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(Dix heures deux minutes)
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Mmes et MM. les
députés, si vous voulez vous asseoir, s'il vous plaît.
Affaires du jour
Nous entreprenons les travaux de l'Assemblée nationale,
aujourd'hui le 14 mai, à l'étape des affaires du jour. M. le
leader adjoint du gouvernement, avec quel article du feuilleton, s'il vous
plaît?
M. Johnson: M. le Président, je vous demanderais d'appeler
l'article 5 du feuilleton.
Projet de loi 4 Adoption du principe
Le Vice-Président (M. Lefebvre): À l'article 5 de
notre feuilleton, M. le ministre délégué à
l'Administration et à la Fonction publique et président du
Conseil du trésor propose l'adoption du principe du projet de loi 4, Loi
modifiant diverses dispositions législatives concernant les
régimes de retraite des secteurs public et para-public. M. le
président du Conseil du trésor et ministre
délégué à l'Administration et à la Fonction
publique, je vous cède la parole.
M. Daniel Johnson
M. Johnson: Je vous remercie, M. le Président. Comme
à chaque session, en matière de régimes de retraite dans
le secteur public, j'ai à présenter des amendements et des
modifications à nos différents régimes, qui viennent soit
des décisions du comité de retraite, ce comité bipartite
de nos employés et des employeurs du secteur public, ou alors d'autres
modifications que des demandes particulières qui nous sont
acheminées nous amènent à suggérer à
l'Assemblée nationale.
Donc, dans un premier temps, à l'égard des modifications
qui découlent des décisions du comité de retraite, je
ferai une brève enumeration des champs qui sont couverts par ces
dispositions hautement techniques comme d'habitude, dont l'étude
détaillée nous amènera à être
entourés, de part et d'autre en ce qui concerne les
députés, de collaborateurs et collaboratrices qui sont
versés en ces matières actuarielles, le calcul du régime
de retraite et de bénéfices évidemment qui accroît
à nos employés.
D'abord, quant aux décisions du comité de retraite, je
soumets, pour la considération de l'Assemblée, des modifications
qui visent à exonérer de cotisations l'employé qui
bénéficie de prestations qui découlent
d'assurance-salaire. On doit préciser, dans chacun des régimes,
qu'un employé sera exonéré de ces cotisations lorsqu'il
bénéficie, donc, d'une prestation d'assurance-salaire obligatoire
au sens de sa convention collective ou qu'il en bénéficierait
s'il ne recevait pas une indemnité de remplacement de revenus payable en
vertu d'une loi quelconque, comme la Loi sur les accidents du travail et les
maladies professionnelles, la Loi sur l'assurance automobile, la Loi visant
à favoriser le civisme, la Loi sur l'indemnisation des victimes d'actes
criminels ou d'autres dispositions.
Deuxièmement, des règles applicables en cas de partage ou
de cession entre conjoints des droits accumulés au titre des
régimes de retraite, établies en vertu de l'article 10.0.1 de la
Loi sur le régime de retraite des employés du gouvernement et des
organismes publics. Ces dispositions prévoient qu'à l'endroit des
employés du gouvernement fédéral qui ont été
intégrés à des fonctions qui sont visées dans le
RREGOP, notamment en raison d'ententes fédérales-provinciales,
que les droits qui accroît au conjoint au titre des régimes de
retraite dans le partage du patrimoine familial soient également
prévus dans nos lois, je le répète, à l'endroit
spécifiquement de ces anciens employés du gouvernement
fédéral qui bénéficient d'un régime qui a
été mis sur pied, il y a fort longtemps, à leur endroit,
car les dispositions des régimes de retraite au fédérai ne
sont pas parfaitement identiques à celles qui sont dans nos
régimes publics. Nous avons donc trouvé déjà,
lorsque l'hôpital des vétérans, sur la rue Queen Mary,
à Montréal, a été intégré au
réseau de la santé et des services sociaux, nous avions alors
utilisé ce véhicule de ce régime de retraite
fédéral qui existait à l'hôpital pour
intégrer les employés fédéraux nouvellement
intégrés, soit au titre, par exemple, de l'harmonisation de
l'administration de la TPS, ou d'autres fonctions qui découlent
d'ententes fédérales-provinciales.
La troisième décision du comité de retraite,
à l'égard de l'accumulation avec intérêts des frais
relatifs au partage des droits accumulés et au titre d'un régime
de retraite lorsque ces frais ne sont pas acquittés à
l'échéance, encore une fois, dans le cadre du partage du
patrimoine familial.
Quatrième décision, les membres additionnels au
comité de placement sont nommés. Des dispositions, donc, de la
Loi sur le RREGOP prévoient la constitution au sein de la CARRA d'un
comité de placement des fonds qui proviennent des cotisations des
employés de niveau non syn-dicable qui sont visés par ce
régime de retraite. Le comité se compose du président de
la CARRA et de huit autres membres nommés par le gouvernement; quatre de
ces membres représentent
le gouvernement et les quatre autres représentent les
employés de niveau non syndicable. Les lois de 1991 ont introduit
à la Loi sur le RREGOP une disposition qui permettait
l'établissement d'un régime de retraite particulier pour les
employés de niveau non syndicable qui font partie du personnel de
l'administration supérieure. Une modification est donc proposée
afin d'assurer leur représentation, de même que celle de
l'employeur, au sein du comité de placement des fonds pour ces
employés de niveau non syndicable.
Cinquièmement, nous prévoyons des dispositions qui
emportent l'immunité de l'arbitre et de son substitut dans l'exercice de
leurs fonctions. Selon les dispositions du Régime de retraite des
employés du gouvernement et des organismes publics, un employé ou
bénéficiaire insatisfait d'une décision rendue par le
comité de retraite peut faire une demande d'arbitrage. À cet
effet, la loi prévoit qu'un arbitre et un substitut sont nommés
pour entendre les parties et rendre une décision sur les litiges qui
leur sont soumis. Toutefois, la loi ne leur accorde aucune immunité en
raison des actes qu'ils accomplissent dans l'exercice de leurs fonctions. La
modification proposée vise à ce que l'arbitre et son substitut ne
puissent être poursuivis en justice en raison des actes officiels
accomplis de bonne foi dans l'exercice de leurs fonctions.
Une autre disposition a trait au maintien de la participation au
régime de retraite des enseignants ou des fonctionnaires d'un ancien
député. Un enseignant ou un fonctionnaire qui devient
député et qui revient occuper une fonction visée par l'un
des régimes de retraite du secteur public à la fin de son dernier
mandat participe obligatoirement au régime de retraite des
employés du gouvernement et des organismes publics et est admissible
à une rente en vertu de son ancien régime de retraite, soit celui
des enseignants ou des fonctionnaires. Cette rente est calculée sur le
traitement admissible moyen de l'employé au moment où il est
devenu député.
Les modifications sont proposées maintenant au régime de
retraite des enseignants et des fonctionnaires afin d'y prévoir qu'un
participant à l'un de ces régimes qui n'est pas retraité
en vertu de ces derniers peut, lorsqu'il cesse d'être
député, continuer de participer à ces anciens
régimes. Il pourra ainsi revaloriser la rente qu'il avait acquise s'il
occupe à nouveau une fonction visée dans un délai de 180
jours de la date à laquelle il termine son dernier mandat de
député et s'il en fait la demande dans ce même
délai.
Dans le cas où le participant exerce un tel choix, il perd le
droit à l'anticipation du versement de sa rente en vertu du
régime de retraite des enseignants ou du régime de retraite des
fonctionnaires, lequel n'est accordé qu'au député en poste
en décembre 1991.
D'autres modifications visent, M. le Président, au-delà
des décisions du comité de retraite, à abroger au
régime de retraite des enseignants le délai qui est requis pour
qu'un ancien député puisse se faire créditer le service
effectué dans cette fonction. Je viens d'évoquer des
éléments qui se rapportent à cette modification.
Deuxièmement, nous assujettissons au régime de retraite des
agents de la paix en services correctionnels les cadres intermédiaires
qui travaillent dans un établissement de détention.
Troisièmement, nous prévoyons la date effective de la rente
payable en vertu de la Loi sur le régime de retraite des maires et des
conseillers des municipalités. Rien de particulier à signaler
à ce titre. Et, finalement, nous prévoyons des modifications
à la Loi sur la Corporation de l'École des hautes études
commerciales de Montréal. (10 h 10)
En effet, le directeur, les professeurs et le personnel de
l'école participent au régime de retraite des fonctionnaires et
au régime de retraite des employés du gouvernement et des
organismes publics pour des raisons historiques. De 1957 à 1988, seuls
les employés permanents ont cotisé. La modification
législative apportée au RREGOP en 1988, à l'effet que tous
les employés engagés de façon occasionnelle devaient
participer obligatoirement au RREGOP, a causé des problèmes
administratifs réels à l'École des hautes études
commerciales de Montréal. Cette corporation doit aujourd'hui une somme
importante à la Commission administrative des régimes de retraite
et d'assurances à titre de cotisations engagées pour le
bénéfice de ses employés dont plusieurs ont quitté
et sont maintenant introuvables. L'École des hautes études
commerciales, sa corporation, nous a fait valoir - et nous retenons cette
suggestion - que le mode même d'enseignement qui a été
retenu, avec la myriade, à certains égards, d'occasionnels
engagés à la leçon, n'est pas comparable à ce que
nous retenons comme principe au RREGOP à l'égard, par exemple, de
nos employés saisonniers qui viennent d'une année à
l'autre, et qui complètent, et qui additionnent, à même
leur participation au régime de retraite, des cotisations, des
années de service et, donc, un régime de retraite.
Il faut savoir qu'à l'endroit de l'École des hautes
études commerciales, comme c'est le cas dans d'autres facultés,
il y a un recours passablement fréquent, très fréquent
à des professeurs qui, souvent, sont des praticiens, sont des gens de
l'entreprise privée, sont des consultants qui, compte tenu de leur
expertise, acceptent de faire de l'enseignement, dont on sait qu'à
l'occasion ça participe plus, à tout le moins en partie, du
bénévolat que de l'emploi hautement rémunéré
auquel ces gens, dans certains cas, peuvent être habitués. Nous
avons donc à régler un problème précis et
particulier en raison des mécanismes de fonctionnement du RREGOP dans la
mesure où, strictement, si on pouvait prétendre qu'il s'applique
à des professeurs occasionnels, à la leçon,
engagés dans le passé aux Hautes Études
commerciales... Il faut savoir que ces gens, d'une part, n'ont jamais
exigé d'obtenir des droits de retraite à ce titre et,
deuxièmement, que plusieurs d'entre eux, un nombre considérable
d'entre eux seraient, de toute façon, introuvables.
Donc, la modification est proposée afin de modifier la Loi sur la
Corporation de l'École des hautes études commerciales de
Montréal afin d'y préciser que les employés engagés
de façon occasionnelle ne participent pas au régime de retraite
des employés du gouvernement et des organismes publics, et ce,
rétroactivement au 1er janvier 1988, date de l'entrée en vigueur
des modifications à l'égard des occasionnels que je mentionnais
tout à l'heure.
M. le Président, je n'ai aucun autre commentaire à
formuler à ce moment-ci. Nous aurons, comme je le soulignais tout
à l'heure, à discuter dans le détail de ces changements
à l'occasion de l'étude détaillée, si
l'Assemblée daigne adopter, en deuxième lecture donc, ce projet
de loi.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
président du Conseil du trésor. Sur le même sujet, à
savoir la motion proposant l'adoption du principe du projet de loi 4, Loi
modifiant diverses dispositions législatives concernant les
régimes de retraite des secteurs public et parapublic, je reconnais
maintenant Mme la députée de Taillon, critique de l'Opposition
officielle en cette matière. Mme la députée.
Mme Pauline Marois
Mme Marois: Alors, merci, M. le Président. Un peu comme le
rappelait le ministre, au début de son intervention, il est
évident que nous sommes devant un projet de loi qui est hautement
technique et, dans ce sens-là, ce n'est pas toujours
nécessairement facile pour ceux et celles qui nous liront ou qui nous
écoutent de comprendre, nécessairement, les tenants et les
aboutissants des articles du projet de loi que nous étudions ce matin.
Alors, on va essayer de le clarifier un petit peu, d'une part. D'autre part, je
dirais que malgré que ce soit, évidemment, technique, cela ne
nous enlève pas le devoir d'essayer de bien saisir les
conséquences que peut avoir chacun des articles de loi sur les personnes
qui sont concernées dans les différents régimes de
retraite que nous modifions ainsi.
Il y a, d'autre part, une assurance, M. le Président,
donnée par le comité de retraite qui a été
consulté pour la plupart des articles du projet de loi qui sont devant
nous. Le ministre le rappelait lui-même. Ce comité paritaire, son
nom l'indique, est formé, évidemment, de gens qui administrent le
régime comme de gens qui sont concernés par les différents
régimes. Ce comité est formé de 14 personnes et
présidé par le président de la CARRA, la Commission
administrative des régimes de retraite et d'assurances. Donc, dans ce
sens-là, il y a aussi une assurance que les articles que nous
étudions aujourd'hui ont fait l'objet de consultations,
d'échanges, de discussions et d'accords de la part des gens qui sont
concernés.
Je me suis rendu compte cependant, M. le Président, à
travers différentes expériences passées, malgré que
le comité paritaire ait, à l'occasion, et d'une façon
très systématique même, vérifié les
amendements pour s'assurer qu'ils correspondaient bien aux attentes, aux
besoins des personnes qui étaient concernées, que certaines
modifications apportées régulièrement au régime -
d'ailleurs, parce que nous procédons comme ça, je dirais,
à chaque session, évidemment, et à différents
moments des sessions -amènent parfois certains mécontentements.
Donc, cela nous amène à être les plus prudents possible et
à prendre le temps nécessaire pour bien étudier chacun des
articles de loi.
Alors, je vais m'arrêter seulement à quelques-uns, M. le
Président. Je n'ai pas l'intention de faire une longue intervention, ce
matin, un peu à l'exemple du ministre responsable de ces lois devant
l'Assemblée nationale, le président du Conseil du
trésor.
D'abord, la question des Hautes Études commerciales. On nous dit
que les modifications apportées au RREGOP visent à exclure les
employés qui occupent d'une façon occasionnelle des fonctions aux
HEC. Le ministre a bien expliqué tout à l'heure, je crois, de qui
il pouvait s'agir. Cependant, je crois qu'il y a un risque, et on devrait
envisager cette question-là au moment de l'étude article par
article. Il y a un certain risque de mécontentement. D'abord, on nous
dit jusqu'à maintenant que l'École aurait consulté toutes
les personnes. La direction des Hautes Études et les personnes
concernées auraient consulté toutes les personnes qui pouvaient
être touchées par cet article, du moins les personnes disponibles,
parce que le ministre disait lui-même qu'il y a certaines personnes qui,
ayant enseigné comme chargées de cours ou autrement à
l'École, ne sont plus rejoignables maintenant. Cependant, les personnes
concernées, les personnes consultées auraient accepté
à l'unanimité le projet qui est devant nous, donc de ne plus
participer au RREGOP.
C'est évident que ça peut constituer pour les HEC, pour
l'École des hautes études commerciales, un obstacle à
l'embauche de professeurs qui sont soit issus du secteur privé, qui
participent déjà à des régimes, soit des
professeurs qui sont des professeurs invités, qui viennent de
l'étranger. On sait que les cotisations, après deux ans, sont
bloquées dans le régime et ne peuvent revenir au participant
qu'au moment où il prend sa retraite. Donc, dans ce sens-là,
cela
peut causer préjudice effectivement, d'une part, aux personnes
qui sont concernées, et, d'autre part, à l'École
elle-même qui souhaite avoir le plus large éventail possible pour
aller sélectionner des gens qui seraient intéressés
à venir donner des cours ou participer à des projets de recherche
à l'École.
Cependant, il y a peut-être d'autres personnes qui occupent des
fonctions à titre d'occasionnels à l'École des hautes
études et qui, elles, pourraient se voir porter préjudice par une
telle modification. Alors, la question que je soulève et que je
soulèverai éventuellement, M. le Président, à la
commission parlementaire, c'est de demander au ministre et aux responsables de
ces régimes s'il n'y a pas lieu de donner un choix aux employés
occasionnels qui seraient occasionnels sur une base, je dirais, un petit peu
plus régulière. Parce qu'on connaît évidemment cette
réaltié-là au gouvernement. C'est une
réalité à laquelle on est confrontés
quotidiennement. Alors, voilà pour ce qui est de l'article qui concerne
les Hautes Études commerciales. D'abord, s'assurer que la consultation a
réellement eu lieu et que les gens étaient d'accord - on le
constatera ensemble, j'imagine - et, d'autre part, voir si cela ne risquerait
pas de porter préjudice aux employés occasionnels qui le seraient
à un titre différent de ceux qui viennent enseigner ou participer
à des projets de recherche. (10 h 20)
II y a un autre article qui concerne l'assu-rance-salaire, qui vise
à permettre à la CARRA d'accorder le même traitement aux
personnes, selon qu'elles reçoivent une prestation d'invalidité
en vertu de la loi sur les régimes de rentes du Québec ou une
indemnité en vertu de la Loi sur les accidents du travail et les
maladies professionnelles, de la Loi sur l'assurance automobile, de la Loi
visant à favoriser le civisme, de la Loi sur l'indemnisation des
victimes d'actes criminels ou autres lois ayant même effet. Cela nous
semble, pour ce que nous en comprenons ici, une mesure d'équité
et donc, à cet égard, nous n'avons pas, à ce moment-ci, de
questions à soulever; celles-ci viendront au moment d'explications plus
détaillées lors de l'étude du projet de loi en commission
parlementaire.
Un troisième élément, qui concerne le patrimoine
familial. Encore là, on modifie le RREGOP. Le RREGOP est modifié
de façon à permettre au gouvernement de rendre applicables les
règles qui sont prévues dans la loi sur le patrimoine familial
qui, on se souviendra, avaient soulevé de grands débats Ici, mais
qui, je crois, est une loi qui, on s'en rendra compte, permettra qu'une plus
grande équité s'applique à l'égard du partage des
actifs entre les conjoints lors d'une dissolution de mariage et, je crois,
à l'avantage de l'un et l'autre des conjoints.
Un quatrième élément, sur lequel je vou- drais
intervenir, et qui concerne le Comité de placement et l'arbitre. On nous
souligne que le nombre de membres faisant partie du Comité de placement
des fonds des employés de niveau non syndicable passe de 8 à 10.
Ces membres, évidemment, ne reçoivent aucune
rémunération. Je note encore que ce Comité est paritaire.
Il est toujours présidé par le président de la CARRA. Et
on introduit, au projet de loi, en ce qui a trait à l'arbitre, la
possibilité d'assurer une immunité à ce dernier dans
l'exercice de ses fonctions. Je pense qu'on corrige ainsi une anomalie qui
apparaissait à l'évidence être une anomalie.
Les modifications apportées en ce qui concerne les
ex-députés et les régimes de rentes des fonctionnaires et
les régimes de rentes des enseignants nous apparaissent aussi, à
première vue, comme étant une question d'équité qui
met l'ensemble des participants, selon qu'on ait été participant
à un régime ou à l'autre, sur un pied
d'égalité en ce qui concerne le rachat d'années de
service. Encore là, nous pourrons évidemment poser quelques
questions, s'interroger sur les fins techniques de cet article et sur les
résultats techniques d'un tel article mais, à première
vue, cela nous semble tout à fait acceptable et même souhaitable,
toujours en vertu du principe de l'équité.
Dans l'ensemble, je dis donc aux membres de cette Assemblée, M.
le Président, que le projet de loi 4 nous semble apporter des
bonifications aux différents régimes qu'il souhaite modifier,
bonifications qui vont dans le sens de s'assurer que chacun et chacune qui est
concerné est traité de la même façon et, à
cela, nous ne pouvons que souscrire, évidemment, M. le
Président.
Les problèmes qui, à ce moment-ci, nous semblent pouvoir
surgir concernent les dispositions qui s'adressent au personnel de
l'École des hautes études commerciales et si, à cette fin,
le ministre pouvait répondre à nos questions, à nos
inquiétudes, nous pourrions acquiescer, évidemment, sans
difficulté, à l'article qui est là, sinon, peut-être
envisager, si cela s'avère pertinent et possible aussi... Parce que je
sais, pour avoir été responsable, entre autres, de la Loi sur les
régimes supplémentaires de rentes et de la Loi sur le
régime de rentes du Québec, que tout n'est pas très simple
quand on aborde ces questions-là. Mais s'il était possible, M. le
Président, nous pourrions même proposer un amendement pour
permettre au personnel occasionnel, qui serait différent de celui
visé par la loi qui est devant nous, de pouvoir continuer à
participer au régime, si cela est possible techniquement, d'une part, si
cela ne contrevient pas au principe même du régime, et, d'autre
part, évidemment, s'il y a préjudice qui aurait été
causé en ce sens au personnel occasionnel qui pourrait être
concerné par ce projet.
Alors, nous sommes d'accord, donc, M. le
Président, avec le projet de loi 4, Loi modifiant diverses
dispositions législatives concernant les régimes de retraite des
secteurs public et para-public, et nous aurons l'occasion de débattre
pour ce qui est du reste, lors de la commission parlementaire, lors de
l'étude article par article. Je vous remercie, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): : merci, mme la
députée de taillon. il n'y a pas d'autres interventions. m. le
ministre, vous voulez répliquer?
M. Daniel Johnson (réplique)
M. Johnson: Oui, brièvement, M. le Président, pour
relever le problème qui s'applique aux occasionnels de l'École
des hautes études commerciales. J'ai pris excellente note, avec mes
collaborateurs, des propos de la députée. Il est entendu qu'on ne
doit pas ignorer, à mon sens, la situation qu'a décrite la
députée. Il peut y avoir, quoique ça n'a jamais
été présenté de cette façon-là, il
faut bien le comprendre, il peut y avoir quelque part des occasionnels autres
que des chargés de cours, des professeurs à la leçon,
c'est entendu, mais je dirais que depuis, enfin des mois et des mois... pendant
des mois, il y a une couple d'années, nous avons parlé de ce
problème avec les autorités des Hautes Études
commerciales. Ça n'a jamais été soulevé, ce l'est
maintenant; alors, évidemment, on va aller aux nouvelles de façon
précise pour avoir des réponses complètes, tout en sachant
qu'on peut avoir les mêmes difficultés, soit de retrouver les
anciens cotisants, ou qui auraient dû cotiser, auxquels on devrait
maintenant annoncer qu'on aurait dû les cotiser en vertu du RREGOP,
qu'ils ont acquis quelques mois d'année de service à
l'égard desquels on pourrait leur verser, un jour, une prestation de
retraite. Je pense que nous sommes dans le champ des ajustements minimes qu'il
y aurait à faire. Mais ajustements il pourrait y avoir dans la mesure
où on pourrait être bien informés et qu'on saurait
exactement comment rejoindre ces gens si, d'aventure, il y en avait à
rejoindre. Alors, je note la contribution de la députée à
ce débat dans ce sens-là et j'ose croire que, lors de
l'étude détaillée, nous pourrions avoir quelques
réponses à fournir aux parlementaires à cet
égard.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le ministre.
Est-ce que la motion proposant l'adoption du principe du projet de loi 4, Loi
modifiant diverses dispositions législatives concernant les
régimes de retraite des secteurs public et parapublic, est
adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): M. le leader adjoint du
gouvernement.
Renvoi à la commission du budget et de
l'administration
M. Johnson: M. le Président, je fais motion pour que ce
projet de loi soit déféré à la commission du budget
et de l'administration pour l'étude détaillée.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Est-ce que cette motion
de déférence est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté. Avec quel
article du feuilleton, M. le leader adjoint du gouvernement, allons-nous
continuer nos travaux?
M. Johnson: L'article 7 du feuilleton, M. le
Président.
Projet de loi 7 Adoption du principe
Le Vice-Président (M. Lefebvre): À l'article 7 de
notre feuilleton, M. le ministre délégué à
l'Administration et à la Fonction publique et président du
Conseil du trésor propose l'adoption du principe du projet de loi 7, Loi
modifiant la Loi sur l'administration financière et la Loi sur les
dettes et les emprunts municipaux.
M. le ministre délégué à l'Administration et
à la Fonction publique et président du Conseil du trésor,
je vous cède la parole.
M. Daniel Johnson
M. Johnson: Oui, M. le Président, ce projet de loi
comporte deux volets distincts: l'un qui introduit le concept des comptes
à fin déterminée et une deuxième partie qui vise
à conférer à divers organismes du secteur public le
pouvoir de conclure certaines transactions financières.
D'abord, à l'égard des comptes à fin
déterminée. Dans le contexte actuel, les sommes reçues au
fonds consolidé du revenu sont versées aux crédits du
ministre des Finances et déposées auprès d'institutions
financières qu'il désigne.
Par ailleurs, tout déboursé effectué à
partir du fonds consolidé du revenu nécessite évidemment
un crédit, c'est-à-dire ou bien un crédit permanent
autorisé en vertu d'une loi particulière de l'Assemblée,
ou alors un crédit voté annuellement par nous, les
députés. Il existe présentement dans le cadre
d'activités du gouvernement du Québec certaines situations
où des sommes sont reçues au fonds consolidé du revenu
pour des usages bien spécifiques, qui n'ont pas à être
financées à partir des taxes et impôts ou revenus
généraux prélevés par le gouvernement du
Québec. Je donnerai des exemples un peu plus tard.
Les sommes destinées à ces fins spécifiques
transitent donc par le fonds consolidé du revenu et affectent le budget
du gouvernement, même si leur utilisation doit se limiter aux
modalités prévues dans un contrat ou une entente avec un tiers -
et on comprendra qu'il peut s'agir très souvent du gouvernement
fédéral - donc, qui donne lieu à leur versement. Il s'agit
de deniers reçus d'un tiers que l'on doit réserver pour des
usages spécifiques. Il ne devrait donc pas y avoir de
réallocation par la Législature quant à leur
destination.
Le processus actuel oblige donc à financer des activités
qui, somme toute, sont extrabudgétaires au moyen de crédits
votés par l'Assemblée, ce qui constitue une source de distorsion
et, à mon sens, de malentendus et de problèmes à la fois
pour le ministère des Finances et pour le Conseil du trésor lors
de la préparation du budget ou de l'élaboration des
crédits. Il importe donc, M. le Président, d'apporter les
amendements législatifs requis afin de tenir compte de la
véritable nature des sommes perçues par le gouvernement et
d'ajuster le processus budgétaire en conséquence. (10 h 30)
Après avoir analysé cette situation, nous proposons
d'amender la Loi sur l'administration financière afin de permettre de
reconnaître la notion de deniers reçus à une fin
déterminée en vertu d'une entente ou d'un contrat, et de
prélever ces sommes sur le fonds consolidé du revenu sans qu'un
crédit n'ait été préalablement voté à
cette fin. Une demande de création de compte à fin
déterminée pourra ainsi être présentée au
gouvernement sur proposition conjointe du ministre des Finances et du
président du Conseil du trésor.
Des exemples que je veux amener ici, l'exemple le plus évident,
M. le Président, viserait celui de l'entente
fédérale-provinciale ou d'une entente
fédérale-provinciale portant sur l'administration par le
Québec d'un programme d'aide à l'étranger financé
intrégralement, à titre d'exemple, par l'ACDI. L'ACDI verse au
gouvernement du Québec les sommes requises à un transfert
à l'égard d'un projet qui peut se situer à
l'étranger, qui se situe à l'étranger. On voit là
tout de suite, simplement par l'énoncé de cet exemple, qu'en
aucun cas la Législature n'a eu à décréter la
levée d'impôts au Québec, au bénéfice du
gouvernement du Québec, à partir des contribuables
québécois pour financer cette activité. C'est plutôt
par le biais d'une entente avec un tiers payeur, en l'occurrence le
gouvernement fédéral, un de ses organismes, par exemple l'ACDI,
qu'une somme est étiquetée spécifiquement à une
activité, mais que, par entente, nous administrons, nous, comme
gouvernement.
On voit tout de suite qu'il n'y a pas là un véritable
revenu ni une véritable dépense pour le gouvernement du
Québec, mais bien carrément l'administration d'une somme à
nous confier par un tiers pour transfert vers un autre tiers. C'est une
méthode qui est déjà utilisée par d'autres
gouvernements, notamment le gouvernement du Canada dans ses ententes avec des
tiers, du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario. Par ailleurs, il existe
déjà au Québec certains comptes à fin
déterminée pour certaines opérations relatives à
certains régimes de retraite, comme le régime de retraite des
enseignants et celui des fonctionnaires. Il s'agit aujourd'hui de permettre
d'avoir recours à ce procédé sans avoir à
légiférer spécifiquement pour chaque occasion.
La solution que nous proposons permet de gérer selon la
véritable nature des fonds reçus et d'améliorer la
transparence quant à la véritable marge de manoeuvre
budgétaire du gouvernement, compte tenu que l'ensemble des revenus du
gouvernement inclut actuellement des sommes qui sont vouées à des
fins spécifiques qui ne peuvent être utilisées pour
améliorer les équilibres financiers et budgétaires ni
être réallouées en fonction de nos priorités.
La deuxième partie du projet de loi vise à conférer
à divers organismes du secteur public le pouvoir de conclure certaines
transactions financières. Les membres de cette Assemblée
comprendront que, pour bénéficier des meilleures conditions de
financement disponibles sur les divers marchés, les organismes du
secteur public ont à conclure de temps à autre des conventions
d'échange de devises et d'échange de taux d'intérêt
dans le cadre de la gestion de leurs dettes. Les techniciens de ces
matières sauront que nous parlons là de ce qui s'intitule, en
général, des «swaps», s-w-a-p-s.
Par ailleurs, divers instruments financiers, tels que les options, les
contrats de taux d'intérêt à terme, les contrats à
terme sur titres et autres ont permis aux organismes concernés
d'effectuer une gestion prudente et efficace de leurs risques financiers. Les
organismes comme Hydro-Québec, la SQAE, Société
québécoise d'assainissement des eaux, la SDI, la
Société du Palais des congrès de Montréal, la
Société immobilière du Québec, celle du parc
industriel et portuaire de Bécancour, Sidbec, la RIO ont
été parmi les précurseurs en cette matière.
Or, la jurisprudence récente remet en question le pouvoir de ces
organismes de procéder ainsi. En effet, un jugement rendu en janvier
1991 par le plus haut tribunal britannique, la Chambre des lords, dans
l'affaire Hazell contre le Council of the London Borough of Hammersmith and
Fulham and others, a eu pour effet de rendre nulles toutes les conventions
d'échange de taux d'intérêt conclues par un organisme
municipal. La Chambre des lords a de plus jugé que le pouvoir de
conclure des conventions d'échange de taux d'intérêt
n'était pas un accessoire au pouvoir d'emprunt, et qu'il était
nécessaire que le législateur confère
spécifiquement ce pouvoir à un organisme constitue par une loi.
Il s'agit d'une application de la règle de l'ultra vires, qui
veut que ce qui n'est pas autorisé expressément ou
implicitement par la loi à ces organismes doit être
considéré comme prohibé et, en conséquence, que
l'acte prohibé ainsi posé est nul.
Depuis que ce jugement fut rendu en Angleterre, les conseillers
juridiques consultés par les organismes impliqués du secteur
public ne sont plus en mesure de se prononcer sans équivoque
favorablement quant à l'habilitation législative des organismes
du secteur public à conclure de telles transactions. Ces conseillers
juridiques, avant que la Chambre des lords ne rende son jugement, confirmaient
avec une certitude juridique raisonnable que ces organismes étaient
légalement habilités à conclure de telles transactions
d'échange de taux d'intérêt, comme je l'indiquais tout
à l'heure, au motif, entre autres, que ces transactions étaient
accessoires à l'exercice du pouvoir d'emprunt qui leur était
expressément accordé dans leur loi constitutive. Dans la mesure
où il y avait un lien étroit avec un emprunt, les conseillers
juridiques étaient alors d'avis que le décret ou la lettre d'un
ministre qui autorise l'emprunt pouvait aussi emporter l'autorisation de ces
transactions.
