ne sont pas
seulement un divertissement, ils sont un
moteur de solidarité, un espace d'ouverture et un formidable vecteur d'espoir
pour toute notre collectivité.
Bravo à toute
l'équipe! Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, M. le député. Maintenant, je cède la parole à Mme la députée de
Verdun.
Souligner la tenue de la 14e édition
de l'évènement Cabane Panache
Mme Alejandra
Zaga Mendez
Mme Zaga
Mendez : Merci, Mme la Présidente. Comme vous le voyez, je suis prête
pour la 14e édition de la Cabane Panache, le plus grand rassemblement de
bois et d'érable en ville, qui se déplace chaque année sur la rue Wellington,
au coeur de Verdun.
La
Cabane Panache est devenue bien plus qu'un festival, c'est une tradition
emblématique. Notre artère commerciale se transforme en une véritable
cabane à sucre urbaine, où la musique québécoise résonne, où toute la communauté, peu importent nos origines, on se
rassemble pour célébrer le temps des sucres. C'est l'occasion de saluer les
talents culinaires, le travail de tous nos restaurateurs, les savoir-faire de
nos artisans. Ça me rend très, très fière, parce qu'au-delà de la fête cet
évènement rappelle que Verdun est un quartier vivant et très, très attaché à sa
culture.
Je
veux souligner le travail extraordinaire de notre société de développement
commercial, la SDC de la promenade Wellington, tous les bénévoles, tous
les commerçants qui vont rendre ce succès possible année après année. Alors,
bonne cabane Panache à toute notre communauté.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Alors, sans plus tarder, je cède la parole à M.
le député de Johnson.
Souligner le 45e anniversaire
de l'organisme La Rose des Vents
M. André
Lamontagne
M. Lamontagne : Merci, Mme la Présidente. C'est avec
reconnaissance que je souligne aujourd'hui l'engagement indéfectible de l'organisme La Rose des Vents, qui
depuis plus de 45 ans oeuvre auprès des femmes et des enfants victimes
de violence conjugale.
Aux
femmes qui franchissent ses portes, l'organisme offre un espace sécuritaire, un
accompagnement humain et un temps d'arrêt nécessaire pour se reconstruire.
Par la compétence et la sensibilité de son équipe, La Rose des Vents permet aux
femmes et à leurs enfants de reprendre pouvoir sur leur vie et d'entrevoir un
avenir plus serein.
Je salue le dévouement des
intervenantes et des bénévoles ainsi que le courage et la résilience des femmes
et des enfants qui séjournent à La Rose des Vents.
Présente
dans nos écoles secondaires et engagée dans de nombreux partenariats
communautaires à Drummondville, la ressource agit aussi en prévention et
en sensibilisation, contribuant ainsi à briser le silence et à faire évoluer
les mentalités face à la violence conjugale.
À
l'image de son nom, La Rose des Vents demeure un repère, une direction et un
espoir pour celles qui cherchent à se relever. Bravo et merci.
Mme
la Présidente, les codirectrices de l'organisme, Édith Doucet et Stéphanie
Gauthier, sont avec nous aujourd'hui.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, M. le député. Maintenant, je cède la parole
à Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.
Souligner le 10e anniversaire
de l'Union étudiante du Québec
Mme Michelle
Setlakwe
Mme Setlakwe :
Mme la Présidente, j'ai le plaisir de souligner aujourd'hui le
10e anniversaire de l'Union étudiante du Québec.
Depuis sa création,
en 2016, l'UEQ s'est donné pour mission de défendre les droits et les intérêts
de la population étudiante. Aujourd'hui composée d'une quinzaine d'associations
étudiantes universitaires et représentant plus
de 117 000 membres, l'UEQ oeuvre ainsi à l'amélioration concrète des
conditions aux études en s'adaptant aux enjeux et aux réalités propres des étudiantes et étudiants. Elle s'impose comme
un acteur clé du mouvement étudiant québécois, qui contribue aux débats
sociaux.
Dans le cadre de mes
fonctions de porte-parole en enseignement supérieur, j'ai pu constater la
rigueur, le sérieux et la qualité de leur travail.
Je
tiens d'ailleurs à saluer Flora et Sabrina, toutes deux présentes aujourd'hui
dans les tribunes. Bravo pour votre travail! Joyeux
10e anniversaire et longue vie à l'UEQ! Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Maintenant, je cède la parole à M. le député de
Portneuf.
Souligner le succès du projet
Mini-Chefs
M. Vincent
Caron
M. Caron :
Mme la Présidente, j'aimerais vous parler d'une initiative particulièrement
judicieuse du service des... des loisirs,
pardon, de la ville de Saint-Basile, dans Portneuf. Il s'agit des ateliers
Mini-Chefs, qui sont organisés chaque semaine afin d'initier à la
cuisine les élèves de la quatrième à la sixième année du primaire.
Pour ces jeunes,
c'est un moment précieux de partage et d'apprentissage. En effet, ils
découvrent de nouveaux aliments et préparent eux-mêmes des plats qu'ils rapportent
fièrement dans leurs familles, donnant ainsi l'envie à leur entourage de
cuisiner différemment, de cuisiner sainement. C'est une expérience hautement
enrichissante qui va suivre ces jeunes toute la vie et notamment lorsqu'ils
devront quitter le nid familial.
Je
remercie sincèrement Hélène Mc Hugh, Virginie L'Espérance ainsi que l'étudiante
en cuisine professionnelle Kate Lavoie pour l'animation de ces ateliers. Merci
pour cette recette gagnante et bravo à tous nos jeunes chefs en herbe.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, M. le député. M. le député de
Matane-Matapédia, la parole est à vous.
Rendre hommage à M. Nicolas
Demers
M. Pascal
Bérubé
M. Bérubé :
Mme la Présidente, c'est avec une profonde tristesse que je rends hommage,
aujourd'hui, à la mémoire de Nicolas Demers, décédé à l'âge de 43 ans.
Nicolas était une
personne appréciée de toute la communauté matapédienne. Il nous a
malheureusement quittés à la suite d'un accident, le 5 mars dernier.
Originaire de
Sayabec, il était producteur bovin de grande culture et s'était récemment joint
à l'équipe de Machinerie JNG Thériault.
Par son engagement
indéfectible et sa grande générosité, il méritait tous les éloges de la vallée
de La Matapédia et au-delà. Il a contribué au rayonnement de notre région et a
été une personnalité inspirante par ses actions. Nicolas a d'ailleurs été lauréat du prix Hommage
bénévolat-Québec dans la catégorie Jeune bénévole en 2010 et a remporté le tout
premier prix Hommage Gérald-Lavoie lors de la Semaine de l'agriculture
matapédienne, en 2023.
Depuis ces derniers
jours, des centaines de témoignages ont afflué tandis que des producteurs
formaient une haie d'honneur avec leurs tracteurs, rendant un dernier hommage à
l'homme que nous aimions et respections tant.
Je tiens à transmettre
toutes mes condoléances à sa conjointe, Arianne, à ses parents, Jean-Guy et
Brigitte, à sa soeur, Sandrine, à ses frères,
Jean-Luc, Jean-Michel et Olivier, ainsi qu'à tous ses proches, collègues et
nombreux amis, dont je suis. Merci, Mme la Présidente.
• (13 h 50) •
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député. Maintenant,
Mme la députée des Plaines, à vous la parole.
Souligner le 25e anniversaire de La Fournée
d'Hortensia
Mme Lucie Lecours
Mme Lecours
(Les Plaines) :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je suis très
heureuse de souligner aujourd'hui les
25 ans d'une entreprise bien connue de ma circonscription, La Fournée
d'Hortensia, une boulangerie située à Sainte-Anne-des-Plaines.
Depuis 2001,
cette boulangerie de quartier accueille les Anneplainois dans une ambiance
chaleureuse et familiale en offrant chaque jour, et ce, très tôt le matin, aux
petites heures du matin, des produits préparés avec soin et passion.
J'ai eu le plaisir de découvrir cette entreprise
il y a plusieurs années, alors qu'elle était située tout près de mon bureau de
circonscription. Donc, des croissants aux amandes, j'en ai mangé beaucoup.
Depuis, grâce à la fidélité de sa clientèle,
l'entreprise a continué de grandir et s'est installée dans des locaux plus
spacieux pour répondre à un succès toujours grandissant.
Je tiens donc
à féliciter et à remercier Yoko et Kevin, les propriétaires, avec toute leur
équipe, pour ces 25 années de travail, de passion et de générosité.
Je leur souhaite encore de nombreuses années de succès.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, Mme la députée. Donc, je
suis prête à céder la parole à M. le député de Chauveau.
Souligner le 20e anniversaire de Café Noisette
M. Sylvain Lévesque
M. Lévesque
(Chauveau) :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Aujourd'hui, je
tiens à souligner un anniversaire bien spécial dans la circonscription,
les 20 ans du Café Noisette, à Lac-Beauport.
Depuis deux décennies, ce café chaleureux est
devenu un véritable lieu de rencontre pour les citoyens, les familles et les
visiteurs de notre belle communauté.
Je tiens à féliciter chaleureusement sa
propriétaire, Julie Couture, pour son engagement et sa passion. Grâce à son
travail, le Café Noisette s'est imposé comme un endroit incontournable, reconnu
pour son accueil, la qualité de ses produits et l'ambiance conviviale qui y
règne.
Au fil des années, cette entreprise locale a
contribué à la vitalité économique et sociale de Lac-Beauport, tout en créant
des emplois et en tissant des liens précieux au sein de la communauté.
Au nom des citoyens de Chauveau, je félicite Mme Couture
et toute son équipe de Noisette pour ces 20 années de succès, et je leur
souhaite encore de nombreuses années de prospérité. Merci beaucoup, Mme la
Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député. Maintenant,
je suis prête à céder la parole à M. le député de Chapleau.
Souligner le 50e anniversaire de l'Assemblée 1698
Abbé Alexis-Louis Mangin
4e degré des Chevaliers de Colomb
M. Mathieu Lévesque
M. Lévesque (Chapleau) :
Merci,
Mme la Présidente. Aujourd'hui, j'aimerais souligner le 50e anniversaire
de l'Assemblée 1698 Abbé Alexis-Louis Mangin du 4e degré des
Chevaliers de Colomb, qui célèbre un demi-siècle d'engagement au service de
notre communauté de Chapleau, de Gatineau et de toute la région de l'Outaouais.
Depuis
50 ans, cet organisme qui regroupe en son sein 12 conseils incarne
avec constance les principes fondamentaux de l'ordre, notamment l'unité,
la fraternité, la charité et le patriotisme.
Fidèles à leur mission, les membres de
l'assemblée contribuent activement à la vitalité communautaire par de
nombreuses activités : distribution de paniers de Noël, fêtes champêtres,
bazars paroissiaux, projets de rénovation et campagnes de financement au profit
des paroisses et des organismes communautaires.
Toujours
présents lorsqu'il faut tendre la main, ils organisent également des barrages
routiers, des soupers-bénéfice et diverses levées de fonds afin d'appuyer les
plus vulnérables de notre société. Cette mission d'entraide profondément
humaine est demeurée au coeur de leur engagement depuis un demi-siècle.
En ce 50e anniversaire, je tiens à
remercier les sires chevaliers Guy Danis et Alain Smith ainsi que l'ensemble
des membres de l'assemblée pour leur dévouement exemplaire, leur générosité et
leur engagement. Bon jubilé.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. M. le député de Mégantic, la parole est à vous.
Souligner
le succès du projet Recettes d'héritage
M. François
Jacques
M. Jacques :
Merci, Mme la Présidente. Aujourd'hui, je tiens à rendre hommage aux
agricultrices de la région du Granit, ces
bâtisseuses qui ont contribué à notre agriculture et au développement de nos
communautés. Nous l'avons vu en mai dernier, lors de l'évènement Fièrement
agricole, et plus récemment lors du lancement du projet Recettes d'héritage.
Recettes
d'Héritage est un ouvrage de 400 pages qui présente autant des
recettes, des histoires, des anecdotes. Son
riche contenu évoque l'empreinte de celles qui ont nourri leur famille, qui ont
travaillé aux champs et construit des entreprises florissantes. L'ouvrage
dépasse largement le simple livre de cuisine. C'est un legs pour toute la
communauté, faisant revivre la mémoire culinaire de plusieurs
générations. Recettes d'héritage devient le témoin du patrimoine rural
et une mémoire vivante d'une infime partie de l'apport féminin à la terre.
Mme la Présidente, je
salue la détermination de celles qui ont partagé... qui ont porté ce projet et
je souhaite beaucoup de plaisir à celles et ceux qui vont en profiter. Merci,
Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, M. le député. Cela me fin à la rubrique de
déclarations de députés.
Et je suspends les
travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à
13 h 55)
(Reprise à 14 h 07)
La Présidente :
Bonjour, tout le monde. 17 mars. Mesdames messieurs. Mmes, MM. les
députés. Vous êtes nos distingués invités,
aujourd'hui, mesdames messieurs. Vous êtes chez vous. Le parlement du Québec,
c'est chez vous.
Mmes, MM. les
députés, c'est avec tristesse que nous avons appris le décès de
M. Jean-Jacques Croteau, député de Sainte-Marie de 1969 à 1970. Nous
allons nous recueillir quelques instants en ayant une pensée particulière pour
sa famille et ses proches.
Je vous remercie
beaucoup, tout le monde.
Présence de M. Luc
Ferland, ex-parlementaire
de l'Assemblée nationale
Le
temps de vous dire que j'ai le plaisir de souligner, aujourd'hui, la présence,
dans nos tribunes, de M. Luc Ferland, ancien député d'Ungava,
qui est avec nous. Merci. Vous pouvez vous asseoir.
Dépôt
d'une lettre du Directeur général des élections accompagnée
d'un avis proclamant Mme Marie‑Karlynn
Laflamme candidate
élue dans Chicoutimi à l'élection partielle du 23 février 2026
Avant d'entreprendre
nos travaux, je vous avise que le Directeur général des élections a fait
parvenir au secrétaire général de l'Assemblée nationale une lettre, datée du
2 mars 2026, dont je vous lis l'extrait suivant :
«Conformément à
l'article 380 de la Loi électorale, nous vous transmettons le nom de la
candidate élue dans la circonscription
électorale de Chicoutimi à la suite de l'élection partielle du 23 février
2026. Cette élection a été tenue en vertu du décret du gouvernement pris
en date du 20 janvier 2026.»
Signé du Directeur
général des élections, M. Jean-François Blanchet.
Alors,
je dépose cette lettre, accompagnée d'un avis proclamant Mme Marie
Marie-Karlynn Laflamme candidate élue dans la circonscription électorale
de Chicoutimi.
Accueil
de la nouvelle députée de Chicoutimi,
Mme Marie-Karlynn Laflamme
Et
j'invite maintenant M. le chef du troisième groupe d'opposition à accueillir la
nouvelle députée de Chicoutimi,
Mme Marie-Karlynn Laflamme.
(Applaudissements)
La Présidente :
Comme le veut la tradition, et le code, et le protocole, nous procéderons
maintenant aux allocutions pour l'accueil de la nouvelle députée de Chicoutimi.
Et je cède la parole d'abord à M. le chef du troisième groupe d'opposition.
M. Paul
St-Pierre Plamondon
M. St-Pierre
Plamondon : Merci, Mme la
Présidente. Aujourd'hui, nous accueillons une nouvelle membre de cette
Assemblée, une septième élue, septième élue dans notre groupe parlementaire. La
nouvelle députée de Chicoutimi est une femme très dévouée,
très humaine, très souriante — c'est
instantané — et
tout aussi rigoureuse et intelligente. Donc, je suis certain qu'elle va
contribuer à la qualité des débats en cette enceinte.
• (14 h 10) •
J'ai appris personnellement à la connaître dans
les derniers mois dans des circonstances pas toujours faciles, le froid, la noirceur, les coups de vent glacial,
et j'ai très hâte que les Québécois, les Québécoises fassent sa connaissance
à travers notre travail au quotidien.
Elle fait son entrée parmi nous, ce n'est pas un
hasard, c'est en raison de ses efforts, de sa campagne dévouée, énergique à
tous les soirs. Elle a pris au sérieux la tâche devant elle pour mériter la
confiance de ses électeurs. Et, peu importent les partis ici, c'est ce qui nous
unit, hein, cet effort, un peu inusité, parfois, d'aller en porte à porte, de
se rendre disponible, de répondre à toutes
les questions. Elle a fait ce cheminement-là avec beaucoup de coeur. Et, je
peux le dire avec certitude, les gens de Chicoutimi ne regretteront pas
leur choix.
D'ailleurs, elle a déjà eu l'occasion de se
mettre au travail en héritant de six dossiers dans notre formation politique : l'enseignement supérieur,
naturellement, parce que c'est son domaine, les infrastructures, où ses
capacités de gestionnaire dans les institutions publiques seront mises à
contribution dès aujourd'hui, en fait, les aînés et la solidarité sociale,
également l'action communautaire, des dossiers où sa capacité à tisser des
liens avec nos concitoyens sera un atout indispensable, et enfin les ressources
naturelles et la forêt, un enjeu, évidemment, qui est très important pour le
Saguenay—Lac-Saint-Jean
et plusieurs autres régions du Québec. Donc, la députée de Chicoutimi aura un
rôle très important à jouer dès maintenant dans notre Assemblée nationale. Elle
aura aussi une fonction essentielle dans l'offre politique que nous présenterons aux Québécois dans moins de six mois, un
rendez-vous électoral important. Elle sera un pilier en ce sens-là.
L'arrivée de la nouvelle députée de Chicoutimi,
je pense, envoie un message clair, à savoir que les Québécois et les
Québécoises réclament un changement, pas un changement de surface mais un
changement profond. Et, après Jean-Talon, Terrebonne et Arthabaska, bien, c'est une quatrième partielle consécutive
dans quatre régions complètement différentes où notre formation
politique incarne ce changement tant souhaité, une autre partielle aussi où les
électeurs, je veux le mentionner, ont décidé
d'ignorer des campagnes de peur et de choisir le gagnant ou la gagnante au
mérite de la candidature et de ce qui a été proposé. Ils ont choisi la
confiance, donc, plutôt que... la confiance et l'espoir plutôt que la peur, je
veux vraiment mettre l'emphase là-dessus.
La plus grande force de notre mouvement et des gens qui le composent, c'est à la fois les idées que nous défendons avec
sincérité, mais aussi la ténacité et le courage de centaines de... centaines de
milliers de Québécois qui ont plus d'ambition pour le peuple québécois et le
Québec que pour eux-mêmes. Servir la vérité, ça demande du courage. Ça attire
par contre aussi, il faut le dire, des gens honnêtes et compétents, et je pense
que c'est ce que les gens reconnaîtront dans la nouvelle députée de
Chicoutimi.
Donc, je tiens à tendre la main, aujourd'hui, à
tous les citoyens, à toutes les citoyennes, parce qu'après ces élections partielles il y a aussi un moment où la
députée devient la députée de tous les citoyens dans Chicoutimi. On a entendu
plusieurs messages en porte à porte, et Marie-Karlynn Laflamme, la députée de
Chicoutimi, veut être la députée de tout le monde.
Donc, ayons confiance en ce que l'avenir va nous
réserver. Et, évidemment, bien, j'en profite pour souhaiter formellement la
bienvenue à notre nouvelle députée, on en est bien fiers. Merci.
La Présidente : Merci, M. le chef.
Je cède maintenant la parole, pour son allocution, au premier ministre.
M. François Legault
M. Legault : Merci, Mme la
Présidente. Bien, moi aussi, je veux saluer puis souhaiter la bienvenue à la nouvelle députée de Chicoutimi. Tantôt, quand le
chef est venu me la présenter, je lui demandais si elle venait vraiment de Chicoutimi. Oui, elle vient de Chicoutimi. Parce
que, on le sait, les gens sont très fiers, hein, dans votre région puis dans
vos sous-régions. J'ai ma belle-mère qui
vient de Jonquière, elle ne vient pas du Lac, elle ne vient pas de Chicoutimi,
elle vient de Jonquière, et ça doit être la même chose pour les gens de
Chicoutimi. Donc, j'admire ça, cette belle fierté des «Bleuets». Et donc
très content de la voir ici, à l'Assemblée nationale.
Je sais
qu'elle a travaillé à l'UQAC. Entre autres, elle a été vice-rectrice. Donc, les
gens, que ce soit au PQ ou à la CAQ, qui ont travaillé avec moi savent
que, pour moi, la priorité des priorités, ça doit être l'éducation. Même si
parfois, politiquement, ce n'est pas aussi
vendeur que d'autres priorités, je suis certain qu'on va avoir une alliée ici
pour défendre l'éducation comme priorité.
Je veux aussi lui souhaiter bonne chance dans
les dossiers que lui a confiés son chef. Les ressources naturelles, la forêt, évidemment,
c'est un dossier qui est très important pour la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean.
On le sait, il y a un défi qui n'est pas facile, de garder un équilibre délicat
entre l'économie, l'environnement, la protection du caribou. Ce n'est pas
facile, mais c'est nécessaire.
On a dernièrement réduit le coût de la fibre
pour être compétitifs avec l'Ontario, mais, malgré ça, on sait que, tant qu'il y aura des tarifs de 45 % de la
part des États-Unis puis de M. Trump, bien, ce sera très difficile pour
l'industrie. Donc, il faut continuer d'aider cette industrie. Puis il
faut s'assurer qu'au fédéral ce soit une priorité, hein, que la forêt soit une priorité dans les négos, qu'on ne fasse
pas de compromis puis qu'on exige de réduire, idéalement d'éliminer ce
45 %.
Donc, je veux lui souhaiter la bienvenue. Je
veux aussi en profiter pour féliciter tous les candidats, candidates. Ce n'est
pas facile, comme le disait le chef du PQ, faire ça en hiver, puis ça a été des
semaines, des mois qui ont été très froids. Je veux remercier en particulier
notre candidat, Francis Tremblay. Évidemment, il y en a quelques-uns, des
Tremblay, dans la région. C'est un étudiant à la maîtrise en administration,
pour qui j'ai beaucoup d'admiration. On se souvient de la
COVID, peut-être qu'il y a des gens qui s'en souviennent, de la pandémie, ça
avait été un des premiers, Francis, à se proposer pour être préposé aux
bénéficiaires, pendant la pandémie. Donc, je trouve ça admirable. C'est
quelqu'un qui est très humain, très à l'écoute. Je pense qu'on va en entendre
parler encore dans l'avenir.
Mais
je reviens à la nouvelle députée de Chicoutimi. Bienvenue à l'Assemblée
nationale. Vous êtes privilégiée d'être parmi les 125 qui allons
continuer de débattre d'enjeux très importants pour les Québécois, incluant
pour les «Bleuets». Bienvenue.
La
Présidente : Merci, M.
le premier ministre. Je cède maintenant la parole, pour son allocution, au chef
de l'opposition officielle.
M.
André Fortin
M. Fortin : Merci. Merci, Mme la Présidente. Il me fait grand plaisir, au nom du
caucus du Parti libéral du Québec, au
nom de notre équipe parlementaire, au nom de notre chef, Charles Milliard, de
souhaiter la bienvenue dans ses fonctions à la toute nouvelle députée de
Chicoutimi, Mme Marie-Karlynn Laflamme.
D'abord, Mme la
députée, on tient à vous souhaiter... à vous féliciter pour votre victoire
décisive lors de l'élection partielle du
23 février. On vous félicite non seulement pour le résultat très
convaincant de cette... de cette élection, mais également pour la
droiture avec laquelle vous vous êtes comportée tout au long de cette campagne.
Les gens de
Chicoutimi, effectivement, ont envoyé un message clair, ils veulent du
changement, et, ce faisant, ils vous ont
offert l'honneur de siéger, de les représenter ici, à l'Assemblée nationale.
Et, pour tout le monde ici, et je suis certain
que ce sera le cas pour vous également, vous allez passer chaque journée à
tenter d'être à la hauteur des attentes des gens... des gens de chez vous, à tenter d'être à la hauteur des
ambitions des gens de chez vous et à tenter de faire en sorte de
pouvoir, à votre façon, améliorer leur quotidien.
• (14 h 20) •
Vous
arrivez ici, Mme la députée, avec un bagage impressionnant, mais aussi avec des
idées claires. Nous avons, au cours
de la campagne, réellement apprécié vous entendre parler des enjeux d'économie
régionale en parlant de l'importance des travailleurs étrangers
temporaires dans votre région. Je suis certain également qu'on aura l'occasion
de collaborer afin d'améliorer notre système d'éducation et notre réseau
d'enseignement supérieur, que vous connaissez très bien. Il n'y aura jamais trop d'alliés ici, dans notre
Assemblée nationale, pour rendre plus accessibles, plus adaptés, plus efficaces
le réseau d'éducation et le réseau
d'enseignement supérieur. L'éducation, c'est l'avenir de notre nation, c'est
l'avenir de toute nation.
Enfin,
personnellement, moi, il me fait toujours plaisir d'accueillir des députés qui
ont une pensée régionaliste, qui basent leurs
actions sur les besoins des Québécois en région. Alors, le discours de la
nouvelle députée sur le développement
économique régional sera, je l'espère, fort utile aux travaux de notre
Assemblée, tout comme ses nouvelles fonctions, qu'il me fait plaisir de
partager avec elle comme porte-parole en matière de forêts.
Enfin, Mme la
Présidente, vous allez me permettre de saluer l'ensemble des candidats et des
bénévoles de toutes les formations
politiques qui ont levé la main pour contribuer à l'élection partielle, mais en
particulier les bénévoles et la candidate du Parti libéral du Québec,
Mme Tricia Murray, une fière pupille du Saguenay—Lac-Saint-Jean, une femme de
coeur qui a mené une campagne de terrain, qui a rencontré un maximum de gens de
Chicoutimi et qui a concentré sa campagne
sur les enjeux économiques, mais aussi sur les personnes les plus vulnérables,
ceux qui ont le plus besoin de nous et de notre travail. Elle nous a
rendus fiers, Mme la Présidente, en offrant une option forte et crédible pour
les électeurs de Chicoutimi et en permettant au Parti libéral de tripler son
vote par rapport à la dernière élection.
Alors,
Mme la députée, au nom du Parti libéral, on vous souhaite un très bon mandat.
Merci, Mme la Présidente.
La
Présidente : Merci,
M. le chef de l'opposition officielle. Et je cède maintenant la parole à la
cheffe du deuxième groupe d'opposition pour son allocution.
Mme
Ruba Ghazal
Mme Ghazal :
Merci. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, à mon tour, au nom de Québec
solidaire, des députés de Québec solidaire, de souhaiter la très bienvenue à la
nouvelle députée de Chicoutimi ici, à l'Assemblée nationale, que j'aime appeler
la maison du peuple.
À chaque fois qu'une
nouvelle députée ou qu'un nouveau député arrive dans cette Chambre, c'est quand
même un moment particulier. C'est un signe de la santé de notre démocratie.
D'ailleurs, la démocratie, c'est comme la santé, c'est quand on la perd qu'on se rend compte à quel point elle est
précieuse. Donc, c'est important de ne pas la prendre pour acquise et de
se réjouir de ces moments qui montrent qu'on a une démocratie qui est forte et
à laquelle on doit tenir.
Se
présenter dans une élection, c'est aussi accepter de débattre d'idées, de se
soumettre au jugement des citoyens et des citoyennes et de contribuer, donc, à
la vitalité de notre démocratie. C'est encore plus précieux aussi dans
un monde où on voit des régimes autoritaires
vouloir mettre... réduire au silence la voix des gens, des gens qui ne pensent
pas tout le monde pareil. Donc, c'est important de se réjouir de ça. C'est
aussi, même... D'avoir des élections, c'est aussi, même, un acte de
résistance.
Je me réjouis aussi à
chaque fois qu'une femme fait son entrée à l'Assemblée nationale. Je me
rappelle l'avoir fait... rappelé ici, lors
de l'arrivée de la députée de Terrebonne, que les avancées démocratiques pour
les Québécoises sont relativement
récentes dans notre histoire. Il a quand même fallu beaucoup de détermination
pour que les femmes prennent leur place dans nos institutions.
D'ailleurs,
saviez-vous... J'ai fait une petite recherche, Mme la Présidente. Saviez-vous
qu'il a fallu attendre jusqu'en 1983 pour voir une première femme députée du Saguenay—Lac-Saint-Jean?
Probablement que la nouvelle députée de
Chicoutimi la connaît, c'est Aline Saint-Amand. Depuis, d'autres femmes ont
suivi ce chemin et ont marqué la vie politique de la région.
Non seulement la
nouvelle députée de Chicoutimi est une femme, c'est aussi une universitaire
reconnue, mais c'est aussi une
indépendantiste convaincue. Donc, ça me réjouit de partager avec elle ce rêve
de faire du Québec, un jour, un pays.
Mme la Présidente, la
députée de Chicoutimi arrive ici avec la confiance des citoyennes et des
citoyens de sa circonscription et avec la responsabilité de porter la voix
d'une région qui est forte et fière. Je lui souhaite sincèrement de vivre des débats qui sont stimulants, de
défendre avec conviction des gens de sa région qui lui font confiance et de
faire aussi de belles rencontres au
fil de son parcours parlementaire. Je l'invite à se rappeler et se remémorer
très fortement cette journée où tous les élus des différents partis
politiques viennent la saluer chaleureusement et se réjouir vraiment de sa
présence ici, parce que ça ne dure pas longtemps, hein? Je pense qu'on lui a
déjà dit.
En terminant, Mme la
Présidente, je veux aussi féliciter toutes les... toutes les candidates et tous
les candidats qui ont participé à la partielle de Chicoutimi. Je veux aussi
souligner plus particulièrement la campagne menée avec brio par la candidate de
Québec solidaire, Jeanne Palardy, une jeune femme extraordinaire, une
intervenante dans une maison de violence conjugale... dans une maison pour
femmes victimes de violence conjugale située à Chicoutimi. Merci aussi à tous nos militants et militantes
solidaires qui se sont mobilisés dans la région pendant cette campagne. Et,
bien sûr, je remercie les électeurs et
électrices de Chicoutimi qui ont pris le temps de participer à ce processus
démocratique très important.
Encore une fois,
bienvenue à l'Assemblée nationale, et félicitations à la nouvelle députée.
Merci.
La
Présidente : Merci beaucoup, Mme la cheffe du deuxième groupe
d'opposition. Et maintenant, comme le veut la tradition, Mme la députée de
Chicoutimi s'adressera à l'Assemblée. Je lui cède donc la parole sans plus
tarder. Madame, nous vous écoutons.
Mme Marie-Karlynn
Laflamme
Mme Laflamme :
Merci, Mme la Présidente. M. le premier ministre, M. le chef de
l'opposition officielle, Mme la cheffe de la
deuxième opposition, mon chef, Paul, celui de la troisième opposition, je me
joins à vous aujourd'hui avec humilité, avec fierté, mais dans un
contexte qui est très particulier, parce qu'alors que moi, j'amorce mes
premiers pas ici, à l'Assemblée nationale,
bien, vous vous apprêtez à terminer, pour certains, les vôtres. Alors, quand
même, au nom des citoyens et des citoyennes de Chicoutimi que je
représente, je tiens à vous assurer que je ne ménagerai aucun effort pour m'inscrire en pertinence dans l'ensemble des
travaux en cours et pour être digne de la population et des dossiers qui me
sont confiés.
Je profite de
l'occasion qui m'est offerte pour vous parler un petit peu de Chicoutimi, une
circonscription qui est fière et qui est majeure pour le Saguenay—Lac-Saint-Jean,
mais c'est aussi un territoire au coeur de l'histoire, de notre avenir
également, l'avenir économique, culturel, linguistique du Québec.
Avec ses quelque
69 000 citoyens et citoyennes, Chicoutimi, c'est un centre
économique, institutionnel, culturel majeur,
central pour la région. On y retrouve une université, un cégep qui est
dynamique, des centres de recherche, des PME qui sont innovantes, un
hôpital à vocation régionale, un réseau communautaire qui est engagé, une vie
culturelle qui est foisonnante et qui contribue surtout au rayonnement de tout
le Québec, chez nous. Mais Chicoutimi, comme
plusieurs autres territoires, a aussi son lot de défis : l'attractivité,
la rétention des jeunes, la diversité économique, l'accès au logement, la transition
environnementale, le maintien de nos services publics pour qu'ils soient forts
et toujours accessibles.
La
population est en attente de la concrétisation de nombreux projets qui ont déjà
été annoncés par le gouvernement, dont la rénovation du bloc opératoire de
l'Hôpital de Chicoutimi ou encore la consécration du Centre d'innovation
en aluminium.
Plus largement, notre
région est prête à voir s'installer d'importants projets économiques qui sont
liés à l'exploitation responsable de nos ressources naturelles, notamment, et
dont nous attendons toujours un signal clair du gouvernement.
On veut des emplois
de qualité qui permettent aux familles de s'établir et aux jeunes de bâtir leur
avenir au Saguenay—Lac-Saint-Jean
sans devoir quitter. D'autant plus que, il faut le dire, le Saguenay—Lac-Saint-Jean,
c'est la région la plus vieillissante au
Québec. C'est un constat. C'est un constat qui nous invite à agir, cependant,
différemment. Il faut repenser nos services publics pour permettre à tous et à
toutes de franchir chaque étape de la vie en toute confiance et surtout
en adéquation avec ses aspirations, qui sont personnelles.
