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(Dix heures quinze minutes)
Le Président: Alors, Mmes et MM. les
députés, nous allons nous recueillir quelques instants. Je vous
remercie, veuillez vous asseoir. Nous allons procéder aux affaires
courantes.
Affaires courantes
II n'y a pas de déclarations
ministérielles. Présentation de projets de loi.
Dépôt de documents. M. le ministre de la Santé et des
Services sociaux.
Dépôt de documents
Entente concernant la communication de
certains
renseignements nominatifs dans le cadre de
recherches des antécédents
biologiques
M. Côté (Charlesbourg): Merci, M. le
Président. Conformément à l'article 70 de la Loi sur
l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des
renseignements personnels, je dépose une entente intervenue entre la
Régie de l'assurance-maladie du Québec et le directeur d'un
centre de protection de l'enfance et de la jeunesse concernant la communication
de certains renseignements nominatifs dans le cadre de la recherche des
antécédents biologiques, ainsi que l'avis favorable de la
Commission d'accès à l'information sur ce sujet.
Le Président: Alors, votre document est
déposé, M. le ministre de la Santé et des Services
sociaux.
Maintenant, dépôt de rapports de commissions. M. le
président de la commission des institutions et député de
Marquette.
Dépôt de rapports de commissions
Étude détaillée du projet de loi 87
M. Dauphin: Oui, merci, M. le Président. J'ai l'honneur,
dans un premier temps, de déposer le rapport de la commission des
institutions qui a siégé le 8 juin 1993 afin de procéder
à l'étude détaillée du projet de loi 87, Loi
modifiant la Loi sur l'aide juridique.
Une voix: Bravo!
Une voix: Très bien.
Étude détaillée du projet de loi
88
M. Dauphin: De plus, j'ai l'honneur de déposer le rapport
de la commission des institutions qui a siégé le 7 juin 1993 afin
de procéder à l'étude détaillée du projet de
loi 88, Loi modifiant la Loi sur les substituts du procureur
général. Le projet de loi a été adopté avec
un amendement.
Une voix: Bonne commission.
Étude détaillée du projet de loi
93
M. Dauphin: Également, j'ai l'honneur de déposer le
rapport de la commission des institutions qui a siégé les 7 et 8
juin 1993 afin de procéder à l'étude
détaillée du projet de loi 93, Loi modifiant le Code de
procédure civile et la Charte des droits et libertés de la
personne. Le projet de loi a été adopté avec des
amendements.
Étude détaillée du projet de loi
94
Enfin, j'ai l'honneur de déposer le rapport de la commission des
institutions qui a siégé le 7 juin 1993 afin de procéder
à l'étude détaillée du projet de loi 94, Loi
modifiant la Loi sur les tribunaux judiciaires. Le projet de loi a
été adopté.
Une voix: Bravo!
Le Président: Alors, ces 4 rapports sont
déposés. Maintenant, dépôt de pétitions. Mme
la députée de Johnson.
Dépôt de pétitions
Instaurer une commission d'enquête
publique
et indépendante sur les causes
du déficit de la CSST
Mme Juneau: Merci, M. le Président. Je dépose
l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale par 5025 pétitionnaires syndiqués affiliés
à la CSN.
Les faits invoqués sont les suivants: «Considérant
que, depuis quelques années, la CSST, qui administre notre régime
de santé-sécurité, accuse un sérieux déficit
dont les causes sont demeurées inconnues jusqu'à ce jour;
«Considérant que l'incertitude qui en découle favorise la
circulation de suppositions de toutes sortes et entretient les doutes quant
à la viabilité de notre régime de santé et
sécurité du travail; «Considérant que les
détracteurs de notre régime profitent de la situation pour
véhiculer les préjugés les plus grossiers à
rencontre des accidenté-es et malades du travail, et demandent des
modifications importantes à la loi;
«Considérant qu'avant d'apporter des changements majeurs au
régime dans le but de remédier au déficit il faut
connaître les causes de ce déficit.»
L'intervention réclamée se résume ainsi: «En
conséquence, nous demandons à l'Assemblée nationale
d'exiger du gouvernement du Québec qu'il instaure une commission
d'enquête publique et indépendante sur les causes du
déficit de la CSST.»
Je certifie que cet extrait est conforme au règlement et à
l'original de la pétition.
Le Président: Votre pétition est
déposée, Mme la députée de Johnson.
Interventions portant sur une violation de droit ou de privilège
ou sur un fait personnel.
Interventions portant sur une violation de droit ou de
privilège
Propos du ministre des Transports à l'endroit
du Protecteur du citoyen
J'ai reçu en temps utile du leader de l'Opposition un avis
m'informant de son intention de soulever une question de privilège
concernant une prétendue violation des droits et privilèges de
l'Assemblée qui aurait été commise par le ministre des
Transports et député de Robert-Baldwin au cours d'une
intervention à l'Assemblée, le 9 juin dernier, pendant la
période de questions et réponses orales.
Le leader de l'Opposition se réfère aux propos tenus par
le ministre des Transports à l'endroit du Protecteur du citoyen, suite
à une question posée par M. le député de
Lévis. Selon le leader de l'Opposition, puisque le Protecteur du citoyen
est une personne désignée par l'Assemblée nationale, si
des propos à son endroit l'attaquaient au point de le ridiculiser, par
le fait même cela porterait atteinte à l'intégrité
et à la crédibilité de l'Assemblée elle-même,
et, par conséquent, constituerait un outrage à son endroit. (10 h
20)
J'ai entrepris l'étude de cette question. Compte tenu du peu de
temps que j'ai pu consacrer à l'examen de cette question, j'en
compléterai l'étude le plus rapidement possible, et compte bien
pouvoir rendre une décision au cours de la présente
séance.
Nous allons maintenant procéder à la période de
questions et réponses orales des députés. Je vais
reconnaître en première question principale M. le
député de Jonquière.
Questions et réponses orales
Intervention du ministre de la Sécurité
publique
à la suite de l'émeute survenue
à
Montréal le 9 juin dernier
M. Dufour: Merci, M. le Président. Le ministre de la
Sécurité publique?
Une voix: II était ici. Ah!
Le Président: Allez-y, M. le député de
Jonquière.
M. Dufour: Oui. Vingt-quatre heures après les actes
inacceptables, déplorables, condamnables survenus à
Montréal, nous commençons à avoir une bonne idée de
l'étendue des dommages produits: 267 méfaits, 168 blessés,
dont 49 policiers, 115 arrestations et des saccages évalués
à environ 10 000 000 $. Pourtant, cette année, le service de
police de la Communauté urbaine de Montréal, fort de
l'expérience de 1986, se disait fin prêt à faire face
à la foule. Plus de 900 policiers avaient été
déployés au centre-ville: un nombre record pour la tenue d'un
événement.
Aujourd'hui, une question est sur toutes les lèvres: Comment cela
a-t-il pu se produire avec encore plus d'intensité qu'il y a 7 ans? Le
ministre de la Sécurité publique, en vertu de l'article 173 de la
Loi sur l'organisation policière, a-t-il l'intention de demander un
rapport complet aux autorités de la Communauté urbaine de
Montréal ainsi qu'au service de police de la même
communauté concernant ces événements? Et, si oui, peut-il
s'engager à le rendre public?
Le Président: Alors, M. le ministre de la
Sécurité publique.
M. Ryan: Je n'avais pas eu connaissance des
événements qui se sont produits, dans la nuit de mercredi, parce
que j'étais mobilisé en commission parlementaire par l'Opposition
autour d'un tout autre sujet. Dès que j'eus été
informé de ce qui s'est produit, j'ai communiqué avec les
autorités du service de police de la CUM, jeudi matin, lesquelless
étaient vraiment désemparées devant l'ampleur des
événements qui se sont produits au cours de la nuit.
Hier, j'ai demandé à mon sous-ministre associé
à la Direction générale de la sécurité et de
la prévention, M. Charles Côté, de se rendre au service de
police de la CUM et de s'enquérir de ce qui est arrivé, d'obtenir
le plus de renseignements possible. Ce matin, M. Côté m'a remis un
rapport préliminaire dans lequel il me fait rapport des
préparatifs qui avaient été institués par le
service de police de la CUM en vue des événements, ensuite, des
circonstances qui ont surgi et qui ont entraîné un
débordement littéral des forces policières.
On n'est pas en mesure, pour l'heure, d'identifier clairement les
défaillances qui ont pu se produire dans le dispositif de protection
policière non plus que l'identité exacte des intervenants. Nous
devons, évidemment, aller plus loin. Puis ça nous ramène
à la question qu'a soulevée le député de
Jonquière, fort opportunément, à mon point de vue.
Évidemment, nous allons demander au service de police de la CUM un
rapport détaillé.
J'ai rencontré le directeur adjoint, ce matin, M. Pierre Cyr, que
j'avais convoqué à Québec pour une tout autre raison, mais
nous en avons profité pour faire le point. Il était
accompagné du directeur adjoint, M.
Duchésneau. C'est évident qu'ils vont nous soumettre un
rapport complet de ce qui est arrivé, et, en plus, je leur ai
laissé entendre qu'il me faudrait quelque chose d'impartial, qui ne
serait pas du pro domo. J'envisage de demander au juge Albert Malouf, que j'ai
chargé d'une mission d'inspection auprès du service de police de
la CUM, il y a à peu près un an... Le juge Malouf est en train de
compléter son travail d'inspection. Il doit remettre son rapport au
début de l'automne. Et j'entends lui demander dès ce matin s'il
accepterait un mandat spécial d'enquête, de vérification
sur ce qui est arrivé, dont le rapport me serait remis, lequel rapport
serait évidemment rendu public. J'ai fait approcher le juge Malouf par
mon directeur de cabinet, tantôt. On m'informe qu'il serait
disposé à accepter un tel mandat et qu'il attendra mon appel
dès que la Chambre voudra me libérer de la captivité
où elle me tient.
Le Président: Pour une question complémentaire.
M. Dufour: Comment le ministre de la Sécurité
publique explique-t-il la répétition d'événements
de 1986, avec tous les faits connus, avec la connaissance qu'on a de ce
dossier? Comment il peut expliquer ça et comment il peut répondre
du travail qui a été fait sur le terrain, que ça n'a pas
donné les résultats escomptés?
Le Président: M. le ministre.
M. Ryan: II y a des questions à se poser. Une
première question qu'on doit se poser... Les forces policières
n'avaient évidemment prévu ni la nature de certaines actions qui
ont été faites ni l'ampleur de ces actions. On a constaté,
par exemple, pendant la manifestation, que des personnes étaient sur les
toits d'immeubles et s'étaient procuré des stocks de projectiles,
de barres de fer et d'autres instruments de même nature. Là, la
première question qu'on doit se poser: Est-ce que les services de
renseignements ont fourni l'information nécessaire en prévision
des événements? Je pense bien que la réponse est
négative. Comment se fait-il qu'on n'ait pas réussi à
obtenir de tels renseignements avant, de manière à ajuster le
dispositif policier en conséquence? Ça, c'est une question qu'on
doit explorer. Je ne porte pas de jugement à ce moment-ci, mais je pense
qu'une des questions qui se posent réside précisément
là.
Le Président: Pour une autre question
complémentaire.
M. Dufour: Est-ce que c'est l'intention du ministre, dans le
mandat confié au juge Malouf concernant ces événements,
d'aller jusqu'à la mise en cause, par exemple, des ressources humaines,
des ressources financières et de n'ignorer aucun aspect de la question
ou du problème qui a été soulevé ou qu'on a
vécu au cours de l'avant-dernier soir?
Le Président: M. le ministre.
M. Ryan: Le juge Malouf tiendra sûrement compte de ce
facteur. Je ne pense pas qu'il soit le facteur principal dans ceci, parce qu'on
avait un déploiement de près de 1000 policiers au plus fort de
l'action. C'est beaucoup de monde, ça. Maintenant, comme vous le savez,
les forces policières opèrent aujourd'hui suivant des
méthodes de contrôle des foules qui ne sont plus les mêmes
qu'il y a 15 ans. Il y a 15 ans, lorsqu'à commencé à se
manifester la violence qu'on a connue avec toutes sortes de manifestations,
ceux qui sont familiers avec la scène montréalaise se souviennent
qu'on avait envoyé à l'entraînement, en Europe, des forces
qui étaient dotées des instruments physiques nécessaires
pour intervenir très efficacement dans des manifestations où il y
avait le moindre manquement à l'ordre. Depuis ce temps-là, on est
revenu à des méthodes peut-être moins brutales, moins
fortes. Est-ce que les méthodes qu'on emploie aujourd'hui auront besoin
d'être révisées à la lumière de cette
recrudescence de violence qu'on observe? C'est une question qu'on doit se poser
honnêtement, je pense bien. Je n'ai pas la réponse ce matin,
évidemment, mais tout ça fait partie des questions qu'on doit se
poser.
J'ajoute une chose. Le juge Malouf, dans le cours de son mandat, avait
demandé, à un moment donné, de pouvoir recourir aux
services d'un criminologue bien connu ? que je n'ai pas l'intention
d'identifier ce matin ? pour examiner des dimensions plus larges des
problèmes auxquels fait face la police de la Communauté urbaine
de Montréal, en particulier le phénomène de violence, le
phénomène de tension raciale, etc. Ce criminologue était
en poste le soir des événements. On lui avait demandé
d'être au poste central d'observation à Montréal. Je ne lui
ai pas parlé encore, mais, d'après les réactions qu'il a
eues... Et on n'a jamais été témoin d'une pareille
explosion de violence, tantôt spontanée et tantôt,
évidemment, préméditée. Il faudra faire la part des
choses, mais soyez sûr que cet aspect plus large fait également
partie des préoccupations qu'on doit avoir.
Le Président: Pour une autre question
complémentaire, M. le leader de l'Opposition. (10 h 30)
M. Chevrette: M. le Président, est-ce que le ministre
pourrait vérifier s'il est exact qu'il y avait une demande de
faite au début de la semaine auprès des autorités de la
Sûreté du Québec pour qu'un détachement variant
entre 200 et 250 policiers puisse être sur un pied d'alerte le soir de la
manifestation et que, la veille, on a décommandé, on a
abandonné cette demande auprès de la Sûreté du
Québec? Est-ce qu'on pourrait faire vérifier ces faits? Parce
qu'il m'apparaît important que la coordination des grands corps
policiers... On ne peut pas avoir un corps policier spécialisé
pour les manifs. On doit mettre à profit et à contribution
l'ensemble des corps policiers au Québec. Est-ce que c'est vrai, ces
faits-là? Et, pourquoi c'a été fait? Par qui
c'a été fait, également, le fait qu'on a
décommandé ce fait?
Le Président: Alors, M. le ministre.
M. Ryan: Je pense être en mesure d'apporter tout de suite
une réponse à la question du député. M. Robert
Lavigne, le directeur de la Sûreté, m'informait hier que le
directeur du service de police de la CUM lui avait
téléphoné, plus tôt dans la semaine, afin de
demander l'assistance de la Sûreté du Québec pour le
défilé qui devait suivre une éventuelle victoire du club
de hockey Canadien ? pas pour les événements du soir du
mercredi. Et M. Lavigne avait spontanément donné son
acquiescement. Ensuite, il a reçu un appel, le lendemain ou le
surlendemain, lui disant qu'on estimait que ça ne serait peut-être
pas nécessaire. Mais ça n'avait rien à voir avec les
événements de mercredi soir. La demande portait sur une
assistance devant être fournie à l'occasion du
défilé, qui était prévu pour le lendemain,
évidemment, ou les jours qui suivraient la victoire.
Le Président: Alors, pour une autre question
complémentaire.
M. Chevrette: Je demanderais quand même au ministre de
vérifier si ça n'a pas été fait à certains
niveaux à la Sûreté, puisqu'on m'informe, et j'ai des
bonnes raisons de croire qu'il peut y avoir un fond de vérité,
qu'à la manif il y avait besoin de bicyclettes... La ville de
Montréal ne peut pas répondre à cette partie-là,
manquant de bicyclettes ? la Sûreté en bicycle. Dans les
faits, il y a eu l'abandon d'une demande de ressources humaines, mais tout
simplement qui seraient en garde, prêts, disponibles, si vous voulez, en
cas d'intervention majeure. J'aimerais qu'on le vérifie, M. le
Président, pour bien clarifier le tout, parce qu'on sait qu'il peut y
avoir de la concurrence au niveau des corps policiers.
Le Président: Alors, M. le ministre de la
Sécurité publique.
M. Ryan: Je vérifierai volontiers, mais je suis
assuré que, à supposer que M. Lavigne n'aurait pas
été au courant ? c'est ce que laisse sous-entendre la
question ? je pense bien que M. Côté, qui est un homme d'une
très grande expérience policière et administrative, aurait
été saisi de ça au cours de ses premières
investigations d'hier. Mais je vais demander qu'on approfondisse ce point. Je
parlerai peut-être à M. Saint-Germain, après la
période de questions, puis on verra à clarifier ça. Puis
je vous apporterai volontiers le complément d'information.
Le Président: Alors, en question principale, maintenant,
madame... Oui? Question additionnelle? Ah! je m'excuse. Question additionnelle,
M. le député de Saint-Louis.
M. Chagnon: M. le Président, le ministre de la
Sécurité publique nous a informés qu'il avait l'intention
de demander au juge Malouf de faire enquête. Soit! Si le juge Malouf, qui
a déjà une enquête en ce qui concerne la CUM... Est-ce
qu'on peut s'assurer, est-ce que le ministre peut s'assurer du temps que le
mandat qu'il pourrait donner éventuellement au juge Malouf pourrait
prendre, compte tenu du fait que la sécurité des biens et des
personnes vivant dans le centre-ville a été mise en jeu gravement
avant-hier? Et aussi, en même temps, M. le Président, il y a une
certaine crédibilité de la police qui est remise en question dans
le centre-ville.
Le Président: C'est une question complémentaire, M.
le député, vous le savez bien. M. le ministre.
M. Ryan: Oui, ce sera une question de quelques semaines tout au
plus.
Le Président: Très bien. En question principale,
maintenant, Mme la députée de Hochelaga-Maisonneu-ve.
Stratégie des grappes industrielles pour la
relance économique du Québec
Mme Harel: M. le Président, ce ne sont pas seulement les
petites entreprises qui se plaignent d'être abandonnées par le
gouvernement. L'Opposition constate ce matin qu'elle n'est pas la seule
à mettre en doute l'efficacité des grappes industrielles. Un des
meilleurs alliés, sinon le meilleur allié du ministre de
l'Industrie, du Commerce et de la Technologie...
M. Chevrette: L'indéfectible.
Mme Harel: ...le président du Conseil du trésor du
Québec, M. Ghislain Dufour...
Une voix: Du Conseil du patronat.
Mme Harel: Du Conseil du patronat du Québec...
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Chevrette: C'est pareil, c'est pareil. Ha, ha, ha!
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président: Alors, très bien. Pour votre
question, Mme la députée de Hochelaga-Maisonneuve.
Mme Harel: Vous comprendrez que c'est un lapsus significatif, M.
le Président.
Des voix: Ha, ha, ha!
Mme Harel: Je répète donc que le président
du
Conseil du patronat du Québec, M. Ghislain Dufour,
considère maintenant, 2 ans après la publication des grappes, que
le beau concept ? et je le cite ? «est bien loin des
résultats escomptés».
M. le Président, peut-on demander ce matin au ministre de
l'Industrie, du Commerce et de la Technologie s'il entend refuser
d'écouter ces critiques de ses alliés ou, sinon, comment il
entend donner suite, et concrètement, M. le Président?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie, du Commerce
et de la Technologie.
M. Tremblay (Outremont): M. le Président, j'aimerais tout
d'abord féliciter les récipiendaires des Mercuriades hier soir:
M. Karel Velan, un Tchécoslovaque qui est arrivé au Québec
il y a 20 ans et qui a travaillé d'arrache-pied pour bâtir une
entreprise d'envergure internationale.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
Alors, Mmes, MM. les députés, s'il vous plaît. Pour un
rappel au règlement, M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: M. le Président, bonjour papa, bonjour
maman, c'est un autre programme! On est à la période de questions
et, en vertu de l'article 79, il faut répondre... Il faut au moins que
la réponse semble donner un semblant de réponse à la
question qui est posée. Et là il n'y a même plus de
semblant. Le ministre est en train de s'autocongratuler. Il y a une question,
il faut qu'il réponde.
Le Président: Effectivement. Alors, M. le ministre, je
vous invite à répondre à la question posée.
M. Tremblay (Outremont): Également, M. le
Président, M. Louis Garneau...
Le Président: Non, non. Écoutez. Effectivement,
écoutez... Écoutez, la présidence a toujours fait preuve
de latitude, dans certaines circonstances où on a pu, lors de la
période des questions, en question, même en réponse,
soulever certains événements. Mais je dois m'en rapporter au
règlement. On me demande formellement, à ce moment-ci, d'aller
à la question posée. Je vous invite, M. le ministre, à
aller à la question posée, s'il vous plaît.
M. Tremblay (Outremont): J'ai compris, M. le Président,
que l'Opposition n'est pas intéressée à féliciter
les entreprises qui réussissent au Québec.
Le Président: S'il vous plaît! À l'ordre,
s'il vous plaît! Sur un rappel au règlement.
M. Chevrette: Le ministre doit comprendre, M. le
Président, qu'il doit répondre aux questions. C'est clair, M. le
Président. Et en vertu du règlement, quand il ne s'y conforme pas
et qu'il passe des commentaires... Je vais faire comme le leader du
gouvernement: il est debout aux 5 minutes. Donc, je n'abuse pas, en cette
Chambre, au niveau de la période des questions. Qu'il présente
des motions non annoncées pour féliciter ses
récipiendaires, nous autres, on va lui parler de ses raisins, ce
matin.
Le Président: Très bien. Effectivement, vous le
savez fort bien. La question est posée. Je vous demande d'en arriver
à la question sans autre commentaire. Alors, allez-y, M. le
ministre.
M. Tremblay (Outremont): Je vous remercie beaucoup, M. le
Président. Lorsque j'ai pris connaissance de la décision du
Conseil du patronat, je n'ai pas pu faire autrement que de lire
également l'éditorial de M. Donald Charette, dans Le Soleil
aujourd'hui. Et je cite quelques paragraphes, M. le Président:
«Le courage et la détermination du Canadien de Montréal qui
a tout renversé sur son passage, y compris les "experts", forcent
l'admiration de toute la province. Cette équipe remarquable a
ramené au Québec un trophée qui semble nous appartenir
tellement il est inscrit dans notre histoire collective. Les gens de...
M. Chevrette: Question de règlement.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
S'il vous plaît! À l'ordre! Sur un rappel au règlement, M.
le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: M. le Président, j'espère que le
ministre va revenir sur terre et à l'Assemblée nationale. La rue
Sainte-Catherine, c'est à Montréal et le Canadien, c'est sur la
glace et... Ici, il ne patine pas. Il doit répondre à une
question.
Le Président: S'il vous plaît! M. le ministre,
à la question, s'il vous plaît.
M. Tremblay (Outremont): Le deuxième paragraphe de la
citation, M. le Président...
Le Président: Un instant! Écoutez, je ne connais
pas les propos du ministre. Vous admettrez avec moi qu'il peut répondre.
Il y a une certaine latitude dans la réponse. Je l'ai invité
à arriver au niveau de la question posée. M. le ministre,
allez-y. Je demande à tout le monde, s'il vous plaît,
d'écouter attentivement.
M. Tremblay (Outremont): Je vous remercie beaucoup, M. le
Président. «Les gens de Québec ne pouvaient que regarder
Jacques Demers, cet habile entraîneur au style père de famille,
qui a passé deux ans, à Québec...
Le Président: Un instant, M. le ministre. Toujours sur une
question de règlement, M. le leader ad-
joint de l'Opposition.
M. Gendron: M. le Président... (10 h 40)
Le Président: Un instant. M. le député de
Lévis, s'il vous plaît. Je vous rappelle à l'ordre,
à ce moment-ci. Un instant, oui. J'ai une question de règlement
qui est soulevée par votre leader. Je vais l'écouter...
Écoutez, je vais l'écouter attentivement et j'y reviendrai. Si
tout le monde se met à interpeller le ministre ou on s'interpelle d'un
côté comme de l'autre, on ne pourra rien comprendre. Un instant.
J'en arrive à la question de règlement. S'il vous plaît!
Alors, M. le leader adjoint de l'Opposition.
M. Gendron: Très simplement, lorsqu'un ministre lit un
texte, qu'il nous a lu le premier paragraphe sur un sujet donné et qu'il
annonce qu'il va continuer par le deuxième, vous avez une maudite bonne
idée que... Oui! Vous avez une bonne idée que le sujet du
deuxième paragraphe va traiter de la même affaire. Si vous l'avez
rappelé à l'ordre au premier paragraphe, je ne vois pas pourquoi
vous permettez qu'il s'exprime sur le deuxième.
Le Président: Alors... Un instant, s'il vous plaît!
Un instant, s'il vous plaît! Alors, M. le leader du gouvernement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui. Tout simplement pour rappeler
à nos bons amis de l'Opposition qu'il est permis de citer un journal. Le
chef de l'Opposition le fait à toutes les 2 fois qu'il se lève en
Chambre. Le critique en matière financière l'a fait, à
l'occasion du budget, à maintes reprises. Si on veut interdire à
un ministre de se référer à un article d'actualité,
on le fera autant dans les questions que dans les réponses, M. le
Président.
Le Président: Alors, simplement, M. le ministre, vous
connaissez le règlement, alors je vous invite... À la question
posée, vous pouvez parfois étendre votre réponse à
certaines comparaisons, mais je vous rappelle que la réponse doit
être brève. Donc, il est évident que vous ne pouvez pas
étendre non plus votre réponse trop longuement. Donc, je vous
demanderais d'en arriver à la question du député, s'il
vous plaît.
M. Tremblay (Outremont): Je vous remercie beaucoup, M. le
Président. Si on m'avait laissé continuer, on aurait
déjà fini.
Alors, je ne veux certes pas me comparer à Jacques Demers qui a
gagné avec une équipe remarquable, mais surtout grâce
à l'appui de tous les Québécois et de toutes les
Québécoises qui ont encouragé le Canadien à se
hisser au sommet de la performance pour une vingt-quatrième fois.
Le Président: M. le ministre, s'il vous
plaît!
M. Tremblay (Outremont): La stratégie... Une voix: II a
préparé sa réponse...
Le Président: Donc, écoutez... Oui, très
bien. S'il vous plaît! Alors, je vous invite, M. le ministre, à
éviter les comparaisons. Oui, je comprends, mais la question est
posée sur un sujet particulier, et j'inviterais le ministre à en
arriver au sujet en question. Alors, allez-y, M. le ministre.
M. Tremblay (Outremont): C'est vrai, M. le Président, que
j'ai préparé une réponse écrite, comme la question
était écrite également. La stratégie des grappes
industrielles fait appel à des changements profonds de mentalité,
d'attitude et de comportement, et comme le disait, encore hier, dans un
quotidien, M. Jean-Louis Gergorin, responsable de la stratégie pour le
groupe européen Matra, il estime que le secteur des missiles serait un
symbole permettant de mesurer la volonté des industriels de changer de
culture et celle des gouvernements d'avoir une stratégie
industrielle.
Le Président: À l'ordre! S'il vous plaît!
S'il vous plaît! Alors, je vous invite à conclure, M. le ministre.
M. le député, s'il vous plaît! J'invite le ministre
à conclure; alors allez-y, M. le ministre, brièvement.
M. Tremblay (Outremont): Alors, je dois vous avouer, M. le
Président, que je suis très inquiet et préoccupé de
l'ampleur et de la progression rapide de nos problèmes de
société: le chômage, la pauvreté, le
décrochage scolaire, la violence, la criminalité, l'usage de la
drogue et le suicide, particulièrement chez les jeunes...
Le Président: Alors, M. le ministre...
M. Tremblay (Outremont): ...et nos aînés.
Le Président: M. le ministre. Alors, très bien.
J'en appelle à la collaboration des collègues, s'il vous
plaît. Alors, pour une question complémentaire, Mme la
députée... S'il vous plaît, M. le député! Si
vous avez une question de règlement, je vais vous écouter, mais
vous comprendrez qu'on ne peut fonctionner, à la période de
questions, par des interpellations d'un côté comme de l'autre
à l'égard de celui qui répond et à l'égard
de celui qui pose la question, ou même à l'égard de la
présidence. Alors, les leaders font leurs questions de règlement,
j'y réponds de la meilleure façon possible. Si vous avez des
questions de règlement, je vous écouterai, mais je vous prierais
de réserver vos commentaires. Alors, pour votre question
complémentaire, Mme la députée de
Hochelaga-Maisonneuve.
Mme Harel: M. le Président, est-ce que le ministre de
l'Industrie, du Commerce et de la Technologie ne comprend pas que ses meilleurs
alliés sont en train de
devenir ses pires critiques? Et ne reconnaît-il pas que les seuls
changements de culture auxquels les Québécois doivent s'habituer
avec l'actuel gouvernement, c'est la culture de la pauvreté, du travail
au noir et du chôma-ge?
Des voix: Bravo! Bravo!
Le Président: Alors, question de règlement, M. le
leader du gouvernement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui, M. le Président. Je
vous soumets respectueusement que, telle que libellée, la question de
Mme la députée de Hochela-ga-Maisonneuve contrevient aux
dispositions du cinquième alinéa de l'article 77 qui stipule que
les questions ne peuvent «être formulées de manière
à susciter un débat». Et, telles qu'elles sont
formulées, elles vont attirer une longue réponse de la part du
ministre de l'Industrie et du Commerce, qui rétablira les faits.
Le Président: Alors, s'il vous plaît! Alors,
formulez votre question, Mme la députée.
Mme Harel: M. le Président, est-ce que le ministre de
l'Industrie, du Commerce et de la Technologie, ce matin, nous dit qu'il entend
continuer à rester sourd aux critiques qui fusent des milieux d'affaires
eux-mêmes?
Le Président: M. le ministre.
M. Tremblay (Outremont): m. le président, le
président du conseil du patronat ne croit pas que le québec
dispose des ressources nécessaires pour travailler au
développement simultané des 13 secteurs industriels. par contre,
il croit que le taux de chômage à 22 % ? taux de
chômage réel, dit-il ? dans la province est totalement
inacceptable.
Pourtant, dans la stratégie des grappes industrielles, elles
constituent la force motrice d'une province ou d'un pays. Le rôle du
gouvernement est d'encourager et de renforcer les grappes industrielles, toutes
les grappes industrielles, sans choisir parmi elles, car toute industrie
possède un potentiel de croissance. La productivité n'est pas
réservée aux secteurs de pointe ou en émergence. J'aurais
aimé, M. le Président, que, dans les 14 recommandations du
Conseil du patronat, on n'oublie pas le développement économique
régional.
En terminant, M. le Président, je suis très conscient
qu'on n'est jamais prophète en son pays, mais le jour où les
Québécois et les Québécoises comprendront que c'est
ensemble que nous réussirons, nous arrêterons sûrement de
nous autodétruire et réaliserons que nous avons tout pour
enrichir la collectivité.
Je remercie tout de même le président...
Le Président: Alors... Un instant! Un instant, M. le
leader. Alors, rappel au règlement.