Le problème que soulève l'application possible de
l'arrêt Hammersmith ici, au Canada, se pose avec d'autant plus
d'acuité que le législateur est déjà intervenu pour
accorder expressément ce pouvoir autrement accessoire dans certains cas.
Par exemple, dans la charte de la ville de Montréal, au chapitre 111 de
nos lois de 1987, à l'article 756e, pour ceux qui suivent ces
choses-là de près, la Loi sur les municipalités en
Ontario, introduite par le projet de loi 165, de 1991, un règlement
proposé en vertu d'un article de la Loi sur la Société de
l'électricité Hydro Ontario. On voit donc qu'au Canada, en
matière juridique, à l'égard de l'interprétation
qu'on doit faire du caractère accessoire du recours à des
transactions d'échange de taux d'intérêt, à titre
d'exemple, nous sommes liés par cette interprétation dans notre
droit, et les conseillers juridiques ont donc, c'est le moins qu'on puisse
dire, passablement moins de certitude sur la capacité d'organismes
publics de conclure de telles transactions soi-disant à l'occasion d'un
emprunt ou sous prétexte qu'ils auraient le pouvoir d'emprunter.
Les pouvoirs additionnels ainsi conférés constituent une
reconnaissance, dans les trois exemples que j'ai cités plus haut, de la
nécessité, dans ces cas, d'une disposition spécifique
habilitante. Ceci risque d'avoir comme effet de soulever encore plus
d'interrogations quant à la capacité des corporations
constituées par loi spéciale de conclure les transactions
visées par les modifications que j'apporte aujourd'hui.
De plus, étant donné l'incertitude soulevée par
l'application potentielle de l'arrêt Hammersmith, un nombre croissant
d'institutions financières prêteuses demande des avis juridiques
et des représentations concernant la capacité des organismes du
secteur public de conclure ce genre de transactions. L'inquiétude
manifestée par les institutions financières risque
d'empêcher les organismes du secteur public d'utiliser des instruments
financiers qui visent une gestion plus active, et constructive, et rentable de
leurs dettes. C'est d'ailleurs pourquoi il nous est apparu important - je
dirais essentiel - que les modifications proposées comportent un effet
rétroactif. Ainsi, les instruments aux contrats de nature
financière à l'égard desquels une transaction a
été effectuée avant la date d'entrée en vigueur de
la loi, par un organisme visé, seront considérés valides
depuis la date de la transaction, et leur validité ne pourra pas
être contestée s'ils ont été signés par les
représentants dûment habilités de cet organisme. (10 h
40)
M. le Président, il est important que les organismes du secteur
public puissent prendre avantage de l'évolution des marchés
financiers et ainsi utiliser les nouveaux produits financiers. L'utilisation de
ces instruments a pour avantage d'élargir les sources de financement des
divers organismes concernés, de les protéger contre certains
risques financiers et de leur permettre de réaliser une gestion plus
efficace de leurs ressources financières et de leurs dettes.
Les amendements aux lois que je présente à
l'Assemblée viseront les organismes publics, municipalités et
autres organismes municipaux, sociétés d'État et leurs
filiales à part entière ainsi que les autres organismes
parapublics qui possèdent le pouvoir d'emprunter plus
spécifiquement. Les organismes publics sont les organismes visés
aux paragraphes 1 à 4 de l'article 69.6 de la Loi sur l'administration
financière et ceux visés par l'article 4 et le paragraphe 1°
de l'article 5 de la Loi sur le vérificateur général.
Ceux-ci seront dorénavant habilités à conclure des
conventions d'échange de devises et de taux d'intérêt ou
tout autre instrument ou contrat de nature financière que le
gouvernement aura préalablement désigné. Le gouvernement
pourra déterminer les conditions et modalités associées
à cette utilisation dans le cadre du processus d'autorisation que ces
organismes doivent normalement encourir lors de leurs emprunts.
Comme il n'apparaissait pas approprié de développer une
loi spécifique pour un aspect technique qui devrait, normalement,
être une partie intégrante d'un ensemble de modalités
applicables à la gestion financière des organismes publics, il a
été jugé opportun de procéder par amendement
à la Loi sur l'administration financière. On retrouvera donc ces
amendements au même endroit que l'ensemble des pouvoirs des organismes du
secteur public relatifs à la gestion de leurs dettes. De plus, pour les
besoins des municipalités et organismes municipaux, la Loi sur les
dettes et les emprunts municipaux doit également être
modifiée.
Avant de conclure, je tiens à informer cette
Assemblée que les modifications n'occasionnent pas d'impacts
financiers directs. Il s'agit, en fait, d'un exercice qui vise, ici, à
régulariser une situation déjà existante.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le ministre.
Sur le même sujet, je reconnais maintenant Mme la députée
de Taillon.
Mme Pauline Marois
Mme Marois: Alors, merci, M. le Président. Si on croyait
que le projet de loi que nous avons étudié tout à l'heure
était technique, il faut convenir que celui que nous regardons
maintenant l'est aussi. Cependant, il comporte un certain nombre de principes
sur lesquels nous voulons soulever des interrogations. D'autres
collègues le feront aussi après moi.
D'abord, revenons aux objectifs mêmes du projet de loi, à
l'objet du projet de loi qui est devant nous, qui vise à modifier la Loi
sur l'administration financière de même que la Loi sur les dettes
et les emprunts municipaux, soit, en fait, d'une part, la possibilité de
créer des comptes à fin déterminée - le ministre
nous a donné un exemple; je donnerai un autre exemple, M. le
Président - et le deuxième objet de la loi, soit de permettre aux
organismes publics et aux municipalités de conclure des contrats de
nature financière.
D'abord, revenons sur la création de comptes à fin
déterminée. Le premier article du projet de loi 7, que nous
étudions ce matin, introduit l'article 29.1 à la Loi sur
l'administration financière. Cet article va permettre de créer,
sur la recommandation du président du Conseil du trésor et du
ministre concerné, un tel compte. On nous dit que ce compte pourra
trouver une première application avec l'entente qui est conclue avec le
gouvernement fédéral en ce qui concerne l'administration de la
taxe sur les produits et services par le gouvernement du Québec, soit
par le ministère du Revenu.
Ainsi, un peu au même titre que l'exemple que nous donnait le
ministre, tout à l'heure, les sommes versées au gouvernement du
Québec par le gouvernement fédéral, prévues dans le
cadre d'une telle entente, seraient versées dans un compte à fin
déterminée. On peut constater que cette pratique crée un
nouveau poste extrabudgétaire au même titre que le compte des
régimes de retraite, et je pense que le ministre l'a assez bien
expliqué. Les sommes dépensées dans le cadre de
l'administration, par exemple, de la taxe sur les produits et services, seront
prises à même ce compte, et ce, jusqu'à épuisement
de ce dernier.
On peut noter que le montant versé annuellement par Ottawa est
prévu dans une entente sur l'administration de la taxe sur les produits
et services. On peut noter aussi que le président du Conseil du
trésor a la responsabilité de fixer les modalités de
gestion de ce compte.
En fait, on va constater que les dispositions qui sont prévues
à la Loi sur l'administration financière vont s'appliquer
à ces comptes. Le fait de créer un poste non budgétaire
nous apparaît cependant - et c'est là que nous questionnons, c'est
sous cet angle-là que nous voulons soulever quelques questions -
constituer une entrave au contrôle budgétaire des parlementaires.
Il n'est pas évident, en effet, qu'à partir des renseignements
contenus dans les comptes publics il sera loisible aux parlementaires
d'identifier avec précision les opérations effectuées dans
ce compte. Et je pense que c'est important.
Le ministre a semblé dire tout à l'heure, a dit
finalement: Bon, bien, écoutez, là, il s'agit d'argent qui
transite par ce compte pour la gestion de certaines ententes - lui parlait de
l'ACDI; je parle, moi, de l'entente sur la TPS - qui transiterait par ce
compte, et pour lesquelles les fins sont déjà
déterminées, etc. Mais cela n'enlève pas le devoir que
nous avons, M. le Président, de nous assurer que, dans la gestion
quotidienne de ces fonds, les règles habituellement, normalement suivies
et qui concernent l'encadrement des dépenses ne puissent être
vérifiées dans leur application: À qui a-t-on donné
les contrats? Comment l'a-t-on fait? Dans quel ordre de grandeur ces contrats
ont-ils été alloués? A-t-on respecté les
règles, soit d'appel d'offres ou quoi que ce soit qui pourrait
être du même ordre? Donc, dans ce sens-là, même si
cela n'a pas un impact, et le président du Conseil du trésor le
rappelait, sur le budget du gouvernement du Québec, cela ne nous
enlève pas notre devoir de parlementaires d'être des
contrôleurs de ce que l'on fait avec les sommes qui sont versées
par le public et que nous gérons, que le gouvernement gère.
Dans ce sens-là, nous avons soulevé - des collègues
l'ont fait avant moi - nous avons déjà soulevé des
questions du même ordre en ce qui concerne la fameuse gestion des fonds
spéciaux. C'est un peu les mêmes problèmes auxquels on est
confrontés. Or, il y a un nombre très important de fonds
spéciaux qui ont été créés dans les
dernières années et qui concernent aussi bien le Fonds de
développement international, le Fonds de reprographie gouvernementale,
le Fonds des approvisionnements, le Fonds du service aérien. Au niveau
des Communications, il y a quatre fonds qui ont été
créés. Au niveau de l'Éducation, il y en a un.
Énergie et Ressources a deux fonds; Finances, deux fonds; Justice aussi,
deux fonds. Ce qui commence à faire des sommes joliment importantes et
sur lesquelles, bien sûr, nous avons de l'information. Je ne nie pas que
nous ayons de l'information, mais avons-nous toute l'information
nécessaire et pouvons-nous soulever toutes les questions pertinentes
à la bonne gestion de ces fonds? Et c'est cela que je soulève ce
matin, M. le Président, dans le cadre de l'étude du projet de loi
7.
Si je continue avec l'exemple que j'avais pris, dans le cas de
l'administration de la TPS, de la taxe sur les produits et services, si les
coûts devaient dépasser les sommes prévues à
l'entente, le Québec devra assumer la différence. Or,
étant donné que les deux taxes, la taxe sur les produits et
services et la taxe de vente du Québec, la TVQ, seront
administrées conjointement, on peut se demander comment on pourra
établir de façon précise la part qui sera attri-buable
à l'administration de la TPS et celle qui sera attribuable à
l'administration de la TVQ.
En fait, selon les renseignements qui nous ont été
donnés jusqu'à maintenant dans le cadre de l'étude du
projet de loi, on nous dit que le gouvernement ne pourra pas verser de montant
dans un tel compte, et le ministre le rappelait, pour les activités
normales du gouvernement du Québec. En somme, de tels comptes ne
pourraient être créés que suite à une entente.
Alors, je soulève donc un certain nombre de questions quant au
contrôle budgétaire de ces comptes, je sais que des
collègues y viendront aussi, et j'aimerais qu'à cet égard
le ministre soit le plus précis possible au moment où nous
étudierons ces articles lors de l'étude article par article, M.
le Président, en commission parlementaire. (10 h 50)
La deuxième partie du projet de loi vient régler la
difficulté qui a été soulevée déjà,
d'ailleurs, lors de l'étude d'un autre projet de loi, soit le projet de
loi 2, qui avait été adopté en décembre 1990. Ce
sont des contrats qui ont trait aux conventions d'échange de devises et
de taux d'intérêt, ce que nous appelons communément, dans
le langage technique, les «swaps». Bref, ce sont des moyens de
gérer les risques financiers. Le ministre le rappelait, il y a eu un
jugement à cet effet de la cour des lords d'Angleterre, à savoir
que des organismes publics et des municipalités n'auraient pas la
possibilité de conclure de tels contrats si leur loi constitutive ne
prévoyait pas, de façon explicite, qu'ils puissent le faire.
Et c'est ce que visent évidemment les articles 2, 3 et 4 du
projet de loi que nous étudions actuellement, M. le Président. Le
projet vise donc à prémunir ces organismes contre des poursuites
éventuelles sur des contrats signés et à permettre
à ces organismes de conclure de tels contrats dans l'avenir. Alors, bien
que ces dispositions nous semblent évidemment très techniques,
elles ne nous créent pas de difficultés particulières. On
pourra, au moment de l'étude article par article, s'arrêter
à des aspects plus techniques qui pourront sûrement clarifier
l'opérationalisation, si on veut, de ces articles de loi, mais, pour ce
qui est du fond, nous n'avons pas de difficulté.
On se souviendra d'ailleurs qu'au moment de l'étude du fameux
projet de loi 2, le ministre des Finances avait tenté de
présenter un amendement visant cette fin pour le gouvernement.
L'amendement avait été refusé parce que non recevable,
mais, là, je ne peux que louer le ministre responsable et
président du Conseil du trésor de le faire à l'occasion
d'une loi clairement identifiée à cette fin parce que, ce qui
nous avait fait refuser l'amendement qui prévoyait la même chose
pour le gouvernement au moment où cela avait été
présenté, en décembre 1990 - et c'est mon collègue
de Labelle qui était à ce moment-là en commission
parlementaire - c'est qu'on avait voulu, à travers une loi qui ne
concernait pas cette fin, passer un amendement qui permettait de couvrir le
champ d'activité que nous couvrons par la loi qui est devant nous
maintenant.
Alors, voilà donc pour les remarques que je souhaitais faire, M.
le Président, d'une part, pour ce qui concerne les comptes à fin
déterminée et, d'autre part, pour ce qui concerne les articles
qui ont trait aux contrats de nature financière. Merci.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, Mme la
députée de Taillon. Alors, s'il n'y a pas d'autres interventions
du côté ministériel, je vais reconnaître
immédiatement M. le député de Labelle.
M. Jacques Léonard
M. Léonard: D'abord une remarque que vous me permettrez,
M. le Président. Il s'agit d'un projet de loi qui affecte la Loi sur
l'administration financière, laquelle relève du ministre des
Finances. L'actuel projet de loi qui est présenté affecte la Loi
sur l'administration financière, mais est présenté par le
président du Conseil du trésor, ce qui m'amène à me
poser des questions ou, à tout le moins, à m'étonner. Non
pas que je tienne absolument à ce que ce soit le ministre des Finances,
parce que, effectivement, qu'il soit ici ou ailleurs, ça change peu de
chose, il ne dit pas grand-chose. Il arrive à parler longtemps sans rien
dire de précis.
Mais vous me permettrez de souligner mon étonnement en partant
parce que c'est un projet de loi qui le concerne. C'est lui qui est responsable
de la Loi sur l'administration financière et non pas le président
du Conseil du trésor. Alors, est-ce qu'il est fatigué? Est-ce
qu'il ne pouvait pas remettre à la semaine prochaine? Ce sont des
questions qu'on peut se poser. Alors, M. le Président, je tenais a
souligner cela parce qu'il est inhabituel qu'un ministre demande à un
autre de ses collègues de défendre des projets de loi qui
concernent sa principale loi, celle sur l'administration financière.
Le premier sujet de ce projet de loi concerne la possibilité de
créer des comptes à fin déterminée. J'ai
déjà eu l'occasion d'intervenir en cette Chambre à ce
sujet. M. le Président, je vois la ministre
déléguée aux institutions financières qui s'agite.
Elle a eu l'occasion, tout
à l'heure, de parler, elle ne s'est pas levée. Alors, je
parle. M. le Président, la possibilité de créer des
comptes à fin déterminée soulève des questions que
j'ai déjà abordées en cette Chambre parce qu'il s'agit,
effectivement, du contrôle par les parlementaires sur l'administration de
l'État. Les questions se posent quant à la transparence de
l'administration gouvernementale dans ces fonds spéciaux. Aujourd'hui,
on appelle ça ici des comptes à fin déterminée.
Nous avons eu l'occasion d'assister, depuis deux ans et demi, à
la création d'une foule de ces comptes spéciaux, et vous me
permettrez de rappeler que le Vérificateur général a
souligné que les parlementaires perdaient le contrôle, perdaient
de vue l'administration de ces fonds spéciaux qui s'évaporent
pratiquement dans la nature alors que, devant la Chambre, on ramène
très rarement ces sujets. Lorsqu'on les ramène, on se fait dire
qu'il s'agit d'un compte à fin spéciale et, donc, qu'on n'a pas
à en débattre dans le cadre de tels crédits, de tel autre
projet, etc. et, donc, finalement, on soustrait l'administration publique au
contrôle parlementaire.
Vous me direz qu'effectivement on peut corriger de différentes
façons le contrôle indirect, le contrôle direct qu'on n'a
pas par un contrôle indirect et toutes sortes de mesures. Je voudrais
vous dire que nous ne sommes pas habitués, de la part de ce
gouvernement, à beaucoup de transparence. Quand même il me ferait
des promesses qu'il va tout divulguer de l'administration de ces comptes, je
rappellerai un seul fait qui nous laisse très perplexes et qui remet en
cause la valeur de ce qu'il dira. Lorsqu'on a déposé ici, un 30
août, pratiquement en pleines vacances, à l'occasion d'une
convocation spéciale de l'Assemblée nationale, un vaste projet de
réforme de la taxe de vente du Québec, on n'a pas fait de
débat, mais cela affectait pour 6 000 000 000 $ de revenus du
gouvernement. Ici, il va s'agir de quelques dizaines de millions, du moins
apparemment, au départ. Alors, si on se permet, pour 6 000 000 000 $, de
faire une opération de camouflage comme on l'a fait, imaginez-vous que
lorsqu'on arrivera dans quelques dizaines de millions... Ça ne sera
jamais le temps d'en parler, il n'y aura jamais de rapport explicite et le
Vérificateur général va continuer de se plaindre que les
rapports ne sont pas transparents.
Alors, j'ai de fortes réticences à créer de ces
comptes à fin déterminée, parce que l'Assemblée
nationale en perd le contrôle, et l'un des principaux gestes pour
lesquels nous sommes élus ici consiste justement à approuver ou
à voter des budgets, à voter des crédits. Alors, ces
opérations consistent à ramener dans des comptes
extrabudgétaires l'administration de quelques dizaines de millions.
Quelques dizaines de millions par ci, quelques dizaines de millions par
là, additionnez tous les comptes spéciaux qu'il y a au
gouvernement et vous verrez qu'à la fin du compte, il y a beaucoup de
transactions, d'administration qui se font en dehors du contrôle des
parlementaires. De plus en plus. Et, une fois qu'on a ouvert la porte, on en
crée un à cette occasion-ci, on en créera un autre
à une autre occasion, et là vous perdez le contrôle.
Alors, M. le Président, moi, j'ai de fortes réticences par
rapport à ce projet de loi parce que j'en suis sur le principe de
créer des comptes à fin déterminée, des comptes
spéciaux où on fait appel à des techniques
extrabudgétaires et, donc, sur le fond de la question, les
parlementaires n'ont plus le contrôle. C'était le premier
point.
Vous me permettrez de dire qu'en ce qui concerne l'administration de la
TPS, j'ajouterai qu'apparemment le gouvernement fédéral, parce
qu'on a signé une entente à ce sujet, s'est engagé
à verser une somme fixe et que tout dépassement est à la
charge du Québec. Alors, qu'est-ce qui en est exactement? Pensez-vous,
M. le Président, que le ministre des Finances va se lever ici, en
Chambre, pour dire: Voici, ça nous a coûté 3 000 000 $ de
plus que prévu? Il n'en dira pas un mot parce qu'il va toujours vouloir
dire qu'il avait signé une bonne entente.
Une voix: II va rire. (11 heures)
M. Léonard: II peut rire, il peut s'esclaffer, oui, mais
il va toujours affirmer qu'il a signé une bonne entente et il ne voudra
jamais avouer qu'il s'est fait rouler, qu'il s'est fait avoir et qu'il a mal
prévu dans le temps. Est-ce que les clauses d'indexation y sont? C'est
peut-être une bonne affaire pour la première et la deuxième
année mais, dans 10 ans, qu'est-ce qu'il en sera? Et, donc, la question
de la transparence et du contrôle budgétaire par les
parlementaires est importante. Là-dedans, vous voyez très bien
qu'il faudrait voir très bien les conditions précises de
l'entente et ces conditions doivent venir devant l'Assemblée nationale,
doivent venir devant la commission du budget et de l'administration. Je pense
qu'on ne s'en sort pas; il faut revenir un jour devant l'Assemblée
nationale. Toute la technique, maintenant, consiste à en faire un compte
extrabudgétaire, donc faire que ces comptes, ces sommes échappent
au contrôle des parlementaires.
Le deuxième point, M. le Président, il s'agit d'une
opération technique que le ministre des Finances avait voulu introduire
à la toute fin d'étude, en commission parlementaire, du projet de
loi 2, ce que nous avions contesté à l'époque. Il
était arrivé a la fin de l'étude de ce projet de loi 2,
juste avant d'imposer l'adoption de ce projet de loi, puis nous avions
plaidé que l'amendement qui était apporté était non
rece-vable, irrecevable, et le président de la commission nous avait
donné raison. Aujourd'hui, le ministre revient et le dépose dans
un projet de loi. Bon. Remarquez que c'est fait de façon plus
transparente que sur la pression de l'Opposition qui avait eu
l'idée de contester la recevabilité de cet amendement à
l'époque.
Bon, maintenant, discutons du fond. Le fond. J'ai toujours une certaine
crainte en ce qui concerne les emprunts à l'étranger des
administrations publiques et parapubliques. Je suis bien prêt à
faire confiance à tout le monde et à dire qu'en
général les responsables de ces administrations publiques et
parapubliques s'administrent avec prudence et essaient de voir venir l'avenir.
Mais vous comprendrez que la question qui est soumise devant nous, c'est de
laisser le pouvoir à des administrations publiques et parapubliques
d'aller emprunter sur les marchés extérieurs. Quand on sait que
même des gouvernements se font prendre dans ces emprunts en ce qui
concerne les taux de change pour l'avenir, j'ai quand même une certaine
réticence à élargir trop, parce qu'on se rend compte que
si... Le dollar étant, par exemple, aujourd'hui, à 0,83 $, il n'y
a rien qui nous empêche de penser qu'il pourrait revenir à 0,70 $
dans deux ans, dans cinq ans. Rien! Effectivement, il y a quelques
années, le dollar canadien était à 0,70 $ du dollar
américain. Au mois de novembre, décembre, il est monté
jusqu'à 0,89 $ et, aujourd'hui, il est à 0,83 $. Il varie autour
de 0,83 $, il a baissé en bas de 0,83 $ ces jours-ci. Alors, ça
peut être intéressant d'emprunter à un moment donné,
mais le remboursement dans 3 ans, dans 5 ans, dans 10 ans, dans 20 ans, peut
être très onéreux. Et il me semble qu'il doit y avoir des
balises fort importantes. Ça nous amène quand même à
nous poser la question, à savoir si c'est ouvert de façon large
à l'ensemble de nos institutions publiques et parapubliques que d'aller
sur les marchés extérieurs pour se financer. Je ne connais pas
beaucoup de pays qui autorisent leurs administrations publiques et
parapubliques à aller à l'étranger.
Effectivement, dans le projet de loi, on voit qu'on y va un peu sur la
pointe des pieds et qu'on demande l'autorisation, par exemple, dans le cas des
municipalités, du ministre des Affaires municipales, et je suppose que,
dans les autres cas, ça doit passer possiblement par les Finances. Mais
vous voyez tout de suite qu'il y a une porte qui est ouverte à ces
administrations et que, dans le temps, elles peuvent l'utiliser très
largement d'autant plus, par exemple, que, dans le cas des
municipalités, il s'agit d'une autorisation donnée par le
ministre des Affaires municipales uniquement. Et là, je vais me poser
des questions, j'ai déjà été ministre des Affaires
municipales, et le premier souci qu'on a, c'est, évidemment, d'analyser,
jusqu'à un certain point, la solidité, la santé
financière des municipalités. Mais, sur ce plan-là, ce
n'est pas le ministère des Affaires municipales qui est le mieux
équipé pour en juger, surtout en ce qui concerne les emprunts
à l'étranger. Mais la porte est ouverte et on peut s'interroger
sur la capacité d'une administration à l'intérieur du
gouvernement qui s'appelle le ministère des Affaires municipales,
même s'il est compétent, sur sa capacité et son rôle
à autoriser des opérations de nature financière sur les
marchés étrangers.
Le ministère est équipé pour étudier la
santé financière de la municipalité dans un contexte bien
précis par rapport à sa capacité, à son
expérience, à la qualité de son administration interne.
Mais, quant à juger des possibilités de fluctuation de change sur
les marchés étrangers et internationaux qui vont affecter la
situation financière de ces municipalités, M. le
Président, vous admettrez qu'on peut se poser de grandes questions qui
sont graves aussi. Et quand on en parle, il ne s'agit pas nécessairement
de quelques petits emprunts parce que les communautés urbaines
empruntent des sommes importantes, ont emprunté dans le passé des
sommes importantes, et en ce qui concerne des équipements lourds du
genre transport en commun, assainissement des eaux, etc. Donc, il y a là
des sommes majeures. C'est des dizaines et des dizaines de millions qui
grèvent les budgets des contribuables du futur dans ces
communautés urbaines et dans ces municipalités.
Dans la loi, c'est le ministre des Affaires municipales qui donne des
autorisations et qui peut les donner de façon large parce que si vous
regardez l'article 3, qui affecte la Loi sur les dettes et les emprunts
municipaux, mais qui affecte les articles 15.3, 15.4, qui les introduit en fait
après l'article 15.2: «Une municipalité peut, avec
l'autorisation du ministre des Affaires municipales, conclure toute convention
d'échange de devises ou d'échange de taux d'intérêt
ou y mettre fin selon ses termes.» Avec l'autorisation des Affaires
municipales, à mon sens, en ce qui concerne les transactions sur les
marchés internationaux, le ministère n'est pas
équipé pour bien en juger.
Ensuite, on dit qu'avec l'autorisation le ministre peut élargir,
par exemple, à 15.5: «Ne sont pas assujetties aux autorisations
visées aux articles 15.3, 15.4 les transactions effectuées dans
le cadre d'un programme institué par une municipalité et
approuvé par le gouvernement lorsque ce programme établit les
principales caractéristiques que ces transactions doivent comporter
ainsi que les limites des engagements financiers qui peuvent en
découler». Et, par la suite: «Le gouvernement peut, en
regard des instruments et contrats de nature financière qu'il
détermine ainsi qu'en regard des conventions d'échange de devises
ou d'échange de taux d'intérêt, exempter, avec ou sans
conditions, une ou plusieurs municipalités ou une catégorie
d'entre elles de l'obligation d'obtenir les autorisations visées aux
articles 15.3 et 15.4».
Comment seront interprétés ces deux derniers articles
lorsqu'une ouverture aussi grande est donnée? Je suis d'accord
qu'à la suite du jugement qui a été donné...
À mon sens, c'était
une habitude, une coutume pratique que les municipalités ou les
institutions à pouvoir délégué ne peuvent pas
réglementer si le pouvoir n'est pas expressément prévu
dans un projet de loi. Fort bien. Mais c'est rédigé ici de
façon très large, de sorte que le contrôle peut devenir
quasi inexistant de la part du gouvernement. Je sais bien qu'on dit qu'il y a
des cadres, qu'il y a des balises, mais ces balises peuvent s'estomper
rapidement, et il s'agit là d'un contrôle strictement a posteriori
et non pas d'un contrôle qui fait en sorte qu'on est sûrs de ce que
l'on avance. (11 h 10)
De quoi s'agit-il aussi? Il s'agit d'opérations de nature
financière, donc de transactions qui impliquent des mouvements d'argent
liquide, donc sujets aussi à des manipulations éventuelles comme
il s'en produit malheureusement généralement dans le temps. Et de
quoi s'agit-il encore plus? Les définitions de ce projet de loi sont
importantes parce qu'«on entend par "instruments ou contrats de nature
financière" tout instrument ou contrat financier qui a pour objet la
gestion des risques financiers, notamment les conventions d'échange de
devises, les conventions d'échange de taux d'intérêt, les
options et les contrats à terme».
Alors, il s'agit de transactions financières. En gros, on veut
parler des «swaps», mais, au fond, il s'agit de contrats financiers
qui ont pour objet la gestion des risques financiers. Alors, on parle de
risques financiers. Ce ne sont pas des transactions strictement techniques. Il
y a quand même matière à jugement, a exercer son jugement,
en l'occurrence. Donc, en insérant les articles 15.5, 15.6, et je
pourrais dire aussi 72.4, 72.5 dans le cas des organismes publics, bien que ce
soit plus serré dans le cas des organismes publics parce que leur loi
constitutive tombe directement sous la responsabilité d'un ministre -
dans le cas des municipalités, il s'agit d'organismes à pouvoir
délégué - nous ouvrons une grande porte. Quels seront les
contrôles? Je suppose qu'en commission parlementaire nous pourrons en
discuter, mais, de fait, il y a des questions majeures qui se posent quant au
contrôle réel que l'on ferait, que l'on fera, que l'on exercera
sur des opérations financières de nature spéculative qui
sont faites et qui seront faites sur les marchés étrangers parce
que, ce dont il s'agit dans ce projet de loi, c'est d'aller toucher des
transactions faites sur les marchés des capitaux internationaux.
Alors, M. le Président, je pense qu'il faut prévoir de la
flexibilité dans l'administration de nos lois, dans l'administration
financière. Oui, il faut le faire. Encore faut-il voir quelles sont les
balises exactes que l'on se donne. À partir du moment où, nous,
comme parlementaires, nous aurons adopté ce projet de loi, il va
s'exercer et nous ne le reverrons plus.
Ça m'amène, finalement, au dernier point.
Dans ce projet de loi, ici, il n'y a aucune obligation de faire rapport.
L'un des grands principes de l'administration financière, c'est que, si
vous ouvrez des possibilités, si vous élargissez le champ des
responsabilités, en particulier des administrations à pouvoir
délégué, vous devez, à un moment donné,
savoir ce qu'on a fait de ce que vous avez donné, attribué comme
autorité et comme responsabilité. Rien n'est abordé dans
ce projet de loi. Combien de fonds seront transiges ou combien
d'opérations seront faites à partir de ce projet de loi
annuellement? Rien n'est dit. On n'en saura rien. Il me semble que le ministre,
en commission parlementaire, devrait nous renseigner là-dessus. Si vous
élargissez, si vous déléguez, c'est nécessairement
contre l'obligation de faire rapport un jour. Ce n'est pas là. Ce n'est
pas là! Je pense que ça devrait y être, et ça
devrait apparaître dans la Loi sur l'administration financière
quelque part. C'était mon dernier point, M. le Président, mais
vous comprendrez que c'est un geste de stricte prudence que d'exiger que l'on
fasse rapport par rapport à une délégation de pouvoir.
Alors, M. le Président, voilà ce que j'avais à
dire, comme notes, par rapport à ce projet de loi. Je sais que j'ai un
de mes collègues qui veut intervenir aussi là-dessus. Merci.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député de Labelle. Je vous rappelle que nous sommes à
discuter de la motion proposant l'adoption du principe du projet de loi 7, Loi
modifiant la Loi sur l'administration financière et la Loi sur les
dettes et les emprunts municipaux. Sur cette même motion du
président du Conseil du trésor, je cède maintenant la
parole à M. le député de Jonquière.
M. Francis Dufour
M. Dufour: Je vous remercie, M. le Président. C'est
évident que le projet de loi que nous avons devant nous a pour effet, en
tenant compte des propos du ministre qui présente le projet... Je
dirais: Le ministre par personne interposée parce que, effectivement,
celui qui devrait le faire, il n'est pas ici, et il ne prend pas cette
responsabilité; il la donne à d'autres. Je trouve ça un
peu spécial. C'est une remarque que je tiens à faire parce que,
en règle générale, les ministres devraient avoir la
capacité et la volonté de présenter leur propre
législation. À ce moment-là, les critiques porteraient
plus directement et on aurait le sens de la responsabilité plus
développé.