J'ai passé plus de 20 ans
au service de nos institutions régionales, d'abord dans le réseau de la santé
et des services sociaux, ensuite à l'Université du Québec à Chicoutimi. J'ai
côtoyé des hommes et des femmes qui sont évidemment profondément engagés, mais
qui sont aussi très résilients, parce qu'ils tiennent tous nos services à bout de bras. J'ai vécu les effets d'une centralisation
excessive où des décisions prises loin du terrain ont affaibli le lien avec la
population et brisé des structures qui étaient pourtant agiles et qui faisaient
surtout notre force, en région. Ce que j'ai vu partout, donc, c'est cette résilience-là, qui est remarquable, mais
une expertise régionale qui est trop souvent ignorée.
• (14 h 30) •
Dans nos hôpitaux comme dans nos universités,
celles et ceux qui agissent, qui sont sur le terrain, savent ce dont notre
milieu a besoin. Pourtant, on a continué à imposer des cadres rigides, des redditions
de comptes démesurées et des choix dictés par des centres
décisionnels qui sont éloignés. À l'UQAC comme dans l'ensemble du réseau de l'Université
du Québec, j'ai constaté à quel point une institution enracinée dans son
territoire peut transformer une région en savoir, en innovation, en
développement économique et en culture. Nos universités régionales, ce sont des
leviers essentiels pour l'avenir du Québec, mais elles étouffent quand on leur
refuse la confiance et l'autonomie qui est nécessaire.
C'est pourquoi je
crois profondément que le Québec doit redonner le pouvoir à ses régions,
décentraliser la prise de décision, faire confiance à l'expertise locale,
reconnaître que l'identité du Québec se construit à partir de ses régions,
toutes uniques, toutes essentielles. Un Québec fort, c'est un Québec qui se
développe à partir de ses territoires, et non contre eux.
En résumé, j'aspire à
reconstruire le lien de confiance avec les Québécois et les Québécoises,
confiance envers nos services publics, confiance envers les travailleurs et les
travailleuses, confiance envers les gestionnaires, confiance envers nos
communautés, confiance envers la science, mais surtout, j'espère, confiance
envers nos élus. Pour moi, la seule façon d'y arriver, c'est de bâtir un pays
économiquement et culturellement solide, vrai, humain. C'est en faisant
l'indépendance du Québec que nous découvrirons notre plein potentiel, celui
d'un peuple fort, d'un peuple résilient, qui
dispose de toutes les ressources nécessaires pour s'imposer sur la scène
internationale. Je vous dirais : Vive le Québec! Merci pour votre
accueil.
La
Présidente
La
Présidente : Et merci beaucoup, Mme la députée de Chicoutimi. Et
j'aimerais également souhaiter la plus cordiale
bienvenue à notre nouvelle collègue et l'assurer de l'entière collaboration de
tous les membres de l'équipe de la présidence. Nous sommes ici et la
présidente est ici pour chacun des 124 membres.
Nous allons
poursuivre les affaires courantes.
Aujourd'hui, il n'y a
pas de déclarations ministérielles ni présentation de projets de loi.
Dépôt
de documents
À la rubrique Dépôt
de documents, aujourd'hui, il y en a beaucoup. M. le ministre du Travail.
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente. Permettez-moi de déposer les rapports annuels 2024‑2025
des ordres professionnels du Québec
suivants : des acupuncteurs, des administrateurs agréés, des
arpenteurs-géomètres, des agronomes,
des architectes, des audioprothésistes, du Barreau, des conseillers et
conseillères d'orientation, des chimistes, des chiropraticiens, des comptables professionnels agréés, des
conseillers en ressources humaines agréés, des criminologues, des dentistes, des denturologistes, des
diététistes-nutritionnistes, des ergothérapeutes, des évaluateurs agréés, des
géologues, des hygiénistes dentaires, de la Chambre des huissiers de justice,
des infirmières et infirmiers, des infirmières et infirmiers auxiliaires, des ingénieurs, des ingénieurs
forestiers, des inhalothérapeutes, du Collège
des médecins, des médecins vétérinaires, de la Chambre des notaires, des
opticiens d'ordonnance, des optométristes, des orthophonistes et audiologistes,
des pharmaciens, de la physiothérapie, les
podiatres du Québec, des psychologues, des psychoéducateurs et
psychoéducatrices, des sexologues, des sages-femmes, des technologues en
imagerie médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale, des
technologistes médicaux du Québec, des technologues professionnels du Québec,
des technologues en prothèses et appareils dentaires, des travailleurs sociaux
et des thérapeutes conjugaux et familiaux, des traducteurs, terminologues et
interprètes agréés, des urbanistes du Québec. Merci, Mme la Présidente.
La
Présidente : Et ces documents sont déposés. Toujours à la rubrique
Dépôt de documents, M. le leader du gouvernement, vous en avez plusieurs, vous
aussi.
M. Jolin-Barrette : Oui, Mme la Présidente.
Je dépose les réponses aux pétitions déposées le 10 décembre 2025 par le
député de Saint-Jérôme, le 3 février par le député de Taschereau,
le 4 février par les députés de D'Arcy-McGee, Rosemont et de Sherbrooke, le
5 février par les députés de Verdun et de Taschereau, le 10 février
par le député de Jean-Lesage ainsi que le 12 février par le député de Saint-Jérôme.
Je dépose également
les réponses aux questions inscrites au feuilleton le 4 février par la
députée de Mercier, le 10 février par
les députés de Taschereau et de Rimouski
ainsi que le 11 février par la
députée de Bourassa-Sauvé. Merci.
La
Présidente : Et ces documents sont déposés.
Pour ma part, je
dépose le nouveau diagramme de l'Assemblée en date d'aujourd'hui.
Je dépose des
décisions du Bureau de l'Assemblée nationale.
Je dépose également
le rapport détaillé du Directeur général des élections du Québec sur les
résultats officiels du scrutin de l'élection partielle du 23 février 2026,
dans la circonscription électorale de Chicoutimi.
De plus, je dépose
une lettre que m'a adressé la présidente de la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse, Mme Nadine Koussa, m'informant de
la démission de Mme Lizette Gauvreau, membre à temps partiel de la
commission, en date du 31 mars 2026, ainsi que la lettre de
Mme Gauvreau sur le même sujet.
Et j'ai reçu préavis
d'une motion qui sera inscrite dans le feuilleton de demain aux affaires
inscrites par les députés de l'opposition. Et, conformément à
l'article 97.1 du règlement, je dépose une copie du texte de ce préavis.
Dépôt
de rapports de commissions
À
la rubrique Dépôt de rapports de commission, Mme la présidente de la Commission des relations avec les citoyens et
députée des Plaines.
Étude détaillée du projet de
loi n° 9
Mme Lecours
(Les Plaines) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, ça va être
court, mais je dépose le rapport de la Commission des relations avec les
citoyens qui, les 12, 17, 18, 19, 25 et 26 février 2026, a procédé à
l'étude détaillée du projet de loi n° 9, Loi sur le
renforcement de la laïcité au Québec. La commission a adopté le texte de ce
projet de loi avec des amendements.
La
Présidente : Et ce rapport est déposé.
Dépôt de pétitions
À la rubrique Dépôt
de pétitions, je reconnais maintenant M. le député de Gouin.
Maintenir les budgets alloués
au programme La culture à
l'école et aux sorties scolaires en milieu culturel
M. Nadeau-Dubois :
Merci, Mme la Présidente. Je dépose... Je dépose l'extrait d'une pétition
adressée à l'Assemblée nationale, signée par 26 974 pétitionnaires.
Désignation : citoyens et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués
sont les suivants :
«Considérant que,
selon le rapport de novembre 2025 du vérificateur général du Québec à
l'Assemblée nationale, des coupures budgétaires, qui atteindraient près de
60 % du budget actuel, sont prévues au programme La culture à l'école
et aux sorties scolaires en milieu culturel;
«Considérant
que l'école doit demeurer un lieu privilégié pour démocratiser l'accès à la
culture et pour développer les habitudes de consommation culturelle des
jeunes;
«Considérant que le
Programme de formation de l'école québécoise inscrit la culture au coeur de la
mission de l'école en visant le développement culturel de tous les élèves;
«Considérant qu'on
demande aux enseignantes et aux enseignants d'organiser des activités qui
mettent fréquemment les élèves en contact avec la culture, tant à l'école qu'en
milieu culturel;
«Considérant que la
culture favorise la motivation scolaire et la réussite éducative des élèves;
«Considérant qu'à
l'heure actuelle l'enveloppe budgétaire ne répond pas à la demande;
«Considérant que les
réseaux de l'éducation et de la culture n'ont pas été consultés;
«Considérant
que ces coupures auront un impact significatif sur les élèves, sur les
enseignantes et les enseignants, sur la qualité de l'enseignement, sur
l'écosystème culturel, sur l'offre aux [citoyens] et [citoyennes] ainsi que sur
les travailleuses et travailleurs culturels;
«Considérant qu'il
est important de protéger la langue française et de promouvoir la culture
québécoise;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous, signataires,
demandons au gouvernement du Québec de maintenir les budgets actuels du
programme La culture à l'école et des sorties scolaires en milieu
culturel et d'en assurer la pérennité.»
Je certifie que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition.
La Présidente :
Et cet extrait de pétition est déposé. Je reconnais maintenant Mme la députée
de Mercier.
Modifier la Loi électorale
afin d'abaisser
l'âge du droit de vote à 16 ans
Mme Ghazal :
Merci, Mme la Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à
l'Assemblée nationale, signée par 600 pétitionnaires. Désignation :
citoyens et citoyennes du Québec.
«Les
faits invoqués sont les suivants :
«Considérant que les
décisions politiques influencent directement l'avenir des jeunes — pardon;
«Considérant que les
jeunes s'informent et s'engagent sur des enjeux sociaux, environnementaux et
politiques;
«Considérant que
plusieurs études démontrent que l'intérêt pour la politique et les habitudes
d'engagement civique se développent dès un jeune âge;
«Considérant
que des pays comme l'Autriche, l'Écosse et le Brésil ont déjà abaissé l'âge du
droit de vote à 16 ans;
«Considérant
que l'inclusion des jeunes dans le processus électoral renforcerait la
représentativité de la démocratie québécoise;
«Considérant
que, dès l'âge de 16 ans, les jeunes acquièrent des droits et capacités
légales importants, notamment celui d'obtenir un permis de conduire;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous, signataires, demandons au
gouvernement du Québec de modifier la Loi électorale afin d'abaisser l'âge du
droit de vote à 16 ans.»
Je certifie que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition. Merci.
• (14 h 40) •
La Présidente :
Et cet extrait de pétition est déposé. Je reconnais maintenant M. le député de
l'Acadie.
Mettre en place des mesures
spéciales d'immigration
pour les citoyens ukrainiens
M. Morin : Merci, Mme la Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à
l'Assemblée nationale, signée par 2 008 pétitionnaires.
Désignation : citoyens et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués
sont les suivants :
«Considérant qu'en
raison de la guerre en Ukraine, des milliers de citoyens ont été contraints de
quitter leur pays et ont trouvé refuge au Québec;
«Considérant que les
villes ukrainiennes subissent chaque jour des attaques de missiles et de
drones, et que les destructions restent graves près du front;
«Considérant que de
nombreux citoyens ukrainiens et leurs enfants se sont déjà pleinement intégrés
à la société québécoise;
«Considérant
que la vaste majorité des Ukrainiens présents sur le territoire travaillent,
paient des impôts et participent activement à l'économie et à la société
québécoise;
«Considérant qu'il
est essentiel d'offrir aux citoyens ukrainiens une voie rapide et sécurisée
vers la résidence permanente, afin de
consolider leur intégration et de soutenir les valeurs de solidarité et
d'humanité du Québec; «Considérant
que le gouvernement du Canada dispose de programmes spéciaux [désignés] aux
citoyens de pays où la guerre est en cours ou s'est récemment déroulée,
tels que la Syrie, l'Afghanistan et la Palestine;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous, signataires,
demandons au gouvernement du Québec :
«D'inclure dans le
plan d'immigration du Québec, débutant en 2026, prévoyant 45 000 places
pour l'octroi annuel de Certificat de sélection
du Québec (CSQ), dont 5 750 places réservées aux réfugiés et aux
personnes en situation semblable,
l'attribution annuelle d'une partie de ces places aux citoyens ukrainiens
titulaires d'un visa CUAET (AVUCU), qui résident au Québec;
«De
créer un programme spécial d'immigration pour les citoyens ukrainiens arrivés
avec un visa CUAET (AVUCU), leur permettant de présenter une demande de
CSQ selon une procédure simplifiée.»
Je certifie que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition. Merci.
La Présidente :
Et cet extrait de pétition est déposé. Je reconnais maintenant pour sa pétition
la députée de Robert-Baldwin.
Garantir un financement
adéquat du CALACS de Longueuil
Mme Garceau : Merci, Mme la Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à
l'Assemblée nationale, signée par 315 pétitionnaires.
Désignation : citoyens et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués
sont les suivants :
«Considérant que le
CALACS de Longueuil joue un rôle essentiel auprès des femmes et des
adolescentes de 14 ans et plus ayant vécu une agression sexuelle, en leur
offrant un soutien spécialisé et un espace sécuritaire pour se reconstruire;
«Considérant que de
nombreuses survivantes ont bénéficié de l'accompagnement du CALACS Longueuil,
lequel a été déterminant dans leur rétablissement à la suite d'une violence
sexuelle;
«Considérant que la
fermeture potentielle de cet organisme, due à l'absence de financement
récurrent suffisant, priverait les victimes d'un service indispensable et
aurait des conséquences graves pour la communauté;
«Considérant que les
données démontrent qu'une femme sur trois subira une violence à caractère
sexuel au cours de sa vie, ce qui confirme l'urgence de maintenir des ressources
spécialisées accessibles et adaptées;
«Considérant que la
mission du CALACS Longueuil comprend le soutien aux victimes et à leurs
proches, la sensibilisation du public, la promotion de l'égalité entre les
femmes et les hommes et la prévention de toutes les formes de violence faite
aux femmes;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous, signataires,
demandons au gouvernement du Québec :
«De
garantir un financement adéquat du CALACS Longueuil, afin de préserver ses
services essentiels et de soutenir les femmes et les adolescentes de la
région;
«De reconnaître
l'importance vitale de maintenir ouvert le CALACS Longueuil.»
Je certifie que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition. Merci.
La
Présidente : Cet extrait de pétition est déposé. Je reconnais
maintenant pour sa pétition le député de Maurice-Richard.
Retirer
le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle
de 2025 sur le Québec
M. Bouazzi :
Merci, Mme la Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à
l'Assemblée nationale, signée par 14 423 pétitionnaires.
Désignation : citoyens et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués
sont les suivants :
«Considérant
que, le 9 octobre 2025, le gouvernement a dévoilé le projet de loi
n° 1, un projet de loi constitutionnelle, sans mandat électoral et
sans consultation citoyenne préalable;
«Considérant que tous
les partis d'opposition ont rejeté ce projet de loi dès son dépôt à l'Assemblée
nationale, geste rare et révélateur de son absence de légitimité;
«Considérant que le
Barreau du Québec a dénoncé publiquement l'érosion des contre-pouvoirs et les
risques sérieux pour l'État de droit que comporte, entre autres, ce projet de
loi;
«Considérant que
l'architecture générale de ce projet de loi impose une hiérarchisation des
droits et fragilise des protections existantes, notamment en matière de droits
reproductifs;
«Considérant
que tout projet constitutionnel doit faire l'objet d'une véritable consultation
des Premières Nations et [des] Inuit et ne saurait en aucun cas porter
atteinte aux droits ancestraux et issus de traités;
«Considérant que
l'écriture et l'adoption d'une constitution reflètent les intérêts de ceux et
celles qui l'écrivent, ces processus ne
peuvent être partisans et imposés par la majorité parlementaire, mais doivent
relever d'un vrai processus consultatif,
constituant... — je
vais attendre que le ministre... oui — relever d'un vrai processus consultatif, constituant, ouvert, [partisan]
et démocratique;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous, signataires,
demandons au gouvernement du Québec de retirer immédiatement le projet de loi
n° 1.»
Je confirme que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition.
La
Présidente : Et cet extrait de pétition est déposé. Je reconnais
maintenant pour sa pétition la députée de D'Arcy-McGee.
Rétablir pleinement le
Programme d'adaptation de domicile
Mme Prass : Merci, Mme la Présidente.
Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée nationale, signée
par 7 940 pétitionnaires. Désignation : citoyens et citoyennes
du Québec.
«Les faits invoqués
sont les suivants :
«Considérant
que le Programme d'adaptation de domicile (PAD) contribue directement à la
sécurité, à l'autonomie et à la participation des personnes en situation de
handicap en permettant la réalisation d'adaptations essentielles à leur
domicile;
«Considérant
[...] la suspension partielle du PAD
au cours de la dernière année a entraîné des effets humains majeurs, notamment une hausse des risques de chutes,
d'hospitalisation, de pertes d'autonomie irréversibles, d'isolement et
d'épuisement des proches aidants, compromettant ainsi la sécurité et la
dignité des personnes concernées;
«Considérant que le
financement du PAD pour 2025-2026 ne couvrait que les projets déjà en attente;
«Considérant que la
mise à jour économique de l'automne [2026] annonce 20 millions de
dollars additionnels [pour] deux ans afin de stabiliser le programme dont les
enveloppes sont épuisées annuellement;
«Considérant
que l'expertise des ergothérapeutes pour évaluer les besoins, identifier les
risques et recommander des adaptations sécuritaires, a été fragilisée
par la suspension du programme;
«Considérant
que chaque mois le délai supplémentaire compromet la sécurité, la qualité de
vie et la participation des personnes en situation de handicap;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous, signataires,
demandons au gouvernement du Québec :
«De rétablir
pleinement le Programme d'adaptation de domicile et d'en assurer une mise en
oeuvre continue avec l'expertise en ergothérapie;
«De
publier un plan transparent de traitement des demandes, incluant des cibles et
des délais pour réduire l'arriéré;
«D'assurer la
pérennité financière et opérationnelle du programme afin d'éviter toute
interruption future.»
Et je certifie que
cet extrait est conforme à l'original de la pétition. Merci.
La
Présidente : Et cet extrait de pétition et déposé.
Il n'y a pas de
réponses orales aux pétitions ni d'interventions portant sur une violation de
droit ou de privilège.
Décision de la
présidence concernant la répartition des mesures et des
temps de parole lors des débats restreints à la suite d'un changement
survenu dans la composition de l'Assemblée
Je vais maintenant
rendre une décision quant aux changements à apporter à la répartition de
certaines mesures et des temps de parole lors des débats restreints rendus
nécessaires à la suite de l'élection de la députée de Chicoutimi.
Alors, concernant les déclarations de députés,
le troisième groupe d'opposition aura droit à une déclaration supplémentaire, en remplacement d'une déclaration
du groupe parlementaire formant le gouvernement. Cette déclaration sera
au 10e rang de la cinquième séance du cycle.
• (14 h 50) •
Pour
ce qui est de la répartition des questions lors de la période des questions et
réponses orales, le troisième groupe d'opposition aura droit à trois questions supplémentaires par cycle
de 12 séances, pour un total de 20 questions par cycle. Ce changement vise notamment à préserver une
répartition proportionnelle des questions parmi les groupes parlementaires
d'opposition, en tenant compte de l'ajout d'une députée membre du
troisième groupe d'opposition, tout en respectant le plus possible les
paramètres négociés par les groupes parlementaires en début de législature.
Pour les détails concernant les changements
apportés à la répartition des questions, je vous invite à consulter les
tableaux de répartition des mesures, que je déposerai dans quelques instants.
Enfin, les temps de parole pour les différents
débats restreints sont ajustés afin de tenir compte de la nouvelle proportion
entre les groupes parlementaires.
Documents déposés
Donc, je dépose ces fameux tableaux qui
détaillent les modifications ainsi apportées.
Et je vous remercie pour votre attention.
Questions et réponses orales
Nous en sommes maintenant rendus à la période de
questions et de réponses orales, et, pour ce faire, je cède la parole, en
question principale, au chef de l'opposition officielle.
Gestion des finances publiques
M. André Fortin
M. Fortin : Mme la Présidente, il reste moins d'un mois au mandat du
premier ministre, et demain il va nous présenter son tout dernier budget. Un
autre déficit monstre pour le Québec, une septième année consécutive de
déficit, avec aucune perspective sérieuse d'un retour à des finances publiques
en santé.
Le ministre
des Finances nous a promis un budget plate, un budget sobre, alors on ne
s'attend pas à grand-chose, demain. Ceux qui cherchent une grande
nouvelle ou un grand investissement vont évidemment être déçus, mais ceux qui
veulent juste des meilleurs soins de santé, ceux qui veulent juste une
meilleure école pour leurs enfants, bien, eux, ils sont déçus depuis des années.
Et ils risquent de continuer de l'être, parce que, la gestion pathétique des
finances publiques de la Coalition avenir Québec, bien, grâce à ça, il n'y en a
plus, d'argent.
Mme la Présidente, normalement, gouverner, c'est
faire des choix. Mais, quand on a mal géré comme le gouvernement de la CAQ, on
ne peut même plus choisir. La réalité, c'est qu'ils ont affaibli leur propre
pouvoir de faire des choix, avec le résultat qu'après sept années de
gouvernement de la CAQ tout ce qu'on a, c'est un déficit monstre, des infrastructures
qui tombent en ruine et des services publics qui se détériorent jour après
jour.
Alors, est-ce que le premier ministre peut
admettre que le Québec est plus vulnérable aujourd'hui parce qu'il a torpillé
notre marge de manoeuvre financière?
La Présidente : La réponse du
premier ministre.
M. François Legault
M. Legault : Oui, Mme la
Présidente, bien, vous allez comprendre que je dois être prudent, étant donné
que le budget va être déposé demain, mais, quand même, sur la base de ce qui a
été déposé cet automne, déjà on peut voir que le déficit du Québec, en
pourcentage du PIB, est un des plus bas de toutes les provinces canadiennes. Sans
dévoiler les chiffres, Mme la Présidente, de demain, j'invite le chef de
l'opposition officielle aussi à comparer le montant, 7 milliards, qu'on a donné dans les poches des Québécois, parce
qu'on a souhaité, finalement, assumer un certain déficit au gouvernement
et non pas dans les poches des citoyens, donc on a donné 7 milliards en
baisses d'impôts et en taxes.
Donc, Mme la Présidente, on a réussi à faire
tout ça tout en augmentant de 56 % et 58 % les dépenses en santé et
en éducation. Et, Mme la Présidente, comment on a réussi ça? Bien, parce que le
Québec, depuis sept ans, a eu une meilleure croissance économique par habitant
que le reste du Canada. Ça, c'est la vérité. Ce sont les faits. Ce n'est pas
arrivé pendant les 15 années libérales, mais, avec le gouvernement de la
CAQ, notre économie a mieux fait que celle du
reste du Canada, donc on a pu assumer le financement des services, la réduction
du fardeau fiscal et un déficit qui est parmi les plus bas au Canada.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. André Fortin
M. Fortin : 7 milliards, c'est le surplus qu'il avait à
son arrivée, puis aujourd'hui il y a un déficit de 12 milliards.
Mme la Présidente, le gouvernement du Québec n'a plus aucune marge de manoeuvre
à cause des décisions de la CAQ, à cause de
Northvolt, à cause de Flying Whales, à cause des Kings, de Lion, du dossier
santé numérique, de SIFAHR, des fonctionnaires additionnels, des
structures qui s'empilent les unes par-dessus les autres. C'est de l'argent
qu'ils ont lancé par
les fenêtres, qu'ils ont donné à des multinationales étrangères. C'est
d'ailleurs le plus grand regret professionnel de la députée de Sanguinet. Et, à
cause de tout ça, ils ne sont plus capables de donner les services aux Québécois.
La Présidente : La réponse du
premier ministre.
M. François Legault
M. Legault : Oui, bien, Mme la
Présidente, les faits viennent dire exactement le contraire de ce qu'on vient
d'entendre du chef de l'opposition officielle.
On a ici la croissance économique par habitant
du Québec depuis sept ans et demi, donc depuis qu'on est au pouvoir, puis on a
ici la croissance en Ontario puis la croissance dans le reste du Canada. Ça,
c'est après inflation. Ça ne s'est jamais vu sous les libéraux.
Donc, je comprends que le chef de l'opposition
officielle s'amuse à nommer quelques dossiers qui ont moins bien viré, mais,
quand on regarde la moyenne au bâton, la moyenne au bâton, c'est que le Québec,
pour la première fois de son histoire, a mieux fait que le reste du Canada.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. André Fortin
M. Fortin :
Mme la Présidente, il n'y a pas un Québécois qui trouve ça drôle. La réalité,
là, c'est que les Québécois, ils continuent de payer leurs taxes puis leurs
impôts, mais ils ne voient pas à quoi sert cet argent-là, parce que, quand ils
ont besoin du gouvernement, il n'est simplement pas au rendez-vous.
Le gouvernement a tellement gaspillé qu'il n'a
même plus d'argent pour payer des imageries médicales aux Québécois. Les listes
d'attente explosent parce que Santé Québec refuse de payer des imageries
médicales à des gens atteints de cancer. C'est ça, le résultat de la CAQ. C'est
ça, le legs du premier ministre.
La Présidente : La réponse du
premier ministre.
M. François Legault
M. Legault : Bien, Mme la
Présidente, quand on regarde le revenu disponible, donc l'argent qui reste dans
les poches des citoyens, il en reste plus dans les poches des citoyens au
Québec que dans le reste du Canada. On a baissé les impôts. On a mis une
déduction, un crédit d'impôt de 2 000 $ récurrent pour les personnes
de 70 ans et plus. On a augmenté les allocations familiales. On a réduit
les taxes scolaires. 7 milliards. Puis regardez le montant du déficit
demain.
La Présidente : Troisième
complémentaire.
M. André Fortin
M. Fortin :
Vous savez ce que... vous savez ce que les Québécois sont obligés de faire avec
l'argent dans leurs poches? Ils sont obligés de se tourner vers le privé, en
santé. Il y a 48 % des familles qui se tournent vers le privé, en santé.
Et aujourd'hui, là, le gouvernement, à cause de ses choix, est obligé de dire à
des patients atteints de cancer qu'ils n'ont pas d'argent pour savoir si leur
cancer a grossi, si le traitement a fonctionné. Je cite le Dr Bernèche :
«Il n'y a pas une semaine qui passe sans que je voie un patient qui a attendu
trois à six mois, qui aurait dû être vu avant parce qu'il a un cancer,
puis là son cancer est trop avancé.» Ça, c'est les choix que le gouvernement de
la CAQ a faits.
La Présidente : La réponse du
premier ministre.
M. François Legault
M. Legault : Oui, bien, Mme la Présidente, tout le monde a
bien compris que le chef de l'opposition officielle vient de changer de sujet.
Il ne parle plus des finances publiques, il ne parle plus du déficit. Il est
maintenant rendu en santé.
Mme la Présidente, on a eu du courage, en santé.
Des voix : ...
La Présidente : ...premier
ministre. S'il vous plaît! On a écouté avec respect la question du chef de
l'opposition officielle, j'aimerais avoir le même respect pour entendre la
réponse. On écoute.
M. Legault : Grâce à l'entente
avec les médecins de famille, on va avoir 500 000 Québécois de plus
qui vont avoir accès à un GMF. Même le Parti libéral a voté pour l'entente avec
la FMOQ. Donc, il faudrait qu'ils se décident. Est-ce qu'ils sont pour ou
contre l'entente avec les médecins de famille?
La Présidente :
En question principale — une
seule personne aura le droit de parole — j'aimerais entendre le député de
Marguerite-Bourgeoys.
Gestion des finances publiques
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin : Enfin, enfin,
Mme la Présidente, on arrive au dernier budget caquiste, un budget qui sera
dans la lignée de tous les autres budgets désastreux de ce mauvais gouvernement,
déficit après déficit, 100 milliards de plus à la dette du Québec en huit ans,
et la pire chose qui peut arriver à un ministre des Finances : il a été
décoté par Standard & Poor's, Mme la Présidente.
J'entendais la candidate députée de Sanguinet
dire que c'est dans l'ADN de son parti de bien gérer les finances publiques,
Mme la Présidente. Il faut quand même vivre dans une réalité alternative pour
dire des choses comme ça, probablement une réalité caquiste seulement. Ce qui
est dans l'ADN de la CAQ, Mme la Présidente, c'est le gaspillage, c'est le 7 millions aux Kings de Los Angeles,
c'est des centaines de millions dans Northvolt, c'est le scandale de SAAQclic.
Mme la Présidente, est-ce qu'ils se rendent
compte que ça va prendre des années à...
La Présidente : La réponse du
ministre des Finances.
M. Eric Girard
M. Girard (Groulx) : Oui. Mme
la Présidente, bien, je vais être clair, là, c'est correct que l'opposition
soit partisane puis fasse... dise ses histoires, là, mais, pour les chiffres,
pour les chiffres, il faudrait être exact.
Alors, en 2018-2019, vous avez laissé un surplus
de 5 milliards après Fonds des générations, et j'ai dit plusieurs fois, à
plusieurs reprises au député de Robert-Baldwin qu'il avait laissé les finances
publiques en bon état, 5 milliards de surplus après Fonds des générations.
Maintenant, il y a eu, Mme la Présidente, et
l'opposition ne semble pas s'en rappeler, une pandémie, qui a coûté au Québec
26 milliards de dollars. Il y a maintenant une guerre tarifaire, une
guerre au Moyen-Orient. Et quels sont les faits? Nous avons, au
31 mars 2026, selon les chiffres de la mise à jour, la situation va
s'améliorer demain, une dette nette, par rapport au PIB, de 40 %. C'était
42 % lorsque le précédent gouvernement a quitté.
• (15 heures) •
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin : Mme la
Présidente, quand une agence de notation comme Standard & Poor's vous dit
que vous n'êtes pas bons, puis qu'ils vous décotent, puis que le Vérificateur
général vous dit que vous avez déposé un demi-plan de retour à l'équilibre
budgétaire puis que le travail du ministre est incomplet, il me semble que le
message est clair, il me semble que ça veut dire que vous n'êtes pas bons.
Pourquoi le ministre ne fait pas la même chose
que le péquiste Marceau a fait? Pourquoi que le ministre des Finances ne
s'excuse pas aux Québécois?
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Eric Girard
M. Girard (Groulx) : Oui, Mme
la Présidente. Bon, alors, avec le surplus de 5 milliards que les libéraux
nous ont laissé, il y avait une note, aux états financiers, du Vérificateur
général, qui disait que ceux-ci sous-estimaient la dette de 13 milliards de dollars, Mme la Présidente. Et qui
s'est occupé de ça? Notre gouvernement s'est occupé... a assumé ses
responsabilités, a corrigé la note à vos états financiers, qui étaient
incorrects, selon le Vérificateur général. Alors, pour notre cas,
le déficit est à 1,5 % du PIB. Ça va s'améliorer demain.
La Présidente : En terminant.
M. Girard (Groulx) : C'est plus
bas que la moyenne canadienne.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin : Demain, le ministre va déposer son septième
budget déficitaire, pelletage par en avant, déficit historique sur le
dos des prochaines générations, Mme la Présidente. Il va avoir augmenté la
dette de 100 milliards. Il aura subi la
pire insulte qu'un ministre des Finances peut avoir, il a été décoté. Il a
rempli la carte de crédit des Québécois.
Moi, j'ai une
cote de crédit à donner au ministre, là, triple D, déficit, dette, décote.
Bravo, champion! Dehors, la CAQ!
La
Présidente : Alors, je vous ramène à votre code de déontologie,
article 32. Et j'aimerais entendre le rappel au règlement,
j'imagine, de M. le leader du gouvernement. Quel est-il?
M. Jolin-Barrette : Mme
la Présidente, article 35, on s'appelle par notre titre, des propos blessants.
Et, Mme la Présidente, il y a l'attitude, il y a la façon de le faire
aussi.
La
Présidente : Je vous remercie. Et je vous demande, M. le
député, de retirer ces paroles. On s'interpelle uniquement par notre
titre. Vous retirez? Merci.
Des voix : ...
La Présidente : On garde le
silence. Je suis debout, il n'y a rien d'enregistré, c'est donc dommage.
J'aimerais entendre la réponse du ministre. On l'écoute.
M. Eric Girard
M. Girard (Groulx) : Oui, bien,
Mme la Présidente, je pense que le député de l'opposition a prouvé ce que j'ai
dit, il ne sait pas compter. C'est mon huitième budget, il parle du septième.
Des voix : ...
La Présidente : Attendez. Je vous
rappelle votre règlement. Une seule personne a le droit de parole ici, c'est le
ministre. J'aimerais qu'on l'écoute, tout comme on écoutait la question.
Maintenant, M. le ministre, poursuivez.