M. Chevrette: Moi, M. le Président, je ne comprends plus
rien, là. La période de questions, ce n'est pas le temps de faire
le post mortem ou les états d'âme d'une réaction face
à un allié qui n'est pas d'accord. Ce n'est pas ça, une
période de questions. Quand la question est posée, M. le
Président, on y répond. Si le ministre veut aller voir la presse,
puis dire que c'est épouvantable... Ce n'est pas ça, là,
le temps... Franchement, là! C'est à se demander, M. le
Président, ce qui se passe. J'allais dire, M. le Président, ce
n'est pas le temps des vendanges, même si on parle de grappes.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
Pour une autre question complémentaire, Mme la députée de
Hochelaga-Maisonneuve.
Mme Harel: M. le Président, le président du Conseil
du patronat du Québec a proposé 14 points pour relancer
l'économie du Québec. Doit-on comprendre que le ministre de
l'Industrie, du Commerce et de la Technologie entend continuer à faire
des discours et n'entend pas, M. le Président, redresser la situation en
regardant ce qu'il doit faire sur le plan concret des gestes qu'il doit
poser?
Le Président: M. le ministre.
M. Tremblay (Outremont): M. le Président, la
députée de Hochelaga-Maisonneuve ainsi que le leader ne
m'empêcheront certainement pas de citer M. Ghislain Dufour,
président du Conseil du patronat. Avril 1993: «Plus de livres ont
paru, au Québec, ces dernières années, qui rassemblent
autant d'idées et de réflexions sur l'entreprise, son
environnement, ses diverses composantes et les gages de son succès.
Souhaitons que l'entreprise à valeur ajoutée, le modèle
québécois, soit une véritable source d'inspiration pour
les managers d'aujourd'hui et de demain.»
Je voudrais, M. le Président, remercier le président du
Conseil du patronat pour son invitation au sommet économique de 1991
parce que c'est là qu'on a dévoilé la stratégie des
grappes industrielles, et...
Le Président: Un instant, s'il vous plaît. S'il vous
plaît! S'il vous plaît!
Le ministre est maître de ses propos. Il a une question. Si les
propos du ministre sont relatifs à la question posée ? et je
constate, à mon point de vue, qu'ils le sont ? je lui demande de
compléter sa réponse brièvement, pendant quelques
secondes. Votre temps est pratiquement écoulé. Alors, allez-y, M.
le ministre.
M. Tremblay (Outremont): ...également, M. le
Président, sa récente invitation pour le Rendez-vous
économique 1993.
Je termine. Je n'aurais jamais pensé qu'un jour on
reprocherait à un Québécois de voir trop gros
? pour citer Ghislain Dufour ? ou, de façon plus
précise, d'avoir trop d'ambitions pour le Québec, M. le
Président.
Le Président: En question principale maintenant, Mme la
députée de Chicoutimi. (10 h 50)
Projet de règlements relatifs à
l'affichage commercial bilingue des sociétés
d'État
Mme Blackburn: Merci, M. le Président. Hier, en commission
parlementaire, le ministre responsable de l'application de la Charte
déposait les projets de règlement relatifs à l'affichage
commercial du gouvernement. L'examen de ce projet de règlements nous
permet d'affirmer que les entreprises gouvernementales, telles
Hydro-Québec, Loto-Québec, la Société des alcools,
pourront désormais afficher à la fois en français et en
anglais, évidemment, tout comme pour le privé, à
l'exception des panneaux-réclame et des moyens de transport public.
Ma question au ministre responsable de la Charte de la langue
française. Alors que la langue du gouvernement et de l'administration
doit être le français, en vertu du préambule même de
la Charte de la langue française, comment le ministre peut-il justifier
sa décision de permettre l'affichage bilingue pour les entreprises
étatiques comme Hydro-Québec et la Société des
alcools, et ne convient-il pas que cela n'aura d'autre effet que de placer le
français et l'anglais sur un pied d'égalité au sein
même de l'administration gouvernementale, ce qui est tout à fait
contraire à l'esprit et à la lettre de la Charte de la langue
française?
Le Président: M. le ministre responsable de l'application
de la Charte de la langue française.
M. Ryan: M. le Président, ce que nous avons
déposé hier est un avant-projet de règlement, un
avant-projet de règlement concernant la langue de l'administration.
Ça va, ça? Avant-projet de règlement concernant la langue
de l'administration. L'avant-projet contient 3 articles. Il y en a un premier
qui traite de l'entrée aux frontières. Je pense que tout le monde
sera d'accord facilement que, si on veut souhaiter la bienvenue à des
visiteurs américains qui viennent nous voir, c'est mieux de dire
«Welcome» que de dire «Bienvenue». Us comprennent mieux
ça.
Il y a un deuxième article...
Des voix: ...
Le Président: Je vais demander la collaboration des
collègues. Vous avez des salles pour les caucus. Alors, si vous voulez
discuter, allez donc dans les salles réservées pour les caucus,
s'il vous plaît. Poursuivez, M. le ministre.
M. Ryan: Merci, M. le Président. Il y a un deuxième
article qui prévoit que dans des endroits où l'on reçoit
des visiteurs, comme les musées, les jardins botaniques, les sites
touristiques, l'affichage pourrait être en français et dans une
autre langue également, ce qui est une pratique universellement
répandue à travers le monde.
Il y a un troisième article qui prévoit que, pour les
services ou sociétés gouvernementales engagées dans des
activités commerciales ? engagées dans des activités
commerciales ?elles pourront, pour la promotion de leurs activités
commerciales, annoncer en français obligatoirement, évidemment,
et aussi facultativement dans une autre langue, en conformité avec ce
que deviendra l'article 58 de la Charte. Prenez, pensez à la
société...
Le Président: En conclusion, M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Ryan: ...Loto-Québec, la société
Loto-Québec qui va se lancer dans l'expérience des casinos.
Pensez-vous qu'elle puisse fonctionner avec une publicité d'affichage
qui va être uniquement en français? On pense que c'est mieux de la
mettre sur le même pied que les entreprises commerciales. Mais c'est une
proposition qui sera en discussion pendant 2 ou 3 mois. La
députée aura amplement le temps d'étaler ses frayeurs sur
la place publique.
Le Président: Pour une question complémentaire.
Mme Blackburn: Je rappelle les deux questions. Est-ce qu'il ne
reconnaît pas que ça viole l'esprit et la lettre de la Charte de
la langue? La deuxième question: Est-ce qu'il ne croit pas qu'il va
au-delà de ce que suggère le Conseil du patronat lui-même
qui invitait ses organismes membres à la modération et à
ne pas utiliser ce pouvoir dans la mesure du possible, c'est-à-dire ne
pas afficher bilingue, alors que le gouvernement dit à ses
sociétés: Allez-y, le bar est ouvert?
Le Président: M. le ministre.
M. Ryan: La députée a posé la question de la
lettre et de l'esprit. Elle est experte en ce qui touche la lettre. Nous
essaierons de respecter l'esprit.
Le Président: Pour une autre question
complémentaire, Mme la députée de Chicoutimi.
Mme Blackburn: M. le Président, est-ce que le ministre ne
reconnaît pas qu'il donne un fort mauvais exemple, lui qui
affirmait...
Le Président: O.K. Un instant! Mmes et MM. les
députés! Je m'adresse à ceux qui sont à ma droite.
C'est clair, là, je vous demande, s'il vous plaît, de respecter
l'article du règlement qui prévoit que, quand le
Prési-
dent reconnaît une personne, c'est cette personne-là qui a
la parole, et les autres doivent demeurer assis, en silence, à leur
place. Alors, Mme la députée, votre question.
Mme Blackburn: Est-ce que le ministre ne reconnaît pas
qu'il donne un fort mauvais exemple en permettant aux sociétés
d'État qui exercent des activités de nature commerciale à
afficher bilingue, anglais et français, sur tout le territoire du
Québec, alors que le Conseil du patronat lui-même invitait
à ne pas le faire? Est-ce qu'il pense que c'est un bon exemple?
Le Président: M. le ministre.
M. Ryan: D'abord, la députée de Chicoutimi sait
très bien que le Conseil du patronat n'est pas mon maître, n'est
pas mon maître à penser. Nous recevons les suggestions du Conseil
du patronat comme de tous les autres organismes qui veulent s'exprimer devant
nous, mais nous prenons nos décisions nous-même. Nous en assumons
seul la paternité. Maintenant, ça, chaque société
agit sous l'autorité de son ministre de tutelle. Une
société qui voudrait se prévaloir de cette
faculté... Mais c'est cette tendance qu'a la députée
à toujours partir... Parce qu'on donne une faculté, elle pense
qu'on va tomber tout de suite à la généralisation
extrême, dans l'autre sens. C'est une mauvaise supposition, une
supposition inspirée par une crainte, une frayeur excessive. La
Société devra en parler avec son ministre. Son ministre devra en
traiter avec ses collègues, et toutes ces choses seront sous
contrôle. Mais, ce que nous ne voulons pas perpétuer, c'est ce
régime d'observance littérale d'une loi qui, souvent,
empêche de produire les résultats qu'on voudrait, tout en
respectant pleinement le caractère français du gouvernement et de
l'administration.
Le Président: Une autre question
complémentaire.
Mme Blackburn: M. le Président, si le passé est
garant de l'avenir, c'est le retour au bilinguisme intégral. Est-ce que
le ministre ne reconnaît pas qu'il encourage ainsi la «propagation
du bilinguisme» ? pour utiliser l'expression du Conseil de la langue
? sur tout le territoire du Québec, et que, évidemment,
l'exemple pour le privé va être suivi?
Le Président: M. le ministre.
M. Ryan: Je ne le reconnais pas. Je ne reconnais aucunement cette
conclusion extrême qu'on tire d'une mauvaise analyse du texte
lui-même des intentions et des pratiques du gouvernement. Hier, on a
passé 3 heures en commission seulement à établir que
ça peut être très utile, quand vous écrivez en
français à un organisme, d'ajouter une version anglaise. On a
passé 3 heures à discuter de ça, toutes sortes de
modalités. Je n'ai pas d'objection. Ça s'est fait dans un bon
climat, mais la conclusion, fort heureusement, fut que cette pratique a du bon
sens et qu'il y a lieu de la régulariser une fois pour toutes.
Le Président: Pour une question principale, M. le
député de Saint-Louis.
Mesures fiscales décrétées dans
le discours
sur le budget concernant les chefs
de famille monoparentale
M. Chagnon: M. le Président, j'aimerais tout simplement,
suite à la période de questions, hier, où le chef de
l'Opposition interrogeait le premier ministre, je voudrais tenter de mieux
saisir ce qui avait été donné comme réponse
à la question d'hier parce que c'était un peu confus.
C'était un peu confus, parce que, lorsqu'on pose 8 questions en
même temps, c'est difficile de ne pas en échapper une ou l'autre.
Je voudrais savoir, M. le Président, si, pour une personne qui est chef
de famille monoparentale avec un enfant, il est vrai, comme le laissait
entendre le chef de l'Opposition hier, qu'elle aurait, cette personne, à
subir une augmentation de son fardeau fiscal si elle gagne 30 000 $ et moins.
Je profiterais du fait que le ministre des Finances est avec nous pour lui
poser la question, M. le Président.
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Levesque: M. le Président, je remercie le
député de Saint-Louis, qui me permet ce matin de faire part
à cette Assemblée que le chef de l'Opposition a commis l'une des
plus grandes énormités pour un ancien ministre des Finances, en
particulier. M. le chef de l'Opposition, j'aimerais bien qu'il soit ici, mais
il ne l'est pas. Mais on lui...
Une voix: ...
M. Levesque: J'aimerais mieux qu'il soit ici pour faire la
correction.
Le Président: Un instant! S'il vous plaît! À
l'ordre, s'il vous plaît!
M. Chevrette: Question de règlement.
Le Président: Oui. Donc, un instant, s'il vous
plaît! MM. les députés! Un rappel au règlement, M.
le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: M. le Président, s'il y en a un qui sait, en
cette Chambre, après 37 ans, que ce n'est pas jouer franc jeu que de
souligner l'absence quand les 2 chefs n'y sont pas ? ni M. Bourassa, ni M.
Pari-zeau ? et qu'ils ont communiqué ensemble pour se donner les
motifs personnels pour lesquels ils ne sont pas ici...
Le Président: Très bien. Alors, je vous invite,
M. le ministre, à la question, s'il vous plaît. (11
heures)
M. Levesque: M. le Président, vous comprendrez que c'est
par politesse et courtoisie que j'ai mentionné que j'aurais aimé
mieux que le chef de l'Opposition fût là, mais je n'ai fait aucun
reproche quant à son absence.
M. le Président, qu'on n'essaie pas d'oublier la chose, le
principal, l'énormité. Lorsque le chef de l'Opposition a
déclaré hier que, pour un revenu de 30 000 $, et je le cite:
«Au même revenu qu'un célibataire, une monoparentale avec un
enfant, savez-vous, M. le Président, combien on va lui enlever de moins
pour tenir compte de sa situation? 0,02 $ par paie.» M. le
Président, il continue de donner des exemples du même genre. Or,
M. le Président, lorsqu'il exhibait la table de l'impôt du
ministère du Revenu ? et il exhibait ça comme si
c'était l'Évangile ? M. le Président, il a
oublié ? et je pense que c'est important ? que, dans chaque
cas, l'employé doit remplir la formule, la déclaration MR-19,
dans laquelle l'employé donne les détails de sa situation
familiale, et c'est à la suite de ces renseignements que l'on
établit la déduction à la source. M. le Président,
la vérité, c'est que, si le célibataire paie 6,62 $ par
paie hebdomadaire, la famille monoparentale ayant 1 enfant va recevoir sur son
chèque de paie 1,20 $ de plus qu'elle ne reçoit aujourd'hui.
Des voix: Bravo!
Le Président: Je vous invite à conclure en quelques
secondes, M. le ministre des Finances.
M. Levesque: En quelques secondes, M. le Président.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
Alors, brève conclusion, M. le ministre des Finances, quelques
secondes.
M. Levesque: En quelques secondes, M. le Président.
Lorsque tout le monde se permet de commenter... On peut comprendre qu'il y ait
des erreurs des gens moins avertis, mais, lorsque le chef de l'Opposition fait
de telles déclarations et qui risquent d'être reprises, eh bien,
à ce moment-là, c'est mon devoir, M. le Président, de
rétablir les faits.
Je terminerai en parlant d'un couple ayant 2 enfants, gagnant
également 30 000 $, ne paiera pas 0,02 $ de moins par paie, va recevoir,
de plus, 3,21 $ de plus par paie hebdomadaire qu'il ne reçoit
aujourd'hui.
Le Président: Alors, en question principale, maintenant,
M. le député de Lévis.
Provenance du libellé de l'article 28 du projet
de loi 91
M. Garon: M. le Président, hier, à la fin de la
commission parlementaire, vers...
Le Président: Un instant! Un instant! Un instant, M. le
député.
Alors, pour votre question principale.
M. Garon: Hier, à la fin de la commission parlementaire,
vers 23 h 55, le ministre des Transports nous a fait savoir qu'il prendrait les
prochains jours pour faire une profonde réflexion sur la
possibilité d'apporter un amendement au deuxième alinéa de
l'article 28. On sait que cet article a pour effet de renverser le fardeau de
la preuve en matière de poursuite pour conduite malgré la
suspension ou la révocation du permis de conduire ou du droit d'en
obtenir un, faisant ainsi en sorte que le citoyen sera d'abord
présumé coupable et qu'il devra prouver son innocence.
Je fais remarquer que le décret, concernant le Comité de
législation, dit que ce Comité a le mandat de s'assurer de la
cohérence législative et juridique des projets de loi qui en
découlent, et le décret 260-91 du 6 mars 1991 détermine
que le ministre de la Justice est le président du Comité de
législation.
Je voudrais demander, M. le Président, au ministre des
Transports, puisque le ministre des Transports semble maintenant ouvert
à la possibilité d'amender le deuxième alinéa de
l'article 28, peut-être même de l'abroger... Le ministre peut-il
nous dire si le libellé actuel de cet article 28 ne provient pas surtout
du ministre de la Justice plutôt que de son ministère?
Le Président: M. le ministre des Transports.
M. Elkas: M. le Président, oui, il est vrai qu'hier soir,
à la conclusion de la commission parlementaire, on a discuté et
j'ai annoncé que j'ai pris avis des avis venant du bâtonnier et du
Protecteur du citoyen. J'ai rappelé aussi aux membres de la commission
qu'avant qu'on ne passe au Comité de législation le projet avait
été étudié par les Affaires pénales au
ministère de la Justice, le contentieux de la Société de
l'assurance automobile du Québec et, dernièrement, les Affaires
constitutionnelles, aussi du ministère de la Justice.
Comme il y a toujours un doute, M. le Président, sur la
validité de l'article 28, j'ai demandé, en fin de journée,
au ministre de la Justice, un nouvel avis juridique concernant l'article
28.
Le Président: Alors, pour une question
complémentaire, M. le député de Lévis.
M. Garon: Je voudrais savoir du ministre des Transports ?
parce que les silences du ministre de la Justice ont pu laisser entendre des
choses ? est-ce que ça ne serait pas plutôt le ministre de la
Justice qui avait proposé le libellé actuel, et que c'est le
ministre de la Justice qui devrait apporter des amendements au libellé
actuel, et qui devrait songer à la cohérence avec le Code de
procédure pénale que lui-même a fait adopter il n'y a pas
longtemps, et que la signification normale quand ça ne marche pas par
lettre recommandée, c'est par huissier?
Le Président: Alors, M. le ministre des Transports.
M. Elkas: M. le Président, c'est mon projet de loi et j'ai
eu l'avis des groupes, comme je l'ai mentionné, les Affaires
pénales, le contentieux de la SAAQ ainsi que les Affaires
constitutionnelles, et j'ai eu l'approbation d'aller de l'avant avec ce projet
du Comité de législation ainsi que du Conseil des ministres.
M. Garon: M. le Président...
Le Président: Pour une autre question
complémentaire.
M. Garon: ...j'aimerais poser la question plus
précisément parce que nos informations nous disent que c'est le
ministre de la Justice qui a imposé ce libellé-là. Je veux
savoir si c'est vraiment le ministre des Transports, ou le ministre de la
Justice qui a préféré garder le silence et laisser le
ministre des Transports se défendre tout seul?
Le Président: Alors, M. le ministre des Transports.
M. Elkas: M. le Président, contrairement à ce qu'on
voit de l'autre côté de la Chambre ? le député
de Lévis ne pratique pas souvent le «team work» ? de
notre côté, ça existe.
Le Président: Alors, c'est la fin de la période de
questions.
Il n'y a pas de votes reportés.
Motions sans préavis
Motions sans préavis.
M. le leader du gouvernement. Alors, pour motions sans préavis,
M. le leader du gouvernement. Oui.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): M. le Président, nous
avions convenu hier que, le député de Lévis, on reportait
la motion qu'il nous avait annoncée, compte tenu d'une entente que
chacun s'engageait à ne pas dépasser 5 minutes. L'Opposition
officielle ayant 5 minutes de parole, le parti ministériel, 5 minutes,
et possibilité pour les indépendants, qui, d'après ce que
j'ai compris, ont renoncé à leurs 5 minutes. Si c'est dans ce
cadre-là, il y aurait consentement à ce qu'on procède
immédiatement à la motion non annoncée du
député de Lévis.
Le Président: Alors, si vous voulez présenter la
teneur de votre motion, M. le député de Lévis.
M. Garon: Pardon?
Le Président: Si vous voulez présenter votre
motion, s'il vous plaît.
Souhaiter une bonne fête nationale aux
Québécois d'origine portugaise
et au peuple portugais
M. Garon: Je suis obligé de la changer un petit peu.
«Que cette Assemblée ? c'était hier, la fête
? offre ses meilleurs voeux aux Québécois d'origine
portugaise et au peuple portugais dont c'était hier la fête
nationale.»
Le Président: Très bien. Alors, je comprends qu'il
y a consentement à ce que nous discutions cette motion, et nous en
faisons un ordre de l'Assemblée. Le débat se déroulera
ainsi: une intervention de 5 minutes de la part du député de
Lévis, une intervention ministérielle, également de 5
minutes. D'accord? C'est un ordre de l'Assemblée. Adopté?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. Alors, M. le
député de Lévis, pour un droit de parole de 5 minutes sur
votre motion.
M. Jean Garon
M. Garon: M. le Président, hier, le 10 juin, a
marqué l'anniversaire de la mort du grand poète épique
portugais, Luis de Camoens, qui a vécu au XVIe siècle, et en
même temps le jour national du Portugal et des communautés
portugaises à travers le monde. Il est assez rare qu'un peuple choisisse
le jour anniversaire de la mort d'un poète pour en faire sa fête
nationale. C'est que Camoens n'est pas un poète comme les autres, et le
Portugal un pays pas tout à fait comme les autres non plus.
Si, aujourd'hui, j'invite l'Assemblée nationale du Québec
à souligner le jour national du Portugal et des communautés
portugaises, c'est qu'il y a, à mon sens, certains rapprochements entre
l'histoire de chacun de ces deux peuples et que le message du poète
Camoens peut encore nous apporter quelque chose. Les Portugais, comme les
Québécois, forment un peuple pas très nombreux,
numériquement du moins, et les uns comme les autres habitent une sorte
d'île linguistique. Que ce soit au Portugal proprement dit par rapport
à l'ensemble de la péninsule ibérique, ou au Brésil
par rapport à l'ensemble de l'Amérique du Sud, le portugais est
un peu noyé dans une mer d'espagnol, comme le français au
Québec est noyé dans une mer anglophone.
Mais, il y a sans doute peu de gens au monde aussi fiers et aussi
attachés à leur langue que les Portugais. D'ailleurs, une des
raisons qui font que le poète Camoens est vénéré au
point où on a fait de son anniversaire la fête nationale du
Portugal, c'est qu'à travers ses oeuvres c'est lui qui a fixé la
langue portugaise dans la forme que nous lui connaissons encore aujourd'hui.
Donc, la fête du poète Camoens est en quelque sorte la
fête de la langue portugaise elle-même. Et vous savez, M. le
Président, que la langue parlée au Québec a même
subi l'influence des pêcheurs et marins portugais qui ont
fréquenté nos côtes bien avant les voyages de Jacques
Cartier. Ainsi, peu de gens le savent, mais le mot «bagosse», qui
est un mot on ne peut plus québécois, les gens ont pensé
que ça pouvait venir de la Normandie ou de la France; au contraire, il
vient du mot «bagaceira» ou du mot «bagasou», une
célèbre eau-de-vie portugaise. Beaucoup de gens en
Gaspésie, comprenez-vous, ont goûté de ces produits bien
avant la Société des alcools du Québec, alors que le prix
était bien meilleur.
Au moment où le gouvernement du Québec est en train
d'ouvrir des brèches énormes dans la loi 101, qui vont nous
ramener progressivement et insidieusement au bilinguisme, il est tout à
fait indiqué de saluer le jour national d'un peuple qui a su
défendre sa langue dans des conditions qui, sans être semblables,
se rapprochent de celles que nous connaissons. Il n'y a pas de bilinguisme au
Portugal, et les affiches n'y sont pas rédigées en espagnol. (11
h 10)
II y a une autre raison qui m'amène à souligner
l'anniversaire du poète Camoens, et c'est la grande lucidité de
cet homme. Il a été, au cours de l'épopée maritime
du Portugal, ayant participé personnellement aux expéditions de
Vasco de Gama sur la route des Indes et à l'expansion du colonialisme
portugais... Mais, en même temps, il a été très
critique des abus et de la corruption qui, trop souvent, ont marqué
cette période.
En terminant, il y a une phrase du poète Camoens que j'aimerais
citer parce qu'elle me semble encore cruellement d'actualité. Constatant
le désarroi de ses contemporains face à un pouvoir moralement
affaibli, Camoens a dit: «Un roi faible tue son peuple». Oui, un
roi faible tue son peuple. Il s'agit de paroles qui, 400 ans après avoir
été prononcées, méritent encore d'être
méditées.
Je fais donc motion, M. le Président, pour que cette
Assemblée offre ses meilleurs voeux aux Québécois
d'origine portugaise et au peuple portugais dont c'était hier la
fête nationale et souligne du même coup le jour anniversaire de la
mort du grand poète portugais, Luis de Camoens.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député de Lévis.
Sur la même motion, je cède la parole à Mme la
ministre des Communautés culturelles.
Je vous écoute, Mme la ministre.
Mme Monique Gagnon-Tremblay
Mme Gagnon-Tremblay: Oui, M. le Président. C'est avec
plaisir que je m'associe, au nom du gouvernement du Québec et de tous
mes collègues, à la motion visant à saluer la
communauté portugaise du Québec à l'occasion de la
fête nationale de son pays d'origine.
Comme vous le savez, M. le Président, ce n'est pas d'aujourd'hui
que nous retrouvons des membres de la communauté portugaise qui arrivent
au Québec puisque la présence portugaise au Québec remonte
au XVIIe siècle alors que des explorateurs, des pêcheurs et des
pionniers vinrent participer, avec d'autres, à la découverte du
Nouveau Monde. Mais, dans l'histoire contemporaine, la communauté
portugaise s'est toujours établie au Québec au cours des
années soixante et soixante-dix, et on compte maintenant plus de 40 000
membres issus de cette communauté qui s'intègrent et participent
pleinement à la vie québécoise.
Nos concitoyens d'origine portugaise habitent, pour la plupart, dans la
région de Montréal, dans les quartiers du Plateau-Mont-Royal, de
Villeray-Saint-Michel, de Rosemont-Papineau et de Côte-des-Neiges, ainsi
que dans les circonscriptions de mes collègues de Chomedey et de Groulx.
On retrouve aussi une importante communauté d'origine portugaise
à Hull, ainsi que certaines concentrations dans d'autres régions
du Québec.
Plusieurs de mes collègues ont le privilège de compter
parmi leurs commettants des représentants de cette communauté et
ils sont heureux de se joindre à moi pour souhaiter aux Portugaises et
aux Portugais du Québec de joyeuses célébrations à
l'occasion de cet événement très spécial.
Je saisis l'occasion, M. le Président, pour souligner l'apport
des Québécois d'origine portugaise à notre vie
économique et culturelle. Nourris par la fierté de la riche
culture dont ils sont les porteurs, ils ont mis sur pied différentes
structures communautaires pour devenir l'une des communautés les plus
dynamiques à Montréal. Ainsi, la communauté portugaise
compte plusieurs médias imprimés et électroniques et une
vingtaine d'organismes communautaires. Et je suis persuadée, M. le
Président, comme la communauté portugaise est bien
intégrée à la société francophone, qu'elle
ne partage pas les craintes du député de Lévis quant
à l'adoption du projet de loi 86.
Tout en apportant une contribution sans équivoque à la
diversité culturelle du Québec, les Québécois
d'origine portugaise participent activement aux structures économiques,
sociales et démocratiques de notre société et on doit s'en
réjouir, car c'est en réunissant toutes les forces vives que nous
pourrons relever les plus importants défis auxquels nous faisons face
pour bâtir un Québec à notre image.
Merci, M. le Président.
Une voix: Bravo! Bravo!
Le Vice-Président (M. Lefebvre): On n'a pas d'autres
interventions. Il y a entente à l'effet qu'il y a un intervenant de
chaque côté seulement.
Mise aux voix
Alors, est-ce que la motion de M. le député de
Lévis, qui se lit comme suit: «Que cette Assemblée
offre
ses meilleurs voeux aux Québécois d'origine portugaise et
au peuple portugais dont c'était hier la fête nationale»,
est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté. M. le
leader adjoint du gouvernement.
Motion proposant que l'étude des
prévisions budgétaires du Directeur général
des
élections soit confiée à la
commission des institutions
M. Bélisle: Oui, M. le Président. J'aimerais, M. le
Président, déposer la motion suivante: «Que,
conformément à l'article 544 de la Loi électorale,
l'Assemblée nationale confie à la commission des institutions
l'étude des prévisions budgétaires du Directeur
général des élections pour Tannée 1993-1994, le
ministre délégué à la Réforme
électorale étant membre de ladite commission pour la durée
du mandat.»
Et je dépose ladite motion, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Est-ce qu'il y a
consentement pour débattre cette motion?
M. Chevrette: Oui.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Consentement. Allez-y, M.
le leader.
M. Jean-Pierre Bélisle
M. Bélisle: M. le Président, tout simplement, je
pense que la motion est évidente. Je pense que c'est pour permettre un
examen approfondi des prévisions budgétaires du Directeur
général des élections, et nous croyons qu'il y a lieu de
le faire à la présente occasion.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le leader
adjoint du gouvernement.
M. le leader de l'Opposition officielle, sur cette même
motion.
M. Guy Chevrette
M. Chevrette: Oui, M. le Président. Il y a même
entente. C'est à chaque année, depuis quelques années,
qu'on procède de cette façon-là, puisque c'est le
Parlement qui a demandé que, dorénavant, on analyse les
crédits, etc. Donc, consentement, puis vote immédiatement.
Mise aux voix
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Alors, est-ce que la
motion qui se lit comme suit: «Que, conformément à
l'article 544 de la Loi électorale, l'Assemblée nationale confie
à la commission des institutions l'étude des prévisions
budgétaires du Directeur général des élections pour
l'année 1993-1994, le ministre délégué à la
Réforme électorale étant membre de ladite commission pour
la durée du mandat», est adoptée? Est-ce que cette motion
est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Est-ce qu'il y a d'autres
motions sans préavis?
M. Bélisle: M. le Président, nous n'en sommes pas
encore rendus aux affaires du jour. Non?
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Non.
Avis touchant les travaux des commissions
Avis touchant les travaux des commissions. M. le leader du
gouvernement.
M. Bélisle: Les avis, oui. M. le Président, j'avise
cette Assemblée qu'aujourd'hui, après les affaires courantes
jusqu'à 13 heures, et de 15 heures à 18 heures, à la salle
du Conseil législatif, la commission de la culture poursuivra
l'étude détaillée du projet de loi 86, Loi modifiant la
Charte de la langue française.
De plus, M. le Président, j'avise également cette
Assemblée que vendredi, le 18 juin 1993, après les affaires
courantes, jusqu'à 13 heures, de 15 heures à 18 heures et de 20
heures à 24 heures, à la salle Louis-Hippolyte-LaFontaine, la
commission du budget et de l'administration entendra les
intéressés et procédera à l'étude
détaillée du projet de loi d'intérêt privé
262, Loi modifiant la Loi concernant Les Services de santé du
Québec et concernant SSQ, Mutuelle de gestion et SSQ,
Société d'assurance-vie inc.
Je dépose les avis, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le leader
adjoint du gouvernement.
Renseignements sur les travaux de
l'Assemblée
Renseignements sur les travaux.
M. le leader de l'Opposition officielle.
M. Chevrette: M. le Président, c'est le premier avis que
nous avons pour les lois privées. Il reste 2 jours ouvrables avant le
23. Si j'ai bien compris, il resterait environ 8 jours ouvrables. Il y a
quelques lois privées qui ne sont pas nécessairement conformes
dans les délais ou, encore, dans la publication des avis, mais qui ont
une importance assez grande sur le plan du développement
économique. Je pense qu'il y a au moins une couple de lois qui ont une
connotation vraiment économique. Dans d'autres cas, par exemple, je
pense aux Chevaliers de Colomb de Jonquière, ça pourrait
permettre la construction, également un aspect
économique.
Est-ce que le ministre et leader du gouvernement a l'intention,
dès le début de la semaine, d'en appeler quelques-uns et ceux qui
ne semblent pas... Ceux qui font consensus au niveau des deux formations
politiques, est-ce qu'il a l'intention de les appeler au tout début de
la semaine?