En tout cas, ça nous permet de constater un certain laisser-aller
parmi des parlementaires, des laisser-faire aussi par des gens qui ont la
responsabilité première d'appliquer leurs lois, mais surtout de
bien les connaître et de bien les comprendre. Ce n'est pas la
première fois, malheureusement, qu'on arrive à cette
constata-
tion puisque, régulièrement, on passe le flambeau de l'un
à l'autre. Lorsque le gouvernement nous parle de guichet unique et
d'administration transparente, ça prend pas mal de monde pour surveiller
ce qui se passe, et on pourra toujours s'en faire passer quelques-unes.
Mon collègue de Labelle a insisté beaucoup sur la
transparence des transactions qui se font à travers le gouvernement, les
municipalités et les organismes publics. Moi, sans insister plus
là-dessus puisqu'on l'a fait déjà abondamment - du moins,
espérons que les gens auront compris le message très clair qui a
été manifesté - j'aimerais vous parler un peu de la partie
du projet de loi qui traite des emprunts municipaux, des emprunts des corps
publics.
En fait, je me souviens que, jusqu'en 1980, quelques rares
municipalités, a part les communautés urbaines de
Montréal, Québec, Laval et Longueuil, ont pu aller sur les
marchés financiers étrangers. Il y avait, dans le temps, des
opérations intéressantes pour les municipalités puisqu'il
arrivait que le taux de change permettait à certaines villes d'aller sur
le marché des obligations étranger et ça leur permettait
d'avoir des surplus. Autrement dit, un emprunt de quelques millions aux
États-Unis; si on considérait le taux de change de l'argent
canadien, ça permettait des surplus d'entrées de fonds qui
permettaient aux municipalités de faire autre chose que ce qu'elles
avaient prévu dans leur emprunt. J'ai connu des municipalités qui
se servaient du taux de change pour administrer leur budget courant. Ce
phénomène-là a drôlement changé à
partir de 1982 ou 1983, où il y a eu des taux d'intérêt
effarants. Le taux de change a changé d'une façon extraordinaire,
ce qui a fait que les municipalités qui ont emprunté avec des
surplus de leurs besoins, dans le fond, ont été obligées
de payer leurs emprunts à des coûts très
élevés, ce qui a été de nature à
débalancer les finances municipales. C'est arrivé dans plusieurs
cas.
Par ce projet de loi, c'est clair qu'on vient de nous dire que ça
pourra se faire, que ça pourra se continuer. Je comprends qu'il y a des
grands ensembles comme la ville de Montréal, la ville de Québec
et les communautés urbaines qui peuvent recourir à cette forme
d'emprunt, mais, selon les expériences qu'on a vécues, les
expériences qui ont été démontrées par le
député de Labelle, une chose est certaine, c'est que, quand on
commence à aller à l'extérieur pour exporter notre argent,
c'est un peu exporter nos capacités de nous renouveler. C'est vrai que
ça peut être un peu plus cher quand on le fait chez nous, mais
l'intérêt de ces sommes empruntées sert à
bâtir une économie un peu plus forte. Lorsqu'on va trop fortement
à l'étranger, ça veut dire qu'on exporte nos
possibilités de nous développer à l'extérieur, au
même titre que lorsqu'on achète une automobile qui vient de
l'étranger. L'automobile, elle est construite ailleurs. Elle crée
de l'emploi ailleurs et, pour nous, il n'y a pas de retombées directes.
Pour l'argent, c'est le même phénomène. Si vous envoyez
votre argent à l'extérieur, il n'y a pas de retombées ici,
parce que l'intérêt permet à d'autres de s'enrichir
à même notre produit national brut ou notre produit
intérieur brut. Voilà un phénomène qu'il faut tout
de même constater. (11 h 20)
Le projet de loi permet, bien sûr, de pouvoir le faire
allègrement ou abondamment puisque ça viendra de l'approbation du
ministre des Affaires municipales, dans certains cas, et du gouvernement,
d'autre part.
Donc, je m'inscris dans cette démarche à l'effet que, nous
qui parions souvent ou d'autres qui parient souvent d'un guichet unique,
comment va-t-on pouvoir se rendre compte des actions qui se posent sur le
terrain si, tantôt, c'est l'approbation du gouvernement, tantôt,
l'approbation du ministre des Affaires municipales et, tantôt, on a
besoin d'une approbation et, tantôt, on n'en a pas besoin? Il me semble
que, là, il y a un peu un fouillis qui est en frais de se
préparer concernant ces actions d'aller emprunter un peu partout avec
assez de rapidité.
Ça, c'est une constatation que je veux faire, puisqu'on devrait
trouver le moyen, possiblement, d'impliquer le ministre des Affaires
municipales à travers ces transactions-là, mais aussi le
gouvernement. Mais il faut que ce lien-là ou cet arrimage se fasse
immédiatement pour qu'on soit bien sûrs qu'on soit au courant de
ce qui se passe. Vous savez, l'information, c'est le pouvoir, et si on veut
bien savoir ce qui se passe sur le marché financier, il faut qu'on
s'assure que ça passe par le même canal. On pourrait
prétendre que ça va donner des balises un peu trop fortes, que
ça va augmenter les coûts des transactions, je ne crois pas que
ces transactions-là qui se font déjà et qui vont continuer
à se faire sur les marchés étrangers devraient
empêcher cette balise-là pour qu'on puisse permettre à ces
transactions de se faire par le même canal, c'est-à-dire que
ça se fasse, probablement, par la responsabilité du ministre des
Finances du Québec qui, lui, aurait la responsabilité, bien
sûr, d'informer ou de tenir au courant le ministre des Affaires
municipales. Que ce soit une approbation commune ou que ce soit une approbation
unique avec information, je pense que, de ce côté-là, on
devrait s'assurer que ça se fasse dans les normes et que ça se
fasse très bien. Donc, les emprunts municipaux, avec ce projet de loi,
c'est presque une invitation ou une tentative d'inviter les gens à aller
à l'extérieur pour aller chercher leurs capitaux.
Je ne sais pas si j'ai insisté suffisamment sur le fait que,
lorsqu'on va à l'extérieur, on exporte aussi notre
capacité de se développer. Si les intérêts des
sommes empruntées demeurent chez nous, il y a plus de chances qu'on en
retire des bénéfices que si ça va à
l'extérieur. Je ne
sais pas, non plus, si le gouvernement a fait l'étude assez
pointue ou assez large pour regarder quels sont les effets de ces
emprunts-là à l'extérieur sur notre capacité, chez
nous, de profiter de ces sommes-là. Est-ce que le marché
financier du pays n'est pas suffisant pour absorber ces emprunts-là ou
bien si, sous prétexte d'aller chercher un intérêt
immédiat ou un bénéfice immédiat, on ne se refuse
pas une capacité de se développer mieux? C'est une question
importante et, que je sache, ce débat-là n'a pas eu lieu.
Ça s'est toujours fait avec la volonté de personnes ou
d'individus, avec le gouvernement, pour dire: On pourrait profiter de taux
d'intérêt privilégiés en allant à
l'extérieur. Mais il y a un danger et ce danger-là, c'est
d'exporter, comme je l'ai dit tout à l'heure, notre capacité de
se développer.
Donc, en gros, M. le Président, je pense bien qu'on peut
s'interroger aussi sur les actions qui ont été posées par
les administrations concernant les emprunts ou la méthode qu'on a prise
pour effectuer des emprunts à l'étranger. Ce projet de loi vient
dire que ce qui existait auparavant ou que les actions qu'on a entreprises
auparavant ne semblent pas complètement légales. Il y a des gens
qui nous disent, ou on prétend qu'on a trop de deux gouvernements; on
est rendu presque avec un troisième, parce que, là, c'est la
Chambre des lords d'Angleterre qui vient nous dire que nos règlements
d'emprunt ne sont peut-être pas aussi légaux qu'on a bien voulu le
prétendre et qu'il est nécessaire d'apporter des amendements
à nos projets de loi pour pouvoir s'inscrire dans cette
démarche-là pour empêcher toute contestation des emprunts
antérieurs.
Donc, c'est une autre forme de gouvernement qui interfère dans
nos lois, qui vient nous dire comment se comporter. C'est peut-être une
bonne chose qu'on fasse cette correction-là, mais il faut bien accepter,
il faut bien comprendre que c'est encore une fonction que, nous, on pense qui
est dévolue à notre gouvernement, qui nous amène à
corriger parce que d'autres sont aussi dans le portrait.
C'est difficile, M. le Président, de faire une nation forte et
responsable quand tout le monde prend les mêmes responsabilités.
Ça aussi, moi, j'ai hâte qu'un jour on en vienne à un
guichet unique où on puisse prendre nos décisions par
nous-mêmes et pour nous-mêmes.
Voilà en gros, M. le Président, les points que je voulais
soulever et qui, à mes yeux, représentent une importance assez
grande et qui devraient soulever un débat dans le sens qu'en
élargissant cette capacité de pouvoir emprunter à
l'extérieur, est-ce qu'on n'affecte pas nos propres instruments de
développement? C'est une question, à mes yeux, où le
débat n'a pas eu lieu, et où on doit s'interroger fortement.
Le nationalisme, vous savez, ça commence chez nous. Ça
commence à savoir si on est mieux de transiger entre nous plutôt
qu'aller à l'extérieur, s'il est mieux d'aller chercher ailleurs
ce qu'on peut produire chez nous. S'il n'y a pas suffisamment de capitaux,
c'est évident qu'il est important qu'on aille à
l'extérieur, mais s'il y a suffisamment de capitaux ici pour subvenir
à nos besoins, il faudrait bien qu'on regarde si ce n'est pas mieux de
le faire chez nous parce qu'il y a lieu d'aller chercher un
intérêt rapide et du jour. On serait peut-être mieux de
regarder un petit peu plus loin et s'assurer que les actions qu'on pose... Et
c'est ça que j'appelle de la planification, c'est ça que
j'appelle de la vision, c'est de regarder un peu plus loin que son nez.
Voilà, c'étaient quelques remarques que j'avais à
faire au dépôt de ce projet de loi. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député de Jonquière. Il n'y a pas d'autres interventions.
Je vais maintenant permettre à M. le ministre et président du
Conseil du trésor de passer à sa réplique.
M. Daniel Johnson (réplique)
M. Johnson: Merci, M. le Président. Mes remarques seront
de deux ordres. D'une part, évidemment, sur les comptes à fin
déterminée et, d'autre part, sur les pouvoirs accessoires que
nous donnons maintenant de façon spécifique aux organismes qui
exercent des pouvoirs d'emprunt.
Sur le premier point, l'Opposition a fait valoir des commentaires assez
nombreux et, dans la plupart des cas, qui m'apparaissent ignorer une
réalité fondamentale. Lorsqu'on parle de la transparence du
contrôle financier, de la divulgation de l'utilisation des fonds publics
à l'égard des comptes à fin déterminée, il y
a deux choses qu'il faut avoir à l'esprit. La première, je la
répète, c'est qu'il s'agit de sommes qui originent des
contribuables, des sommes que les contribuables ont versées à un
tiers, non pas au gouvernement du Québec. L'exemple qu'on donne
toujours, c'est celui du Québec qui administrerait des programmes d'aide
à l'étranger avec des fonds de l'ACDI. C'est le gouvernement
fédéral qui lève des impôts au Canada - 1 000 000 $,
disons - qui conclut une entente avec des provinces qui ont des programmes
d'aide à l'étranger. C'est 1 000 000 $ du gouvernement du Canada,
des contribuables canadiens, confiés pour son administration au
gouvernement du Québec. Au lieu que ça rentre comme certains
transferts dans le fonds consolidé, par exemple, au titre de la
péréquation, des programmes d'aide financière à
certaines activités gouvernementales, au financement des programmes
établis - c'est ça que je cherchais, le FPE - ce qui est en cause
ici, c'est 1 000 000 $ qui n'ont pas affaire au fonds consolidé du
revenu. Ce n'est pas un revenu du gouvernement du Québec, c'est une
somme que nous acceptons par convention
d'administrer, ou que nous souhaitons par convention administrer
nous-mêmes à même l'argent qu'un tiers nous fournit. Alors,
on n'a pas levé d'impôts ici. (11 h 30)
Le deuxième point qui se rattache au premier -
c'est-à-dire que ce n'est pas notre argent, entre guillemets, sauf comme
contribuables canadiens et non pas comme contribuables québécois
- c'est que le pouvoir que nous exerçons ici, comme
députés, qui émane du principe de représentation
démocratique qui s'exprime par la maxime «No taxation without
representation» illustre bien que ce que les députés
peuvent faire, parce qu'ils sont les représentants
démocratiquement élus des citoyens, c'est lever des impôts.
Les citoyens n'acceptent pas que les gens non élus lèvent des
impôts. Évidemment, si on lève des impôts, c'est pour
les dépenser, mais le fondement du contrôle que nous
exerçons vient de notre capacité de lever des impôts,
à mon sens. Or, dans le cas des sommes qui se retrouvent dans les
comptes à fin déterminée, ce sont des sommes qui viennent
d'ailleurs que les impôts que l'Assemblée nationale peut lever sur
les citoyens du Québec. Et, en conséquence, faire un plat
énorme sur le fait qu'on ne contrôle pas ça, c'est
établir un lien entre les impôts levés par quelqu'un
d'autre et la dépense de ces impôts que nous administrons.
Il m'apparaît que le principe, au point de vue de nos
institutions, est assez clair pour faire en sorte qu'aujourd'hui, on soit
à l'aise de ne pas exiger des votes de crédits budgétaires
pour dépenser des sommes qui sont en notre possession, je dirais, en
raison d'une entente conclue avec un tiers qui nous a confié
l'administration de sommes qui lui appartenaient à l'origine. Ça
m'apparaît important de faire cette distinction-là.
Ceci étant dit, il n'en reste pas moins que - la
députée de Taillon le formulait de cette façon-là -
nous avons à nous assurer que l'administration quotidienne se fait
conformément aux règles de bonne gestion des fonds publics. La
réponse, c'est oui. Les comptes à fin déterminée
demeurent sujets à la directive 480, notamment, du Conseil du
trésor, que tout ce qui concerne, par exemple, les engagements
financiers, on dit: À qui tout ce monde-là va faire des contrats,
à même les sommes qui sont dans des comptes à fin
déterminée? Bien, on va le savoir tous ensemble.
Il y a des directives qui s'appliquent, il y a des seuils
d'autorisation. S'il s'agit, évidemment, de sommes de plus de 25 000 $,
automatiquement c'est transmis à la commission parlementaire qui va
s'occuper des examens, des engagements financiers du ministère en cause.
Alors, quant à la divulgation, quant à la transparence, le
contrôle parlementaire, les occasions de poser des questions, ça,
il n'y a aucune difficulté comme telle, c'est prévu dans
l'ensemble de nos directives. Quant à savoir si, au-delà de
ça, on devrait venir à l'Assemblée nationale, inscrire
ça dans les crédits, je réitère que ce n'est pas,
à proprement parler, une disposition des sommes qui doivent transiter
par le fonds consolidé du revenu parce qu'elles origineraient d'un
impôt que nous avons levé ou que ça originerait des
relations constitutionnelles qui existent entre le Québec et le
gouvernement fédéral à l'endroit ou de la
péréquation ou du financement des programmes établis.
La distinction est importante. Par exemple, au titre de l'aide sociale,
on paie des centaines de millions mais, au net, ça ne nous coûte,
entre guillemets, que la moitié des quelque 2 000 000 000 $. Le
régime d'assistance publique du Canada verse 0,50 $ pour chaque dollar
d'aide sociale qu'on paie. Alors, dans ce cas-là, cependant, c'est
l'entièreté des crédits, au titre de l'aide sociale, qui
est votée par l'Assemblée nationale et la part
fédérale est littérallement dans le fonds consolidé
du revenu et on la ressort sour forme de crédits.
Si on voulait, pour toutes les sommes qu'on administre, utiliser le
même mécanisme, là on se causerait des difficultés
réelles de bonne compréhension claire de l'ampleur de nos
équilibres budgétaires, de l'ampleur de nos dépenses et de
nos revenus.
On avait une notion, au point de vue comptable, qui voulait que
certaines des sommes qui nous sont confiées et qui, à 100 %,
ressor-tent, mais sous notre gouverne, que je vais peut-être
étiqueter sous le vocable de «sommes dans des comptes en
transit»; je pense que ça illustre très bien ce qui se
passait pour ces sommes-là, des millions qui entraient et qui
rassortaient sous le contrôle du gouvernement du Québec suite
à une entente avec un tiers. C'est un compte en transit, une notion
comptable qu'on a pu mettre sur pied dans certains cas, mais ça demeure
une notion comptable. C'est beaucoup plus clair de parler et d'asseoir
ça dans la Loi sur l'administration financière sur la notion des
comptes à fin déterminée.
Donc, c'est ça le fondement juridique, le fondement de cet
exercice, des modifications que nous apportons. Il me semble qu'il y a
suffisamment de contrôle parlementaire, il y a du contrôle
parlementaire. Donc, la divulgation, comme je l'ai expliqué, la
transparence. Dans le livre des crédits, un peu au même titre que
les fonds spéciaux que le député de Labelle
énumérait tout à l'heure, il y aura évidemment
divulgation des comptes à fin déterminée. Dans le rapport
du Vérificateur général aussi, ce sera des sommes
où le Vérificateur général sera allé
exactement voir comment ça a été administré, si
tout est conforme aux modes de gestion habituels des fonds publics qui sont
effectivement applicables à ces sommes-là.
Alors, il me semble qu'il n'y avait pas trop de difficultés de ce
côté-là. Le député de Labelle a fait un
énorme plat du fait que ce soit le
président du Conseil du trésor plutôt que le
ministre des Finances qui amène ce projet de loi. Une des raisons, et je
suis en train de l'expliquer, c'est que justement - et il me semble que
ça répond à la question de la députée de
Taillon, je ne veux pas alléguer qu'il y a de la zizanie dans les rangs
de l'Opposition là, mais la députée de Taillon
s'inquiétait beaucoup de savoir s'il y avait du contrôle financier
de la dépense de ces sommes-là - ça regarde le
président du Conseil du trésor, effectivement! Le
député de Labelle, lui, s'étonnait que le ministre des
Finances ne soit pas là parce que c'est de lui que relève la Loi
sur l'administration financière. C'est le genre de choses qui arrivent,
ça dépend de la matière.
Je vais simplement reprendre le libellé de l'article qui est ici,
l'article 29.1, au deuxième paragraphe: Le compte à fin
déterminée qui serait créé «est
créé sur proposition conjointe du président du Conseil du
trésor et du ministre des Finances». On admettra, M. le
Président, qu'on ne peut pas, le ministre des Finances et moi, faire le
discours en même temps, faire deux répliques. Bon. À partir
de ce moment-là, compte tenu de la nature du projet de loi, on trouvait
opportun que ce soit celui qui vous parle qui soit devant l'Assemblée
aujourd'hui pour parler de ces choses-là.
Deuxièmement, deuxième série de modifications: les
pouvoirs accessoires qu'ont les organismes publics, qui ont un pouvoir
d'emprunt, de conclure des conventions portant sur les instruments et contrats
de nature financière tels qu'ils sont définis. Pour raccrocher
à la fin de mon intervention sur la première section, c'est
peut-être à ce titre là un peu plus que le
député de Labelle aurait pu s'interroger à savoir pourquoi
le ministre des Finances n'était pas ici. Je veux bien, moi aussi, qu'on
discute de ces choses-là mais, encore une fois, dans la mesure où
on était en train de parler de la Loi sur l'administration
financière, que ce qui amène le projet de loi peut avoir trait,
comme je viens de l'indiquer, au contrôle notamment de ces comptes
à fin déterminée au point de vue des dépenses;
donc, ça explique ma présence ici. Vous me permettrez,
plutôt que de multiplier les interventions, de continuer à traiter
de la Loi sur l'administration financière dans le cas de ce projet de
loi. Il me fait extrêmement plaisir de pouvoir traiter de cette
matière, là aussi à l'occasion du dépôt du
projet de loi, de l'adoption et des discussions sur le projet de loi 7. (11 h
40)
À cet égard, je n'ai pas parfaitement compris ce que le
député de Labelle essayait de prouver. Je n'ai pas compris s'il
était pour ou contre le pouvoir qu'on donnait à certains
organismes. Je n'ai pas compris s'il était pour ou contre le
contrôle que le ministère des Finances peut ou doit exercer. J'ai
cru saisir, à un moment donné, qu'il trouvait qu'on en donnait
pas mal large comme champ d'action à différents organismes
publics, qu'on leur mettait donc la bride sur le cou au titre de leur
capacité de conclure des contrats de nature financière, alors
qu'il me semble que la loi est d'une clarté exemplaire à cet
égard-là. Si l'organisme a la capacité d'emprunter, le
nouvel article 72.2, évidemment à la section VI11.1 de la Loi sur
l'administration financière, prévoit que les organismes du
secteur public qui ont le pouvoir d'emprunter peuvent, avec les autorisations
et approbations requises par la loi pour l'exercice de leur pouvoir d'emprunt,
conclure des conventions d'échange de devises ou d'échange de
taux d'intérêt ou y mettre fin selon leurs termes. Donc, les
organismes publics qui ont un pouvoir d'emprunt qui pourrait être
assujetti à différentes autorisations ou approbations le
demeurent à l'égard des contrats que je viens de
décrire.
Alors là, on n'a rien modifié quant à l'autonomie
d'organismes publics de se lancer sur les marchés étrangers. Il
n'y a absolument rien de cette nature-là ici qui soit en cause. La seule
distinction, différence qui peut être amenée, et là
aussi le député de Jonquière en a parlé, à
l'égard des amendements à la Loi sur les dettes et les emprunts
municipaux, c'est que j'ai cru comprendre, en gros, qu'il voulait qu'on
contrôle davantage l'exercice du droit d'emprunt des
municipalités. Est-ce que les municipalités doivent être
plus ou moins autonomes à l'égard de ce pouvoir d'emprunt
là?
Ce qu'on retient ici, comme principe, c'est qu'à l'égard
de leur pouvoir d'emprunt sur les marchés étrangers, elles sont
soumises à l'approbation du ministère des Affaires municipales et
du ministère des Finances mais, à l'égard de certains des
pouvoirs dits accessoires, elles ne sont assujetties qu'à l'approbation
du ministère des Affaires municipales. Est-ce que l'Opposition souhaite
que le ministère des Finances, également, intervienne à ce
titre-là pour davantage contrôler les municipalités? Il me
semble qu'il faudrait que ce soit dit plus clairement de la part du
député de Jonquière. On aura à en disposer. On
verra si c'est nécessaire dans les circonstances parce qu'il ne faut pas
oublier que si ça a longtemps été traité comme un
pouvoir accessoire au pouvoir d'emprunt, il devait y avoir une espèce de
compréhension ou de fondement quelconque. Ça n'a pas
été inventé, ce n'était pas frivole.
Ce qui est arrivé un jour, c'est qu'il y a une cour de justice,
la Chambre des lords, qui, par ses interprétations, trace le chemin dans
notre système de droit, nous autres aussi, dans ces
matières-là... On ne s'inspire pas des jugements de la cour
d'Allemagne de l'Est ou d'où que ce soit. La Chambre des lords, dans
notre système de droit, à cause de l'origine de notre droit dans
ces matières-là, lorsqu'elle se prononce, elle influence
l'appréciation qu'ont les juristes du poids des termes, de l'ampleur, de
l'envergure des pouvoirs, des obligations que les
organismes ou les individus peuvent avoir ou contracter, toujours dans
notre droit.
Je ne trouve pas, et là, je me distingue du député
de Jonquière, que la Chambre des lords nous a dit que nos lois
étaient toutes croches. La Chambre des lords, dans un cas
spécifique, ayant jugé, sur la doctrine de l'ultra vires, de la
capacité d'une municipalité de conclure une convention
quelconque, a dit que dans notre droit, compte tenu de la façon dont on
dévolue ou qu'on délègue des pouvoirs à certains
organismes, à partir du Parlement souverain, que telle convention, tel
geste n'était pas un accessoire de tel autre pouvoir qu'on avait
confié. C'était donc d'une nature différente. Donc,
c'était ultra vires pour la municipalité, en l'occurrence, de
l'exercer. Donc, c'était nul. Donc, il va falloir faire quelque chose si
on veut que les municipalités ou d'autres organismes qui exercent des
pouvoirs délégués puissent conclure de telles
ententes.
C'est la réalité des choses qui nous amène à
faire ça. C'est le fait que les grands prêteurs internationaux
sont tous guidés par les mêmes principes. Il faut un minimum
d'uniformité, à tout le moins dans le monde occidental
industrialisé, dans ces matières-là et, les conseillers
juridiques et les grandes institutions financières qui ont des
intérêts et des activités au-delà de leurs
frontières domestiques s'alimentent tous à la même source
pour savoir si, oui ou non, une municipalité ou une
société d'État ou quoi que ce soit peut avoir le pouvoir
de conclure des contrats de nature financière comme ceux qui sont
couverts par le projet de loi que nous avons déposé.
Je n'aurai pas d'autres commentaires à ce moment-ci, M. le
Président. Je consulte quelques notes que j'ai prises en écoutant
le député de Labelle - ah oui! - qui trouvait ça un peu
abusif, si j'ai bien compris ses termes - je reviens aux comptes à fin
déterminée, en terminant - qu'il y ait une multiplication de
fonds spéciaux, etc., un tas d'activités financières qui
échapperaient, entre guillemets, au contrôle de l'Assemblée
nationale, parce qu'il y a des activités qui emportent des
dépenses publiques. Par exemple le fonds de transport aérien, le
fonds du service aérien du gouvernement du Québec, il y a des
dépenses là-dedans qui ne sont pas strictement votées par
crédits au ministère des Transports. Comme le Fonds des services
informatiques, le Fonds des services de télécommunications, comme
la Société... Je parle des fonds, je reviendrai aux
sociétés de la couronne tout à l'heure. On a affaire
à des organismes de services.
On trouve dans les ministères et on vote au titre des
ministères les crédits de dépenses soit pour le transport
aérien des membres du personnel d'un ministère, soit pour
l'utilisation de l'informatique, soit pour l'utilisation des
téléphones. On retrouve, à l'intérieur des
crédits des ministères, toutes ces obligations financières
là, et les fonds perçoivent des redevances, des loyers ou des
honoraires - ou quel que soit le vocable qu'on veut - et contractent, pour et
au nom de ces organismes-là ou du gouvernement, avec des tiers. C'est
essentiellement un fonds renouvelable qui, en bout de ligne, devrait se solder
à un coût nul pour le fonds lui-même. Véritablement,
on fait transiter les crédits budgétaires qu'on vote et qu'on
contrôle par un mécanisme de gestion de certaines activités
gouvernementales.
On voit que c'est pas mal plus pratique que le retour auquel le
député de Labelle voudrait qu'on se convie tous. En tout cas,
j'ai trouvé ça implicite dans ses remarques. Je veux juste
rappeler un exemple qui va frapper l'imagination. Le mont Sainte-Anne a
déjà été un morceau du ministère du Loisir,
de la Chasse et de la Pêche. Avant que ça soit dans la SEPAQ,
c'était littéralement un actif du ministère. Tous les
revenus du mont Sainte-Anne - les passes, les billets de saison, tout ce qui se
dépensait par les skieurs au mont Sainte-Anne - allaient au fonds
consolidé du revenu, et il fallait des crédits budgétaires
pour acheter une pelle, pour payer les salaires, pour payer
l'électricité qui fait marcher les monte-pentes. Ça n'a
pas grand bon sens. Quand on est rendus... On serait obligés, au titre
des crédits budgétaires, de faire des choses semblables,
d'où, évidemment, la Société des
établissements de plein air du Québec, comme
société d'État.
C'est assez proche, dans le fond, comme concept, d'un comité des
comptes à fin déterminée. Les fonds spéciaux, les
sociétés d'État dans certains cas sont toutes des
activités où on peut dire: Bien, il y a des fonds publics
là, d'une façon ou d'une autre. Oui, il n'y a pas de doute, mais
si on regarde la réalité, si on regarde réellement les
activités qui sont en cause, dans certains cas, on a affaire à
des activités commerciales et industrielles. Imaginez-vous, là,
si Sidbec et Hydro-Québec étaient des morceaux de
ministère. Ce n'est pas pensable ce qu'on aurait à faire, comme
parlementaires, pour contrôler les milliards de dépenses
d'entretien du réseau hydroélectrique du Québec. C'est
absolument impensable, d'où le fait qu'il y a, évidemment, une
société d'État. On pourrait faire le tour comme ça
et constater que...
Il faut être efficace aussi dans la vie, et tant qu'on respecte le
principe qui fait que nous levons les impôts - nous, les
députés - et que les véritables crédits
budgétaires sont contrôlés effectivement par le
législatif, il n'y a pas vraiment de difficulté ou de
problème existentiel à faire en sorte que les comptes à
fin déterminée soient mis sur pied, par lesquels on fait
transiter des sommes - qu'on n'a pas levées comme impôts - qui
nous viennent d'ailleurs et qu'en conséquence on puisse, de façon
plus fidèle, refléter les véritables revenus du
gouver-
nement du Québec à ce titre et les véritables
dépenses du gouvernement du Québec à ce titre. (11 h
50)
Alors, il me semble, M. le Président, que nous ajoutons à
l'efficacité gouvernementale par ces amendements. Nous respectons les
règles de transparence de divulgation qui doivent être les
nôtres, parce qu'il y a des fonds publics qui sont en cause, et il me
semble qu'à tous égards, qu'il s'agisse des comptes à fin
déterminée, qu'il s'agisse du pouvoir de certains des organismes
du secteur public de conclure certaines conventions, qu'il s'agisse,
évidemment, à l'égard des municipalités, des
pouvoirs qu'on leur permet d'exercer sous réserve d'approbation et
d'autorisation des autorités concernées, ce projet de loi fait
avancer les choses, qu'il régularise certaines situations, qu'il met de
l'ordre dans la gestion des finances publiques, qu'il permet, dans certains
cas, de contrôler les dépenses d'une façon plus efficace et
qu'il remet les choses en marche de la bonne façon.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
président du Conseil du trésor. Est-ce que la motion du
président du Conseil du trésor proposant l'adoption du principe
du projet de loi 7, Loi modifiant la Loi sur l'administration financière
et la Loi sur les dettes et les emprunts municipaux, est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté. M. le
leader adjoint du gouvernement.
Renvoi à la commission du budget et de
l'administration
M. Johnson: m. le président, je fais motion pour que ce
projet de loi soit déféré à la commission du budget
et de l'administration pour son étude détaillée.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Est-ce que cette motion
de déférence est adoptée? Adopté. M. le leader
adjoint du gouvernement.
M. Johnson: M. le Président, je vous demanderais d'appeler
l'article 4 du feuilleton.
Projet de loi 3 Adoption du principe
Le Vice-Président (M. Lefebvre): À l'article 4 de
notre feuilleton, M. le ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche
propose l'adoption du principe du projet de loi 3, Loi modifiant la Loi sur la
conservation et la mise en valeur de la faune. Je reconnais
immédiatement M. le ministre du Loisir, de la Chasse et de la
Pêche pour son intervention principale.
M. Gaston Blackburn
M. Blackburn: Merci, M. le Président. Chers
collègues, je demande aujourd'hui à l'Assemblée nationale
d'adopter le principe du projet de loi modifiant la Loi sur la conservation et
la mise en valeur de la faune. Ce projet de loi a pour objet de modifier divers
articles de la loi précitée afin de corriger des situations
problématiques et urgentes, notamment à l'égard de la
sécurité des citoyens, de l'accessibilité des
résidents, du régime d'indemnisation, de la
délégation à nos partenaires, de même qu'en ce qui
concerne une meilleure gestion de la faune. Permettez-moi, M. le
Président, d'aborder chacun de ces volets.
En ce qui concerne la sécurité, le projet de loi a pour
objet d'interdire la possession, la nuit, dans un secteur
fréquenté par le gibier, d'une arme chargée. La mort
violente d'un agent de conservation de la faune a fait en sorte que, bien
sûr, le coroner a recommandé une telle action, et cela, afin de
réduire ces risques de décharge accidentelle d'arme la nuit.