M. Girard (Groulx) : Oui, bien,
je maintiens mon point, Mme la Présidente, il ne sait pas compter.
Alors, la hausse de la dette nette au Québec
depuis 2018‑2019 : 66 milliards. Combien est lié à l'augmentation du PQI, Mme la Présidente? Parce que... Est-ce que
l'opposition est contre la hausse du PQI? Plus du deux tiers est relié à
l'augmentation du PQI.
La Présidente : En terminant.
M. Girard (Groulx) : Merci.
J'en ai assez dit, Mme la Présidente.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant le député de Nelligan.
Investissements dans les infrastructures du réseau de la
santé
M. Monsef Derraji
M. Derraji : Mme la
Présidente, la décrépétitude... la décrépitude de nos hôpitaux...
Des voix : ...
La Présidente : D'accord.Bon.
On retrouve son sérieux.
Une voix : ...
La Présidente : Mme la
ministre. On retrouve son sérieux. On vous écoute.
M. Derraji : Ça va mal, Mme la
Présidente, dans les hôpitaux, ça va mal. La décrépitude de nos hôpitaux est devenue le symbole de l'échec caquiste en matière
de santé : Saint-Jérôme, Amos, Malbaie, HMR, l'Hôpital neurologique
de Montréal, Mme la Présidente, aujourd'hui... Amos, et aujourd'hui
Sainte-Croix, à Drummondville.
Mme la Présidente, combien de fois les caquistes
vont revenir avec les mêmes annonces? Parlons de HMR. Combien de fois ils l'ont
annoncé? Combien de fois ils ont dit : Les pépines sont juste à côté? On
cherche les pépines, Mme la Présidente. Elles sont où, les pépines? C'est
ça, la question.
Mme la Présidente, aujourd'hui, qui croit la
ministre avec cette annonce à Drummondville? Qui la croit? Les Québécois ne
croient plus la CAQ.
La Présidente : La réponse de la
ministre de la Santé. On vous écoute, madame.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Oui,
Mme la Présidente. Écoutez, il faut regarder tout ce qui a été fait au niveau
du Plan québécois des
infrastructures, parce que, oui, quand on est arrivés, en 2018, il y avait de
la décrépitude, comme dirait mon collègue, mais aussi de la désuétude. Et ça faisait des
décennies qu'il n'y avait pas eu d'investissements à la hauteur des besoins dans
notre système de santé. C'est peut-être pour ça que le déficit était moins
important. Je dis ça comme ça, en passant.
Mme
la Présidente, vous savez, dans le budget PQI santé, pour 2025‑2035,
là, c'est 25 milliards sur 10 ans, des milliards, Mme la
Présidente. On a reconstruit une grande majorité des centres hospitaliers
universitaires au Québec, parce qu'on en
avait grand besoin, et les CHU, au Québec, sont situés à Montréal, à
Sherbrooke, à Québec et ils desservent dans
l'ensemble du Québec pour des besoins ultraspécialisés. On avait besoin, au
Québec, de rehausser nos grands centres universitaires, on l'a fait.
Maintenant, Mme la
Présidente, on arrive à une étape où on doit aussi rénover ou...
La Présidente :
Première complémentaire.
M. Monsef Derraji
M. Derraji :
Mme la Présidente, est-ce qu'aujourd'hui la ministre a vu le reportage qui
parle de l'Hôpital neurologique de Montréal? Est-ce qu'elle connaît la
situation très bien de ce qui se passe à l'Hôpital neurologique de Montréal?
Cet hôpital, il ne sert pas uniquement les Montréalais, 50 % des patients
viennent de l'extérieur de Montréal. Donc,
elle peut bien parler, Mme la Présidente, toute la journée de son PQI, le
PQI est devenu un stationnement qui ne sert à rien.
Est-ce qu'elle est
fière de voir cet hôpital dans cet état?
La
Présidente : La réponse du ministre responsable des Infrastructures.
M. Benoit Charette
M. Charette :
Merci, Mme la Présidente. Je suis surpris que la question vienne des
libéraux. Le Neuro dont il est question ce
matin dans les médias a, essentiellement, 100 ans. C'est une institution
qui date des années 1930, un siècle, essentiellement. Quelle est la
formation politique qui a été au pouvoir le plus longtemps pendant ce
siècle-là? C'est le Parti libéral. C'est le Parti libéral qui, année après
année, malheureusement, a manqué à ses responsabilités et sous-investissait de
façon questionnable sur des enjeux, sur des infrastructures pourtant stratégiques.
Donc, aujourd'hui,
oui, un déficit de maintien d'actif important parce que, pendant des
décennies...
La Présidente :
En terminant.
M. Charette :
...ils ont insuffisamment investi. Mais...
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Monsef Derraji
M. Derraji :
Mme la Présidente, à écouter le ministre des Infrastructures, ça veut dire
que tout est beau, tout est beau. Est-ce
qu'il oublie que son PQI est devenu un stationnement? C'est un stationnement de
projets. On ne parle pas de HMR, Saint-Jérôme, Amos, Malbaie, l'Hôpital
neurologique de Montréal.
C'est
assez, Mme la Présidente. Ce que les Québécois veulent, ce n'est pas des
annonces recyclées. Ce qu'ils veulent, c'est
des projets qui sortent de terre, Mme la Présidente, ils veulent voir les
pépines. Elles sont où, les pépines? Il faut lancer les projets.
La
Présidente : La réponse du ministre responsable des Infrastructures.
M. Benoit Charette
M. Charette :
C'est facile de noter la contradiction du collègue. Dans la question
précédente, il parle de maintien d'actif insuffisant, et là il parle de
construction de nouveaux bâtiments. On fait les deux. On ne peut pas... on ne
peut pas souhaiter qu'un seul des deux aspects.
Cependant, je veux
inviter le collègue à porter une attention particulière, demain, au PQI qui
sera présenté et la proportion qui est réservée au niveau du maintien d'actif.
Ce sera des investissements historiques à ce niveau-là, avec un niveau d'investissement qui sera notable aussi, autant pour le
maintien d'actif que pour les nouvelles infrastructures.
On corrige, oui, ce
qui a été négligé par le passé...
La Présidente :
En terminant.
• (15 h 10) •
M. Charette :
...mais on ne peut pas tout corriger en quelques années, par contre, Mme la
Présidente.
Des voix :
...
La Présidente : Je
vous entends trop, Mme la députée de Jeanne-Mance—Viger.
En question principale, je reconnais maintenant
la cheffe du deuxième groupe d'opposition.
Effort fiscal des
contribuables multimillionnaires
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Merci, Mme la
Présidente. Le ministre des Finances nous a avertis, hein, son dernier budget sera sobre et ciblé. Mais sobre pour qui,
Mme la Présidente? Pour les gens qui travaillent à temps plein, mais qui
doivent s'endetter pour être capables de payer le loyer, de payer
l'épicerie, de payer le transport? Puis sobre, ça veut dire quoi? Ça veut dire
demander encore plus d'efforts toujours aux mêmes, les gens de la classe
moyenne, qui paient déjà trop.
Les Québécois acceptent de payer beaucoup
d'impôt au Québec parce qu'ils s'attendent à recevoir des services publics de qualité en retour. Mais la réalité, on
le voit sur le terrain, c'est que nos services publics s'écroulent,
littéralement. Le contrat social, au Québec, il est brisé.
Il y a de plus en plus de voix qui s'élèvent
pour dire que la solution pour réduire la pression sur nos finances publiques est d'aller chercher l'argent là où il est,
c'est-à-dire chez les multimillionnaires, les 25 millions de dollars et
plus. Claire Trottier, une riche héritière, dit elle-même qu'elle ne paie pas
assez d'impôt. Elle est prête à en payer plus. Puis elle n'est pas la seule à dire ça. Brigitte Alepin, une
fiscaliste reconnue au Québec, dit aussi que c'est nécessaire de revoir notre
fiscalité, qui est brisée, pour que les plus riches contribuent, eux aussi.
Mme la Présidente, la classe moyenne a fait sa
part. Il est temps que les multimillionnaires, les très, très riches, au
Québec, une infime minorité, fassent aussi leur part.
Est-ce que le premier ministre peut reconnaître
qu'imposer la richesse des multimillionnaires, c'est faire preuve de courage? Et
en a-t-il?
La Présidente : La réponse du
premier ministre.
M. François Legault
M. Legault : Oui.
Mme la Présidente, depuis sept ans et demi, on a remis beaucoup d'argent dans
les poches des Québécois, puis en particulier dans les poches des
Québécois les plus démunis.
D'abord, on a
doublé l'aide sociale pour les personnes qui ont des contraintes, doublé. Ça, c'est
une augmentation de 100 %. Ensuite,
on a mis un crédit d'impôt de 2 000 $ pour les 70 ans et plus
qui ont des faibles revenus. On a mis en place pour plus de
800 millions une augmentation des allocations familiales, donc, pour les
familles qui ont plusieurs enfants. On a
annulé la taxe famille libérale. On a augmenté le crédit d'impôt pour les frais
de garde d'enfant. On a baissé les tarifs de stationnement dans les
hôpitaux. On a augmenté le crédit d'impôt pour les proches aidants. On a
augmenté le crédit d'impôt pour le maintien
à domicile des aînés. On a remboursé les lunettes pour les personnes qui sont
dans des familles où ils ont moins de revenus. On a augmenté le soutien
pour les enfants handicapés. On a augmenté l'exemption pour les pensions alimentaires. On a augmenté l'aide financière aux
études pour les étudiants qui ont des revenus moins élevés. Mme la
Présidente, plus de 7 milliards, 7 milliards.
La Présidente : En terminant.
M. Legault : Il n'y a pas un gouvernement, il n'y a pas une
province qui a remis autant d'argent dans les poches des Québécois. Je
comprends que, pour Québec solidaire...
La Présidente : Première
complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Mme la Présidente,
il n'y a pas un seul endroit, il n'y a pas une province qui a autant gaspillé que le gouvernement de la CAQ. Le premier ministre
me dit tout l'argent qu'il donne, mais il ne parle pas des gaspillages. Puis, pendant ce temps-là, bien, on pénalise
toujours les mêmes. Les gens paient beaucoup d'impôt, puis après ça ils sont
pénalisés avec l'austérité puis des coupes dans les services publics.
Mais les
Québécois, eux, ils voient que c'est injuste. 72 % des Québécois et
Québécoises sont d'accord d'imposer les multimillionnaires.
Est-ce que le premier ministre est d'accord avec
les Québécois ou non?
La Présidente : La réponse du
premier ministre.
M. François Legault
M. Legault : Bien, Mme la
Présidente, j'aimerais que Québec solidaire fasse un exercice sérieux, parce
que le Québec, comme on dit, est pauvre en
riches, donc il n'y a pas beaucoup de riches. Donc, déjà les impôts sont très...
très élevés, on parle de plus de 50 % sur les revenus, puis, comme
on dit souvent, trop d'impôt tue l'impôt.
Donc, je voudrais savoir,
là, qu'est-ce qu'elle propose, concrètement, puis qu'est-ce que c'est,
quelqu'un qui est riche. Est-ce que c'est un enseignant qui gagne
100 000 $ par année? C'est quoi, être riche, pour elle?
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Bien, permettez-moi, Mme la Présidente, de faire
l'éducation du premier ministre. Les enseignants, les infirmières, les gens qui ont des salaires,
eux autres, n'ont pas vu leurs salaires augmenter à une vitesse aussi
phénoménale...
Des voix : ...
La
Présidente : Je suis debout. Articles 32 et 37. Gardez le
silence. Gardez le silence. Je veux entendre la question, ensuite il y
aura une réponse. Gardez le silence.
Mme la cheffe, poursuivez. On vous écoute.
Mme Ghazal : Mme la Présidente,
les salariés, au Québec, il faut vraiment être déconnecté pour ne pas savoir c'est quoi, leur vie. Ils n'ont pas vu leurs
salaires augmenter à une vitesse aussi phénoménale que les multimillionnaires.
Le premier ministre me parle de la richesse.
C'est d'imposer la richesse, les gens qui sont assis et qui ont vu leurs
salaires... leur richesse doubler. Est-ce qu'il accepte d'aller chercher...
La Présidente : ...du premier
ministre.
M. François Legault
M. Legault : Mme la Présidente,
là, comme on dit en québécois, là, je pense, la cheffe de Québec solidaire a
manqué une bonne game, elle a manqué une bonne game, depuis sept ans. Est-ce
qu'elle se rappelle, ce n'était pas elle qui était cheffe, là, mais que, à
l'époque, ceux qui étaient chefs de Québec solidaire étaient contre le fait que
pour la première fois dans l'histoire du
Québec on donne des plus grosses augmentations de salaire aux enseignants qu'à
l'ensemble des travailleurs des réseaux du gouvernement? Le salaire
maximum est passé de 84 000 $ à plus de 100 000 $. On a
augmenté les salaires des enseignants comme ça ne s'est jamais vu dans
l'histoire du Québec.
Maintenant, je répète ma question : Est-ce
qu'un enseignant qui gagne 100 000 $...
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant la députée de Verdun.
Investissements dans les infrastructures du réseau de la
santé
Mme Alejandra Zaga Mendez
Mme Zaga Mendez : Merci, Mme la
Présidente. Le budget de demain, c'est la dernière chance de la CAQ pour réparer les pots cassés. Après huit ans de
mauvaise gestion, nos infrastructures de santé tombent en ruine. Il n'y a
pas un jour, pas un jour que les gens ne voient pas les dommages causés par
l'inaction de ce gouvernement.
Ce matin, c'était au tour de l'Hôpital
neurologique de Montréal d'illustrer ce délabrement : des patients soignés
dans des corridors derrière des rideaux de
douche, des rallonges scotchées au mur et des fuites d'eau épongées avec des
buvards. Ce n'est pas un cas isolé, malheureusement. Je pourrais parler de Maisonneuve-Rosemont ou de l'institut Douglas, que je connais très bien. Nos hôpitaux
tiennent avec de la broche.
J'espère que,
demain, le ministre des Finances est prêt, parce que les Québécois s'attendent
que le mot de la fin de ce gouvernement soit au moins être à la
rescousse de nos hôpitaux à bout de souffle.
Ma question est simple : Est-ce que le
ministre des Finances, demain, va doubler les investissements pour la
rénovation de nos hôpitaux?
La Présidente : La réponse de la
ministre de la Santé.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Oui. Mme la
Présidente, écoutez, on continue à améliorer nos infrastructures en santé, au Québec. On l'a fait depuis 2018, on continue. Vous
allez voir les résultats cette semaine, il y aura éventuellement d'autres
annonces, on fera progresser les projets d'infrastructures, au Québec, qui sont
priorisés.
Alors, Mme la Présidente, on va continuer de
faire ce qu'il faut avec les centres hospitaliers, bien sûr, puis, n'oublions
pas, aussi avec les autres infrastructures, parce qu'on parle beaucoup
d'hôpitaux, ici, mais il ne faut pas oublier
qu'il y a aussi tout le réseau d'hébergement pour les aînés, il y a aussi
d'autres centres, en réadaptation, par exemple. Alors, on essaie d'avoir
un équilibre dans tout ça, Mme la Présidente.
Moi, je suis très contente. Aujourd'hui, je suis
allée faire une annonce à Drummondville, puis les gens qui étaient là étaient
contents. Et là aussi il y en a eu, des dégâts d'eau, puis il y en a eu, des
choses. C'est drôle, on n'entend pas parler de ça aujourd'hui, là, mais on l'a mis en priorité,
Drummondville. Allez-y, vous allez voir, les gens sont super contents.
Alors, on va continuer. On va faire le dossier...
La
Présidente : Première complémentaire.
Mme Alejandra Zaga Mendez
Mme Zaga
Mendez : Continuer, ce n'est plus suffisant. Maisonneuve-Rosemont, ça
fait 12 ans qu'il est en planification. La coalition est sortie, la
semaine passée, elle nous dit clairement : C'est 300 millions qu'il
faut demain matin, demain, lors du budget,
pour éviter de nouveaux retards catastrophiques. La moindre des choses, pour la
CAQ, là, c'est de finir ce mandat en finançant nos hôpitaux comme du
monde.
Ma
question est simple : Est-ce que, demain, on va doubler le budget pour les
infrastructures en santé, oui ou non?
• (15 h 20) •
La
Présidente : La réponse du ministre responsable des Infrastructures.
M. Benoit Charette
M. Charette :
Merci, Mme la Présidente. Doubler, c'est... ce serait tout de même
passablement irresponsable, mais l'augmentation, elle a été majeure. Il y a
quelques années, lorsque le gouvernement a pris le pouvoir, nous étions à
100 milliards, nous sommes aujourd'hui à 164 milliards. Demain, on
confirmera un nouveau chiffre, mais on parle tout
de même de 64 % d'augmentation en quelques années à peine, ce qui est
majeur. Et, à travers ces augmentations-là, il y a un bel équilibre
entre le maintien d'actif et les nouveaux établissements qui doivent se
développer.
Et
Québec solidaire, malheureusement, pense que tout tourne autour de
Montréal. La métropole, elle est essentielle au développement du
Québec...
La
Présidente : En terminant.
M. Charette :
...elle est bien pourvue en termes d'investissements, mais il y a aussi des
besoins dans d'autres régions...
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
Mme Alejandra Zaga Mendez
Mme Zaga
Mendez : Demain matin, les gens veulent juste voir une chose, c'est
que nos états d'infrastructures ne vont plus être dans un état désastreux, que,
oui, le budget des infrastructures en santé va être doublé pour venir à la
rescousse de l'ensemble des hôpitaux puis nos infrastructures en santé partout
au Québec.
Demain, en fait, Mme
la Présidente, c'est l'épilogue, l'épilogue du gouvernement de la CAQ. Ça va
être quoi? Pour passer le test, il faut que ce soit écrit : doubler les
infrastructures en santé partout au Québec.
La
Présidente : La réponse du ministre des Finances.
M. Eric Girard
M. Girard
(Groulx) : Oui, Mme la Présidente. Bien, je vais épiloguer. Il a déjà
doublé, il a déjà doublé, depuis 2018‑2019, le PQI, en santé. Et puis au total,
comme mon collègue l'a dit, c'est 64 %, mais on a priorisé la santé parce
qu'il y avait un niveau de désuétude qui nous avait été laissé par le
gouvernement précédent. Alors, il a fallu faire des efforts qui, en proportion,
sont plus élevés que 64 %, bien que c'est ce qu'on a donné à l'ensemble
des priorités du gouvernement.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la
députée de Terrebonne.
Subventions et prêts accordés à des entreprises
multinationales
Mme Catherine Gentilcore
Mme Gentilcore :
Mme la Présidente, on assiste, le Québec assiste, ces jours-ci, à une
véritable métamorphose politique. Pendant deux ans, la candidate à la chefferie
de la CAQ, ancienne ministre de l'Économie, a été la véritable gardienne de
l'orthodoxie caquiste, elle a justifié chacune des interventions de l'État. En
2023, ici même, elle affirmait fièrement :
«Notre gouvernement soutient plus de 1 850 projets par année. Un
développement industriel sans risque, ça n'existe pas.» Bref, elle défendait bec et ongles chacune des
subventions massives aux multinationales. Mais soudainement la course à la chefferie lui a fait voir la
lumière, Mme la Présidente : «Je vais être plus en retenue au niveau de
l'interventionnisme économique.»
Donc, ma question pour le ministre de
l'Économie, elle est simple : De quel côté penche-t-il, du côté de
Dre Jekyll ou de Mme Hyde? Est-ce qu'il est du côté de l'ex-ministre
de l'Économie, qui gérait par gros chèques puis par risques, ou du côté de sa
candidate à la chefferie, qui, elle, renie maintenant son propre bilan?
La
Présidente : La réponse du ministre de l'Économie, de l'Innovation et
de l'Énergie.
M. Jean Boulet
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente. Évidemment, on est du côté du développement
économique régional, le support des PME.
Je
rappellerai à la collègue que 94 % des interventions d'Investissement Québec, du 1er avril 2019 au 31 mars 2025,
étaient auprès d'entreprises de 250 employés et moins. 80 % des
interventions supportent des PME.
Je
rappellerai à la collègue qu'à Terrebonne on a supporté le Groupe ADF, qui
a pu diversifier ses marchés, qui a obtenu le plus important contrat de
son histoire.
Je
rappellerai qu'il y a à peine 10 jours on a soutenu Tremcar, une
entreprise de Granby, un projet de 37,7 millions, pour acheter des robots
soudeurs fabriqués ici, au Québec, à Trois-Rivières, ainsi que des découpeuses automatisées.
On a beaucoup d'exemples
de soutien de PME. Ça a été fait par ma collègue de Sanguinet, on continue de
le faire. Ça fait partie de la vision économique du Québec. Elle est
fondamentale, et c'est au coeur de nos actions.
La Présidente :
En terminant.
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente :
Première complémentaire.
Mme Catherine Gentilcore
Mme Gentilcore :
Dans son nouveau plan, la députée de Sanguinet fustige l'État paternaliste et
affirme que le gouvernement s'est dissipé et
dispersé, mais c'est d'elle-même dont elle est en train de parler. Quand elle
était ministre, elle a piloté des
dossiers comme Northvolt, Nemaska, Flying Whales, engageant des milliards
de dollars sans garantie solide.
Est-ce que le
ministre est d'accord pour dire que sa candidate a elle-même manqué de retenue,
à l'époque?
La Présidente :
La réponse du ministre.
M. Jean Boulet
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente. Évidemment, il faut analyser chacun des projets à son
mérite. Je parlais de Tremcar un peu plus tôt, j'ai étudié complètement le
dossier d'analyse d'Investissement Québec, il y a des critères qui sont
parfaitement objectifs, on tient compte des retombées économiques locales. Si
on réfère à Nemaska, c'est 214 emplois potentiels lors de la mise en
opération de l'usine de conversion d'hydroxyde de lithium, 500 emplois
avec une moyenne de 133 000 $ de salaire annuellement. Il y a
beaucoup de projets. Il faut les analyser, tenir compte des avantages, des
inconvénients et agir de cette manière. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente :
Deuxième complémentaire.
Mme Catherine Gentilcore
Mme Gentilcore :
Ce n'est pas à l'État de choisir des gagnants, des perdants en saupoudrant des
millions. La députée a fait exactement ça en
défendant les prêts pardonnables, qui sont en fait des subventions déguisées.
Maintenant, elle dit plutôt qu'elle va mieux encadrer les prêts qui sont
accordés par Investissement Québec. C'est exactement ça que je lui ai demandé,
le 29 octobre dernier.
Donc,
maintenant qu'il a la bénédiction de la championne en règle des prêts
pardonnables, est-ce que le ministre va mettre fin à cette pratique-là,
oui ou non?
Des voix :
...
La Présidente :
Oui, M. le leader du gouvernement, je vais vous écouter pour votre rappel au
règlement.
M. Jolin-Barrette : Mme la Présidente, oui, c'est au lexique depuis
l'oeuvre du député de Marguerite-Bourgeoys, Mme la Présidente. Alors, on demande de le
retirer.
La Présidente :
Ce n'est pas qu'une question de lexique, Mme la députée, je vous rappelle,
article 35.1° : «Paroles
interdites et propos non parlementaires. Le député qui a la parole ne peut
désigner le président ou un [autre] député autrement que par son titre.»
Alors, on n'invente pas de titre. Je vous invite à retirer ces paroles. Et
j'aimerais entendre la réponse. Alors...
Mme Gentilcore :
Donc, maintenant que...
La Présidente :
Non, non. Mme la députée, retirez les paroles et appelez par son titre la
collègue. Vous retirez? Merci. Il y avait quatre secondes au compteur.
Mme Gentilcore : ...maintenant qu'il a la bénédiction de la
députée de Sanguinet, est-ce qu'il va mettre fin à cette
pratique, oui ou non?
La Présidente :
Merci, madame. Vous avez tout compris. La réponse du ministre.
M. Jean Boulet
M. Boulet :
Oui, écoutez, c'est important de continuer de mettre l'accent sur les forces
stratégiques du Québec : notre énergie
renouvelable, nos minéraux critiques stratégiques, nos PME, nos régions, notre
intelligence artificielle, notre industrie de la défense, qui va générer
des retombées bénéfiques pour l'ensemble des régions du Québec, et les PME qui s'impliquent aussi dans le plan d'action d'Hydro-Québec. Il y aura construction d'infrastructures. On continue d'être
actifs. Et, je le répète, la majorité de nos interventions sont auprès des
PME...
La Présidente :
En terminant.
M. Boulet :
...qui ont besoin de s'automatiser, de se robotiser et d'intégrer
l'intelligence artificielle. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente :
En question principale, je reconnais la députée de Chicoutimi.
Investissements dans le parc d'infrastructures
Mme Marie-Karlynn
Laflamme
Mme Laflamme :
Mme la Présidente, le PQI nous
préoccupe. Tout le monde se souvient du budget de l'an dernier. Le gouvernement
de la CAQ a annoncé, d'une part, le plus lourd déficit de l'histoire du Québec;
d'autre part, le plus lourd déficit de maintien des infrastructures,
plus de 40 milliards de dollars. Et qu'est-ce qui s'en est suivi? La
décote.
Ce n'est pas drôle. Après
huit ans de caquisme, l'état de nos routes, de nos hôpitaux, mais aussi de nos
écoles s'est empiré au point que tout le monde, de l'Ordre des architectes à
l'Institut économique de Montréal, ne demande maintenant qu'une seule
chose : Réparez, s'il vous plaît, réparez. Tout le contraire de ce que la
CAQ a fait avec des projets signature dans
une poignée de comtés. Il est temps que la CAQ entende ce message. Il faut
passer de projets en phase de planification à des écoles, des routes et
des hôpitaux en réparation.
Alors, est-ce que le
ministre des Infrastructures s'est décidé à mettre la priorité au maintien des
actifs pour le dernier budget de la CAQ, oui ou non?
La Présidente :
La réponse du ministre responsable des Infrastructures.
M. Benoit Charette
M. Charette :
Merci, Mme la Présidente. Je veux d'abord souhaiter la bienvenue à notre collègue
en cette Chambre. Mais peut-être lui rappeler que ce n'est pas une bonne idée,
dans une même phrase, de parler de décote et ensuite de parler
d'investissements qui doivent être rehaussés au niveau du PQI. Mon collègue aux
Finances l'a bien dit, la décote est en
partie redevable à cette responsabilité, que nous assumons pleinement, de
corriger les erreurs du passé, c'est-à-dire investir davantage dans nos
infrastructures. Il y a un lien direct à établir, et le nier est quelque peu
douteux, Mme la Présidente.
Sinon, peut-être
rassurer la collègue : demain, un PQI qui se voudra aussi responsable,
mais qui laissera une place importante au maintien des actifs. Historiquement,
on avait les deux tiers du PQI qui étaient réservés au maintien des actifs. J'invite la collègue à porter une
attention particulière au pourcentage qui sera annoncé demain. On va en faire
encore davantage pour maintenir dans un état acceptable nos institutions, que
ce soient nos écoles, que ce soient nos hôpitaux, que ce soient nos routes, Mme
la Présidente.
• (15 h 30) •
La
Présidente : Première complémentaire.
Mme Marie-Karlynn
Laflamme
Mme Laflamme :
Alors, la décote parle de la gestion financière du gouvernement, bien sûr.
Vous savez, jamais il n'y a eu autant de projets
au PQI, mais je vais vous donner un exemple d'infrastructures stationnées au
PQI : le bloc opératoire de Chicoutimi, qui est dans un piteux état
depuis, entendez-vous bien, 2013. L'ex-ministre de la Santé a promis en 2022 de fournir les sommes nécessaires
pour le bloc opératoire. Quatre ans plus tard, toujours rien.
Est-ce
que demain on va devoir ajouter le bloc opératoire de Chicoutimi à la liste des
promesses rompues de la CAQ?
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Benoit Charette
M. Charette : Naturellement, je
vais demander à la collègue de patienter, il reste à peine 24 heures,
24 h 30 min avant le dévoilement du PQI, mais je pourrais
l'inviter à faire une petite recherche à travers le mot «Chicoutimi», demain,
notamment dans le PQI, pour voir des réponses à ses interrogations. Mais, de
façon générale, je résume, le PQI qui sera présenté, il sera responsable, il
sera à la hauteur de nos moyens. Ce sera l'occasion pour nous d'assurer, de la
même façon, du développement économique, tout en assurant que notre réseau
scolaire, que notre réseau des transports, notre réseau de santé soient aussi
bien financés, tant au niveau d'actifs à maintenir que de nouveaux
investissements.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme Marie-Karlynn Laflamme
Mme Laflamme : Alors, je serai
très attentive demain, parce que le gouvernement a préféré toujours construire
des nouvelles infrastructures plutôt que d'entretenir notre parc existant. On
se retrouve avec beaucoup de bâtiments à entretenir et le pire déficit
d'infrastructures de notre histoire.
Nous, je vous rappelle qu'on veut aller chercher
90 milliards de dollars du fédéral, éliminer un palier de
gouvernement au complet. Le refus essuyé par la CAQ cumule des manques à gagner
de...
Des voix : ...
La Présidente : Attendez, Mme la
députée. Je suis debout. Membres du gouvernement, je vous rappelle
l'article 32, vous gardez le silence. J'aimerais entendre la question. Le
respect, ça va des deux côtés. Mme la députée, poursuivez.
Mme Laflamme : Alors,
les refus essuyés par la CAQ cumulent des manques à gagner de
16 milliards. Mais combien de HMR, de blocs opératoires on aurait
pu se payer?
La Présidente : ...réponse du
ministre des Infrastructures.
M. Benoit Charette
M. Charette : Mme la
Présidente, encore là, je suis tenu à une certaine réserve, à ce moment-ci,
mais je vais donner un petit indice à la
collègue et à nos amis du Parti
québécois : nous n'attendrons
pas un oui à un... un hypothétique référendum avant de financer
l'Hôpital de Chicoutimi. Donc, je donne un petit indice à ce niveau-là.
Mais sinon, encore une fois, il faut faire
attention aux contradictions. On ne peut pas nous reprocher d'investir dans le
maintien d'actif et nous demander d'investir davantage au niveau de nouvelles
infrastructures, tout comme on ne peut pas nous reprocher d'investir dans de
nouvelles infrastructures tout en maintenant un actif qui est celui des
générations futures.
Donc, encore une fois, patientons quelques
heures, mais un PQI responsable, demain.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant un député indépendant, qui aura droit à ses
trois questions, je préserve son droit de parole, et je reconnais le député de Rosemont.
Modernisation de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont
M. Vincent Marissal
M. Marissal : Merci, Mme la
Présidente. C'est peut-être une... ma dernière question ici, qui sait, en tout
cas assurément une des dernières. J'aurais préféré qu'elle ne touche pas HMR,
j'aurais préféré que ce soit réglé, mais ça ne
l'est pas. Alors, je me suis engagé auprès de la coalition puis de la
population de l'est de Montréal de continuer de poser des questions
là-dessus.
En 2018, on
nous a dit... la CAQ nous a dit : C'est fait. 2021, on nous a dit :
C'est fait. 2023, là, c'est vrai là, là, c'est fait. Trois fois, trois fois rien. Pire, en novembre 2025, le
gouvernement a demandé des compressions supplémentaires de 15 % dans
un projet qui avait déjà été charcuté de 15 % à 20 %, exactement la
recette pour bloquer un projet.
J'entendais la ministre de la Santé, ce matin,
dire : Évidemment, on ne va pas lancer les 300 projets en même temps. Ça va de soi, il
n'y a personne qui demande ça. Il n'y a évidemment personne qui demande ça.
Mais elle a aussi dit qu'on va y aller selon les priorités de la
population.
Alors, la question,
là, que tout le monde se pose : Pourquoi on attend encore, HMR?
La
Présidente : La réponse de la ministre de la Santé.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Oui, Mme la Présidente. J'apprécie la question. Et, effectivement, l'Hôpital
Maisonneuve-Rosemont, ça fait partie de nos priorités. On n'a pas
l'intention d'arrêter les travaux en lien avec l'Hôpital
Maisonneuve-Rosemont. Je sais qu'il y a eu une très grande mobilisation là, de
tous les partis il y a quelques jours. Alors, ça fait partie de nos priorités,
l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Et l'année dernière
on a même, donc, décidé de se donner de la capacité en créant... en déplaçant
le stationnement, justement pour pouvoir procéder aux agrandissements. Il y a
des comités de travail qui sont en place. On
leur a demandé, comme on a demandé à tous les établissements au Québec, de
s'assurer de respecter le projet clinique, c'est-à-dire le nombre de lits, le
nombre de services, mais de voir peut-être à réduire certains espaces plus
administratifs ou plus techniques. Est-ce
que c'est responsable, Mme la Présidente, de demander aux établissements
d'essayer de restreindre les coûts? Puis, dans le cas de Maisonneuve-Rosemont,
on ne leur a pas demandé de diminuer le nombre de lits.
Alors,
il y a beaucoup de désinformation. Maisonneuve-Rosemont, c'est prioritaire, il
va aller de l'avant, et on sera au rendez-vous.
La Présidente :
...complémentaire.