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui, M. le Président. En
réponse à la question du leader de l'Opposition officielle, il
est certain que les lois privées qui sont inscrites au feuilleton, de
même que certaines autres dont on a eu préavis et qui ne posent
pas de problème, comme tel, sur le plan de l'application de principes de
justice naturelle ou autres et qui favorisent le développement
économique des régions, il est de l'intention du leader du
gouvernement d'en discuter avec le leader de l'Opposition officielle et de voir
de quelle façon, sans brimer les droits de quelque intervenant que ce
soit, on puisse, de consentement unanime de cette Chambre, adopter ces lois qui
ne contiennent que des éléments positifs pour l'évolution
de la société québécoise.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): M. le leader du
gouvernement. Ça va?
Affaires du jour
Alors, nous continuons les travaux de l'Assemblée à
l'étape des affaires du jour.
M. le leader du gouvernement avec quel article du feuilleton, s'il vous
plaît?
M. Bélisle: Étant aux affaires du jour, M. le
Président, à l'article 56.
Motions du gouvernement
Motion proposant que la commission de
l'économie
et du travail entende les parties en cause
sur les raisons motivant
l'impossibilité
de s'entendre sur les modifications à
apporter au décret de la construction
Le Vice-Président (M. Lefebvre): À l'article 56 de
notre feuilleton, il s'agit d'une motion inscrite par le leader du gouvernement
en vertu de l'article 146 du règlement qui se lit comme suit: «Que
la commission de l'économie et du travail, conformément à
l'article 51 de la Loi sur les relations du travail, la formation
professionnelle et la gestion de la main-d'oeuvre dans l'industrie de la
construction, procède, à la salle du Conseil législatif,
le lundi 14 juin 1993, après les affaires courantes selon l'horaire des
séances des commissions et dans l'ordre suivant, à l'audition de:
le Syndicat de la construction de la Côte-Nord de Sept-îles inc.;
la Centrale des syndicats démo- cratiques; la
Confédération des syndicats nationaux; le Conseil provincial du
Québec des métiers de la construction; la
Fédération des travailleurs du Québec et l'Association des
entrepreneurs en construction du Québec, quant aux raisons motivant
l'impossibilité de parvenir à une entente relativement aux
modifications à apporter au décret de la construction; (11 h 20)
«La durée maximale de l'exposé de chaque organisme soit de
20 minutes, l'échange des membres de la commission avec chaque organisme
soit d'une durée maximale de 40 minutes partagées
également entre les membres du groupe parlementaire formant le
gouvernement et les députés formant l'Opposition, en respectant
le principe de l'alternance; «La commission soit présidée
par un président de séance, autorisé à modifier,
à la demande de l'un ou de quelques-uns d'entre eux, l'ordre de
l'audition des organismes ci-devant mentionnés; «Et que le
ministre du Travail soit membre de ladite commission pour la durée du
mandat.»
Alors, il s'agit d'un débat restreint de 60 minutes.
M. Chevrette: M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Oui, M. le leader de
l'Opposition officielle.
M. Chevrette: Avant qu'on ne discute du débat restreint et
du partage du temps, je voudrais soulever la recevabilité de la motion
sur certains aspects. Et ce n'est pas de mon intention de m'objecter à
ce qu'on procède, mais je pense qu'il y a des parties qui doivent
être corrigées.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Je vous écoute sur
la recevabilité.
Débat sur la recevabilité M. Guy
Chevrette
M. Chevrette: Tout d'abord, M. le Président,
d'entrée de jeu, je signale au président que je soulève ma
question de règlement concernant un paragraphe de la motion et que je
demande son intervention en vertu de l'article 193 qui lui permet de corriger
la forme d'une motion pour la rendre recevable.
Maintenant, pourquoi, à nos yeux, l'avant-dernier paragraphe
est-il irrecevable? L'article 139 de notre règlement prévoit que
l'on peut confier, par décision de l'Assemblée nationale,
à un président de séance le soin de diriger une
commission. Ce n'est pas correct, cependant, M. le Président, à
notre point de vue, envers le président Bélanger,
député de Laval-des-Rapides, mais nous ne contestons pas ce fait.
Nous trouvons ça incorrect que l'Assemblée nationale fasse
ça, cependant. Cet aspect de la motion ne va donc pas techniquement
à rencontre de notre règlement. Toutefois, c'est une
pratique hautement inhabituelle qui remet en cause le rôle
même du vice-président.
En effet, l'article 141 prévoit exactement qui, quelle personne
prend la relève. En l'occurrence, le député de Laviolette
m'a signifié qu'il était prêt à présider la
commission la semaine prochaine, M. le Président.
Ceci étant dit, il y a 2 aspects qui nous apparaissent,
cependant, irrecevables. Peut-on, tout d'abord, en toute cohérence,
explicitement, dans la motion des pouvoirs d'agencement des travaux au
président de séance, modifier par motion le règlement, ce
qui ne peut, à mon avis, être fait qu'en vertu d'un consentement
unanime de l'Assemblée?
Et j'explique ici. Le président de séance, M. le
Président ? puis ce n'est pas nécessairement la même
personne sur une base régulière ? c'est quelqu'un qui s'en
vient donner un droit de parole puis qui fait appliquer le règlement,
point final. Ce sont les présidents et les vice-présidents qui,
avec leur comité, peuvent réunir les députés et
voir à consulter avant de prendre une décision au niveau de la
présidence de la commission et de la vice-présidence. Ce sont eux
qui doivent prendre les décisions quant à l'agencement des
travaux. Il est arrivé quelques fois... c'est-à-dire une seule
fois, à l'Assemblée nationale, à mon point de vue, et
ça a été pour la langue. Et vous avez vu qu'est-ce que
ça fait quand c'est l'Assemblée nationale qui fixe le
fonctionnement même du travail? Là, on donne ça à un
président de séance qui n'est pas du tout nommé par
l'Assemblée nationale, qui n'a pas d'autorité de
l'Assemblée nationale. Ce n'est que par un rôle de technicien,
point, et non pas un rôle de gestionnaire de la commission, comme l'est
le président et le vice-président, M. le Président.
Donc, dans le présent cas, on donne plus de pouvoir à un
vice-président qu'on en donne à un président de
séance, qu'on en donne à un président de commission et
à un vice-président de commission. Parce que le président
de commission est assujetti quand même, il est obligé de
consulter, de convoquer et de faire un comité des députés.
On donne donc plus d'autorité par une motion, ici, à un
président de séance que nos règlements en accordent
à un président et à un vice-président de
commission. Voyons! Ça ne tient pas debout, ça ne résiste
pas à l'analyse, et je ne crois pas que ce soit l'esprit du
règlement, à part ça. Selon nous, ou bien le
règlement s'applique, ou bien la motion ne peut suppléer ou
ajouter au règlement.
Enfin, quels sont les pouvoirs d'un président de séance
nommé en vertu de 139 par rapport à l'agencement des travaux, si
on considère la portée du deuxième alinéa de
l'article 39 qui stipule qu'il ne peut même pas participer aux
discussions de la commission?
Que dire de l'article 147 concernant la convocation de la commission par
le président, si le président de séance qui agit comme
président n'est pas le même à chaque jour, puisqu'il n'est
pas spécifié qui sera le président de séance? En
d'autres mots, M. le Président, le président de séance ne
peut pas prendre part aux discussions, alors que même le président
de commis- sion, lui, en a le pouvoir. Le vice-président de la
commission, il a le pouvoir. Le président de séance ne peut pas
participer, il applique le règlement, point. Et ça, c'est
clair.
En vertu de 139 et 147, à notre point de vue, il y a
également méprise sur la recevabilité de cette motion. Il
y a également l'article 171 et l'article 4 et 4.1 des règles de
fonctionnement concernant les séances de travail et les pouvoirs du
comité directeur concernant l'agencement des travaux. On met de
côté, à toutes fins pratiques, ces articles-là, M.
le Président, qui, à mon point de vue... Je ne vois pas pourquoi,
d'ailleurs, ça a été fait de même. Parce qu'on en a
eu, une séance, dernièrement, avec le ministre du Travail
concernant le même sujet, à toutes fins pratiques; ce n'est qu'une
répétition de l'autre, mais peut-être pas pour les
mêmes délais, mais je ne vois pas pourquoi... Et si j'interviens,
c'est parce que je ne veux pas qu'il y ait de précédent, c'est
clair! Ce n'est pas parce que je veux m'objecter, là, ad vitam
infinitum. Je ne veux tout simplement pas que ça constitue un
prédécent, et qu'on puisse fonctionner comme on a
déjà fait dans le passé.
Mais c'est chatouilleux un peu, comme sujet, quand on regarde le
rôle des présidents et vice-présidents d'une commission par
rapport à un président de séance. Je pense qu'on a voulu,
de par nos règlements... Et c'est très spécifique, M. le
Président. C'est l'Assemblée nationale qui nomme les
présidents et les vice-présidents de commission, alors que les
présidents de séance, vous le savez, à toutes fins
pratiques, c'est une liste que vous recevez et qu'on entérine, qui
devient une responsabilité additionnelle, mais pas une
responsabilité additionnelle qui est désirée par
l'Assemblée nationale comme telle, contrairement à la
présidence et à la vice-présidence, où on a voulu,
dans nos règlements, que ces gens-là aient une autorité
morale pour diriger, administrer, gérer une commission, et qu'on a
soumis même à des obligations de faire. Par exemple, ils sont
obligés de convoquer des comités directeurs, etc., et de faire
des séances de travail pour l'agencement des travaux. Je ne voudrais
pas, moi, qu'un simple président de séance, de par une
décision ici, aujourd'hui, ait plus de pouvoirs qu'on a voulu en donner
à nos présidents et à nos vice-présidents de
commission. Ça ne tient pas debout.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le leader de
l'Opposition officielle.
M. le leader adjoint du gouvernement, sur la recevabilité.
M. Jean-Pierre Bélisle
M. Bélisle: M. le Président, je crois
définitivement que la motion est recevable comme elle est
présentée, et je vais lire le paragraphe qui semble poser
problème au leader de l'Opposition: «La commission soit
présidée par un président de séance autorisé
à modifier, à la demande de l'un ou de quelques-uns d'entre eux,
l'ordre de l'audition des organismes ci-devant mention-
nés». La seule chose qui est demandée, M. le
Président, la seule chose qui est octroyée au président de
séance, qui a les mêmes pouvoirs que le président
élu... Je conviens avec l'Opposition, M. le Président. M. le
Président, c'est parce que j'ai peut-être la mauvaise habitude,
quand j'essaie de m'adresser à vous, d'essayer d'avoir une communication
directe.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Vous avez toute mon
attention.
M. Béïisle: C'est par déformation
professionnelle, que voulez-vous. Ha, ha, ha! Je ne pourrai jamais me corriger
de ça.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Allez-y.
M. Bélisie: Tout simplement, ce que je veux dire, c'est
que le président, comme tel, en vertu de l'article 138 de notre
règlement, «organise, anime les travaux de sa commission et prend
part à ses délibérations» et a droit de vote.
L'article 139, c'est pour le président de séance, qui lui n'est
pas élu comme le vice-président à la commission en vertu
de l'article 135 par les membres de la commission, mais qui, en vertu de
l'article 139, le président de séance, lui, «est
désigné par le président de l'Assemblée nationale
à partir d'une liste approuvée par la commission de
l'Assemblée nationale».
Alors, le parallèle que je fais, M. le Président, c'est
que, par voie de pouvoirs délégués à la commission
de l'Assemblée nationale, représentée par les 2 partis, le
président nomme des présidents de séance. C'est sûr
que ce serait mieux si la disposition était écrite
différemment, mais notre règlement est tel qu'il est. Alors,
pourquoi, dans la motion qui est présentement devant nous, avons-nous
mis ce paragraphe-là, où on dit: «présidée
par un président de séance»? C'est-à-dire une liste
plus longue qui existe que simplement le président ou le
vice-président qui est disponible. (11 h 30)
En plus, le seul pouvoir, c'est un pouvoir de souplesse, en
réalité. On veut éviter ce qui s'est passé dans
d'autres commissions, où, à un certain moment donné, tel
groupe ou tel autre groupe ne peut pas être présent. Et on indique
bien, dans la motion, on dit: «à la demande de l'un ou de
quelques-uns d'entre eux». Si un groupe, par exemple... Prenons le cas de
CSN-construc-tion et de la FTQ-construction. Prenons le cas que, dans la motion
qu'on présenterait aujourd'hui il y aurait un horaire
prédéterminé et un ordre prédéterminé
et que, pour une raison qui est absolument hors de contrôle, de force
majeure, la CSN ne puisse pas se présenter à 10 heures, le 14
juin, mais que la FTQ puisse se présenter à 10 heures, que
ça ne cause pas préjudice à la FTQ et que ça
avantage la CSN, si on met, comme on le mettait dans nos anciennes motions,
l'ordre des intervenants, on a un problème en termes d'organisation des
travaux.
Or, ce qui est là, ce n'est pas de conférer des pouvoirs
extraordinaires au président de séance, c'est d'ajuster les
dispositions de notre règlement pour permettre à ceux qui
viennent se faire entendre d'avoir des plages de temps à leur
convenance, à leur demande, pas pour satisfaire les parlementaires.
Parce que les parlementaires vont être là lundi, ils vont
être là pour les écouter. Si, entre eux, il y a une
stratégie ? peut-être qu'il peut y avoir une stratégie
de présenter tel groupe avant tel autre ? les membres de
l'Assemblée nationale sont là pour écouter, ils ne sont
pas là pour donner des ordres qu'Untel ou tel autre passe avant
l'autre.
Alors, M. le Président, il n'y a rien dans notre
règlement, ni à l'article 139, ni à l'article 138. Quand
on dit à l'article 138: «Le président organise et anime les
travaux de sa commission», ça accorde toute la latitude possible
au président de la commission ou au président de séance
qui le remplace d'être souple, M. le Président, et de s'acquitter
de son obligation en écoutant les parties et en disant: Écoutez,
si tel groupe me fait une demande, comme on a dans notre motion, je vais le
satisfaire, je vais permettre à ce qu'un groupe passe avant l'autre.
On est très clair. On ne donne pas un pouvoir illimité. On
dit dedans notre motion: «La commission soit présidée par
un président de séance autorisé à modifier ?
pas à sa discrétion à lui ? à la demande de
l'un ou de quelques-uns d'entre eux», c'est-à-dire des groupes qui
sont là.
M. le Président, je ne vois pas l'énorme
difficulté. C'est fait dans le but de satisfaire les groupes qui vont
venir, et d'avoir une meilleure organisation des travaux, et d'éviter
que les membres de l'Assemblée nationale, autant de l'Opposition que du
parti ministériel, se retrouvent devant des plages de temps ? 10
heures, 11 heures ou midi ? où, par des raisons de force majeure
qu'on ne contrôle pas, nous les parlementaires, il n'y ait pas de groupe
qui soit là et que les travaux soient perturbés. Il me semble
qu'il y va de l'économie de tout ce petit livre gris qui est là,
du règlement de l'Assemblée, qu'on permette qu'une disposition
semblable fasse partie de la motion et qu'elle est tout à fait, mais
tout à fait recevable.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Je vais permettre
à M. le leader de l'Opposition officielle de revenir. Mais ce que je
comprends de l'intervention et de l'argumentation du leader de l'Opposition
officielle, c'est que cette motion donnerait à un président de
séance un pouvoir qu'il n'a pas en vertu de la coutume et de la
jurisprudence, si j'ai bien compris l'argumentation du leader de l'Opposition
officielle.
Je vais vous permettre à tous les 2 de revenir.
M. Bélisie: Juste un léger ajout. M. le
Président. Le Vice-Président (M. Lefebvre): Allez-y.
M. Bélisie: C'est évident que le leader de
l'Opposition et moi, on en discute quelquefois. On ne livre pas
de secret: notre livre gris, il faudrait le dépoussiérer,
il faudrait le changer à plusieurs égards. Bon. La jurisprudence,
vous le savez, M. le Président, ce sont les cas... la façon que
c'a été décidé par la présidence.
On a eu des problèmes d'organisation à l'Assemblée.
Pourquoi on n'ouvre pas, sans exagération, sans droits
discrétionnaires illimités, et on ne cadre pas une
possibilité, une plage, une fenêtre qu'on ouvre dans notre
règlement pour faire un petit pas en avant ce matin? C'est ça
qu'on essaie de faire. On essaie de faire un petit pas en avant. On n'essaie
pas de parcourir 2 milles de distance avec notre règlement, on veut
être plus à l'écoute des gens qui vont venir nous voir.
Quel sacré privilège, sacré droit on est en train de
tasser de côté? Je n'en vois pas, moi.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): M. le leader. M. Guy
Chevrette
M. Chevrette: M. le Président, le petit livre gris,
justement. Dans le petit livre gris, il y a une lettre et il y a un esprit dans
ça. Quand on a voulu valoriser les commissions et qu'on a dit que ce
sont les chefs de parti qui choisissent même les individus comme
président et comme vice-président, mais qu'ils doivent être
entérinés, et vous le savez, par l'Assemblée nationale...
Et je me souviens très bien, c'était l'esprit de la
réforme, c'était de donner plus de pouvoir aux
députés dans la gestion des travaux parlementaires. Les
présidents de séance sont arrivés là, M. le
Président, comme des outils, des instruments pour conduire les travaux
en appliquant les questions de privilège, droit de parole, respect du
temps, etc. Mais les vice-présidents, c'est eux autres qui ont la
gestion.
Bien, moi, je prétends, M. le Président, qu'on a fait une
erreur, la semaine passée. Je ne parle pas sur le plan du droit. Quand
on a voulu que l'Assemblée nationale fixe précisément les
travaux de la commission sur la langue, les audiences, qu'est-ce qui est
arrivé? Quand ça devient un ordre de la Chambre, vous le savez,
ce n'est plus amendable. C'est précisément parce qu'on laisse la
gestion à un président et à un vice-président qu'on
peut avoir cette souplesse dont il parle. Mais, moi, par exemple, je ne veux
pas que ce soit laissé à un président de séance qui
peut changer ça exclusivement avec le ministre du Travail; c'est
précisément à l'un ou à l'autre.
M. le Président, puis l'agencement des travaux, contrairement
à ce que dit le leader, on est là pour écouter, il n'y a
pas d'agencement. Est-ce que le ministre du Travail, par exemple, serait
très heureux si un président de séance décidait
d'entendre 3 groupes qui lui sont antipathiques, collés en partant,
à la meilleure heure de pointe et sans qu'il puisse avoir un son de
cloche divergent? Lui, le premier, dirait: Qui a arrangé ça, ces
travaux-là? Il n'y a pas d'équilibre qui a été
cherché. Bien souvent, la présidence et la vice-président
cherchent un équilibre, justement, dans la présentation
même. Ce n'est pas mécanique, ça, cette histoire-là.
C'est une analyse politique qui doit être faite par un président
et un vice-président qui ont la gestion.
À mon point de vue, M. le Président, je le
répète, ce n'est pas pour prolonger les travaux indûment
ici, ce n'est pas pour m'objecter pour le plaisir de m'objecter, c'est que je
ne veux pas qu'il y ait de précédent où on vient, par une
résolution de l'Assemblée nationale, diminuer le rôle et la
valeur du rôle d'un président et d'un vice-président de
commission au profit d'un président de séance, et c'est ça
que je ne veux pas.
Je pense qu'un président de séance, M. le
Président, son rôle est bien défini, bien minime par
rapport au rôle administratif et de décision, d'orientations
politiques que peuvent donner un président et un vice-président
d'une commission.
M. Jolivet: M. le Président...
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Oui, M. le
député de Laviolette, vous parlez toujours de la
recevabilité soulevée par votre leader. Allez-y.
M. Jean-Pierre Jolivet
M. Jolivet: Oui, M. le Président. Je me sens un peu
offusqué, mais je ne le montrerai pas trop. Je vais commencer par
être bien calme. Il y a, en vertu des règlements, un comité
de direction qui est formé du président, du vice-président
et du secrétaire de la commission. Normalement, quand il y a convocation
de la commission parlementaire de l'économie et du travail, l'entente
intervenue entre le député de Laval-des-Rapi-des, M.
Bélanger, et moi-même, au comité de direction, même
si le secrétaire a changé à quelques occasions, est la
suivante. Normalement, c'est le président qui préside. Quand il
ne peut pas présider, c'est le vice-président qui préside.
Ça, c'est une décision qui date depuis le début; ça
fait longtemps qu'on est ensemble, les deux. Une fois qu'on a fait ça...
Non, mais je veux dire pour la mienne. Les autres, c'est peut-être
pareil, j'imagine, mais je parle de ce que je connais, la commission dont j'ai
la responsabilité comme vice-président.
Et, lorsqu'il y a décision, on a mis un automatisme. Tant et
aussi longtemps que je ne dis pas que je veux présider, parce que le
président ne s'y trouve pas, c'est un président de séance
qui est là. C'est un automatisme chez nous. Allez voir le
secrétaire. Ils ont essayé de faire ça,
dernièrement, à une commission où je suis intervenu, et
j'ai dit: Un instant, là, ce n'est pas de même que ça
marche. J'ai demandé au secrétaire qui était nouveau
d'aller vérifier auprès du président, lequel
président a dit exactement ce qui était la réalité,
et j'ai repris la présidence de la commission parlementaire au moment
où on a eu des audiences. J'avais décidé, parce que c'est
mon devoir de le faire, de remplacer le président qui n'était pas
là, et nous nous sommes entendus.
À ce moment-ci, j'apprends par une motion qui est en Chambre que
l'on a outrepassé à la fois le président, pour des raisons
qui ne me regardent pas, mais
d'autant plus le vice-président, qui fait toujours sa job, qui
est toujours présent, qui ne manque jamais le travail ici, à
cette Assemblée, qu'on lui demande de faire. On ne m'a même
parlé, on ne m'a même pas consulté. Tout ce que je vois:
une motion dans les avis d'aujourd'hui.
Moi, je vous dis, M. le Président, je suis un peu insulté.
J'ai le droit de le démontrer. Je suis prêt à
présider la commission. Donc, normalement, si le président ne
peut pas, je serai président de la commission. Je ne vois pas pour quoi
faire qu'on n'indique pas qu'il y aura des auditions particulières avec
des gens qui seront convoqués, puis, comme c'est l'habitude, j'ai la
responsabilité, et je le fais convenablement à toutes les fois,
en parlant aux 2 leaders, en leur disant nos préférences, puis on
demande aux 2 leaders de régler les problèmes qu'on ne peut pas
régler comme vice-président et président. Compte tenu que
le président n'y est pas, c'est de même qu'on a fonctionné
jusqu'à maintenant, puis on n'a pas eu de problème.
Quelle est la raison majeure qui fait qu'aujourd'hui le
vice-président est un peu comme Paillasson? Je n'aime pas bien
ça. Je voudrais simplement que mes droits soient reconnus, puisque c'est
la seule chose à l'Assemblée nationale qui est aussi bien
structurée, que la commission parlementaire. (11 h 40)
Je vais vous donner juste un petit fait. Les gens ont l'impression qu'un
vice-président de commission parlementaire, à cause des
indemnités qu'il reçoit, gagne moins qu'un leader adjoint. Bien,
le jour où mon collègue, à la dernière
Législature, M. le député de Joliette, qui est devenu chef
par intérim à ce moment-là, m'avait demandé, comme
collègue, de prendre la responsabilité de leader adjoint, ce
qu'il ne savait pas et ce que je savais, c'est que mon indemnité comme
vice-président de commission était plus forte que mon
indemnité comme leader adjoint. Simplement pour vous dire que ça
dénote la responsabilité de cette Assemblée, le
prolongement de vous-même, M. le Président, en commission
parlementaire. Donc, il me semble qu'on devrait être un peu plus poli
envers ces gens qui sont nommés, élus par les commissions
parlementaires et l'Assemblée.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Quelques commentaires
additionnels.
M. Jean-Pierre Bélisle
M. Bélisle: M. le Président, je ne veux pas faire
le débat sur ce qu'il y a de plus important ou moins important pour
l'Assemblée nationale. Vous avez vous-même occupé un poste,
M. le Président, de leader adjoint. Bon. Si on commence ce
débat-là, on ne finira plus. Il y a quelque chose peut-être
qui ne" marche pas dans notre petit livre gris ou dans nos règles qui
sont correspondantes. Vous savez le travail qu'on a comme leader adjoint...
Bien, en tout cas. Non, ne me faites pas une grimace. Je pense qu'on se
comprend. On est collés ici et on en fait des heures, drôlement.
Alors, qu'on ne vienne pas me dire qu'on compare les deux, là. Il y a
peut-être une anomalie qui est dans le sens inverse. Ça devrait
peut-être corriger de l'autre côté.
Ceci étant dit, je trouve que le député de
Lavio-lette a l'insulte facile ce matin. Le but, ce n'est pas de l'insulter.
Absolument pas. Au contraire. Il y a un article qui dit dans notre
règlement... Je m'excuse, mais je ne veux pas que ce soit la
règle de la majorité qui dise: On passe le bulldozer, puis on
passe cette règle-là, puis on leur impose ça dans le
gorgoton. Ce n'est pas ça, là.
L'article 139, deuxième ligne, dit: «Les débats
d'une commission, à la demande de son président ou par
décision de l'Assemblée». «Ou par décision de
l'Assemblée». Il y a une motion; il va y avoir une décision
de l'Assemblée. La décision de l'Assemblée, je comprends
que ça ne fasse par l'affaire du député de Laviolette,
mais il y a une décision de l'Assemblée dans le but d'être
plus souple. C'est ce qu'on propose à l'Assemblée. Je pense
qu'elle est recevable. Il n'y a pas de mauvaise intention derrière
ça. C'est pour donner plus de souplesse aux gens.
M. le Président, qu'on fasse une chose. Moi, je suis prêt
à relever le défi n'importe quand, si le leader de l'Opposition
veut me lancer le défi... Non, non, non. Écoutez. Qu'on s'assoit
et qu'on le travaille, le petit livre. Moi, je suis prêt, là.
N'importe quand, je suis prêt. Je suis prêt, moi, là. Je
suis prêt. Puis moi, mes propositions, elles sont déjà
écrites. Si vous voulez vous asseoir, on va le faire, le travail. Puis
on va arrêter de siéger à 2 heures de la nuit, puis on va
corriger le règlement. On va le faire. Moi, je suis prêt. Je vous
en fais une proposition aujourd'hui.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Ça va. Merci.
Merci. Alors, je vais suspendre les travaux quelques minutes pour
délibérer sur l'argumentation et de la gauche et de la droite, et
de ma gauche et de ma droite.
(Suspension de la séance à 11 h 43)
(Reprise à 12 h 37)
Décision du président
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Mmes et MM. les
députés, si vous me le permettez, je vais rendre la
décision que j'ai prise en délibéré.
Au début des affaires du jour de la présente
séance, M. le leader du gouvernement a présenté la motion
qui apparaît à l'article 56 du feuilleton. Cette motion
prévoit, entre autres, qu'en vue de l'audition d'organismes visés
par l'application de l'article 51 de la Loi sur les relations de travail, la
formation professionnelle et la gestion de main-d'oeuvre dans l'industrie de la
construction, la commission de l'économie et du travail soit
présidée par un président de séance autorisé
à modifier, à la demande de l'un ou de quelques-uns d'entre
eux,
l'ordre de l'audition de ces organismes.
Avant que l'Assemblée n'entreprenne le débat sur ladite
motion, M. leader de l'Opposition officielle a soulevé
l'irrecevabilité de cette dernière disposition. Selon lui, le
pouvoir octroyé au président de séance de modifier l'ordre
des organismes lors de consultations particulières va à rencontre
de l'esprit de notre règlement dans la mesure, notamment, où ce
pouvoir serait plus étendu que celui reconnu au président de la
commission.
Après avoir entendu les arguments de part et d'autre et
examiné la question, j'en arrive à la conclusion que la motion du
leader du gouvernement et, notamment son avant-dernier paragraphe, sont
recevables. D'une part, l'article 139 donne, sans ambiguïté aucune,
à l'Assemblée le pouvoir de confier à un président
de séance le mandat de diriger les travaux d'une commission, et ce,
même si le président ou le vice-président de cette
commission sont prêts à remplir cette tâche. D'autre part,
l'article 171 du règlement donne à la commission elle-même
le mandat de déterminer en séance de travail la durée
totale de chaque audition et la durée respective de l'exposé et
des échanges avec la commission.
Le règlement est cependant muet sur la détermination de
l'ordre des interventions. On peut le déplorer, mais la chose est ainsi.
Dans les conditions et dans les circonstances présentes, si l'auteur de
la motion souhaitait que des modifications puissent être apportées
à l'ordre des organismes fixés dans sa motion, il pourrait
confier ce pouvoir, soit à la commission elle-même, soit à
un comité de direction, soit à son président ou à
son vice-président, soit à son président de séance.
C'est cette dernière solution qu'il a choisie. Il reste à
l'Assemblée à se prononcer sur cette motion et à chacun de
ses membres à l'appuyer ou à s'y opposer.
Il reste à fixer, à déterminer le partage du temps,
tel que je vous l'ai indiqué tout à l'heure. Je m'adresse aux 2
leaders. La motion doit être débattue à l'intérieur
d'une période de 60 minutes. Alors, à moins que vous m'indiquiez
que le partage du temps a été convenu entre les 2 formations, et
de l'Opposition officielle, et des ministériels, je devrai suspendre
pour vous rencontrer, MM. les leaders.
Alors, oui, M. le leader du gouvernement. (12 h 40)
M. Bélisle: Bon, simplement, le leader de l'Opposition et
moi, on se croise des yeux, M. le Président, je pense que la...
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Allez-y. Allez-y, M. le
leader.
M. Bélisle: Je pense que la règle pourrait
être tout simplement: partage du temps en parts égales et le temps
n'accroît pas à l'autre, pour limiter les débats, parce que
je pense que les 2 formations sont d'accord avec la motion.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Oui. Je ré- serve
cependant 10 minutes aux indépendants.
Une voix: Je vous remercie, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Alors, j'en fais un ordre
de la Chambre. Je vais maintenant permettre à M. le président de
me remplacer pour rendre lui-même une décision qui a
été soulevée à la période des questions ce
matin.
Décision du président sur la question
de
privilège soulevée par le leader
de l'Opposition officielle
Le Président: Mmes et MM. les députés, je
vais maintenant rendre ma décision sur la question de privilège
soulevée aujourd'hui même par le leader de l'Opposition
officielle.
Ce dernier allègue que le ministre des Transports aurait commis
un outrage à l'Assemblée par les propos qu'il aurait tenus
à l'endroit du Protecteur du citoyen lors de la période de
questions du 9 juin dernier. Le leader de l'Opposition officielle
prétend que le Protecteur du citoyen est un démembrement de
l'Assemblée et soutient que le fait de l'attaquer au point d'affecter sa
crédibilité et son efficacité porte atteinte à
l'intégrité et à la crédibilité de
l'Assemblée elle-même et constitue, par conséquent, un
outrage à l'endroit de l'Assemblée.
Il importe d'établir, au départ, que les privilèges
de l'Assemblée nationale et de ses membres sont le fait d'une longue
tradition. Ils tirent leur origine du Bill of Rights de 1688 lequel accordait
la liberté de parole et l'immunité parlementaire aux
représentants du peuple. Ces privilèges ont leurs assises dans la
première partie de notre Constitution écrite, plus
particulièrement dans la Loi constitutionnelle de 1867.