Le projet de loi vise aussi à interdire à une personne de
tirer avec une arme à feu lorsqu'elle se trouve sur un véhicule.
En effet, tous et toutes savent qu'il est interdit d'être en possession
d'une arme chargée dans un véhicule ou de tirer à partir
de ce véhicule. Or, le ministère éprouve de plus en plus
de difficultés à faire appliquer cette règle essentielle
pour la sécurité des citoyens et, dans une certaine mesure, pour
la conservation de la faune, car la notion n'excluait pas le cas des personnes
qui se trouvaient dans la benne d'un camion ou encore sur une remorque
tirée par un véhicule.
Enfin, M. le Président, un autre accident mortel impliquant un
jeune, cette fois-ci, a fait l'objet d'une deuxième recommandation du
coroner. C'est pourquoi le projet de loi propose d'ajouter au pouvoir
réglementaire du gouvernement une disposition afin d'être plus
vigilant dans l'attribution d'un certificat ou d'un permis. Il serait
justifié, en effet, d'exiger d'un jeune qu'il obtienne d'abord la
permission d'un parent ou d'un tuteur pour s'inscrire à un cours visant
à l'obtention d'un certificat du chasseur et d'exiger que la personne
qui l'accompagne lorsqu'il chasse, jusqu'à l'âge de 18 ans, soft
elle-même détentrice d'un tel certificat.
Maintenant, à l'égard de l'accessibilité des
résidents, M. le Président, le projet de loi propose ce qui suit.
La définition de «résident» est élargie pour
inclure toute personne domiciliée au Québec et y ayant
demeuré au moins 183 jours au cours de l'année
précédant ses activités. Une telle définition
rejoint celle de la Loi sur les impôts de même que celle de
certaines autres lois des provinces en matière de chasse et de
pêche. Ensuite, le projet a pour objet de permettre à un agent de
la conservation de la faune de disposer, sans délai, des biens saisis
péris-
sables ou susceptibles de se déprécier rapidement. En
contrepartie, il pourvoit à la fixation d'une indemnité en
remplacement du bien saisi. Une telle approche permet de régler les
problèmes de réclamations en dommages suite au
dépérissement des biens. À cet égard, un pouvoir
réglementaire est aussi proposé afin de prescrire la façon
dont un agent pourra disposer de ces biens périssables et, enfin, de
pourvoir à la fixation de ces indemnités.
Enfin, le projet de loi élargit la portée du régime
d'indemnisation en cas d'accident de chasse ou de piégeage pour qu'il
couvre tous les dommages et intérêts causés à un
tiers, que le chasseur ou le piégeur soit titulaire d'un permis ou non.
En effet, le régime actuel ne s'applique que dans le cas de dommages
causés à un tiers, que si l'accident est causé par un
titulaire de permis de chasse ou de piégeage. Or, il est apparu
inéquitable de ne pouvoir indemniser une victime pour le seul motif que
le chasseur ou le piégeur était en activité de chasse ou
de piégeage sans permis.
En ce qui concerne la délégation à nos partenaires,
le projet de loi vise à élargir la portée de l'article 36
de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune, de façon
à favoriser une accessibilité accrue aux terrains privés
en ajoutant aux pouvoirs du ministre celui de signer des ententes à des
fins de pêche en plus de la chasse et du piégeage
déjà prévus. Une telle modification permettrait de
régler des dossiers impliquant la participation des propriétaires
dans la gestion des rivières à saumon. Dans la même
foulée, le projet de loi propose aussi que ces propriétaires
puissent se faire représenter par une personne ou un organisme lors des
signatures de ces ententes. Il convient de se rappeler, M. le Président,
que la gestion de la faune sur les terrains privés a pris beaucoup
d'importance au sein du ministère depuis quelques années, compte
tenu des potentiels d'exploitation en cause et, bien sûr, de leur
proximité des bassins de population.
Toujours à l'égard du partenariat, le projet de loi permet
aux organismes gestionnaires des ZEC d'établir le montant des droits
exigibles pour circuler sur le territoire ou pour la pratique de toute
activité, selon les mêmes variables que celles actuellement
prévues pour la détermination des montants maximums. Ces
organismes, M. le Président, ont fait leurs preuves et amorcent leur 15e
année d'existence en tant que partenaires bénévoles du
ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche dans la gestion
de la faune, et cela, dans un contexte d'autofinancement. Par ailleurs, afin de
favoriser une meilleure représentation des intervenants au sein de la
Fondation de la faune, le projet de loi permet au gouvernement de nommer au
sein du conseil d'administration de la Fondation, 13 membres au lieu de 9.
L'implication très positive de la Fondation dans la promotion de la
conservation et la mise en valeur de la faune et de son habitat dans tout le
territoire du Québec ne peut se développer sans cette
participation significative des intervenants du milieu.
Finalement, M. le Président, le dernier volet que je veux vous
présenter, mais non le moindre, concerne plus directement la gestion de
la ressource faunique. En premier lieu, le projet de loi vient préciser
que l'exercice du pouvoir réglementaire du gouvernement pour identifier
des habitats fauniques ou fixer des normes aux conditions d'intervention face
à ses habitats peut varier selon qu'il s'agit de terrain privé ou
de terre du domaine public. Un tel ajout est nécessaire pour tenir
compte des différences de superficie en cause et des contraintes
d'occupation territoriale plus exigeantes sur les terrains privés.
En second lieu, le projet de loi accorde un nouveau pouvoir au ministre,
à savoir celui d'émettre, au besoin, un nombre de permis de
chasse contingenté, inférieur à la limite fixée par
règlement du gouvernement, voire de n'en émettre aucun. Une telle
intervention à caractère ponctuel est nécessaire,
notamment pour le cerf de Virginie, dont les fluctuations importantes annuelles
peuvent être très, très importantes, ces animaux
étant très sensibles aux conditions hivernales. (12 heures)
En dernier lieu, M. le Président, le projet de loi permet au
gouvernement d'autoriser le ministre à exproprier, louer ou
acquérir tout droit réel nécessaire à la
conservation et à la gestion de la faune ou de son habitat. Une telle
modification s'inspire des dispositions similaires que l'on retrouve à
la Loi sur la qualité de l'environnement et à la Loi sur la
Société du parc industriel et portuaire Québec-Sud.
Voilà pourquoi, M. le Président, je sollicite le consentement de
cette Assemblée pour l'adoption du principe du projet de loi 3. Merci,
M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le ministre.
Sur ce même sujet, à savoir la motion proposant l'adoption du
principe du projet de loi 3, Loi modifiant la Loi sur la conservation et la
mise en valeur de la faune, je cède la parole à M. le
député de Dubuc, critique de l'Opposition officielle en cette
matière.
M. Gérard R. Morin
M. Morin: Merci, M. le Président. Alors, un petit
commentaire au départ pour signifier au président et au ministre
que c'est seulement après trois ans de ma présence à
l'Assemblée nationale que j'ai l'opportunité d'agir comme
porte-parole sur un projet de loi sur lequel, évidemment, je suis le
critique. Évidemment que j'ai eu l'opportunité, en tant que
membre de la commission de l'aménagement et des équipements,
de m'impliquer aux différentes étapes des projets de loi,
particulièrement en commission parlementaire, que ça touche le
domaine des transports, des affaires municipales, puisque ayant connu une
certaine expérience, au niveau de l'environnement, les normes minimales
de travail, etc.
Mais pour ce qui est de la Loi sur la conservation et la mise en valeur
de la faune, eh bien, c'est la première fois. J'en suis très
heureux, bien qu'évidemment ce projet de loi va nous laisser sur notre
appétit, puisqu'il y avait des attentes qui ne me semblent pas
satisfaites. Mais je dois quand même dire, au départ, M. le
Président, que notre formation votera en faveur de cette motion de
principe.
Le ministre, tout à l'heure, a fait un peu le tour de son projet
de loi en le présentant à partir de trois ou quatre volets, il
faut reconnaître que c'est, dans son ensemble, un projet de loi que je
qualifierais de technique, du moins pour ce qui est des modalités
d'application de la loi que le ministre a qualifiées en termes de
sécurité. Moi, j'avais identifié un petit peu toute
l'applicabilité de la loi en fonction des activités de chasse et
de pêche. Que ce soit la définition des résidents, qu'on
s'inspire de la Loi sur les Impôts, c'est très discutable, mais on
n'ira pas plus loin parce que si le but de cette partie est d'améliorer
l'application de la loi, la nouvelle définition qu'on donne au mot
«résident», je ne suis pas certain si la nouvelle
façon va permettre au ministère d'appliquer, d'apporter une
meilleure application de la loi.
Il y a aussi d'autres modifications qui, je pense, ont pour effet de
resserrer certains articles de la loi. Et là-dessus, je pense que sur le
principe on doit être d'accord, que ça touche l'utilisation de
projecteurs ou l'utilisation d'armes à feu à partir de remorques
ou ces choses-là. Je pense que c'étaient des petits vides qui
empêchaient les agents de conservation et le ministère d'appliquer
l'esprit de la loi.
Il y a aussi un volet qui touche, je pense, ce qu'on pourrait qualifier
de préjudice. D'abord, concernant le remboursement de biens
périssables lorsqu'ils ont été saisis sans raison. Alors,
on sait que si l'agent de la conservation a le pouvoir de saisir des biens
lorsqu'il juge qu'il y a infraction à la loi, d'autre part, il arrive
que le juge décide qu'il n'y avait pas effectivement infraction et qu'on
doive rembourser les biens saisis. Lorsqu'il s'agit de biens
périssables, c'est bien clair qu'il est très difficile, quelques
mois après une décision, de remettre les biens puisqu'ils sont
finalement périssables et que seul un remboursement peut éviter
qu'il y ait préjudice.
Et aussi, il y a tout ce qui touche l'indemnisation de dommages
causés à des tiers lors de pratique de la chasse ou de la
pêche. Évidemment, c'est pour ça que je qualifie ces
modifications de techniques, sans impact majeur, mais qui finalement, au niveau
du principe, sont attendues afin de permettre une meilleure application.
Il y a d'autres modifications toutefois au sujet desquelles le ministre,
en commission parlementaire, devra nous apporter des précisions, des
éclaircissements puisque ce sont des modifications que je qualifierais
de plus substantielles et qui touchent le pouvoir du ministre. D'abord,
l'article 2 qui, lui, parle du pouvoir du ministre d'acquérir des
immeubles ou des droits immobiliers. Le ministre a touché cet
aspect-là tout à l'heure, mais, selon la formulation des
articles, vous comprendrez, M. le Président, que je ne suis pas certain
que les articles, tels qu'on les retrouve dans le projet de loi,
répondent véritablement aux attentes. Il y a aussi le nouveau
pouvoir. Celui-là, c'est un nouveau pouvoir octroyé au ministre
de ne pas délivrer des permis sous prétexte de
préoccupation de conservation, parce qu'on sait que, dans la plupart des
lois, tous les pouvoirs octroyés à un ministre,
évidemment, s'inscrivent dans une démarche, ce qu'on appelle la
réglementation. Cet article, l'article 8, voudrait que le ministre
puisse jouir de pouvoirs sans égard à la réglementation
sur la délivrance de permis de chasse ou de pêche. Alors, bien
sûr, encore là, de la façon dont le projet de loi est
écrit, je ne suis pas certain qu'il faille octroyer ce pouvoir au
ministre, sans que ça paraisse un peu des risques d'abus de pouvoir.
Enfin, concernant toujours le volet des pouvoirs du ministre, il y a
celui concernant l'imposition d'un maximum par le ministère, d'un
maximum sur 'les droits exigibles par les zones d'exploitation
contrôlée. Alors, le ministre a rappelé tout à
l'heure l'expérience de plus de 15 ans maintenant des gestionnaires de
zones d'exploitation contrôlée pour justifier ce fait que le
ministre n'ait plus à établir les maximums. Là-dessus, on
s'interroge sur l'opportunité d'exclure cette modalité puisque
l'article de loi, comme tel, n'oblige pas le ministre à imposer des
maximums, mais lui donne tout simplement le pouvoir de le faire et qu'il n'est
pas certain qu'il ne faille pas conserver ce pouvoir au ministre d'imposer des
maximums au cas où il y aurait, de la part de certains gestionnaires, un
certain abus. Alors, évidemment que le ministre aura à expliquer
ses préoccupations en commission parlementaire. C'est ce qui nous
indiquera si nous aurons à ce moment-là à voter pour ou
contre ou, à tout le moins peut-être, à apporter des
amendements à ces modifications.
Alors, voilà pour l'essentiel, M. le Président. Des
articles de loi qui sont touchés, ceux touchant le pouvoir du ministre
devraient faire l'objet de plus d'attention de notre part en commission
parlementaire alors que, pour ce qui est des autres qui ont pour but
d'améliorer, d'«hermétiser» la loi, en termes
d'application, tout ce qui touche la pratique de la chasse et de la
pêche, que ce soit sur le plan de la sécurité ou au niveau
des préjudices suseptibles d'être portés envers des
victimes d'accidents ou à
d'autres circonstances. (12 h 10)
Évidemment que le dernier volet de mon intervention, c'est un peu
une déception puisque, après trois ans que je suis ici, que ce
soit le premier projet de loi qui ait pour effet de modifier la Loi sur la
conservation et la mise en valeur de la faune... Rappelons que la
dernière Loi modifiant la Loi sur la conservation et la mise en valeur
de la faune date de 1989 et que les modifications majeures du temps touchaient
les habitats fauniques. Alors, je dois quand même profiter de l'occasion
pour regretter qu'après maintenant trois ans, le ministre et son
ministère n'aient pas réussi à mettre en application ces
articles avec, évidemment, bien sûr, toute la
réglementation qui doit être assortie.
Au cours des dernières années aussi, avec tous les
comités de suivi du colloque sur la conservation de la faune, le
colloque québécois qui a eu lieu en 1988-1989 où,
finalement, il s'était établi une nouvelle approche, une nouvelle
philosophie concernant la gestion des pourvoiries, le développement,
leur expansion et aussi tout ce qui touche le développement de la
villégiature sur les territoires publics. Alors, il y a quand même
des nouvelles notions, de nouvelles orientations que le ministre a
déjà annoncées, a déjà rendues
publiques.
Alors, je m'attendais qu'à l'occasion de ce premier projet de loi
du ministre, depuis les dernières élections, le ministre en
profiterait pour toucher ces différents aspects. Mais je pense que nous
devrons rester sur notre appétit et espérer que les assises
fauniques, au sujet desquelles une première séance a eu lieu, je
crois, au mois d'avril, devraient donner des résultats dans le sens que
le ministre n'hésitera pas à tout mettre en branle pour favoriser
une large consultation et que, l'an prochain, peut-être, à ce
moment-là, ça pourra déboucher sur des modifications en
profondeur sur ce volet majeur de la faune, soit celui de la conservation de la
faune et, bien sûr, à partir de ses habitats fauniques.
Donc, je terminerai ici mes propos, M. le Président, en rappelant
au ministre que, si nous votons en faveur du principe de ce projet de loi, il
n'en demeure pas moins un fait, c'est qu'à la lecture du projet de loi,
il y a quelques questions qui se posent. Peut-être uniquement une
question de formulation, une question de phraséologie, mais nous
tenterons, en commission parlementaire, de connaître les
véritables intentions du ministre. Si on réussit à me
démontrer que la lettre du projet de loi correspond aux intentions,
à l'esprit du ministre, bien, à ce moment-là, il ne
devrait pas y avoir de difficulté. Je peux assurer le ministre de notre
entière collaboration. Si, toutefois, après des explications
fournies par le ministre, en commission parlementaire, nous devions ne pas
être d'accord sur les textes proposés afin d'atteindre les
objectifs recherchés, eh bien, de façon, encore là,
positive, nous tenterons, nous proposons au ministre d'apporter des
modifications pour que les objectifs recherchés soient
véritablement atteints.
Ceci dit, M. le Président, je vous remercie.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député de Dubuc.
Il n'y pas d'autres interventions? Alors, s'il n'y a pas d'autres
interventions, je vais permettre au ministre de procéder à sa
réplique.
M. Gaston Blackburn (réplique)
M. Blackburn: Merci, M. le Président. Simplement pour dire
que la commission parlementaire va certainement être l'endroit pour
répondre aux questions et aux préoccupations du
député de Dubuc. Ce que je comprends de ses remarques qu'il vient
de faire, c'est qu'il y a beaucoup d'éléments qu'il n'a pas
saisis dans la présentation que j'ai faite des articles. Et certainement
qu'on va avoir l'occasion de lui répondre très clairement. Je
donne juste comme exemple son élément de l'abus de pouvoir que le
ministre veut se donner par certaines modifications à la loi, entre
autres pour la délivrance de permis. L'objectif que l'on poursuit tout
simplement - et c'est très facile à comprendre - c'est un
objectif de conservation, où il n'est pas question de dire qu'on va se
donner des pouvoirs juste pour dire qu'on se donne des pouvoirs. C'est
véritablement l'objectif de la conservation de la faune. Si,
effectivement, il y a des dangers qu'une espèce... Et j'ai donné
l'exemple du cerf de Virginie. Quand on connaît, par exemple, la
fragilité de cette espèce par rapport à des situations qui
peuvent lui être causées, très préjudiciables, et
qui peuvent, lorsqu'il y a des hivers trop rigoureux, la mettre en
péril, on pourrait à ce moment-là, le ministre pourrait,
au lieu de procéder par règlement, ce qui serait beaucoup trop
long, procéder à la limitation justement de cette
délivrance de permis, voire même ne pas en émettre, si,
effectivement, il y a des dangers, mais toujours dans ce souci de la
conservation de la faune.
L'autre élément qui est extrêmement important, sur
la question du ministre qui doit garder, du gouvernement qui doit garder ce
pouvoir d'établir les maximums pour ce qui est de la tarification dans
les ZEC, je vous dis très clairement qu'il n'est pas question de toucher
à ça. Le gouvernement va continuer d'établir ses maximums.
Ce qu'on dit, par exemple, on veut donner à ces ZEC, à ces
gestionnaires de ZEC tout à fait responsables, ce pouvoir d'aller en
deçà du maximum pour certaines activités. Ils pourraient,
par exemple, décider que pour la tarification du droit de passage, si
l'établissement du montant maximum était, mettons, un montant de
5 $ par personne, les gestionnaires de ZEC pourraient
dire... Ça pourrait être 3 $ pour des enfants. Alors, on
leur donnerait d'aller en deçà de ce maximum, mais il n'est
jamais question, d'aucune façon, d'affecter de quelque nature que ce
soit et de quelque façon que ce soit cette question de fixer ces
maximums.
Alors, c'est parmi les éléments que j'ai retenus des
interventions du député de Dubuc, et certainement qu'en
commission parlementaire on va pouvoir établir très clairement
que ce que nous faisons comme modifications, c'est parmi les étapes les
plus importantes qui se doivent d'être franchies maintenant pour
permettre, justement, que la Loi sur la conservation de la faune soit vraiment
correspondante, je dirais, aux années d'aujourd'hui, en termes de ce que
nous avons comme préoccupation d'assurer cette conservation et, bien
sûr, d'assumer nos responsabilités.
Alors, M. le Président, on aura certainement l'occasion, avec le
député de Dubuc, en commission parlementaire, je crois que c'est
cet après-midi, de pouvoir répondre de façon beaucoup plus
détaillée à ses préoccupations. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le ministre.
Est-ce que la motion proposant l'adoption du principe du projet de loi 3, Loi
modifiant la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune, est
adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté. M. le
leader adjoint du gouvernement.
Renvoi à la commission de l'aménagement
et des équipements
M. Johnson: M. le Président, je fais motion pour que ce
projet de loi soit déféré pour son étude
détaillée à la commission de l'aménagement et des
équipements.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Est-ce que cette motion
de déférence est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté. M. le
leader adjoint du gouvernement.
M. Johnson: Oui, M. le Président. Je vous demanderais de
bien vouloir suspendre nos travaux jusqu'à 14 heures.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Vous faites motion pour
la suspension des travaux jusqu'à 14 heures cet après-midi.
Est-ce que cette motion est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté.
(Suspension de la séance à 12 h 17)
(Reprise à 14 h 14)
Le Président: Mmes, MM. les députés, nous
allons nous recueillir quelques instants.
Je vous remercie. Veuillez vous asseoir.
Affaires courantes
Nous allons procéder aux affaires courantes. Il n'y a pas de
déclarations ministérielles. Présentation de projets de
loi. M. le leader du gouvernement.
Présentation de projets de loi
M. Pagé: Merci. M. le Président, je vous inviterais
à appeler l'article b du feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi 24
Le Président: À l'article b du feuilleton, Mme la
ministre de l'Énergie et des Ressources présente le projet de loi
24, Loi modifiant la Loi favorisant la réforme du cadastre
québécois et d'autres dispositions législatives. Mme la
ministre.
Mme Lise Bacon
Mme Bacon: M. le Président, ce projet de loi modifie la
Loi favorisant la réforme du cadastre québécois en
établissant une présomption de concordance entre la description
du lot contenue dans les titres de propriété et celle du plan de
rénovation cadastrale. Il prévoit de plus que les titres et leur
enregistrement ne peuvent être invalidés sous le seul motif que la
description qu'on y trouve ne concorde pas avec celle du lot
rénové.
Ce projet prévoit en outre l'établissement d'un nouveau
tarif d'honoraires perçus par les registrateurs lors de l'enregistrement
de documents et qui seront versés au fonds de la réforme du
cadastre québécois.
Et, enfin, ce projet de loi introduit une disposition permettant au
gouvernement de fixer par règlement les frais exigibles pour le
dépôt des plans de cadastre, ainsi que la fourniture de biens et
de services reliés au cadastre, et valide rétroactivement la
perception de frais faite à cette fin.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Une voix: Oui.
Le Président: Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, l'article e du
feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi 22
Le Président: À l'article e du feuilleton, M. le
ministre des Affaires municipales présente le projet de loi 22, Loi
modifiant la Loi sur les cités et villes, le Code municipal et la Loi
sur les dettes et les emprunts municipaux. M. le ministre.
M. Claude Ryan
M. Ryan: M. le Président, ce projet de loi apporte
diverses modifications aux règles qui régissent l'administration
des municipalités qu'édic-tent la Loi sur les cités et
villes et le Code municipal du Québec.
D'abord, en matière d'emprunt municipal, le projet de loi
habilite les municipalités locales à effectuer leurs emprunts au
moyen de nouveaux genres de titres; il dispense de l'approbation des personnes
habiles à voter un règlement d'emprunt dont l'unique objet
concerne l'établissement de plans et devis et il remplace la liste
actuelle des documents qui doivent accompagner un règlement transmis au
ministre pour son approbation par une simple formule qui habilite celui-ci
à déterminer ces documents.
De plus, le projet de loi permet aux municipalités de placer
à court terme leurs deniers dans des titres émis par d'autres
municipalités ou par des organismes supramunicipaux.
Le projet de loi modifie les montants et la structure des amendes
applicables à l'égard des infractions aux règlements
municipaux et il porte à un an le délai de prescription des
poursuites pénales prises en vertu de la Loi sur les cités et
villes ou du Code municipal du Québec.
Le projet de loi apporte également des modifications aux
règles d'adjudication des contrats en haussant les seuils relatifs aux
soumissions publiques et aux soumissions sur invitation. Ces règles
nouvelles permettront aussi à une municipalité de passer un
contrat de crédit-bail relativement à un bien meuble acquis par
soumissions publiques ou sur invitation. Enfin, le projet de loi modifie les
règles d'adjudication des contrats d'assurance en permettant à
une municipalité de renouveler un contrat d'assurance avec le même
adjudicataire pour toute période qui, ajoutée à la
période initiale prévue lors de l'adjudication et, le cas
échéant, à une période de renouvellement
précédente, ne dépasse pas trois ans.
La compétence des municipalités en matière
d'assurance est, par ailleurs, modifiée pour permettre à un
conseil municipal d'adopter par résolution les décisions
relatives à l'implantation d'un régime d'assurances collectives
et de rendre cette résolution applicable de façon
rétroactive.
Le projet de loi accorde également aux municipalités
locales le pouvoir de se regrouper dans une corporation d'assurance de dommages
pour se couvrir mutuellement contre des dommages à leurs biens ou contre
les conséquences pécuniaires pouvant leur incomber en raison d'un
fait dommageable à autrui qui leur est imputé.
Le projet de loi apporte, de plus, quelques ajouts aux pouvoirs des
municipalités en matière d'achats regroupés et permet
notamment aux municipalités de procurer à leurs citoyens des
contenants ou autres accessoires utilisés pour le service
d'enlèvement des déchets.
Enfin, ce projet de loi modifie la Loi sur les dettes et les emprunts
municipaux afin de dispenser une municipalité de faire parvenir au
ministre la résolution ou le règlement par lequel une
municipalité affecte à d'autres fins les deniers
excédentaires d'un emprunt.
Le Président: Alors, est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi? Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, je vous invite à
appeler l'article h du feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi 10
Le Président: À l'article h du feuilleton, M. le
leader du gouvernement et ministre de l'Éducation présente le
projet de loi 10, Loi modifiant la Loi sur l'Assemblée nationale. M. le
ministre.
M. Michel Pagé
M. Pagé: M. le Président, ce projet de loi modifie
la Loi sur l'Assemblée nationale afin de permettre au Bureau de
l'Assemblée nationale de déterminer les sommes que peut recevoir,
à des fins de recherche et de soutien, un député qui
siège à titre d'indépendant et qui n'est pas membre d'un
parti politique représenté à l'Assemblée nationale.
Et ce, c'est pour la durée de la 34e Législature seulement.
Le Président: Alors, est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi? Adopté. Donc, adopté. M.
le leader du gouvernement. (14 h 20)
M. Pagé: M. le Président, l'article c du
feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi 27
Le Président: Très bien, M. le leader. Alors, en
demandant l'attention des collègues. À l'article c du feuilleton,
M. le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation
présente le projet de loi 27, Loi sur la Société de
financement agricole et modifiant d'autres
dispositions législatives. M. le ministre. M. Yvon
Picotte
M. Picotte: Merci, M. le Président. Ce projet de loi
institue la Société de financement agricole. Cette
Société aura pour objet de favoriser le développement
économique du secteur bio-alimentaire au Québec en facilitant
l'accès au financement des entreprises agricoles de niveau primaire.
Il établit les règles relatives au fonctionnement de la
Société et à la composition de son conseil
d'administration.
Ce projet confère à la Société le pouvoir
d'accorder une aide financière dans le cadre de programmes
établis par règlement du gouvernement et accorde à la
Société divers pouvoirs pour l'administration des programmes.
Ce projet prévoit, par ailleurs, que la Société est
substituée à l'Office du crédit agricole du Québec
et qu'en cette qualité elle en acquiert les droits et pouvoirs et en
assume les obligations.
Il prévoit aussi que les prêts consentis en vertu de la Loi
sur le financement agricole, ou des lois que cette loi a remplacées,
continuent d'être régis par ces lois.
Enfin, il comporte certaines modifications de concordance et de nature
transitoire.
Les lois modifiées par ce projet, M. le Président, sont La
Loi sur l'assurance-prêts agricoles et forestiers, la Loi sur les bureaux
d'enregistrement, la Loi sur le crédit forestier et la Loi favorisant le
crédit forestier par les institutions privées. Merci, M. le
Président.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, je vous invite à
appeler l'article f, s'il vous plaît.
Projet de loi 15
Le Président: À l'article f du feuilleton, M. le
ministre de la Santé et des Services sociaux présente le projet
de loi 15, Loi modifiant diverses dispositions législatives concernant
l'application de la Loi sur les services de santé et les services
sociaux et modifiant diverses dispositions législatives. M. le ministre
de la Santé et des Services sociaux.
M. Marc-Yvan Côté
M. Côté (Charlesbourg): Merci, M. le
Président. Ce projet de loi a pour objet d'assurer l'application de la
Loi sur les services de santé et les services sociaux et modifiant
diverses dispositions législatives. Le projet apporte d'abord certaines
modifications à la loi précitée, notamment en y
intégrant des dispositions transitoires en vue de permettre
l'entrée en vigueur de la plupart de ces dispositions. Il reprend de
plus certaines règles de fonctionnement applicables actuellement en
vertu de la Loi sur les services de santé et les services sociaux, pour
permettre une transition harmonieuse jusqu'à la mise en oeuvre
complète de la nouvelle loi.
Le projet présente également un ensemble de dispositions
modificatives qui visent d'abord à intégrer aux autres lois
publiques la terminologie et les concepts utilisés par la nouvelle Loi
sur les services de santé et les services sociaux. Elles viennent
également uniformiser, dans un bon nombre de ces lois, les
références à l'actuelle Loi sur les services de
santé et les services sociaux, qui devient la Loi sur les services de
santé et les services sociaux pour les autochtones, cris et inuit, afin
qu'à l'avenir ces références soient faites à la
fois à cette loi et à la nouvelle Loi sur les services de
santé et les services sociaux. Les dispositions modificatives
proposées visent de plus à harmoniser les mécanismes de
fonctionnement prévus dans certaines lois au nouveau régime
juridique et aux structures introduites par la nouvelle Loi sur les services de
santé et les services sociaux.
Le projet de loi modifie par ailleurs la Loi sur l'assurance-maladie en
énonçant différentes mesures reliées au contenu de
la carte d'assurance-maladie ainsi qu'à l'obtention et à
l'utilisation de cette carte.
Le projet de loi édicté, enfin, d'autres dispositions
transitoires et des dispositions finales.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, l'article g du feuilleton
s'il vous plaît.
Projet de loi 9
Le Président: à l'article g du feuilleton, m. le
ministre de la santé et des services sociaux présente le projet
de loi 9, loi modifiant la loi sur l'assurance-maladie. m. le ministre.
M. Marc-Yvan Côté
M. Côté (Charlesbourg): Merci, M. le
Président. Ce projet de loi modifie la Loi sur
l'assurance-maladie à l'égard de certains services
assurés.
Le projet de loi prévoit d'abord que le coût des services
optométriques ne sera assumé par la Régie de
l'assurance-maladie du Québec que pour le compte de certains
bénéficiaires. Il précise de plus le pouvoir
réglementaire du gouvernement à l'égard des services
rendus par les médecins pour un problème de daltonisme ou de
réfraction.
Le projet de loi précise également le pouvoir du
gouvernement de déterminer par règlement quels sont les services
dentaires assurés.
Par ailleurs, le projet de loi introduit, en matière de services
pharmaceutiques, l'obligation pour certains bénéficiaires de
payer une contribution et prévoit les conditions et modalités
relatives à la fixation de cette contribution, à son paiement et,
le cas échéant, à son remboursement par la
Régie.
Le projet de loi prévoit, enfin, des modifications de concordance
et les dispositions de nature transitoire utiles à son application.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, l'article i. Projet de
loi 36
Le Président: À l'article i du feuilleton, M. le
ministre délégué à la Réforme
électorale présente le projet de loi 36, Loi modifiant la Loi
électorale et la Loi sur la consultation populaire. M. le ministre.
M. Marc-Yvan Côté
M. Côté (Charlesbourg): Merci, M. le
Président. Elle semble attendue davantage que les deux autres.
Donc, ce projet de loi apporte diverses modifications aux règles
applicables à la tenue d'une élection et d'un
référendum.
Ce projet modifie la Loi électorale afin de fixer à deux
ans le délai d'absence du Québec pendant lequel un
électeur conserve le droit de vote lors d'une élection.
En ce qui concerne l'autorisation et le financement des partis
politiques, le projet prévoit la production d'un rapport par le
représentant ou l'agent officiel qui démissionne, le refus
d'autorisation d'un parti dont la dénomination peut confondre
l'électeur et la remise au Directeur général des
élections de toute contribution faite contrairement à la loi. Les
conditions pour qu'une activité à caractère politique
puisse être considérée comme un prix d'admission
plutôt qu'une contribution sont précisées.