M. Vincent Marissal
M. Marissal :
Les gens de ma circonscription puis de l'est de Montréal, ils me posent
toujours la même question : Comment ça
se fait qu'on attende encore? Comment ça se fait qu'après sept ans ce
gouvernement n'a pas été capable de les envoyer, les fameuses pépines?
Je suis obligé de répondre qu'un projet comme ça, ça a besoin d'un seul
ingrédient pour partir : la volonté politique.
Alors,
je refile la question de mes concitoyens et concitoyennes à la ministre ou,
peut-être, au ministre responsable des Infrastructures. Pourquoi ne pas
avoir eu la volonté politique de lancer ce projet-là une fois pour toutes?
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Oui. Mme la Présidente,
je le... je le rappelle, lorsque nous sommes arrivés, en 2018, il y avait
déjà des projets, il y avait un ordre de priorité. On a refait les travaux. On
a aussi décidé d'investir pour nos soins de longue
durée, au Québec. On a regardé ça dans une perspective de pouvoir en avoir,
oui, à Montréal, à Québec, en Estrie, mais
aussi différents projets dans les différentes régions. On est rendus dans une
autre étape dans nos priorités. L'Hôpital
Maisonneuve-Rosemont fait partie des priorités, Mme la Présidente, c'est ce que
je veux dire aujourd'hui. On va de l'avant,
on va faire avancer le projet. C'est important, il y a une offre de services là
qui est appréciée et qui est importante...
La Présidente :
Deuxième complémentaire.
M. Vincent Marissal
M. Marissal :
Au deuxième... à son deuxième mandat, la CAQ et les ministres se promenaient
avec un livre sous le bras, je pense que c'était une gracieuseté du premier
ministre, qui avait trouvé l'inspiration là-dedans, intitulé How Big Things Get Done. Bien, apparemment, l'inspiration n'a pas trop
collé, en tout cas certainement pas pour HMR puis tous les autres hôpitaux qu'on attend, au Québec. La CAQ a plutôt
réécrit un grand livre : Comment ne pas faire les infrastructures
dont on a absolument besoin au Québec?
Il y a une occasion,
là, pour la ministre, là, peut-être d'envoyer un message d'espoir, pour une
fois, pour dire qu'il y aura quelque chose dans le budget demain, je ne lui
demande même pas quoi dans le détail.
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Mme la Présidente, bien, le message d'espoir, c'est un message où on va
travailler sainement. Dans le Plan québécois des infrastructures, on a revu les
priorités, Santé Québec a revu, donc, la façon d'évaluer les établissements, puis demain, bien, il y aura des
bonnes nouvelles, dans les prochaines heures, pour les infrastructures au Québec,
Mme la Présidente.
La Présidente : Voilà. Cela me fin à
cette période de questions et de réponses orales.
Motions sans préavis
Comme il n'y a pas de
votes reportés, nous allons passer à la rubrique Motions sans préavis, et, pour
ce faire, je cède la place à la première vice-présidente de l'Assemblée
nationale. Bonne fin de journée, tout le monde.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Alors, nous allons poursuivre nos travaux. À la
rubrique des motions sans préavis, en
fonction de nos règles et l'ordre de présentation des motions sans préavis, je
reconnais maintenant un membre du groupe formant le gouvernement. Mme la
ministre de l'Emploi.
Demander le transfert au
Québec des sommes annoncées
dans le cadre de la réponse tarifaire canadienne
pour la main-d'oeuvre
Mme Déry :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je sollicite le consentement de cette
Assemblée afin de présenter la motion suivante conjointement avec les députés
de Jeanne-Mance—Viger,
d'Hochelaga-Maisonneuve, de Jean-Talon, de Rimouski, de Rosemont, d'Abitibi-Est,
de Laporte et de Saint-Laurent :
«Que l'Assemblée
nationale réitère que l'Entente de principe Canada-Québec relative au marché du
travail, conclue en 1997, reconnaît formellement la responsabilité du Québec en
matière de formation de la main-d'oeuvre et de développement du marché du
travail;
«Qu'elle
rappelle que les sommes annoncées dans le cadre de la réponse tarifaire
canadienne pour la main-d'oeuvre proviennent de la Caisse de
l'assurance-emploi, payée par les cotisations des travailleurs et les entreprises
québécoises;
«Qu'elle réitère
l'importance que le transfert de ces sommes se fasse dans les plus brefs
délais, sans condition supplémentaire à l'entente de principe et dans le
respect des champs de compétences du Québec.»
Merci beaucoup, Mme
la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, Mme la ministre. Est-ce qu'il y a
consentement pour débattre de cette motion? M. le leader adjoint du
gouvernement.
• (15 h 40) •
M. Lévesque
(Chapleau) : Il y a consentement, sans débat, Mme la Présidente.
Mise aux voix
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Cette motion est-elle adoptée?
Des voix :
Adopté.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Motion adoptée. Oui, M. le leader.
M. Lévesque (Chapleau) : ...d'envoyer
une copie de la motion à la ministre fédérale de l'Emploi et des Familles
ainsi qu'au ministre fédéral de la Transformation du gouvernement, des Services
publics et de l'Approvisionnement et lieutenant du Québec.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Ce sera fait.
Donc,
je suis maintenant prête à entendre un membre du groupe formant l'opposition
officielle, Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet :
Mme la Présidente, je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de
présenter la motion suivante conjointement avec le député de Gouin, le député
de Matane-Matapédia, le député d'Abitibi-Est, la députée de Laporte, le député
de Rosemont, la députée de Saint-Laurent et la députée de Chomedey :
«Que l'Assemblée
nationale reconnaisse la pertinence de la mission des centres d'éducation
populaire, qui offrent entre autres des
services d'alphabétisation, de francisation et d'enseignement en informatique auprès
des personnes adultes vulnérables;
«Qu'enfin, elle
demande au gouvernement caquiste d'assurer immédiatement le financement requis
pour que les centres d'éducation populaire du Québec puissent poursuivre leurs
opérations et faire face à la hausse de leurs coûts de fonctionnement,
notamment de loyers.»
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a
consentement pour débattre de cette motion? M. le leader adjoint du
gouvernement.
Une voix :
...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Comme il n'y a pas de consentement, nous allons
poursuivre avec un membre du deuxième groupe d'opposition. M. le député
de Jean-Lesage.
Souligner l'importance de
protéger et promouvoir la culture
québécoise face à la menace provenant des géants du Web
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. Alors, je sollicite le consentement de cette Assemblée pour
présenter la motion suivante conjointement avec la députée de Laporte, le
député de Rosemont et la députée de Saint-Laurent :
«Que l'Assemblée nationale reconnaisse, comme
l'a affirmé le ministre de la Culture, que la principale menace envers la culture francophone ne vient pas de
l'immigration, mais bien des géants du Web, et qu'elle souligne l'importance
d'agir pour mieux protéger et promouvoir la culture québécoise face à ces
plateformes numériques.»
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député. Est-ce qu'il
y a consentement pour débattre de cette motion? M. le leader adjoint.
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Cette motion est-elle adoptée?
Une voix : ...
Mise
aux voix
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Oui. Alors, il y a une demande de vote électronique. Le vote est maintenant
ouvert.
Le vote est maintenant terminé. M. le secrétaire
général, pour le résultat du vote.
Le
Secrétaire : Pour : 90
Contre :
0
Abstentions :
8
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Donc,
cette motion est adoptée. M. le leader de l'opposition officielle.
M. Beauchemin : ...ma collègue
de Bourassa-Sauvé est conjointe à la motion.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Donc,
consentement? Est-ce qu'il y a consentement? Oui. Donc, parfait. Donc,
nous allons poursuivre avec un membre du troisième groupe d'opposition. M. le
député d'Arthabaska.
Reconnaître le devoir de la société québécoise de
mettre en place les
mesures nécessaires à l'intégration des nouveaux arrivants
M. Boissonneault : Merci, Mme
la Présidente. Je sollicite le consentement des membres de cette Assemblée afin
de présenter, conjointement avec le ministre de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration et les députés d'Abitibi-Est, Laporte et
Rosemont, la motion suivante :
«Que l'Assemblée nationale reconnaisse qu'un
parcours d'immigration réussi doit comprendre l'intégration à la nation
québécoise;
«Qu'elle reconnaisse que les nouveaux arrivants
ont le devoir de s'intégrer en français au Québec, de manière à permettre à la
nation québécoise de perdurer dans sa spécificité linguistique et culturelle au
cours des prochaines décennies;
«Qu'elle rappelle enfin que la société d'accueil
doit mettre en place les mesures nécessaires, notamment en francisation, dans
le respect de sa capacité d'accueil, pour que les immigrants puissent
s'intégrer avec succès à la collectivité.»
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député. Est-ce qu'il
y a consentement pour débattre de cette motion? M. le leader adjoint du gouvernement.
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Est-ce que cette motion est adoptée?
Une voix : ...
Mise
aux voix
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Oui. Donc, une demande de vote électronique. Le vote est maintenant ouvert.
La période de vote est terminée. M. le
secrétaire général, pour le résultat du vote.
Le
Secrétaire : Pour : 97
Contre :
0
Abstentions :
1
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Donc,
la motion est adoptée.
Avis
touchant les travaux des commissions
Nous allons
maintenant poursuivre. À la rubrique Avis touchant les travaux des commissions,
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui. Merci, Mme la Présidente. Et donc j'avise
cette Assemblée que la Commission
de l'économie et du travail va poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 11,
la Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins d'allègement du
fardeau réglementaire et administratif, aujourd'hui, après les affaires
courantes jusqu'à 19 h 15, à la salle Louis-Joseph-Papineau;
La Commission des finances publiques va
poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 7, la Loi visant à
réduire la bureaucratie, à accroître l'efficacité de l'État et à renforcer
l'imputabilité des hauts fonctionnaires, aujourd'hui, après les affaires
courantes jusqu'à 19 h 15, à la salle Marie-Claire-Kirkland;
La Commission de l'aménagement du territoire va
poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 13, la Loi visant à
favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et modifiant
diverses dispositions, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à
19 h 15, à la salle Pauline-Marois;
La Commission des relations avec les citoyens va
poursuivre l'étude détaillée du projet loi n° 12, la Loi instituant la
prestation de services de garde éducatifs à l'enfance par les personnes
reconnues à titre de responsables d'un
service de garde éducatif en communauté,
aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 19 h 15, à la salle
Louis-Hippolyte-La Fontaine.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci.
Pour ma part, je vous avise que la Commission des transports et de
l'environnement se réunira en séance de travail le mercredi 18 mars
2026, de 8 h 30 à 9 heures, à la salle Louis-Hippolyte-La Fontaine, afin de statuer sur la possibilité que la
commission se saisisse de la pétition concernant l'obtention d'un
brigadier scolaire pour les écoles secondaires qui répondent aux critères.
Renseignements
sur les travaux de l'Assemblée
Maintenant, nous allons poursuivre à la rubrique
Renseignements sur les travaux de l'Assemblée. Je vous informe que demain, lors des affaires inscrites par les députés de
l'opposition, sera débattue la motion inscrite par M. le leader de
l'opposition officielle. Cette motion se lit comme suit :
«Que l'Assemblée nationale prenne acte que la
mauvaise gestion des finances publiques par le gouvernement caquiste depuis
2018, marquée par de nombreux gaspillages de fonds publics et une augmentation
importante de la dette, n'a pas permis une
amélioration marquée dans l'accès aux services publics pour les Québécoises et
les Québécois.»
Affaires
du jour
La période des affaires courantes étant
terminée, nous allons maintenant passer aux affaires du jour. Et, M. le leader
adjoint du gouvernement, pouvez-vous nous indiquer la suite de nos travaux?
M. Lévesque (Chapleau) : Oui.
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je vous demanderais de bien vouloir appeler
l'article 1 du feuilleton.
Projet
de loi n° 1
Reprise
du débat sur l'adoption du principe
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Donc,
à l'article 1 du feuilleton, l'Assemblée reprend le débat ajourné plus tôt
aujourd'hui sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
Y a-t-il des interventions? Mme la députée de Verdun,
je vous cède la parole.
Mme Alejandra
Zaga Mendez (suite)
Mme Zaga Mendez : Merci, Mme la
Présidente. Avant la pause, je présentais, de mon côté, notre... notre point
sur le principe du projet de loi n° 1, ladite constitution
caquiste, puis j'avais commencé mon exposé, justement, pour parler de l'angle mort de cette constitution concernant le droit en
environnement, montrant comment cette constitution fait, la protection
de l'environnement... en fait, que le gouvernement a choisi de ne pas faire de
la protection de l'environnement un principe constitutionnel fondamental.
• (15 h 50) •
J'avais
commencé aussi à parler de l'article 20 du projet de loi, qu'est-ce qui
concerne la protection de l'eau, une protection illusoire. Le gouvernement
pourrait... pourrait répondre que la Constitution connaît tout de même...
reconnaît, pardon, tout de même la protection du patrimoine collectif,
notamment à travers l'article 20 du projet de loi. Ceci dit, cet article
affirme que l'État assure la protection du patrimoine commun de la nation
québécoise et que l'eau est une ressource collective faisant partie de ce
patrimoine. À première vue, on va... on peut se dire que cela nous semble
rassurant, mais il faut regarder ce texte de plus près, parce que reconnaître
l'eau comme patrimoine collectif ne signifie pas nécessairement protéger l'eau.
Au contraire, la formulation retenue par le gouvernement risque d'affaiblir le
statut juridique actuel de l'eau au Québec. C'est une de nos plus grandes
préoccupations. C'est la même chose qui a été soulignée par l'organisme Eau
Secours!, qui travaille depuis des années à la sauvegarde de l'eau, de l'eau
douce dans... sur notre territoire et qui a déposé un mémoire dans le cadre des
consultations. Eau Secours! rappelle que, selon la Loi affirmant le caractère
collectif des ressources en eau et selon, même, le Code civil du Québec, l'eau
doit être... est considérée présentement comme une chose commune, ce qu'on
connaît dans la loi comme res... res communis, du latin, et ce statut
juridique, il est fondamental.
Il est fondamental de
continuer avec ce principe que l'eau n'est pas un bien privé, n'est pas un bien
public, c'est une chose commune. Parce qu'une chose commune est hors commerce,
elle ne peut pas être appropriée, elle ne peut pas être vendue, elle ne peut
pas devenir un... l'objet de spéculations, contrairement, par exemple, à des
biens dits publics, comme notre forêt, comme nos minéraux. L'eau, elle doit
être considérée toujours comme un bien qui ne peut pas être commercialisé ou
approprié.
Or, en inscrivant
l'eau en tant que patrimoine commun de la nation québécoise, la Constitution,
ce qu'elle propose, c'est de retirer le caractère inappropriable de l'eau, à notre
égard, pour lui donner un nouveau statut qui ouvre la porte à la privatisation.
C'est ce principe d'inappropriabilité qui fait en sorte qu'on ne peut pas
privatiser des sources d'eau et les revendre par la suite. Elle modifie
profondément la logique juridique en affectant à l'État un rôle de
propriétaire, en lui donnant, par le fait même, le droit de disposer de la
ressource comme il l'entend,ou d'en attribuer la gestion ou l'usage à des
compagnies privées pour des fins lucratives.
Lorsqu'on considère
que ce gouvernement a adopté une loi sur mesure et sous bâillon, et on s'en
souvient tous et toutes, pour permettre à Stablex, une multinationale
étrangère, de venir déverser ses déchets toxiques dans un milieu humide à Blainville,
de venir souiller l'eau et de ce milieu... à l'ensemble de ces milieux naturels
sensibles, en milieux extrêmement riches en biodiversité, malgré la forte
opposition du maire, des résidents et des personnes de la région de Blainville,
pouvons-nous réellement faire confiance à ce gouvernement qui a inscrit l'eau
en tant que patrimoine collectif de la nation parce qu'il veut réellement la
protéger? On veut être clairs, tout ce que ce projet de loi apporte à
l'environnement, c'est la possibilité, pour l'État québécois, d'utiliser les
ressources comme bon lui semble, donc, dans ce cas, même en allant pour
privatiser notre ressource. Ce n'est pas ainsi qu'on protège le... notre
patrimoine collectif.
Si on veut vraiment
protéger ces patrimoines, si on... ce qu'il faudra faire, c'est avoir l'audace
d'imaginer des outils juridiques qui vont permettre de protéger les éléments
les plus constitutifs de notre identité collective. Il va nous falloir penser à
des façons de réellement protéger l'intégrité de notre territoire et des
écosystèmes. Et j'ai le goût de parler du fleuve Saint-Laurent, le
Saint-Laurent, qui n'est pas un cours d'eau comme les autres au Québec. C'est
la colonne vertébrale écologique, culturelle et économique de notre nation.
C'est lui qui relie, puis on le voit, nos régions, qui nourrit nos communautés,
ça... tous nos paysages et notre imaginaire collectif. Depuis des millénaires,
il est le lieu de vie, de rencontre, de subsistance pour des peuples qui
habitent ce territoire.
Une chose qui peut
être faite juridiquement, par exemple lorsqu'on veut protéger, c'est de
reconnaître un statut juridique, comme reconnaître le statut juridique au
fleuve Saint-Laurent, qui peut s'inscrire dans un mouvement international qui
reconnaît que certains écosystèmes sont trop essentiels pour être traités comme
de simples ressources. Leur donner un statut juridique, c'est reconnaître leur
valeur intrinsèque et notre responsabilité collective de les protéger. Ce serait, par exemple, de cette façon
qu'on pourrait avoir une avancée concrète pour protéger notre patrimoine
écologique et culturel. Cela peut permettre de mieux défendre les écosystèmes
marins, de préserver la biodiversité, de protéger ce qui est, pour des millions
de Québécoises et de Québécois, un véritable garde-manger. Parce que protéger
le fleuve Saint-Laurent, ce n'est pas seulement protéger l'eau, c'est protéger
une source de vie, une mémoire collective et même l'avenir du Québec.
Finalement, il me
reste encore un peu de temps, je veux parler de la protection de
l'environnement comme une question de santé publique. Le droit à un
environnement sain n'est pas seulement une question écologique, c'est aussi une
question de santé publique. Quand on parle de santé, c'est la santé... une
santé qui est durable puis qui va au-delà des accès de soins de santé, même
si... je pense qu'on va tous et toutes s'entendre ici, tout le travail qu'il
faut continuer à faire dans ce sens. Quand on parle de droit à l'environnement
puis de droit à un environnement sain, c'est l'air que nous respirons, c'est
l'eau que nous buvons, c'est la qualité des milieux de vie dans laquelle
grandissent nos enfants. Les experts en santé publique nous rappellent que la
dégradation environnementale a des impacts directs en ce moment sur la santé
humaine. Les maladies respiratoires, les maladies chroniques, les effets
psychologiques des catastrophes climatiques sont déjà bien documentés.
Et
ces impacts ne touchent pas tout le monde de la même façon, c'est souvent les
populations les plus vulnérables qui vivent dans les quartiers les plus exposés
à la pollution, les plus... où il y a plus d'îlots de chaleur et hauts risques
environnementaux. De ne pas inscrire clairement le droit à un environnement
sain dans la Constitution, c'est d'accepter que
ces enjeux demeurent secondaires. Et ce sont, encore une fois, les mêmes
populations qui vont subir les conséquences, parce que c'est prouvé,
c'est prouvé que, lorsqu'on est en bas de l'échelle, on vit de façon démesurée
les effets des changements climatiques. J'ai donné tout à l'heure les exemples
des îlots de chaleur qui sont situés dans les quartiers les plus pauvres, et on
l'a vu, par exemple, comme dans le quartier Limoilou, comment ce sont nos
quartiers populaires qui vivent les effets de la pollution atmosphérique.
Cette constitution nous
donne aussi une vision à court terme, à courte vue de l'avenir du Québec. Parce
qu'une constitution, ce qu'elle doit regarder, entre autres, ce n'est pas
seulement le fondement d'une nation, c'est l'avenir de ses peuples. Elle doit
anticiper tous les défis du siècle que nous aurons devant nous. Or, la crise
climatique est sans doute le plus grand défi auquel nos générations sont
confrontées. Partout dans le monde, des constitutions modernes reconnaissent de
façon explicite la protection de l'environnement ou même les droits de la
nature, donc, comme je disais tout à
l'heure, qui donnent des statuts juridiques à des entités écologiques, comme
c'est le cas du fleuve Saint-Laurent. Il y a d'autres projets comme ça
au Québec, comme le cas de la rivière Magpie dans la Côte-Nord. Ce type
d'innovation juridique repose sur une idée simple : la protection des
écosystèmes est une condition essentielle à la justice sociale, à la stabilité
économique et à la démocratie. Dans ce contexte, ce projet de constitution
proposé par la CAQ apparaît profondément à contre-courant parce qu'il ignore la
crise écologique, ignore les appels de la société civile, il ignore aussi les
acquis juridiques déjà reconnus au Québec.
J'aimerais prendre quelques minutes aussi pour
parler de... peut-être moins d'environnement, mais d'un autre dossier que je
porte depuis le début de mon mandat, c'est le lien que nous devons avoir avec
nos communautés anglophones historiques, avec les Québécois et Québécoises d'expression
anglaise, parce qu'au-delà des questions environnementales le projet de loi n° 1 soulève également des préoccupations importantes pour
plusieurs communautés du Québec, notamment
pour les Québécois et Québécoises d'expression anglaise. Depuis longtemps,
cette communauté contribue pleinement à la vie sociale, culturelle et
économique du Québec, elle fait partie intégrante de notre histoire et notre
diversité. Or, plusieurs organisations représentant la communauté anglophone
sont venues exprimer des inquiétudes que, je pense, ça vaut la peine de
ressortir puis d'entendre. Ces inquiétudes portent notamment sur la protection
de certains droits linguistiques, sur l'accès aux institutions publiques pour
les communautés historiquement d'expression anglaise et sur la crainte que
certaines dispositions constitutionnelles puissent être utilisées pour
restreindre le droit déjà fragilisé. Puis c'est des choses que je vois à
Verdun, des communautés anglophones qui sont établies au Québec depuis des
années et qui ont le droit, qu'ils sont... que c'est reconnu, avoir des
services de santé puis d'éducation dans leur langue, plusieurs d'entre elles
qui viennent des classes populaires et qui ont bâti aussi le Québec en
travaillant, dans le cas du sud-ouest, dans toute la région industrielle autour
du canal Lachine.
• (16 heures) •
Dans une société pluraliste comme le Québec, où
une constitution devrait être un instrument de rassemblement, elle devrait
rassurer les communautés, protéger leurs droits et affirmer que chacune et
chacun a sa place dans notre projet collectif. Malheureusement, le projet de
constitution de la CAQ ne semble pas aller dans ce sens.
Un projet de constitution, puis avec les
quelques minutes qui me restent, c'est un projet pour rassembler, pour bâtir.
En Amérique latine, puis là je parle de mon héritage en même temps, nous avons
vu des moments clés, surtout pour les droits de l'environnement, surtout pour
reconnaître les droits des peuples autochtones dans des pays comme l'Équateur
et la Bolivie, qui sont allés... qui sont passés à travers une... des
assemblées constituantes qui ont rassemblé et qui ont créé des États
plurinationaux. Parce que c'est ça, l'objectif, la création d'une constitution,
et ce n'est pas le processus que la CAQ a choisi. Parce qu'une constitution
devrait être un moment de rassemblement démocratique, elle devrait permettre à la société de se reconnaître dans un projet
commun, collectif. Mais, pour cela, elle doit absolument être élaborée à travers un processus ouvert,
inclusif et démocratique, elle doit être construite avec la participation
réelle de la population, et ce n'est pas du tout le processus et ce n'est pas
du tout le projet que la CAQ nous propose aujourd'hui.
Pour nous, une autre voie est possible. Pour Québec
solidaire, on croit que le Québec mérite, oui, une véritable constitution, mais
une constitution écrite par et pour le peuple, pas imposée par un gouvernement
qui, en ce moment, on le sait très bien, n'a pas la cote de la population. Une
constitution qui doit être élaborée à travers une assemblée constituante
démocratique, où les citoyennes et les citoyens du Québec vont pouvoir
participer à la réflexion sur l'avenir du Québec. Une constitution qui protège
clairement les droits humains, qui reconnaît les droits des peuples autochtones
et qui place la protection de l'environnement au coeur de notre cadre
juridique, parce que l'environnement n'est pas un détail, c'est une condition
même de la vie.
Mme la
Présidente, pour conclure, je souhaite dire que le projet de loi n° 1
prétend définir les bases constitutionnelles du Québec, mais il échoue
profondément à protéger l'un des droits les plus fondamentaux de notre époque,
le droit de vivre dans un environnement sain. Il affaiblit le statut juridique
de l'eau. Il est en train d'ignorer des acquis de la charte québécoise des
droits et libertés. Il nous propose... Il ne nous propose aucune vision
ambitieuse pour protéger nos écosystèmes
dans un contexte où la crise climatique nous guette, où nous vivons tous les
jours. Puis, il ne faut pas l'oublier, malgré tout ce qui se passe,
malgré tout ce qui se passe, on perd à tous les jours la biodiversité. Choisir
d'ignorer des principes fondamentaux, pour
nous, c'est incompréhensible. Une constitution devrait protéger ce qui est le
plus précieux, nos droits, notre démocratie, notre environnement.
Et c'est pour toutes ces raisons-là, pour toutes
ces raisons-là que je suis là aujourd'hui puis que Québec solidaire va
s'opposer à l'adoption du principe de ce projet de constitution, parce que ce
n'est pas un choix démocratique, ce n'est pas un choix écologique que nous
avons devant nous, on aurait pu faire mieux. Je vous remercie, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
Mme la députée. Maintenant, nous poursuivons avec la prochaine intervention.
Mme la députée de La Pinière.
Mme Linda
Caron
Mme Caron : Merci,
Mme la Présidente. Alors, je prends ce moment pour intervenir sur la Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec,
donc le projet de loi n° 1.
La CAQ arrive avec son
projet de constitution en toute fin de mandat, Mme la Présidente, pas après un
vaste processus de consultation inclusif et
participatif qui aurait pris du temps puis qui aurait permis de dégager des
consensus qui refléteraient vraiment les aspirations de la société
québécoise, non. C'est plutôt au lendemain d'un remaniement ministériel comme
ultime tentative de redorer son blason et son bilan peu enviable que la CAQ a
déposé un projet de loi qui n'a jamais fait l'objet d'une consultation publique
au préalable. Ce n'est pas un projet de constitution du Québec représentative
du peuple qui habite le territoire, non, c'est un projet de constitution qui
vise à protéger les lois adoptées par la CAQ. La méthode caquiste de rédaction
de sa constitution résume, quant à moi, la façon de gouverner et de légiférer
de la CAQ. C'est étalé aux yeux de tous les Québécois avec ce projet de
Constitution caquiste. Depuis bientôt huit ans, on le voit, une méthode
brouillonne et bâclée qui cherche à aller vite.
Et, dans ce cas-ci, vu la nature du projet de
loi, la méthode manque même de légitimité, et je ne suis pas la seule à le
dire, Mme la Présidente. Le mémoire du Groupe d'entraide aux aînés d'Amos parle
d'un processus bâclé. Laissez-moi vous citer ce mémoire en page 3 :
«Le Groupe d'entraide aux aînés rejette fermement tout le processus entourant
le projet de loi n° 1. Ce projet de loi est un acte législatif illégitime
qui ne saurait être discuté article par article et qui doit, au nom de la
sauvegarde des principes fondamentaux de la démocratie, être retiré dans son
entièreté.» Je continue la citation, Mme la Présidente : «En raison de sa
primauté dans l'ordre juridique d'une société et de l'importance sociétale des
principes qui sont enchâssés, la Loi constitutionnelle n'est pas une simple loi
ordinaire pour laquelle on peut se contenter
d'atteindre une simple majorité des personnes élues à l'Assemblée nationale, de
plus, dans le cadre d'un gouvernement majoritaire.»
Le Groupe d'entraide aux aînés d'Amos ajoute
aussi, et je continue de citer, que «le législateur devrait s'inspirer des critères identifiés par le
Haut-Commissariat des droits de l'homme des Nations unies concernant
l'élaboration de Constitutions. On y souligne qu'un tel acte juridique
procède suite à un processus d'élaboration ouvert et participatif. Ce processus
en amont doit permettre l'expression notamment des défenseurs des droits
humains, des associations de juristes, des
organisations de la société civile représentant tous les groupes de population,
notamment celles qui représentent les femmes, les peuples autochtones,
les personnes réfugiées, les travailleuses et les travailleurs et tout autre
groupe minorisé ou vulnérabilisé. En
agissant sans réelle consultation, le gouvernement rend illégitime la démarche
constitutionnelle qu'il prétend instaurer.» Fin de la citation, Mme la
Présidente.
Le mémoire du groupe Les Aînés Action Québec ne
mâche pas ses mots non plus et met en lumière une contradiction éloquente à
propos de, et je cite, «cette absence de consultation qui contredit directement
à l'article 17 du chapitre I du titre 4 de la partie I du projet de
loi n° 1 lui-même, qui stipule : "L'État tire sa légitimité de
la volonté du peuple qui habite son territoire."» Le groupe Les Aînés
Action Québec déclare que le projet de loi n° 1 manque de légitimité
démocratique, et ce groupe ne demande rien de moins que le retrait du projet de
loi n° 1.
Mme la Présidente, le peuple qui habite aujourd'hui
le territoire du Québec, c'est vous et moi, ce sont nos voisins et nos voisines dans les circonscriptions urbaines,
semi-urbaines, rurales, dans tout le Québec, le nord du Québec, l'est, l'ouest,
le sud du Québec. C'est autant ceux et celles dont les ancêtres sont arrivés
avec les premiers colons français, ou,
plus tard, les colons anglais, ou encore ceux qui sont arrivés en empruntant la
voie du PEQ, Programme de l'expérience
québécoise, ou de l'immigration économique pour venir s'établir au Québec. Ce
sont les Premières nations et Inuits, Mme la
Présidente, qui habitent le territoire depuis bien plus longtemps que mon
propre ancêtre qui est arrivé en Nouvelle-France en juin 1534 pour
s'établir le long du Saint-Laurent.
L'absence de consultation préalable des
Premières Nations et Inuits montre à quel point la CAQ n'accorde pas d'importance à la réconciliation avec les
Premières Nations et Inuits. En ce qui me concerne, cette absence de sensibilité
à la réconciliation fait perdurer les mauvais traitements infligés à ces
personnes, les difficultés, les effets pervers des mauvais traitements qui ont
été infligés à toutes ces communautés.
Et la communauté anglophone n'est pas mieux
servie par la Constitution. Ses institutions ne sont pas protégées. On lit, à l'article 50
du projet de loi : «Le gouvernement soutient activement l'essor des
communautés francophones et acadiennes.» Très bien. Les anglophones ne sont pas
parmi les peuples fondateurs du Québec? Et les Québécois et les Québécoises qui
habitent sur le territoire du Québec aujourd'hui, qui appartiennent à des
minorités religieuses et qui travaillent,
qui veulent juste élever leurs familles en paix, avec une tranquillité
d'esprit, en sécurité, eh bien, les droits de ces Québécois sont exclus
du projet de loi n° 1 parce qu'ils seront subordonnés à la seule vision
caquiste de la laïcité et de la culture québécoise.
Je partage l'analyse que fait le Groupe
d'entraide aux aînés d'Amos en quatrième page de son mémoire. Et là, Mme la
Présidente, je souligne qu'on ne peut pas accuser le Groupe d'entraide aux
aînés d'Amos d'être un groupe montréalocentriste,
comme on a déjà entendu en cette Chambre. Ce groupe nous dit, en quatrième page
de son mémoire : «Ce projet — donc
le projet de loi n° 1 — menace
ainsi le tissu même du vivre-ensemble que les organismes communautaires contribuent à renforcer depuis plus de 40 ans.»
Et j'ai une pensée, ici, Mme la Présidente, pour les organismes communautaires
de ma circonscription, la circonscription de La Pinière, sur la Rive-Sud de
Montréal, des organismes qui travaillent d'arrache-pied
pour favoriser le vivre-ensemble, comme la Maison internationale de la
Rive-Sud, la Maison de la famille de Brossard, et tant d'autres.
• (16 h 10) •
Par ailleurs, j'inviterais les rédacteurs
caquistes du projet de loi n° 1, au premier chef le ministre de la
Justice, à s'instruire sur la laïcité en lisant la brochure très claire de la
Ligue des droits et libertés intitulée Parlons laïcité!. Cette brochure
qu'on a reçue, là... tous les députés ont reçu cette brochure-là, y compris
moi. Ça montre en quoi les politiques caquistes en matière de laïcité de l'État
s'écartent radicalement de ce qu'on entend normalement par le terme «laïcité de l'État», car la laïcité de l'État
n'est pas censée exclure quiconque, ni servir à exclure quiconque, ni à policer
l'espace public, mais plutôt à favoriser le respect des droits et
libertés de chacun, chacune au sein d'une société pluraliste.