Tout récemment, la Cour suprême du Canada reconnaissait le
caractère constitutionnel des privilèges nécessaires
à l'exercice des fonctions parlementaires. La liberté de parole,
y compris l'immunité contre des poursuites civiles relativement à
toute affaire découlant de l'exercice des fonctions des membres de
l'Assemblée, figure parmi les privilèges inhérents et
reconnus par la plus haute Cour. Il en est de même pour la question
d'outrage à l'Assemblée qui est de la même nature que les
droits et privilèges reconnus à l'Assemblée.
Les privilèges parlementaires ont pour but de protéger
l'Assemblée et ses membres contre toute entrave et de permettre à
ceux-ci de s'acquitter de leurs fonctions à l'abri de toute
ingérence. Les privilèges sont des droits exclusifs et
réservés uniquement aux membres du Parlement.
D'une part, le Protecteur du citoyen, même s'il est
désigné par l'Assemblée nationale, n'est pas un membre de
l'Assemblée. Il ne constitue pas un démembrement de
l'Assemblée, puisque seules les commissions sont des
démembrements de l'Assemblée. Le Protecteur du citoyen est
mandaté par la loi pour intervenir au nom des citoyens et prend valeur
d'institution qui assume ses
fonctions dans des conditions d'indépendance. Tout en
reconnaissant l'importance de l'institution que représente le Protecteur
du citoyen et les conditions d'indépendance nécessaires à
l'exercice de ses fonctions, celui-ci n'est pas un parlementaire et ne peut,
par l'intermédiaire d'un membre de l'Assemblée, se
prévaloir des droits et privilèges inhérents à
l'Assemblée et à ses membres.
D'autre part, les paroles du ministre représentent-elles un
délit contre l'autorité ou la dignité de
l'Assemblée, ce qui constituerait un outrage? À cet égard,
les propos du ministre s'adressaient au Protecteur du citoyen et non à
l'Assemblée elle-même. Les questions de droit et de
privilège et d'outrage à l'Assemblée, étant
exorbitantes du droit commun, ne peuvent que concerner les affaires propres
à l'Assemblée. Même si le Protecteur du citoyen est
désigné par l'Assemblée, il n'est pas une composante du
Parlement et ne peut ainsi participer à ses droits et privilèges.
En conséquence, il ne peut donc y avoir d'outrage à
l'Assemblée et, ainsi, les faits soulevés par le leader de
l'Opposition officielle ne constituent pas, prima facie, un outrage à
l'Assemblée.
Alors, sur ce, nous allons reprendre le débat, et je cède
le banc au vice-président pour poursuivre.
Motions du gouvernement
Débat sur la motion concernant le décret
de la construction
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Nous en sommes à
la motion inscrite par M. le leader du gouvernement en vertu de l'article 146:
«Que la commission de l'économie et du travail,
conformément à l'article 51 de la Loi sur les relations du
travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d'oeuvre dans
l'industrie de la construction (L.R.Q., chapitre R-20), procède,
à la salle du Conseil législatif, le lundi 14 juin 1993,
après les affaires courantes selon l'horaire des séances des
commissions et dans l'ordre suivant, à l'audition de: le Syndicat de la
construction de la Côte-Nord de Sept-îles inc.; la Centrale des
syndicats démocratiques; la Confédération des syndicats
nationaux; le Conseil provincial du Québec des métiers de la
construction; la Fédération des travailleurs du Québec;
l'Association des entrepreneurs en construction du Québec, quant aux
raisons motivant l'impossibilité de parvenir à une entente
relativement aux modifications à apporter au décret de la
construction; «La durée maximale de l'exposé de chaque
organisme soit de 20 minutes, l'échange des membres de la commission
avec chaque organisme soit d'une durée maximale de 40 minutes
partagées également entre les membres du groupe parlementaire
formant le gouvernement et les députés formant l'Opposition, en
respectant le principe de l'alternance».
C'est un débat restreint d'une heure et, tel qu'entendu entre les
leaders, il s'agit de 10 minutes pour les indépendants, 25 minutes pour
la formation du gouvernement et 25 minutes pour l'Opposition officielle. Je
suis prêt à reconnaître un premier intervenant. M. le leader
de l'Opposition officielle.
M. Chevrette: M. le Président, je voudrais faire une
proposition au leader du gouvernement...
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Oui.
M. Chevrette: ...qui serait la suivante: Compte tenu du fait que
c'est un débat de 1 heure, compte tenu du fait que le temps ne
s'accumule pas s'il n'est pas pris à l'autre parti, compte tenu qu'il y
a 10 minutes de réservées aux indépendants, ce qui veut
dire que le maximum qu'un orateur peut prendre, si j'ai bien compris, c'est 25
minutes, nous, de notre côté, sur cette motion précise et
après avoir échangé avec le ministre du Travail, nous
serions prêts à consentir que ce débat sur cette motion se
fasse en dérogation de l'heure de l'Assemblée. Au lieu de se
terminer à 13 heures, ça pourrait être vers 13 h 20, 13 h
25 maximum et, à ce moment-là, je serais prêt à
donner mon consentement, à l'ouverture même, avant qu'on ne
débute, là, pour qu'on sache très bien où on s'en
va. On pourrait suspendre une minute pour agencer ça.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Oui. Une voix:
...deux minutes.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, je vais suspendre
les travaux de cette Assemblée pour quelques instants afin que vous en
arriviez à une entente qu'on puisse confirmer ici.
(Suspension de la séance à 12 h 47)
(Reprise à 12 h 48)
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Si vous voulez prendre
place.
Alors, M. le leader de l'Opposition, est-ce qu'il y a une entente...
M. Chevrette: Je voudrais vous faire part, M. le
Président, d'une entente qui a eu lieu, où le ministre d'abord
s'exprime pour la durée du temps qu'il voudra bien le faire, et que
ça débordera 13 heures, et le critique de l'Opposition en cette
matière, le député de Jon-quière, se prononcera
également sur cette motion, et que ça se fera soit sur un accord
ou sur division, mais il n'y aura pas de vote enregistré, et que
ça devrait se terminer aux alentours de 13 h 15, 13 h 20, mais, pour la
fin, ça devra respecter l'entente à l'intérieur de l'ordre
qui a été donné sur le partage du temps.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Si j'ai bien compris, il
y a consentement pour poursuivre les débats au-delà de la
période du règlement de 13 heures. Sur ce,
je reconnais M. le ministre du Travail, sur la motion. M. Normand
Cherry
M. Cherry: Merci, M. le Président.
M. le Président, à quelques jours de l'expiration de la
prolongation de 45 jours du décret de la construction, je sollicite
l'appui de cette Assemblée afin que la commission de l'économie
et du travail puisse entendre les parties représentatives au
décret, et ce, le lundi 14 juin prochain. (12 h 50)
On se rappellera, M. le Président, que cette commission avait
été convoquée le 30 avril dernier, et sur ce même
dossier. En effet, après avoir constaté l'impossibilité
pour les parties d'en arriver à une entente quant aux modifications
à apporter au décret et comme, bien sûr, le prévoit
l'article 51 de la Loi sur les relations du travail, la formation
professionnelle et la gestion de la main-d'oeuvre dans l'industrie de la
construction, la commission de l'économie et du travail s'est alors
réunie pour écouter les parties sur leurs difficultés
à négocier et à s'entendre. À l'issue de cette
commission parlementaire, le gouvernement a décidé de prolonger
le décret de la construction de 45 jours, et ce, afin de permettre de
véritables négociations.
En effet, bien que la période de négociations ait
débuté en janvier dernier, on a pu constater à la fin mars
que les parties n'avaient pas évolué et qu'elles en
étaient encore à discuter sur les modalités de la
négociation. Devant ces faits, M. le Président, et dans un souci
d'aider les parties à conclure une entente par la voie de la
négociation, j'ai désigné M. Pierre N. Dufresne pour agir
comme conciliateur auprès des parties impliquées dans la
négociation en cours du décret de la construction. Après
que celui-ci m'eut fait un rapport d'étape et que j'eus rencontré
les parties, j'en suis venu ainsi à la conclusion qu'il était
absolument impossible pour celles-ci d'en arriver à une convention
collective négociée pour le 30 avril, tel que le prévoit
la loi. Ainsi, dans les jours qui ont suivi, j'ai confié le mandat aux
autorités compétentes du ministère de rencontrer les
parties et de tenter de les rapprocher. Des rencontres ex parte se sont alors
déroulées et ont permis d'en arriver à la même
conclusion: les parties sont dans l'impossibilité de parvenir à
une entente relative aux modifications apportées au décret de la
construction dans le délai imposé par la loi.
Or, lundi prochain, le 14 juin, la prolongation du décret vient
à expiration et, comme l'indique l'article 51 de la Loi sur les
relations du travail, la formation professionnelle et la gestion de la
main-d'oeuvre dans l'industrie de la construction, le ministre du Travail peut
convoquer les parties quant aux raisons motivant l'impossibilité d'une
entente relativement aux modifications à apporter au décret.
Avec la présentation de cette motion, M. le Président, le
gouvernement désire entendre les parties représentatives au
décret afin de voir pourquoi elles ne sont pas parvenues à une
entente au cours des derniers 45 jours, et ce, malgré l'intervention du
conciliateur et de mon sous-ministre adjoint de la construction, M. Jacques
Henry, qui s'est alors ajouté comme personne-ressource au cours de cette
période. À noter que les parties représentatives du
côté syndical et patronal sont celles, M. le Président, qui
sont prévues à l'article 28 de la Loi sur les relations du
travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d'oeuvre dans
l'industrie de la construction. Les parties représentatives du
côté syndical sont la FTQ-construction, le Conseil provincial des
métiers de la construction (international), la CSN-construction, la CSD,
le Syndicat de la construction de la Côte-Nord de Sept-îles inc.
et, bien sûr, du côté patronal, l'Association des
entrepreneurs en construction du Québec.
En début de semaine, j'ai eu l'occasion d'informer mes
collègues de l'état de la négociation. J'accorde une
grande importance à la commission parlementaire de lundi prochain pour
faire toute la lumière, d'autant plus qu'un représentant de la
partie patronale déclarait, et ce, M. le Président, le 24 mai
dernier, permettez-moi de le citer: «Nous avons commencé à
faire de la vraie négociation.» Fin de la citation. Je sollicite
donc l'appui de cette Assemblée afin que la commission de
l'économie et du travail procède, le lundi 14 juin prochain,
à l'audition des parties représentatives au décret quant
aux besoins motivant l'impossibilité de parvenir à une entente
relative aux modifications à être apportées au
décret de la construction.
Je vous remercie, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Je vous remercie, M. le
ministre, de votre intervention.
Sur cette même motion, je reconnais M. le vice-président de
la commission de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation, M. le
député de Jonquière.
M. le député, la parole est à vous.
M. Francis Dufour
M. Dufour: Merci, M. le Président.
Ce qui arrive aujourd'hui, c'était quelque peu à
prévoir lorsqu'on a suivi l'état d'avancement du dossier à
la première audience des différentes parties en commission
parlementaire. Quarante-cinq jours pour arriver à une
négociation, là, négociée, à une
négociation qui ferait une entente entre les parties, ça ne s'est
jamais vu dans ce dossier particulier qui s'appelle le domaine de la loi de la
construction ou les décrets de construction. Donc, il faut constater que
le ministre a échoué dans son désir d'amener les parties
à une véritable négociation.
Comme Opposition, on lui avait dit, à ce moment-là, qu'on
n'y croyait pas; 45 jours, ce n'était pas assez. En même temps,
ça ne pouvait pas amener les parties à une véritable
négociation. Je vais vous donner les raisons qui, pour moi, sont
fondamentales. Vous savez, lorsque les entrepreneurs de construction, l'AECQ,
l'Association des entrepreneurs en construction du Québec, ont
commencé leurs négociations, ils ont sem-
blé ? en tout cas, c'est ce que, moi, je ressors de tout
ça ? vouloir se servir de cette négociation ou de ce
décret pour faire reculer les employés dans beaucoup de domaines,
sinon dans tous les domaines, et pour bien s'assurer que ça pourrait
être la pierre d'achoppement à la relance de l'industrie de la
construction.
Et on sait par expérience qu'on ne peut pas accepter qu'une seule
des parties soit la base sur laquelle on s'appuie pour faire une relance. Pour
faire une véritable relance dans la construction, il aurait fallu que
les entrepreneurs, et les syndicats, et les donneurs d'ouvrage, le
consommateur... Il aurait fallu une table beaucoup plus grande de concertation,
parce que les employés n'ont aucune prise sur le coût des
terrains; ils n'ont aucune emprise sur le coût de construction, ce qui
fait que, le moindrement, avec le peu d'expérience que le
négociateur pouvait avoir ou pourrait avoir... On voyait bien que cette
négociation aurait tendance à éloigner les parties
plutôt qu'à les rapprocher. C'est ce qui s'est produit, et on ne
doit pas s'en surprendre. Je pense que, définitivement, c'est un
état de fait qu'on doit accepter; c'est un constat d'échec.
Encore aujourd'hui, le ministre croit qu'une commission parlementaire
d'une journée pour entendre les parties ? il ne l'empêchera
pas; je pense bien qu'il n'y croit pas ? ça va empêcher
l'imposition d'un décret. Il y aurait un vide, et ce serait terrible, je
pense, de vivre des choses-là. Ce n'est la volonté ni d'une
partie ni de l'autre, je ne crois pas. Peut-être que les syndicats nous
disent carrément: Laissez faire les choses correctement, laissez
ça à l'abandon, mais je pense bien que, si on calculait sur
l'ensemble des intervenants, ce ne serait peut-être pas la position la
plus solide sur laquelle on pourrait s'appuyer.
Je pense qu'il faut reconnaître que, pour le ministre,
malgré sa bonne volonté, c'est un constat d'échec. On
connaît les problèmes de l'industrie de la construction. Avant
d'identifier les problèmes qui découlent de la situation dans
laquelle on vit, il faut au moins annoncer ou dire d'avance que l'un des
facteurs les plus dominants dans cette négociation, c'est le manque de
travail: trop d'employés pour le peu de travail qui existe sur le
territoire du Québec. Voilà un constat qu'on peut faire
globalement, et qui amène des abus dans tous les domaines. C'est au plus
fort la poche. C'est à celui-là qui va essayer d'aller chercher
son morceau de pain le plus rapidement possible. Et ça amène
? ça, c'est malheureux et ça ne devrait jamais se produire
? des employés et des employeurs à passer, même,
à côté des lois existantes, des contrats existants.
Si on identifie ça correctement, on dit: travail au noir. Le
travail au noir, c'est une plaie. C'est une plaie qui a toujours existé,
mais qui est rendue à un état endémique. C'est tellement
gros que, là, il y a plus d'argent qui se transige en dessous de la
table qu'au-dessus. Donc, si je me fie un peu aux propos que j'ai, il
semblerait qu'il y ait le chef de l'Opposition, qu'il y ait le chef du
gouvernement, et il y a peut-être le ministre du Travail et celui qui
vous parle qui sont exempts du travail au noir, parce qu'on n'a pas de chances
à prendre; on ne peut pas le faire parce qu'on est surveillés.
Mais, pour les autres, je ne le sais pas! Je ne le sais pas! Mais c'est une
plaie extraordinaire qui nous afflige. (13 heures)
On connaît la façon de contrer le travail au noir, mais,
pour ce faire, il faut prendre des mesures et des actions très
précises. Même dans le rapport du comité des
députés libéraux, le petit comité qui a
été fait un peu, là, bien, bona fide, qui n'a pas de
mandat précis du Conseil des ministres... Il semble que c'est
plutôt une volonté, soit du ministre ou du caucus du Parti
libéral, je ne sais pas trop, et je ne m'attache pas à ça.
C'est que, eux, ils déterminent de quelle façon on peut
régler le problème du travail au noir, mais ils nous disent,
à la fin, qu'on pourrait possiblement le régler ? ce n'est
pas dit dans ces mots-là, mais il faut être capable de comprendre
? si on appliquait les lois qu'on connaît bien.
On peut le faire. Ça peut se contrôler, mais ça
prend du monde qui décide de régler ce problème-là.
Mais, comme c'est un problème qui touche tout le monde, est-ce qu'on
doit prendre ça, puis dire: On va le régler? Ce n'est pas le
choix du ministre, pour le moment. Ça, c'est une des premières
conséquences dans lesquelles on vit. D'autres problèmes dans
lesquels on vit: c'est clair comme de l'eau de roche que les syndiqués,
s'il n'y a pas de travail suffisamment, ça cause déjà du
travail au noir, mais il y a aussi le bassin d'emplois. Ça aussi, c'est
un phénomène qui touche toutes les régions.
On parle d'ouvrir les relations interprovinciales. On ne veut pas les
ouvrir parce qu'il y a des problèmes sur des bassins régionaux,
et, encore là, s'il y avait de l'emploi, ces problèmes-là
pourraient se régler beaucoup plus facilement. Mais ça fait
partie des demandes, tout de même, de l'Association des entrepreneurs en
construction. Ils ont beaucoup de demandes, les entrepreneurs. On peut les
définir rapidement. Même dans la loi 185, qui a été
adoptée il n'y a pas tellement longtemps, ça cause un
problème ? puis je pense que ça, on pourrait peut-être
trouver un terrain d'entente assez facilement ? c'est qu'il y a un
irritant assez grand qui fait que l'employeur, tantôt il est
employé, puis tantôt il est employeur, ce qui l'oblige à
payer une cotisation. Ça peut paraître, en tout cas, anachronique
par rapport aux choses qu'on connaît. Quelqu'un ne peut pas avoir 2
chapeaux en même temps; il a juste une tête. Donc, il va falloir
qu'on choisisse à quelque part ce qu'il pourrait faire. la demande de
l'aecq pour relancer la construction, c'était aussi de demander une
baisse des salaires des employés de 20 %. mais ils ne veulent pas le
négocier, ce montant-là, les 20 %. l'aecq, elle a des torts. les
torts, ce n'est pas juste du bord du syndicat, là. le ministre peut en
prendre une bonne partie aussi, mais il y a des intervenants qui, eux autres,
sont partie prenante au premier chef. et ces gens-là qui demandent une
baisse de salaire de 20 %, les employés ne sont pas prêts à
dire oui à ça rapidement. on parle beaucoup de
gel un peu partout. on peut dire: vous êtes chanceux, vous avez du
travail. mais une demande de 20 %, en plus de l'augmentation de taxes qu'on va
subir ou qu'on subit actuellement, vous savez bien que les employés vont
faire de la résistance. on ne peut pas empêcher des gens qui sont
protégés dans une loi de tout perdre leurs acquis en regardant et
en bayant aux corneilles. c'est leurs droits fondamentaux. ils ont le droit de
vivre et ils ont le droit de travailler. donc, ça aussi, c'est un point
majeur, à mon point de vue, qu'on doit soulever.
Une autre facette du problème qui nous préoccupe, c'est
aussi les conventions collectives, qui sont, d'une part... Et tout est
traité indifféremment de la même façon, que ce soit
de la grosse construction, de la construction industrielle ou commerciale, ces
gens-là qui travaillent des fois dans des hauteurs assez
élevées ? qui ont des dangers, des gros chantiers, ont des
risques beaucoup plus grands ? ont le même salaire que les gens qui
travaillent sur un chantier ou sur la petite construction résidentielle,
où, souvent, on fait ça, même, à l'intérieur,
on fait ça... On fait du préfabriqué. On fait nos maisons
et on va les transporter sur le chantier. Ces gens-là ne sont pas
couverts par le décret de la construction. Donc, il y a certainement
quelque chose qui fait problème et les entrepreneurs ? puis, en
même temps, je pense, les consommateurs ? constatent qu'il y a des
choses à corriger à travers ça.
Le ministre dit: Oui, je vais me donner quelques mois pour y penser. Il
a mis un comité sur pied... Lui ou le caucus a mis un comité sur
pied, qui donne un certain nombre de pistes de solution. Pour nous, on pense
que, 6 mois, ça va être difficile. Si c'est 6 mois, le
décret, on pense que le ministre va difficilement rencontrer cet
échéancier-là. Ce qui est habile, par contre, c'est que
ça tombe en plein hiver, en plein mois de décembre. Il n'y a pas
beaucoup de force de négociation entre les parties en plein milieu de
décembre, entre Noël et le Jour de l'an. II semble que le temps
n'est pas à la négociation; puis, en hiver, ce n'est pas
là qu'il y a le plus de chantiers.
Il y a une chose que je sais, moi, c'est qu'actuellement les syndicats
sont en meilleure posture pour négocier, possiblement, que les
entrepreneurs, jusqu'à un certain point, parce que, il y a des
chantiers, il y a des échéanciers. Il y a besoin de livrer la
marchandise. Si on examine l'attitude patronale, c'est qu'ils sont en moins
bonne posture parce que, eux, la principale rentrée d'argent se fait
durant l'été. Si, demain matin, on dit: Vous allez
négocier bona fide jusqu'au bout, jusqu'à ce que mort s'ensuive,
jusqu'à ce que vous ayez trouvé un règlement, je ne sais
pas ce qui arriverait à travers tout ça. On peut présumer
qu'il pourrait se produire des circonstances ou des actions qui ne sont pas
voulues, qui ne sont pas désirées, non plus, ni d'une part ou de
l'autre.
On a posé des questions à l'Association des entrepreneurs,
à savoir: Est-ce que vous êtes prêts à accepter des
règles de négociation correctes, normales, comme dans toute
règle du jeu: d'un côté, le syndicat, de l'au- tre,
l'employeur, on négocie et, s'il n'y a pas d'entente, droit de
grève, puis... Bon, c'est ça, la négociation normale; il
n'y en a jamais eu dans ce dossier-là. On leur dit: Est-ce que vous
êtes prêts à accepter puis à respecter un certain
nombre de règles? Non. Ils ne sont pas prêts. Ils ne sont pas
prêts.
Il y a un intervenant, par contre, qui, lui, a l'air à vouloir
tirer toute la belle image de ça, c'est l'APCHQ, l'Association
provinciale des constructeurs d'habitations du Québec. Ces
gens-là, eux autres, ils sont prêts à tout, à
presque tout jeter par-dessus bord, à condition qu'on ne se mouille pas
les pieds. Mais ils ne sont pas partie prenante à la négociation.
Ils peuvent bien parler, là, puis ils peuvent bien demander des choses,
mais ils ne sont pas des intervenants directs. Est-ce qu'on pourra les
reconnaître un jour pour leur dire: Bien, là, vous avez votre mot
à dire, puis vous allez être partie prenante pour faire votre
dossier? Il faudra bien que les entrepreneurs en construction, quels qu'ils
soient, des constructeurs ou des entrepreneurs, finissent pas décider
qu'on ne peut pas avoir 25 intervenants ou, si on en a, bien, il va falloir en
avoir plus ailleurs aussi.
Donc, le syndicat a fait le ménage. On a accepté qu'il y
ait 5 parties prenantes au décret ou à la loi. Les entrepreneurs
en sont une qui représente à peu près la grande partie des
constructeurs d'habitations au Québec. Je pense qu'ils
représentent alentour de 80 %. D'ailleurs, si on en juge par la pile de
lettres, de représentations qu'on reçoit
régulièrement et à la journée longue, c'est
définitif que le message, on l'a compris. Alors, la seule chose, c'est
qu'on se demande comment on va faire des accusés de réception
à ce monde-là, parce que, là, ça va augmenter les
dépenses de l'État, certain. Il va y avoir beaucoup de timbres
qui vont transiter d'un bord à l'autre. Là, on va faire vivre la
Société des postes. Je ne suis pas sûr que c'est la bonne
façon de régler notre problème.
Donc, on est rendu aujourd'hui à vouloir répéter
l'exercice qu'on a fait il n'y a pas tellement longtemps, il y a environ,
à partir d'aujourd'hui, c'est 42 jours ? 41 jours exactement.
Est-ce qu'on peut espérer qu'on va arriver à de meilleurs
résultats? D'après les intervenants, il semble qu'on connaisse
les causes, qu'on connaisse le problème, qu'on connaisse les solutions,
mais on ne veut pas les mettre en marche.
Est-ce que le gouvernement, dans son action ou dans ce qu'il fait
actuellement, son but n'est pas de gagner du temps? Est-ce qu'on peut se
garantir qu'au bout de 45 jours, au bout de 6 mois ? si c'est 6 mois, ou 3
mois, dépendant du temps qui sera fixé dans le décret
? on peut s'assurer qu'à la fin de ce décret-là il y
aura non plus une imposition par un décret, mais une véritable
négociation puis une véritable ouverture vers un meilleur climat
de relations de travail? Nous, on croit qu'il y a des possibilités, mais
encore là, ça dépend toujours de la volonté
politique.
En attendant, on pourrait définitivement s'attaquer au travail au
noir. Il y a des possibilités de le faire. Si on veut, là-dessus,
on pourrait même faire une commis-
sion parlementaire, exactement par rapport à ça. Durant le
temps que le décret ou la prolongation du décret va s'appliquer,
on pourrait regarder ou examiner une possibilité d'asseoir des
intervenants, puis, en même temps, d'en écouter quelques-uns. Moi,
j'ai bien confiance au comité, au petit comité qui a
été créé par le gouvernement, par le Parti
libéral, pour étudier les problèmes de la construction. On
peut dire qu'ils ont identifié des problèmes. Est-ce que les
solutions sont toutes acceptables? Bien, là, je pense qu'on va essayer
de se démarquer quelque peu. Il y a quelques pistes qui sont
intéressantes. (13 h 10)
Par contre, il y a des endroits que, moi, je ne suis pas prêt
à acheter immédiatement. Moi, je pense qu'il faudra amener
d'autres intervenants dans le dossier pour s'assurer que ça ne rapporte
pas juste à des employeurs puis à des employés. Mais le
grand inconnu, puis le grand oublié dans tout ça, c'est le
consommateur. Le consommateur a le droit d'être partie prenante à
un dossier aussi gros puis aussi fondamental. De la construction, on ne fait
pas ça pour faire plaisir à l'ouvrier puis, en même temps,
à celui-là qui retire des bénéfices, qui s'appelle
l'entrepreneur. Il faut que ça réponde à un besoin, et le
besoin, c'est le consommateur qui peut l'exprimer. Donc, il faudrait, si on
prend cette avenue, aller chercher un peu plus par une commission parlementaire
ou autre, mais je pense que les parties doivent être impliquées
dans ça. De la politique dans ce dossier-là, on peut
peut-être en faire, mais, même si on en fait, ça ne veut pas
dire qu'on est plus chanceux, parce que ça dure longtemps. Ça
fait 18, 20 ans, puis il n'y a jamais eu de négociations qui ont
été faites. Les deux partis qu'on a ici, au Parlement, ont eu
affaire à ces décrets-là; tant bien que mal, ils ont
essayé de replâtrer les parties, de les améliorer. Mais,
actuellement, il y a une question de fond, et il n'y a pas d'entente. Donc, si
on veut vraiment procéder...
Et le temps est sûrement propice à ça; il y a un
climat qui fait qu'il n'y a pas beaucoup de travail, donc les gens sont en
meilleur état de réfléchir. Et, nous, avec tout ce qui
s'est passé dans les dernières années, avec tous les
dossiers qui ont été mis sur la table, toutes les solutions qui
ont été proposées, il est peut-être temps qu'une
commission parlementaire puisse se pencher sérieusement sur le
problème et consulter des intervenants, pas pendant 1 heure, pendant un
peu plus de temps. Si ça prend 4 heures pour un groupe, on va le
questionner pendant 4 heures. Il va venir nous dire ce qu'il n'aime pas et ce
qu'il voudrait avoir. Et, ça, on pourrait le faire
systématiquement et, après ça, on pourrait arriver
à un consensus ou à des solutions sûrement mieux
éclairées puisque faisant partie de l'ensemble des
intervenants.
Il y a un autre dossier dont je n'ai pas parlé, et ça sera
le dernier. Je vais juste l'effleurer. S'il y a un autre dossier qui fait
problème, vous le savez bien, c'est la CSST, la Commission de la
santé et de la sécurité du travail. Ça n'a aucun
bon sens, ce qu'on voit. On voit des gens qui s'attaquent à la CSST
comme si c'était la source de tous les malheurs. Ce n'est pas vrai, M.
le Président. La CSST a été mise en place pour
protéger les humains au travail, parce que les employeurs n'avaient pas
compris que le meilleur investissement, c'étaient leurs ressources
humaines, et elles n'étaient pas protégées ou mal
protégées. Donc, le gouvernement, qui était le
gouvernement qui est l'Opposition actuelle, a pensé qu'on devrait mettre
sur pied un organisme pour mieux protéger les travailleurs.
Mais quand je vois la bataille systématique qu'on fait contre
? pas pour, contre ? la CSST ? je n'entends personne parler
favorablement envers la CSST, si ce n'est le milieu syndical ? j'ai la
certitude qu'on fait fausse route. La CSST est nécessaire. Elle
était nécessaire, elle est nécessaire aujourd'hui, elle le
sera encore demain. Il y a des problèmes qui touchent la CSST. Une des
solutions qu'on met de l'avant, c'est qu'on fasse une véritable
enquête sur la CSST pour voir exactement où est situé le
problème. Quand j'entends des employeurs qui dénoncent
ouvertement, à tous crins, la CSST, que c'est l'ennemi numéro 1,
et que ces mêmes gens-là sont la cause du problème! Parce
que, n'oublions pas, il y a une obligation que la CSST fait par la loi:
quelqu'un qui se blesse au travail, lorsqu'il est réhabilité,
l'entreprise doit, autant que possible, le réhabiliter dans son travail
ou un autre travail similaire. Et, systématiquement, il y a beaucoup
d'employeurs ? et je les accuse, à ce moment-ci ? qui font que
ces gens-là, ils ne veulent plus les ravoir. Ils n'ont plus le droit de
travailler à leur entreprise. Et chaque cas coûte 150 000 $
à la CSST. Est-ce que vous pensez que le problème, c'est
l'employé ou c'est l'entrepreneur? Ça fait que je dis: Un
instant!
M. le ministre n'a jamais défendu la CSST très fortement
sur la place publique. Je vais me situer un peu par rapport à lui, parce
que, moi, je me dois, honnêtement, de prendre un peu la défense de
la CSST, pas parce qu'elle n'a pas de défauts et qu'il n'y a pas de
problèmes, mais ce n'est pas correct. C'est le temps qu'on remette les
choses en place. Il faudrait peut-être profiter du temps de
réflexion, du temps difficile dans lequel on vit, des demandes
pressantes qu'on a de 50 000 citoyens, parce qu'on a 50 000 signataires d'une
requête qui nous demandent carrément: Est-ce que vous pourriez
déclencher une enquête sur l'ensemble des problèmes de la
CSST pour voir si l'ensemble du fonctionnement de la CSST... Les
problèmes, non. Il y a du fonctionnement et, quand ça fonctionne,
il peut y avoir des problèmes comme des solutions.
Moi, je pense que le temps est venu d'essayer de trouver une solution
à ce problème-là, qui est un problème majeur,
là. Quand on parle d'un déficit d'alentour de 4 000 000 000 $ qui
s'est accumulé au cours des années, là, c'est beaucoup
d'argent. Je pense qu'on pourrait se pencher, comme parlementaires, sur une
oeuvre utile à faire dans ce domaine-là, et ça donnerait
d'abord satisfaction ou au moins une espèce de contentement aux
employés. Puis, pour les employeurs, s'ils sont sans défaut, sans
reproche, ils ne devraient pas
avoir peur qu'on fasse une enquête complètement pour vider
la chose. On a un nouveau président à la CSST; ce serait
peut-être une bonne façon d'assainir le climat et de remettre les
choses à leur juste perspective et à leur place.