Le projet de loi actualise les montants prévus par la loi, tant
au chapitre du financement des partis politiques qu'à celui des
dépenses électorales, sauf le montant maximum des contributions
d'un électeur.
Plusieurs modifications sont apportées par le projet de loi
à certains délais et horaires prévus dans le
déroulement de la période électorale. Ainsi, les
différents bureaux fermeront à 21 heures plutôt qu'à
22 heures, les recommandations des recenseurs devront parvenir un jour plus
tôt, les demandes de révision de la liste électorale
provenant des électeurs qui désirent voter au bureau de vote
itinérant pourront être reçues jusqu'au jeudi qui
précède le vote par anticipation et la période de
révision spéciale débutera dès la fin de la
fermeture des bureaux de dépôt ordinaires.
Quant à la révision spéciale, le projet de loi
prévoit qu'elle permet le transfert d'inscriptions d'une liste
électorale à une autre, selon les modalités applicables
lors de la révision ordinaire, mais ne permet ni l'inscription par des
électeurs précédemment radiés, ni la radiation
à la demande d'un tiers.
Le projet de loi prévoit que ce sont les bureaux de vote par
anticipation qui seront utilisés pour le vote itinérant et ce, le
matin des jours prévus pour le vote par anticipation et au besoin le
mardi matin suivant.
Les dispositions applicables au vote des détenus sont
adaptées pour tenir compte du fait que plusieurs étapes sont
effectuées directement par le Directeur général des
élections plutôt que par le directeur du scrutin.
Le projet de loi étend de plus à tout électeur
désirant voter par anticipation l'obligation de prêter
serment.
Quant à l'établissement des bureaux de vote, le projet de
loi assouplit les dispositions existantes relatives à leur
regroupement.
Au chapitre du contrôle des dépenses électorales, le
projet de loi élimine la limite de 2000 $ imposée aux
dépenses personnelles d'un candidat. En outre, il seta désormais
permis de faire des dépenses de publicité dès la prise du
décret pour identifier un local aux fins de l'élection et pour
annoncer une assemblée pour le choix d'un candidat. Enfin, le Directeur
général des élections sera autorisé à
accepter la correction d'un rapport de dépenses électorales
malgré une opposition, si cette dernière lui semble non
fondée.
Le projet de loi permet au Directeur général des
élections de fournir, avec l'autorisation du gouvernement, son aide et
sa collaboration à d'autres pays ou à des organisations
internationales en matière électorale.
Le Directeur général des élections pourra, en
période électorale, adapter les dispositions
relatives au recensement et à la révision à la
production d'une déclaration de candidature et à la tenue du vote
par anticipation pour tenir compte du contexte particulier de certaines
circonscriptions éloignées.
Le projet de loi modifie la Loi sur la consultation populaire, notamment
en ce qui concerne les délais imposés par celle-ci. Il
prévoit ainsi que la période entre le dépôt de la
question à l'Assemblée nationale et la prise du décret
doit être d'au moins 18 jours et que c'est au cours de cette
période que se tient le recensement devant servir au
référendum. Quant à la période entre le
décret et le scrutin, elle pourra varier de 29 à 35 jours, selon
le jour de la prise du décret.
Le projet de loi prévoit qu'une nouvelle carte électorale
ne peut être mise en vigueur à l'occasion d'un
référendum.
Le projet de loi accorde aux électeurs résidant hors du
Québec le droit de voter lors d'un référendum, aux
mêmes conditions que celles prévues pour une élection.
Lors d'un référendum, les détenus voteront
désormais le lundi du vote par anticipation plutôt que le jour
même du scrutin.
Au chapitre des dépenses réglementées, le projet
propose l'actualisation des montants prévus par la loi et corrige les
dispositions relatives aux maximums des contributions et à la notion de
dépenses réglementées de façon à les rendre
conformes aux dispositions correspondantes applicables en matière
électorale.
Le projet de loi apporte enfin tous les amendements de concordance
à l'appendice 2 de la Loi sur la consultation populaire requis par les
modifications introduites en matière électorale et
référendaire. (14 h 30)
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Une voix: Adopté.
Le Président: Adopté? Adopté. M. le leader
du gouvernement.
M. Pagé: L'article d, M. le Président, s'il vous
plaît.
Projet de loi 28
Le Président: à l'article d du feuilleton, m. le
ministre délégué à l'administration et à la
fonction publique, président du conseil du trésor,
présente le projet de loi 28, loi sur la société
innovatech du grand montréal. m. le ministre.
M. Daniel Johnson
M. Johnson: Oui, M. le Président. Ce projet de loi
institue la Société Innovatech du Grand
Montréal. Cette Société aura pour mission de
promouvoir et de soutenir les initiatives propres à relever la
capacité d'innovation technologique sur le territoire du Grand
Montréal et à améliorer ainsi la
compétitivité et la croissance économique du
Québec.
Ce projet établit les modalités de fonctionnement de la
Société, notamment celles relatives à la composition de
son conseil d'administration ainsi qu'à la rémunération et
aux autres conditions de travail des administrateurs.
Ce projet prévoit que la Société disposera, pour la
réalisation de sa mission, d'un montant n'excédant pas 300 000
000 $, réparti sur les cinq prochaines années.
Enfin, ce projet prévoit la dissolution de la
Société au terme de cette période de cinq ans et les
modalités de sa dissolution.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, l'article j, s'il vous
plaît.
Projet de loi 31
Le Président: À l'article j du feuilleton, M. le
ministre délégué à l'Administration et à la
Fonction publique, président du Conseil du trésor,
présente le projet de loi 31, Loi concernant le régime de
retraite pour certains employés du Centre hospitalier de
l'Université Laval et le régime de retraite pour certains
employés de la Commission des écoles catholiques de
Québec. M. le ministre.
M. Daniel Johnson
M. Johnson: m. le président, ce projet de loi modifie le
régime de retraite pour certains employés du centre hospitalier
de l'université laval et le régime de retraite pour certains
employés de la commission des écoles catholiques de québec
afin d'y introduire te notion1 de prestations minimales et d'y
modifier cerfâihiss prestations payables en cas de décès
avant ou après la retraite.
Ce projet de loi prévoit également, dans le cas du
régime de retraite pour certains employés du Centre hospitalier
de l'Université Laval, l'indexation des rentes payables, pour la
période du 1er janvier 1991 au 31 décembre 1993, de
l'excédent du taux d'augmentation de l'indice des rentes
déterminé par la Loi sur le régime de rentes du
Québec sur 3 %. De plus, ces rentes pourront, sur autorisation de la
Commission administrative des régimes de retraite et d'as-
surances, être indexées annuellement pour une ou plusieurs
autres années selon le même taux si une évaluation
actuarielle du régime démontre qu'il existe un surplus suffisant
pour en assumer la totalité du coût.
Ce projet de loi prévoit aussi, dans le cas du régime de
retraite pour certains employés de la Commission des écoles
catholiques de Québec, la baisse du taux de cotisation de 7,5 % à
7,25 %, le remplacement, dans le calcul du montant de la rente de retraite
anticipée, de l'équivalent actuariel par une réduction de
0,5 % par mois calculé pour chaque mois compris entre la date à
laquelle la rente anticipée est accordée et la date normale de la
retraite et l'introduction du droit à la retraite sans réduction
à compter de l'âge de 62 ans ou après 32 années de
service si la prise de la retraite a lieu entre le 1er janvier 1990 et le 30
juin 1993. De plus, cette mesure pourra, sur autorisation de la CARRA,
être prolongée pour des périodes n'excédant pas
trois ans si une évaluation actuarielle du régime démontre
qu'il existe un surplus suffisant pour en assumer la totalité du
coût.
Ce projet de loi prévoit enfin que les coûts additionnels
générés par ces modifications seront
défrayés à même les surplus actuariels de chacun des
régimes sans entraîner d'augmentation des cotisations salariales
ou patronales.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: L'article k.
Projet de loi 37
Le Président: À l'article k du feuilleton, M. le
ministre délégué à l'Administration et à la
Fonction publique, président du Conseil du trésor,
présente le projet de loi 37, Loi concernant la prolongation des
conventions collectives et la rémunération dans le secteur
public. M. le ministre.
M. Daniel Johnson
M. Johnson: M. le Président, ce projet de loi autorise les
organismes publics qu'il définit et les associations de salariés
à convenir du report de la date d'expiration de leurs conventions
collectives et permet que la durée d'une convention collective ainsi
prolongée dépasse trois ans. Il dispose aussi que, dans les cas
où les parties ne s'entendent pas, la date d'expiration est
reportée d'un an.
Le projet prescrit de plus, pour la période de report, la
majoration maximale des taux et échelles de salaire ainsi que des primes
dont peuvent convenir les parties. Les taux, échelles ou primes ayant
effet à la date d'expiration peuvent être augmentés
jusqu'à concurrence de 3 % pour les neuf premiers mois de cette
période et de 1 % à compter du dixième mois.
Le projet applique en outre ces pourcentages maximaux d'augmentation aux
administrateurs d'État, aux dirigeants et membres des organismes publics
de même qu'aux cadres et aux autres employés de ces organismes ne
faisant pas partie d'une unité de négociation. Il fait de
même à l'égard des juges et députés.
Le projet assujettit aussi les ententes relatives à la
fourniture, par les professionnels de la santé, de services
assurés suivant la Loi sur l'assurance-maladie aux mêmes normes
maximales que celles applicables aux conventions collectives.
Le projet de loi prévoit enfin des exceptions aux règles
qu'il prescrit et comporte des dispositions de concordance.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: L'article I, M. le Président.
Projet de loi 30
Le Président: À l'article I du feuilleton, M. le
ministre de la Main-d'oeuvre, de la Sécurité du revenu et de la
Formation professionnelle présente le projet de loi 30, Loi modifiant la
Loi sur les régimes complémentaires de retraite. M. le
ministre.
M. André Bourbeau
M. Bourbeau: Merci, M. le Président. Le présent
projet de loi modifie la Loi sur les régimes complémentaires de
retraite adoptée en 1989. Il a pour objet principal de lever le
moratoire imposé par la Loi modifiant la Loi sur les régimes
supplémentaires de rentes et interdisant, depuis le 15 novembre 1988, le
versement de tout ou partie des excédents d'actifs des régimes de
retraite aux employeurs parties à ces régimes.
Les modifications proposées autorisent ainsi l'attribution de
l'excédent d'actif d'un régime soit à l'employeur seul,
soit aux participants et aux bénéficiaires seuls, soit encore
à ces deux parties. Toutefois, le versement de l'excédent d'actif
est subordonné à une entente entre les parties au régime
ou encore à une décision arbitrale.
Aux fins qu'intervienne une entente entre
l'employeur et les participants ou bénéficiaires, le
projet de loi impose à l'employeur l'obligation de proposer dans le
délai fixé un projet d'entente sur l'attribution de
l'excédent d'actif. Si moins de 30 % des participants ou
bénéficiaires s'opposent au projet d'entente, ce dernier sera
réputé accepté et liera les parties au régime.
Lorsque le régime est établi en vertu d'une convention
collective, l'excédent d'actif sera attribué suivant cette
convention si elle y pourvoit ou suivant toute autre entente que les parties
pourront conclure.
Les dispositions du projet de loi prévoient qu'à
défaut d'entente entre l'employeur et les participants ou
bénéficiaires ou, le cas échéant, l'association de
travailleurs représentant les participants, les intéressés
pourront, jusqu'au 31 décembre 1993, choisir de s'adresser à des
arbitres qui décideront de l'attribution de l'excédent d'actif.
À compter du 1er janvier 1994, le recours à l'arbitrage deviendra
toutefois obligatoire, à défaut d'entente entre les parties, pour
permettre l'attribution d'un excédent d'actif. Le chapitre XIV.I
édicté par ce projet de loi prévoit les règles qui
s'appliqueront à l'arbitrage. Ainsi, l'organisation de l'arbitrage sera
confiée à des organismes agréés par le
gouvernement. Une liste des arbitres sera dressée par un comité
constitué à cette fin. Enfin, les arbitres pourront, sur la base
notamment de certains paramètres généraux
mentionnés dans le projet de loi, trancher en équité. Les
décisions arbitrales seront sans appel.
Le présent projet de loi précise en outre les normes
régissant les excédents d'actif et les droits des participants et
des bénéficiaires en cas de transformation de régime, de
fusion ou de scission de régimes, ainsi que lors de la terminaison
partielle du régime visant un nombre important de participants. Il
prévoit également une série de modifications permettant la
simplification des règles applicables lors de la terminaison du
régime.
Enfin, le projet de loi apporte quelques correctifs à la loi
existante, entre autres pour ce qui concerne la cotisation patronale et le
calcul du rendement des caisses de retraite. Il confère au gouvernement
de nouveaux pouvoirs réglementaires, notamment pour prévoir les
modalités de fonctionnement de l'arbitrage, et édicté les
dispositions transitoires applicables aux affaires en cours.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, l'article m.
Projet de loi 34
Le Président: À l'article m du feuilleton, M. le
ministre de la Justice présente le projet de loi 34, loi modifiant la
loi concernant un jugement rendu par la cour suprême du canada le 13
décembre 1979 sur la langue de la législation et de la justice au
québec. m. le ministre.
M. Gil Rémillard
M. Rémillard: Oui, M. le Président. Ce projet de
loi modifie la Loi concernant un jugement rendu par la Cour suprême du
Canada le 13 décembre 1979 sur la langue de la législation et de
la justice au Québec afin d'étendre son champ d'application
à tous les actes de nature législative qui sont soumis à
l'obligation du bilinguisme imposée par l'article 133 de la Loi
constitutionnelle de 1867.
À cet effet, M. le Président, ce projet de loi permet le
remplacement, par référence générale et sans
modification, des actes de nature législative dont le texte
français et la version anglaise ont été publiés
à la Gazette officielle du Québec. Il permet de plus
à l'autorité compétente de remplacer un acte de nature
législative, qui devait être publié en français et
en anglais et ne l'a pas été, par un texte qui le reproduit dans
les deux langues, sans modification. Ces actes peuvent avoir effet depuis la
même date que celle prévue pour ceux qu'ils remplacent.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: Article n. (14 h 40)
Projet de loi 35
Le Président: à l'article n du feuilleton, m. le
ministre du travail présente te projet de loi 35, loi modifiant la loi
sur tes accidents du travail et les maladies professionnelles, la loi sur la
santé et la sécurité du travail et la loi sur
l'assurance-maladie. m. le ministre.
M. Normand Cherry
M. Cherry: Le projet de loi modifie en premier lieu la Loi sur
les accidents du travail et les maladies professionnelles pour permettre
à un employeur qui se voit imputer les coûts d'une lésion
professionnelle d'avoir accès à l'information se rapportant
à cette lésion.
Le projet de loi modifie la procédure
d'évaluation médicale prévue à cette loi,
prévoit notamment qu'un bureau d'évaluation médicale
remplace l'arbitrage médical, autorise la Commission à exiger
qu'un travailleur se soumette à un examen médical concernant sa
lésion, établit les règles applicables lorsqu'un membre du
Bureau d'évaluation médicale ne donne pas son avis dans le
délai imparti par la loi et permet aussi au membre du Bureau
d'évaluation médicale de donner son avis sur les questions qu'il
juge appropriées.
Le projet prévoit de plus que le travailleur pourra, dans
certains cas, loger une contestation au Bureau d'évaluation
médicale et accorde à l'employeur qui se voit imputer les
coûts d'une lésion professionnelle le droit de contester. Il
élargit le pouvoir de l'employeur d'exiger que le travailleur victime
d'une lésion professionnelle se soumette à un examen
médical et précise les délais à respecter pour
loger une contestation devant le Bureau d'évaluation
médicale.
Le projet de loi prévoit que le travailleur victime d'une maladie
professionnelle alors qu'il est âgé d'au moins 55 ans, ou d'au
moins 60 ans pour une autre lésion, devra occuper un emploi convenable
disponible chez son employeur. Il prévoit que seul le travailleur qui a
subi une lésion professionnelle sera indemnisé pour le bris de
prothèses ou d'orthèses.
Le projet de loi précise que les soins et traitements
dispensés par les établissements de santé du réseau
public font partie de l'assistance médicale. Il précise
également le pouvoir réglementaire de la Commission relativement
à l'assistance médicale.
Le projet de loi prévoit que les subventions accordées
à une association sectorielle paritaire seront assumées par les
employeurs qui appartiennent à un secteur d'activité pour lequel
il existe une telle association et que ces employeurs seront cotisés en
conséquence.
Le projet de loi prévoit que les décisions de la
Commission et du bureau de révision ont effet dès qu'elles sont
rendues, sauf à l'égard de certaines indemnités
forfaitaires, et permet à la Commission d'appel en matière de
lésions professionnelles de surseoir à une décision du
bureau de révision dans certains cas.
À l'égard des bureaux de révision, le projet de loi
élargit également la compétence de ces bureaux aux
questions d'ordre médical, prévoit l'embauche d'assesseurs
médicaux et prévoit que les décisions de ces bureaux en
matière de réparation des lésions professionnelles peuvent
faire l'objet d'un appel lorsque la prestation sur laquelle porte le litige
excède 1000 $. Il prévoit de plus qu'un appel à la
Commission d'appel en matière de lésions professionnelles se fera
sur dossier, avec audition, sans nouvelle enquête à moins que la
Commission d'appel n'en décide autrement. Il prévoit
également que la Commission de la santé et de la
sécurité du travail pourra supporter les frais et allocations des
témoins devant la Commission d'appel en matière de lésions
professionnelles dans certains cas.
Le projet de loi modifie, en deuxième lieu, la Loi sur la
santé et la sécurité du travail pour prévoir la
nomination d'un président du conseil d'administration et chef de la
direction et d'un poste de président et chef des opérations. Il
prévoit la création d'une division du financement au sein du
bureau de révision ainsi que la nomination de conciliateurs.
Finalement, le projet de loi prévoit certaines dispositions
transitoires ainsi que des dispositions de concordance et de nature
technique.
Le Président: Alors, est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi? Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, je vous invite à
appeler l'article o, s'il vous plaît.
Projet de loi 32
Le Président: À l'article o du feuilleton, Mme la
ministre déléguée aux Finances présente le projet
de loi 32, Loi modifiant la Loi sur les valeurs mobilières. Mme la
ministre.
Mme Louise Robic
Mme Robic: M. le Président, ce projet de loi a pour objet
de modifier la Loi sur les valeurs mobilières afin de préciser
l'application de certaines dispositions de la loi, notamment en ce qui concerne
le moment de la fin d'un placement et celui où doit être
assurée la disponibilité des fonds dans le cas d'une offre
publique d'achat.
Ce projet prévoit l'introduction d'un pouvoir
réglementaire permettant de préciser les conditions d'ouverture
de la dispense de prospectus ainsi qu'en matière de droits afin de
permettre expressément l'imposition d'un droit sur les opérations
sur valeurs.
Ce projet restreint, par ailleurs, les conditions d'ouverture de la
dispense de prospectus pour certains placements et supprime l'obligation
d'information continue au porteur en cas de changement d'adresse sans avis.
De plus, ce projet prévoit la révision des amendes dans
les cas d'infraction à la loi ou aux règlements. Il permet
à la Commission d'autoriser certaines conventions dans le cadre d'une
offre publique et accorde une dispense d'inscription à titre de courtier
pour l'émetteur qui fait une offre publique d'échange.
Enfin, ce projet prévoit que les affaires disciplinaires soumises
à un organisme d'autoré-glementation seront entendues en
séance publique à moins que le huis clos n'y soit
ordonné.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accep-
te d'être saisie de ce projet de loi? Adopté. Alors, M. le
leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, l'article p, s'il vous
plaît.
Projet de loi 33
Le Président: À l'article p du feuilleton, Mme la
ministre déléguée à la Condition féminine et
à la Famille présente le projet de loi 33, Loi modifiant la Loi
sur les services de garde à l'enfance. Mme la ministre.
Mme Violette Trépanier
Mme Trépanier: M. le Président, ce projet de loi
modifie la Loi sur les services de garde à l'enfance pour prévoir
que les droits de l'enfant et du titulaire de l'autorité parentale
reconnus à cette loi s'exercent en tenant compte des règles
relatives à l'exonération, à l'aide financière et
aux subventions. Il précise que le rôle confié à
l'Office en regard de l'organisation et du développement des services de
garde est également soumis à ces règles.
Le projet de loi précise que le gouvernement fixe et
répartit annuellement, suivant des critères, méthodes et
normes qu'il établit par règlement, un nombre de places pour
lesquelles une exonération, une aide financière et des
subventions peuvent être accordées par l'Office dans diverses
catégories de nouveaux services ou d'agences. Il ajuste en
conséquence les dispositions visant l'exonération, l'aide
financière et les subventions.
Le projet permet à l'Office d'octroyer des subventions pour
l'implantation de services de garde à l'enfance, pour le
développement ou l'amélioration de la qualité de ces
services et pour la réponse à des besoins spécifiques de
garde. Il précise des dispositions relatives à
l'exonération et à l'aide financière.
Le projet de loi confie à l'Office la responsabilité
d'identifier les priorités et les besoins de la population en
matière de services de garde à l'enfance et il spécifie
que le territoire des agences est fixé suivant des critères et
des méthodes déterminés par règlement.
Le projet ajuste certains pouvoirs réglementaires de l'Office
concernant l'espace extérieur de jeux et les normes d'hygiène, de
salubrité et de sécurité à être
observées là où sont fournis les services de garde.
Enfin, ce projet de loi contient des dispositions transitoires et de
concordance.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Une voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le leader du gou-
vernement.
M. Pagé: M. le Président, à ce moment-ci, je
vous inviterais à reconnaître le premier ministre pour la
présentation du projet de loi inscrit à l'article a.
Projet de loi 25
Le Président: à l'article a du feuilleton, m. le
premier ministre présente le projet de loi 25, loi modifiant la loi sur
le conseil permanent de la jeunesse. m. le premier ministre.
M. Robert Bourassa
M. Bourassa: M. le Président, ce projet de loi a pour
objet de modifier la Loi sur le Conseil permanent de la jeunesse afin,
notamment, de porter de deux à trois ans la durée du mandat des
membres du Conseil et d'étendre l'application de la loi aux organismes
oeuvrant auprès des jeunes dans le secteur de l'environnement.
De plus, ce projet précise certaines dispositions de la loi afin
d'en faciliter l'application.
Une voix: Très bien!
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Une voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le député de
D'Arcy-McGee.
M. Libman: Merci, M. le Président. Je vous invite à
appeler l'article q.
Projet de loi 191
Le Président: Alors, à l'article q du feuilleton,
M. le député de D'Arcy-McGee présente le projet de loi
191, Loi modifiant la Charte de la langue française concernant la langue
de l'enseignement. M. le député.
M. Robert Libman
M. Libman: Merci, M. le Président. The object of this Bill
is to grant children who were receiving their instruction in English before
coming to Québec and children whose father or mother comes from an
English-speaking country the right to receive their instruction in English in
kindergarten classes and in elementary and secondary schools.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi? Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, l'article r du
feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi 221
Le Président: À l'article r du feuilleton, j'ai
reçu le rapport du directeur de la législation sur le projet de
loi 221, Loi concernant la Régie intermunicipale de gestion des
déchets sur I He de Montréal. Le directeur de la
législation a constaté que des avis ont été faits
et publiés conformément aux règles de fonctionnement des
projets de loi d'intérêt privé. Je dépose donc ce
rapport. Et, en conséquence, M. le député de Marquette
présente le projet de loi d'intérêt privé 221, Loi
concernant la Régie intermunicipale de gestion des déchets sur
l'île de Montréal. Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Une voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le leader du
gouvernement.
Renvoi à la commission de l'aménagement
et des équipements
M. Pagé: M. le Président, je fais motion pour que
le projet de loi d'intérêt privé soit
déféré à la commission de l'aménagement et
des équipements et, évidemment, pour que le ministre des Affaires
municipales en soit membre.
Le Président: Est-ce que cette dernière motion est
adoptée? Adopté. M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, l'article s. (14 h
50)
Projet de loi 227
Le Président: À l'article s du feuilleton, j'ai
reçu le rapport du directeur de la législation sur le projet de
loi 227, Loi concernant la ville de Vanier. Le directeur de la
législation a constaté que des avis ont été faits
et publiés conformément aux règles de fonctionnement des
projets de loi d'intérêt privé. Je dépose ce
rapport. En conséquence, M. le député de Vanier
présente le projet de loi d'intérêt privé 227, Loi
concernant la ville de Vanier. Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi? Adopté. M. le leader du
gouvernement.
Renvoi à la commission de l'aménagement
et des équipements
M. Pagé: M. le Président, même motion. Je
fais motion pour que ce projet de loi d'intérêt privé soit
déféré à la commission de l'aménagement et
des équipements pour étude détaillée et pour que
mon collègue, le ministre des Affaires municipales, en soit membre.
Dépôt de documents
Le Président: Est-ce que cette dernière motion est
adoptée? Adopté. Maintenant, au dépôt de documents,
M. le ministre de l'Environnement.
Rapport annuel du Comité consultatif de
l'environnement Kativik
M. Paradis (brome-missisquoi): m. le président,
conformément à notre règlement, je dépose le
rapport annuel 1990-1991 du comité consultatif de l'environnement
kativik.
Dépôt de rapports de commissions
Étude des crédits budgétaires
pour l'année financière 1992-1993
Le Président: Ce rapport est déposé.
Maintenant, dépôt de rapports de commissions.
J'ai l'honneur de déposer les rapports des commissions
parlementaires qui ont étudié les crédits
budgétaires pour l'année financière 1992-1993, soit les
rapports de la commission des institutions, de la commission du budget et de
l'administration, de la commission des affaires sociales, de la commission de
l'économie et du travail, de la commission de l'agriculture, des
pêcheries et de l'alimentation, de la commission de l'aménagement
et des équipements, de la commission de l'éducation et de la
commission de la culture. Ces crédits ont été
adoptés. Je dépose donc lesdits rapports.
Maintenant, dépôt de pétitions. Mme la
députée de Verchères.
Dépôt de pétitions
Surseoir au projet de relocalisation de
l'Hôtel-Dieu de Montréal dans le
quartier Rivière-des-Prairies
Mme Dupuis: M. le Président, je dépose l'extrait
d'une pétition adressée à l'Assemblée nationale par
180 pétitionnaires, citoyens et citoyennes du Québec.
Les faits invoqués sont les suivants: «Attendu que M.
Marc-Yvan Côté, ministre de la Santé et des Services
sociaux, a publiquement annoncé récemment au conseil
d'administration de l'Hôtel-Dieu qu'afin de doter la région
nord-est de Montréal d'un hôpital il favoriserait la
relocalisation de l'Hôtel-Dieu de Montréal dans le quartier
Rivière-des-Prairies, alors que les immeubles actuels seraient convertis
en 90 lits de soin de longue durée pour personnes âgées, en
condominiums et en bureaux; «Attendu que l'Hôtel-Dieu, dont la
fondation
par Jeanne Mance remonte aux débuts de Ville-Marie, a grandi avec
Montréal et demeure une institution implantée au coeur de
Montréal qui dispense, encore aujourd'hui, des soins de haute
qualité à un nombre considérable d'usagers et
d'usagères; «Attendu que, selon des sources bien informées,
les responsables du ministère, afin de privilégier la
relocalisatiom de l'Hôtel-Dieu, auraient cavalièrement
écarté d'autres projets qui auraient l'avantage de maintenir
l'hôpital où il se trouve présentement; «Attendu que
le débat sur les besoins de santé de la région de
Montréal n'a pas été fait avec les
bénéficiaires, la population et les groupes syndicaux qui
oeuvrent en santé; «Attendu que l'ensemble des intervenants
conviennent qu'il existe un besoin de soins de santé dans le nord-est de
Montréal et que les sommes de 350 000 000 $ annoncées par le
ministre pourraient servir à la rénovation des locaux actuels de
l'Hôtel-Dieu tout en comblant les besoins de santé de la
population du nord-est de Montréal;»
L'intervention réclamée se résume ainsi: «II
est résolu de demander à l'Assemblée nationale de
signifier au ministre de la Santé et des Services sociaux et aux autres
instances du gouvernement Bourassa, ainsi qu'à celles des villes
intéressées, notre vive opposition au projet de relocalisation de
l'Hôtel-Dieu actuellement situé rue Saint-Urbain et avenue des
Pins; d'inviter fortement le ministre de la Santé et des Services
sociaux à surseoir audit projet et à accorder aux citoyens et
citoyennes concernés l'occasion d'examiner objectivement le dossier et
de proposer des solutions alternative. «Nous, soussignés, appuyons
la pétition de la Coalition pour le maintien de l'Hôtel-Dieu au
centre-ville, de sa vocation actuelle et de son statut
universitaire.»
Je certifie, M. le Président, que cet extrait est conforme au
règlement et à l'original de la pétition.
Le Président: Votre pétition est
déposée. M. le député de Bertrand.
Tenir des audiences publiques sur le projet
d'agrandissement du site d'enfouissement
de Sainte-Anne-de-la-Rochelle
M. Beaulne: Merci, M. le Président. Je dépose
l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale par 545 citoyens et citoyennes du comté de Shefford.
Les faits invoqués sont les suivants: «Considérant
que le site d'enfouissement de Sainte-Anne-de-la-Rochelle a fait une demande
d'agrandissement pour l'importation massive de déchets;
«Considérant que deux ruisseaux traversent le site
d'enfouissement, l'un tributaire de la rivière Saint-François,
l'autre de la rivière Ya-maska Nord; «Considérant que ce
site d'enfouissement, dans sa partie ouest, est contigu à une zone
d'habitation mixte (résidentielle, commerciale et agro-touristique) de
la municipalité de Saint-Joachim-de-Shefford, n'étant desservie
par aucun service d'aqueduc, qu'il est situé à trois
kilomètres de la prise d'eau potable de Warden, dans le bassin versant
du parc de la Yamaska et du réservoir Choinière, près du
complexe touristique de Bromont, et à quatre kilomètres de la
rivière Yamaska Nord; «Considérant également que
l'importation d'une telle masse de déchets laisse planer des doutes
sérieux quant à la qualité de l'eau de la région
ainsi que sa valeur agricole et son attrait touristique;
«Considérant l'opposition des conseils municipaux de Bonsecours,
Canton de Shefford, Lawrenceville, Maricourt, MRC de la Haute-Yamaska, Racine,
Saint-André-d'Acton, Saint-Étienne-de-Bolton,
Saint-Joachim-de-Shefford, Stukeley-Sud, Warden et Waterloo à ce projet;
«Considérant, enfin, l'opposition de milliers de citoyens à
cet agrandissement;»
L'intervention réclamée se résume ainsi:
«Nous, soussignés, demandons à l'Assemblée nationale
d'intervenir auprès du ministre de l'Environnement afin qu'il y ait la
tenue d'audiences publiques sur le projet d'agrandissement du site
d'enfouissement de Sainte-Anne-de-la-Rochelle et qu'un moratoire soit
décrété sur l'ensemble des demandes d'agrandissement du
site d'enfouissement et d'ouverture de nouveaux sites d'enfouissement de la
région.»
Je certifie que cet extrait est conforme au règlement et à
l'original de la pétition.
Le Président: Alors, votre pétition est
déposée. Maintenant, M. le député d'Anjou.
Abroger l'article 1 du Règlement sur
les
normes d'éthique, de discipline et
le relevé provisoire des fonctions
dans la fonction publique
M. Bélanger (Anjou): Merci, M. le Président. Je
dépose l'extrait d'une pétition adressée à
l'Assemblée nationale par 211 pétitionnaires, professionnels du
gouvernement du Québec.