Les lois caquistes, y
compris celle que la CAQ... veut empêcher tout organisme relevant... recevant des
fonds publics de contester, comme c'est indiqué dans ce projet de constitution
là, et, quand on parle d'organismes recevant des fonds publics, ça peut être
des centres de services scolaires, des OBNL, des organismes communautaires, et
ainsi de suite. Alors, ils n'auront pas le droit de contester une loi ou une
disposition d'une loi. Bien, ce ne sont pas des lois qui favorisent, à mon
sens, la laïcité de l'État, laïcité de l'État qui est nécessaire. Ce sont des
lois qui tendent vers et qui tombent dans le
laïcisme. Parce que laïcité et laïcisme, ce n'est pas la même chose. La laïcité
repose sur deux principes de base,
puis ces principes sont clairement décrits dans la brochure de la Ligue des
droits et libertés. Et ces deux principes de base sont les suivants, Mme
la Présidente : un principe de séparation de l'Église et de l'État pour
faire primer le lien civique sur le lien religieux et le principe... et le
principe de neutralité religieuse de l'État, c'est-à-dire que l'État ne
favorise ni ne défavorise aucune religion et que l'État traite les citoyens et
citoyennes en toute égalité, sans égard à leurs croyances ou à leurs
incroyances religieuses, spirituelles ou bien à l'expression de ces croyances
ou incroyances. Donc, la laïcité, l'État,
les religions, c'est séparé. La religion ne doit pas venir influencer l'État.
Et l'autre principe, c'est que l'État lui-même doit être neutre en
matière de religion, ne pas en favoriser une par rapport à une autre, mais ne
pas non plus empêcher les citoyens de manifester, s'ils le veulent, si elles le
veulent, leur appartenance à une religion ou leur appartenance à aucune
religion, donc, alors que la laïcité... et là je cite toujours la Ligue des
droits et libertés : «Alors que la laïcité suppose la neutralité de l'État
et garantit la liberté de conscience de tous et de toutes», le laïcisme, lui, comme on peut le lire en page 4 de la
brochure de la Ligue des droits et libertés, «le laïcisme cherche à éliminer
les expressions religieuses de l'espace public au-delà des institutions
de l'État et à restreindre les manifestations personnelles des appartenances, convictions et croyances
religieuses.» Et, quand on parle de manifestations personnelles, des
appartenances, des convictions ou des
croyances religieuses, on fait référence, par exemple, aux vêtements, aux
symboles et aux pratiques de toute personne en lien avec ses
convictions, ses croyances, ses appartenances.
Je vais vous parler de chez moi, Mme la
Présidente, dans le comté de La Pinière. J'ai des voisins et des voisines,
en ce moment, qui sont lésés par les lois caquistes, depuis que la CAQ est au
pouvoir, j'ai des voisines enseignantes qui portaient un hidjab. Et là je
précise que le hidjab, oui, c'est un foulard, mais qu'elles sont à visage
découvert, totalement découvert. Bien, elles ne peuvent plus enseigner. Et je
vous rappelle, là, que les centres de services scolaires et les commissions
scolaires anglophones se fendent en quatre pour avoir des enseignants dans
chaque classe. On n'avait jamais vu ça au Québec, des écoles sans enseignants
qualifiés dans les classes à la rentrée. Là, ça fait au moins trois ans qu'on
voit ça au Québec puis on met des enseignantes qualifiées à l'écart parce qu'on
ne veut pas les voir dans une école, alors qu'elles portent un hidjab, parce
que ça montre leur appartenance religieuse. Mais, pour elles, ça fait partie de
leur identité, ce n'est pas quelque chose qu'on enlève comme une casquette en
rentrant dans un dépanneur.
Puis je souligne ici, Mme la Présidente, puis
ça, c'est l'ironie de l'affaire, que ce ne sont pas ces enseignantes, ce ne
sont pas des enseignantes portant un hidjab qui ont fait la pluie et le beau
temps à l'école Bedford. Ce sont des enseignants qui ne portaient pas de signe
religieux qui ont brimé les droits des élèves. La morale de l'histoire, ça veut
dire que les lois d'exclusion caquistes ne règlent rien, elles sont inefficaces
quand un vrai problème survient. Elles ont été inefficaces dans le cas de
l'école Bedford. Les comportements de certaines personnes à cette école sont à
proscrire. On a le devoir de sévir contre ce type de comportement, de corriger
la situation puis de s'assurer que le problème ne revienne pas ni à cette école
ni dans d'autres écoles. Mais je le répète, les lois adoptées par la CAQ se
sont avérées inefficaces en cette matière. Elles n'ont rien prévenu puis elles
n'ont rien réglé.
De retour au comté de La Pinière. Mme la
Présidente, j'ai des voisins et des voisines qui ont reçu, de leur commission
scolaire, une lettre leur disant de ne plus aller faire de bénévolat à l'école
de leurs enfants, gracieuseté de la récente loi n° 9,
pas parce que les écoles n'ont plus besoin d'elle ou d'eux, mais parce que la
CAQ a empêché... a adopté une loi qui empêche même les parents qui portent un
signe religieux d'aller faire du bénévolat à l'école de leurs enfants. Une mère
est venue me voir à mon bureau... En fait, j'ai eu la visite de tout un groupe
de parents. Parmi eux, une mère faisait du bénévolat depuis 11 ans à la
bibliothèque de l'école primaire. Elle tenait la bibliothèque à bout de bras
parce qu'il n'y avait pas de personnel pour s'en occuper. Est-ce qu'il y a
quelque chose de plus important dans une école qu'une bibliothèque pour
intéresser les jeunes à la lecture, alors qu'on veut favoriser la langue
française? Eh bien, cette année, elle a reçu une belle lettre pour lui dire de
ne plus venir parce que ça lui est interdit.
Sur un niveau
personnel... Parce que souvent on voit des groupes... on peut penser à un
groupe comme une menace. C'est facile de penser à un groupe comme une
menace, mais dans le quotidien, quand c'est des personnes qu'on côtoie puis
qu'on se rend compte que ce sont des personnes tout à fait normales comme vous
et moi, en chair et en os, qui ne veulent
que le bien de leurs enfants et travailler puis vivre en toute liberté, en
toute sécurité, ça donne un regard différent. Alors, moi, ce qui m'a
touchée quand cette maman-là est venue me voir, c'est qu'elle a dit : Mes
jumeaux qui sont en sixième année ne comprennent pas, ils sont tristes de cette
situation-là, parce que j'ai été là pour leurs frères et soeurs, au fil des
ans, puis maintenant que c'est... qu'ils sont rendus en sixième année, je ne
peux plus être là, ça m'est interdit.
Un autre cas, un père qui est sikh et qui porte
le turban. Lui, qu'est-ce qu'il fait... qu'est-ce qu'il faisait comme bénévole
à l'école? Il aidait les élèves et les enseignants à préparer tout le matériel
audio puis à installer tout ça chaque année pour le spectacle de Noël. Puis, en
plus, quand les jeunes allaient jouer au hockey, c'est lui qui transportait les
bâtons dans son auto puis qui allait aider
les jeunes à nouer les lacets de leurs patins. Bien, aujourd'hui, il est banni
de l'école puis il ne peut plus aller
faire son bénévolat puis aider les enfants et les enseignants à pouvoir
organiser ces activités-là. Un couple
de parents avait l'habitude d'offrir une commandite, chaque année, pour le
lunch des finissants de sixième année. Bien,
cette année, ils peuvent continuer à offrir la commandite, s'ils le veulent,
monsieur peut y aller, mais madame ne pourra plus y aller parce qu'elle
porte un hidjab.
• (16 h 20) •
Non, mais
vraiment, là, les enfants qui connaissent... les élèves de l'école qui
connaissent ces parents bénévoles, pères ou mères, parce que ça fait des années
qu'ils les voient comme bénévoles à l'école ou qui sont amis avec les enfants,
ils ne comprennent pas. Ça va complètement à l'encontre des notions de
vivre-ensemble qu'on leur enseigne à l'école. Il n'y a aucune cohérence là-dedans.
C'est vraiment une dérive, Mme la Présidente, des parents interdits de
bénévolat à l'école de leurs enfants, puis on veut protéger ça dans le projet
de loi de Constitution.
Imaginez-vous
ce que la CAQ est en train de créer comme société avec ces exclusions. Je suis
désolée de le dire, et ça me brise le coeur de le dire, mais ce sont les
graines de l'intolérance, et de l'ostracisation, et, ultimement, de la haine
qui sont en train d'être semées dans le coeur de tout jeunes élèves, qui ne
comprennent pas ce qu'on est en train de faire. En tout cas, je peux
affirmer sans me tromper que, par ces lois, par la protection de ces lois dans
le projet de loi n° 1, la CAQ n'est pas en train d'assurer le
vivre-ensemble, de favoriser le vivre-ensemble pour les années à venir.
C'est un projet de constitution caquiste. Ce
n'est pas un projet de constitution québécois, parce que les Québécois n'ont
pas eu leur mot à dire en amont, n'ont pas été invités à une large consultation
sur ce projet de loi. C'est un projet de
Constitution caquiste, qui veut pérenniser des lois caquistes, une... des
politiques d'exclusion, et ça engage notre nation sur des chemins
incertains, pour ne pas dire de sombres chemins.
Je crois fermement qu'on reconnaît la grandeur
d'une nation à la façon dont elle traite les personnes plus vulnérables et
les... y compris les minorités. Moi, je veux que le Québec soit une grande
nation. Je veux que le Québec cesse de se replier sur lui-même, d'avoir peur de
tout. Je veux que le Québec soit grand, soit ouvert et qu'il travaille sur le vivre-ensemble collectif. C'est nécessaire
pour notre avenir. On a des défis immenses, des défis climatiques, des défis
du vieillissement, notre défi démographique.
D'ailleurs, il y a des groupes qui sont venus en
commission parlementaire pour dire : Peut-être que la dignité de vieillir devrait être incluse dans la
Constitution. On a une loi pour favoriser la... mourir dans la dignité, mais
vieillir dans la dignité, ce serait nécessaire aussi, pas protégé par la
Constitution... par le projet de constitution caquiste.
Alors, Mme la Présidente, non seulement je nous
invite à réfléchir à tout cela, mais, comme certains groupes l'ont dit, comme
mon groupe parlementaire l'a dit, non seulement je vais voter contre le
principe du projet de loi n° 1, mais je
demande également... je demande également à ce que le projet de loi n° 1
soit carrément retiré pour qu'à l'avenir on puisse faire les choses comme il se doit, avec une consultation du
peuple, puisque la Constitution, c'est pour le peuple. Merci, Mme la
Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Donc, nous poursuivons avec M. le député de
Taschereau.
M. Etienne Grandmont
M. Grandmont : Merci, Mme la
Présidente. Merci à ma collègue, dont je vais répéter les derniers mots. En
fait, nous aussi, vous le savez, là, Mme la Présidente, le projet de loi n° 1,
dès le début de la session parlementaire, on a
annoncé qu'on ferait tout en notre possible pour empêcher son adoption. On va
évidemment voter contre, parce que, là, pour l'instant, on est pris un
peu dans le processus législatif qui est piloté par le gouvernement, mais il
est bien évident que nous demandons aussi à ce que ce projet de loi là soit
complètement retiré.
C'est un projet de loi qui ne respecte pas les
règles normales d'adoption d'une constitution dans un État de droit, dans un État démocratique comme le Québec.
C'est un projet de loi qui bafoue un paquet de règles, qui a été écrit dans un
bureau par quelques personnes seulement, qui serait adopté à
majorité simple, comme un simple projet de loi, alors qu'on parle de la loi des lois, de la Constitution du Québec, qui
serait la matrice fondamentale du système législatif québécois.
Il y a quelque chose de fondamentalement grave
dans la façon de l'appliquer, de le construire, de le présenter à la
population. Ce genre de projet là mérite beaucoup plus de consultations, mérite
beaucoup plus d'implication de la société
québécoise, même pas juste de la société civile, Mme la Présidente, de la
population en entier. Et malheureusement, ce n'est pas ce qu'on voit
avec ce projet de loi là.
Si vous permettez, Mme la Présidente, je vais
donc argumenter sur le projet de loi n° 1 sous deux
angles principaux : l'angle du communautaire, puisque je suis porteur, là,
du dossier de la solidarité sociale et de l'action communautaire, et aussi
l'angle de l'environnement, de la santé durable et de la démocratie. Alors,
comme je le disais, Mme la Présidente, on ne se dote pas d'une constitution
comme on adopte un règlement administratif ou une simple loi. On ne rédige pas
un texte fondateur aussi important pour une nation dans un bureau fermé, pour
ensuite demander à la société civile de
commenter ce qui est déjà scellé. Une constitution, c'est la maison commune,
et, quand on construit une maison
sans consulter celles et ceux qui habitent cette maison-là, bien, il ne faut
pas se surprendre que les fondations finissent rapidement par craquer.
Dans le projet de loi n° 1, tel que présenté par le
gouvernement, bien, il y a un problème fondamental : il transforme un
outil censé protéger la démocratie en un instrument de contrôle politique, Mme la Présidente. Et ce sont d'abord les
organismes communautaires, l'action citoyenne et la société civile organisée du
Québec qui en paieraient le prix.
Donc, aujourd'hui, je vais vous parler de deux
choses qui sont intimement liées. D'abord, les atteintes portées par le projet
de loi n° 1 à l'action communautaire et aux contre-pouvoirs
démocratiques qui existent actuellement au Québec,
qui sont de plus en plus affaiblis par le gouvernement, malheureusement, mais
qui existent, et deuxièmement, donc, je le disais, l'échec du projet de loi à
inscrire une vision cohérente de l'environnement puis de la santé durable dans
notre texte constitutionnel.
Alors, d'abord, au Québec, les organismes
communautaires ne sont pas des groupes de pression parmi d'autres. Ils sont des acteurs démocratiques de première
ligne. Ils accompagnent des familles, ils défendent les droits des locataires, ils soutiennent les personnes handicapées, les
femmes, les jeunes, les personnes migrantes, les personnes handicapées. Ils sont souvent le dernier recours de cette
population plus vulnérable, parfois le seul recours, en fait, de cette population
vulnérable quand l'État va trop loin, quand l'État erre, quand l'État est trop
lent ou trop bureaucratique. Vous le savez, chers
collègues, on a beaucoup de gens qui viennent nous voir dans nos bureaux de
circonscription parce qu'ils rencontrent des embûches. On le fait nous-mêmes,
dans nos bureaux de circonscription, mais les groupes de pression, les groupes
de la société civile que sont le
communautaire, le milieu communautaire, font ce travail-là également, comme moi
et vous le faisons aussi.
L'action
communautaire autonome, ce n'est pas un... ce n'est pas un luxe idéologique,
là. C'est une soupape démocratique. C'est ce qui empêche une société de devenir
aveugle face à ses propres angles morts. Or, le projet de loi n° 1 s'attaque
directement à cette fonction-là, Mme la Présidente. Vous savez, quand on parle
d'une loi sur l'autonomie constitutionnelle, on devrait parler de
démocratie, de participation citoyenne, de respect des institutions. On devrait
parler de renforcer la capacité du Québec à décider
collectivement de son avenir, mais ce qu'on a devant nous aujourd'hui, à
travers ce projet de loi là, c'est complètement autre chose. Ce projet de loi
là vient fragiliser des mécanismes essentiels de notre démocratie, notamment
l'équilibre des contre-pouvoirs, quelque chose de fondamental dans un État de
droit, là. Le coeur du problème se trouve dans ce que plusieurs mémoires ont
dénoncé avec force, notamment l'article 5 de la Loi sur l'autonomie
constitutionnelle du Québec, inclus dans le projet de loi n° 1.
Cet article interdit à une vaste catégorie
d'organismes financés par l'État de contester devant les tribunaux des lois
jugées protectives... protectrices, pardon, de la nation, ou même de
contribuer à une telle contestation.
Bien, Mme la Présidente,
qui sont ces organismes-là qui sont visés par le projet de loi? Souvent, ce
sont des groupes qui défendent les droits des locataires, les droits des
travailleurs, des travailleuses, les droits des femmes, les droits des
personnes vulnérables, des personnes handicapées. Ce sont des groupes qui, sur
le terrain, voient les impacts réels des décisions gouvernementales. C'est là
que je parlais des angles morts, Mme la Présidente... leur dire : Vous
pouvez exister, vous pouvez recevoir du financement, mais vous ne pouvez pas
contester l'État devant les tribunaux. C'est
leur retirer un outil de travail indispensable, c'est affaiblir la capacité de
la société civile à jouer son rôle de défense des droits individuels.
• (16 h 30) •
Alors,
soyons clairs, ce n'est pas une mesure technique, là, c'est une atteinte
directe aux droits d'ester en justice, c'est une transformation majeure
de notre démocratie. C'est comme dire à la société civile : Vous pouvez
exister tant que vous ne dérangez pas, vous pouvez agir tant que vous ne nous
contestez pas. Et ce n'est pas tout, parce que, si cette loi-là est adoptée, le gouvernement pourra, par simple décret,
ajouter des organismes à l'annexe I du projet de loi n° 1. On parle potentiellement de plus de
4 500 organismes communautaires au Québec qui pourraient être ajoutés
par simple décret administratif. Donc, par ce simple geste là,
administratif, cette fois-ci, on pourrait priver une grande partie de la
société civile de son droit d'accès à la justice.
Et
que dire de l'article 9 du projet de loi n° 1? Cet article-là
permettrait au gouvernement d'inclure, dans n'importe quelle loi, une
disposition de souveraineté parlementaire qui empêcherait toute contestation
judiciaire fondée sur les droits ou des libertés sans justification, sans
explication, sans encadrement. Autrement dit, un gouvernement pourrait décider
de déroger à des droits fondamentaux simplement en affirmant qu'il protège les
caractéristiques fondamentales de la nation
québécoise. Mais quelles sont ces caractéristiques, Mme la Présidente?
Plusieurs d'entre elles ont été adoptées sous bâillon, sans
consultation, sans débat réel.
Alors,
comment on peut prétendre qu'elles reflètent un consensus national? Une nation,
ce n'est pas figé dans le temps. Une
nation, ses valeurs évoluent, sa culture évolue, sa vision de la justice
évolue. Alors, prétendre figer ces caractéristiques-là pour justifier
des atteintes aux droits fondamentaux, c'est très inquiétant, parce qu'au fond
ce projet de loi là ne renforce pas notre
démocratie, il concentre le pouvoir, et une démocratie où les contre-pouvoirs
s'affaiblissent, ce n'est pas d'une démocratie plus forte, c'est une
démocratie qui est plus fragile.
Plusieurs mémoires du
milieu communautaire, notamment, et du milieu juridique, du Barreau, du
Protecteur du citoyen, de la Commission des droits de la personne l'ont dit
sans détour, le projet de loi n° 1 affaiblit volontairement les contre-pouvoirs au Québec, et, quand on
affaiblit les contre-pouvoirs, ce n'est jamais, Mme la Présidente, jamais au profit
des plus vulnérables de notre société.
Le gouvernement tente
de justifier cette mesure-là en invoquant un principe dangereux, celui selon
lequel on peut recevoir des fonds publics... en fait, celui selon lequel
recevoir des fonds publics imposerait un devoir de loyauté envers l'État, mais le financement public, ça ne
doit pas être une muselière, Mme la Présidente, c'est une reconnaissance
d'utilité sociale. Si on suit la logique du
projet de loi n° 1 jusqu'au bout, on aboutit d'ailleurs à une
absurdité : plus un organisme est utile, plus il est financé, mais
moins il a le droit de parler.
C'est un peu
contradictoire. C'est une inversion complète de la logique démocratique. Les
mémoires issus des centres de femmes, des cliniques communautaires, des
organismes d'éducation populaire, des groupes de défense des droits le disent clairement, ce projet de loi là
menace l'autonomie même de l'action communautaire, et, sans autonomie, il ne
reste que des sous-traitants silencieux de l'État.
Une démocratie en
santé, ce n'est pas une démocratie qui est unanime, Mme la Présidente. On a
besoin de cette diversité de voix. On a
besoin de ce florilège d'opinions. On a besoin d'entendre ces voix qui nous
disent qu'il y a des angles morts qui
apparaissent et pour lesquels le gouvernement doit apporter une attention plus
grande. Une démocratie, c'est parfois bruyant, c'est parfois
inconfortable, c'est souvent même critique.
Le projet de loi n° 1, lui, au contraire,
cherche à organiser le silence au Québec. Il trace une ligne invisible entre les bons acteurs et les acteurs dérangeants.
Il crée une citoyenneté à deux vitesses, ceux qui peuvent contester et ceux
qui doivent se taire, et ce glissement-là, Mme la
Présidente, est particulièrement inquiétant dans un texte constitutionnel parce
qu'il vient figer dans le marbre une vision restrictive de la participation
citoyenne.
J'en viens maintenant
au deuxième grand angle de mon discours, l'environnement et la santé durables.
La Constitution caquiste exclut de son projet de constitution toute mention au
droit pour les Québécoises et les Québécois de vivre dans un environnement
sain. C'est une valeur assez fondamentale au Québec, je vais en parler un peu
plus loin, mais ça ne s'y retrouve pas actuellement dans le projet de loi n° 1, même chose pour toute responsabilité pour l'État
québécois de veiller à la protection des écosystèmes et de la biodiversité.
Or, la CAQ nous dira
peut-être que l'article 20 du projet de loi n° 1
affirme que «l'État assure la protection du patrimoine commun de la nation
québécoise» et que «l'eau est une ressource collective faisant partie de ce
patrimoine commun», il ne faut pas être dupe, Mme la Présidente, cet article-là
ne protège pas l'eau et encore moins les écosystèmes marins, bien au contraire.
En inscrivant l'eau en tant que patrimoine commun de la nation québécoise, la
Constitution, en fait, retire le caractère inappropriable de l'eau pour lui
donner un nouveau statut qui ouvrirait sa porte... la porte à sa privatisation.
J'ai
rencontré les gens d'Eau Secours!, il n'y a pas longtemps, qui me disaient...
qui est un organisme qui oeuvre à la protection et à la gestion durable,
responsable de l'eau, qui a déposé un mémoire dans le cadre des consultations
sur le PL n° 1, et je vais les citer, si vous
permettez : «La formulation actuelle du projet de loi n'est pas en accord
avec le statut juridique de l'eau au Québec.
Selon l'article premier de la loi sur l'eau et l'article 913 du Code civil
du Québec, l'eau, à son état naturel, est considérée comme une chose
commune.»
Je poursuis :
«Selon plusieurs experts, le statut juridique de "chose commune" est
celui qui donne la meilleure protection à l'eau dans une perspective de droit
humain à l'eau, de pérennité de l'eau et de maintien d'équilibre des milieux de vie. En effet, les choses communes, les
res communes, sont hors commerce et non appropriables par définition.»
Je poursuis
encore : «Le texte utilisé dans le projet de loi ne permet pas de rendre
constitutionnel le statut de res communes de
l'eau qui garantirait qu'elle demeure hors commerce. Les concepts de ressource
collective ou de patrimoine commun de la nation, tels que retrouvés dans
le projet de loi, ne protègent pas aussi bien notre eau que sa définition dans la loi sur l'eau et le Code civil. Puisqu'une
inscription constitutionnelle est en principe toujours supérieure à une loi ordinaire, le projet de loi affaiblit la
protection de l'eau, puisque la loi sur l'eau devrait être conforme à cette
reconnaissance constitutionnelle.»
Alors, c'est quand
même assez drôle, parce que ce que le projet de loi fait sur la... le projet de
loi n° 1 fait sur, finalement,
la protection de l'eau, c'est exactement le contraire. Elle ouvre une
possibilité à la privatisation de l'eau, alors que c'est le contraire
qu'on a actuellement dans les lois actuellement en vigueur au Québec.
Donc, dans le
contexte où les scientifiques font consensus sur le fait que les changements
climatiques puis la destruction de la biodiversité constituent des enjeux graves
portant atteinte à l'avenir de l'humanité, cette omission-là n'est pas banale, Mme la Présidente. La protection
de l'environnement, des écosystèmes est une demande réaliste, économique
et pragmatique — on
sait combien les milieux humides, les milieux naturels donnent, rendent service
à la société québécoise — en
harmonie avec le devoir de l'État d'assurer la pérennité de nos institutions
démocratiques et du droit de vivre dans un environnement sain.
Le
Québec possède déjà un acquis fondamental, l'article 41.6 de la charte
québécoise des droits et libertés de la personne, qui reconnaît le droit de
toute personne de vivre dans un environnement sain et respectueux de la
biodiversité. Or, malgré son caractère structurant, cet article n'a pas été intégré
au projet de loi de constitution que nous sommes en train de débattre.
Alors,
pour moi et pour ma formation politique, ce choix-là, il n'est pas neutre, il
est lourd de sens, très lourd de sens,
parce que la crise climatique s'aggrave, les impacts sur la santé publique sont
documentés, les inégalités environnementales
frappent toujours les mêmes quartiers, toujours les mêmes populations, puis,
dans ce contexte-là, le gouvernement
caquiste choisit, premièrement, de rabaisser la portée de la charte québécoise
et son caractère supraconstitutionnel
en l'intégrant dans sa constitution pour en réduire la portée juridique, mais,
en plus de ça, il choisit de ne pas constitutionnaliser le droit de
vivre dans un environnement sain et respectueux de la biodiversité.
Le ministre de la
Justice a choisi de ne pas intégrer l'article 46.1 à la Constitution, de
même que l'ensemble des articles 39 et suivants, qui protègent pourtant
les droits fondamentaux des Québécois et des Québécoises. C'est le choix du
ministre de la Justice, mais ce choix-là, il n'est pas anodin, il est lourd de
sens.
Mme la Présidente, la
santé durable, ce n'est pas juste un dossier qui est porté par la ministre de
la Santé, ce n'est pas juste un enjeu d'accès aux soins, c'est l'air qu'on
respire, c'est l'eau qu'on boit, c'est la qualité des milieux de vie dans
lesquels nous passons le plus clair de notre temps. Les mémoires issus de la
mêlée du milieu de la santé publique l'ont
rappelé pendant les audiences particulières, les maladies chroniques, les
troubles respiratoires, les impacts psychosociaux de la dégradation
environnementale sont déjà là, sont déjà présents, observables, mesurés,
documentés. Ne pas inscrire clairement le droit à un environnement sain
dans la Constitution du Québec, c'est accepter que ces enjeux-là demeurent
secondaires. Et ce ne sont... et ce sont encore une fois les populations les
plus vulnérables du Québec, celles que les
organismes communautaires dont je parlais tout à l'heure, au début de mon allocution,
accompagnent chaque jour qui en subissent les conséquences.
• (16 h 40) •
Alors que nous vivons déjà les impacts des
changements climatiques et que ces enjeux-là deviennent de plus en plus
préoccupants, préoccupants pour les Québécoises, pour les Québécois, le
gouvernement de la CAQ ne fait rien pour agir et nous impose une constitution
qui permet aux gouvernements qui viendront de se laver les mains de ses
responsabilités en matière de santé durable.
Donc, voilà les bases constitutionnelles que
nous propose la CAQ : un chèque en blanc pour tout gouvernement majoritaire, au service des multinationales à
l'image de Northvolt et de Stablex, qui ont fait... qui ont défrayé la
manchette et dont on a abondamment débattu ici, en
cette Chambre, deux fiascos économiques et écologiques contestés devant les tribunaux où le Québec a manqué sa chance
d'affirmer sa voix résolument à l'écoute des besoins et des priorités de sa
population. Avec le PL n° 1,
le gouvernement s'assure qu'à l'avenir il y aura plus de bâtons dans les roues
pour bafouer les intérêts de sa population.
Alors, Mme la Présidente, au fond, ce que ce
projet de loi nous propose, ce n'est pas simplement une nouvelle affirmation juridique du Québec, c'est un
changement profond dans la façon dont le pouvoir s'exerce ici. On affaiblit la capacité
des groupes de la société civile d'aller devant les tribunaux. On donne au
gouvernement le pouvoir, par simple décret, d'élargir cette interdiction à des
milliers d'organismes. On se donne la possibilité de soustraire certaines lois
à toute contestation judiciaire sans avoir à en expliquer les raisons. Ça fait
beaucoup, et, quand on met tout ça ensemble, on
voit apparaître quelque chose de préoccupant. Parce qu'une démocratie, ce n'est
pas seulement un gouvernement qui décide, c'est aussi des citoyens, des
groupes, des institutions qui peuvent poser des questions, qui peuvent
contester, qui peuvent débattre. C'est ça, l'équilibre dans lequel on souhaite
évoluer. C'est ça, les contre-pouvoirs, c'est leur fonction. Quand on commence à limiter ces espaces-là, même un peu, même
graduellement, on change cet équilibre-là, et ce sont rarement les plus
puissants qui en subissent les conséquences, Mme la Présidente, ce sont les
gens qui ont le moins de moyens, ceux qui dépendent des groupes
communautaires, ceux qui ont besoin que quelqu'un porte leur voix.
Le Québec
mérite mieux. Si on veut parler d'autonomie, parlons d'une autonomie qui
renforce notre démocratie, pas qui la fragilise. Parlons d'un projet qui
rassemble, qui inclut, qui fait confiance aux gens, parce qu'au final une société forte, ce n'est pas une société où le
pouvoir est concentré, c'est une société où le pouvoir est partagé, encadré et constamment remis en question. C'est ça, une
démocratie vivante. C'est ça qu'on devrait protéger, Mme la Présidente. Merci.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député. Maintenant,
nous poursuivons avec Mme la députée de Westmount—Saint-Louis. Et je vous laisse le temps, Mme la députée.
Alors, voilà. Mme la députée, je vous cède la parole.
Mme Jennifer Maccarone
Mme Maccarone : Merci,
Mme la Présidente. Habituellement, j'aime toujours dire que c'est un plaisir
pour moi d'intervenir sur des projets de loi, mais, évidemment, comme vous le
savez sans doute, Mme la Présidente, il y a des projets de loi dont on a... on
a plus de difficulté à s'exprimer parce qu'on est surtout en désaccord. Bien
là, cette fois-ci, je dirais que c'est un projet de loi qui fait mal à
la population, qui fait mal à la politique.
Alors, je trouve difficile d'être ici pour
débattre du projet de loi n° 1, la loi constitutionnelle de 2025 du
Québec, parce que ce que je dénonce ici aujourd'hui, ce n'est pas l'idée d'une
constitution, Mme la Présidente. On peut avoir le débat si on devrait en avoir un ou non, le lien avec le fédéral,
c'est lequel qui serait utilisé dans un recours juridique, par exemple, mais ce
n'est pas ça. Le débat ici, c'est la manière, c'est l'intention. Ce sont les
conséquences si jamais le projet de loi n° 1 serait adopté, surtout si ce
serait adopté sans avoir des amendements essentiels aux articles qui paraissent
dedans. Parce qu'une constitution ne devrait jamais être partisane, et
on est loin de ceci.
Une constitution, c'est un pacte social, c'est
l'expression de nos valeurs communes, c'est le document qui doit suivre au gouvernement, pas seulement écrit par un
gouvernement. Or, dès le départ, le ministre de la Justice a choisi de politiser
ce qui aurait dû être un projet qui aurait pu être très rassembleur. Et
malheureusement cette loi représente évidemment
une constitution caquiste, pas une constitution transpartisane, pas une
constitution qui reflète les valeurs de la population québécoise avec toute
sa beauté, avec toute sa diversité, avec l'inclusivité dont moi, je connais
dans mon comté et parmi tous les Québécois
et Québécoises que je fréquente. Ce n'est pas un projet de loi qui va renforcer
les droits. On l'a entendu, plusieurs... plusieurs personnes disent ça,
c'est un projet de loi qui va concentrer les pouvoirs.
Puis c'est
intéressant parce que même le rapport Rousseau-Proulx recommandait pourtant une
démarche transpartisane et inclusive dans leur rapport, quelque chose
qui a été demandé par le gouvernement avant de déposer ce projet de loi. Ça
fait que la question se pose de pourquoi qu'on se retrouve ici aujourd'hui en
train de se débattre de ceci suite à des recommandations des experts qui ont
été demandés par le gouvernement de préparer et nous donner leur point de vue, des recommandations suite à une
consultation. Ça fait que même les experts consultés recommandaient une approche ouverte, structurée impliquant la
société civile. Ce n'est pas un après, c'est un avant que nous avons eu besoin.
Alors, au lieu de cela, ce que nous avons eu,
Mme la Présidente, c'est un ministre qui ne voulait même pas des consultations
générales. Au départ, on a dû faire cette demande et ce débat pour en avoir, ça
fait qu'on a dû faire la pression pour qu'il accepte. Mais, encore une fois, on
parle d'une constitution qui va avoir un impact majeur sur tous les Québécois
et Québécoises. Et, lorsqu'il a accepté, chaque groupe qui sont venus
s'exprimer en commission ont eu que 30 minutes, 30 minutes pour
parler d'un texte fondateur. C'est insuffisant, c'est précipité et c'est
profondément problématique sur le plan démocratique.