Quant à ce qui nous concerne, M. le Président, et je dois
conclure là-dessus, il y a une commission parlementaire qui va
être enclenchée lundi. Nous avons l'intention, bien sûr,
d'accepter d'y participer. Souhaiter, en dehors de toute naïveté,
que ça pourrait déboucher sur une entente, on n'y croit pas. Je
vous le dis immédiatement. Mais, si ça peut permettre une
réflexion plus profonde, permettre de rapprocher les parties,
peut-être de trouver des solutions... Je pense qu'on pourrait
peut-être en suggérer, à quelque part dans le temps. Le
moment n'est pas venu. Moi, je pense que le ministre doit commencer par
s'engager correctement, faire ses devoirs. À ce moment-là, on
sera peut-être les meilleurs alliés, parce que, nous aussi, on
croit que le Québec, il doit se remettre à l'ouvrage au plus
sacrant. C'est inacceptable que, dans une société dite
d'abondance, il y ait autant de monde qui crie et qu'il y ait famine. Ce serait
probablement une partie de la solution des problèmes du gouvernement, au
point de vue des revenus: si tout le monde travaillait et payait ses
impôts, c'est clair, c'est définitif que, nous, on n'en paierait
peut-être pas moins, mais la santé du Québec serait pas mal
meilleure.
Donc, M. le Président, je vous dis, en terminant, que nous serons
partie prenante de cette commission, et on suivra les travaux comme partie
prenante avec beaucoup d'intérêt. Merci.
Mise aux voix
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Est-ce que la motion
présentée par le leader du gouvernement est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Adopté. Alors, la
motion étant adoptée, je suspends les travaux de cette
Assemblée jusqu'à 15 heures. Bon appétit à
tous!
(Suspension de la séance à 13 h 17)
(Reprise à 15 h 5)
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Mmes, MM. les
députés, si vous voulez vous asseoir, s'il vous plaît. Nous
sommes toujours à l'étape des affaires du jour.
M. le leader du gouvernement, avec quel article du feuilleton, s'il vous
plaît?
M. Paradis (Brome-Missisquoi): M. le Président, je vous
demanderais d'appeler l'article 27 de notre feuilleton.
Projet de loi 96 Adoption
Le Vice-Président (M. Lefebvre): À l'article 27 de
notre feuilleton, M. le ministre de l'Environnement propose l'adoption du
projet de loi 96, Loi sur les réserves écologiques.
M. le ministre de l'Environnement, vous avez droit à une
intervention de 60 minutes.
M. Pierre Paradis
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui, M. le
Président, compte tenu de l'unanimité qui a régné
parmi les membres de cette Assemblée tout au long de l'adoption du
principe, de l'étude article par article et de la prise en
considération du rapport de la commission, je n'ai pas l'intention
d'utiliser les 60 minutes que vous avez la gentillesse de mettre à ma
disposition, mais plutôt de me limiter à des brèves
remarques.
Nous sommes, aujourd'hui, M. le Président, appelés
à discuter en cette Chambre de l'adoption du projet de loi, ce qui
constitue l'étape finale de ce processus législatif. Ce projet de
loi sur les réserves écologiques vient, comme vous le savez,
modifier et améliorer le cadre législatif actuel concernant ces
territoires protégés, lequel cadre remonte à 1974,
à une époque où les actions de conservation n'avaient pas
les exigences d'aujourd'hui.
L'effet principal des modifications contenues au projet de loi sera donc
de permettre au ministre de l'Environnement d'assumer encore plus
adéquatement la constitution et la gestion des réserves
écologiques à l'aube de l'an 2000, alors que les initiatives
mondiales convergent toujours davantage vers une protection et une sauvegarde
accrue du patrimoine naturel.
Je rappellerai que la pierre angulaire de ce projet de loi consiste,
comme vous le savez, M. le Président, dans l'introduction de
dispositions légales qui permettent d'assurer la protection des terres
du domaine public ou du domaine privé dès l'instant où
elles sont choisies pour faire des territoires préservés,
c'est-à-dire avant même qu'elles ne deviennent des réserves
écologiques.
La nouvelle loi sur les réserves écologiques comporte,
d'autre part, des dispositions permettant de mieux adapter, en fonction des
caractéristiques de chaque réserve, des conditions pratiques
exigées par la réalisation de travaux de recherche ou
d'activités visant des fins éducatives. Elle prévoit
également l'établissement de mesures pénales plus
sévères et mieux adaptées au type d'infractions concernant
les réserves écologiques.
La nouvelle législation, je le rappelle encore une fois, concerne
néanmoins les grands principes de la loi qu'elle remplace, à
savoir de protéger et de conserver de façon permanente certains
milieux naturels et d'assurer la sauvegarde d'habitats et d'espèces en
danger.
J'aimerais, par ailleurs, signaler, comme je l'ai fait lors du
débat sur l'adoption du principe de ce projet
de loi, la création d'une nouvelle réserve
écologique qui vient porter à 43 le nombre total de ces
territoires protégés au Québec. Il s'agit, M. le
Président, de la réserve écologique André-Michaud,
située en Outaouais, dans la MRC de La Vallée-de-la-Gatineau.
Cette réserve, qui porte le nom d'un naturaliste français
précurseur de la botanique en Nouvelle-France au XIXe siècle,
permettra d'assurer la préservation d'une forêt feuillue
caractéristique du domaine de l'érablière à bouleau
jaune dans la région écologique de la Basse-Gatineau. Cette
nouvelle réserve est la quatrième, M. le Président,
à être créée par notre gouvernement au cours du
processus parlementaire de l'adoption de ce projet de loi, soit en l'espace de
quelque 3 semaines seulement, ce qui montre bien l'importance que nous
accordons à la création de réserves écologiques. Je
rappellerai, incidemment, que l'automne dernier, le Fonds mondial pour la
nature avait décerné au Québec une note à la hausse
en ce qui a trait à la protection de ces régions naturelles,
qualifiant alors de volte-face complète l'action du gouvernement du
Québec.
En conclusion, M. le Président, cette nouvelle pièce
législative, tout comme les 21 réserves écologiques
créées depuis la dernière élection provinciale en
1989, illustre bien l'intérêt que porte notre gouvernement
à la protection des sites naturels considérés comme des
parcelles exceptionnelles de notre territoire. On doit également voir
dans cette législation et dans toutes ces actions de conservation la
ferme volonté de ce même gouvernement de continuer de bâtir
un Québec soucieux de se développer dans le respect de son
environnement. (15 h 10)
En terminant, M. le Président, j'aimerais remercier les membres
de cette Assemblée pour le soutien qu'ils m'ont fourni tout au cours de
ce processus parlementaire. J'adresserai, d'autre part, des remerciements
particuliers aux députés ministériels et à mes 2
adjoints parlementaires pour leur collaboration tout aussi précieuse, et
j'ai nommé, M. le Président, et vous les aurez reconnus, Mme la
députée de Vachon, Christiane Pel-chat, et M. le
député de Saguenay, Ghislain Maltais.
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
ministre.
Sur la même motion, je cède la parole à Mme la
députée de Taillon, critique de l'Opposition officielle en
matière d'environnement.
Mme la députée, je vous cède la parole.
Mme Pauline Marois
Mme Marois: Merci, M. le Président.
Alors, c'est avec plaisir que je joins ma voix à celle du
ministre de l'Environnement pour venir appuyer la rénovation de la loi
portant sur les réserves écologiques. Je crois que, tout au long
des travaux de la commission, de même que ceux qui ont suivi à
l'Assemblée nationale ou qui les ont précédés, nous
avons tenté, comme personnes responsables souhaitant que les lois que
nous adoptions soient les plus complètes et les plus correctes possible
et tiennent compte de l'ensemble des réalités, nous avons donc
proposé ou souligné des ajustements qu'il était
souhaitable de faire au projet de loi lorsqu'il a été
déposé, de telle sorte que des amendements ont été
apportés pour permettre que l'on tienne compte des
responsabilités locales et régionales, particulièrement en
matière d'aménagement du territoire, et donc qu'il y ait
cohérence avec d'autres lois que nous avions adoptées devant
cette Assemblée.
Je crois qu'il est donc du devoir, à cet égard d'ailleurs,
de l'Opposition de s'assurer que les lois que nous adoptons sont
cohérentes les unes par rapport aux autres.
Quand on revient maintenant sur le fond, si je dis que nous avons
concouru avec plaisir à l'adoption de cette loi, je tiens à
réaffirmer le fait que cela restera toujours important pour un pays,
pour un gouvernement, de s'assurer qu'un certain nombre de parcelles de son
territoire soient hautement protégées si on veut qu'effectivement
on laisse à l'état naturel certaines réserves qui,
naturellement, méritent qu'un tel traitement leur soit accordé,
soit pour la qualité de la flore, de la faune ou des richesses
halieutiques. Donc, dans ce sens-là, c'est évident que nous
appuyons le projet de loi qui est devant nous.
Cependant, si le ministre a tenu à souligner que le gouvernement
du Québec avait reçu une bonne note quant au travail qu'il avait
fait à l'égard de la protection des milieux naturels, j'aimerais
rappeler aux membres de cette Assemblée que, dans le bilan
environnemental, on fait état du fait que le Québec a un
rattrapage à faire à cet égard si on considère que
les milieux écologiques hautement protégés sont, en
moyenne, en proportion, beaucoup moins importants, en termes d'espace, que la
moyenne canadienne, entre autres, et surtout que l'engagement que nous avions
pris à l'égard et dans le cadre des échanges et des
discussions que nous avons avec les pays membres de la francophonie.
Alors, à cet égard, cette loi nous permettra
sûrement de nous retrouver avec un instrument plus moderne pour
gérer nos réserves écologiques, mais nous permettra aussi,
bien sûr, de procéder à ce rattrapage si utile et
nécessaire.
J'aimerais, de mon côté, M. le Président, remercier,
bien sûr, les membres de l'Assemblée qui ont permis que nous
travaillions d'une façon pertinente à l'adoption de ce projet de
loi, particulièrement mon collègue de Dubuc qui est venu à
différents moments et, particulièrement, au moment de la
commission parlementaire, participer à l'adoption du projet de loi sur
les réserves écologiques.
Nous sommes donc d'accord, M. le Président, et nous nous
réjouissons que le gouvernement puisse maintenant procéder d'une
façon accélérée en matière de protection des
milieux écologiques, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, Mme
la députée de Taillon.
Alors, nous sommes à débattre de la motion proposant
l'adoption du projet de loi 96, Loi sur les réserves écologiques.
Je vais céder la parole à M. le député de Saguenay,
adjoint au ministre de l'Environnement.
Vous avez droit à une intervention de 20 minutes, M. le
député.
M. Ghislain Maltais
M. Maltais: Merci beaucoup, M. le Président.
Vous allez convenir avec moi, M. le Président, que 20 minutes,
c'est beaucoup trop court pour parler d'un sujet aussi important qu'une loi
créant les zones écologiques.
M. le Président, le projet de loi apporté ici par le
ministre de l'Environnement, somme toute, va permettre au Québec de
connaître une nouvelle configuration de réserves
écologiques au cours des prochaines années au Québec. Ce
projet de loi là arrive dans une situation où le Québec
avait vraiment besoin qu'on légifère. Compte tenu de l'importance
de la création de ces zones écologiques pour permettre une
continuité de la faune et de la flore au Québec, le Québec
des années 2000 n'est plus celui des années 1800. Les territoires
sauvages deviennent de plus en plus civilisés et, dès qu'on parle
de civilisation, on parle de l'homme, de l'homme qui, souvent, est
attiré par l'appât du gain, soit les forêts.
Le ministre des Forêts est ici, et on l'invite toujours à
une grande prudence, M. le Président, lorsqu'il s'agit de donner des
allocations de coupe de bois. Si le ministre du Loisir, de la Chasse et de la
Pêche n'était pas retenu dans une importante réunion, on
lui demanderait la même chose, dans la création des zees et des
pourvoiries, d'y aller avec beaucoup plus de prudence. Heureusement, ces 2
ministères se sont concertés avec le ministère de
l'Environnement, et on tiendra compte, aujourd'hui, dans les allocations, soit
de bois ou de territoires de pourvoiries, ou de zees, des zones
écologiques.
M. le Président, au cours des 50 dernières années,
au Québec, on avait vu l'apparition à peu près d'une
quinzaine de zones écologiques. Dans l'espace de 4 ans, ça a
été doublé par le ministre actuel de l'Environnement. Je
pense que, dès son entrée comme titulaire du ministère, il
a compris l'importance de la création de ces zones écologiques.
On s'est aperçu, au Québec, au cours des années, qu'on
avait assisté à la disparition de beaucoup de flore
québécoise qui croissait en Amérique. On s'est
aperçu aussi qu'il y avait beaucoup d'animaux en voie de disparition.
Or, l'importance de garder ce patrimoine-là pour les années
futures était devenue une prémisse fort importante pour le
ministre de l'Environnement. C'est bien évident que les groupes
écologiques, aujourd'hui, c'est une grande victoire, pour eux, d'avoir
des zones, au Québec, où on pourra reconstituer originalement ce
qu'était le Québec original des années avant la
civilisation. L'importance, aussi, pour nos chercheurs d'avoir des zones pour
entreprendre des recherches sur les milieux sauvages dans les
différentes régions du Québec.
Mais, M. le Président, pour en arriver là, ça va
prendre, bien sûr, la collaboration de tous les intervenants. J'ai
parlé de différents ministères, de l'entreprise
privée. C'est évident qu'au cours des prochaines années,
tout le monde sera mis à contribution pour permettre non seulement la
création de ces zones écologiques, mais aussi la
préservation. Je pense que chaque territoire de MRC au Québec
devra initier, auprès du ministère de l'Environnement, 1 ou 2
réserves écologiques, particulièrement autour des grandes
villes, ne serait-ce que pour faire connaître aux
générations futures ce qu'était le Québec
d'aujourd'hui. Je pense que le geste que le ministre pose aujourd'hui est un
geste d'avenir pour permettre aux générations futures de regarder
et de consacrer une partie du territoire québécois à la
conservation et à l'étude de l'écologie. On voudra sans
doute que ça se fasse au même niveau dans certains lacs du
Québec. Le leader de l'Opposition parlait, la semaine dernière,
de rivières patrimoniales, et je suis tout à fait d'accord avec
lui. Alors que le Québec est un territoire où il y a à peu
près le plus de rivières en Amérique du Nord et,
même, au monde, nous n'avons pas encore assez de rivières
reconnues comme patrimoine. J'ai beaucoup de suggestions à faire au
ministre de l'Environnement puisque, dans mon comté, j'ai 7
rivières à saumon, 2 qui sont en restructuration. Donc, le
territoire est ouvert.
M. le Président, pour en arriver là, il faudra aussi que
l'entreprise privée se mette de la partie. Vous savez, on a l'habitude
ici, à l'Assemblée nationale, lorsqu'il arrive une catastrophe
écologique, de faire une montagne, de faire un plat, d'ameuter la
presse, la population et, finalement, de monter, de monter la population sur,
souvent, des accidents écologiques qui sont, en très grande
partie, la faute de l'homme. Et j'ai toujours dit que gérer
l'environnement, c'était gérer le passé, le présent
et le futur. Et ce qui donne particulièrement du trouble au ministre de
l'Environnement, c'est de gérer le passé. Réparer des
actions qui ont été faites il y a 50, 75 ou 100 ans, ce n'est pas
facile. Le présent, on peut toujours, effectivement, le gouverner,
l'avenir, le préparer ? et c'est notre rôle, ici ? mais
gérer le passé, ce n'est pas facile. (15 h 20) mais quand il y a
des bonnes nouvelles, c'est assez rare qu'on fasse la première page.
c'est assez rare, par exemple, qu'on arrive à l'assemblée
nationale puis qu'on dise, m. le président, hier... bon, je vais vous
donner un exemple bien concret. dans l'est-du-québec, hier, dans le
journal le soleil de ce matin, on disait: reynolds et daishowa,
championnes de la dépollution du saint-laurent. j'ai entendu dire
auprès de ces compagnies, depuis une dizaine d'années en chambre,
que c'étaient les plus grands pollueurs au québec. mais, ce
matin, je pense que ça aurait été de mise que quelqu'un se
lève en cette chambre et fasse une motion de félicitations pour
ces entreprises qui ont réduit 95 % de
leurs rejets. Ce n'est pas encore assez, vous allez me dire, mais c'est
quand même, au cours des 4 dernières années, un
progrès extraordinaire. Particulièrement, la
société des métaux Reynolds qui est située dans mon
comté, à Baie-Comeau, qui emploie 2500 personnes, a fait des
efforts remarquables et a fait des investissements aussi remarquables au cours
des 7 dernières années. Elle a investi 1 500 000 000 $ pour
moderniser son usine, et elle a aussi investi quelques centaines de millions au
niveau des émanations de CO2 et des rejets des produits
toxiques dans le Saint-Laurent.
Bien, je pense qu'aujourd'hui, unanimement, la Chambre doit les
féliciter, et féliciter également la compagnie
papetière Daishowa qui a fait des efforts remarquables. Elle vient en
tête des papetières au Québec pour ses efforts. Et,
malgré ça, elle n'a pas atteint encore le niveau que les
administrateurs voudraient atteindre. D'autres compagnies font des efforts.
J'en ai une dans mon comté, qui s'appelle la Q et O qui a, avec la
nouvelle réglementation du ministère de l'Environnement,
entrepris des démarches de 22 000 000 $ pour recycler ses eaux
usées pour jeter le moins possible d'eaux contaminées dans le
Saint-Laurent.
Bien, les entreprises qui ont compris ça, c'est les entreprises
d'avenir. Celles qui se situent au dernier rang et que le ministre devra
traîner en cour sont des compagnies destinées, dans les prochaines
années, à disparaître de la surface du Québec;
celles qui ne veulent pas investir dans l'avenir du Québec, se
dépolluer, donner des produits ? et le ministre des relations
internationales du Québec est ici, il le sait fort bien, que les
produits québécois qui sont fabriqués au Québec
devront avoir des normes de fabrication très peu polluantes, parce
qu'ils n'auront pas de marché pour eux autres. Encore une fois, il faut
dire qu'investir dans la dépollution, c'est s'assurer des marchés
de l'avenir. C'est s'assurer aussi qu'il y aura des employés qui
voudront travailler pour ces compagnies-là. Donc, c'est un geste
d'avenir. Bien sûr, les compagnies qui l'ont compris sont citées
aujourd'hui dans les premières pages des journaux.
J'invite donc, M. le Président, une très grande partie des
compagnies québécoises... celles qui l'ont compris, ça va;
celles qui ne l'ont pas compris, il n'est pas trop tard pour faire un virement
de cap et s'assurer que, demain, leurs produits seront compétitifs sur
les marchés internationaux, s'assurer que leurs employés auront
une qualité de vie raisonnable, s'assurer également que leurs
émanations n'empêcheront pas la création des
réserves écologiques que veut créer le ministre de
l'Environnement, mais, au contraire, la favoriseront. Je suis convaincu, M. le
Président, que si le ministre de l'Environnement a besoin de partenaires
pour la création de ces zones, ces grandes compagnies qui sont au
Québec et qui vont faire des affaires au Québec pendant des
centaines d'années seront intéressées à s'associer
avec le ministre de l'Environnement, les MRC, les groupes écologiques,
pour faire du Québec une véritable réserve
écologique, mais aussi en s'assurant d'un développement
industriel des plus compétitifs. Merci, M. le Président.
Des voix: Bravo!
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député de Saguenay.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
Mise aux voix
Est-ce que la motion proposant l'adoption du projet de loi 96, Loi sur
les réserves écologiques, est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté. M. le
leader du gouvernement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): M. le Président, je vous
demanderais d'appeler l'article 1 de notre feuilleton.
Projet de loi 72 Adoption du principe
Le Vice-Président (M. Lefebvre): À l'article 1 de
notre feuilleton, M. le ministre responsable de l'application des lois
professionnelles propose l'adoption du principe du projet de loi 72, Loi
modifiant le Code des professions et la Loi sur les infirmières et les
infirmiers. Je cède la parole à M. le ministre responsable de
l'application des lois professionnelles.
Je vous écoute, M. le ministre.
M. Raymond Savoie
M. Savoie: Merci, M. le Président.
M. le Président, nous abordons aujourd'hui le débat sur
l'adoption du principe du projet de loi 72, intitulé Loi modifiant le
Code des professions et la Loi sur les infirmières et les infirmiers.
Rappelons, M. le Président, que ce projet de loi a été
déposé à l'Assemblée nationale le 18
décembre 1992 et qu'il contient 9 articles, un projet de loi
relativement petit, là. Et le projet de loi, bien qu'il porte le titre
de la Loi modifiant le Code des professions et la Loi sur les
infirmières et les infirmiers, il faut bien comprendre qu'il modifie
plusieurs dispositions. Auparavant, lorsqu'on avait un projet de loi qui
concernait, par exemple, les infirmiers et les infirmières, et qu'il y
en avait un également qui pouvait affecter, par exemple, les traducteurs
et les interprètes du Québec, à titre d'exemple, on devait
nécessairement faire 2 projets de loi, 3 projets de loi. Dans ce cas-ci,
on aurait dû en faire 9 projets de loi, mais dans un souci
d'économie et de bonne administration, nous avons fait un projet de loi
qui regroupe plu-
sieurs modifications mineures, somme toute, et on les a regroupés
dans un projet de loi, justement, pour en faciliter le traitement et dans un
souci d'économiser le temps et, finalement, le travail de
l'Assemblée nationale. Et, évidemment, ça réduit
considérablement les coûts en tant que méthode de
traitement. Donc, un projet de loi contenant 9 articles, qui modifie plusieurs
éléments qui concernent le monde professionnel, qui sont attendus
depuis fort longtemps, et que nous avons eu l'occasion de présenter
à l'Assemblée nationale, comme je vous l'ai mentionné tout
à l'heure, à la mi-décembre l'an passé.
D'abord, il y a, au niveau du projet de loi, des modifications en ce qui
concerne les titres, les initiales et les abréviations dans le monde
professionnel, afin d'assurer une meilleure protection du public qui a recours
aux services des membres des différentes corporations professionnelles.
Ce projet de loi vient apporter des clarifications à l'égard de
certains titres utilisés par les professionnels, de même
qu'à l'égard de l'utilisation d'abréviation de ces titres
et de l'attribution d'initiales de ces titres. En effet, notre système
professionnel, M. le Président, est en constante évolution et
voit apparaître, au fil des années, de nouvelles pratiques tant
à l'égard des titres que des abréviations ou des
initiales. Si elles ne sont pas régies adéquatement, ces
pratiques risquent de semer la confusion chez un public qui ne saurait plus
quand il a ou non recours aux services de professionnels reconnus par le Code
des professions.
C'est ainsi que, dès 1973, le législateur décidait
d'interdire à toute personne qui n'est pas membre d'une corporation
professionnelle, exerçant une profession d'exercice exclusif, non
seulement l'utilisation des titres réservés aux membres de telle
corporation, mais également l'utilisation d'un titre pouvant laisser
croire qu'elle en est membre. En 1988, cette prohibition d'utiliser un titre
pouvant laisser croire qu'elle est membre en outre a été
étendue à toute personne qui n'est pas membre d'une corporation
professionnelle exerçant une profession à titre
réservé, également. Donc, exercice exclusif en 1973, et
titre réservé en 1988.
Il faut bien comprendre que l'utilisation d'abréviations
auprès d'un nom, par exemple... Si je signe, par exemple, un nom et je
marque à la fin, ing., ça laisse croire à celui qui
regarde la signature que je suis effectivement ingénieur, donc membre de
l'Ordre des ingénieurs, et je suis certain que, pour le public, il y a
donc un manque de protection; il y a donc manque de sécurité de
la part d'un citoyen qui traite avec ce professionnel. (15 h 30)
Donc, afin de s'ajuster à la pratique développée au
cours des années, en ce qui concerne plus particulièrement
certaines corporations professionnelles à titre réservé,
ce projet de loi modifie le Code des professions afin d'interdire
spécifiquement l'utilisation de certaines abréviations, ainsi que
l'attribution d'initiales additionnelles à toute personne qui n'est pas
membre des corporations. Je pense, par exemple, aux administrateurs
agréés, diététistes, ergothérapeutes,
hygiénistes dentaires, infirmières et infirmiers auxiliaires,
physiothérapeu-tes, techniciens et techniciennes dentaires,
technologistes médicaux et urbanistes. Qui plus est, ce projet de loi
vient modifier le Code des professions afin d'interdire à toute personne
qui n'exerce pas une profession d'exercice exclusif ou une profession à
titre réservé l'utilisation d'abréviations ou
l'attribution d'initiales pouvant laisser croire qu'elle exerce l'une ou
l'autre de ces professions. L'exemple que j'ai utilisé tout à
l'heure est ici encore relevé, M. le Président, parce que,
effectivement, on doit protéger le public, et l'utilisation d'une
initiale ou d'une abréviation peut effectivement tromper le public.
Étant donné l'évolution rapide constatée dans la
pratique professionnelle en regard de l'utilisation d'abréviations et de
l'attribution d'initiales, les modifications mentionnées
précédemment auront notamment pour effet de faciliter la preuve
nécessaire à toute poursuite relative à l'usurpation d'un
titre réservé.
En effet, tout comme pour le titre, il sera loisible au poursuivant de
démontrer qu'il y a eu également l'utilisation
d'abréviation ou attribution d'initiales pouvant laisser croire que
telle personne était membre d'une telle corporation professionnelle, et
ce, tant pour les professions d'exercice exclusif que pour celles à
titre réservé. Le public, bien sûr, ne s'en trouvera que
mieux protégé.
Par ailleurs, afin d'éclairer le public à l'égard
de l'utilisation du titre de nutritionniste qui était de plus en plus
utilisé dans le domaine de la diététique, ce projet de loi
vient précisément en interdire l'utilisation à toute
personne qui n'est pas membre de la Corporation professionnelle des
diététistes du Québec, le réservant ainsi aux seuls
membres de cette Corporation.
M. le Président, un autre élément de ce projet de
loi modifie également le Code des professions afin de remplacer la
désignation actuelle de la Corporation professionnelle des technologues
des sciences appliquées par celle des technologues professionnels.
Alors, M. le Président, il est donc de notre intention de donner suite
aux recommandations également de l'Association des usagers de la langue
française quant au changement d'appellation de corporation
professionnelle par «ordre» ou «ordre
professionnel».
Vous savez que, lorsque nous avons eu nos échanges, lors de la
lecture article par article... non pas la lecture article par article du projet
de loi, mais plutôt la commission parlementaire sur la réforme du
Code des professions, on a eu l'occasion, à ce moment-là, M. le
Président, d'échanger sur l'appellation. Les gens... Lors de la
commission parlementaire, on a eu un mémoire qui nous a
été présenté par l'Association des usagers de la
langue française qui nous recommandait l'utilisation du mot
«ordre» plutôt que «corporation professionnelle»
qui, selon eux, était un anglicisme. Nous avons effectué les
vérifications et, effectivement, ils ont raison, M. le Président.
Alors, j'ai l'intention de donner suite à l'utilisation du mot
«ordre». Évidemment, pour notre modification, donc, qui va
permettre à la Corporation profes-
sionnelle des technologues de s'appeler la Corporation professionnelle
des technologues professionnels, il faudra y voir un changement qui devrait
être présenté à même notre réforme qui
va contenir la désignation «Ordre des technologues
professionnels» ou l'Ordre professionnel des technologues
professionnels». Il y a encore un aménagement à faire
à ce niveau-là. l'administrateur agréé, m. le
président. vous savez fort bien que le projet de loi vient
préciser les activités professionnelles pouvant être
exercées par les membres de la corporation professionnelle des
administrateurs agréés du québec par l'ajout d'une
fonction de conseil. cette modification vient ainsi faciliter
l'intégration des personnes oeuvrant dans ce domaine à une
corporation professionnelle actuellement reconnue par le code des professions.
on sait que, évidemment, les c.m.c., c'est un dossier qui a fait l'objet
de plusieurs discussions, beaucoup de rencontres et d'échanges et que,
finalement, le projet de loi vient mettre fin à ces discussions, oriente
le dossier, comme effectivement le souhaitent les membres des c.m.c. et, en
conséquence, règle un dossier fort attendu pour l'ensemble des
intervenants dans ce secteur.
Le projet de loi assure également l'intégration au Code
des professions de la Corporation professionnelle des traducteurs et
interprètes agréés du Québec. Cette Corporation, en
effet, a été constituée par lettres patentes, en vertu de
l'article 27 du Code des professions, en date du 28 mars 1992. Les titres
reconnus aux membres de cette Corporation, par ses lettres patentes, ainsi que
les activités professionnelles qui y sont
énumérées, ont été insérés au
Code des professions. Je dois souligner, M. le Président de
l'Assemblée nationale, qu'il s'agit de la troisième corporation
professionnelle créée depuis 1973 et que c'était,
évidemment, avec beaucoup de satisfaction qu'on a pu réaliser ce
dossier, au cours du printemps 1992.
Finalement, le projet de loi que nous étudions vise à
modifier la Loi sur les infirmières et les infirmiers afin d'attribuer
à l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec un
pouvoir d'enquête sur la qualité des soins infirmiers fournis dans
les établissements de santé. Ce nouveau pouvoir permettra ainsi
à l'Ordre d'exercer un pouvoir qui lui est déjà
dévolu par la Loi sur les infirmières et les infirmiers, soit
celui de donner son avis au ministre de la Santé et des Services sociaux
sur ce sujet. Vu le nombre élevé des membres de l'Ordre, cette
loi est également modifiée afin de simplifier le processus
d'entrée en vigueur des résolutions du bureau de l'Ordre
concernant les cotisations professionnelles.
En conclusion, M. le Président, en plus de répondre aux
demandes formulées depuis plusieurs années par les corporations
professionnelles, les modifications proposées par ce projet de loi
contribueront à éliminer la confusion retrouvée dans le
public à l'égard des titres professionnels. Elles permettront
ainsi aux corporations professionnelles d'exercer plus efficacement leur mandat
de protection du public.
Je vous remercie, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Mme la
députée de Terrebonne, je vous cède la parole.
Mme Jocelyne Caron
Mme Caron: Merci, M. le Président.
Alors, à titre de porte-parole de l'Opposition officielle en
matière de lois professionnelles, nous attendions ce projet de loi 72
depuis très longtemps, il faut dire. Le ministre a mentionné
qu'il a été déposé en cette Chambre, le 18
décembre 1992. Je vous avoue qu'autant les corporations professionnelles
concernées que l'Opposition s'étonnaient que le projet de loi ne
soit pas appelé plus tôt au cours de cette présente
législation.
Le projet de loi contient, évidemment, plusieurs projets de loi.
Le ministre l'a dit lui-même, c'est un projet de loi omnibus. À
partir de là, évidemment, c'est beaucoup plus difficile, au
niveau de l'Opposition, d'être en parfait accord avec le projet,
puisqu'il défend des principes différents. Donc, d'entrée
de jeu, j'indiquerai immédiatement au président que l'Opposition
devra, pour l'adoption de principe, être contre le projet de loi 72 et
à cause d'un principe, un seul principe sur les 9, mais un principe qui
est extrêmement important.