Les faits invoqués sont les suivants: «Considérant
que l'Assemblée nationale du Québec a le pouvoir d'abroger
l'article 1 du Règlement sur les normes d'éthique, de discipline
et le relevé provisoire des fonctions dans la fonction publique
adopté par le décret 577-85 du 25 mars 1985 stipulant que: "Le
fonctionnaire qui fait partie d'un groupement professionnel, celui qui est
enseignant ou celui qui occupe un emploi requérant un diplôme
universitaire terminal exigeant un minimum de 16 années d'études
ou l'équivalent doit exercer sa profession pour le
compte exclusif du gouvernement"; «Considérant que cet
article est abusif et discriminatoire; «Considérant que cet
article fait une distinction entre les fonctionnaires basée sur le
degré de scolarité qui n'est pas permise par la Loi sur la
fonction publique; «Considérant que l'article 21 de la Charte des
droits et libertés stipule que "toute personne a droit d'adresser des
pétitions à l'Assemblée nationale pour le redressement de
griefs";
L'intervention réclamée se résume ainsi:
«Nous, soussignés, professionnels du gouvernement du
Québec, demandons à l'Assemblée nationale et à ses
membres qu'ils interviennent afin que soit abrogé l'article 1 dudit
règlement et qu'ainsi cesse cette discrimination.»
Je certifie que cet extrait est conforme au règlement et à
l'original de la pétition.
Intervention portant sur une violation de droit ou de
privilège
Le Président: Alors, votre pétition est
déposée.
Interventions portant sur une violation de droit ou de privilège
ou sur un fait personnel. Alors, Mmes et MM. les députés, je vais
maintenant rendre ma décision sur la question prise en
délibéré il y a maintenant deux jours.
Décision du président concernant
la
recevabilité d'une question
soulevée
par le leader de l'Opposition
officielle le 12 mai 1992
Le mardi 12 mai dernier, le leader de l'Opposition officielle signalait,
dans un avis qu'il me transmettait, une violation de droit ou de
privilège. L'auteur de cette présumée violation
était le ministre de la Santé et des Services sociaux. Selon les
faits évoqués dans cet avis, le ministre aurait commis un outrage
à l'Assemblée en rendant publiques, le 8 mai dernier, des
décisions gouvernementales touchant le financement du système de
santé et de services sociaux. À l'avis du leader de l'Opposition
étaient joints plusieurs documents.
Les faits soulevés par le leader de l'Opposition peuvent
être résumés de la manière suivante: Le vendredi 8
mai dernier, le ministre de la Santé et des Services sociaux rendait
publiques, en conférence de presse, tout un train de mesures touchant le
financement du système de santé et des services sociaux. Le
ministre aurait annoncé à cette occasion des compressions
budgétaires pour un montant de 117 800 000 $. Cette annonce suivait de
peu l'adoption par la commission parlementaire des affaires sociales des
crédits permanents consacrés à son ministère et
à la Régie de l'assurance-maladie.
Le leader de l'Opposition allègue que le ministre, en choisissant
de faire part de nouvel- les mesures après les travaux de la commission
parlementaire, a ainsi fait en sorte que les membres de la commission votent et
adoptent des crédits inexacts. En agissant ainsi, le ministre aurait
tourné en ridicule l'Assemblée nationale et porté atteinte
à sa crédibilité et à son autorité dans
l'une de ses compétences les plus fondamentales, soit le contrôle
et l'approbation des dépenses et moyens de financement du gouvernement.
(15 heures)
Le leader de l'Opposition prétend en outre que le ministre, en
annonçant une mesure visant la réclamation d'une somme de 2 $ par
prescription en guise de contribution au programme de médicaments pour
personnes âgées, ainsi que d'autres mesures impliquant le paiement
de services actuellement gratuits, s'est prévalu d'une
prérogative du ministre des Finances puisque ces mesures peuvent
être assimilées à une taxation ou à un droit
tarifaire habituellement annoncé lors d'un discours sur le budget.
Ayant pris cette décision en délibéré, je
suis maintenant prêt à rendre ma décision sur cette
question.
Je rappelle que la fonction du président dans les cas comme celui
qui nous occupe présentement se limite à déterminer s'il y
a, prima facie, matière à violation de privilège. Dans le
cas présent, il s'agit plus précisément d'évaluer
s'il y a eu un outrage au Parlement, c'est-à-dire si les paroles et
actions que l'on reproche au ministre portent atteinte à
l'autorité et à la dignité de l'Assemblée
nationale.
Il ressort des faits qui m'ont été présentés
que le ministre de la Santé et des Services sociaux a rendu publiques
des décisions gouvernementales en matière de financement du
système québécois de santé et de services sociaux
après l'adoption par la commission des affaires sociales des
crédits budgétaires dévolus à son ministère
et à la Régie de l'assurance-maladie du Québec.
Cet événement particulier, comme il appert des documents
joints à l'avis du leader de l'Opposition, doit être situé
dans le contexte plus global d'une vaste et ambitieuse réforme
comportant plusieurs volets. On sait que cette réforme du système
québécois de la santé et des services sociaux a
donné lieu à plusieurs actes de procédure sur la
scène parlementaire. L'une de ces manifestations fut la tenue de
consultations particulières en commission parlementaire sur les divers
enjeux reliés au financement des services de santé et des
services sociaux au mois de février dernier.
Il est maintenant reproché au ministre d'avoir rendu publics les
choix du gouvernement en cette matière, alors que les crédits
budgétaires de son ministère et de la Régie de
l'assurance-maladie du Québec viennent tout récemment
d'être adoptés sans même que l'on évoque
d'éventuels changements ou de nouvelles orientations.
Je crois que tous conviendront que les autorités
constituées ont pleinement le droit, dans notre système
politique, de faire connaître leurs décisions, leurs choix ou
encore leurs nouvelles orientations sur les divers aspects touchant leur champ
de compétence. Ces décisions doivent, par la suite, selon le cas,
se traduire par des modifications à des législations, des
règlements ou encore des programmes et politiques. Nous sommes, selon
les faits que l'on porte à ma connaissance, à l'étape de
la prise de décision par le pouvoir exécutif. Les
décisions ayant été prises par cette instance, elles
pourraient bien requérir maintenant des interventions du pouvoir
législatif. Il ne revient pas à la présidence de se
prononcer sur pareille nécessité. Je désire simplement
préciser qu'il s'agit là de deux niveaux d'intervention
distincts.
La présidence de l'Assemblée n'a le droit de prononcer
aucune interdiction, ni même d'exprimer quelque réserve à
l'égard de la divulgation d'une décision gouvernementale faite
suivant les normes. Si c'était le cas, il y aurait risque de s'immiscer
dans les prérogatives des compétences de l'exécutif. Ce
dont la présidence a déjà convenu, toutefois, dans une
décision rendue le 10 décembre 1990, c'est que, dans la mesure
où une publicité porte sur des dispositions législatives
non encore adoptées, cette publicité doit faire preuve de respect
et de déférence à l'égard de l'institution
parlementaire et de ses membres. Cette mise au point comportait cependant une
atténuation à l'égard des matières
financières ou, selon des pratiques bien établies, l'application
de la mesure précède l'autorisation législative. Les
conditions évoquées dans cette dernière décision ne
sont pas présentes dans le cas actuel. Il ne s'agit pas d'une
publicité orchestrée par l'administration au sujet d'une mesure
législative non encore adoptée.
Je réitère qu'un ministre peut rendre publiques des
décisions gouvernementales, et à plus forte raison si la
conséquence d'une telle décision entraîne une modification
à une situation existante. L'annonce d'une décision
précède sa mise en oeuvre. Entre les deux, il peut être
nécessaire de recourir aux législateurs qui décideront
s'ils appuient ou non cette décision ou initiative gouvernementale. Le
processus décisionnel du pouvoir exécutif doit pouvoir se
déployer entièrement sans que les membres de cette
Assemblée n'y voient une tentative de gêner leurs propres
activités. C'est un aspect inhérent à l'initiative
gouvernementale.
D'ailleurs, le ministre semblait bien avisé que les choix
gouvernementaux devant se traduire en dispositions législatives ne
peuvent réduire la souveraineté de l'Assemblée ni
l'indépendance de ses membres. En effet, dans la transcription de la
conférence de presse du ministre, qui était jointe à
l'avis du leader de l'Opposition officielle, on peut lire les propos suivants,
et je cite M. Côté, Charlesbourg: «J'ai pris soin de vous
dire, dans le document, que ça nécessitait une intervention
législative et que la Chambre, à ce niveau-là, est
souveraine et qu'elle peut en disposer comme elle veut. C'est la Chambre, donc,
c'est le processus qu'il nous faut respecter, et ce processus-là sera
respecté puisqu'il y aura dépôt, la semaine prochaine, d'un
projet de loi.»
Le ministre se devait, selon moi, de présenter des crédits
budgétaires conformes à l'ordre juridique prévalant au
moment du dépôt des crédits budgétaires. Si les
décisions gouvernementales doivent se traduire par des modifications
à des lois existantes, ces changements ne sont pas encore en force et on
ne peut présumer que l'Assemblée y donnera son aval. On ne peut
donc pas encore affirmer que les crédits adoptés ne sont pas
nécessaires. Il est prématuré pour l'instant de tirer une
telle conclusion.
Quant à l'argument voulant que des mesures soient assimilables
à une taxation ou à un droit tarifaire et auraient dû faire
l'objet de mesures dans le discours sur le budget, il ne me convainc pas. Le
gouvernement peut être représenté par le membre du cabinet
qu'il désire et recourir à plusieurs moyens pour faire
connaître ses choix budgétaires. Dans le cas présent, on
visait à informer les citoyens des choix gouvernementaux et non pas de
les rendre exigibles sur-le-champ. Dans le même texte de cette
conférence de presse accompagnant la demande du leader de l'Opposition,
le ministre indiquait d'ailleurs que cette mesure s'appliquera après
l'acceptation du projet de loi par l'Assemblée nationale.
Alors, pour tous ces motifs, je ne vois aucun élément ou
argument qui pourrait me convaincre qu'à première vue le ministre
de la Santé et des Services sociaux a commis un outrage au Parlement. Je
suis d'avis que les faits allégués ne peuvent soutenir la
prétention du leader de l'Opposition officielle.
Maintenant, je voudrais vous aviser qu'après la période de
questions M. le ministre de la Sécurité publique, ministre des
Affaires municipales et responsable de l'application de la Charte de la langue
française répondra à une question posée le 13 mai
1992 par M. le député de Labelle, à savoir si les
compagnies Gentec, Micro Contrôle et Télé-Alarmes Microtec
avalent été l'objet d'enquêtes.
M. Chevrette: M. le Président.
Le Président: Oui, M. te leader de l'Opposition.
M. Chevrette: Sur ce dernier point d'avis qu'il y aura un
complément de réponse, est-ce que le ministre de la Justice
pourra demeurer ici? Parce qu'il se pourrait que la sous-question qu'il y aura
aille au ministre de la Justice et non pas au Solliciteur,
nécessairement.
Le Président: Oui. Alors, M. le ministre de
la Justice.
M. Rémillard: Hier, M. le Président, j'avais pris
aussi avis de la question. Je pourrais aussi, à la suite de mon
collègue de la Sécurité publique, apporter réponse
à la question.
Le Président: D'accord. Bien, disons que ça ne fera
pas deux sous-questions. Disons que ça...
Des voix: Ha,ha, ha!
Le Président: Alors, évidemment qu'à une
réponse différée il y a seulement une question
additionnelle qui est permise. D'accord.
Maintenant, nous allons procéder à la période
régulière de questions et réponses, et je vais
reconnaître, en première question principale, M. le
député de Lac-Saint-Jean et whip de l'Opposition.
Questions et réponses orales Tenue d'un
référendum pancanadien
M. Brassard: M. le Président, le premier ministre a
maintes fois réitéré - il l'a fait encore hier - qu'il
appartenait aux Québécois et à eux seuls de
déterminer les voies de leur avenir politique. Or, malheureusement, en
acceptant, le 7 avril dernier, un référendum pancanadien, le
premier ministre s'est fait prendre dans un engrenage infernal, qui nous
conduit maintenant à un projet de loi référendaire
pancanadien, qui pervertit le processus démocratique au point même
de rendre mal à l'aise les députés conservateurs
québécois à Ottawa.
Question au premier ministre: Le premier ministre ne reconnaît-il
pas que la meilleure façon et la façon la plus sûre de
préserver, de garantir et de sauvegarder le droit des
Québécois de déterminer seuls les voies de leur avenir
politique, c'est tout simplement de refuser un référendum
pancanadien et de refuser la parodie de démocratie que s'apprête
à jouer le gouvernement fédéral?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, il me semble que ce n'est
pas les meilleures journées pour faire preuve d'arrogance
stratégique de la part des porte-parole du Parti
québécois, comme si c'étaient des fins stratèges.
On voit dévoiler ça à chaque jour, la finesse
stratégique du Parti québécois. Ceci étant dit, M.
le Président, j'ai répondu au député de
Lac-Saint-Jean, hier, que nous n'avions pas accepté de mettre de
côté la loi 150. C'est clair, le premier ministre du Canada l'a
dit lui-même, je lui ai répété 10 fois, on parle
là d'une loi. Je voyais dans les journaux, aujourd'hui, qu'on parle
d'amendements à la loi. On parle même de la possibilité
qu'elle ne s'applique pas à toutes les provinces; c'est écrit
dans le journal La Presse, en conclusion d'un article. Donc, je ne
blâme pas le député de Lac-Saint-Jean de faire preuve de la
plus grande vigilance. Ce n'est pas ça que je lui reproche. Je lui
demande de baisser le menton un petit peu, étant donné le
contexte.
Des voix:...
Le Président: S'il vous plaît! (15 h 10)
M. Bourassa: M. le Président, je dis au
député de Lac-Saint-Jean que je comprends sa vigilance, elle est
légitime. Mais je lui dis qu'elle est partagée également
par le gouvernement et que je ne vois pas comment le gouvernement pourrait
accepter d'aucune façon que le Québec ne puisse pas
décider lui-même de son propre avenir. Mais le gouvernement
fédéral a affirmé qu'il avait une responsabilité,
s'il y avait impasse, de pouvoir utiliser tous les moyens pour dénouer
cette impasse, y compris la possibilité d'un référendum
national. Mais il n'y a pas nécessairement contradiction avec...
Le Président: En conclusion, M. le premier ministre.
M. Bourassa: ...le respect des lois de l'Assemblée
nationale.
Le Président: Alors, question complémentaire, M. le
député de Lac-Saint-Jean.
M. Brassard: M. le Président, le premier ministre
pourrait-il admettre que je n'ai pas, comme lui, la propension à courber
l'échiné? Et comment le premier ministre peut-il
sérieusement concilier la préservation et la sauvegarde du droit
des Québécois de déterminer seuls leur avenir politique
avec un référendum pancanadien ne prévoyant ni la double
majorité, et prévoyant des conditions relatives au financement
qui ne sont en aucune façon conformes aux traditions et aux
législations québécoises? Comment peut-il prétendre
que le droit des Québécois est préservé quand on
sait ce qui se prépare et ce qui se concocte à Ottawa? Et est-ce
que c'est parce que le premier ministre a décidé de jouer au
Ponce Pilate et de laisser Ottawa se servir impunément de son pouvoir de
dépenser pour faire la job de la souveraineté?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: Ah! Admirons, admirons, M. le Président, la
ténacité du député de Lac-Saint-Jean qui, comme on
se rappelle, avait plié l'échiné dans la course au
leadership par rapport au député de L'Assomption.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Bourassa: Non, mais ça fait une réponse.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
Alors, à la question, M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, je répète ce
que je viens de dire au député de Lac-Saint-Jean, qu'il n'y a pas
nécessairement contradiction. Là on parle de... Je comprends
là que ça circule, mais je veux dire, le projet de loi, comme je
lui disais hier, n'est pas connu. On parle de la possibilité d'apporter
des amendements. On évoque l'hypothèse que le
référendum ne s'applique pas dans toutes les provinces. Alors, je
répète qu'il n'y a pas nécessairement contradiction entre
un référendum national et les lois québécoises, y
compris celles contre lesquelles vous avez voté. Je pense à la
loi 150.
Donc, nous avons fermement l'intention de protéger les
décisions de l'Assemblée nationale, et surtout la décision
du Québec de décider de son avenir. Je ne vois pas comment le
député de Lac-Saint-Jean... Il peut dire ce qu'il veut, mais
examinons les faits. M. le Président, le député de
Lac-Saint-Jean disait, il y a quelques semaines, qu'il était ravi, qu'il
serait ravi si je revenais au discours au lendemain de l'échec de
l'accord du lac Meech. Je crois que j'ai respecté mon engagement. Je
respecte également mon engagement de tenir compte de la stabilité
économique du Québec, tellement importante dans les
périodes de ralentissement économique, notamment pour les
questions monétaires. Alors, je respecte mon discours de l'accord du lac
Meech. Pourquoi n'est-il pas ravi?
Le Président: Toujours en question
complémentaire.
M. Brassard: Justement, M. le Président, le premier
ministre ne croit-il pas qu'au moment même où les partis de
l'Opposition, des partis d'Opposition à Ottawa s'opposent pour des
questions de principe au projet fédéral d'un
référendum pancanadien, qu'au moment même où le
leader du gouvernement à la Chambre des communes hésite à
déposer le projet de loi, parce qu'il y a trop de résistance et
trop de réticences, est-ce que le premier ministre ne croit pas que ce
serait justement le temps, pour le premier ministre du Québec, de se
comporter en premier ministre du Québec et de faire une
déclaration claire sur le plan des principes, de façon à
ce qu'Ottawa réfléchisse sérieusement avant d'aller de
l'avant?
Des voix: Bravo!
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: On s'encourage comme on peut. M. le
Président, ce que je dis au député de Lac-Saint-Jean,
c'est que les déclarations qui ont été faites hier
n'étaient on ne peut plus claires. Il me semble que, quand je dis qu'on
doit respecter les lois de l'Assemblée nationale, qu'on doit respecter
la loi 150 qui décide, elle, qui, comme on le sait, reprend,
reflète le consensus de la commission Bélanger-Campeau, qui
permet explicitement un référendum sur la souveraineté et
implicitement un référendum sur des offres
fédérales, je pense que tout le monde en convient, y compris le
cocommissaire, le coprésident, M. Jean Campeau. Alors, je dis au
député de Lac-Saint-Jean que la position du gouvernement
libéral, c'est celle-là. Il me semble que c'est très
clair. Que le dernier mot revienne à l'Assemblée nationale, c'est
ça que la population attend de son gouvernement.
Le Président: Toujours en question
complémentaire.
M. Brassard: Comment peut-il tenir un pareil discours, que le
processus prévu dans la loi 150 soit respecté alors qu'il sait
très bien que le référendum pancanadien prévu par
le gouvernement fédéral aux conditions où ce sera
exercé, où ça va s'appliquer, en particulier en
matière de financement, va complètement bouleverser, perturber,
court-circuiter et même annuler le processus dont il parle et dont il est
sûr qu'il est garanti puis protégé?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, le député de
Lac-Saint-Jean ne fait pas preuve d'une grande cohérence dans ses
questions. Dans la question précédente, il dit: Le leader du
gouvernement à la Chambre des communes dit: Le gouvernement
hésite, le gouvernement réfléchit, le gouvernement attend
des amendements. Ou ça revient à ça. Il a mentionné
le mot «hésite». Et là, dans son autre question, il
redevient très affirmatif: C'est décidé, c'est
réglé. Alors qu'il a dit le contraire. Alors, un peu plus de
cohérence et on pourra, j'espère, s'entendre.
Le Président: Une autre question
complémentaire.
M. Brassard: Je vais être encore plus simple, mais je sais
que...
Des voix: Plus simple. Ha, ha, ha!
M. Brassard: Je vais être encore plus simple...
Des voix:...
M. Brassard: ...pour être bien compris par le premier
ministre.
Le Président: S'il vous plaît!
Une voix: Ça ne fait pas simple.
Le Président: S'il vous plaît! Alors, pour votre
question, M. le député de Lac-Saint-Jean.
M. Brassard: Même si je sais que le premier ministre va
faire simple.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Brassard: Comme on dit chez nous.
Le Président: Alors, votre question, s'il vous
plaît!
M. Brassard: Est-ce que le premier ministre du Québec
serait d'accord pour que se tienne sur le territoire québécois un
référendum pancana-dien qui ne comporterait pas la double
majorité, de un, et est-ce qu'il serait d'accord avec un
référendum pancanadien qui ne comporterait pas de plafonnement
des dépenses et qui, donc, respecterait le principe «au plus fort
la poche» et permettrait aux puissances d'argent d'intervenir sans
vergogne...
Le Président: M. le député.
M. Brassard: ...sans réserve et sans limite?
Le Président: M. le député.
M. Brassard: Est-ce qu'il serait d'accord avec un pareil scrutin
qui se tiendrait sur le territoire du Québec?
Une voix: Partout.
M. Brassard: Question de principe, ça, là.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: J'ai répondu à cette
question-là hier. Le député me l'a posée. J'ai dit
que notre référence, c'était la loi que nous avons
adoptée, la loi qui a été adoptée par le
gouvernement du Parti québécois et qui a civilisé, comme
on le sait, les moyens, les contributions au financement des partis. Ça
ne veut pas dire qu'elle a été respectée en tout
point.
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président: S'il vous plaît!
M. Bourassa: Alors, ce que je dis au député de
Lac-Saint-Jean, c'est que, pour nous, notre référence, M. le
Président, c'est la loi que nous avons, qui a été
adoptée en 1977. Alors, ce que je dis au député de
Lac-Saint-Jean, c'est que...
Des voix:...
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît! (15
h 20)
M. Bourassa: ...nous, comme gouvernement, nous avons
pratiqué l'application de cette voie et c'est notre
référence dans cette question-là. On dit qu'il y a des
arguments juridiques qui sont examinés actuellement par le gouvernement
fédéral. Le gouvernement fédéral va examiner les
arguments juridiques qui pourraient créer des problèmes sur le
plafonnement du financement des partis ou des comités, s'il y a des
comités. Alors, je dis au député de Lac-Saint-Jean, comme
je lui ai dit hier, que notre position est très claire et que nous
n'avons pas l'intention de ne pas respecter les lois de l'Assemblée
nationale.
Le Président: En question principale, M. le
député d'Abitibi-Ouest et leader adjoint de l'Opposition.
Financement de l'enseignement privé
M. Gendron: Oui. Alors que le gouvernement impose, encore cette
année, des restrictions budgétaires majeures au réseau
public d'enseignement, puisque les coffres seraient vides, alors qu'au
même moment on hausse les frais de scolarité au niveau des jeunes
étudiants du Québec, alors qu'on ferme l'enveloppe de
l'éducation des adultes en y appliquant des coupures de plus de 25 000
000 $, alors qu'on indique aux autres réseaux qu'on doit
également les compresser pour des mesures de rationalisation
budgétaire, enfin, au moment même où on demande au
réseau public de se serrer encore une fois la ceinture, malgré la
gravité des problèmes qui l'accablent, voilà qu'on apprend
que le ministre de l'Éducation réclame plus d'argent pour les
écoles privées, alors que l'on sait très bien que le
Québec est un des États les plus généreux au
chapitre du financement de l'enseignement privé si on le compare aux
autres provinces canadiennes.
Ma question très simple: Comment le ministre de
l'Éducation peut-il expliquer cette volte-face alors qu'il disait, il
n'y a pas tellement longtemps, qu'il était complètement
inopportun et inapproprié de relever les subventions au secteur
privé, et qu'il ajoutait qu'il ne voulait pas être perçu
comme voulant supporter le secteur privé au détriment du secteur
public? C'est quoi vos motivations pour une telle volte-face?
Le Président: M. le ministre de l'Éducation.
M. Pagé: Alors, M. le Président, je vais
répondre au député un peu comme j'ai eu l'occasion de lui
en faire part dans d'autres forums et en commission parlementaire, notamment.
Le réseau d'enseignement privé au Québec fait l'objet d'un
gel du pourcentage de ses subventions et ce, depuis plusieurs années
déjà.
On se rappellera qu'avec l'arrivée du Parti
québécois un moratoire a été imposé sur
l'aide accordée au réseau privé d'enseignement au
Québec et un moratoire aussi sur l'octroi ou l'émission de
nouveaux permis pour de nouvelles institutions au Québec.
J'ai eu de nombreux échanges avec le réseau, les
représentantes et représentants de l'enseignement privé au
Québec. Il est apparu très clairement que la situation
financière de nombreuses institutions québécoises qui ont
joué un rôle très très important, très
significatif dans plusieurs régions du Québec... On n'a
qu'à penser à ces grandes institutions qui ont formé des
milliers de nos jeunes Québécois avant, entre autres, la
démocratisation et l'accessibilité à la formation, au
début des années soixante. Ceci étant dit, alors qu'une
institution privée, jusqu'en 1978, recevait jusqu'à 80 % du
coût pour un élève dans le secteur public, aujourd'hui, on
doit reconnaître que c'est aux environs de 54 %. Ce que j'ai
indiqué, c'est deux choses. Premièrement, la demande de la
fédération des institutions d'enseignement privé du
Québec de monter graduellement l'aide de 54 % à 66 % se voulait
plus réaliste qu'une croissance de 54 % à 80 %, comme
c'était le cas antérieurement. Deuxièmement, j'ai
indiqué très clairement qu'il n'était pas de mon intention
d'apporter une réponse comme celle-là au réseau
privé tant qu'on n'aura pas fait plus pour le secteur public
d'enseignement au Québec. Ça, c'est vrai et je l'ai maintenu.
C'est pourquoi, d'ailleurs, aucun décret n'a été
dirigé ou adressé au Conseil des ministres, dans ce
sens-là, jusqu'à maintenant.
Le Président: Alors, en question
complémentaire.
M. Gendron: Vous n'auriez sûrement pas applaudi si vous
aviez entendu ce qu'il vient de dire. M. le Président, le ministre de
l'Éducation déclare haut et fort: II n'est pas question, il est
inopportun... La question, c'est ça: Comment déclarer qu'il est
inopportun, inacceptable de relever les subventions au secteur privé
alors que les besoins du réseau public sont énormes? Vous venez
de les couper encore plus cette année - vous autres, vous applaudissez
à ça - et vous annoncez un relèvement du financement au
secteur privé. Qu'est-ce qu'il y a de changé? Pourquoi le
ministre a-t-il viré de bord complètement - ce qu'on appelle
«virer son capot» dans le langage populaire - sur le 0,10 $, sans
aucun élément neuf, sinon que le secteur public est plus malade
qu'il ne l'était, en termes de financement? C'est quoi qu'il y a de
changé?
Le Président: M. le ministre de l'Éducation.
M. Pagé: M. le Président, je viens de
répondre à cette question. Je n'ai pas annoncé
d'augmentation des subventions versées au secteur privé. vous
devriez écouter, vous! ceci étant dit, m. le président...
m. ie président, on est continuellement interpellé par le
député de laviolette.
Le Président: Oui, oui. S'il vous plaît! D'accord.
Je vous demanderais... On va appliquer le règlement des deux
côtés, s'il vous plaît. Alors, si on n'interrompt pas d'un
côté, j'espère que, de l'autre côté, on ne
réagira pas non plus. Alors, la réponse, M. le ministre.
M. Pagé: M. le Président, je l'ai indiqué,
si le député d'Abitibi-Ouest, M. le Président, peut
écouter ma réponse, comme je l'ai formulée, il y a
quelques minutes, j'ai indiqué que la proposition de la
fédération était intéressante, mais ce n'est pas
parce qu'une proposition est intéressante qu'elle devient
immédiatement opportune. Vous comprenez ça? Alors, c'est
ça, la réponse.
Le Président: Toujours en question
complémentaire.
M. Gendron: Oui. Est-ce que le ministre nous dit aujourd'hui que,
contrairement à ce qu'on affirme, il n'a pas fait volte-face, qu'il est
toujours d'accord avec sa déclaration d'il y a un an, que le moment
n'est pas venu et que son gouvernement est incapable d'offrir plus au secteur
privé, compte tenu des coupures qu'il a affectées au secteur
public? Est-ce que c'est ça que vous dites, aujourd'hui, de votre
siège?
M. Pagé: M. le Président... Le Président:
M. le ministre.
M. Pagé: ...je vous ai indiqué, en réponse
à la question principale, qu'il n'était pas de mon intention d'y
donner suite... Écoutez le complément de la réponse. Vous
ne reviendrez pas après...
Le Président: M. le leader.
M. Pagé: Tant et aussi longtemps, M. le Président,
qu'une réponse n'aura pas été donnée au
réseau public d'enseignement du Québec, qui a à faire face
à de nombreux défis, dont celui de la réussite
éducative, il n'est pas de mon intention de proposer au Conseil des
ministres quelque majoration que ce soit. Cependant, M. le Président -
et là, je tiens à insister - quand le député
d'Abitibi-Ouest se réfère à des coupures
budgétaires dans le dernier budget du ministère de
l'Éducation, M. le Président, c'est une croissance encore cette
année de 3,4 %, 3,5 %. Le ministère de l'Éducation, dans
l'ensemble des provinces canadiennes, qui a fait l'objet du plus haut taux de
croissance, c'est au gouvernement du Québec et, pendant ce
temps-là, M. le Président, c'est regrettable, on ne
présentera pas des
motions et des questions de fait personnel, mais,
régulièrement, le député d'Abitibi-Ouest nous dit
ou dit à la population qu'il y a eu des coupures, alors qu'il n'y en a
pas eu. C'est clair, ca?
M. Gendron: Question de privilège, M. le
Président.
Le Président: Alors, sur une question de
privilège.
M. Gendron: rapidement, très rapidement, je dis au
ministre: écoutez, tous les intervenants du monde de l'éducation
disent qu'ils sont coupés.
Le Président: Oui, mais écoutez... Un instant! Oui,
mais ce n'est pas... Alors, ce n'est évidemment pas une question de
privilège. Vous avez une question complémentaire? Non?
Très bien. Alors, question principale, M. le leader de l'Opposition et
député de Joliette.
Recouvrement des comptes en souffrance d'Hydro sur la
réserve de Kahnawake
M. Chevrette: M. le Président, le 28 avril, Mme la
ministre de l'Énergie faisait appel à la modération au
niveau des questions concernant la perception des comptes sur la réserve
de Kahnawake. Le lendemain, elle nous disait que c'était sur le point
d'aboutir au niveau des négociations, en particulier sur le Super Bingo.
Le 30 avril, deux jours à peine après, M. Richard Drouin
déclarait que les employés d'Hydro-Québec ne
procéderaient à aucune interruption parce qu'il n'y avait pas de
sécurité, qu'ils ne pouvaient pas obtenir la collaboration des
«Peacekeepers». Le 5 mai, M. Norton disait à la ministre: II
n'y a aucun danger. Le 6 mai, elle lui disait qu'elle ne s'en mêlerait
pas parce qu'elle avait peur de faire achopper les négos, les
négociations. En un mot, on ne sait pas qui dit vrai dans le dossier.
J'aimerais qu'elle fasse le point.
Le Président: Mme la ministre de l'Énergie et des
Ressources.
Mme Bacon: M. le Président, si j'avais fait appel à
la modération chez le député de Joliette et leader de
l'Opposition, c'est parce que je le connais et je sais que, dans d'autres
occasions, il a été un peu trop loin dans son questionnement qui
risquait de faire achopper certaines autres négociations, et je l'avais
mis en garde.
M. le Président, les négociations... Quant aux propos du
chef Norton, je dois dire que je considère qu'il me semblait faire un
peu diversion par rapport à la situation, quand il nous demandait de
faire une enquête approfondie chez Hydro-Québec, qui risquait de
faire achopper les négociations entre Hydro-Québec et le conseil
de bande. En ce moment, M. le Président, HydroQuébec n'a pas la
protection du conseil de bande. Quant à ces négociations, il
semble que c'est à un état assez tranquille, assez lent, par
rapport aux négociations qui étaient déjà en cours
au moment... Et c'est pour ça que c'est dangereux, le questionnement et
la mise sur la place publique de ces situations. Le conseil de bande n'apporte
pas de protection à HydroQuébec, s'ils ont à aller sur la
réserve. Donc, Hydro-Québec ne se porte pas garant de tous ces
gens, ces travailleurs sur la réserve, et ils n'y vont pas.
M. Chevrette: M. le Président...
Le Président: En question complémentaire.