C'est sûr, il y a une inquiétude massive de la
société civile. Pour ceux qui nous écoutent, les débats, puis les collègues qui sont ici, en Chambre, je ne suis pas
la première personne à exprimer les inquiétudes de société civile. On a entendu plus de 200 groupes en commission
parlementaire. Plus de 60 de ces groupes ont exprimé des préoccupations très
importantes. Parmi eux, je peux juste nommer l'institution... l'Institut de
Nouveau Monde, qui réclame une déclaration de
participation publique ouverte et structurée, l'Union des municipalités, qui
déplore ne pas avoir été consultée malgré les conséquences majeures sur
eux, la Chambre de notaires, qui soulignent, eux aussi, que les meilleures
pratiques n'ont pas été suivies, le Barreau du Québec, qui met en garde contre les mécanismes qui menacent la séparation des
pouvoirs de l'État de droit.
Quand les
juristes, les municipalités, les ordres professionnels et les groupes citoyens
tiennent la sonnette d'alarme, le gouvernement, tous les élus devraient
écouter. Au lieu de cela, le gouvernement fonce. Je ne peux pas expliquer pourquoi. Moi, je suis élue, Mme la Présidente, pour
représenter mes citoyens, pour représenter les citoyens du Québec pour les dossiers nationaux dont je porte, pour
porter la voix. C'est ça, le rôle principal d'une élue, c'est de porter la
voix. Mais ici ce n'est aucunement ce que nous sommes en train de faire.
Encore une fois, c'est une constitution caquiste. Et toute constitution doit être fondée sur une participation publique,
ouverte, structurée pour que ce soit légitime. Ce n'est pas le cas dans
le projet de loi n° 1.
On a entendu la CSN,
la FTQ, la Ligue des droits et libertés qui réclament le retrait complet de ce
projet de loi qu'ils rejettent en bloc.
Puis, tu sais, le Québec pourra aussi s'inspirer de l'Écosse, où un
processus qui a pris, oui, plusieurs années, a impliqué quand même toute
la société civile avant un référendum... Quand même un processus respectable. Et là on sent que c'était un projet de société.
Mais, encore une fois, je répète, c'est tout sauf un projet de société, le
projet de loi n° 1.
Je ne peux pas passer
sous silence, Mme la Présidente, sans nommer l'impact du projet de loi n° 1 sur la communauté anglophone, parce qu'il n'y a qu'une
reconnaissance symbolique, dans le projet de loi n° 1,
et rien de plus. Et évidemment, Mme la Présidente, vous savez très bien, je
suis la députée de Westmount—Saint-Louis
et très fière de l'être. Je représente une
circonscription très diverse, où la communauté anglophone, oui, est là, ça fait
30 % de notre population, on a un 30 %, 30 %, 30 %. La
communauté anglophone est vivante, est engagée, profondément attachée au
Québec, parfaitement bilingue, des Québécois et Québécoises de souche, mais,
dans ce projet de loi, la seule mention des droits de la communauté anglophone se trouve dans le préambule, une
phrase symbolique, sans mécanisme de protection.
• (16 h 50) •
Or,
les groupes représentant cette communauté ont été très, très clairs lors de
leurs auditions et dans leurs mémoires : l'Université Bishop's, qui
demande que des protections soient enchâssées dans la Constitution,
l'Association des comités de parents anglophones
affirme que le projet réduit la protection des minorités et menace leurs
institutions, l'Association des commissions scolaires anglophones du
Québec parle d'atteinte à la démocratie québécoise, même Daniel Turp affirme
qu'il faut enchâsser les droits collectifs et certains droits individuels des
anglophones. Pourtant, d'autant, anglophones
ne se reconnaissent pas à l'intérieur de cette constitution, à l'intérieur du
projet de loi n° 1. Ça leur fait peur. Ça me fait peur.
Parce que c'est clair qu'encore une fois c'est une constitution caquiste qui ne
prend pas en considération toutes les factions de notre population, toute notre
diversité, tous les Québécois et Québécoises qui contribuent à nous faire
rayonner, à notre succès.
Puis je trouve ça
dommage, parce que c'est un message qu'on envoie à cette tranche de la
population que vos droits ne sont pas importants,
que, pendant que nous avons écrit ce projet de loi, on a pris conscience assez,
juste pour faire la motion dans les
remarques, dans les notes, mais pas assez pour enchâsser vos droits, ça fait
qu'on n'est pas préoccupés par ça, on ne veut pas les protéger.
Une constitution
moderne n'aura jamais été aussi ethnocentrique. Elle aurait été inclusive.
C'est ça, une vraie constitution. Elle doit
reconnaître explicitement les droits de la communauté anglophone, notamment en
matière d'éducation et de santé,
choses qu'on sait sont très chères pour eux. Et ce n'est pas un geste de
faiblesse, de faire cette reconnaissance et d'enchâsser les droits de la
communauté anglophone dans une constitution, dans n'importe quelle loi, c'est
un geste de maturité démocratique. Et, il me semble, en 2026, nous sommes
rendus là. Avec tout ce que nous voyons à l'échelle internationale, tout le mal
que nous voyons à chaque jour aux nouvelles, il me semble que nous sommes
rendus là ici aujourd'hui. Ça fait que ça me
désole énormément que ce n'est pas quelque chose qui était reconnu dans ce
projet de loi.
To
not recognize and respect the anglophone community of Québec is not an
affirmation of Québec's identity, it's a
failure of leadership. Let's be clear, it's a missed opportunity to build a
constitution that truly reflects who we are, each and every Quebecker. Not some Quebeckers, all
Quebeckers. And Québec is strongest when it protects, and includes, and values all of its communities, not
just some of its communities, all of its communities. And I'm going to get
to the First Nations and Inuit communities
soon. It's the very foundation of what a constitution should be, it's the
protection of inclusion and unity.
Concernant
les Autochtones, Mme la Présidente, le constat est vraiment accablant. Non
seulement qu'ils n'ont pas été consultés
avant le dépôt du projet de loi n° 1, qui est un manque
de respect, mais en plus c'est un recul dans les relations avec le gouvernement. Puis, encore une
fois, ça me désole, surtout qu'une constitution devrait être une réflexion de
notre société québécoise, qui prend en considération tous les membres de cette
société. Ils ne sont mentionnés que trois fois dans le préambule, sans aucune
reconnaissance concrète de leurs droits dans le corps du texte; bizarre. L'Assemblée
des Premières Nations du Québec et du Labrador a d'ailleurs demandé le rejet
pur et simple du projet, dénonçant un recul majeur dans les relations avec
l'État. Les déclarations... la déclaration des Nations unies sur le droit des peuples autochtones est complètement absente
dans le projet de loi n° 1, surtout que l'Assemblée... Encore une fois,
c'est incongruent, c'est un manque de cohérence, parce qu'on a adopté ici, à
l'Assemblée, dans le passé, une motion unanime pour reconnaître la déclaration
des Nations unies, mais ça ne se retrouve pas à l'intérieur de ce corpus.
On l'a entendu juste
dernièrement par mon collègue, mais c'est un projet de loi qui limite l'accès
au tribunal. C'est une attaque des contre-pouvoirs. L'article 5 de la Loi
sur l'autonomie constitutionnelle limite la capacité des organismes publics de
contester certaines lois avec des fonds publics. Bon, on sait qu'on a les groupes
communautaires qui vont bientôt être en
grève, en passant, Le communautaire à boutte!, on représente une partie de la
population qui a besoin d'avoir nos organismes communautaires, puis les
bâillonner, ne pas... de ne pas leur donner la possibilité de s'exprimer ou de
défendre leurs droits ou le droit des personnes qu'ils représentent, c'est
d'abolir le contrepoids.
J'ai une pétition qui
roule actuellement, Mme la Présidente, puis le titre, c'est Demande visant à
améliorer et à stabiliser le financement des organismes communautaires et des
organismes à but non lucratif du Québec, puis je souhaite lire juste les
deux premiers paragraphes parce que je trouve très pertinent :
«Considérant que les
organismes communautaires et les organismes à but non lucratif constituent un
pilier essentiel du filet social québécois
et contribuent directement au bien-être des personnes et des communautés sur
l'ensemble du territoire;
«Considérant que ces organismes soutiennent
quotidiennement des populations en situation de vulnérabilité, notamment les
jeunes, les familles, les personnes vivant des enjeux de santé mentale, les
personnes en situation de pauvreté ou d'itinérance, les personnes immigrantes,
les personnes issues de communautés racisées ou marginalisées, les personnes en
situation de handicap, les femmes victimes de violence, ainsi que les
communautés autochtones, sans s'y limiter.»
L'article 5 de ce projet de loi est une
attaque sans précédent contre les contre-pouvoirs qui sont là pour défendre ces groupes, ces personnes, ces membres de notre
société. En interdisant les organismes publics, les organismes communautaires,
puis ça, ce n'est pas uniquement avec eux, c'est aussi les municipalités, des
universités, des ordres professionnels, d'utiliser les fonds publics pour
contester les lois, le gouvernement tente de museler ceux qui pourraient
s'opposer à ses dérives.
Ça fait... Je
suis dans ma huitième année ici, en Chambre, Mme la Présidente, comme élue,
puis, je peux vous dire, j'en ai vu, des dérives, j'en ai vu, des
projets de loi qui avaient gravement besoin d'être améliorés, bonifiés, mais la
façon que nous aurons pu le faire, c'est parce qu'on est à l'écoute, des fois,
pas tout le temps, à... les membres de la communauté,
surtout les organismes communautaires, qui sont là pour défendre et rejoindre,
accompagner les personnes qui se retrouvent souvent en situation de
vulnérabilité. C'est le bras droit et le bras gauche du gouvernement.
C'est une mesure... l'article 5, c'est une
mesure de nature autoritaire qui restreint l'accès aux tribunaux. J'ai du mal à
comprendre... En plus qu'on va avoir la création d'un conseil constitutionnel
politique... puis ça, c'est extrêmement dangereux. C'est un conseil dont les
membres seraient recommandés par le premier ministre pour leur idéologie plutôt
que pour leur compétence juridique, ferait... puis ça ferait concurrence aux
tribunaux indépendants, puis, en démocratie,
les tribunaux doivent trancher de manière rationnelle et non selon ce qui est
politiquement payant pour le gouvernement qui est en place.
Alors, concrètement, ce que le gouvernement de
la CAQ est en train de faire, c'est de dire... Puis là je vous nomme des choses
qui existent déjà. Ça fait que je comprends pourquoi que le gouvernement
souhaite aller là. Je comprends pourquoi que le gouvernement souhaite
bâillonner et museler les contre-pouvoirs, c'est parce qu'il souhaite qu'aucune
université ne pourrait... ne pourrait pas contester les frais de scolarité
imposés par le gouvernement, qu'un organisme
communautaire ne pourra pas contester un décision... une décision du
gouvernement qui impacte leur mission, une commission scolaire ne pourra
plus contester les lois qui portent atteinte à la Charte des droits et
libertés. Je répète, c'est une restriction
directe à l'accès aux tribunaux. Ça porte atteinte aux droits des citoyens
et citoyennes du Québec. Je ne suis pas la seule
personne qui pense ça, M. le Président, on a aussi le Barreau du Québec qui
parle d'un affaiblissement des droits
fondamentaux et d'une menace à la séparation des pouvoirs. C'est la
fragilisation de notre État de droit. Ils ont levé, eux, un immense
drapeau rouge : ce projet menace l'équilibre des pouvoirs, la
prévisibilité juridique et l'accès à la justice.
La Commission des droits de la personne, inquiète, n'a plus... ne plus pouvoir
remplir sa mission, la CDPDJ. Une constitution ne peut jamais museler
les contre-pouvoirs et doit les protéger.
• (17 heures) •
Puis, en parlant de les protéger, c'est sûr, on
ne peut pas ne pas parler de l'épisode de l'avortement. C'était un stress inutile et irresponsable de la part du
gouvernement, surtout le ministre de la Justice, c'est l'article 29. Puis,
tu sais, le ministre a finalement eu... digne de retirer la disposition
touchant l'avortement. Et, c'est clair, les gens sont soulagés, moi aussi, je suis soulagée, mais le mal est fait.
Puis, si je pense à ma collègue la députée de Robert-Baldwin, qui milite à
chaque jour pour protéger les droits des femmes, elle porte le dossier de la
condition féminine, mais chacun d'entre nous devrait porter cette mission avec
la même vigueur, surtout le gouvernement, mais c'est tout sauf... qui ont fait.
Puis, pendant
des mois, qu'est-ce qu'on a eu? C'est des groupes antichoix qui ont
eu une tribune. Des organismes qui protègent le droit à l'avortement ont dû
consacrer des ressources importantes pour défendre un droit déjà reconnu,
des femmes ont ressenti de l'inquiétude, des travailleuses communautaires ont
vécu un stress, sincèrement, inutile. C'est un débat qui n'aurait pas dû avoir
lieu. Il n'aurait pas dû être ici, à cette Assemblée nationale. La santé de la
femme, le choix des femmes en ce qui concerne leur corps, c'est une décision personnelle.
Ni le gouvernement ni le ministre de la Justice ne devraient porter atteinte à
ça, jamais.
Il a détourné la commission de l'analyse
d'autres dispositions parce que les gens ont perdu du temps. Ils ont parlé de ça, puis il y a tellement d'articles dans
cette loi qu'ils auront pu adresser, mais, parce qu'il y avait une peur qui était
installée, inutile, puis à cause de l'irresponsabilité du gouvernement... Ils
auront pu peut-être utiliser leur temps pour
parler d'autre chose. Quand on touche un droit fondamental, on doit agir avec
prudence, sensibilité et responsabilité, pas avec de l'entêtement. Puis
c'est malheureux, mais c'est ça qu'on a eu.
Une constitution doit unir, pas punir, pas
diviser. Une constitution doit être adoptée de manière transpartisane, en
partenariat avec les Premières Nations, avec la reconnaissance explicite des
droits de la communauté anglophone, en protégeant l'accès aux tribunaux, en
renforçant, non affaiblissant la démocratie. Ils négligent, cette fois-ci, les
droits fondamentaux. Ils limitent les contre-pouvoirs. C'est tout sauf ce que
nous devons avoir ici, à l'Assemblée nationale du Québec, comme débat en ce qui
concerne les droits des Québécois et Québécoises.
Si mon chef, Charles Milliard, a tendu la main,
pourquoi ne pas travailler ensemble? Il prend un engagement de s'asseoir avec
tous les autres formations politiques pour rédiger quelque chose transpartisan,
à l'image de tous les Québécois. Ça, c'est
ce que le gouvernement aurait dû faire, un gouvernement responsable. Un
gouvernement qui respecte les
citoyens aurait fait ça, mais ce n'est pas ça qu'on a eu. Moi, je crois qu'une
constitution devrait être inclusive. Ça devrait être moderne,
transpartisane, respectueux des minorités, protectrice des droits fondamentaux,
parce qu'une constitution n'apparaît pas à une partie, ça
appartient au peuple. Et, avec le projet de loi n° 1, on passe à côté de
ça, M. le Président, et c'est injuste envers la population du Québec. Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Nous poursuivons toujours ce débat sur
l'adoption du principe du projet de loi n° 1. Cette fois-ci, je
cède la parole à M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Alexandre Leduc
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Ça me fait plaisir d'intervenir aujourd'hui sur le projet de loi n° 1,
le projet de constitution. Ce n'est pas un
texte simple, ce n'est pas un débat ordinaire, on débat d'une vision de ce que
devrait être la démocratie au Québec. C'est un débat qui appartient à la
société, je dirais, au peuple québécois, qui ne doit pas nous appartenir
seulement à nous seuls, ici, les députés de l'Assemblée nationale. Et c'est justement
ce qui nous inquiète dans tout ce processus du projet de loi n° 1, c'est
que c'est très mal parti pour un débat qui devrait être un débat populaire, un
débat de société, quand on a un projet de loi qui est écrit dans les officines
du ministre avec très, très peu de personnes
consultées et qu'après ça nous est livré comme ça, à prendre ou à laisser,
alors qu'au contraire, une constitution, ça devrait être plutôt le fruit
d'un énorme travail collectif.
Le projet de loi n° 1
est présenté comme une constitution. C'est une façon de nommer les choses qui
peut nous étonner, à la limite. Nous, on
préfère rester un peu plus prudents. Parce qu'une constitution, ce n'est pas
juste un... ce n'est pas supposé être un slogan, ce n'est pas supposé
être un manifeste de gouvernement, une constitution, c'est supposé être un contrat social qui lie l'ensemble des
constituants, des gens qui forment la nation... et qui peut, donc, s'entendre
sur les grandes valeurs qui nous
animent comme société québécoise et comment on veut ordonner la société et les
institutions qui nous gouvernent. Et ce contrat-là, donc, qui nous est
proposé à travers le projet de loi n° 1, il a été
proposé sans le peuple, sans sa participation et sans plusieurs garde-fous
démocratiques qui sont pourtant nécessaires dans toute société démocratique qui
se respecte.
Allons-y sur la question de l'accès à la
justice... la restriction à l'accès de la justice, pardon. Alors, un des aspects les plus inquiétants du projet de loi n° 1 se cache dans une disposition assez technique, mais qui a une portée
immense, c'est l'article 5 de la Loi sur l'autonomie
constitutionnelle du projet de loi n° 1. Donc, ce
texte, là, il interdit à des organisations financées par l'État de contester
devant les tribunaux des lois qu'elles jugent contraires à leurs droits, dès lors que le gouvernement déclare que cette loi
protège la nation. Alors, je le mets entre guillemets, c'est bien sûr le
texte du projet de loi, le texte du gouvernement, quand on dit «protège la
nation», c'est selon eux.
Et, si on lit
cette disposition-là à la lettre, ce n'est pas une loi qui protège la
démocratie, c'est une loi qui pourrait éventuellement
venir museler la société civile. Puis une loi qui muselle des membres à part
pleine et entière de la société québécoise, bien, ce n'est pas une loi
qui est démocratique, qui est valide. Pourquoi? Parce que, dans une démocratie
saine, la justice ne doit pas être... un privilège réservé, pardon, aux
puissants, aux gens qui ont beaucoup d'argent, dont l'épaisseur du portefeuille
est plus importante. Elle doit être accessible à tous et à toutes, la justice.
Et qu'on décide ici que certaines lois seront inattaquables, en quelque sorte,
aux yeux de la justice, c'est, à la limite, de ne pas comprendre la société même dans laquelle nous évoluons depuis
la fondation de la province du Québec, du pays du Canada, à la limite.
La répartition des pouvoirs, c'est tout à fait
normal et sain, hein? On a l'exécutif, le législatif, le judiciaire. C'est
normal que le judiciaire arrive et puisse venir corriger, potentiellement, en
fonction des textes de loi, notamment en
fonction de la charte québécoise des droits et libertés, des éléments de projet
de loi qui auraient été adoptés ici, qui ne respecteraient pas, selon un
plaidoyer, bien sûr, les droits et libertés enchâssés dans cette charte
québécoise-là. Et de venir dire que,
là, il y a certaines lois qui pourront être votées ici qui seront exclues de
cette possibilité-là d'être contestées par certains organismes parce
que, soi-disant, ils reçoivent du financement public, c'est comme un drôle de
raisonnement. Vous recevez du financement public parce qu'on vous reconnaît une
importance pour votre mission, que ce soit une société publique, on parlait des universités, tantôt, de ma collègue,
mais ça pourrait potentiellement être des groupes de la société civile. Bien, voilà, vous, vous n'avez
plus le droit de poursuivre le gouvernement et de demander la révision de certaines
lois. C'est un peu particulier, M. le Président.
On inclut là-dedans, évidemment, des
organisations qui défendent les droits collectifs, qui accompagnent des personnes vulnérables, qui rappellent à l'État ses
devoirs et ses manquements. C'est des organisations qui, peu importent leurs
objectifs, leur vision du Québec, et surtout peu importe qu'elles reçoivent ou
non de l'argent du gouvernement, sont des
membres à part entière de la société québécoise. Et c'est bien triste, je
trouve, M. le Président, qu'avec cette loi-là on veuille... on laisse
sous-entendre le contraire du côté du gouvernement.
C'est une question de principe. Une
constitution, c'est supposé de donner des droits, ce n'est pas supposé d'en
retirer. Et là on retire des droits d'ester en justice, selon les termes
judiciaires de... consacrés. C'est assez étonnant comme direction qu'on nous propose dans cette constitution-là. C'est un
danger fondamental, avec cette interdiction-là, de... qui risque de créer des oeillères collectives. C'est un risque que
certaines voix soient étouffées, qu'elles ne reflètent ultimement que
les intérêts d'une seule frange de la population québécoise et non de son
entièreté. Si on veut que le Québec ait les
meilleures lois, les lois les plus justes possibles, il faut laisser la
possibilité à l'entièreté des groupes de la société québécoise de
contester les décisions gouvernementales, qu'ils reçoivent du financement
public ou non.
Moi, je me rappelle, M. le Président, je suis
assez vieux maintenant pour me rappeler qu'il y a... à une certaine époque, puis c'est un discours qui revient de
temps à autre, il devrait revenir bientôt, d'ailleurs, avec le retour du
balancier, quand même, assez fort, de
la droite dure, qu'il y a... les groupes communautaires qui reçoivent de
l'argent public ou que ce soient même des groupes de la société civile,
on parle, encore une fois, des associations étudiantes. Par exemple, j'ai évolué assez longtemps dans le milieu étudiant pour
avoir entendu ça, on ne devrait même pas avoir le droit, point, de contester des choses parce qu'ils reçoivent de
l'argent du gouvernement, alors que la contestation d'une société, d'un gouvernement, c'est un signe de démocratie, de
laisser, évidemment, des... la société civile nous questionner, se mobiliser,
faire des manifestations, à la limite. Payer de la publicité aussi pour
questionner les orientations du gouvernement, c'est
ça aussi, la démocratie québécoise. Ce n'est pas tout le monde qui est d'accord
tout le temps, puis on fait une élection aux quatre ans, puis, après ça, on ferme la business de la démocratie
puis on laisse les gens gouverner comme si de rien n'était. Non. La démocratie,
elle est vivante puis elle doit s'exprimer à travers des contre-pouvoirs. Et,
ces contre-pouvoirs-là, il faut qu'elles aient quand même une marge de
manoeuvre. Et, si on les muselle avec l'article 5 de la Constitution, du
projet de loi de constitution, on n'avance pas dans la bonne direction.
• (17 h 10) •
Un gouvernement, ça n'a pas toujours raison,
bien sûr. On a vu, récemment, le gouvernement aller en justice, perdre sur
plusieurs dossiers. Juste sur le dossier du travail, j'en ai des... j'en ai des
tonnes, hein : le projet de loi n° 10 sur
l'équité salariale, le projet de loi n° 51 sur la construction, le 89 sur
le droit de grève, le 101 sur la santé et sécurité, le 3, qui va être
certainement contesté à la demi-seconde après son adoption, dans les prochains
jours, ici, au salon rouge, ils vont tous être contestés par des organisations,
en particulier le milieu syndical.
Là, je sais, là, que le... techniquement
parlant, le milieu syndical n'est pas visé par le libellé de l'article 5
de la loi... du projet de loi, pardon. Cela étant dit, il y a une... il y a une
section dans l'article 5 qui dit que des groupes peuvent être ajoutés à
l'annexe. Donc, en effet, dans la liste de l'annexe, on ne voit pas les
syndicats. Donc, en théorie, les syndicats
qui pourraient éventuellement recevoir des subventions publiques, je parle, des
fois, ça pourrait être possible, mettons,
en francisation, bien, ils pourraient être rajoutés dans l'annexe par une
simple décision d'un décret d'un ministre. Donc, encore une fois, cette disposition-là, qui dit : Oui, oui, on
pourrait ajouter à peu près n'importe qui n'importe quoi dans cette
annexe-là, d'organisations qui n'auront pas le droit de poursuivre le gouvernement
si une loi est dite protégée d'intérêt national, ça m'inquiète.
Alors, encore
une fois, là je citais des exemples qui concernent plus le milieu syndical, qui
ne sont théoriquement pas visés, mais cette possibilité-là, d'ajouter à
peu près n'importe qui, m'inquiète beaucoup. Et on a vu, justement, par la
longue séquence, le projet de loi que d'aucuns pourraient qualifier
d'antisyndicaux... bon, je ne serais pas surpris de voir éventuellement... si
le projet de loi n° 1 était adopté tel quel, de rajouter, plus tard, le
milieu syndical dans les organismes qui seraient interdits de poursuivre le
gouvernement sur certaines lois. Donc, ça m'inquiète beaucoup. Puis, encore une
fois, à mes yeux, c'est absolument nécessaire que tout le monde, tous les groupes
puissent contester les tribunaux... dans les tribunaux, les lois du Québec,
qu'ils reçoivent de l'argent public ou non.
Je conclus cette section-là, M. le Président, en
soulignant une citation du Barreau du Québec, qui l'a exprimé clairement :
«Une telle interdiction est irréconciliable avec un État de droit fort et une
saine démocratie.» Ce n'est pas les mots d'un parti politique, c'est d'un...
c'est les mots d'une organisation, le Barreau du Québec, composé d'hommes et de
femmes qui se consacrent à faire vivre l'État de droit au Québec.
J'aimerais
évoquer un peu le concept de la soi-disant souveraineté parlementaire, là,
évoquée dans le projet de loi. À son article 18, la souveraineté
parlementaire est comme un principe fondamental de l'État québécois. C'est très
technique, mais l'effet est quand même assez profond. On est en train de dire,
là, qu'avec une telle formulation là, ça ouvrira la porte à ce qu'une majorité
parlementaire décide... d'ailleurs, par un mode de scrutin largement déficient,
là, on l'a souligné à de nombreuses reprises, ça a même déjà été l'opinion du
gouvernement, que le mode de scrutin posait problème, avant qu'il trahisse sa
parole et qu'il revienne sur son engagement, donc, que, sur une simple majorité
parlementaire, on pourrait décider de tout,
même de suspendre des droits fondamentaux, sans justification. Donc, il y a quand même une limite à ce qu'une majorité
parlementaire doit... peut faire ici, dans ce Parlement. Cette limite-là, c'est
notamment les tribunaux, c'est notamment la Charte des droits et
libertés.
Mais là l'article 9 de la loi sur
l'autonomie constitutionnelle stipule que «le Parlement du Québec peut,
lorsqu'il le juge opportun, inclure une
disposition de souveraineté parlementaire, d'office ou en réponse à une
décision judiciaire, dans toute loi qu'il édicte, sans qu'il soit requis
de la contextualiser ou de la justifier.
«Il ne peut être exercé aucun pourvoi en
contrôle judiciaire, fondé sur un droit ou une liberté visé par une telle
disposition de souveraineté parlementaire, en vue de faire déclarer inopérante
la loi ou la disposition visée par cette disposition de souveraineté
parlementaire.»
C'est quand même hallucinant, là. On veut venir
verrouiller à jamais des éléments de loi ou des lois complètes de toute forme de contestation judiciaire. Mais, à
la limite, M. le Président, pour qui on se prend, là, ici, dans cette Chambre?
C'est normal de... tu sais, que des choses
sont contestées. On n'est pas la justice de droit divin ici, à l'Assemblée
nationale. Oui, on est les élus du peuple, oui, on a une légitimité qui en
découle, qui est forte, mais c'est un dialogue avec les tribunaux que
nous avons. On le vit en ce moment sur la carte électorale. On avait pris des
décisions qui sont contestées par les tribunaux. On s'en va devant la Cour
suprême plaider notre dossier. C'est très bien comme ça. C'est comme ça que ça
devrait fonctionner et c'est comme ça que ça fonctionne. Et là, de commencer à
dire : Non, non, il y a des affaires qui vont être complètement à l'abri
de toute forme de contestation et de pourvoi judiciaire, ouf! c'est fort de café, ça, M. le Président, et je trouve qu'on
n'est pas du tout dans un environnement agréable, d'un point de vue de démocratie
et de renforcement de démocratie, avec cet article-là.
Par rapport à
cet élément-là, le Barreau du Québec, toujours, dit, parle, et je cite, d'un «élargissement
préoccupant des pouvoirs du législateur au détriment du pouvoir judiciaire». En
d'autres mots, là, le gouvernement se donne les moyens de déroger aux droits humains fondamentaux,
potentiellement, sans même devoir se justifier, sans même devoir
contextualiser sa décision, puis se protège contre toute forme de
contextualisation. C'est... ça constitue une attaque, à mon avis, qu'on
pourrait qualifier d'assez radicale à la démocratie.
La
charte des droits et libertés du Québec, là, c'est un fleuron qu'on a adopté
ici dans les années 70, en 1975, sept
ans avant que la charte canadienne soit, elle, adoptée dans des contextes
politiques que nous n'aimons pas, bien sûr, comme on le sait très bien.
Le gouvernement caquiste a instauré une très mauvaise tradition en lien avec la
charte québécoise en la modifiant sous
bâillon trois fois dans les dernières années : en 2019, avec la Loi sur la
laïcité, en 2022, avec la loi sur la protection du français, puis en
2025, avec la loi sur le modèle d'intégration québécois, et les trois fois en utilisant, donc, la clause de dérogation pour
venir inscrire dans la charte trois lois qui contreviennent aux droits et libertés
fondamentales de groupes minoritaires. La Constitution caquiste souhaite
maintenant normaliser, constitutionnaliser le
droit de déroger aux droits humains fondamentaux à travers la disposition de
souveraineté parlementaire. Ce n'est pas une constitution qui protège...
ce n'est pas un projet de constitution qui protège, c'est qu'on... c'est une
constitution qui conforte le pouvoir en place, le pouvoir du moment.
Le Barreau s'inquiète
aussi fondamentalement de l'atteinte qu'on pourrait appeler systémique à l'État
de droit. On fait une analyse plus générale au Barreau : bien sûr, il y a
le projet de loi n° 1, mais il y a le projet de loi n° 2, aussi, bon, qu'on a réglé entre-temps, en partie, et le
projet de loi n° 3, qu'on a... on a terminé l'étude détaillée, là,
il y a quelques semaines. Ces trois choses-là ensemble, notamment,
musellent les contre-pouvoirs, affaiblit la séparation des pouvoirs et met en
péril la protection des droits fondamentaux, en particulier, donc, le projet de
loi n° 1, le projet de loi de constitution.
Le bureau... le Barreau note que le texte introduit un conseil constitutionnel
partisan nommé sur recommandation politique plutôt que sur le mérite juridique.
Le conseil serait appelé à rendre des services... pardon, des avis, rendre
des avis qui s'appartient... qui s'apparentent à des décisions judiciaires,
créant une confusion constitutionnelle qui pourrait potentiellement fragmenter
la primauté du droit. Imaginez, donc, un tribunal indépendant qui protège un
droit à travers une décision, mais, en
parallèle, ledit conseil constitutionnel qui pourrait recevoir un mandat, on va
le dire, assez politique de valider ou invalider des interprétations
constitutionnelles du gouvernement. Qu'est-ce qui va primer, comment tout ça va
fonctionner? C'est juste générer du chaos judiciaire, M. le Président, que de
fonctionner ainsi.
Je pense que c'est un
peu ça, l'objectif, pour beaucoup, délégitimer et affaiblir les tribunaux, je
pense en particulier à la Cour suprême. C'est un recul que même les adversaires
idéologiques du Barreau n'auraient pas imaginé il y a à peine quelques années. Encore une fois, ce n'est pas un projet
de constitution, ici, qui protège, c'est un... c'est un projet de
constitution qui fragilise nos institutions démocratiques.
Il y a Amnistie
internationale également qui s'inquiète beaucoup du recul des droits et des
atteintes aussi, donc, directement à l'État de droit. Même au-delà des
frontières, des organisations de défense des droits humains tirent la sonnette
d'alarme. Amnistie internationale a déclaré que le projet de loi n° 1
était, et je cite, «régressif, anti-droits et met en péril l'État de droit au
Québec». Selon Amnistie internationale, le texte affaiblit la charte québécoise
des droits et libertés en lui imposant des nouvelles limites, marginalise les
droits individuels et collectifs et restreint l'accès à la justice, en
particulier pour les personnes les plus vulnérables. Il contrevient au droit
international en créant des obstacles procéduraux à la contestation, on en a
parlé plus tôt. Je vous répète, donc, très clairement : Une constitution,
ça ne doit pas... ce n'est pas supposé d'affaiblir. Et là on a même Amnistie
internationale qui vient nous dire qu'on n'est
pas en train de bien paraître à l'international avec ce projet de loi là. Ça
vient... ça vient donner une mauvaise figure internationale au Québec et
ce n'est pas agréable de voir ça.
Sur la procédure, M.
le Président, sur la forme, là... j'ai parlé beaucoup du fond, mais, sur la
forme, il y a là aussi évidemment un immense problème. Je le disais en
ouverture, en introduction, un projet de constitution rédigé dans les officines
du ministre avec quelques personnes, ce n'est pas un processus démocratique.
Une constitution, c'est supposé faire l'objet de larges consensus et surtout,
donc, de larges consultations. Si le gouvernement tenait à faire tellement un projet de constitution... C'est un
projet louable, j'en suis, moi, de dire : Pourquoi ne pas donner une
constitution au Québec? Je préférerais, bien sûr, que ce soit une constitution
d'un pays du Québec, mais ça se discute, d'avoir une constitution pour la
province du Québec. Je n'y vois pas des tonnes d'avantages personnellement, ma formation politique non plus, mais ça se discute. Certainement, c'est
une démarche qui est pertinente, qui se défend, mais, de la manière dont
c'est fait, en fin de mandat, comme
tentative de relancer un parti politique en chute libre dans les sondages, sans
consultation, ça ne peut pas fonctionner.