Je commencerai par ce principe. Le ministre nous a dit que le projet de
loi contenait des modifications mineures. Il y a, effectivement, beaucoup de
modifications mineures, mais il y a quand même certaines modifications
qu'on doit considérer comme des modifications majeures. Parmi
celles-là, j'aborderai, évidemment, le principe qui est reconnu
dans la loi et qui accorde à l'Ordre des infirmières et
infirmiers du Québec le pouvoir d'enquête, le pouvoir
d'enquête sur les infirmiers et les infirmières auxiliaires sur
les soins infirmiers. C'est un principe majeur. On ne peut pas
considérer cet élément-là comme une modification
mineure.
Cet amendement-là, on le retrouve à l'article 6 du projet
de loi, et c'est vraiment accorder un pouvoir d'enquête. Il y avait
déjà un pouvoir de donner des avis, ce qui est déjà
extrêmement important, reconnu. On sait qu'il y a également un
système au niveau des plaintes dans les hôpitaux. On sait qu'il y
a aussi un système au niveau plaintes, au niveau des régies
régionales, un système de plaintes qui a été mis en
place aussi avec la réforme de la loi 120. On sait qu'il y a aussi le
système disciplinaire des différentes corporations
professionnelles, dont la Corporation professionnelle des infirmières et
infirmiers auxiliaires du Québec. (15 h 40)
On ajoute un pouvoir supplémentaire, et ça, c'est un petit
peu étonnant. On sait que, du côté des médecins, il
y a déjà le pouvoir, évidemment, d'enquête qui
existe par rapport aux infirmières et aux infirmiers, et ce pouvoir
d'enquête là, il est sur les actes médicaux qui sont
posés. Pour les infirmiers et infirmières auxiliaires, le pouvoir
d'enquête qu'on donne, c'est au sujet de la qualité des soins
infirmiers qui sont fournis dans les centres exploités par les
établissements. Et on forme, en même temps, un comité
d'enquête à cette fin. Sur le
comité d'enquête, à ce qu'on en sait, il n'y a pas
de représentants des infirmiers et des infirmières auxiliaires,
ce qui fait que leur voix n'est aucunement représentée et qu'on
pourrait se retrouver avec certains abus.
Pourquoi il y a tant d'inquiétudes de la part de la Corporation
des infirmières et infirmiers du Québec? Bien, c'est assez
simple, M. le Président: depuis plusieurs années, cette
profession subit de plus en plus de difficultés, c'est-à-dire
qu'il y a eu un décret en 1991, concernant la délégation
d'actes. Et c'est le décret 1423-80, décret qui permet la
délégation d'actes sous l'égide des infirmières et
des infirmiers du Québec. Donc, on délègue des actes aux
infirmiers et infirmières auxiliaires du Québec. Avant ce
décret, les infirmiers et infirmières auxiliaires du
Québec faisaient environ une centaine d'actes. On nous parle de 102
actes qu'ils pouvaient faire dans les différents établissements
où ils opéraient. Suite au décret, on limite les actes
qu'ils peuvent accomplir à 16. C'est une limitation extrêmement
importante. Passer d'une centaine d'actes que les infirmiers auxiliaires
pouvaient accomplir à 16, vous avouerez, M. le Président, que
c'est extrêmement limitatif.
Il faut aussi ajouter un autre élément d'information.
C'est que les infirmiers et infirmières auxiliaires du Québec ont
une formation; ils sont de formation d'études secondaires, et leur
formation pour effectuer leur travail est de 1800 heures. Les
délégations d'actes changeant, on retrouve aussi des actes qui
sont maintenant accomplis par des préposés, par des auxiliaires
familiales, et on se parle d'un autre type de formation. Si on pense aux
préposés, la formation est une formation secondaire aussi, mais
qui est de 650 heures comparativement à 1800 pour les infirmiers et
infirmières auxiliaires. Et, si on regarde du côté des
auxiliaires familiales, on se parle d'une formation de 900 heures, et on les
retrouve beaucoup au niveau des CLSC.
Alors, M. le Président, depuis le décret, depuis 1991, on
a finalement, avec les changements d'actes, enlevé 3000 postes qui ont
été répartis dans d'autres spécialités, 3000
postes qui ont été enlevés aux infirmières et
infirmiers auxiliaires du Québec. C'est évident que ce principe
d'enquête nous inquiète énormément, et c'est
d'ailleurs pourquoi nous voterons contre le projet de loi 72 au moment de
l'adoption du principe. Peut-être qu'en commission parlementaire, si le
ministre arrive à supprimer ce pouvoir d'enquête ou s'il nous
propose certains amendements pour modifier, limiter ce pouvoir d'enquête,
bien, à ce moment-là, M. le Président, nous pourrons
réviser notre proposition.
Il y a aussi un autre élément qui laisse une zone grise au
niveau du Code des professions, et c'est l'article 37p, lorsqu'on dit que les
soins s'appliquent aux personnes qui sont malades. Et, au niveau des soins qui
sont donnés, autant par les préposés que par les
infirmières et infirmiers auxiliaires, ce ne sont pas toujours des
personnes qui sont nécessairement malades. Ce sont des personnes qui,
parfois, ne peuvent plus vaquer à leurs occupations. Donc, elles
reçoivent des soins, mais pas nécessairement parce qu'elles sont
malades, parce qu'elles ont des limitations. Alors, c'est le premier
élément qui fait que nous allons nous opposer au projet de loi
72, mais uniquement sur ce principe-là, M. le Président.
Il y a évidemment toute une série de petits changements.
Parmi les changements importants, il faut évidemment rappeler le
changement qui va maintenant reconnaître les conseillers en management.
Et ça, M. le Président, nous le retrouvons à l'article
2.9. Alors, le principe qui est établi, c'est d'ajouter aux
activités professionnelles que peuvent exercer les membres de la
Corporation professionnelle des administrateurs agréés du
Québec celle de fournir des services-conseils.
Si on fait un petit peu d'historique, il y a eu, en 1985 ? et je
pense que c'est un point qui est extrêmement attendu au niveau de la loi
72, et les administrateurs agréés s'inquiétaient du retard
de la présentation de la loi 72 ? une entente, en juin 1985, un
protocole d'entente qui a été signé entre la Corporation
professionnelle des comptables, entre les dirigeants des comptables en
management accrédités et la Corporation professionnelle des
administrateurs agréés. Le but était, évidemment
? et la ministre avait loué cette initiative ? de quand
même limiter le nombre des corporations professionnelles.
On pouvait retrouver, dans ce protocole d'entente, 4 articles
importants: l'article 3, M. le Président, dans lequel les parties
conviennent que le rôle du comptable en administration industrielle est,
de façon prépondérante, axé sur l'aspect
comptabilité de management comme tel, soit en exerçant des
fonctions au sein d'entreprises de toutes sortes ou à titre de
consultant ou de conseiller en comptabilité de management: l'article 4,
où les parties conviennent que le rôle des administrateurs
agréés est principalement axé sur les activités
«managériales» comme telles, soit en exerçant des
fonctions de management au sein d'entreprises de toutes sortes ou à
titre de consultant ou de conseiller en management.
On ajoutait, également, l'article 5: Afin de respecter la
répartition des fonctions énoncées
précédemment, la Corporation professionnelle des comptables en
administration industrielle du Québec s'engage à ne pas dissocier
de sa nouvelle identification corporative les mots «comptable* et
«management». On terminait avec l'article 6, M. le
Président, où la Corporation professionnelle des comptables en
administration industrielle du Québec s'engage à ne faire aucune
publicité, promotion, communication ou à s'engager d'aucune
façon dans des moyens d'information publique qui auraient pour
résultat de créer une confusion entre le rôle de ses
membres et celui des membres de la Corporation professionnelle des
administrateurs agréés, le tout tel que défini aux
articles qu'on a déjà cités, M. le Président.
Alors, M. le Président, cette entente entre 2 partenaires,
évidemment, attendait un aboutissement qui va se concrétiser par
le projet de loi 72. On évite de créer une nouvelle corporation.
Par contre, le fait de confirmer un titre de spécialiste permet un
examen qui pourra être
plus rigoureux et permettre également, je pense, au niveau du
public, un regroupement qui est intéressant et qui devrait offrir une
qualité de services additionnelle.
L'autre élément qui était attendu, c'est
évidemment la modification concernant les technologues en sciences
appliquées. Nous retrouvons cette proposition à l'article 7, la
Corporation professionnelle des technologues des sciences appliquées du
Québec, qui devrait être normalement transformée par celle
de Corporation professionnelle des technologues professionnels du
Québec. Le ministre nous dit qu'il va tenir compte des remarques qui
avaient été faites en commission pour utiliser dès
maintenant le mot «ordre» plutôt que «corporation
professionnelle». Je pense que les demandes qui avaient été
faites en ce sens-là étaient à l'effet de changer
l'ensemble des corporations professionnelles pour «ordre
professionnel».
M. le Président, on sait qu'on le retrouve pour plusieurs ordres
professionnels, actuellement, mais qu'il y en a quand même plusieurs,
là, qui ont toujours le titre de «corporation
professionnelle». On sait que les technologues professionnels du
Québec attendaient ce changement avec beaucoup d'impatience, et
l'utilisation actuelle des documents qu'ils ont, des formulaires et tout
ça les limitait un petit peu. Donc, cette ouverture-là, nous
sommes parfaitement d'accord.
Le changement, aussi, du côté de l'utilisation du terme
«nutritionniste». Nous avons eu certaines représentations,
et je suis convaincue que le ministre en a eu aussi concernant certaines
personnes qui pratiquent davantage au niveau des thérapies alternatives,
actuellement, et qui s'inquiétaient de ce changement, de voir qu'on
reconnaissait le titre de nutritionniste pour les diététistes. Le
ministre a sûrement eu certaines représentations de la part,
principalement, de naturopathes ou autres personnes qui exercent au niveau des
thérapies alternatives.
Je vous avoue avoir pris connaissance des différentes
recommandations du président de l'Office des professsions et, quant
à nous, je pense qu'il faut être extrêmement clair et il
faut que... Les nutritionnistes, c'est quand même une profession qui doit
être reconnue, et ce titre doit être reconnu au niveau des
diététiciennes, je pense, au niveau des
diététistes. Il faut être extrêmement clair, et,
là-dessus, je pense que le ministre aura notre accord sans
problème. (15 h 50)
Nous retrouvons également, dans le projet de loi 72, la
reconnaissance, finalement, l'intégration au Code des professions de la
Corporation professionnelle des traducteurs et interprètes
agréés du Québec. Alors, je ne sais pas, M. le
Président, si le ministre va en profiter pour modifier
immédiatement par «Ordre des traducteurs et interprètes
agréés du Québec», d'autant plus que l'exemple qu'on
nous avait donné en commission parlementaire, que la corporation
professionnelle qui devait être la plus mal à l'aise avec ce terme
qui ne convenait pas, c'était sûrement celle des traducteurs et
interprètes agréés du Québec. Alors, est-ce qu'on
va en profiter pour modifier, aussi, pour cette Corporation-là, pour la
changer par «Ordre professionnel des traducteurs et interprètes
agréés du Québec»? Nous verrons ça en
commission parlementaire, M. le Président.
M. le Président, vous savez, les traducteurs et
interprètes agréés du Québec ont attendu longuement
leur intégration au Code des professions. On sait que cette Corporation
professionnelle a reçu ses lettres patentes uniquement le 1er avril 1992
et qu'elle a dû, durant près de 20 ans, présenter des
demandes et faire valoir ses revendications auprès de l'Office des
professions pour être enfin reconnue. Cette reconnaissance, donc, se
traduit maintenant par l'intégration au Code des professions, et c'est
bien évident que nous saluons cet article-là avec beaucoup de
plaisir.
Nous retrouvons également dans le projet de loi ? et c'est
ce qui occupe le plus d'articles, M. le Président ? un certain
nombre d'abréviations, d'attributions d'initiales, qui vont permettre de
limiter encore davantage au niveau du titre réservé. Le projet de
loi vient donc modifier le Code des professions afin d'interdire à toute
personne qui n'exerce pas une profession d'exercice exclusif, ou une profession
à titre réservé, l'utilisation d'abréviations ou
l'attribution d'initiales qui pourrait laisser croire qu'elle exerce l'une ou
l'autre de ces professions.
C'est déjà un pas, M. le Président, mais je ne
pourrai passer sous silence tout le dossier des titres réservés,
et rappeler au ministre à quel point il est important qu'il en tienne
compte au moment où il déposera sa réforme du Code des
professions. Par rapport au problème des infirmières et
infirmiers auxiliaires du Québec, je pense, M. le Président, le
fait d'avoir un titre réservé, c'est un des
éléments qui fait que ça pose problème. Parce que,
à ce moment-là, on a le titre, mais on n'a pas de limitation au
niveau des actes qui sont, comme tels, réservés.
M. le Président, on a clairement démontré, je
pense, au cours des audiences sur la réforme du Code des professions,
qu'il y avait un problème majeur avec les corporations professionnelles
à titre réservé. Le ministre, dans ses conclusions et aux
différentes interventions qu'il a faites sur la réforme du Code
des professions, ne nous a jamais laissé voir qu'il entendait corriger
ce problème, ce problème majeur. Et même avec la plus belle
structure, le plus beau système disciplinaire possible, au niveau des
corporations professionnelles, si on ne corrige pas le problème
fondamental des corporations professionnelles à titre
réservé, nous n'assurons pas la protection du public, pour un
grand nombre de professionnels. Le ministre n'a toujours pas
déposé sa réforme du Code des professions. En commission
parlementaire, lors de l'étude des crédits, le ministre nous a
dit qu'il entendait déposer cette réforme d'ici le 22 juin. Il ne
nous a pas confirmé ça, au cours de ses remarques, tantôt,
M. le Président.
Nous souhaitons, effectivement, que la réforme soit
déposée avant la fin de cette session, pour que tous les
intervenants puissent en prendre connaissance et
qu'on puisse, très rapidement, apporter les réformes
majeures et les corrections qui ont été demandées au cours
des audiences au mois de mars dernier. Par contre, j'invite le ministre
à s'assurer que, dans cette réforme-là, il y aura
des éléments de correction concernant les corporations
professionnelles à titre réservé. Parce que, si elles ne
sont pas là, la réforme sera une réforme qui viendra
corriger... Au niveau de l'apparence, au niveau des principes de transparence,
on pourra croire qu'il y aura amélioration du système, mais on
n'assurera pas une protection complète, entière, pour le public,
pour les citoyennes et citoyens du Québec qui reçoivent des
services des professionnels.
Alors, M. le Président, en terminant, je dis bien simplement au
ministre que nous allons, effectivement, faire l'étude, article par
article, que nous souhaitons certaines modifications, certains amendements, des
amendements parfois très mineurs concernant certaines
abréviations, certaines initiales et qui ne devraient pas poser de
problème au ministre, mais nous souhaitons aussi un changement majeur,
et c'est concernant l'article 6 qui touche le pouvoir d'enquête au niveau
de la qualité des soins infirmiers.
L'autre changement que nous souhaitons évidemment, M. le
Président, c'est que le ministre modifie l'article 9, le dernier article
du projet de loi parce que, tel que libellé présentement, le
deuxième alinéa de l'article 9 ferait que tout ce qui touche les
technologues professionnels, ces changements-là pourraient entrer en
vigueur à la date fixée par le gouvernement, donc pas au moment
de l'entrée en vigueur du reste de la loi, ce qui pose un
problème pour les technologues professionnels qui souhaitent pouvoir
utiliser leur titre le plus rapidement possible. Alors, pourquoi une mesure
d'exception pour les technologues professionnels? Évidemment, là,
nous demanderons au ministre de modifier cet article.
Alors, M. le Président, nous devrons donc voter sur division
parce qu'il y a un principe fondamental sur lequel nous ne sommes pas en
accord, mais concernant le reste du projet de loi 72, c'est évident que
nous ne poserons pas de difficultés, M. le Président.
Merci.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, Mme la
députée de Terrebonne.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
Mise aux voix
Est-ce que la motion proposant l'adoption du principe de projet de loi
72, Loi modifiant le Code des professions et la Loi sur les infirmières
et les infirmiers, est adoptée?
M. Savoie: Adopté, M. le Président.
Mme Caron: Sur division.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté sur
division.
M. le ministre.
Renvoi à la commission de
l'éducation
M. Savoie: M. le Président, alors, je fais motion pour que
ledit projet soit déféré à la commission de
l'éducation pour étude détaillée.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Est-ce que cette motion
de déférence est adoptée? Adopté.
M. le ministre, vous avez un autre article à suggérer.
M. Savoie: L'article 2, M. le Président.
Projet de loi 90 Adoption du principe
Le Vice-Président (M. Lefebvre): À l'article 2 de
notre feuilleton, M. le ministre du Revenu propose l'adoption du principe du
projet de loi 90, Loi modifiant la Loi concernant l'impôt sur le tabac,
la Loi sur le ministère du Revenu et d'autres dispositions
législatives d'ordre fiscal.
M. le ministre du Revenu, vous avez droit à une intervention de
60 minutes.
M. Raymond Savoie
M. Savoie: Merci, M. le Président.
Oui, effectivement, M. le Président, on constatera que,
effectivement, un vendredi après-midi, quand il fait beau, là,
surtout au mois de juin, en plus qu'on a eu très peu de beaux
après-midi, il est tentant, M. le Président, de regarder à
l'extérieur. Toutefois, étant donné que nous sommes des
gens responsables, étant donné que nous savons assumer notre
devoir comme il se doit, il est donc important, M. le Président, de
soumettre aujourd'hui à cette Assemblée pour adoption de principe
le projet de loi 90 qui a été présenté, comme vous
vous en rappelez, le 13 mai dernier.
Ce projet de loi, qui comprend 51 articles, introduit diverses mesures
relatives à l'application des lois fiscales et à la lutte contre
la fraude en matière d'impôt sur le tabac. Il donne donc suite aux
annonces du ministre des Finances principalement dans le bulletin d'information
93-1 publié le 23 avril dernier.
Comme vous le savez, M. le Président, il s'est
développé principalement, au cours des 2 dernières
années, un marché parallèle de produits du tabac sur
lesquels les droits et taxes ne sont pas appliqués. Cette situation, en
plus d'aggraver sérieusement les revenus de l'État, est
inacceptable pour l'ensemble des contribuables qui, effectivement, paient leur
dû au gouvernement.
Ainsi, le gouvernement du Québec, de concert avec le gouvernement
fédéral, doit agir pour freiner
cette fraude. Plusieurs actions ont déjà été
entreprises par les 2 gouvernements, le gouvernement du Québec et le
gouvernement fédéral, mais d'autres mesures doivent être
mises en place. C'est donc dans ce cadre que le projet de loi 90 est
présenté à l'Assemblée nationale afin de donner au
gouvernement des outils additionnels pour lutter contre la fraude en
matière de tabac. (16 heures)
Le projet de loi, M. le Président, modifie d'abord la Loi
concernant l'impôt sur le tabac afin d'assujettir à l'impôt
sur le tabac le tabac brut en feuilles et afin de prévoir certaines
mesures telles, d'abord, l'augmentation de l'amende maximale qui peut
être imposée à l'égard de certaines infractions, la
création d'une nouvelle infraction lorsqu'une personne a en sa
possession à des fins de consommation du tabac acquis
illégalement, le renforcement des pouvoirs en matière de
perquisition, de saisie ainsi que de rétention de dispositions de
confiscation de choses saisies.
Ainsi, la Loi concernant l'impôt sur le tabac prévoit
déjà plusieurs infractions. La personne qui commet l'une ou
l'autre des infractions est passible d'une amende d'au moins 2000 $ et d'au
plus 25 000 $. C'est la situation actuelle. En outre, une peine
d'emprisonnement d'au plus 2 ans peut être imposée en plus de
l'amende. C'est ce qui a été adopté, on se rappellera, M.
le Président, il y a 2 ans, lorsque nous avons modifié la loi sur
la taxe sur le tabac.
Dans le but d'augmenter l'effet dissuasif des peines prévues
à l'égard de ces infractions, l'amende minimale qui peut
être imposée est modifiée afin que le montant de celle-ci
soit le plus élevé, de 2000 $ ou de 3 fois les taxes
éludées par cette personne, donc une hausse au niveau minimal,
c'est-à-dire le plus élevé de 2000 $ ou de 3 fois le
montant des taxes éludées, et l'amende maximale est
haussée à 500 000 $ afin de s'assurer que, effectivement,
lorsqu'on arrête un contrebandier, on puisse non plus imposer une amende
de 2000 $, qu'on va être capable d'imposer une amende digne du nombre de
cartouches, de cartons de cigarettes qu'il a en sa possession et, donc, de sa
participation au niveau de la contrebande, puisque nous savons que,
effectivement, cette activité est très
rémunératrice. Il n'y a pas de doute que de hausser les amendes,
tel que demandé par les corps policiers, par les intervenants dans ce
dossier, devrait faciliter leur tâche et assurer un petit peu plus de
dents au niveau de ce marché.
De même, il faut responsabiliser le consommateur au fait qu'il
encourage la contrebande de tabac et l'évasion fiscale en se procurant
des produits du tabac dont la vente est illégale au Québec. C'est
pourquoi la loi est modifiée afin de prévoir une infraction
lorsqu'une personne a en sa possession, à des fins de consommation au
Québec, du tabac dont le paquet ne porte pas l'identification
prévue par la loi et dont, évidemment, bien sûr, les taxes
n'ont pas été acquittées. La personne qui commet une telle
infraction sera donc passible d'une amende d'au moins 200 $ et d'au plus 1000
$. Donc, ceux et celles qui se promènent avec des paquets qui, finale-
ment, sont illégaux... il n'y avait aucune stipulation,
évidemment, disant que c'était une infraction. C'est maintenant
une infraction. Évidemment, on ne créera pas une force uniquement
pour surveiller cet élément-là, mais, évidemment,
lorsque quelqu'un se fera arrêter, il est susceptible de recevoir, donc,
une amende minimale de 200 $ et j'imagine, selon les circonstances, d'au plus,
jusqu'à concurrence de 1000 $. Enfin, cette loi est modifiée de
façon à éviter que 2 dispositions prévoyant une
infraction ne s'appliquent à une même contravention à la
loi.
De plus, afin d'améliorer et de renforcer les pouvoirs de
perquisition et de saisie, la loi est modifiée afin de permettre que des
autorisations de perquisitionner soient accordées également
à l'égard de tout endroit où il existe des motifs de
croire qu'il s'y trouve des choses pouvant servir de preuve d'une infraction
à cette loi ou des choses qui sont utilisées pour la
perpétration d'une telle infraction. En outre, ces modifications
prévoient que la personne qui exécute cette autorisation de
perquisitionner pourra saisir toute autre chose bien en vue pouvant servir de
preuve d'une infraction à cette loi ou utilisée à la
perpétration d'une telle infraction. Par ailleurs, cette loi est
modifiée également, M. le Président, afin de
prévoir que le ministre pourra, avec l'autorisation d'un juge, retenir
des choses saisies qui n'étaient pas prévues à
l'autorisation de perquisitionner et qui ont été utilisées
pour la perpétration d'une infraction.
En ce qui concerne également les paquets de tabac, la loi ne
prévoit pas actuellement la possibilité de faire vendre avant
jugement d'autres choses saisies. Aussi, compte tenu des délais
inhérents aux procédures et afin de diminuer les coûts
d'entreposage des biens saisis, la Loi concernant l'impôt sur le tabac
est modifiée afin que le ministre du Revenu puisse demander à un
juge de la Cour du Québec qu'il ordonne la vente en justice de tout
véhicule ou distributeur automatique de tabac saisi qui a servi à
la perpétration d'une infraction à cette loi. Le produit de la
vente devra être conservé jusqu'à ce qu'il soit
confisqué ou remis à son propriétaire. Toutefois, la loi
prévoit que, dans le cas où une personne prétend avoir
droit à une chose saisie et que, suite à sa demande au tribunal
pour récupérer cette chose, il en obtient la remise, le tribunal
pourra ordonner à cette personne de payer les frais de saisie et de
conservation de cette chose.
Cette loi est également modifiée afin d'ajouter à
l'effet dissuasif des peines imposées en cas de condamnation et de
renforcer les pouvoirs du ministre du Revenu en matière de confiscation
des choses saisies. De plus, cette loi est modifiée afin d'éviter
que le produit de la vente des choses confisquées puisse servir au
paiement de l'amende et des frais auxquels une personne a été
condamnée. Finalement, M. le Président, le ministre du Revenu
pourra obtenir du tribunal, après qu'il ait rendu son jugement, la
confiscation des produits du tabac saisis et l'autorisation de les
détruire dans tous les cas où l'illégalité de la
possession de ces produits du
tabac en empêche la remise.
M. le Président, le projet de loi 90 modifie également la
Loi sur le ministère du Revenu afin de solutionner différents
problèmes liés à l'interprétation et à
l'application de cette loi et d'autres lois fiscales. Les modifications
proposées concernent notamment l'introduction de mesures relatives
à la reproduction de documents sur pellicule photographique et aux
règles de preuve applicables aux documents ainsi reproduits.
L'introduction d'une disposition en vertu de laquelle un accord conclu
entre le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec pour la
perception des droits prévus par une loi fiscale peut prévoir la
possibilité, pour le gouvernement du Canada, de conclure toute entente
avec un tiers visant à faciliter l'application d'un tel accord;
l'introduction de mesures destinées à préciser certaines
conditions ou circonstances relatives à l'application des frais pour le
recouvrement des créances fiscales; l'introduction de mesures
destinées à favoriser le recouvrement de dettes fiscales
auprès des tierces personnes elles-mêmes redevables de sommes
auprès d'un débiteur fiscal et, cinquièmement,
l'introduction de mesures relatives au cautionnement que le ministre du Revenu
peut exiger d'une personne tenue de percevoir, de retenir ou de remettre des
droits en vertu d'une loi fiscale; l'introduction d'une mesure destinée
à contrer les effets d'une faillite sur le recouvrement d'une somme
déduite, retenue ou perçue en vertu d'une loi fiscale, lorsqu'une
telle somme est confondue avec le patrimoine du failli.
Septièmement, M. le Président, l'introduction de mesures
permettant au ministre du Revenu de retenir un remboursement ou d'exiger la
retenue d'un montant payable par un organisme public à l'égard
d'une personne qui n'a pas produit les déclarations ou rapports qu'elle
était tenue de produire en vertu d'une loi fiscale ou d'un
règlement adopté en vertu d'une telle loi. Et,
huitièmement, l'introduction de mesures permettant au ministre du Revenu
d'exiger, lorsqu'une personne est à la fois redevable d'un montant
exigible en vertu d'une loi fiscale et créancière d'un montant
payable par un organisme public, la retenue totale ou partielle de ce montant
aux fins de procéder à son affectation, à l'encontre du
montant dont cette personne est redevable.
M. le Président, ces articles 7 et 8, évidemment, ont
suscité beaucoup de discussions au cours des derniers jours et
méritent, je pense, une discussion plus élaborée à
ce moment-ci dans le contexte de l'élaboration de notre projet de loi.
Comme vous le savez, M. le Président, la Commission d'accès
à l'information, de même que, bien sûr, le Protecteur du
citoyen, M. Daniel Jacoby, et d'autres, bien sûr, nous ont fait part de
certaines craintes en ce qui concerne ces deux derniers
éléments.
Nous avons souligné, effectivement, que nous étions
très conscients des difficultés que pourraient soulever ces deux
éléments, la possibilité pour le gouvernement, d'une part,
de demander à quelque 180 organismes, soit de retenir le paiement
à une société ou un travailleur autonome qui,
effectivement, est créancier d'une dette du public, mais qui en
même temps n'a pas... est débiteur vis-à-vis du
gouvernement, c'est-à-dire qui a une créance exigible, donc
facturée avec 30 jours de retard, une créance vis-à-vis du
gouvernement du Québec.
Vous comprendrez que c'est un peu dans la situation, pour résumer
d'une façon très sommaire, une situation où quelqu'un, par
exemple, une société n'a pas fait ses remboursements au niveau de
la taxe de vente ou au niveau des déductions à la source, d'une
part, et, donc, redevable vis-à-vis du ministère du Revenu, et,
d'une autre main, va recevoir ou est à la veille de recevoir un montant
considérable de la part d'un ministère ou un des organismes du
gouvernement du Québec. (16 h 10)
II faut bien souligner qu'il ne s'agit pas, bien sûr, de montants
reliés, par exemple, à des pratiques sociales,
c'est-à-dire une indemnité, des montants perçus en vertu
des lois sur le bien-être social, des montants versés suite
à un accident, des montants, donc, de nature sociale, mais plutôt,
bien sûr, des opérations relevant, dans le contexte ordinaire,
soit d'échange de services contre rémunération ou bien,
bien sûr, la fourniture d'un bien ou d'un service au gouvernement du
Québec. Cette mesure, donc, comme je l'ai mentionné tout à
l'heure, a suscité certaines craintes de la part de certains
intervenants, et nous avons partagé ces craintes, M. le
Président. Je dois dire que nous sommes très soucieux, et, lors
de la réception du rapport d'évaluation de la part de la
Commission d'accès à l'information et des commentaires qu'ils ont
fournis sur le projet de loi en question, nous avons pris contact, bien
sûr, avec la Commission. Nous avons échangé avec eux.
Bien sûr, à ce moment-ci, il est très difficile pour
moi d'annoncer, d'une façon spécifique, les mécanismes qui
pourront être mis en place, les autorisations qui ne seront plus
nécessaires suite aux recommandations de la Commission d'accès
à l'information, mais je peux vous dire que nous allons, d'une part,
nous assurer que cette structure ne donnera pas lieu à la
création, par exemple, d'une banque de données qui pourra
être utilisée par le ministère du Revenu pour
vérifier, par exemple, ce que fait une société, le nombre
de contrats que pourrait recevoir une société. C'est tout
à fait le contraire. Nous allons inviter la Commission d'accès
à l'information à participer avec nous à cet
élément-là pour nous assurer que, effectivement, les
pratiques démocratiques, les pratiques administratives auxquelles nous
sommes tous habitués soient des plus respectées. Nous n'allons
pas, bien sûr, et nous ne voulons pas, il faut que ce soit bien clair,
faire autre chose que nous assurer que le gros bon sens s'applique au niveau
des créances fiscales du gouvernement.
Vous comprendrez ? j'ai souligné cet élément
à plusieurs reprises ? lorsque nous versons, par exemple, suite
à l'exécution d'un contrat... On pense, par exemple, à
quelqu'un, à une société qui exécute un contrat de
50 000 $ pour le gouvernement du Québec et qui est
donc créancière vis-à-vis le gouvernement du
Québec. Le gouvernement du Québec doit lui verser un
chèque de 50 000 $. D'un autre côté, si elle refuse de nous
remettre ses déductions à la source, sa taxe de vente, ne fait
pas de déclaration d'impôt, on est un petit peu dans une situation
difficile lorsqu'on continue à lui émettre des chèques
qu'elle empoche, tout simplement.
Il y a eu, comme vous le savez, modification à la Loi sur la
faillite. C'est un élément important dans notre orientation et
dans la décision du ministre des Finances, bien sûr. C'est que, en
vertu de l'ancienne Loi sur la faillite, le gouvernement du Québec,
comme celui d'Ottawa, avait un rang privilégié vis-à-vis
les créanciers ordinaires, c'est-à-dire que, lors de la
liquidation des biens d'un failli, il y avait, bon, les créanciers
garantis, ceux qui ont des hypothèques ou des nantissements sur des
biens immeubles ou des biens meubles; il y avait ensuite des créanciers
privilégiés, c'est-à-dire les 2 paliers de gouvernement,
et troisièmement, la grande masse, finalement, des créanciers
ordinaires non garantis.