M. Chevrette: ...est-il exact qu'on serait sur le point de
conclure une entente pour aller donner du courant à quelque trente
nouvelles maisons, nouvelles constructions? Est-ce que c'est exact, ça,
qu'il y aurait une entente dans ce secteur-là? (15 h 30)
Le Président: Mme la ministre.
Mme Bacon: Ce qui est un peu inacceptable, M. le Président
- et je n'ai pas de crainte de le dire - c'est que, comme conseil de bande, on
est prêt à apporter la protection des «Peacekeepers»
à Hydro-Québec pour aller donner du courant à des
nouvelles maisons, mais on n'est pas prêt à apporter de la
sécurité, par rapport à la présence des
«Peacekeepers», aux gens d'Hydro-Québec pour aller, soit
couper le courant ou soit essayer de lire au moins, ne serait-ce que faire la
lecture des compteurs, comme on dit dans le jargon d'Hydro-Québec, pour
être capables de facturer les gens de la réserve. Alors, je pense
qu'il y a des négociations qui sont en cours à ce
sujet-là. Je ne pense pas qu'Hydro-Québec soit obligée de
payer des gens pour aller sur la réserve. Je pense qu'elle doit
être capable de faire des ententes dans les négociations avec le
conseil de bande, mais c'est deux poids, deux mesures par rapport à
Hydro-Québec quand on regarde ce que le conseil de bande peut
offrir.
Le Président: Toujours en complémentaire.
M. Chevrette: Est-ce que Mme la ministre peut nous confirmer
qu'il ne pourra y avoir d'entente pour donner du courant s'il n'y a pas
d'entente pour, précisément, récupérer les sommes
d'argent en particulier, ou bien appliquer les règlements
d'Hydro-Québec en ce qui regarde, par exemple, le Super Bingo?
Le Président: Mme la ministre.
Mme Bacon: En fait, je pense qu'Hydro-Québec continue -
c'est les dernières informa-
tions que j'ai - ses négociations avec le conseil de bande pour
essayer d'arriver à une entente, soit de couper le courant, soit de le
rétablir, en certains endroits, ou soit aussi d'en donner là
où c'est nécessaire. Mais on ne peut pas appliquer deux poids,
deux mesures quand c'est demandé de cette façon-là. Je
pense que c'est normal qu'Hydro-Québec soit capable d'être plus
sévère dans son jugement d'une négociation qui nous
semble, en tout cas, tout à fait inadéquate par rapport aux
besoins.
Le Président: En question principale, M. le
député de La Prairie.
Approbation par le MENVIQ des plans et devis des
projets industriels
M. Lazure: Merci, M. le Président. Une première
dans les annales du Québec s'est produite, hier, alors que près
de 600 professionnels: biologistes, ingénieurs, chimistes,
géologues et techniciens, presque la totalité des professionnels
au ministère de l'Environnement et qui constituent le tiers des
effectifs de ce ministère, ont remis au ministre de l'Environnement une
pétition lui demandant d'empêcher que soit abolie l'analyse
obligatoire des plans et devis avant d'émettre des permis pour la
construction des projets industriels. En effet, le projet mis de l'avant par le
sous-ministre Marsan veut confier aux promoteurs l'entière
responsabilité de décider eux-mêmes si leurs plans sont
conformes aux exigences du ministère et mettre fin ainsi à une
pratique vieille de 20 ans qui permet de faire de la prévention et
réduire la pollution.
Ma question au ministre de l'Environnement, M. le Président:
Est-ce qu'il va se rendre aux demandes de la presque totalité de ses
professionnels? Et est-ce qu'il va maintenir l'approbation obligatoire des
plans et devis, outils essentiels si on veut faire de la prévention en
matière de pollution?
Le Président: M. le ministre de l'Environnement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui. Il s'agit essentiellement, M.
le Président, d'une question qu'on a assez longuement débattue
à l'occasion des crédits, la semaine dernière. Le
député de La Prairie avait tenté de déposer,
à ce moment-là, l'extrait de ladite pétition. Je pense
qu'il s'agit de la même. Mon adjoint parlementaire, le
député de Saguenay, en avait alors disposé, comme s'en
souvient sans doute le député de La Prairie. Maintenant, on m'a
informé que cette pétition aurait été
déposée à mes bureaux de Montréal. Je compte m'y
rendre demain et en prendre connaissance.
Le Président: Alors, M. le député de La
Prairie, en question complémentaire.
M. Lazure: M. le Président, comment le ministre
explique-t-il que ses fonctionnaires professionnels doivent sortir sur la place
publique pour qu'il les entende? Et continue-t-il à affirmer ce qu'il a
affirmé justement la semaine passée, aux crédits, qu'il
n'était pas au courant de cette pétition, alors qu'elle circule
depuis plusieurs semaines dans son ministère? Qui est-ce qui mène
dans ce ministère-là?
Le Président: Alors, M. le ministre.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Je ne voudrais pas rappeler au
député de La Prairie les événements de la semaine
dernière. S'il s'agit de la même pétition que celle que
vous avez déposée la semaine dernière, mon adjoint
parlementaire, le député de Saguenay a dû vous la
déchirer sous le nez parce qu'elle était anonyme. Maintenant, je
ne dis pas que c'est la même chose que j'ai à mon bureau de
Montréal; je vais m'y rendre, je vais vérifier. Une fois que j'en
aurai pris connaissance, je serai peut-être en mesure de répondre
aux questions, mais pas avant d'en avoir pris connaissance.
Le Président: Toujours, en question
complémentaire.
M. Lazure: Est-ce que le ministre peut nous expliquer comment il
se fait qu'une telle pétition, pilotée par son sous-ministre
adjoint, M. Marsan, circule dans son... c'est-à-dire le projet, pardon.
Je reprends ma question.
Des voix: Ah! Bon! c'est mieux.
M. Lazure: La pétition, elle est pilotée par 600
professionnels. Mais le projet qui vise à abolir la pratique
préventive, ce projet est piloté par M. Marsan, sous-ministre
adjoint. Comment se fait-il que le ministre puisse tolérer qu'un tel
projet circule, alors que ça va complètement, ce
projet-là, à rencontre de l'approche préventive qui est
soumise par l'ensemble des députés ministériels et de
l'Opposition dans le rapport unanime de la commission de l'aménagement
et des équipements? Comment se fait-il qu'il accepte une telle
contradiction de la part de son sous-ministre Marsan?
Le Président: M. le ministre.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): M. le Président, je ne vois
pas de contradiction comme semble en voir le député de La
Prairie. La pratique dans la gestion d'un ministère veut que des
fonctionnaires - et il y en a plus d'un millier au bureau à
Québec - préparent des documents pour le ministre de
l'Environnement. Il y a certains documents qui sont commandés par le
ministre; d'autres ne sont pas commandés par le ministre. Lorsqu'un
fonctionnaire n'est pas
d'accord avec le contenu du travail qu'on lui demande, la
procédure normale prévoit qu'il s'en confie à son
supérieur immédiat. Je ne sais pas si toutes ces démarches
ont été accomplies ou réalisées; sans doute que le
texte de la pétition fait mention de ces éléments et,
dès que j'en aurai pris connaissance, je serai en mesure de
commenter.
Le Président: Alors, en question principale, M. le
député de Dubuc.
Avenir de la Société des
établissements de plein air du Québec
M. Morin: Merci, M. le Président. Après les rumeurs
de privatisation qui ont plané sur la Société des
établissements de plein air du Québec ou sur la vente de certains
de ses établissements, le ministre se montrait très évasif
sur l'avenir de la SEPAQ lors de l'étude des crédits, la semaine
dernière. Cette semaine, le ministre du Loisir, de la Chasse et de la
Pêche lance un nouveau ballon: la SEPAQ deviendrait une
société à capital de risque pour aider certains promoteurs
à se lancer en affaires dans le domaine
récréotouristique.
Alors, ma question, M. le Président: Comment le ministre peut-il,
comme il l'a fait récemment, comparer la future SEPAQ à d'autres
sociétés d'État comme SOQUIP ou REXFOR, alors que la
plupart des établissements de plein air, de par leur nature, ne
pourraient véritablement intéresser les promoteurs
privés?
Le Président: M. le ministre du Loisir, de la Chasse et de
la Pêche.
M. Blackburn: M. le Président, je suis très heureux
de la question du député de Dubuc parce qu'elle me permet de
répéter ce que j'ai dit lors de la défense des
crédits. La SEPAQ est une société d'État qui est
extrêmement importante, qui a joué un rôle majeur depuis
maintenant presque huit ans partout sur le territoire du Québec. On la
questionne et on est en train d'essayer de voir de quelle façon on
pourrait lui faire jouer un rôle encore beaucoup plus important de
façon différente, complémentaire. Dans les régions
du Québec où cette Société est très
présente, il y a beaucoup de préoccupations sur comment on
pourrait relever le défi de créer des emplois à partir de
nos différentes ressources; les ressources forestières, les
ressources énergétiques sont problématiques pour certaines
régions et, en particulier, pour la région du
Saguenay-Lac-Saint-Jean que vous connaissez bien.
On se questionne sur comment on pourrait arriver à donner des
réponses à nos jeunes qui se cherchent des emplois. Moi, je me
dis: Est-ceque, par exemple, le développement de nos potentiels
récréotouristiques ne pourrait pas être une façon de
trouver des réponses et justement donner des emplois à ces
jeunes? Ce sont des richesses naturelles que nous avons, un potentiel
extrêmement important; il nous manque peut-être un moyen financier,
un levier. Pourquoi la société d'État qu'est la SEPAQ ne
pourrait-elle pas ajouter un bras, un bras financier de capital de risque
pouvant supporter des promoteurs intéressés à des projets
récréotouristiques pour justement créer des emplois dans
des régions comme les nôtres qui en ont grandement besoin? Je ne
comprends pas le député de Dubuc dans cette question. Il est tout
à fait, très approprié de trouver ou de rechercher de ces
formules qui vont nous permettre de créer justement cette
possibilité dans toutes les régions périphériques
du Québec qui ont cette richesse extrêmement importante et
intéressante qui est celle de leur beauté - beauté et
richesse faunique - qu'elles peuvent mettre justement au développement
économique de ces régions.
Une voix: Fin de la période de questions.
Le Président: Alors, en question
complémentaire.
M. Morin: Alors, M. le Président, considérant que
dans sa politique de consolidation et de développement du réseau
des pourvoiries, le MLCP favorise les autochtones dans l'octroi de permis de
pourvoirie à droits exclusifs, le ministre entend-il élargir ce
favoritisme jusqu'à l'attribution de l'aide financière?
Le Président: M. le ministre. (15 h 40)
M. Blackburn: Le plan de développement des pourvoiries est
un plan tout à fait exceptionnel qui correspond aussi à un
marché économique extrêmement important avec un potentiel
intéressant. L'activité de la pourvoirie génère des
retombées économiques de 50 000 000 $ avec un marché
potentiel de 100 000 000 $ par année. Ce que je dis, c'est qu'il y a des
autochtones qui sont intéressés à faire le
développement de la pourvoirie. On va regarder avec eux de quelle
façon on peut les supporter dans le développement de leur projet
de la même façon qu'on va le faire avec les non-autochtones,
autant au niveau économique qu'à d'autres niveaux, au niveau du
support technique.
Le Président: Toujours en question
complémentaire.
M. Morin: M. le Président, quand le ministre entend-il
présenter un projet de loi dans le but d'élargir le mandat de la
Société et quels sont les budgets disponibles dans le
présent exercice, car je présume que l'argent pourrait
difficilement provenir du surplus de la Société?
Le Président: M. le ministre.
M. Blackburn: Écoutez, déjà, depuis
maintenant presque deux ans que je suis à la recherche de cette formule
de complémentarité de se doter d'outils, dont la
Société pourrait être un des éléments, qui
pourraient permettre justement ce développement économique de nos
régions dans quelques semaines. J'ai demandé au conseil
d'administration et au nouveau président-directeur général
de me faire des propositions qui iraient dans le sens des balises que j'ai
très clairement établies au niveau des orientations. J'attends de
leur part à eux, dans les plus brefs délais, de ces propositions
qui nous permettraient d'agir.
Le Président: En question principale, Mme la
députée de Hochelaga-Maisonneuve.
Fraude à l'assurance-chômage de la part
de la compagnie Beaver
Mme Harel: M. le Président, des médias
montréalais faisaient état, il y a quelques semaines
déjà, d'une vaste fraude à l'assurance-chômage de la
part de la compagnie Beaver. Cette fraude de la firme Beaver et de ses filiales
Devesco et Bemacom leur permettait de soumissionner à la baisse par
rapport à leurs concurrents et obligeait leurs travailleurs mis à
pied à continuer de travailler tout en recevant du chômage. Des
perquisitions ont eu lieu. Le ministre fédéral du Revenu a
même déjà obtenu au civil un premier jugement
réclamation. Mais il s'agit aussi d'une opération de fabrication
de faux et d'usage de faux. L'enquête policière a duré deux
ans et est terminée depuis longtemps, et le rapport concernant les
infractions possibles au Code criminel a été transmis à la
couronne provinciale qui hésite, me dit-on, à prendre des
poursuites.
Le ministre de ia Justice peut-il nous indiquer s'il est maintenant
prêt à prendre une décision dans cette affaire?
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Rémillard: M. le Président, je dois dire
à Mme la députée de Hochelaga-Maisonneuve que je n'ai pas
été informé qu'il y avait des dossiers qui étaient
présentement traités au ministère de la Justice sur ces
cas. Peut-être qu'il y en a, remarquez. Alors, je vais prendre avis de la
question et je vais vérifier.
Le Président: En question complémentaire.
Mme Harel: M. le Président, est-ce que le ministre
reconnaît qu'il y a deux semaines maintenant, je lui ai fait part des
faits que je viens d'exposer dans cette Assemblée lors de l'étude
des crédits du ministère de la Justice, je le
répète, il y a déjà deux semaines?
Reconnaît-il que je pouvais m'attendre aujourd'hui à ce qu'il nous
indique s'il était prêt à prendre une décision dans
ce dossier?
Le Président: M. ie ministre.
M. Rémillard: Je demanderais quand même à Mme
la députée de me poser des questions où elle a un minimum
de questions de sécurité, en ce sens qu'elle me dit:
«dirait-on», «on m'a dit», «des rumeurs».
Pour ma part, ce que je peux lui dire, et je veux lui donner la réponse
la plus complète possible - et c'était probablement la même
chose aux crédits - c'est que je vais prendre avis de la question. Je
vais vérifier au ministère. Je reviendrai en cette Chambre et je
donnerai une réponse complète.
Le Président: En question principale, M. le
député de Jacques-Cartier.
État des routes dans le West Island
M. Cameron: Merci, M. le Président. My question is for the
Minister of Transport. M. le Président, we have noticed the annual
tradition on the West Island that the highway begins to narrow again as we go
into the city and the customary construction is going on because the roads, as
usual, are in bad shape every year.
My question for the Minister is: Is it possible this time that
the roads could be built in such a way that they can stay in better shape for
more than a year, so that it is actually possible to communicate on the West
Island with reasonable speed and efficiency?
Le Président: M. le ministre des Transports.
M. Elkas: I would like to respond to the dear Member that we have
shown a great deal of concern about the road network in the West Island as well
as in other portions of this dear Province of ours. We have inherited something
that was somewhat in bad shape. We are dead serious about repairing a big
wrong, and what has happened in the West like it has happened elsewhere, we are
into programs where we are going to fix our roads once and for all. There are
going to be interventions insofar as preventive maintenance is concerned.
Something that never was there before, something that we had to inherit from
these people across from us. So, I want to assure the Member that, yes, what
you are experiencing today is the completion of a major program that we have
destined for Montréal.
Le Président: En question principale, M. le
député de Lévis.
Octroi sans appel d'offres des
contrats relatifs aux activités
de débardage au port de
Bécancour
M. Garon: M. le Président, au mois d'avril dernier j'ai
posé au ministre de l'Industrie et du Commerce une question concernant
la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour.
Il m'avait dit qu'il recevait des opinions juridiques et qu'il
étudierait ces opinions juridiques. J'aimerais savoir comment il
explique qu'alors qu'il était en train d'étudier le conseil
d'administration de la Société avait déjà
adopté une résolution, au mois d'octobre dernier, alors que le
contrat se terminait le 31 mars, pour octroyer sans appel d'offres le contrat
du service de débardage au port de Bécancour à la
compagnie Terminaux portuaires du Québec, et cela, huit mois avant la
fin du contrat?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie, du Commerce
et de la Technologie.
M. Tremblay (Rimouski): M. le Président, je remercie le
député de Lévis de sa question, parce que ça me
permet de corriger une situation qui avait été mentionnée
lors de sa précédente question sur le même sujet. Ce n'est
pas en 1983 que la Société du parc industriel de Bécancour
a émis, sans appel d'offres, le permis à la même entreprise
qui est citée aujourd'hui, mais c'est en 1985, au mois de mars 1985, du
27 avril 1985 au 16 mai 1987. Donc, ce n'est pas le présent gouvernement
ou la Société sous le présent gouvernement qui émet
des contrats sans appel d'offres. Je l'ai mentionné et je le
répète encore, la Société doit prendre ses
décisions en fonction de la loi et des règlements, M. le
Président.
M. Garon: M. le Président.
Le Président: En question complémentaire.
M. Garon: Le ministre avait dit, le 7 avril, qu'il
étudiait les avis juridiques. Est-ce qu'il a reçu un avis
juridique du ministère de la Justice? Et est-ce qu'il a l'intention de
suivre les opinions juridiques qu'il reçoit de son conseiller juridique,
qui est le ministère de la Justice, ou s'il a l'intention de suivre les
avis juridiques de ceux qui ne veulent pas procéder par appel
d'offres?
Le Président: M. le ministre.
M. Tremblay (Rimouski): M. le Président, j'ai
mentionné, lors de la dernière question du député
de Lévis sur le même sujet, que j'avais pris connaissance des avis
juridiques émis et que la Société doit prendre ses
décisions en fonction de la loi et des règlements.
Le Président: Toujours en complémentaire.
M. Garon: Le ministre nous a dit qu'il avait des avis juridiques.
Est-ce qu'il a étudié les avis juridiques? Est-ce qu'il a tenu
compte de l'avis juridique du ministère de la Justice? Et est-ce qu'il
confirme qu'il a eu une opinion juridique du ministère de la Justice qui
lui dit que la Société du parc industriel et portuaire de
Bécancour doit procéder par appel d'offres?
Le Président: M. le ministre.
M. Tremblay (Rimouski): Je vais répéter, pour la
troisième fois, ce que j'ai mentionné. Pourtant, le
député de Lévis est assis à côté de la
députée de Taillon qui mentionne toujours que la
pédagogie, c'est l'art de répéter. Alors, M. le
Président, il devrait comprendre que la Société doit
prendre ses décisions en fonction de la loi et des
règlements.
Le Président: Toujours en question
complémentaire.
M. Garon: M. le Président, est-ce que le ministre nous dit
qu'il demande des opinions au ministère de la Justice pour le plaisir de
la chose, comme pour faire des oeuvres d'art qu'il va encadrer,
éventuellement? Ou est-ce qu'il demande des opinions juridiques au
ministère de la Justice qui veulent dire quelque chose? Ou est-ce que
nous nous retrouvons dans le poisson de Provigo?
Le Président: M. le ministre.
M. Tremblay (Rimouski): M. le Président, c'est d'une
incohérence totale!
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Tremblay (Rimouski): J'ai l'impression que l'Opposition n'a
plus de questions et il reste quatre minutes...
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
S'il vous plaît! S'il vous plaît! Sur une question de
règlement. (15 h 50)
M. Chevrette: M. le Président, on veut donner
l'opportunité au ministre de ne pas mentir en Chambre.
Des voix: Ah!
Le Président: Écoutez, sur une question de
règlement, M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, je suis
persuadé... M. le Président, un instant, là...
Le Président: Un instant, là, s'il vous
plaît!
Bon. Alors, c'est une question de règlement.
M. Pagé: M. le Président, pourriez-vous demander au
leader parlementaire de l'Opposition de retirer ses paroles, tout
simplement?
Le Président: Bon. Écoutez, les propos qui ont
été énoncés là, quant à moi, n'ont
accusé personne de mentir. J'ai un propos qui m'appa-raît... Un
instant, s'il vous plaît! Un instant! Je ne dis pas que c'est un propos
qui était dans les meilleurs termes de décorum pour
l'Assemblée, mais je peux demander, effectivement, au sens du
règlement actuel, de retirer ces propos-là. Je veux simplement
énoncer que j'apprécierais que de tels propos ne soient pas
énoncés cependant à l'Assemblée. Et je demanderais
au ministre de répondre à la question, s'il vous plaît.
M. Tremblay (Outremont): Alors, M. le Président,
l'Opposition devrait me remercier parce qu'il reste moins d'une minute à
la période de questions.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Tremblay (Outremont): Oui? C'est bien. Alors, M. le
Président, je le répète encore, c'est vrai que j'ai eu une
opinion juridique du ministère de la Justice. Je l'ai lue, j'en ai pris
connaissance. Je le répète, là, maintenant, pour la
septième fois, la Société doit prendre ses
décisions en fonction de la loi et des règlements, M. le
Président. Il me semble que c'est très clair.
Le Président: Une autre question additionnelle.
M. Garon: M. le Président, est-ce que le ministre veut se
retrouver dans la même situation que dans le Pin rouge en
Gaspésie?
Le Président: M. le ministre. Oui, M. le ministre de
l'Industrie, du Commerce et de la Technologie.
M. Tremblay (Outremont): J'ai volontairement laissé 30
secondes au député de Lévis pour revenir avec une autre
question qui démontre son incohérence totale. Par contre, ce que
je dois dire, je ne veux pas être dans la même position que
l'Opposition, en 1985, lorsqu'ils ont accordé, sans appel d'offres, un
permis à TPQ.
Une voix: Ça, c'est vrai.
Le Président: Alors, c'est la fin de la période de
questions. Donc, s'il vous plaît. Alors, maintenant... À l'ordre,
s'il vous plaît! S'il vous plaît! MM. les
députés.
Alors, le ministre de la Sécurité publique et ministre des
Affaires municipales et responsable de l'application de la Charte de la langue
française répondra maintenant à une question posée
le 13 mai dernier par M. le député de Labelle, à savoir si
les compagnies Gentec, Micro Contrôle et Télé-Alarmes
Microtec avaient été l'objet d'une enquête. M. le ministre
de la Sécurité publique. Alors, M. le ministre de la
Sécurité publique.
Réponse différée
Irrégularités reliées au
financement de certaines compagnies par la SDI
M. Ryan: M. le Président, on m'a demandé, hier,
s'il y avait eu enquête policière ou s'il y aurait
présentement enquête policière dans le cas de trois
compagnies qui ont fait l'objet de questions en cette Chambre, soit les
sociétés Gentec, Micro Contrôle et
Télé-Alarmes Microtec. J'ai fait des vérifications
à ce sujet auprès des autorités de la Sûreté
du Québec, lesquelles m'informent qu'aucun dossier n'existe à ce
sujet à la Sûreté du Québec.
Le Président: alors, oui, alors, il y a complément,
également, par le ministre de la justice. il y a consentement à
cet effet-là? alors, m. le ministre de la justice.
M. Rémillard: M. le Président, on m'a donc
demandé, hier... le député de Labelle me demandait, hier,
si, au ministère de la Justice, il y avait enquête en ce qui
regarde les compagnies Gentec, Micro Contrôle et
Télé-Alarmes Microtec. Je dois informer cette Chambre, M. le
Président, que le bureau des substituts du Procureur
général a eu à examiner certains dossiers relativement
à ces compagnies. Au moment où je vous parle, aucune
enquête policière n'a été demandée par le
bureau des substituts, et le dossier suivra son cours normal.
Le Président: Alors, pour une question additionnelle
là-dessus, M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: M. le Président, est-ce que le ministre de
la Justice est au courant, précisément, qu'un substitut en chef
adjoint du Procureur général, en date du 30 septembre, disait:
Les documents que vous m'avez transmis m'indiquent qu'il y a des indices assez
sérieux pour qu'une enquête policière soit
effectuée.
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Rémillard: M. le Président, je vais simplement
répéter qu'au moment où je vous parle aucune enquête
policière n'a été demandée par le bureau des
substituts, mais que ce dossier va suivre son cours normal.
Le Président: C'est la fin de la période des
questions.
Maintenant, pour tous les collègues, s'il vous plaît, je
demanderai votre attention. Il y a deux avis importants à donner qui
devraient intéresser tous les députés. Alors, je
demanderais s'il y a consentement pour que nous procédions
immédiatement à ces deux avis avant d'aller plus loin.
Premièrement, pour la question de la prolongation de la séance et
la question du règlement de l'Assemblée.
Alors, j'ai reçu de M. le leader du gouvernement la lettre
suivante dont je vous donne lecture.
M. le Président, conformément au troisième
alinéa de l'article 20 du règlement de l'Assemblée
nationale, je vous demande de prolonger la séance du jeudi 14 mai 1992,
à compter de 20 heures, pour permettre l'application de l'article
271.
Je vous remercie à l'avance de l'attention que vous porterez
à la présente et vous prie d'agréer, M. le
Président, l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Et, c'est signé: Le leader du gouvernement, M. Michel
Pagé.
En conséquence, après une suspension de 18 h 30 à
20 heures, la séance sera prolongée à compter de 20 heures
pour permettre à M. le ministre des Finances de prononcer le discours du
budget.
Maintenant, pour une autre question d'avis, je vais céder la
parole au leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, je voudrais aviser les
membres de cette Assemblée qu'à compter de mardi prochain, le 19
mai, l'horaire des délibérations et des travaux de
l'Assemblée nationale reviendra à l'horaire traditionnel. C'est
ainsi qu'à compter de mardi prochain la Chambre siégera de 14
heures à 18 heures, de 20 heures à 22 heures; mercredi, de 10
heures à 13 heures et de 15 heures à 18 heures, et, jeudi, de 14
heures à 18 heures et de 20 heures à 22 heures.
À compter du début du mois de juin, l'horaire de la
session intensive, à partir du 1er juin, sera de 10 heures le matin
à 13 heures l'après-midi, de 15 heures à 18 heures et de
20 heures jusqu'à ce que l'agenda de nos travaux soit
épuisé.
Le Président: Très bien. Je vous remercie. Oui,
suivant une question, M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: C'est à la fois un privilège, mais
vous m'expliquerez comment procéder. C'est une première qui se
réalise en cette Chambre. Il y a un projet de loi qui vient d'être
déposé par le ministre de la Santé et qui indique une
rétroactivité de la loi à la date du dépôt.
Je vous donne un exemple. Il y a une perception, par exemple, pour les soins
dentaires. Est-ce que c'est demain matin? Puis, on a déjà
reçu des appels, au moment où on se parle, de gens qui nous
demandent: Est-ce que c'est demain matin qu'on commence à collecter les
sous concernant les prescriptions qu'il y a dans le projet de loi?
C'est une question quand même importante pour nos concitoyens, M.
le Président, parce qu'on doit légiférer en s'assurant,
bien sûr, que ça retrouve une application relativement vite. Entre
parenthèses, il est dit: À la date du dépôt. C'est
une formule assez vague. Mais, si c'est ça, est-ce que ça
pourrait être confirmé immédiatement à la Chambre
pour que tous ceux qui ont à appliquer cette loi, même si c'est
une loi... Normalement, une loi ne s'applique qu'après sa sanction, mais
comme il y aura des clients, M. le Président, et toute la
procédure administrative qui s'ensuit, comment on doit
interpréter l'application de cette loi, à compter de demain
matin?
Le Président: Oui. M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, je dois prendre acte du
libellé du projet de loi tel que déposé par le ministre de
la Santé et des Services sociaux cet après-midi. Une loi, elle
est déposée, elle est étudiée, elle est
débattue et elle est soit amendée ou généralement
adoptée. L'intention est très claire, du gouvernement du
Québec, de faire adopter par l'Assemblée nationale cette loi.
Lorsque vient le temps de déterminer la date d'entrée en vigueur
d'une loi, on sait que le gouvernement peut proposer différentes
formules. La loi peut entrer en vigueur au moment de sa sanction. Certains
chapitres de la loi sont susceptibles ou peuvent entrer en vigueur à
partir d'une date de promulgation, c'est-à-dire que la loi est
adoptée, mais elle n'est pas encore en vigueur. Le cabinet décide
à un moment donné dans le temps. La loi peut prévoir que
le gouvernement entend la faire appliquer sur une base rétroactive
à son adoption, à partir du moment de son dépôt.
Moi, comme leader parlementaire du gouvernement, je dois prendre acte de cette
formulation dans le projet de loi qui a été déposé
par le collègue. L'Assemblée nationale a accepté d'en
être saisie. Ce que je vous propose, M. le Président, c'est qu'on
puisse y réfléchir conjointement et qu'on revienne au plus tard
mardi sur cette question.
Le Président: M. le leader de l'Opposition. (16
heures)
M. Chevrette: M. le Président, je m'excuse, mais il y a
plusieurs principes en cause dans ça. On ne peut pas présumer de
l'adoption intégrale d'un projet de loi à l'Assemblée
nationale. Premier principe. Il est fort possible qu'on puisse apporter des
modifications à un projet de loi et que ce qui est libellé au
niveau du dépôt ne soit plus la réalité une fois le
projet de loi adopté.
Donc, M. le Président, si on expose ces faits à des
chirurgiens-dentistes, par exemple, la réponse, demain matin, c'est que,
comme on ne peut pas présumer, ils n'ont pas, donc, à percevoir
des sommes. D'autre part, s'il y a adoption et s'il y a
rétroactivité, on comprend tout le «chiard»
administratif auquel on vient de livrer toute cette population, et autant les
bénéficiaires. C'est le caractère rétroactif de la
législation quand il s'agit de perception de sous, pour montrer comment
c'est odieux dans un projet de loi, à ce moment-ci. Moi,
personnellement, M. le Président, je voudrais qu'on dise
carrément à tous ceux qui nous écoutent qu'on ne peut pas
présumer du contenu final d'un projet de loi avant son adoption.
Une voix: Bravo!
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, je pense avoir
été clair avec le leader parlementaire de l'Opposition et les
collègues de cette Chambre. Je dois, moi, prendre acte de dispositions
qui sont prévues dans un projet de loi et, dans le projet de loi, il est
très clairement indiqué la volonté du ministre de la
Santé et des Services sociaux de faire en sorte que ces mesures puissent
s'appliquer à compter de demain.
Ceci étant dit, je suis prêt, M. le Président,
compte tenu du caractère particulier de la question, si le leader
parlementaire de l'Opposition y consent, à la fin de la séance
prévue pour ce soir... On sait qu'on a des travaux cet
après-midi. Ce soir, le budget est appelé. L'avis prévoit
la lecture du Discours sur le budget et, si le député de
Joliette, le leader parlementaire de l'Opposition et mes collègues
acceptent et me donnent leur consentement, je serai prêt, de
consentement, à donner une réponse plus précise à
cette interrogation-là après la réplique du
représentant officiel de l'Opposition. D'accord? Alors, merci.
Le Président: Alors, je prends acte. Donc, il y a
consentement de l'Assemblée pour revenir, ce soir, de façon
exceptionnelle. Ça prend un consentement unanime là-dessus. Donc,
il y a consentement.
Une voix: Le consentement est donné.
Le Président: Le consentement est donné.
Après la lecture du budget, avant l'ajournement de nos travaux, je vous
céderai la parole pour donner une information pertinente relativement
à la question qui a été soulevée.
Maintenant, il n'y a pas de votes reportés.
Il n'y a pas de motions sans préavis.
M. Pagé: Non.
Le Président: Avis touchant les travaux des
commissions.
M. le leader du gouvernement.
Avis touchant les travaux des commissions
M. Pagé: Certainement, M. le Président. En
m'interrogeant, je suis à chercher mes avis. M. le Président, je
vous demanderais... Voilà! J'apprécie que ce travailleur de
l'Assemblée, l'honorable page me fournisse mon document pour le
bénéfice de nos auditeurs. Je cherchais mes avis.