• (17 h 20) •
Ce n'est pas ça, le
Québec. Ce n'est pas ça, les grands consensus sociaux. On a connu, à la fin des
années 90, début 2000, les... ce qu'on appelle les grands sommets
socioéconomiques du Québec, où là il y avait des grandes discussions, puis là
il y avait des consensus qui sortaient de ça, puis la société complète prenait
des orientations autant dans les cabinets ministériels que dans les
organisations de société civile. C'est comme ça, par exemple, qu'on a réussi à
créer le réseau des CPE, le RQAP, des choses comme ça. Ça découlait de grands
consensus sociaux. Se doter d'une constitution, ce n'est pas un petit projet de
loi d'un coin de table, qu'on décide... puis qu'on fait une couple de
consultations en commission parlementaire, puis, voilà, chop, chop! le travail
est fait. C'est supposé être quelque chose de bien plus sérieux, avec une
immense démarche.
À Québec solidaire,
bien sûr, on propose de faire du Québec un pays puis on propose de le faire
d'une manière originale, qui est de faire une assemblée constituante où est-ce
qu'on aurait de larges consultations en amont d'un référendum, où est-ce que le
peuple du Québec serait appelé à dessiner les contours du pays, donc la
Constitution, et, après de longs... de longs débats, de longues discussions où
on aurait attaché les grands consensus, bien, c'est là qu'on passerait au vote
sur le projet de constitution, avec un exemple très pointu, très exact de ce
qu'à quoi ressemblerait le pays du Québec à naître, mais ça, ce serait fait à
l'issue d'un long processus de consultations. Certainement, on n'a pas un chiffre magique, c'est-tu des mois,
c'est-tu des années?, mais certainement plus que les quelques semaines auxquelles
nous avons consacré des heures sur le projet, notamment mon collègue de Maurice-Richard.
Donc, une constitution, ça
ne s'écrit pas comme ça, ça ne se décrète pas. Ça se construit, ça se discute,
ça se consent, si vous me permettez
l'expression. Et puis ce n'est pas une démarche, moi, qui m'a beaucoup
impressionné, celle du ministre de la Justice, et, sur la forme, en tout
cas, c'est certainement un échec sur tout la... sur tout l'exercice.
J'ai beaucoup
parlé des contre-pouvoirs. Je voudrais parler aussi de la modification de la
Constitution, l'adoption de la modification, dans la minute qu'il me
reste. Il y a de... plein de pays dans le monde, ça prend plus qu'une simple majorité pour modifier une constitution. Parfois,
ça prend une supramajorité, donc un deux tiers de l'assemblée. Parfois,
ça prend même encore plus, un vote dans une deuxième chambre.
On n'a pas ça ici, au Québec, un sénat, on s'en
est débarrassé dans les années 60, mais, quand on parle d'une contestation de droits fondamentaux comme ça,
d'avoir des votes à majorité simple sous-entendus dans cette constitution-là, moi, ça me pose un immense problème. C'est quelque
chose que je pense qu'on devrait rejeter. Et donc, de dire : On vote
une constitution à majorité simple ici avec des possibilités de faire des
protections, des dérogations permanentes ou semi-permanentes, toujours à majorité
simple, c'est quelque chose qui me dérange beaucoup, qu'ils devraient rejeter.
M. le
Président, dans le temps qu'il me... qu'il me reste, bien sûr, j'aimerais
conclure en disant qu'on n'a pas du tout assisté à un véritable
processus constituant menant normalement à une constitution du Québec. C'est
louable, de vouloir une constitution pour la
province du Québec, mais ce n'est certainement pas une bonne manière d'y
arriver, et le contenu est certainement à contester.
Je ne peux pas m'empêcher de faire référence à
tout le débat désagréable que nous avons eu, dans les dernières semaines, sur le dossier de l'avortement, du droit
à l'avortement. On avait eu cette discussion-là en début de mandat avec la
précédente ministre des Conditions féminines, et ça avait été une discussion
enrichissante, intéressante. J'y avais participé
à travers différents groupes dans ma circonscription. J'avais rencontré des
gens. On avait clos cette discussion-là en disant que c'était une fausse
bonne idée. Et quelle n'a pas été ma stupéfaction de voir le ministre revenir
avec ça il y a quelques mois déjà, et on a passé du temps et du temps, et du
monde se sont mobilisés encore et encore, alors qu'il y aurait d'autres choses
à faire, d'autres batailles à mener sur le dossier de la condition féminine au
Québec.
Et j'en veux au ministre, je suis fâché, j'en
veux au ministre d'avoir gaspillé tout ce temps-là et d'avoir fait gaspiller
tout ce temps-là à toutes les femmes, principalement, évidemment, qui se
mobilisent, au Québec, pour le droit à l'accès à l'avortement, d'avoir remis
une dose d'anxiété sur les femmes qui sont au front sur ce dossier-là. J'ai
pensé beaucoup à elles dans les dernières
semaines. Je suis content qu'il y ait une fin heureuse, là, à cette deuxième
ronde. J'espère que ce sera la fin et qu'on ne reconnaîtra pas une
troisième ronde désagréable comme celle qu'on a vue.
Donc, ce projet de loi n° 1
est à retirer, M. le Président. Recommençons du début si on veut avoir un
processus pertinent, parce que ce qui est devant nous, ce n'est pas
intéressant. Merci.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve. Nous poursuivons toujours ce débat, et,
cette fois-ci, je reconnais M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin : Merci beaucoup,
M. le Président. J'imagine, M. le Président, que, depuis le début, là, du débat en Chambre sur l'adoption du principe du
projet de loi n° 1, là, vous avez entendu à plusieurs reprises, à
peu près tout le temps, les mêmes argumentaires contre ce projet de loi
là. Juste en regardant le titre, moi, ce qui me saute à la tête en regardant ça, c'est la Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Ça aurait dû être plutôt la loi
constitutionnelle du Québec, puis de ne pas être obligés de dire que
c'est sur le Québec. C'est la loi du Québec, que 2025, on parle d'une année où est-ce
que la CAQ a décidé d'utiliser ce
levier-là pour essayer de faire en sorte que les chiffres, dans les sondages,
puissent s'améliorer. Parce qu'on entend ici, indirectement, de la part du
gouvernement, une intention de vouloir raviver
le mouvement nationaliste caquiste, qui, malheureusement, on le voit bien, là,
ne... a de la misère à... bat de l'aile actuellement. Mais, juste par le
titre en tant que tel, j'aurais trouvé ça intéressant, si, au moins, ça avait
été à propos du Québec, et non sur le Québec comme on dirait qu'on veut
l'imposer. L'approche, évidemment, du ministre, c'est d'imposer son projet de
loi. Il l'a dit, j'essaie de me rappeler du contexte, là, comme quoi qu'il
était souverain, lors du premier survol de cet... de ce projet de loi là par
les deux candidats à la succession du premier ministre. Donc, il a dit qu'il était souverain, alors on s'entend que, pour
lui, il veut imposer son projet de loi sur le Québec. Donc, je trouve, ça en
dit beaucoup. Juste le titre en dit déjà beaucoup.
Je pense que je vais essayer d'amener un angle
un peu plus économique, là, à l'argumentaire, ici, pour illustrer le fait que
l'ensemble de ce projet de loi là semble vraiment avoir été fait sur un coin de
table. Puis j'ai entendu mes collègues de la deuxième opposition le mentionner
tout à l'heure, j'ai entendu d'autres collègues en parler évidemment de façon préalable, mais c'est important de
comprendre les ramifications de ne pas avoir bien fait les choses. Parce que,
là, ce qui arrive, c'est qu'on utilise du temps de l'Assemblée nationale, on
utilise du temps des parlementaires à débattre de quelque chose qui ne fonctionne pas. On aurait dû, normalement, avoir
quelque chose qui serait consensuel. On aurait dû, normalement, avoir eu des
conversations avec nos frères et soeurs des Premières Nations, les gens de
la communauté anglophone. On aurait dû, normalement, être capable de
pouvoir parler avec plusieurs groupes, qui, de temps en temps, ont des droits
d'aller devant les tribunaux, puis défendre leurs arguments contre le
gouvernement, puis leur dire : Vous savez, ici, vous êtes menacés, là, par
ce projet de loi là, là, on va vous enlever votre droit de pouvoir vous opposer
au gouvernement, là. On aurait dû, normalement, prendre ce temps-là.
Puis ça me
rappelle, en début... en début de mandat 2018, je n'étais pas ici, M. le
Président, j'avais un autre emploi du temps à l'époque, mais je trouvais
ça tellement drôle de voir tous les ministres de la CAQ se promener avec ce fameux livre How Big Things Get Done. Puis,
normalement, tu dis : Bien, OK, c'est une brique, normalement, on aurait dû, minimalement, lire l'introduction. Puis, quand on lit
l'introduction, la première chose qui nous apparaît, qui nous saute dans face,
là, c'est : Bien, pour que ça fonctionne, on doit faire une consultation
préalable, on doit s'assurer, que ce soit dans un modèle d'affaires, que ce
soit au niveau politique... on doit s'assurer qu'on ait eu la chance de parler
à toutes les parties prenantes pour qu'elles puissent être interpelées
dans le processus et donner leur point de vue.
Parce qu'ici
on parle de la superloi. La Constitution du Québec, c'est la loi de toutes les
lois, elle doit être, donc, consensuelle.
On va s'en servir pour des générations. Que ce soit le gouvernement actuel ou
un prochain gouvernement, l'objectif ultime, c'est que ce soit une
référence, une référence à partir de laquelle le corpus législatif va évoluer
dans le temps. C'est une définition de qui
nous sommes. C'est important parce qu'ici c'est la base même d'un papier qui
devient la loi des lois. Bien, normalement, si on avait lu
l'introduction du livre How Big Things Get Done, on se serait au moins... on aurait, minimalement, réalisé que, OK,
ici, là, on n'est pas en train de juste faire une épicerie, là, on n'est pas en
train de faire quelque chose de simple, là, on est en train de faire quelque
chose de complexe. Et donc, un instant, monsieur,
on doit s'asseoir, et réfléchir, et comprendre c'est quoi, les étapes pour
arriver à la réalisation de ce projet de loi là.
Nous, au
Parti libéral du Québec, on est pour un projet de loi constitutionnelle. Notre
cher collègue, malheureusement décédé, M. Benoît Pelletier, en a
parlé en long et en large. Et, justement, dans ce que M. Pelletier disait,
une des choses qu'il soulignait à gros
traits, c'est l'importance de s'assurer d'avoir fait le tour, d'avoir été
capable de rencontrer les leaders des communautés autochtones, de
pouvoir parler avec toutes les communautés présentes au Québec. On doit
protéger les minorités pour s'assurer que,
justement, on puisse faire de la Constitution du Québec un véhicule
d'émancipation pour tous. Il me semble que ça, ça aurait été le réflexe
de base, mais ce n'est pas ça qu'on a fait, M. le Président.
• (17 h 30) •
Il y a eu quelques collègues, là, du ministre de
la Justice, et lui-même, qui se sont assis à une table, j'ose croire, et qui
ont pris le temps d'écrire ce projet de loi là, là. Je ne dis pas que ça a été
écrit sur le coin d'une table, l'image est forte, là, mais ce que je veux dire,
c'est que le projet de loi ici a été fait en silo, totalement l'inverse de ce
qui doit être fait. Puis c'est ça qu'il y a
de triste dans ça, parce que, quand on décide de se lancer en affaires puis de
faire un gros projet puis qu'on oublie de comprendre toutes les
variables qui peuvent affecter notre projet commercial, bien, on va faire faillite. Bien, ici, on a oublié. Dans le
projet de constitution du Québec, et non imposé sur le Québec, quand on a
décidé d'aller de l'avant avec ça, bien, on n'a pas pensé aux ramifications. Et
donc ce qui va arriver, c'est que ça ne va pas fonctionner, il va y
avoir contestation, on va frapper un mur, M. le Président.
Alors, c'est important, je pense qu'il y a des
statistiques qui sont sorties, justement, je pense que c'était ce matin, dans
un des points de presse, il y a eu plus de 800 groupes qui s'opposent au
projet de loi constitutionnelle sur le
Québec du ministre de la Justice. On peut en ajouter un : je peux vous
dire que le projet de loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec de la CAQ
n'est pas quelque chose que le Parti libéral du Québec va appuyer. On est donc
801 groupes. Bien, 800 groupes, M. le Président, là, ce n'est
pas n'importe quoi.
Vous savez, quand on... quand on agit de la
sorte, ça laisse des traces, on l'a vu dans d'autres dossiers économiquement importants,
là, du gouvernement de la CAQ où ils ont agi de la même façon, c'est-à-dire
sans consultation, puis ils ont été de l'avant. Puis, malheureusement, ce que
ça a donné... ça a donné des échecs. Puis on n'ira pas faire la liste au grand
complet encore, là, parce que ça devient redondant, mais le point ultime, c'est
qu'il y a eu du gaspillage des ressources
financières du Québec parce qu'on a fait une mauvaise planification de projets
économiques.
Là, ici, on
est à un autre niveau où les ramifications vont être sur le très long terme.
Imaginez-vous si... par exemple, les gens des Premières Nations, pour
eux, là, ça, c'est une fin totale de non-recevoir, ce projet de loi là imposé
sur le Québec. Puis je vais... je reviens, là, sur ce fait-là, là : pas du
Québec, mais imposé sur le Québec de la part de la CAQ. Les gens des Premières
Nations, là, c'est... pour eux autres, c'est une fin de non-recevoir. Qu'est-ce
que vous pensez que ça va vouloir faire? Comment pensez-vous que ça va se
traduire? Bien, ça va se traduire dans des refus de vouloir coopérer. Ça va se
traduire dans des refus d'investissement. Ça va être une réduction de
«partnerships», il va y avoir moins de partenariats. Ils se sentent,
évidemment, exclus du processus. Comment peut-on, de nation à nation, faire ça à des gens avec lesquels on veut être partenaires
pour le développement économique du Québec? En agissant de la sorte, le
gouvernement se tire dans les pieds.
Donc, les ramifications à long terme, je vous
donne un exemple... Je n'ai pas d'exemple spécifique, ce que ça veut dire dans un... dans un projet très détaillé,
mais on vient de créer un mauvais climat d'affaires, on vient de créer un mauvais
climat de confiance. Puis, vous savez, nos collègues de la communauté anglophone,
au Québec, considèrent que cette loi-là
n'est pas inclusive pour eux, puis ils sont des citoyens québécois à part
entière. Je comprends que, du point de
vue de la CAQ, ce n'est peut-être pas la même perception, mais du point de vue
des Nations unies, quand ils regardent la façon que le
gouvernement actuel a décidé de mettre en place ce projet de loi là sur...
constitutionnel sur le Québec, bien, du point de vue... du point de vue des Nations
unies, la lecture qu'ils font, ils trouvent que c'est une déviation du droit,
des droits des personnes. Vous savez, quand il y a des entités qui ne pourront
plus pouvoir utiliser leur droit de riposter contre des mauvaises lois, parce
que maintenant c'est inscrit dans la Constitution sur le Québec de la CAQ,
bien, ces gens-là vont se retrouver avec moins de droits.
Alors, c'est clair que le monde nous regarde
actuellement, la planète dans son ensemble regarde comment on gère les droits
des minorités, comment on gère les droits des groupes qui veulent s'opposer. On
est en train de dévier de la trajectoire que
nos parents et grands-parents... ont envoyé le Québec. Et là, maintenant, on
est en train de se rendre encore plus obtus par rapport à l'ouverture
vers l'autre. Pour moi, c'est un enjeu majeur. On est en train de rigidifier
énormément toutes les possibilités de contestations juridiques. C'est un enjeu,
ça, M. le Président. C'est un enjeu, parce que, si ça veut dire qu'on va être
contre certains groupes, contre certains droits et puis que, là, ces
personnes-là, du jour au lendemain, donc, ne peuvent plus s'exprimer, bien,
c'est le début d'un engrenage, M. le Président. On doit absolument considérer
les risques que ça va faire sur le climat social du Québec, parce que les
risques sur le climat social du Québec auront des
conséquences sur le climat économique du Québec. On attaque ici directement les
principes mêmes de la fondation du Québec, de notre démocratie.
Donc, en ce qui me
concerne, l'enjeu principal de n'avoir pas été capables de s'asseoir et
d'écouter plusieurs groupes de la société civile pour leur... écouter leurs
doléances, à savoir qu'est-ce qu'il en était... d'avoir pris le temps de les écouter pour faire en sorte qu'ils puissent
participer, d'avoir eu leur accord d'aller de l'avant, ça, c'est les conditions
gagnantes pour faire en sorte que la Loi constitutionnelle du Québec aurait pu
être facilement acceptable. Mais non, on a
fait une loi constitutionnelle sur le Québec. Ça veut tout dire, M. le
Président, la façon que le titre du projet de loi a été écrit. Ça veut
dire qu'on veut l'imposer.
Puis,
pour moi, c'est très problématique parce qu'à long terme on a des enjeux
macroéconomiques extrêmement significatifs puis on a de besoin d'avoir,
minimalement, le gouvernement de notre bord, qui comprend c'est quoi, les
choses à faire pour améliorer le climat d'affaires. À la base, là, on doit
avoir, bon, plus épicuriennement parlant, en économie... on doit avoir moins de
réglementation, une fiscalité plus optimale, toutes les choses qu'on qu'on dit dans le quotidien. Mais là, ici, on est
vraiment dans quelque chose encore plus important. C'est la Constitution du
Québec. On doit avoir un climat social où on respecte chaque Québécois et Québécoises,
M. le Président.
Puis avec ce projet
de loi là, définitivement, on met un peu de sable dans l'engrenage, et ça va
mal aller. Et donc il ne faudra pas être surpris si plus tard, lorsqu'il y
aurait des projets d'investissement où certaines communautés au Québec qui
vivent ici, actuellement, ne se sentent pas dans leur droit, bien, ils vont se
sentir un peu lésés, ils ne voudront peut-être pas prendre le risque, parce
qu'ils se disent : Peut-être que je ne pourrai pas le contester, si jamais
ça ne va pas de mon bord. Donc, c'est tout ça, M. le Président.
Puis, vous savez, on
peut en arriver à se dire : Correct, si, supposons, que j'ai ce
risque-là... Il y en a, des gens qui vont dire : Je suis prêt à vivre avec
ce risque additionnel là. Qu'est-ce qu'ils vont faire? Bien, ils vont le
rentrer dans leur équation, ils vont mettre
un prix à ce risque-là, ils vont l'ajouter au coût de faire affaire au Québec.
Ils vont donc faire en sorte que ça va être plus onéreux, plus dispendieux,
plus complexe de faire affaire au Québec.
Puis je reviens à la
base. Pourquoi? Parce qu'on n'a pas consulté, parce qu'on ne s'est pas assis à
table avec toute la population. On n'a pas été capables d'aller chercher leur
acceptabilité sociale. M. le Président, là, 800 groupes qui s'obstinent
contre le gouvernement... Il fait l'unanimité contre lui, actuellement, ce
projet de loi là.
• (17 h 40) •
Donc, on s'entend sur
une affaire, ici, M. le Président, ça, ce n'est pas l'environnement propice
pour faire croître l'économie du Québec. Le climat social, c'est la base. À
partir de là vient, évidemment, un besoin d'avoir un gouvernement qui est
ouvert au développement économique, respectueux de tous et chacun, mais les
ordres viennent de la superloi, les façons d'agir, la mentalité viennent de la
superloi. C'est à partir de ce point de référence là, c'est à partir de cet
ancrage-là que les décideurs, que les donneurs d'ordres vont s'investir dans
l'économie québécoise.
Puis supposons que ce
n'est pas tout à fait représentatif de leurs valeurs ou représentatif des
valeurs d'une juridiction juste à côté de la
nôtre, où le climat social et le climat d'affaires est plus propice à
l'investissement, qu'est-ce que vous pensez qu'il va se passer, M. le
Président? Les gens vont déménager, vont aller vivre ailleurs, vont faire autre
chose, vont investir... ne prendront pas ce risque-là.
Vous savez, supposons
que le gouvernement futur, un gouvernement XYZ, décide de mettre en place une
loi qui bafoue des droits des citoyens, d'un certain groupe de citoyens, puis
que, là, maintenant, cette loi qui est imposée sur le Québec, dois-je le dire
encore une fois, fait en sorte que ces gens-là ne peuvent plus s'exprimer, on
perd cette capacité-là d'attirer des gens. On va perdre ces gens-là. Ces gens-là
vont se tourner de bord puis aller vivre ailleurs.
L'enjeu principal,
c'est qu'on n'a pas les moyens, au Québec, de faire les snobs avec l'argent,
avec l'investissement étranger, avec ce qui est considéré comme important pour
des prises de décision. On n'a pas les moyens de faire ça. Puis savez-vous
pourquoi, M. le Président? Parce que, justement, on a un enjeu démographique
significatif. L'Alberta va améliorer ou augmenter sa population, dans les
prochaines années, de 2,5 millions d'habitants. Ils vont être rendus à
7,7... 7,6 millions d'habitants. Au Québec, on n'aura pas bougé, M. le
Président.
Donc, on se doit
d'attirer du capital, que ce soit domestique ou étranger, qui vient ici, qui
décide de s'installer ici pour
compétitionner, pour améliorer notre productivité. On parle d'engagement à
très, très, très long terme. Qu'est-ce que vous pensez qui arrive, quand
on arrive pour prendre ces décisions-là : Je vais aller m'investir au
Québec, là, pour 20 ans? On va regarder
quelles sont les ramifications du climat d'affaires, quelles sont les
ramifications du climat social, en quoi est-ce que ça, ça va influencer
positivement ou négativement mon entreprise.
Donc,
le gouvernement, actuellement, ne comprend pas l'enjeu démographique. Le
gouvernement, actuellement, met en place ce projet de loi n° 1,
loi n° 1 sur la Constitution de 2025 sur le Québec, sans
penser aux conséquences à long terme
que ça va avoir pour vos enfants, mes enfants, nos petits-enfants et les
petits-enfants de tout le monde. Les ramifications vont être une réduction du
climat social, une réduction du climat d'affaires, une baisse des investissements,
une continuité d'avoir zéro gain de
productivité, comme c'est le cas avec la CAQ depuis les dernières années.
Malheureusement, M. le Président, on va perdre du terrain, puis c'est triste
pour les prochaines générations. Donc, nous, on est contre, évidemment, ce
projet de loi là. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Marguerite-Bourgeoys. Nous
poursuivons ce débat, et, cette fois-ci, avec Mme la cheffe du deuxième
groupe d'opposition.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Merci, M. le
Président. Alors, à mon tour aussi, comme cheffe de Québec solidaire, de me
prononcer sur le projet de loi n° 1, le principe, sur une constitution.
Vous savez, M. le Président, une constitution devrait
normalement servir à rassembler le peuple québécois derrière un texte qui soit fondateur
d'une nation. Souvent, on a dit qu'une
constitution, c'est le miroir d'un peuple. Donc, pour que le peuple puisse se
voir dans ce miroir-là, c'est important qu'il participe à sa rédaction,
à son élaboration, aux débats, aux réflexions qui amènent ce texte fondateur de
n'importe quelle nation, comme ça se fait ailleurs dans le monde.
Malheureusement, le ministre de la Justice a
réussi un exploit extraordinaire, il a réussi à rassembler les Québécois,
rassembler tout le monde, presque littéralement, contre sa constitution, parce
que cette constitution-là, le projet de loi n° 1, ce n'est pas la
Constitution du peuple québécois, ce n'est pas la Constitution de la nation
québécoise, c'est la Constitution du ministre de la Justice, malheureusement,
du gouvernement de la CAQ. Il a réussi à mettre tout le monde contre lui. Et là
je ne parle pas uniquement des oppositions, mais aussi, aujourd'hui, on l'a vu,
800 groupes, 800 groupes de la société civile. Ça, c'est beaucoup.
Ça, c'est des milliers et des milliers de personnes qui demandent de jeter le
projet de constitution aux poubelles. C'est exactement les termes que ces
groupes-là ont choisi d'utiliser. C'est vraiment extrêmement
dommage qu'on en soit là. Surtout, comme je vous dis, M. le Président, c'est
une occasion ratée de rassembler les Québécois derrière ce texte fondateur. Ça
aurait dû être un moment de fête comme ça se fait ailleurs, où est-ce que... on
a vu, ailleurs, des Constitutions, et c'est des... c'est aussi des moments qui
sont fêtés, après ça, au travers des générations, pour dire que c'est une
constitution qui appartient au peuple. Et malheureusement, ce n'est pas du tout
ce dont on... affaire ici, dans ce projet de loi du ministre de la Justice.
Nous, évidemment, dès le dépôt, quand le
gouvernement de la CAQ nous a sorti ça un peu de son chapeau... n'importe quel
moment, alors que ça ne faisait même pas partie d'une promesse électorale, ce
n'était même pas dans les discussions, ce n'était pas dans les cartons. La
raison, s'il faut trouver une raison, c'étaient les sondages. Les sondages
étaient au plus bas, et là le premier ministre a demandé, peut-être, à ses
ministres de fouiller dans leurs tiroirs pour
voir s'il y avait quelque chose qui pourrait le sauver puis sauver son
gouvernement. Et on a le ministre de la Justice, qui est très, très fort à avoir beaucoup, beaucoup de projets en cours
puis... il a dit : Tiens, j'ai une constitution que j'ai écrite dans mon bureau, j'aimerais ça qu'on puisse
l'adopter. Enfin, c'était un jour très heureux pour lui, le moment du dépôt,
mais pas du tout pour le peuple québécois.
Dès le départ, même son dépôt a été bloqué par
les partis d'opposition, d'une voix unanime. Les trois leaders des trois partis
d'opposition se sont levés comme un seul homme, comme une seule femme, pour
dire : Non, on bloque le dépôt. Évidemment, ce gouvernement a la majorité,
donc le dépôt a été appuyé, évidemment, à cause de la majorité de la Chambre. Et nous, on a été les premiers et
très, très rapidement, à Québec solidaire... Je suis heureuse de voir que d'autres
se sont joints à nous, notamment le Parti libéral du Québec, un peu plus tard,
mais nous, dès le début, on s'est levés et
on a dit : C'est dangereux, cette loi-là, on ne veut pas qu'elle voie le
jour, on ne veut pas que cette constitution soit adoptée, donc nous
allons tout faire, tout faire en notre pouvoir pour la bloquer. La bloquer, ça
ne veut pas dire ne pas faire notre travail, au contraire. C'est faire le
travail pour lequel nous sommes payés, c'est faire le travail pour lequel les
électeurs, les citoyens et citoyennes nous ont élus pour nous assurer de
protéger l'État de droit.
Il y a tellement, tellement de choses qui sont
inacceptables dans cette constitution. Il y en a qui pourraient être bonnes,
là, je ne suis pas en train de dire que c'est 100 %, mais ce qui est
négatif, c'est tellement fort, c'est tellement important pour notre démocratie,
pour notre État de droit, même aussi pour les droits des femmes, que c'était
hors de question qu'on laisse passer ça comme lettre à la poste. Donc, c'est
pour ça... À l'époque, je me rappelle, on était seuls. J'avais même écrit une lettre au chef du Parti libéral du Québec,
Charles Milliard, j'ai écrit une lettre aussi pour... c'était la même
lettre aussi pour le chef du Parti québécois, je n'ai eu aucune réponse, où
j'ai demandé à ce qu'on participe ensemble à
bloquer cette constitution, à faire notre travail parlementaire, celui pour
lequel nous sommes élus, pour que jamais cette loi-là ne soit adoptée,
qu'elle ne voit le jour, jamais.
Et nous avons fait ce travail-là, avec mon
collègue le député de Maurice-Richard, tous les députés aussi de Québec solidaire. On a fait ce travail-là et on a
été à l'écoute de la société civile, à commencer par des gens qui ne prennent
pas position ou qui ne prennent pas la parole comme ça, à la légère, le Barreau
du Québec. Je comprends que le ministre de la Justice est en guerre avec tout
le monde, il est en guerre aussi avec le Barreau du Québec, c'est sa
spécialité. Maintenant, on le connaît.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui, merci.
Est-ce que vous me reconnaissez? Oui. Bien, la députée prête des intentions,
actuellement. Je demanderais qu'elle parle avec prudence.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Je vais demander à Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition de poursuivre.
Donc, évidemment, le débat se fait correctement. Nous allons poursuivre de
manière respectueuse.
• (17 h 50) •
Mme Ghazal : Tout à fait, M. le
Président. Je vais faire mon travail, celui pour lequel je suis élue comme législatrice, pour dire les choses telles qu'elles
sont. Le ministre de la Justice... et peut-être le mot «guerre» est trop fort
puis a déplu à... de l'autre côté de la Chambre, mais je veux dire qu'il est en
chicane. Je veux dire, ça, c'est un fait, là. C'est
écrit partout, on le voit, c'est un fait. On ne peut pas le contester. Donc, en
plus de ça, donc, on a fait ce travail-là, puis on va continuer à le faire, puis on va mettre toute l'énergie que
vous nous avez vu mettre pour bloquer cette constitution jusqu'à la fin,
jusqu'à l'élection.
Si le gouvernement croit à sa constitution,
bien, qu'il la retire maintenant, puisqu'il a mis tout le monde contre cette
constitution, puis qu'il aille en élection. S'il croit que c'est le meilleur
texte du monde, qu'il aille en élection, qu'il la présente au peuple, et la
population va voter et va décider en toute connaissance de cause, au lieu de
sortir quelque chose pour sauver le gouvernement, quelque
chose de très important, de très fondamental. Ce n'est pas une loi banale. C'est même le gouvernement et le
ministre de la Justice lui-même qui dit : Ce n'est pas une loi banane,
c'est la... banale, c'est la loi des lois, et donc il faudrait la
traiter de la même façon.
Aujourd'hui, il y a une pétition que mon
collègue de Maurice-Richard a déposée, une pétition de
l'Assemblée nationale qui demande exactement ce que les 800 groupes
demandent, c'est-à-dire de retirer cette loi-là, de la retirer dès maintenant.
Et donc je le sais... je ne sais pas si le chef du Parti libéral a signé cette
pétition, parce qu'il a demandé exactement la même chose, il y a une semaine ou
deux, ce que nous, on demandait depuis très longtemps, et ce que le
Québécois... 14 000 personnes, quand même, qui se sont exprimées,
pour demander que cette loi-là, ce projet de loi là soit retiré.
Pourquoi est-ce que c'est si important pour nous
de nous opposer à cette loi? Puis pourquoi est-ce qu'on dit qu'elle menace
aussi l'État de droit? Parce qu'une constitution, ce n'est pas un texte qui
doit être écrit dans le bureau d'un ministre pour se faire plaisir à lui-même
et à son gouvernement. Ce n'est pas un document qui sert à un gouvernement de
se sortir la tête de l'eau puis de monter dans les sondages. Ce n'est pas à ça
que sert une constitution. Dans tous les peuples du monde où il existe... dans
les pays indépendants où il existe une constitution, c'est un texte qui doit
être le reflet de la population, du peuple. Donc, ce n'est pas une loi
ordinaire. Normalement, c'est un texte fondamental qui doit refléter les
valeurs, les droits, les aspirations d'un peuple. Et, pour être légitime, une
constitution doit naître aussi d'un processus qui soit le plus large possible,
le plus ouvert, le plus participatif.
Je me rappelle très bien, même au début, à force
de se faire dire non dans toutes les propositions qu'on mettait de l'avant pour
le gouvernement, pour faire un bon processus... À la limite, il aurait pu faire
une consultation beaucoup plus large. Ça a été fait pour d'autres projets de
loi, notamment la loi de la charte... la charte des valeurs du Parti québécois,
à l'époque où c'était porté par l'actuel aspirant premier ministre de la CAQ.
Il a ouvert les portes de l'Assemblée nationale à tout le monde.
Pourquoi, si on l'a fait pour la charte des valeurs, qui, Dieu merci, n'a pas
été adoptée, pourquoi est-ce qu'on n'aurait pas pu le faire aussi pour une
constitution? Ce n'est pas l'idéal, ce n'est pas ça qu'on veut, une
constitution, ça doit être beaucoup plus large, mais, à la limite, on aurait pu
ouvrir les portes à tout le monde. C'est
vrai qu'il y a eu beaucoup de groupes, beaucoup plus que, par exemple, les
autres projets de loi, mais ça a été quand même sur une invitation.