Avec la nouvelle Loi sur la faillite, la notion de créancier
privilégié est abolie. Le gouvernement devient un
créancier ordinaire, donc, lors de la répartition des montants
perçus lors d'une faillite, le gouvernement du Québec se trouve
à perdre énormément d'argent et doit donc s'assurer que
ses comptes à recevoir soient protégés. C'est dans cette
optique que le gouvernement a pris cette orientation afin d'assurer ses
montants. On sait fort bien que le gouvernement doit agir d'une façon
responsable, doit s'assurer que ses comptes à recevoir, donc les
montants facturés et en retard au niveau des paiements, doivent
être suivis de très près, et ce mécanisme nous
assure une bonne protection afin de corriger, finalement, les
délinquants qui refusent soit de faire leur rapport d'impôt, soit
de nous remettre leurs déductions à la source, soit de nous
remettre la taxe de vente qu'ils auront perçue ou soit qu'ils refusent
de nous payer, tout simplement. Alors, ça nous permet de voir, par
exemple, si cette personne a un chèque qui sera envoyé à
cette société, suite à l'exécution d'un contrat
pour nous assurer que, effectivement, notre créance soit
exécutée, qu'on puisse collecter le montant qui nous est
dû, et le tout en respectant, comme je l'ai mentionné tout
à l'heure, M. le Président, les règles et les pratiques
usuelles, dans ce genre de choses là, que nous avons
développées et qui se traduisent, par exemple, par la loi qui
régit la Commission d'accès à l'information. Le rôle
qu'entreprend le Protecteur du citoyen est certainement un rôle
très valable. Il faut dire qu'il a été très
présent dans le dossier, et il s'est montré très
intéressé à assurer une protection soutenue, non seulement
pour les sociétés qui ne tombent pas sous la protection de la
Commission de l'accès à l'information, mais également pour
l'ensemble des citoyens du Québec.
Le gouvernement du Québec veut donc utiliser un mécanisme
souple, efficace qui respecte nécessairement les autres lois en vigueur,
qui respecte nécessairement la protection du public, mais qui assure
aussi que le gou- vernement va chercher son dû. Il y a eu, bien
sûr, de la part de la CAI, d'une façon spécifique, des
questions très pertinentes au niveau de l'utilisation de l'article 37.
Nous avons indiqué que, oui, effectivement, nous allons examiner cette
situation de très près, mais pas en vase clos, M. le
Président, avec eux. Nous allons voir s'il est possible, pour le
gouvernement, de respecter ses obligations au niveau des comptes à
recevoir, et en même temps, d'assurer l'intégrité de
l'information, d'assurer l'intégrité des fonctions au sein des
mesures nécessaires pour voir à la perception, au recouvrement de
nos comptes à recevoir.
Donc, M. le Président, au cours de la semaine prochaine, lorsque,
probablement, vous allez autoriser que l'on puisse entreprendre l'étude
détaillée de ce projet de loi, nous aurons l'occasion
d'échanger avec l'ensemble des membres de la commission pour nous
assurer que nous allons adopter un projet de loi qui est donc conforme à
nos principes démocratiques, qui est conforme à notre
volonté de gérer l'information d'une façon adéquate
et non pas de créer une situation de «big brother», ou d'un
État qui, finalement, jouit d'une certaine cybernétique. C'est
tout à fait le contraire, et je pense que c'est grandement
exagéré, ces craintes, bien sûr, au Québec.
Je pense qu'il faut plutôt voir un mécanisme qui va assurer
que les gens qui ne paient pas leurs impôts, les sociétés
commerciales qui n'exécutent pas leur mandat... Compte tenu de la
nouvelle loi sur les faillites, ça va permettre au gouvernement du
Québec d'aller chercher sa créance, et qu'on ne se retrouve pas
dans une situation, comme je l'ai mentionné tout à l'heure,
où on verse des montants considérables à une entreprise
qui exécute un mandat et qui, d'un autre côté,
n'exécute pas ses obligations vis-à-vis le ministère du
Revenu.
Tout est dans la question de structurer, de bien exécuter le
mandat qui nous a été confié, de s'assurer
qu'effectivement il n'y aura pas d'abus, que les mécanismes vont
être suivis d'une façon convenable. J'ai déjà
indiqué, M. le Président, à cette Assemblée, comme
à la Commission d'accès à l'information et à
d'autres aussi, qu'on est très ouvert afin de nous assurer que les
mécanismes qui seront mis en place vont respecter ces orientations et
vont assurer aussi un suivi des plus adéquats pour l'ensemble du public,
pour qu'on se sente confortable avec ça. Je pense qu'il n'y a absolument
personne ici qui veut permettre l'ouverture d'une situation où,
effectivement, on pourrait voir dans un ordinateur quelconque, se gérer,
à notre insu, tout un ensemble de données sur lequel nous n'avons
pas de contrôle.
J'ai l'intention, tout en donnant suite au mandat, de m'assurer que
ça se fera ? oui, bien sûr ? dans le respect des normes,
des principes auxquels nous sommes si fortement attachés. Donc, au cours
de la semaine prochaine, nous allons prendre le temps d'examiner la
réglementation, puisqu'il y a une réglementation, et j'inviterais
le député de Montmorency à prendre connaissance de cette
réglementation, afin qu'il puisse s'assurer... parce que, finalement, le
projet de loi, en
tant que tel, donne très peu d'information. Il donne les grandes
lignes, uniquement, qui peuvent être interprétées d'une
façon excessive, bien sûr... mais de prendre connaissance de la
réglementation. Il va comprendre, d'une part, que c'est très bien
balisé sur plusieurs éléments, qu'il y a des informations,
évidemment, pour qu'on puisse parler de ce projet de loi. Il y a des
informations dont on doit avoir absolument pris connaissance en tant que
balises, paramètres pour l'application de plusieurs dispositions. (16 h
20)
M. le Président, donc... malgré, évidemment, les
hésitations, les discussions que nous avons eues à date, au
niveau de ce projet de loi, en ce qui concerne les articles 7 et 8, que je vous
ai mentionnés, qui modifient la Loi sur le ministère du Revenu,
pour les éléments concernant cette compensation.
Je pense que l'ensemble de l'orientation est valable. Il s'agit de
trouver les mécanismes, il s'agit de nous permettre de trouver ensemble
les balises qui pourront assurer le plein respect de l'ensemble des droits des
intervenants au Québec. Je suis sûr qu'avec le règlement
que nous allons présenter sous peu, avec les autres informations que
nous avons, avec les échanges que nous avons eus et que nous aurons
également avec le Protecteur du citoyen, lundi, avec, de nouveau, je
suis certain, la Commission d'accès à l'information, du moins, je
l'espère, on pourra trouver les mécanismes qui vont assurer, pour
les contribuables du Québec, pour l'ensemble des travailleurs autonomes
et les sociétés, des meilleures solutions au problème qui,
finalement, est devenu de plus en plus important au Québec. Il faut,
effectivement, que le gouvernement resserre son administration, pour qu'on
puisse avoir remboursement des montants qui nous sont dus, que les citoyens qui
traitent avec l'État puissent, bien sûr, bien remplir leur
rôle en tant que répondants au niveau du ministère du
Revenu.
M. le Président, donc, au niveau de la taxe sur le tabac, des
mesures importantes. Des mesures qui vont permettre aux officiers de l'ordre de
bien exécuter leur mandat, de s'assurer, lorsqu'on prend quelqu'un en
défaut, en termes de contrebande, qu'il respecte un petit peu plus nos
lois, parce que, actuellement, M. le Président, je peux vous dire qu'une
amende de 2000 $ pour quelqu'un qui se livre à des activités de
contrebande, c'est un montant très minime. Souvent, c'est avec un peu le
sourire au coin des lèvres qu'il envisage cette situation. Alors, je
pense qu'avec l'amende qui est là, nous allons être en mesure
d'avoir un petit peu plus de dents.
Alors, également, avec les modifications aux articles 7 et 8, M.
le Président... Je vois que mes collègues s'amusent bien gros. Je
suis certain que le député de Montmorency va avoir beaucoup plus
de difficulté que moi à parler avec, je pense, la hâte que
nos collègues ont d'aller rejoindre leur famille... et le beau temps qui
court dehors.
M. le Président, je dois terminer, donc, rapidement, en
soulignant que... Oui, effectivement, un effort pour la contrebande, contre le
travail au noir. Deuxièmement, M. le Président, un effort pour
aller chercher nos comptes à recevoir, nos comptes qui doivent
être payés, mais d'une façon juste, d'une façon
équitable et en respectant les institutions et les principes qui
dirigent* notre démocratie.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le ministre du
Revenu.
Je cède maintenant la parole à M. le député
de Montmorency, critique de l'Opposition officielle en cette matière. M.
le député de Montmorency.
M. Jean Filion
M. Filion: Merci, M. le Président. Comme le disait le
ministre du Revenu, malgré la belle température, je pense qu'on
se doit d'être responsables et consciencieux. Alors, nous allons utiliser
le temps qui nous est consacré. Nous allons utiliser le temps qui nous
est consacré, M. le Président, pour examiner et expliquer
à la population l'importance du projet de loi 90.
Le projet de loi 90, c'est une loi qui modifie la Loi concernant
l'impôt sur le tabac, et avec différentes mesures, M. le
Président, qui ont été mises de l'avant, dans le but de
mettre fin à la contrebande du tabac qui, maintenant, perdure sur notre
territoire, particulièrement au Québec, depuis 2... Je devrais
dire, M. le Président, que ça remonte à 1988,
l'évasion fiscale. Les premiers indices d'évasion fiscale ont
été notés sur le territoire du Québec au
début de janvier 1988. Alors, ce n'est pas d'hier. Ce n'est pas d'hier
que la problématique du travail au noir et de la contrebande du tabac se
manifeste sur le territoire québécois.
Depuis 1988, M. le Président, on a assisté... Pour faire
un peu l'historique et essayer de faire comprendre à la population qui
nous écoute, on a assisté à une espèce de politique
fiscale de l'autruche où, à la fois le Québec et Ottawa
ont continué... Malgré le fait qu'ils étaient conscients
de la contrebande du tabac, ils ont continué, à chaque
année, en 1989, en 1990, en 1991, en... 1992, je crois, M. le
Président, la dernière année, à augmenter les taxes
sur le tabac. À augmenter les taxes sur le tabac, à un point tel,
M. le Président, que plus on augmentait les taxes, plus on provoquait
des incitatifs à la contrebande du tabac.
Il faut bien comprendre qu'il y a une raison qui est très simple
à cette contrebande. Ce n'est pas une raison actuarielle, ce n'est pas
une raison mathématique, c'est une raison de profit. La raison de
profit, c'est simplement une question de taxes. C'est qu'il y a des gens qui
ont mis en place un mécanisme où ils peuvent acheter des
cigarettes chez des fabriquants québécois et canadiens. On
achète des cigarettes hors-taxes et on les revend sur le marché
québécois sans avoir payé ces taxes. C'est là qu'on
commence à se retrouver avec un incitatif de profit, puisqu'ils ne
paient pas de taxes, les contrebandiers. Alors, ce qui se produit, c'est qu'eux
paient un paquet de cigarettes à un très bas prix.
Sur un paquet de cigarettes, M. le Président, on évalue,
au Québec, 4,60 $ de taxes par paquet de 25 cigarettes, sur un prix de
détail de 6,50 $. Alors, vous imaginez, M. le Président, si les
4,60 $ de taxes ne sont pas payés, imaginez-vous la marge de manoeuvre
qu'ils ont de profit. C'est plus de 70 % de marge de manoeuvre de profit sur un
paquet de cigarettes. Alors, quand le distributeur régulier, lui, dans
le système légal, les transactions légales, distribue et
vend son paquet de cigarettes, lui, il le vend avec les taxes. Alors, lui, il
doit payer 4,60 $ de taxes, lorsqu'il veut vendre aux consommateurs, ce qui
fait qu'à toutes fins pratiques celui qui achète sans payer les
taxes se retrouve dans une situation où il peut faire un profit
énorme. Ce qui a donné naissance à l'implantation de
réseaux puissants, M. le Président, il faut l'avouer. C'est
devenu, à travers les années... parce que ça ne s'est pas
fait dans l'espace de 5, 6 mois ou d'un an, ça remonte, du moins... Mes
indicateurs remontent à janvier 1988, la présence
d'évasion fiscale.
Alors, M. le Président, à travers toutes ces
années, on a réussi, nous, au Québec, sans agir, sans
réagir, à provoquer une contrebande qui prend des proportions,
aujourd'hui, devenues intolérables pour notre société.
Intolérables, M. le Président, pour une raison qui est
très simple, c'est qu'il a manqué, dans le trésor public,
cette année, 218 000 000 $. On pensait en récolter 628 000 000 $,
au niveau des taxes sur le tabac. En début d'année, l'an dernier,
on pensait récolter 628 000 000$; ça s'est soldé par 410
000 000$, la récolte des taxes. Alors, les 210 000 000 $ de taxes
spécifiques sur le tabac sont allés carrément dans le
marché parallèle, dans le marché de la contrebande du
tabac.
Inutile de vous dire, M. le Président, que ce
phénomène-là donne naissance également à des
effets secondaires dans le marché économique. Moi, ça me
fait rire d'entendre un peu le ministre des Finances nous dire: Ah!
L'économie s'est écrasée. M. le Président,
l'économie, ce n'est pas qu'elle s'est écrasée, c'est que
l'économie s'est divisée. Ce n'est pas pareil. C'est qu'on a
réussi à diviser l'économie de deux façons: une
économie légale et une économie parallèle. Mais
l'économie est toujours en transaction. Les gens transigent. Les gens
consomment, mais consomment dans une économie complètement
divisée. Ce qui se produit, c'est très simple, c'est que la
contrebande du tabac est devenue, c'est devenu des transactions... Le
marché légal est complètement aplati et il est
tombé dans un marché parallèle, dans un marché
où on continue une activité économique, mais non
déclarée, et où les gens ne paient pas leur dû
fiscal. Nous, on se retrouve, quand on comptabilise l'économie
légale, avec des déficits incroyables, mais pas parce que
l'économie, nécessairement, s'est écrasée. Il s'est
créé un déplacement majeur dans une économie
parallèle, et c'est devenu la belle excuse morale pour que les gens,
tout simplement, qui vont acheter... (16 h 30) ii n'y a pas simplement la
contrebande du tabac. on a la tvq, on la tps, et les gens maintenant
consomment. c'est devenu quelque chose de pratiquement régulier que de
demander au vendeur de faire une vente hors-taxes. là, m. le
président, ça a pour effet que, tout à l'heure, on va se
retrouver dans une espèce d'économie où l'économie
légale va devenir, à toutes fins pratiques, réduite d'une
façon magistrale, parce que l'économie parallèle aura
absorbé les transactions financières, aura absorbé
l'échange de biens et services. le gouvernement ne récoltera plus
ses deniers publics de cette économie parallèle là, ce qui
crée, bien sûr, des problèmes incroyables au ministre des
finances et on le comprend. on le comprend, m. le président, il a fait
des contractions budgétaires de 1 400 000 000 $ au niveau de ses
dépenses. il a quand même fait de la surtaxation avec son dernier
budget en coupant au niveau de son assiette fiscale. il enlève des
dépenses. je pense, entre autres, à des dépenses
très anodines, m. le président, au niveau de la promotion dans
les entreprises; on coupe les déductions de 80 % à 50 %. mais on
n'a pas idée comment on peut arriver à désinciter une
économie avec ce genre de mesures là. on vient restreindre des
gens dans de la promotion de produits, dans de la visibilité de
produits, dans de la relation pour justement dynamiser une économie.
c'est des détails, mais c'est tellement des économies de bouts de
chandelle qui vont provoquer, à mon point de vue, très
humblement, des conséquences économiques beaucoup plus
importantes. parce que, souvent, dans de la promotion, dans de la
représentation, on incite et on dynamise une économie et on
stimule une économie. quand on est rendu à couper de 80 %
à 50 % des déductions fiscales, c'est le genre de détails
qui, dans la situation où on vit actuellement, désincitent
justement les commerçants à s'annoncer, à être plus
présents, à être plus dynamiques parce que, bon, on
commence à aller chercher des économies de bouts de chandelle,
même au niveau de la représentation et de la promotion. m. le
président, c'est ce genre de mesures qui, annoncées de
façon improvisée, viennent paralyser une économie,
viennent enlever le goût à l'entreprise de tourner.
M. le Président, une autre mesure aussi d'improvisation qui est
en même temps visée par ce projet de loi 90, c'est la fameuse
mesure où le ministre des Finances, le 23 avril, nous annonçait,
par un communiqué de presse, qu'il allait imposer le tabac en feuilles
brut. Ça faisait, au moins, au Québec, depuis 6 mois que tout le
monde s'entendait qu'il fallait enlever la pression, désinciter,
désamorcer la contrebande du tabac par une réduction fiscale; le
23 avril, le ministre des Finances nous annonçait qu'il allait taxer le
tabac en feuilles brut, à 2,92 $ les 100 grammes; une annonce
extraordinaire qui allait complètement à rencontre du consensus
qui se dégageait au Québec au niveau de la taxation sur le tabac.
Ça a eu pour résultât, c'est très simple, que, dans
l'espace de 15 jours, le marché de la contrebande s'est enrichi. C'est
simple, c'est que les 2,92 $ de taxes qu'on a mis sur le tabac en feuilles brut
ont complète-
ment déplacé... Comme je l'expliquais tout à
l'heure, on se retrouve dans 2 économies: une économie
légale et une parallèle. Alors, le gouvernement a mis en place
une mesure pour enrichir l'économie parallèle. Alors, on a
assisté à un déplacement d'une industrie qui était
structurée, de production de tabac en feuilles brut, vers
l'économie parallèle, vers la contrebande du tabac.
Plus de 400 emplois ont été perdus, M. le
Président; 400 emplois ont été perdus dans un
régime légal pour devenir au bénéfice du
marché au noir, de la contrebande du tabac. C'est décourageant
parce que le fondement même de cette mesure, de 2,92 $, ce n'était
même pas justifié de la part du ministre des Finances. Il nous a
annoncé ça en disant: Ah bien, c'est les provinces anglaises,
anglophones qui m'ont demandé de taxer le tabac en feuilles brut parce
que ce n'était pas taxable au Québec; il fallait que je leur
fasse plaisir.
Le livre au Québec, on le sait tous, le livre au Québec,
hein! Il y a des mesures fiscales qui appartiennent à des provinces
parce qu'il y a des raisons particulières, des raisons
économiques qu'on veut encourager sur un territoire donné. Nous,
on ne l'applique pas, la TVQ, sur le livre au Québec, parce qu'on a
considéré qu'il fallait encourager l'industrie du livre, les
auteurs à développer et à garder leur marché
fragile. Il y a des raisons pourquoi on met des taxes et pourquoi on
exonère des biens sur un territoire donné. Le livre au
Québec, on avait accepté, nous, de ne pas le taxer, même si
c'est taxé ailleurs. Alors, imaginez-vous, comment se fait-il qu'on ait
le droit de légiférer sur le livre comme étant un bien
exonéré et que, tout d'un coup, on considère que le tabac
en feuilles brut, on ne l'exonère plus et on fait plaisir aux autres
provinces pour essayer de trouver ce qu'on appelle une certaine harmonisation
de taxes entre les deux provinces? C'était suicidaire, une telle
politique, parce que, au moment où ils l'ont prise, c'était
à un moment où les gens ne pouvaient plus tolérer aucune
augmentation de taxes au niveau du tabac, d'aucune façon; on
réclamait une réduction.
Alors, imaginez-vous, le ministre des Finances qui arrive et qui dit:
Moi, je vous annonce une augmentation de taxes au niveau du tabac en feuilles
brut. Ce n'était pas taxable. M. le Président, il n'y avait
aucune raison économique valable de provoquer ce genre de taxation
là; ça a eu simplement pour effet de provoquer davantage des
pertes d'emplois qui se sont retrouvés carrément dans le
réseau de l'économie parallèle, dans le réseau de
la contrebande, des transactions souterraines, etc.
Pour prouver l'improvisation de cette mesure-là qui a
été annoncée, ça ne fait pas si longtemps, le 23
avril, moins de 1 mois plus tard, M. le Président, cette mesure
où on annonçait une taxe de 2,92 $ les 100 grammes de tabac en
feuille brut était réduite. La taxe était réduite
moins de 1 mois plus tard à 1,46 $ les 100 grammes pour le tabac en
feuille brut. C'était quoi l'idée de mettre 2,92 $ le 23 avril
et, rendus au 20 mai, moins de 1 mois plus tard, on réduit la taxe
à 1,46 $ les 100 grammes? C'était quoi l'idée?
L'idée, M. le Prési- dent, c'était purement une
improvisation enfantine.
Le ministre des Finances a décidé, pour faire plaisir aux
provinces anglophones, pour faire plaisir au système
fédéral... Puis, il n'y a pas à dire, si on a à
être un peu enragés contre le fédéral, c'est bien
dans ce dossier-là; il nous laisse choir avec le problème de la
contrebande du tabac. Non seulement il nous laisse choir, mais, nous, on
s'entend ici, au Québec, pour dire: Bien, laissez faire, on va
l'augmenter, la taxe, pour vous faire plaisir. M. le Président, c'est
catastrophique. Parce que moins de 1 mois plus tard, même si on a
réduit cette taxe-là de 2,92 $ à 1,46 $, le marché
a été détruit. Le marché économique a tout
simplement glissé vers le terrain de la contrebande du tabac. Et,
à 1,46 $, il n'y a rien qui s'explique dans ça. Pourquoi 1,46$?
Pourquoi pas 1 $? Pourquoi pas 1,56$ pour taxer 100 grammes de tabac en
feuilles? Aucune explication de stimulation économique. Aucune
explication, M. le Président, pour ce genre de mesure là. Aucune
explication qui aurait pu simplement au moins nous faire comprendre la
politique fiscale du ministre des Finances. Rien. Strictement rien. Il nous
annonce tout bonnement, comme ça, qu'il l'a réduite à 1,46
$ et c'est fini.
Je comprends que c'est fini, M. le Président. Le projet de loi 90
qui, lui, a été déposé en Chambre à la
mi-mai, qui devait normalement nous donner 2,92 $ de taxes les 100 grammes,
n'est même pas bon. M. le Président, il est faux. L'information du
ministre du 20 mai n'est pas dedans. Alors, on est déjà en
position d'étudier un projet de loi où on va devoir apporter ce
qu'on appelle une motion pour changer, modifier le projet de loi.
Alors, une improvisation qui fait mal parce que, M. le Président,
s'il y a un domaine actuellement où on doit être rigoureux, un
domaine où on doit faire attention, c'est bien tout le domaine du tabac.
M. le Président, le domaine du tabac, au moment où on se parle,
c'est un domaine qui a créé une espèce de tendance
économique catastrophique dans l'ensemble des transactions sur le
territoire. Et ce genre de mesure d'improvisation ne doit plus se
répéter, parce que, écoutez, ça ne fait que
stimuler la contrebande.
En début de semaine, je faisais une conférence de presse
où je dénonçais effectivement ce projet de loi là,
parce que le seul résultat que nous a apporté le gouvernement du
Québec... On dénonce, du côté de l'Opposition, la
contrebande depuis plus de 6 mois, on demande au gouvernement de réagir,
de faire quelque chose, d'écouter ce que les gens voudraient qu'on fasse
pour mettre fin à ce fléau social là. Savez-vous ce qu'ils
ont fait, M. le Président? Tout le monde était d'accord. Le
ministre du Revenu était d'accord à ce qu'on réduise les
taxes. Il était d'accord. Lui aussi, il considère
qu'effectivement la façon de sortir vraiment les contrebandiers, de leur
enlever ce qu'on appelle leur pain et leur beurre... Si on leur enlève
leur pain et leur beurre, à ces contrebandiers-là, et non pas aux
dépanneurs qui, eux, veulent gagner leur vie... M. le Président,
ce n'est pas aux dépanneurs qu'il faut enlever le pain et le beurre,
c'est aux contrebandiers, et la seule façon, c'est de
réduire les taxes.
Le ministre du Revenu était d'accord. Le ministre des Finances,
je pense qu'il est venu effectivement à la même conclusion que
nous. La semaine dernière, en Chambre, nous avions le premier ministre
du Québec qui disait: Oui, effectivement, la solution intelligente et
acceptable, ce serait de réduire les taxes. Mais, là, on rajoute:
Bien, on ne réduit pas les taxes, on n'est pas capables, Ottawa ne veut
pas participer.
M. le Président, je trouve ça complètement
irresponsable de voir le gouvernement central à Ottawa, cette belle
fédération qui ne fonctionne plus économiquement,
ça, on est tous d'accord avec ça... D'ailleurs, on a le
résultat du référendum d'octobre dernier; ça ne
fait pas si longtemps, ça fait à peine 7 mois, les gens l'ont
dit: La fédération, il faut qu'elle soit modifiée en
profondeur, ça ne fonctionne plus. Et le bel exemple, c'est bien le
problème de la contrebande du tabac. Ils auraient dû effectivement
intervenir, les gens d'Ottawa, dans le dossier pour permettre au Québec
de réussir à enlever le pain et le beurre des contrebandiers,
parce qu'il faut réduire les taxes et, à ce moment-là, eux
n'auront plus d'incitatif de profit. Et c'est comme ça qu'ils vont
disparaître, sans que vous soyez obligés à vérifier
qui fume du tabac de la contrebande. (16 h 40)
M. le Président, ce n'est pas le problème du fumeur de la
contrebande. Le problème, ce n'est pas celui qui va fumer; c'est celui
qui la vend, la cigarette, M. le Président. Lui, il faut qu'il
arrête de la vendre, la cigarette. Puis c'est lui à qui il faut
enlever le pain, puis le beurre parce qu'il est en contrebande, puis ils se
font une concurrence économique, M. le Président. C'est à
ce niveau-là, et tout le monde est d'accord, au Québec, il y a un
consensus général à ce niveau-là. Mais non, au
Québec, dans cette belle fédération, M. le
Président, on travaille pieds et poings liés. Ottawa ne veut pas,
on est pris.
Pourtant, M. le Président, ça aurait dû faire
l'objet de dénonciations fracassantes parce que c'est un problème
économique qui est tellement catastrophique. Ça nous fait perdre,
au Canada et au Québec, le problème de la contrebande du tabac,
M. le Président, on parle de 1 600 000 000 $ de taxes pour
l'année 1992. Imaginez-vous le problème que ça crée
à l'économie. Non, pas du tout. Le gouvernement libéral
s'est dit: Ah, ils ne veulent pas, ce n'est pas grave. M. le Président,
c'est grave. C'est grave. S'ils avaient eu une responsabilité sociale,
ils auraient dû se lever calmement, posés, et dire:
Écoutez, au Québec, c'est sérieux, le problème
? je pense qu'on est tous d'accord pour dire que c'est sérieux, le
problème ? et là, les conservateurs, à Ottawa, vous
allez être en élection bientôt, vous allez le régler,
le problème. Vous allez le régler parce que nous, le gouvernement
libéral, on va prendre position sur la place publique, puis, oui, on va
faire pression sur la place publique, puis, oui, on compromet peut-être
même la réélection du gouvernement conservateur. Là,
M. le Président, vous auriez vu du monde qui aurait réagi
à Ottawa. Ils auraient dit: Aïe! On risque de perdre le pouvoir,
peut-être qu'on devrait réagir. Mais non, le gouvernement
libéral s'est contenté de dire: Ah, ils ne veulent pas, on va
prendre une autre possibilité. M. le Président, l'autre
possibilité, c'est quoi? Le projet de loi 90, c'est ça, la
possibilité et le résultat, M. le Président. Imaginez-vous
ce qu'on va pouvoir faire avec ce projet de loi 90!
Le projet de loi 90, M. le Président, écoutez bien, il va
aller taxer le consommateur de la cigarette, il va lui mettre une taxe de 200 $
à 1000 $ s'il est pris en défaut. Mais comment va-t-il faire pour
appliquer sa loi, M. le Président? Allez-vous m'expliquer ça?
Est-ce qu'il va mettre une armée pour vérifier tous ceux qui vont
fumer des cigarettes en contrebande? Comment ça va se produire, cette
histoire-là? Imaginez-vous 2 secondes, M. le Président, quand on
va avoir adopté le projet de loi, ça veut dire qu'il n'y a plus
un Québécois, il n'y a plus une Québécoise qui peut
fumer de la contrebande. De toute façon, ils n'ont pas le droit
même avant le projet de loi, M. le Président. Il faut bien
s'entendre, ils n'ont pas le droit de toute façon au moment où on
se parle. Mais comment allez-vous faire pour appliquer un projet de loi comme
ça? Le policier va arriver, il va dire: On aimerait voir votre paquet de
cigarettes. Et là, ils vont dire: Bien oui, il y a une identification
sur le paquet de cigarettes, si c'est de la contrebande ou pas de la
contrebande. Alors, M. le Président, ils vont demander: C'est quoi?
Est-ce qu'ils vont commencer à vérifier... Comment vont-ils faire
leur procédure si les gens achètent tous des porte-cigarettes, M.
le Président? Le monde s'achète des porte-cigarettes. Ils vont me
demander quelle sorte de cigarettes je fume. Je vais lui montrer mon
porte-cigarettes. Alors, le problème il va aller jusqu'où?
Comment vont-ils faire pour appliquer ça?
Moi, M. le Président, ça m'inquiète parce
qu'à ce niveau-là, à mon avis, ça va créer
des tensions sociales incroyables. Parce qu'à partir du moment où
les gens vont se sentir brimés au niveau de leurs droits et
libertés, à savoir c'est quoi qu'ils fument, M. le
Président, je pense que c'est rendu une drôle de
société. Parce que, si on donne le droit aux gens de fumer, ils
ont des droits et libertés. Si les gens fument de la contrebande, M. le
Président, ce n'est pas la faute du consommateur; c'est la faute du
gouvernement qui n'est pas capable de retirer du circuit ce problème
qu'est la contrebande.
Alors, ces gens-là vont se sentir agressés. Ces
gens-là, M. le Président, qui sont des consommateurs de notre
système économique, qu'est-ce que vous pensez qu'ils vont faire?
Ils vont se révolter encore plus au niveau de se racheter ailleurs,
ça se dit tout seul. Ils vont se retourner vers la consommation des
biens et services en général, ils vont dire: Oui, ils veulent
venir me chercher une pénalité au niveau de la contrebande de
cigarettes qu'ils n'ont même pas le courage de régler? Parfait! On
va s'organiser pour se racheter ailleurs. Et vous allez assister à un
effritement de confiance économique incroyable. Et c'est ça qu'on
va créer, M. le Président.
Et, si vous voulez arriver vraiment à faire un
contrôle le moindrement important, combien de policiers allez-vous
engager? Est-ce que le ministère du Revenu va devenir, M. le
Président, sous la responsabilité de la Sécurité
publique? Est-ce que c'est des vérificateurs qu'on va avoir ou si
ça va être des policiers qu'on va avoir, M. le Président?
Et c'est là qu'on est en train de changer des concepts de
société, parce que Ottawa nous laisse tomber. M. le
Président, il ne faut pas s'en aller vers ce genre d'administration
publique là. Il faut dénoncer Ottawa et leur dire que,
effectivement, ils auraient dû réagir au dernier budget.