Un autre processus qui aurait pu être mis de
l'avant, c'est de faire une commission itinérante, qu'on aille à l'extérieur
des murs de l'Assemblée, qui, parfois, par exemple, pour des simples citoyens,
ça pourrait être... Même si c'est la maison du peuple, on veut que les citoyens
viennent. Des fois, cet exercice de venir se présenter dans une commission, ça peut être un moment un peu plus
intimidant. Donc, allons là où le peuple se trouve, allons faire une commission
itinérante. On aurait pu faire ça. C'est quelque chose qu'on a proposé en toute
bonne foi, et malheureusement, ça a été refusé, alors qu'on l'a fait pour
d'autres lois qui ne sont pas d'une importance aussi fondamentale, aussi
capitale qu'une constitution. Et malheureusement, ça a été refusé. Donc, tout
ce qui s'agit de consultation la plus démocratique, la plus ouverte, la plus
participative, ça a été totalement refusé par le gouvernement. Donc... Et, son
contenu, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, parce que ça remet l'État
de droit en question. Ça brime la liberté d'association, la liberté d'expression, ça brime beaucoup trop de droits
fondamentaux, ça hiérarchise aussi les droits entre les différents droits qui sont dans... qui nous gouvernent, qui sont dans
notre Charte des droits et libertés. Il y a une hiérarchisation. Donc, il y a
beaucoup, beaucoup de choses qui sont dans cette constitution qui sont
dangereuses et extrêmement inquiétantes, si ce projet de loi est adopté, mais il y a aussi... dans la forme, dans la
façon que les consultations ont été menées, ça ne fonctionne pas.
Moi, sincèrement, je ne comprends pas. Si on est
fiers, si le ministre, puis ce gouvernement-là, est si fier de sa constitution,
est si fier de cette loi des lois, normalement, il devrait être fier d'aller la
présenter à la population, de la présenter,
de l'expliquer, d'en débattre, de la changer. Il l'a fait ici, comme pour
n'importe quelle loi banale, à l'Assemblée nationale, dans une
constitution, à écouter des groupes, plus ou moins. On a vu aussi qu'est-ce que
ça a causé, quand même, comme façon de faire
pour les représentants des Premières
Nations. Il y en a qui n'ont pas pu
rentrer. On aurait pu aller les voir
aussi sur leur territoire, par respect. On n'est plus en 1950, là. On n'est
plus en 1826, on est en 2026. Quand on parle d'avoir des relations de
nation à nation, ce n'est pas : Heille! les Premières Nations, venez à
l'Assemblée nationale comme n'importe quel
groupe puis venez nous dire ce que vous pensez pendant 10 minutes. Ça a
été exactement ça qui a été fait. C'est vraiment une occasion ratée
d'avoir un moment rassembleur pour toute notre population, pour toute notre
nation, dans toute sa diversité. Et j'en veux au gouvernement d'avoir fait ça. Donc,
j'espère... Et je vous le dis, on va tout
mettre, tout mettre en oeuvre pour ne pas que cette loi-là soit adoptée. On va
faire le travail que nous avons à faire. Et je suis contente que les
autres partis politiques aussi, au moins le Parti libéral du Québec, embarquent
aussi fortement que nous l'avons fait dès le jour 1 du dépôt de cette
constitution.
Il y a beaucoup de choses, je regarde mon texte,
il y a beaucoup de choses que j'ai déjà dites. Moi, ce qui m'étonne, pour un
gouvernement qui se dit puis un parti politique qui se dit nationaliste, c'est
le manque d'ambition nationale. La CAQ parle tout le temps d'affirmation
nationale, mais son projet reste quand même enfermé dans une logique provincialiste à l'intérieur du cadre
canadien. Malgré son titre pompeux, une constitution ou la loi des lois, bien,
la réalité, elle est là, ça reste quand même entièrement une constitution
soumise à la Constitution canadienne. C'est la vérité. C'est la stricte vérité. C'est exactement ce que le ministre de
la Justice, qui se dit nationaliste... c'est exactement ce qu'il fait.
Il nous propose un texte qui est enfermé dans le cadre canadien. Donc, il n'y aurait
pas aucun changement de rapport de force avec le cadre canadien actuel.
On nous parle d'autonomie constitutionnelle,
mais on ne récupère aucun pouvoir, hein? On a vu l'échec de la CAQ demande
après demande. Donc, le gouvernement a arrêté de demander tellement ça devenait
gênant. Et c'est échec après échec pour les
demandes que ce gouvernement-là fait pour plus d'autonomie pour le Québec.
Donc, on ne protège même pas réellement les
compétences du Québec avec cette constitution. On ne le fait pas en matière
d'immigration, en matière de pouvoir de dépenser, et on continue. Comme on dit
en bon anglais, c'est «business as usual». Si cette... par malchance, puis ça
n'arrivera pas, on va faire tout ce qu'il faut pour que ça n'arrive pas, si
cette constitution est adoptée, bien, le lendemain, ça va être statu quo par
rapport au cadre canadien actuel, parce qu'on sera toujours soumis à la
Constitution que personne, ici, n'a jamais signée. Même le Parti libéral ne
veut pas la signer, cette constitution canadienne. On restera toujours soumis
au cadre canadien.
Donc, pour
nous, à Québec solidaire, une vraie constitution, celle du peuple, ça
devrait rassembler la population, et la façon qu'on le ferait, c'est par une
assemblée qui ne soit pas l'Assemblée nationale, mais une assemblée qui
soit la plus représentative de la population dans toute sa diversité, ce qu'on
appelle une assemblée constituante. Et il y a eu des exercices, à travers le monde, où ça a été fait. Ce grand exercice
démocratique, on devrait s'en inspirer et même créer quelque chose qui
appartient... qui nous ressemble, comme assemblée constituante. Donc, si le
Québec doit se doter d'une constitution,
pour nous, à Québec solidaire, notre proposition est forte, c'est de le faire
dans le cadre d'une démarche démocratique où la population va réellement
décider de son avenir politique. Une constitution écrite à huis clos pour une province, ça n'a pas la même portée qu'une
constitution écrite par le peuple, qui décide lui-même de son destin, et ce
qu'on a devant nous, c'est loin, loin d'être
une constitution qui permet à la nation québécoise de décider de son destin,
c'est... bien au contraire.
• (18 heures) •
Donc, pour nous, et ça fait très longtemps,
hein, que cette idée-là, on la met de l'avant, depuis notre fondation, c'est
d'avoir une assemblée constituante démocratique. S'il y a une chose qui est
positive dans le débat, qui nous a été amené
de façon surprenante, et sans débat démocratique, par la CAQ, c'est qu'on parle
maintenant de constitution, alors que nous, à Québec solidaire, nous en parlons
depuis la fondation de notre parti parce qu'on croit réellement à la démocratie.
Donc, une assemblée constituante qui est une assemblée du peuple, élue ou
composée de citoyens qui représentent la diversité, avec la diversité dans
toutes ses composantes de la population, avec un mandat clair, avec une
consultation nationale, et c'est ça, un vrai
processus pour une constitution. Et évidemment, Québec solidaire, comme parti
indépendantiste, nous ne voulons pas, après ça, rester dans le cadre canadien
actuel. Nous voulons que ce soit une constitution d'un Québec
indépendant comme tous les autres peuples et nations normales dans le monde.
Je veux quand même revenir sur un point très
important. Le ministre peut se targuer, après... puis les 800... parmi les gens qui ont... font partie des 800 groupes
l'ont dit... peut se targuer : Bien, j'ai été à l'écoute et j'ai décidé,
finalement, de ma position de ministre de la Justice, de protéger les
droits des femmes, et je vous ai entendus, j'enlève l'infâme article 29 qui menaçait le droit à
l'avortement des femmes. Donc, le ministre peut dire, et c'est ce qu'il
dit : Bien, je vous ai écoutés, donc, j'ai enlevé cet article-là,
la Constitution, elle est bonne, on devrait aller de l'avant et l'adopter.
Premièrement,
M. le Président, le ministre nous a fait perdre beaucoup de temps, aux groupes
de femmes, énormément de temps, un
temps précieux, parce que des combats pour les droits des femmes, pour
l'égalité entre les femmes et les hommes, qui est supposée être une
valeur importante pour le gouvernement, selon ses dires, donc une... d'avoir
une constitution ou un... le droit à l'avortement, de dire que, ah, finalement,
je l'enlève, j'ai écouté la population... bien, ça nous a fait perdre un temps précieux pour nous battre
réellement pour tous les enjeux qui sont très... qui sont face à nous pour les
droits des femmes, qu'on parle des
féminicides, qu'on parle pour l'égalité aussi dans les salaires pour les
femmes, il y a... pour les politiques familiales.
Il y a tellement d'enjeux. Le discours
masculiniste qu'on voit, aujourd'hui, dans nos écoles, qui prend de plus en plus de place avec la montée de la droite, de
l'extrême droite à travers le monde, et la montée des discours masculinistes
qui nous viennent des États-Unis... Il y a
tellement de choses qu'on peut faire pour l'égalité entre les femmes et les
hommes. Pendant ce temps-là, on a perdu un temps précieux, une deuxième
fois, après la ministre... l'ancienne ministre de la Condition féminine. Et
donc ce n'est pas une avancée.
Après avoir retiré cet article-là, face à la
mobilisation et au tollé qui a été amené, avec raison, et auquel j'ai participé, auquel Québec solidaire, on a
participé, avec la société civile, bien, le fait de l'avoir enlevé, ça ne nous
a pas fait... enlever l'article 29 dans la Constitution, ça n'a pas
fait avancer le droit des femmes d'un seul centimètre. Tout ce que ça a fait,
c'est le statu quo et une perte de temps et d'énergie qu'on aurait pu mettre
pour des sujets beaucoup plus importants.
Donc, le fait de l'avoir enlevé... Même, on se demande, puis il y en a beaucoup
qui se le demandent, si ce n'était pas fait exprès de l'avoir mis, après
ça, pour dire : Bien, vous voyez, j'écoute. Sans prêter d'intentions, ça
ressemblait à ça. Et, moi, ça m'a mise énormément en colère, tout ce temps
perdu avec cet article-là.
Donc, non, ça ne fait pas en sorte que c'est une
constitution plus acceptable, parce qu'elle remet en question notre démocratie. Elle remet en question l'État de
droit. Et, de la même façon qu'on a gagné le retrait de l'article 29 pour
l'avortement, nous allons tout faire et tout mettre en oeuvre, forts, avec la
société civile qui est mobilisée, pour... tout mettre en oeuvre pour que cette
constitution ne voie jamais le jour. Merci, M. le Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la cheffe du
deuxième groupe d'opposition. Et, cette fois-ci, je reconnais Mme la
députée de Jeanne-Mance—Viger.
Mme Filomena Rotiroti
Mme Rotiroti : Merci, M. le Président. L'histoire nous enseigne
la patience et la rigueur. L'adoption de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec illustre
parfaitement ce qui devrait être une démarche constitutionnelle sérieuse. En 1967, que le gouvernement de Daniel
Johnson père met sur pied la commission Prévost sur l'administration de
la justice, dont le rapport de 1968 préconise déjà l'adoption d'une charte des
droits. Au début des années 1970, tous les partis représentés
à l'Assemblée nationale s'entendent sur la nécessité d'un tel texte, rare
consensus politique qu'il convient de souligner. En 1971, le premier ministre
Robert Bourassa mandate Frank Scott et le juriste Paul Crépeau pour en rédiger une ébauche. Leur rapport
recommande l'affirmation des droits civils, politiques, judiciaires, culturels
et sociaux de l'ensemble des personnes sous juridiction québécoise.
La société civile
s'empare, elle aussi, du débat. En 1973, la ligue des droits de l'homme publie
son propre projet de charte, largement relayée dans les journaux. C'est
finalement le 29 octobre 1974 que le ministre de la Justice Jérôme Choquette dépose le projet de loi n° 50 à
l'Assemblée nationale. Après des mois de commissions parlementaires et
des débats substantiels, ce projet est adopté à l'unanimité le 27 juin
1975 et a acquéri le statut de loi fondamentale primant sur toutes les autres
législations. Près de huit ans se sont... se sont écoulés entre les premières
consultations et l'adoption finale. Vous
avez bien compris, M. le Président, huit ans, huit ans. Ça, c'est un processus
rigoureux et efficace. C'est la
marque d'un projet qui appartient véritablement à toute une société et non à un
seul gouvernement — ou
ministre, dans ce cas-ci — pressé de laisser son empreinte, car,
dans les démocraties, les constitutions ressemblent aux peuples qui se les sont
données, leurs valeurs, leurs caractéristiques, leurs aspirations.
On ne peut pas bâtir
en accéléré ce qui est censé traverser les générations. Il est regrettable que
la CAQ ait choisi de faire de ce projet de
société un enjeu partisan, alors qu'il aurait dû rassembler l'ensemble des
Québécois. Le ministre responsable des Relations canadiennes avait une
occasion historique de s'inscrire dans la mémoire collective comme le père d'une véritable constitution québécoise.
Il a plutôt livré un texte qui reflète les couleurs de son parti plutôt que
celles de toute une nation. Cette
situation aurait pu être évitée. En s'entourant d'un comité d'experts et en
menant une consultation sérieuse, le ministre aurait pu identifier et
corriger les failles importantes de son projet de loi. Il a plutôt opté pour
une démarche expéditive, rédigée en vase clos, loin de toute transparence.
Rappelons que le
ministre s'opposait initialement à la tenue des consultations générales.
Imaginez, on voulait faire une constitution qui appartient à tous les Québécois,
mais on voulait faire ça en consultations particulières, on ne voulait pas
l'ouvrir. C'est sous la pression de l'opposition qu'il a finalement accepté
d'entendre la population, pour ensuite n'accorder que 30 minutes par
groupe, M. le Président. Normalement, on a à peu près 45 minutes pour
écouter les groupes. On a eu 30 minutes
pour que les groupes viennent à Québec pour s'exprimer sur un enjeu fondamental
comme la constitution, un délai nettement insuffisant pour conférer un
quelconque légitime à ce projet de loi.
Le ministre se défend
en évoquant des consultations informelles et le rapport Rousseau-Proulx, censé
d'avoir sondé des dizaines d'experts. Or, à
la lecture de ce même rapport, on constate que les experts mandatés par le
gouvernement recommandaient eux-mêmes une approche transpartisane fondée
sur la diversité d'avis et une participation active de la société civile, soit
l'exact opposé de la démarche adoptée par le ministre. Des constitutionnalistes
reconnus, comme M. Louis-Philippe Lampron, professeur de la Faculté de
droit de l'Université Laval, disaient ouvertement que ce projet de loi a été rédigé en catimini, et je cite, M. le
Président : «En catimini, avec des consultations ciblées, de manière
extrêmement opaque.»
Il y a une lettre qui
a été publiée dans Le Devoir le 17 février, cosignée par
30 acteurs du communautaire venant de partout à travers le Québec. Le
titre de cette lettre ouverte là : Les consultations pour le projet de
loi 1, c'est un show de boucane. Ils continuent à dire... ils vont jusqu'à parler
de le processus, les préoccupations démocratiques, en écartant un
véritable dialogue social qui limitait drastiquement la parole aux citoyens.
On parle de
l'attitude du ministre en commission parlementaire. Ils ont pris la peine de remarquer
cette attitude, de... rigide, infantilisante et qu'il avait adopté, même, une
posture condescendante envers ceux et celles qui ont pris la peine de venir s'exprimer sur un enjeu aussi
fondamental. On ne peut pas dire, à ce moment-là, que le ministre avait une ouverture puis qu'il était là pour écouter les
préoccupations. Puis, je répète, c'est une constitution qui appartient... qui
devrait appartenir à tous les Québécois, pas une constitution caquiste.
• (18 h 10) •
Au-delà de
l'acceptabilité sociale, il y avait plusieurs lacunes dans ce projet de loi.
Non seulement la CAQ n'a pas fait des consultations transpartisanes en amont,
ce qui fait du projet de loi une constitution caquiste partisane, mais on a
soulevé plusieurs lacunes. Il y avait l'absence de la protection et de la
reconnaissance des droits de la communauté anglophone. Il y a plusieurs groupes
qui ont exprimé que le projet de loi n° 1 était présenté sans consultation
publique préalable et ni mise en place d'une assemblée constituante, les
principales parties prenantes n'ont pas été appelées à contribuer au processus
de rédaction au texte législatif. Les conséquences sont concrètes. L'exclusion
des parties prenantes de la communauté d'expression anglaise lors de la
rédaction initiale du texte signifie que les réalités économiques et sociales propres à la communauté anglophone ne sont pas
adéquatement prises en compte dans le projet de constitution du Québec. Les résultats : les droits de la
communauté d'expression anglaise ne sont ni garantis ni affirmés dans les dispositions contraignantes du projet de
loi. Cette omission, comme le souligne le même mémoire, engendre une incertitude quant à la portée et la protection des
droits des Québécois d'expression anglaise en tant que minorité linguistique.
Amnistie
internationale va dans le même sens. Aucune disposition dans le projet de loi
n° 1 n'accorde des garanties juridiques
à ces derniers. En effet, la seule mention figure dans les considérants,
lesquels demeurent dépourvus de force contraignante. Et l'organisation
rappelle un principe fondamental : les droits collectifs ne doivent en
aucun cas constituer un obstacle à la
jouissance pleine, entière et non discriminatoire des droits individuels et
collectifs des groupes minoritaires de la province du Québec.
Il y a l'Association
des commissions scolaires anglophones, aussi, qui eux, ils disent que le projet
de loi omet toute reconnaissance des droits historiques de la communauté
anglophone, et porte atteinte à la démocratie québécoise, et entraîne des répercussions néfastes pour
l'ensemble du système d'éducation, avec des effets particulièrement graves pour
la communauté d'expression anglaise en situation minoritaire.
D'autres lacunes, on parle de la
limitation de la capacité de contester les lois devant les tribunaux. Il y a
encore... Amnistie internationale est directe : le projet de loi
est un texte anti-droits, il rétrograde la charte québécoise des droits de la
personne en lui imposant des nouvelles limitations, il hiérarchise les droits...
et affaiblissent en le faisant.
Le
Pr Louis-Philippe Lampron, expert en droit, ajoute que l'article 5
vient affaiblir considérablement un des contre-pouvoirs de système législatif,
soit la capacité des groupes minoritaires et marginalisés à évoquer la Charte
des droits et libertés pour les défendre contre les abus du... des... d'un
gouvernement.
L'Institut du Nouveau
Monde nous rappelle un principe de base : la légitimité d'un régime
démocratique repose sur la transparence des
décisions publiques et sur l'équilibre entre les pouvoirs législatif, exécutif
et judiciaire. Le droit de contester constitue, par le fait même, un
pilier essentiel de tout régime démocratique.
Les conséquences des
dispositions sont graves : ça réduit la transparence du débat démocratique,
ça affaiblit les contre-pouvoirs
institutionnels essentiels à l'équilibre démocratique et compromet la
protection des droits fondamentaux, en particulier ceux des groupes
vulnérables et marginalisés.
Le Barreau du Québec
dit que le projet de loi constitutionnelle de 2025 introduit les mécanismes qui
menacent la séparation des pouvoirs, ça... On muselle les contre-pouvoirs, ça
crée une instabilité juridique... et affaiblissent les droits fondamentaux. Ces
changements risquent d'éroder des fondements de notre État de droit et de
compromettre la confiance du public envers nos institutions.
Écoutez,
M. le Président, je vais continuer sur les différentes lacunes qui ont été
manifestées dans ce projet de loi là. Avant d'aller dans l'absence et
la... de la considération des droits des Premières Nations et Inuits, juste
avec qu'est-ce que je viens de vous donner comme exemple, avec les groupes qui
se sont manifestés puis qui disent : Ça n'a aucun bon sens, on avait une belle opportunité ici, M. le Président. Je
comprends que le ministre de la Justice veut laisser son legs, puis il
voulait que la Constitution soit son legs, puis il aurait pu le faire
différemment, il aurait pu aller dans un travail rigoureux, respectueux puis
vraiment avoir l'addition de l'ensemble des Québécois de partout, il a décidé
de faire ça tout seul, en vase clos. Et je ne comprends pas comment mes
collègues de l'autre côté de la Chambre peuvent... peuvent trouver que c'était
la bonne façon de faire les choses.
Comment, comme
législateurs, on peut dire, au moment où est-ce qu'on va museler des gens qui
veulent venir s'exprimer dans la maison du peuple... puis de leur dire :
Bien, écoutez, vous pouvez, mais venez, de toute façon, là, peu importe
qu'est-ce que vous allez dire, moi, ma constitution est déjà écrite? Alors,
bon, faites votre show, dites qu'est-ce que
vous avez à dire, mais, à la fin de la journée, moi, je vais faire qu'est-ce
que je veux en vase clos, à portes closes dans mon bureau. Ça, ce n'est
pas la façon d'avoir l'acceptabilité sociale puis ce n'est pas la façon qu'une
population pourrait adhérer à une constitution qui, dans le fond, devrait leur
appartenir.
Je disais, tout à
l'heure, qu'il y a l'absence totale de la considération des droits des Premières
Nations et Inuits. La seule mention dans le
projet de loi des Premières... des Premiers
Peuples se trouve à la... à trois
places dans le préambule de la Constitution. Il n'y a donc aucune
reconnaissance, dans le texte de la Constitution, des droits des Premiers Peuples.
Malheureusement, les
différents représentants des Premières Nations nous ont tous mentionné qu'il
était déplorable que non seulement ils n'ont
pas été consultés, mais en plus c'est un recul dans les relations avec le
gouvernement. Il faut inclure la Déclaration des Nations unies sur les droits
des peuples autochtones dans la Constitution, surtout qu'à l'Assemblée
nationale... surtout que l'Assemblée nationale a adopté, dans le passé, une
motion unanime pour les reconnaître.
Unanime, ça veut dire que la CAQ a voté pour. L'institution de la recherche sur
le Québec le dit avec éloquence : «La nation québécoise doit
renouer avec ses alliances trop souvent oubliées et les inscrire explicitement dans sa constitution.» Écoutez, M. le Président,
si ça, ce n'est pas assez clair pour vous, là, je ne sais pas comment le dire
pour que ce soit plus clair.
Et,
malgré ça, le ministre continue à s'entêter. M. le Président, une
constitution qui ignore les peuples fondateurs de son territoire n'est
pas une constitution pour tous les Québécois. Toutes les modifications de ce
projet de loi doivent être faites en partenariat avec les Premières Nations.
Écoutez, je pense
qu'en tant que femmes et législateurs ici, à l'Assemblée nationale, on ne peut
pas passer sous silence le retrait sur l'article 29, l'accès à
l'avortement. M. le Président, on a perdu un temps fou, fou. On a semé
l'inquiétude partout pour, à la fin, retirer l'article. Il me semble, M. le
Président, que... Un, on s'est questionnés pour qu'est-ce que cet article-là
faisait là, d'entrée de jeu, de un. Puis, de deux, comment ça se fait que ça a
pris autant de temps pour que le ministre
réalise qu'il n'était pas sur la bonne voie puis qu'il fallait... la seule
chose qui s'imposait, M. le Président, c'était de faire qu'est-ce que le
ministre a fait, c'est de retirer l'article?
Alors,
on pourrait... je pourrais peut-être dire au ministre aujourd'hui : Bon,
bien, on est contents qu'il l'ait retiré. Quant à nous, on aurait pu le
faire d'entrée de jeu et pas susciter cette inquiétude et cette... dans la
société.
Je tiens à être
claire, M. le Président, le Parti libéral du Québec a toujours été favorable au
principe d'une constitution québécoise. Ce n'est pas... aujourd'hui, ce n'est
pas une position opportuniste, c'est une conviction profonde, portée depuis des décennies. Le rapport Gérin-Lajoie en 1967,
le rapport Pelletier en 2001, la Commission-Jeunesse, notre
Commission-Jeunesse au Parti libéral du Québec, en 2019, le rapport
Pratte-Cadet en 2023, à chaque génération le
Parti libéral du Québec a porté cette idée. Alors, quand nous critiquons le
projet de loi, ce n'est pas parce que nous sommes contre une constitution québécoise, puis je veux
que ce soit bien clair, c'est parce que nous croyons qu'elle mérite mieux
que ça. Le Québec mérite mieux que ça.
M. le Président, je
vais conclure en vous disant ceci : Le Parti libéral du Québec croit
profondément à une constitution québécoise, on l'a dit, on l'a porté. Et je le
répète encore ce soir, une constitution, ça ne s'inscrit pas dans le bureau
d'un seul ministre, ça ne se fait pas sur un coin d'une table. Notre
constitution devrait être inclusive, tout le monde devrait pouvoir s'y trouver.
C'est la loi de toutes les lois, c'est le reflet de qui on est, et ça,
qu'une... et ça... excusez-moi,
M. le Président, de ce qu'on valorise et de ce qu'on veut protéger, et ça, ça
ne peut pas appartenir à un seul parti, à une seule formation politique,
ça appartient à tous les Québécois.
• (18 h 20) •
M. le
Président, le Québec que nous voulons, c'est un Québec inclusif, moderne,
confiant et ouvert sur le monde, pas un Québec qui se replie sur lui-même, pas
un Québec qui affaiblit ses contre-pouvoirs, pas un Québec qui réduit la
capacité de ses citoyens les plus vénérables
et se défendent devant les tribunaux. Le Québec mérite une vraie constitution,
une constitution transpartisane, légitime, rédigée avec la population,
pour la population, pas une constitution caquiste. Il n'y a personne qui a demandé pour ça. Le gouvernement doit faire la
seule chose qui s'impose, et c'est de retirer le projet de loi de la
constitution qu'on a devant nous.
Alors, vous comprenez, M. le Président, pour
tous ces argumentaires que je viens de vous faire, pour toutes ces
préoccupations que la société québécoise ont mis de l'avant, qui ont pris la
peine, malgré... malgré que le ministre ne
voulait pas les entendre nécessairement, parce que, pour lui, son idée était
déjà pipée dans l'avance, sa constitution était déjà écrite dans son
bureau, mais, pour tous ces gens-là, vous comprenez que nous, on ne peut pas,
on ne peut pas voter en faveur de cette
constitution parce qu'à la face même une constitution devrait être inclusive,
ne devrait jamais exclure qui que ce soit. Personne ne devrait se
sentir... ou qu'ils ne font pas partie prenante de ce projet de société là. Au
contraire, ils devraient tous se retrouver dans cette constitution-là, ils
devraient tous être capables de dire : Bien, il y a de quoi pour moi
là-dedans, c'est une constitution pour le peuple, faite avec le peuple.
Alors, M. le Président, on est habitués, avec ce
gouvernement-là, de faire les choses à la va-vite. On le voit même dans tous
les projets de loi qui sont soumis en commission parlementaire. J'en fais un où
est-ce qu'il y a eu 122 amendements, 122 amendements, M. le
Président. On est en train de réécrire le projet de loi... le projet de loi en plein vol. Et c'est malheureusement la façon que
notre gouvernement procède, pas juste dans les projets de loi, mais, encore
pire, on parle d'une constitution qui
devrait passer des générations futures, et on a fait ça à la va-vite, comme ça,
et on a choisi, on a choisi de le faire de cette façon-là. Merci, M. le
Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci. Merci, Mme la
députée de Jeanne-Mance—Viger. Nous
poursuivons ce débat, et je reconnais
maintenant M. le leader du deuxième groupe d'opposition et néanmoins député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Guillaume
Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : C'est vrai,
M. le Président. Merci. Merci à vous. Merci aux collègues de l'opposition
officielle. Merci aux autres collègues, aussi, qui prennent la parole
aujourd'hui. Je termine la journée avec vous, là, M. le Président, mais ne vous empêchez pas... je... ne vous en faites
pas, en fait, demain, on continuera. Je sais qu'on a peu de temps ensemble, donc j'avise tout de
suite mes collègues, là, soyez bien au fait, j'aurai quand même la chance de revenir
terminer mon intervention demain. Quand même, je les vois tous enthousiastes,
M. Président.
Par ailleurs, quand même, nommons-le, là, rares,
rares sont les projets de loi qui ont suscité une telle levée de boucliers pour
qu'autant de partis l'opposition viennent ici, à l'étape du principe, prendre
la parole contre ledit projet de loi. Et je regardais ça tout à l'heure, on
entendait ma collègue terminer son intervention, je voyais le titre du projet
de loi et je me disais que même le ministre lui-même avait convenu que son
projet de loi était dépassé, c'est écrit «Loi constitutionnelle de 2025 sur le
Québec», M. le Président, même dans sa décision d'inscrire l'année, parce qu'on
ne fait jamais ça... Dans quel autre projet
de loi est-ce qu'on a une année dans un titre de projet de loi? Jamais. Alors,
le ministre lui-même avait déjà
prédit la fin tragique de son projet de constitution et, voilà, il en a fait
lui-même la démonstration par le titre de son projet de loi.
Alors, on entre dans le vif du sujet, mais,
quand même, M. le Président, aujourd'hui, mobilisation marquée,
800 organismes de la société civile, 800, ont tenu conjointement,
ensemble, par leurs représentants, un point de presse dans lequel, unanimement, ils ont revendiqué le retrait du projet de loi
du gouvernement. Quand même, 800 organismes qui représentent, à eux
seuls, des milliers de citoyens et citoyennes, c'est dans Le Devoir
aujourd'hui, c'est dans plusieurs autres papiers, c'est quand même assez grave,
c'est quand même assez fondamental. Et par ailleurs mon collègue de Maurice-Richard déposait, là, un peu plus tôt, en
période de questions, une pétition. Elle est également signée par des milliers
de citoyens et citoyennes qui demandaient la même chose, le retrait du projet
de constitution.
Alors, quand même, M. le Président, quand
l'ensemble des oppositions, fait rare, quand même, s'unissent pour bloquer ou refuser même le dépôt d'un projet de
loi, quand 800 organismes de la société civile se mobilisent ensemble pour
demander le retrait, quand des milliers de citoyens et citoyennes font la même
chose, difficile de comprendre comment ça se fait qu'on continue d'aller de
l'avant de la partie... de la part de la partie gouvernementale pour ce qui se
voudrait être un acte fondateur, un
document-phare de la société québécoise, un document sur lequel nous devrions
nous entendre collectivement pour fonder une base constitutionnelle de
qui nous sommes, quand, à ce point-là et, manifestement, de manière aussi globale, c'est rejeté, M. le
Président, je comprends mal l'entêtement, je comprends mal pourquoi on continue
d'essayer d'enfoncer ce projet de loi aujourd'hui encore, qu'on y va étape par
étape, c'est particulièrement surprenant.
Une constitution, ce n'est pas un projet de loi
ordinaire, M. le Président. Une constitution, c'est une... c'est la fondation
d'un État, c'est un texte qui définit les principes qui encadrent le pouvoir
politique, c'est le cadre qui protège les
institutions démocratiques et qui garantit que le pouvoir ne peut s'exercer
sans limites. Une constitution, ça appartient à la population, ça doit être le fruit d'un dialogue collectif, d'un
réflexe démocratique profond et d'un processus transparent et transpartisan capable de rassembler la société.
Et c'est précisément pour cette raison que le projet de loi n° 1 pose un problème fondamental, M. le Président, parce que le
texte n'a pas été écrit avec la population. Il a été écrit sans consultation réelle. Il a été écrit sans participation
significative de la société civile en amont. Il a été écrit sans dialogue véritable avec les Premiers Peuples, avec les Premières Nations, et il est manifestement, de manière corollaire, rejeté par l'ensemble
de ces acteurs, ce qui en dit long sur la légitimité démocratique du document.
Il y avait
encore la chance, encore la possibilité, de la part du gouvernement, de faire
mieux. Nous avons soumis des propositions de consultations beaucoup plus
élargies, qui, par ailleurs, incluaient des consultations itinérantes où
on aurait pu, comme parlementaires, de manière transpartisane, aller dans vos
régions, dans nos régions, aux quatre coins du Québec, aller chercher le
consensus, le fondement, les valeurs-phares qui fondent la société telle qu'on
l'est au Québec. Mais, non, cette
proposition-là, cette ouverture-là, qui, par ailleurs, avait été accordée à
plusieurs autres dossiers qui sont
certainement importants, mais certainement pas aussi prédominants qu'un
document d'acte constitutionnel, de constitution... mais, pour la
Constitution, non, ça, ce n'était pas possible. Ce n'était pas possible de
sortir des murs de l'Assemblée. Ce n'était
pas possible d'ouvrir une consultation itinérante. Ce n'était pas possible
d'aller savoir... non plus, de
consulter en amont. Ce n'est pas possible de faire des assemblées constituantes
pour voir ce que la population en pensait. Non, ce n'était pas possible, pas possible, M. le Président, de la part du gouvernement, d'avoir une constitution écrite par et pour la population. C'était plutôt une
constitution, puis on l'a dit, ça a été dit à plusieurs reprises, qui a été
écrite dans le bureau du ministre sans consultation préalable, qui est
présentée en bout de piste, aussi, en bout de piste, après huit ans, de deux
mandats de la part de ce gouvernement-là, sans quelconque demande auprès de la
population pour un mandat électoral qui permettait de justifier le document...
d'un tel document, d'une telle proposition.
Véritablement très, très difficile d'accorder
encore, et vous en conviendrez, M. le Président, un début d'once de légitimité
démocratique à ce projet de loi là, et ce n'est pas pour rien que les
oppositions se lèvent, donc, aujourd'hui, unies, unanimes pour rejeter le
principe.
Je continuerai demain, M. le Président.
Ajournement
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
C'est ce que j'ai compris, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Alors, compte tenu de l'heure, les travaux sont
ajournés au mercredi 18 mars 2026, à 9 h 40.
(Fin de la séance à 18 h 30)