Non, M. le Président, on ne fait rien. On aime mieux changer nos
concepts de société. On aime mieux, M. le Président,
assister à des avis. M. le Président, écoutez, là,
vous avez un avis de la Commission d'accès à l'information
concernant le projet de loi 90. M. le Président, je ne lirai pas tout,
là, le mémoire, mais c'est quand même important. On
dénonce le projet de loi 90. On dit qu'on fait fausse route, comme
société. On n'a pas à aller créer, dans la
population, des tensions sociales additionnelles et, en même temps,
bouleverser nos règles de société actuellement acquises et
acceptables dans notre société, M. le Président. Et elle
dit, la Commission: «La Commission d'accès à l'information
ne peut passer sous silence l'inquiétude que soulève le projet de
loi 90. Elle croit donc opportun d'informer les membres de l'Assemblée
nationale de l'impact de ce projet de loi sur la protection des renseignements
personnels et, plus globalement, sur la vie privée des
contribuables.» Elle continue, M. le Président: «De plus, la
Commission craint que ce projet de loi puisse permettre au ministre du Revenu
de procéder à la centralisation des renseignements ?
ça commence à ressembler à un État totalitaire un
peu, M. le Président, quand on lit ce genre de phrase là; on
devient un État policier et on veut tout contrôler ce qui va se
passer; la liberté des individus et la vie privée se sentent
menacées dans ce genre d'attitude législative, M. le
Président ? au sujet des transactions financières des
citoyens du Québec avec les services et ministères de
l'État. Cette forme de centralisation va à l'encontre de
l'objectif avoué et des efforts consentis par ce même État
depuis l'adoption de la loi sur l'accès en vue de préserver la
sphère de la vie privée des citoyens. Ce faisant, le gouvernement
du Québec battrait en brèche ses propres principes, en plus de
s'engager dans une voie où la plupart des États occidentaux n'ont
osé s'aventurer.»
M. le Président, ce n'est pas moi qui le dis; c'est un avis, M.
le Président, de la Commission d'accès à l'information du
Québec qui a pris son temps pour examiner le projet de loi, parce que
c'est quand même majeur. C'est un projet de loi qui a l'air anodin, mais
qui a des conséquences de société, des conséquences
de changements de vie, des conséquences de comportement de
société, M. le Président. Et on ne doit pas s'en aller et
compromettre ces acquis-là, comme société. Sinon, M. le
Président, comment les gens vont réagir, tout à l'heure,
dans la rue? Comment ils vont se sentir face à la consommation de
cigarettes, M. le Président?
Il y a des raisons pourquoi les gens fument la cigarette. Ils se sentent
injustement traités. Il y a trop de taxes, M. le Président. Les
gens ont développé une phobie contre les taxes. Et ce n'est pas
ça qui va changer le comportement du consommateur, M. le
Président. Les gens vont devenir agressifs et ils vont dire: Oui? Ils
viendront, voir, vérifier si je fume de la contrebande! C'est ça
qu'ils vont se dire. Ça va créer quoi? Ça va créer
une tension sociale. Vous n'aurez rien réglé, M. le
Président. Au contraire! Vous allez créer, avec ce genre de
projet de loi des conséquences de comportements qui sont beaucoup plus
néfastes à notre économie que le résultat, comme
tel, de vérifier une pénalité, M. le Président.
Imaginez-vous, M. le Président, 2 secondes, un citoyen à
qui on demande de pouvoir regarder le genre de cigarettes qu'il fume et qui
commence à faire de la dénonciation à outrance, et qui
dit: Bien, écoutez, c'est tel policier qui m'a vendu ça, ce
paquet-là. Qu'est-ce que ça va donner, comme
société? Mais c'est dangereux! C'est très dangereux, comme
comportement. Parce que jusqu'où va aller le phénomène du
comportement des gens dans ce genre de législation policière
là, M. le Président? Il faut y penser. Il faut le regarder. Il ne
faut pas juste voir, là, qu'on va essayer de leur faire peur. Vous ne
leur ferez plus peur. Les gens ont compris que c'était trop. Les gens
ont compris que la surtaxation, M. le Président, ils en avaient
là. Et les gens ont compris que, s'ils avaient une possibilité
d'acheter à un prix moindre, ils vont le faire.
Combien y a-t-il de personnes qui traversent les frontières
? on a assisté à ça ? pour aller acheter de
l'autre côté de la frontière? Ça coûte moins
cher. Et c'est le même phénomène. C'est que les gens, M. le
Président ? c'est humain ? veulent se faire une forme de
justice fiscale. Alors, ils agissent en pensant que, effectivement, la
contrebande étant devenue quelque chose de légitime dans notre
société, pourquoi ne pas en acheter? C'est là qu'on est
rendus, M. le Président, dans des bouleversements de valeurs profonds.
(16 h 50)
Comment se fait-il qu'un gouvernement responsable, qui se rend compte
qu'un phénomène comme celui-là est catastrophique pour une
économie, s'en tient uniquement à présenter un projet de
loi qui va tout simplement, à toutes fins utiles, augmenter la pression
sociale, M. le Président? Et, pour vous prouver, M. le Président,
que ça va être uniquement ça que ça va donner comme
résultat, la preuve est évidente. M. le Président, ce
projet de loi là, même s'il est appliqué, même s'il
est adopté, savez-vous ce que ça va donner comme résultat?
C'est que le ministre des Finances, l'an prochain, malgré qu'on met ce
projet de loi là en force, il prévoit quoi? Il prévoit
perdre 50 000 000 $ de plus de taxes. C'est que l'érosion
économique va être encore plus forte. Cette année, on a
collecté 410 000 000$. L'an prochain, M. le Président, on va en
collecter 360 000 000 $ de taxes spécifiques sur le tabac.
Mais ça donne quoi de faire ça? Qu'est-ce que
ça
nous donne de mettre des concepts de société en jeu pour
ne même pas collecter de taxes additionnelles? Si, au moins, l'enjeu, M.
le Président, avait été qu'on aurait mis une pression
suffisamment forte chez le consommateur pour récolter les deniers
publics qu'on perdait, si, au moins, ça avait été
ça, le résultat, j'aurais dit: Bon, bien, peut-être qu'on
peut l'essayer. Mais, M. le Président, ça ne mérite pas
qu'on le vote, ce projet de loi là. Ça ne mérite pas, M.
le Président, parce qu'à toutes fins pratiques, ce que ça
a comme résultat, c'est que ça crée des nouvelles mesures
fiscales qui ressemblent à un État policier, qui ressemblent
à de la tension sociale et qui ne donneront même pas le
résultat escompté qui est de mettre fin à la contrebande
du tabac.
M. le Président, aller de l'avant avec un projet de loi comme
ça, je considère que c'est provoquer davantage le consommateur.
C'est le provoquer davantage. C'est penser que les gens vont gober ça,
M. le Président. Les gens ne goberont pas ça. Les gens
s'attendent à ce que, justement, les gouvernements qui sont d'accord
pour réduire les taxes se lèvent debout, puis disent: Bon, bien,
on a fait une erreur dans le circuit; prenons un recul, réduisons les
taxes, changeons notre politique fiscale, changeons notre dynamique fiscale et
revenons à une pression à la hausse, une fois qu'on aura sorti
tout le réseau de la contrebande.
M. le Président, le réseau de la contrebande, c'est rendu
qu'ils vendent avec ça... Ça me fait penser ? et je ne
donnerai pas le nom du restaurant parce qu'on ne fait pas de publicité
? à: Voulez-vous un chausson avec ça? Ils sont rendus qu'ils
vous offrent de la boisson. Ils vous offrent toutes sortes de choses. Le
réseau est en place. C'est une économie parallèle qu'ils
sont en train de mettre en place. Il faut les sortir. Il faut les sortir! On
n'a pas le choix. Et ça, là, M. le Président, ça ne
donne rien. Depuis 1988 qu'on réfléchit, janvier 1988, le premier
comité interministériel, et le résultat qu'on a depuis ce
temps-là, M. le Président, c'est ça, ce petit projet de
loi là qui ne donne rien, qui ne règle pas le problème de
la contrebande du tabac. Il faut bien se le dire. Il faut bien en être
conscient. On va voter, tout le monde, tout à l'heure là-dessus,
sur le projet de loi 90. Si au moins on réglait quelque chose, M. le
Président. On ne règle strictement rien et on compromet des
acquis sociaux, comme le dénonce effectivement la Commission
d'accès à l'information. M. le Président, c'est ça
qu'on est en train de faire.
M. le Président, d'ailleurs, même le ministre le
reconnaissait cette semaine, et je cite un article du Soleil:
«Protection des renseignements personnels et secret fiscal. M.
Raymond Savoie, ministre du Revenu, reconnaît les risques du projet de
loi.» Alors, même le ministre reconnaît un risque. On n'est
pas rendus à prendre des risques. M. le Président, il ne faut
surtout pas prendre des risques de compromettre des acquis de
société, surtout pour donner un coup d'épée dans
l'eau. Le ministre le sait, il l'a faite, l'expérience de l'État
policier avec sa police du tabac l'an dernier. Il l'a faite,
l'expérience. Savez-vous ce que ça a donné, M. le
Président? La contrebande, non seulement il l'a contrôlée,
mais, tenez-vous bien, même s'il y avait une police du tabac, elle a
augmenté de 112 % par rapport à 1991. Ce n'est pas à peu
près. C'est une explosion. Il y a eu une explosion de la contrebande
même s'il y avait une police du tabac.
M. le Président, on ne peut pas contrôler. Quand les gens,
ensemble, dans un système économique ou dans une
société, se disent: Ça n'a plus de bon sens, c'est que
ça n'a plus de bon sens. Il faut reculer, il faut changer les
règles du jeu. N'allons pas rajouter, de plus, une situation
policière pour rajouter à la police du tabac, on ne
réglera strictement rien, strictement rien, M. le Président.
Alors, M. le Président, la situation du fédéral,
c'est devenu intolérable, et je trouve ça dommage que, du
côté du gouvernement libéral au Québec, ça ne
se manifeste pas suffisamment. Même si le ministre nous dit: Oui, on
continue... Puis je le crois quand il me dit ça. Mais, M. le
Président, le débat est devenu un débat d'opinion publique
où il faut mettre la pression à la bonne place si on veut
qu'Ottawa réagisse. Ottawa, là, ils ne veulent pas réagir,
et c'est à se demander pourquoi, M. le Président, à un
fléau aussi important. Ils s'imaginent, eux autres, à Ottawa, M.
le Président, que notre jeunesse n'est pas plus en péril au
moment où on se parle. M. le Président, pour notre jeunesse,
c'est très dangereux, tout ce qui se passe, parce que, imaginez-vous,
que notre jeunesse a accès à la consommation du tabac comme
jamais elle n'y a eu accès. Ces gens-là, de la santé, M.
le Président...
Je suis un non-fumeur, mais je n'ai pas de mérite. Je n'ai jamais
fumé, moi. Je n'ai pas de mérite à ne pas fumer. M. le
Président, ceux qui font partie de l'Association
québécoise des non-fumeurs, ils s'imaginent ? je les ai
rencontrés ? ils pensent, eux autres, que c'est les taxes qui vont
régler le problème de la consommation du tabac. M. le
Président, ces gens-là, je leur ai dit: Vous faites fausse route.
Vous maintenez une pression économique indue. Vous êtes en train
de provoquer de la consommation chez les jeunes comme jamais. Ces
jeunes-là vont s'habituer à la drogue, entre guillemets, qu'est
le tabac et, par la suite, on sera pris justement avec le problème de
consommation éventuelle plus importante, parce que ces gens-là ne
veulent pas comprendre que le phénomène est toujours
présent, la consommation du tabac est toujours la même et que,
pour les gens, M. le Président, qui sont pris avec cette
consommation-là, c'est un problème médical. Et c'est
dommage, parce que l'Association québécoise des non-fumeurs
s'imagine qu'on règle tout avec la fiscalité. C'est triste, mais
ça n'a pas de bon sens.
Il y a la question de la taxation, mais il y a aussi d'autres mesures
qu'on peut prendre pour sensibiliser une population à arrêter de
consommer la cigarette ou l'encadrer ou essayer de lui fournir les traitements
appropriés ou la désintoxiquer. M. le Président, quand je
vois le ministre de la Santé au Québec, il n'investit rien pour
sensibiliser la population à ce problème-là.
Pourtant, on en collecte des taxes avec le tabac. Bien non! On encourage
une consommation. On légalise une consommation et, quand la consommation
dévie au niveau de la contrebande, bien, là, on ne réagit
plus pour redresser la situation.
M. le Président, écoutez, c'est catastrophique! On le
sait. Tout le monde l'a décrié. D'ailleurs, c'est tellement
catastrophique que les gens sont rendus qu'ils... Il y a une espèce de
morosité, même au niveau de la contrebande: Bah! C'est de
l'acquis, c'est légitime, qu'on arrête donc d'en parler! C'est un
peu la réaction des gens.
Mais ce n'est pas ça qui va régler, M. le
Président, le problème. Le ministre des Finances, tenez-vous
bien, il a besoin d'attacher sa ceinture. L'année prochaine, ça
va être combien de milliards, le déficit? Cette année, il a
atteint 5 000 000 000 $? M. le Président, le ministre des Finances, il
aura beau faire les beaux calculs théoriques qu'il voudra, il ne
contrôlera pas l'économie parallèle et il ne sera pas
capable de la comptabiliser dans son système. Et je peux vous dire
quelque chose, M. le Président. Ils ont besoin de faire des
élections avant le prochain budget, parce qu'ils vont avoir de
sérieux problèmes de les faire après le prochain budget.
Ça ne se peut pas. C'est la mathématique même.
L'économie s'est effritée. Vous ne pourrez rien régler
là-dedans. C'est fini. C'est parti.
M. le Président, il faut changer et je pense qu'Ottawa, dans ce
dossier-là, a une grosse responsabilité. Je suis d'accord avec le
ministre du Revenu et j'ai été un de ceux qui ont crié
après Ottawa pour qu'ils réagissent. Au dernier budget, ils n'ont
rien fait, strictement rien, comme si, au Québec, il ne se passait rien.
M. le Président, au Québec, il se passe des choses très
graves, et tout le domaine de la santé va subir des coûts sociaux
importants de ce phénomène-là que l'on vit. Ça,
c'est sûr qu'on n'en parle pas, mais, moi, je peux vous dire que
ça va être des millions et des millions de dollars qui vont en
résulter quelque part dans le temps au niveau des soins de santé,
parce que nos jeunes, actuellement, sont à même la consommation de
cette drogue ? il faut l'appeler «cette drogue»
légalisée, entre guillemets, là, mais une forme de drogue
? et, pour ces jeunes-là, M. le Président, qui actuellement
ont accès à ce produit-là, ça va donner des
conséquences éventuelles catastrophiques.
Et ça, là, c'est ce qu'on appelle ne pas prévoir
à moyen terme quand on gouverne pour ne pas prendre des décisions
et mettre la pression où il faut mettre la pression. C'est sur Ottawa,
M. le Président, qu'on doit mettre la pression et ce
gouvernement-là ne se lève pas pour le faire. Qu'ils
dénoncent le pouvoir des conservateurs s'il le faut et disent qu'ils
vont lutter contre eux, mais, M. le Président, c'est un problème
qui mériterait justement une solidarité des députés
en cette Chambre pour qu'effectivement il se passe quelque chose, parce qu'on
ne peut pas laisser aller ça. C'est tout le système
économique qui est en train de tomber en déroute.
Et, pour vous montrer jusqu'à quel point ce projet de loi,
malgré que le ministre a beaucoup de volonté, M. le
Président... Je suis convaincu que, lui, en fonction des moyens qu'il a,
il n'a pas beaucoup d'autres alternatives que de faire ce projet de loi
là, mais il ne donne rien. Toute la problématique, M. le
Président, de la saisie en réserves autochtones ? et on sait
que les réserves autochtones font partie du circuit des transactions et
qu'il se passe effectivement en réserves autochtones des transactions de
produits du tabac qui sont majeures ? tout le problème des saisies,
M. le Président, on ne le sent pas au niveau d'une entente quelconque
avec Ottawa où, de concert avec Ottawa, on arriverait à mettre
une pression au niveau de l'entreposage du tabac en réserve autochtone
ou de la circulation du tabac en réserve autochtone, M. le
Président. Il n'y a rien dans ce projet de loi là, et la
problématique des réserves autochtones joue un rôle majeur
au niveau du circuit et de la contrebande du tabac. Ça joue un
rôle majeur, M. le Président. Il n'y a rien dans ce projet de
loi-là qui nous permette de penser qu'on pourrait, effectivement, mettre
une pression au niveau des réserves autochtones, au niveau des saisies,
etc. (17 heures)
M. le Président, c'est simplement pour vous montrer que la taxe
ne règle rien. En 1988, M. le Président, on taxait beaucoup
moins. La taxe spécifique, en 1988, était de 4,52 $ pour 25
cigarettes. elle est montée à 6,88 $ pour 25 cigarettes, au
moment où on se parle. elle a augmenté, cette taxe-là, de
52 % en 3 ans; 52 %, m. le président, qu'on a augmenté la taxe,
depuis 1988- 1989. en 1988-1989, on collectait au québec, avec une taxe
à 4,52 $, on collectait 555 000 000 $; 3 ans plus tard, on augmente la
taxe à 6,88 $, et là, on prévoit ? tenez-vous bien,
m. le président ? collecter 360 000 000 $, m. le
président.
Même si on veut continuer dans cette orientation-là, avec
toutes les volontés du monde, avec toute la pression imaginaire
d'État policier qu'on veut créer, M. le Président, c'est
profondément ancré chez les gens, et les gens vont simplement
rire de ce genre de situation. Et les gens vont le critiquer ce projet de loi
là. Parce que, M. le Président, vous savez, moi, j'ai
parlé avec les gens du monde du tabac depuis que le projet de loi a
été mis en place, et je leur disais... Ils ont dit:
Écoutez, ce n'est pas sérieux, c'est quoi, cette
idée-là de vouloir mettre des pénalités aussi
fortes que de 200 000 $ ou jusqu'à 500 000 $ de pénalité,
c'est-à-dire l'article 14.2, où on parle de 2000 $ à 500
000 $ pour ceux qui vendent le tabac.
Savez-vous ce qu'ils m'ont répondu, M. le Président? Ils
ont dit: C'est farfelu. J'ai dit: Pourquoi vous dites ça? Ils ont dit:
C'est très simple. Écoutez, ça va être des mineurs
qui vont conduire les camions. Alors, les mineurs qui vont se faire
arrêter avec les camions, on va faire quoi, M. le Président? On va
les amener devant la DPJ. On va commencer à leur faire des
procès. Quelle sorte de procès qu'on va leur faire, aux mineurs?
Le réseau, M. le Président, c'est un réseau puissant, et
ça, je l'admets. Je l'admets, M. le Prési-
dent. Mais quand on va commencer à courir après les
camions pour arrêter les chauffeurs, on va se retrouver avec des jeunes
au volant. Là, on va faire quoi? On va dire qu'on a arrêté
un mineur de 17 ans qui conduisait un camion qui avait 1 400 000 $ de profit
dans le camion. Et que là, on a saisi les cigarettes et on va les
détruire. M. le Président, ils peuvent toujours les saisir, les
cigarettes, et les détruire. Même s'il y a 1 400 000 $ de profit
dans le véhicule, le coût de production de la cigarette et du
tabac, c'est ridicule. Ils vont en reproduire, de ça.
Ils vont faire des feux de tabac. Mais ils n'auront pas
réglé le problème de la contrebande, M. le
Président. Et ils vont avoir mis des gens dans une situation, des
jeunes, des gens, des démunis qui, à toutes fins pratiques, vont
accepter de conduire des camions pour recevoir, quand même, 10 000 $ pour
conduire un camion, M. le Président, ou je ne le sais pas. Le
réseau va s'organiser, en fin de compte, pourquoi? Quand le ministre va
s'apercevoir que toutes ces saisies ne lui donnent absolument rien sur la
récolte fiscale, M. le Président, on va avoir créé
quoi comme société? On va avoir créé quoi comme
tension sociale?
M. le Président, moi, je trouve... Et s'il y a une personne qui
voudrait aider le gouvernement à trouver une solution, c'est bien moi.
Je dénonce le dossier depuis longtemps parce qu'il nous fait tellement
mal, sur le plan de l'économie. Il nous fait tellement mal que, M. le
Président, il faut continuer à essayer de faire comprendre
à une population qui nous écoute ? je sais, M. le
Président, il fait beau, on est vendredi après-midi, que les gens
sont à l'extérieur, mais peu importe, M. le Président
? ceux au moins qui nous écoutent, eux, ils ont une pression
démocratique; eux, ils peuvent comprendre que, actuellement, la
pression, il faut l'envoyer sur Ottawa.
Oui, il y a des gens, actuellement, qui vont solliciter un mandat. On a
une chefferie en fin de semaine, M. le Président. Une chefferie.
Avez-vous entendu parler entre les 2 chefs ce qu'ils entendaient faire avec la
problématique du tabac? Oh non, M. le Président, c'est bien trop
sérieux! Voyons! La contrebande du tabac, c'est bien trop
sérieux. On ne parlera pas de ça au niveau des politiques
à venir du gouvernement conservateur. Pourquoi on parlerait de
ça? M. le Président, c'est grave, c'est le quotidien des gens.
C'est le problème quotidien du monde.
M. le Président, moi, je me souviens, quand les
dépanneurs... On les a forcés, M. le Président. Le
dépanneur, dans notre système économique qui voulait
continuer à gagner sa vie, M. le Président... Moi, il y a des
gens qui m'ont appelé, ils ont dit: M. Filion, on n'a plus le choix. Si
on ne vend pas de la contrebande, il faut qu'on ferme notre commerce.
Alors, M. le Président, aujourd'hui on va faire une loi pourquoi?
Pour pénaliser des gens qui n'avaient pas le choix de vendre des
cigarettes en contrebande pour sauver leur commerce? C'est ça qu'on
fait. M. le Président, soyons sérieux. J'aurais
préféré, et de loin, que le ministre dise: C'est la faute
d'Ottawa. Et, tant qu'ils n'auront pas bougé, on ne peut rien faire.
Ça aurait été beaucoup plus responsable comme gouvernement
au Québec, que de provoquer une législation qui va, à
toutes fins pratiques, M. le Président, créer des tensions
sociales. Et moi, je suis convaincu que le résultat de tout ça,
ça va être très simple, c'est que les gens vont se
retourner de bord et vont faire des gestes qui vont coûter encore plus
cher à notre société. Et si vous évaluez tout le
problème que ça va créer au niveau de la santé,
chez nos jeunes, tout le problème que ça va créer pour les
gens qui vont dire: Oui, parfait, je vais me racheter ailleurs. Il n'y en aura
plus de taxe de vente quand je consommerai. C'est fini.
Mais, M. le Président, on ne peut pas. Il faut arrêter
cette dynamique de société là. Il faut l'arrêter
avant qu'il soit trop tard. Bien qu'on commence à être
avancé, il va falloir qu'on réalise quelque part que quand on a
un problème de recettes fiscales de 1 436 000 000$... Parce qu'au
Québec, M. le Président, ici, chez nous, en 1992-1993, lorsque le
ministre nous a parlé le 20 mai, il y à peine un mois ?
même pas, M. le Président ? il nous a dit en cette Chambre:
Moi, cette année, je pensais récolter en recettes fiscales,
j'aurais dû en récolter pour 1 436 000 $ de plus. Je ne les ai pas
récoltés, M. le Président. C'est ce qu'il nous a dit. Il
ne les a pas récoltés. Pourquoi? Les gens ne veulent plus lui
donner. Ils ne veulent plus lui donner. Et lui, il nous fait accroire que
l'économie ne marche plus. L'économie marche en parallèle
et l'économie marche dans un système structuré. Et
là, on est en train de verser vers le parallèle. Et si on ne
réagit pas, M. le Président, le parallèle va prendre des
proportions encore plus importantes.
Et quand j'ai fait ma conférence de presse, en début de
semaine, M. le Président, c'était simplement pour dire au
ministre du Revenu qu'effectivement, compte tenu de la problématique
soulevée au niveau... D'ailleurs, c'est plus que ça. C'est
même notre système fiscal aussi en soi. C'est que le fiscal, M. le
Président, il faut faire très attention à ça. Il ne
faut pas remettre en question le secret fiscal, parce que là on peut
remettre en question beaucoup de problèmes dans notre
société en même temps, M. le Président.
Vous avez un autre communiqué qui est sorti hier, l'Association
des manufacturiers du Québec, qui disait sur le projet de loi 90... Le
titre du communiqué: «Panique au Revenu». Panique au
ministère du Revenu. Et là, ce n'est pas moi qui parle. On dit:
Parlant au nom de l'Association, M. Richard Le Hir, président-directeur
général, croit que ce projet de loi est un indice probant que la
panique s'est installée au ministère du Revenu et au
gouvernement. Après avoir eu recours à la
rétroactivité des impôts, on bouleverse tous nos concepts,
pas un, tous nos concepts. On a mis en place la taxe sur la taxe.
Voyez-vous, M. le Président, c'est nous autres qui avons fait
ça au Québec. Un principe de la taxation sur la taxe. Il faut le
faire! Il faut le faire, M. le Président!
On a mis ça en place. On a annoncé, lors du dernier
budget, de la rétroactivité. On va taxer par en arrière.
Rien de trop beau. La taxe sur la taxe. On taxe par en arrière.
Et là, je continue: Après avoir eu recours à la
rétroactivité des impôts, une mesure odieuse, s'il en est
une, le gouvernement est maintenant prêt, pour augmenter davantage ses
revenus, à saisir des montants payables à une personne ou
à une entreprise, sur la base de présomption et sans qu'elle
puisse se défendre. C'est dire à quel point le gouvernement est
désespéré et jusqu'où il est prêt à
aller avant de couper ses dépenses.
Mais moi, ce n'est pas de couper ses dépenses. M. Le Hir, je
respecte la première partie. Le problème, ce n'est pas uniquement
au niveau des dépenses, c'est au niveau de réussir à
reprendre le contrôle de nos recettes. Parce que le vrai vrai vrai
problème, au fond de moi-même, c'est que les gens n'ont plus
confiance et ne paient plus leur dû fiscal. (17 h 10)
Et, M. le Président, moi, je pense qu'actuellement il se
dégage... Puis, comme je l'ai lancé en novembre dernier, quand
j'ai dit, j'ai été le premier député, j'ai dit: II
faut réduire les taxes sur le tabac si on veut régler le
problème de la contrebande. Ah! là, c'était quelque chose
de nouveau. Les gens se sont mis à discuter autour de ça et ont
dit: Ah! ça a du bon sens, il faudrait penser à les
réduire.
Je vous le dis, M. le Président, aujourd'hui, et je l'ai dit
cette semaine, il faut retirer ce projet de loi 90. Il faut le retirer, parce
que les conséquences de tension sociale, de comportement de
consommateur, également de l'avis de la Commission d'accès
à l'information et des associations des manufacturiers, ce projet de loi
là ne donnera rien de plus au gouvernement en recettes fiscales. Il va
mettre les jeunes... il va mettre un processus de dénonciation, un
comportement de consommateur qui va se sentir agressé et qui va se
racheter, de toute façon, ailleurs dans le système
économique.
Bien sûr, M. le Président, nous serons disponibles pour
étudier article par article ce projet de loi, et ce que j'aimerais
simplement dire au ministre du Revenu, c'est que ça se fera toujours
comme ça se fait, dans un climat constructif. J'espère que,
quelque part, le ministre du Revenu acceptera de retirer son projet de loi.
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député de Montmorency.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
Mise aux voix
Est-ce que la motion proposant l'adoption du principe du projet de loi
90, Loi modifiant la Loi concernant l'impôt sur le tabac, la Loi sur le
ministère du Revenu et d'autres dispositions législatives d'ordre
fiscal, est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté. M. le
ministre du Revenu.
Renvoi à la commission du budget et de
l'administration
M. Savoie: Oui, M. le Président, je ferais motion pour que
ledit projet de loi soit déféré à la commission du
budget et de l'administration pour étude détaillée.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Est-ce que cette motion
de déférence est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté. M. le
ministre du Revenu.
M. Savoie: L'article 21, M. le Président.
Projet de loi 58 Adoption
Le Vice-Président (M. Lefebvre): À l'article 21 de
notre feuilleton, M. le ministre du Revenu propose l'adoption du projet de loi
58, Loi modifiant la Loi sur les impôts et d'autres dispositions
législatives d'ordre fiscal.
M. Savoie: M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): M. le ministre, je vous
cède la parole.
M. Raymond Savoie
M. Savoie: Merci, M. le Président.
Nous sommes rendus, donc, à Kétape de l'adoption du
budget... du projet de loi 58 qui a été étudié par
la commission du budget et de l'administration les 8 avril et 18 mai derniers.
Rappelons que celui-ci avait été présenté le 3
décembre dernier et que son principe avait été
adopté le 7 avril, ce printemps.
Alors, nous avons fait l'ensemble des étapes, je ne pense pas
qu'il y ait lieu de le revoir encore une fois. Il s'agit, bien sûr, d'un
projet de loi qui a suivi l'ensemble des mécanismes et qui, M. le
Président, est prêt pour adoption.
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Un instant. Je veux,
avant de procéder sur cette motion, indiquer ? c'est M. le
député de Montmorency qui me l'a très clairement
indiqué ? que le projet de loi 90, la motion proposant l'adoption
du principe du projet de loi
90 a été adoptée sur division.
Alors, est-ce qu'il y a d'autres interventions sur la motion proposant
l'adoption du projet de loi 58?
Pas d'interventions?
Mise aux voix
Est-ce que le projet de loi 58, Loi modifiant la Loi sur les
impôts et d'autres dispositions législatives d'ordre fiscal, est
adopté?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): M. le ministre du Revenu,
quel article du feuilleton, s'il vous plaît?
M. Savoie: L'article 22, M. le Président.
Projet de loi 70 Adoption
Le Vice-Président (M. Lefebvre): À l'article 22 de
notre feuilleton, M. le ministre du Revenu propose l'adoption du projet de loi
70, Loi modifiant de nouveau la Loi sur les impôts et d'autres
dispositions législatives.
M. le ministre du Revenu, je vous écoute.
M. Raymond Savoie
M. Savoie: Merci, M. le Président.
Alors, il s'agit, évidemment, de la même procédure
que pour le projet de loi 58. Il s'agit du budget qui a été
prononcé l'an passé, le projet de loi a suivi, là encore,
l'ensemble des mesures. Il a été étudié par la
commission du budget et de l'administration le 19 mai dernier. Je tiens
à souligner, M. le Président, que son principe a
été adopté le 8 avril et qu'il a été
déposé à l'Assemblée nationale le 18
décembre de l'année passée.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le ministre du
Revenu.
Mise aux voix
Est-ce que le projet de loi 70, Loi modifiant de nouveau la Loi sur les
impôts et d'autres dispositions législatives, est
adopté?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté. M. le
ministre du Revenu.
M. Savoie: Alors, M. le Président, je propose que les
travaux soient ajournés. Oui, je fais motion pour que les travaux soient
ajournés jusqu'à lundi, le 14 juin, M.le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Est-ce que cette motion
d'ajournement est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté. Alors, les
travaux de l'Assemblée nationale sont ajournés à lundi, le
14 juin, à 10 heures.
(Fin de la séance à 17 h 15)