M. le Président, j'avise cette Assemblée qu'aujourd'hui,
après les affaires courantes, et ce, jusqu'à 18 h 30, à la
salle Louis-Hippolyte-LaFontaine, la commission du budget et de
l'administration procédera à l'étude
détaillée du projet de loi 4, Loi modifiant diverses dispositions
législatives concernant les régimes de retraite des secteurs
public et parapublic.
J'avise aussi qu'après les affaires courantes jusqu'à 18 h
30 et, si nécessaire, le mardi 19 mai 1992, de 10 heures à 12 h
30, à la salle Louis-Joseph-Papineau, la commission de
l'aménagement et des équipements procédera à
l'étude détaillée du projet de loi 3, Loi modifiant la Loi
sur la conservation et la mise en valeur de la faune.
J'avise également cette Assemblée que le mardi 26 mai
1992, de 10 heures à 12 h 30, à la salle
Louis-Hippolyte-LaFontaine, la commission de l'aménagement et des
équipements entendra les intéressés et procédera
à l'étude détaillée des projets de loi
d'intérêt privé suivants, et ce, dans l'ordre
ci-après indiqué: le projet de loi 219, Loi modifiant la Loi
constituant la Corporation des officiers municipaux agréés du
Québec - le mardi, non pas le 19 mais le 26 mai 1992, M. le
député, de 10 heures à 12 h 30. Nous entendrons ensuite
les représentations ou les groupes intéressés concernant
le projet de loi 227, Loi concernant la ville de Vanier; le projet de loi 221
sera ensuite étudié, Loi concernant la Régie
intermunicipale de gestion des déchets sur l'île de
Montréal.
Voilà, M. le Président, pour les avis. Je vous en
remercie.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): merci, m. le leader du
gouvernement. à l'étape des renseignements sur les travaux de
l'assemblée, m. le leader adjoint de l'opposition, est-ce que vous avez
des questions à poser? non.
M. Gendron: Non, M. le Président.
Renseignements sur les travaux de
l'Assemblée
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Alors, j'ai
moi-même les renseignements suivants à vous transmettre. Je vous
rappelle que l'interpellation
de demain, le vendredi 15 mai, portera sur le sujet suivant:
L'utilisation des primes d'assurance automobile perçues par la
Société de l'assurance automobile du Québec. M. le
député de Lévis s'adressera alors à M. le ministre
des Transports. Je vous avise de plus que l'interpellation du vendredi 22 mai
portera sur le sujet suivant: La situation de Montréal. Mme la
députée de Hochelaga-Maisonneuve s'adressera alors à M. le
ministre délégué à l'Administration et à la
Fonction publique.
Je vous avise que cet après-midi, à 16 h 30, il y aura
sanction de projets de loi au cabinet de Son Excellence M. le
lieutenant-gouverneur.
Affaires du jour
Nous continuons les travaux de l'Assemblée en abordant maintenant
l'étape des affaires du jour. Avec quel article du feuilleton, M. le
leader du gouvernement?
Projet de loi 10 Adoption du principe et
adoption
M. Pagé: M. le Président, je voudrais vous
référer à une entente intervenue entre l'Opposition
officielle, le gouvernement, la majorité, avec un enthousiasme
clairement formulé aussi de la part du député de
Westmount, pour que nous puissions procéder immédiatement
à l'adoption du projet de loi 10 que j'ai déposé cet
après-midi, à savoir la Loi modifiant la Loi sur
l'Assemblée nationale. On sait qu'en vertu des dispositions
prévues dans ce projet de loi l'honorable député de
Westmount a décidé, a jugé de siéger comme
indépendant afin de se rapprocher finalement de la liberté
d'expression de son droit de parole. On constate que, depuis, il s'est beaucoup
rapproché du gouvernement, d'ailleurs.
Celui-ci a demandé, a insisté pour que nous puissions le
traiter avec équité et justice. Je crois que c'est l'ensemble des
membres de l'Assemblée nationale qui veut traiter le
député de Westmount avec équité et justice. Donc,
le projet de loi prévoirait... Les dispositions de ce projet de loi
prévoient qu'un quantième, qu'un pourcentage du budget
normalement alloué à la recherche pour les membres de
l'Assemblée nationale lui serait consenti. Ça fait
l'unanimité et j'en recommande... Je demande le consentement pour qu'on
puisse procéder à l'étude du principe du projet de loi. Je
demande le consentement pour que l'étude détaillée puisse
en être faite et je demande le consentement pour que le projet de loi
soit adopté, séance tenante, aujourd'hui même.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Je comprends qu'il y a
consentement pour que nous puissions procéder immédiatement en
dérogation à l'article 237 de notre règlement.
M. Gendron: Oui, mais, M. le Président...
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Oui, M. le
député, allez-y.
M. Gendron: ...puisque le leader du gouvernement en a
profité pour faire une petite tirade, je voudrais tout simplement
indiquer que je ne sais pas s'il y a le consentement de tous les
parlementaires. Ça n'a pas été vérifié. Mais
il est exact que les deux partis en présence qui ont été
consultés ont effectivement accepté que le député
indépendant, en l'occurrence - rappelez-moi votre circonscription - le
député de Westmount, puisse bénéficier d'une
partie, puisque - ça, c'est un peu dit d'une façon amicale - on a
presque la conviction que ça ne durera pas tellement longtemps, cette
situation-là. Alors, il n'y avait pas bien bien d'inconvénients
à permettre que le député de Westmount puisse
bénéficier temporairement d'une situation un peu
privilégiée au niveau du budget de recherche des formations
politiques en présence. Ça fait quand même un peu
compliqué de penser qu'il s'agit d'une formation politique quand il
s'agit d'un député indépendant.
À tout événement, les deux formations politiques
ont convenu d'adopter le projet de loi, et, M. le Président, c'est pour
vous confirmer que nous souhaiterions faire les trois étapes dès
aujourd'hui. Donc, il y a consentement pour que vous puissiez procéder
aux étapes que vous connaissez concernant l'adoption d'un projet de
loi.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Est-ce qu'il y a
consentement pour que nous puissions procéder aux écritures,
également?
M. Pagé: Consentement.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Consentement. Est-ce que
la motion proposant l'adoption de l'étude du projet de loi 10, Loi
modifiant la Loi sur l'Assemblée nationale, est adoptée?
M. Pagé: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Est-ce que le projet de
loi 10, Loi modifiant la Loi sur l'Assemblée nationale, est
adopté?
M. Pagé: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): La loi est
adoptée. Alors, nous continuons nos travaux avec quel article du
feuilleton, M. le leader du gouvernement? (16 h 10)
M. Pagé: Alors, M. le Président, je vous invite
à appeler, à inviter le député de Westmount... Non.
C'est fait, c'est adopté. Il aurait pu prendre une minute pour nous
remercier, mais
ce n'est pas dans nos règles. Ceci étant dit, j'appelle
l'article 27 de notre feuilleton.
Projet de loi 404
Prise en considération du rapport de la
commission qui en a fait l'étude
détaillée
et des amendements déposés
Le Vice-Président (M. Lefebvre): À l'article 27 de
notre feuilleton, l'Assemblée prend en considération le rapport
de la commission des institutions sur le projet de loi 404, Loi modifiant la
Loi sur les conditions de travail et le régime de pension des membres de
l'Assemblée nationale et d'autres dispositions législatives,
ainsi que les amendements transmis en vertu de l'article 252 du
règlement par M. le leader du gouvernement et ministre de
l'Éducation, amendements qui ont été
déclarés recevables. Est-ce qu'il y a des interventions et sur le
rapport, et sur les amendements?
M. Gendron: M. le Président, oui, là, onest sur le
404?
Le Vice-Président (M. Lefebvre): 404.
M. Pagé: Oui.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Le projet de loi 404.
M. Gendron: Oui, alors, écoutez, c'est juste, encore
là, pour être convenant, M. le Président. Moi, je ne savais
pas, à ce moment-ci, si le ministre y allait d'une courte,
brève... en tout cas, s'il y allait d'une intervention. Il me laisse
voir que, sur le rapport, ce n'est pas sûr qu'il y aille d'une
intervention. Ce qui est sûr, c'est que nous, de ce côté-ci,
nous y allons d'une intervention. Le leader de l'Opposition officielle doit
faire l'intervention. Il est retenu pour quelques secondes. Il est retenu, M.
le leader du gouvernement, pour quelques minutes - et je parle du mien, je
parle de mon leader. Si vous aviez une intervention à faire, vous la
faites tout de suite, il n'y a pas de problème. Si vous souhaitez
suspendre pendant quelques minutes afin que le leader de l'Opposition soit
présent pour votre intervention, c'est ce que je vais vous demander, M.
le Président. C'est pour ça que j'aimerais avoir l'avis du leader
du gouvernement.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Vous me demandez
une...
M. Gendron: Parce que nous, il y a une intervention, en termes
très clairs. C'est le leader de...
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Vous me demandez une
suspension? Vous me demandez une suspension des travaux?
M. Gendron: S'il n'y a pas d'intervention de la part du porteur
du projet de loi.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): M. le leader du
gouvernement, est-ce que vous...
M. Pagé: J'apprécie...
Le Vice-Président (M. Lefebvre): ...intervenez
immédiatement?
M. Michel Pagé
M. Pagé: ...au plus haut point, M. le Président...
Certainement. D'autant plus que c'est tellement rare que le
député d'Abitibi-Ouest souhaite m'entendre. Alors, je note
qu'aujourd'hui vous souhaitez m'entendre, M. le Président. Comme j'ai
beaucoup de respect pour le député d'Abitibi-Ouest, parce qu'il a
déjà occupé mon fauteuil comme ministre de
l'Éducation, je ne peux dire non à une invitation aussi
chaleureusement formulée.
Ceci étant dit, M. le Président, effectivement, nous
abordons, à ce moment-ci, l'étape prévue après
l'étude article par article, en commission parlementaire, du projet de
loi 404, projet de loi qui réfère à des dispositions
relatives au régime de retraite des membres de l'Assemblée
nationale.
Pour l'information des collègues ici, on doit se rappeler,
quoique brièvement, les objectifs poursuivis par ce projet de loi qui,
j'en conviens, ne fait pas l'unanimité, évidemment, même
chez celles et ceux qu'on a le privilège et l'honneur de
représenter. Mais ce projet de loi est le résultat d'une
obligation pour l'Assemblée nationale du Québec, comme l'ensemble
des Législatures au Canada, d'harmoniser sa loi avec la loi
fédérale.
Ce projet de loi vise à maintenir certains avantages et surtout
à maintenir et à garantir des droits acquis par un certain nombre
de parlementaires de cette Assemblée. Ce projet de loi, on s'en
rappellera, vise à uniformiser et simplifier les trois régimes
précédents en un seul régime. Parce qu'on l'a dit à
plusieurs reprises et c'a été répété, vous
savez, certains députés, comme mon collègue, le
député d'Abitibi-Ouest, qui a été élu en
1976, lorsque la population... C'est-à-dire lorsque le
député d'Abitibi-Ouest décidera de se retirer de la
politique, je dis bien, lorsque le député d'Abitibi-Ouest
décidera de se retirer de la politique ou encore que la population en
décidera pour lui, compte tenu qu'il a été élu en
1976... Compte tenu qu'il a eu l'opportunité d'occuper une fonction
parmi les plus nobles dans notre société, soit celle d'enseigner,
de dispenser des connaissances, de former celles et ceux qui constituent notre
avenir, il a donc participé à un régime comme
enseignant
québécois. Il a participé au régime qui
s'est appliqué de 1964 jusqu'en 1981, il a participé à un
régime Rappliquant entre 1982 et 1987-1988 et à un autre
régime s'appliquant après 1988. Ce qui veut dire que, pour les
membres de l'Assemblée nationale, pour bon nombre d'entre elles et
d'entre eux, c'est trois régimes de retraite différents avec des
dispositions différentes, selon le moment où la personne a
siégé, qui s'appliquent pour elles et pour eux. Sans compter que
pour un membre de l'Assemblée nationale qui occupait une fonction dans
le secteur public, dans le secteur parapublic, c'est un quatrième
régime. Donc, un des objectifs, c'est de simplifier.
L'autre élément, M. le Président - et on a à
y référé souvent... Il y a des éléments de
contenu qui ont fait l'objet de critiques. Certains journalistes, certaines
personnes du public ont formulé des réserves de voir passer le
taux d'enrichissement annuel, le taux de croissance annuelle, finalement, du
crédit pour fin de rentes, de 3,5 % à 4 %. Il faut se rappeler
qu'avant 1982 le taux de croissance était de 7,5 % par année.
Ça avait été ramené à des proportions de 3,5
% sur la foi d'un énoncé de la part du ministère du Revenu
du Québec et du ministère du Revenu du Canada comme quoi,
à compter de cette année-là, les députés
auraient le droit de participer, jusqu'à concurrence de 7500 $, à
un régime privé d'épargne-retraite, comme tout citoyen.
Or, des députés, des membres de l'Assemblée nationale y
ont, de bonne foi, participé. On a accepté, de bonne foi, de voir
modifier en diminution, en retrait, l'enrichissement annuel, parce qu'on
pouvait aller se prévaloir de lois normalement applicables à tous
les citoyens, sauf que, deux ans après, les membres de
l'Assemblée nationale se sont fait dire: Vous ne pouvez pas vous
prévaloir des lois fiscales comme tout autre citoyen au Canada ou au
Québec. Vous ne pouvez pas faire ça. Non seulement vous ne pouvez
pas, mais vous devez toucher aux sommes que vous avez placées dans votre
régime d'épargne-retraite, vous devez payer de l'impôt
là-dessus et par surcroît, vous devez rembourser les
crédits d'impôt acquis au cours de cette période.
Ça, on l'a dit, ça n'a pas toujours été compris
comme ça, par exemple. C'est ce pourquoi on le rétablit, de 3,5 %
à 4 %, puisque le motif pour lequel on était passé de 4 %
à 3,5 %, c'était parce que la loi fédérale et la
loi du Québec nous autorisaient à en bénéficier,
comme tout autre citoyen. Deux ans après, les ministères du
Revenu - je ne veux pas les critiquer, mais je peux le constater, comme leader
- tant du Québec que d'Ottawa sont venus nous dire: On s'excuse, la
partie est commencée, mais on change les règles du jeu. C'est ce
pourquoi on passe de 3,5 % à 4 %.
Autre élément, M. le Président. Lorsqu'on compare
notre régime aux autres régimes, on constate, M. le
Président, que le «régime du
Québec», comme le disaient de façon pertinente les
journalistes de Quatre Saisons que j'écoutais dans un bulletin de
nouvelles, un vendredi soir, lorsqu'on a étudié le projet de loi,
article par article - et ça témoignait d'une recherche, quand
même, assez approfondie, et de contact avec celles et ceux qui ne sont
pas concernés par ces mesures, mais qui vivent ou qui administrent ces
régimes - le régime de retraite des membres de l'Assemblée
nationale, au lendemain de l'adoption de ce projet de loi, demeurera l'un des
moins généreux, sinon le moins généreux, dans
l'ensemble du Canada. J'ai déjà démontré, noir sur
blanc, en commission parlementaire, qu'un parlementaire, une personne - femme,
homme - qui est élue, à 32 ans, ici, à l'Assemblée
nationale... La même personne élue, à 32 ans, au Parlement
fédéral... Ces deux mêmes personnes y consacrent six ans,
de 32 à 38 ans. Le parlementaire canadien va recevoir, pour sa retraite,
exactement le double. Pas un peu plus, le double de ce qu'un parlementaire
recevrait au Québec en semblables circonstances!
Deuxièmement, il faut retenir que ce projet de loi là...
Et ça, comment dirais-je, c'est une perception dans la population qui
est non fondée. Les gens croient qu'on a un régime de retraite
qui est en or. Les gens croient qu'on a un régime de retraite dont on
peut bénéficier en sortant. Ce n'est plus ça, là.
Je m'excuse. La retraite, au Québec, pour un membre de
l'Assemblée nationale, elle devient acquise à sa valeur, à
l'âge de 60 ans. C'est ça. Ce n'est pas le cas dans d'autres
provinces, ce n'est pas le cas à Ottawa et ce n'est pas le cas dans
d'autres Législatures.
M. le Président, vous savez, beaucoup de choses ont
été dites sur ce projet de loi. Aujourd'hui, je présente
certains amendements, ça me fait plaisir d'y référer. Ces
amendements, j'en ai fait part en commission parlementaire d'ailleurs, mais
pour le bénéfice de celles et ceux qui nous écoutent et,
aussi, pour le Journal des débats, on se rappellera que l'article
19, tel que déposé dans le projet de loi original,
prévoyait que toute personne qui est député, après
le 31 décembre 1991 était soumise au régime du projet de
loi 404. Après discussion, il a été reconnu de modifier
cet article de sorte que cette personne, député, puisse donner un
avis au Bureau de l'Assemblée nationale de son intention de ne pas
participer au régime. (16 h 20)
Alors, en clair, ça veut dire quoi? À compter de
l'adoption de cette loi, tout membre de l'Assemblée nationale qui n'est
pas satisfait, qui ne juge pas d'intérêt de verser 9 % de son
salaire brut - pas net, 9 % du brut - dans le régime de retraite, cette
personne-là peut décider, si elle le veut, de ne pas y
participer. S'il y a des gens dans cette Chambre pour qui ça pose un
problème de conscience existentielle, cosmique et planétaire de
voter pour ce projet
de loi, bien, ce n'est pas compliqué, ils ont juste à se
prévaloir de la disposition et de dire clairement au Bureau de
l'Assemblée nationale et au régime, à celles et ceux qui
administrent en vertu des procédures qui seront établies: Nous,
on n'en veut pas, de ça. On n'en veut pas, de ça. D'ailleurs, ce
serait une très belle opportunité pour celles et ceux qui
voteront contre de montrer qu'ils sont vraiment contre. Ces personnes, par
contre, par la suite, pourront choisir d'y revenir et d'y participer, en
donnant un avis au Bureau, mais pas à n'importe quelle condition,
cependant: avec un taux de croissance maximum et avec des
pénalités.
L'article 33 disait, avant, qu'une personne âgée de moins
de 60 ans pouvait, sur demande, au lieu de recevoir une rente réduite,
choisir de recevoir le montant le plus élevé entre la somme des
cotisations avec intérêts ou la valeur actuarielle de la rente.
Une fois amendé, le projet de loi prévoit maintenant que, si la
valeur actuarielle de la rente de retraite réduite est inférieure
à la somme des cotisations, la rente réduite est payable;
celle-ci est ajustée de façon à ce que sa valeur soit
égale à la somme des cotisations et intérêts. Au
lieu de recevoir cette rente réduite, la personne qui est
âgée de moins de 60 ans peut, sur demande, choisir de recevoir le
paiement de la valeur actuarielle de celle-ci. En fait, c'est un
élément, une modification qui vise à ce qu'une personne
puisse recevoir au moins la contribution qu'elle a apportée, parce qu'il
y a des pénalités, évidemment, qui s'appliquent.
Le nouvel article 26.1 dit que le député qui a fait le
choix de participer au présent régime, conformément
à l'article 19, a le droit à un crédit de rente pour
chaque année ou partie d'année au cours de laquelle il n'a pas
participé au présent régime, s'il en fait la demande et
paie selon les conditions. Ça, ça se rattache, M. le
Président, à l'article 19.
C'est donc toutes les pénalités qui sont prévues au
cas où une personne dirait: Je ne participe pas au régime de
retraite. Je suis député, je n'y participe pas. Cette
personne-là siège pendant un certain nombre d'années. Si
après 8 ans, 9 ans, 10 ans, 12 ans, peu importe, elle change
d'idée, elle doit déposer toutes les sommes qui, normalement,
auraient dû être versées pendant cette période avec,
évidemment, une réduction importante au niveau de
l'enrichissement. Ces mesures, ce sont les mêmes qui s'appliquent
à une personne dans un régime de retraite public, les mêmes
mesures que pour d'autres groupes de travailleurs du secteur public ou
parapublic qui décident de participer au programme de retraite
après un certain nombre d'années: ils doivent ou elles doivent en
subir les conséquences au point de vue des pénalités au
chapitre de l'enrichissement.
L'article 51 permettait à un retraité du système de
pension des membres de la Législa- ture d'obtenir le remboursement des
cotisations qu'il avait versées au régime de pension des membres
de l'Assemblée nationale s'il n'avait pas droit à une rente de
retraite en vertu de ce régime. L'article est amendé.
L'amendement apporté vise à permettre au conjoint survivant ou
aux ayants droit qui bénéficient d'une rente en vertu du
régime d'avant janvier 1983 d'obtenir le remboursement des cotisations.
Cette modification a été étudiée et adoptée
en commission parlementaire. Elle a fait l'unanimité parce qu'elle
s'inscrivait dans le sens de l'équité et de la justice. On
risquait de se retrouver dans une situation où une personne ayant
contribué et jamais bénéficié, ses ayants droit
n'auraient pas pu, évidemment, au moins obtenir le remboursement des
cotisations du de cujus.
L'article 66. Cet article témoigne d'une volonté de
transparence du gouvernement du Québec. L'article vise à
prévoir, au sein même de la loi, la réduction actuarielle
pour une retraite anticipée. J'ai indiqué que l'âge de la
retraite était acquis à 60 ans. Cependant, un
député peut choisir de la prendre avant 60 ans, mais il y a une
réduction, il y a des pénalités à payer. Sa rente
est ainsi réduite. J'ai eu de nombreuses représentations qui
m'ont été faites pour que la réduction actuarielle pour
une rente anticipée soit inscrite non seulement par une décision
ou dans les règles de fonctionnement administrées par le Bureau
de l'Assemblée nationale, mais que ce soit inscrit dans la loi. Or, par
souci de transparence, on a apporté un amendement, et c'est dans la loi.
C'est ainsi qu'une personne qui prendrait sa retraite, exemple concret, une
rente acquise à 60 ans, qui déciderait de toucher sa rente
à l'âge de 55 ans, verrait sa rente diminuer de 1 % par
année entre l'âge de 55 et 60 ans. La même personne qui
déciderait de le faire à l'âge de 50 ans plutôt que
55 ans verrait sa rente diminuer de 2 % entre l'âge de 50 et 55 ans, de 1
% entre 55 et 60 ans. La même personne qui déciderait de prendre
sa retraite avant l'âge de 50 ans verrait sa rente diminuer de 3 % par
année.
C'est donc dire qu'un député qui déciderait de
prendre sa retraite à 40 ans, à titre d'exemple, verrait sa rente
réduite de 3 % par année entre l'âge de 40 et 50 ans, ce
qui donne 30 %, évidemment, de 2 % entre 50 et 55 ans, ce qui donne 10 %
- donc 30 % plus 10 %: 40 % - et de 1 % entre 50 et 55 ans, ce qui donne 5 %.
Ça veut donc dire que le député, dans semblables
circonstances, n'aurait le droit de bénéficier que de 55 % de sa
rente. On l'a écrit, on l'a inscrit clairement dans le projet de loi, et
ça, je présume que ce sera perçu par celles et ceux qui
analyseront les modifications comme étant une démonstration
très claire de transparence.
M. le Président, le processus parlementaire a été
suivi à la lettre. J'avais indiqué que le projet de loi ne serait
pas adopté de façon expéditive ou encore à la
vapeur. La présentation
du projet de loi a été faite le 9 décembre 1991. Le
principe a été étudié le 16 décembre 1991.
D'ailleurs, on a débattu cette loi pendant six heures ici, à
l'Assemblée nationale. Le vote a été appelé le 17
décembre 1991, en deuxième lecture. Nous avons
procédé à des consultations particulières, le 18
mars 1992, pendant cinq heures, où on a reçu Mme Kathleen
Morrison, du Secrétariat au Conseil du trésor du gouvernement du
Canada et Me Micheline Langlois, du ministère de la Justice à
Ottawa. On a reçu M. Michel Sanschagrin, le président de la
Commission administrative des régimes de retraite, et toute son
équipe. Nous avons reçu le comité consultatif qui avait
été mis sur pied et qui avait été
créé par le Bureau de l'Assemblée nationale, avec M. Alain
Baccigalupo, M. Victor Goldbloom et M. Richard Guay, qui ont formulé des
recommandations dans le cadre du comité d'études
extraparlementaire. Le dépôt du rapport des consultations a
été fait ici, à l'Assemblée nationale, le 25 mars
1992. L'étude détaillée à la commission des
institutions s'est faite les 24 et 25 mars 1992, pendant cinq heures de temps,
article par article. L'Assemblée nationale a été saisie du
dépôt du rapport de ladite commission le 2 avril et, aujourd'hui,
nous prenons le projet de loi en considération.
Voilà, M. le Président, l'essentiel que j'avais à
formuler à l'étape de la prise en considération du
rapport. J'anticipe d'entendre les propos de mon collègue et bon ami, le
leader parlementaire de l'Opposition. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le leader du
gouvernement. Toujours sur le même sujet, je cède maintenant la
parole à M. le leader de l'Opposition officielle.
M. Guy Chevrette
M. Chevrette: Merci, M. le Président. Je ne surprendrai
personne par mes propos, puisque je vais tenir les mêmes que ceux que
j'ai tenus au niveau de la deuxième lecture. Au moment où, au
Québec, M. le Président, on demande aux fonctionnaires
provinciaux, à la fonction publique en général de se
serrer la ceinture, au moment où on se rend compte que des dizaines et
des centaines, pour ne pas dire des milliers, dans bien des cas, de
travailleurs consentent, par les temps que nous traversons, consentent, dis-je,
dans certains cas, à des gels de salaire, d'autres à des
diminutions de salaire, je trouve carrément inopportun, M. le
Président - et je me retiens sur le mot - je trouve carrément
inopportun que l'on procède à un tel projet de loi. Nous ne
devons pas être dans la classe sociale la plus affamée au
Québec et celle qui a le plus besoin d'améliorer quelque
bénéfice ou quelque avantage que nous avons. (16 h 30)
Je reconnais, d'autre part, et je vais le dire, que j'avais
demandé au leader du gouvernement de rendre plus transparents certains
articles de ce projet de loi. Entre autres, je lui demandais, si quelqu'un
voulait ne pas adhérer au régime, qu'il puisse le faire par
écrit. Nous avons adopté cet amendement. Nous avons
également introduit un article qui permettrait, non pas au Bureau de
l'Assemblée nationale mais bien dans la loi elle-même, la fameuse
harmonisation ou la fameuse échelle, et ça a été
également accepté, à savoir que plus un individu est
près de 50 ans, moins il est pénalisé. Et ça,
ça a été légalement adopté en commission
parlementaire.
Cependant, le problème reste entier. Je pense que nous aurions
pu, nous, de ce côté-ci de la Chambre, faire un peu le spectacle
qu'on s'était fait faire en 1982, et je me souviens qu'il y avait eu
tout un spectacle. Scinder le projet de loi. C'était effrayant
d'entendre les Fernand Lalonde, à l'époque, déchirer leur
chemise et, en 1982, nous étions dans une période de
récession économique tout aussi forte que celle que nous
traversons présentement. En 1982, je pense qu'il y avait des crises
budgétaires, des crises monétaires, des crises de fermeture
d'usines, des crises de pertes d'emploi et nous avons, à ce
moment-là, on se rappellera, sabré assez fort, pourtant, dans les
fonds de pension. C'est en 1982 qu'on a sabré dans les fonds de pension.
Je peux vous dire que ce fut toute une coupure. Pourtant, on a eu droit
à un spectacle de l'Opposition, à l'époque, qui
n'était pas piqué des vers. Je demanderai à ceux qui
étaient ici, en cette Chambre, quel effet ça a eu sur leur fonds
de pension. Et c'était une coupure, imaginez-vous. Je le
répète, c'était une coupure dans les fonds de pension que
nous avions proposée en 1982, puis une très forte coupure. Il
faut savoir, quand on calcule nos fonds de pension, quelles sont les
conséquences de la coupure de 1982. Il y en a qui le savent encore bien
mieux que moi parce que j'ai souvent de la difficulté à jouer
dans ces projets de loi techniques. C'est pratiquement de la chinoiserie. Dans
mon cas, je pense que je suis rendu à la cinquième façon
de compter: quatre, plus mon fonds de pension d'enseignant, ça m'en fait
un cinquième. J'en perds mon latin quand je veux essayer de calculer mon
fonds de pension.
Mais, selon les conjonctures, M. le Président, on joue, on coupe,
on modifie parce qu'on s'est rendu compte qu'il y a un groupe d'individus
pénalisés. Par exemple: ceux qui sont touchés par les
amendements de 1982 et qui sont partis. Il y a de l'argent qui dort là
depuis des années et qu'ils n'ont pas pu toucher et qui n'a pas
porté intérêt légalement, rien du tout. C'est vrai
qu'il y a des trous à réparer, c'est un fait. Mais nous demeurons
convaincus, de ce côté-ci de la Chambre... Et, sans en faire un
plat magistral, ce n'est pas ce que j'essaie de faire, j'essaie de faire
comprendre au gouvernement
que, pour nous, notre décision est formelle. On ne dit pas que
l'harmonisation n'était pas indispensable. Elle l'était en vertu
de la loi du fédéral. Ce n'est pas l'Assemblée nationale
ici qui a décidé d'obliger à harmoniser les fonds de
pension. C'est une loi du fédéral qui obligeait le gouvernement
à harmoniser les législations.
Donc, il y a harmonisation cependant, M. le Président, à
ces différentes bonifications parce que, harmonisation, on a
harmonisé au moins cinq ou six groupes dans des projets de loi
antérieurs. Je pense qu'on a harmonisé les juges, qu'on a
harmonisé les policiers, qu'on a harmonisé les enseignants, qu'on
a harmonisé la fonction publique en général. Je pense
qu'on a harmonisé pas mal tout le monde. Mais je n'ai pas senti, dans
les harmonisations des autres groupes, une bonification du régime,
contrairement à celui-ci. Celui-ci constitue véritablement une
bonification et, en particulier, il bonifie la pénalité
actuarielle pour quelqu'un qui quitte l'Assemblée nationale. Quelqu'un
qui quitte l'Assemblée nationale actuellement et qui n'a pas l'âge
requis en vertu de la loi a une pénalité actuarielle de 3 %,
alors que le projet de loi, cette fois-ci, vient bonifier cette
partie-là. En bas de 50 ans, ce sera 2 %, si j'ai bien compris, 1 %,
dis-je, de 50 à 60, et, après, c'est 3 % en bas de 50 ans, c'est
ça. Mais c'est une bonification qui coûte quelques millions de
dollars, M. le Président, et nous nous sommes prononcés, nous,
contre l'opportunité d'un tel projet. Une deuxième bonification,
si ma mémoire est fidèle, réside un peu dans les
successions, à toutes fins pratiques, pour les conjoints et les enfants
de ceux qui sont à l'Assemblée nationale et qui seraient des
pensionnés de l'Assemblée nationale.
Donc, M. le Président, je n'ai pas l'intention de faire un
discours plus long sur l'adoption du rapport. Au niveau de la troisième
lecture, qui viendra probablement dans 15 jours, 3 semaines, selon
l'étude du budget, ou en juin, on l'étudiera encore plus à
fond, et on fera connaître la position très claire de notre
formation politique. Je dois vous dire que, même à ce stade de
l'adoption du rapport, nous maintenons le vote que nous avons pris en
deuxième lecture, et le rapport, quant à nous, nous serons
contre; ce sera ou bien sur division ou bien de la manière où
on... Je ne pense pas qu'on puisse reporter le vote. Dans les circonstances, il
sera adopté sur division puisque nous enregistrons un vote contre.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le leader de
l'Opposition officielle. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Les
amendements proposés par M. le leader du gouvernement et ministre de
l'Éducation sont-ils adoptés?
Une voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Sur divi- sion. Le
rapport, tel qu'amendé, de la commission des institutions portant sur le
projet de loi 404, Loi modifiant la Loi sur les conditions de travail et le
régime de pension des membres de l'Assemblée nationale et
d'autres dispositions législatives, est-il adopté?
Une voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Adopté sur
division.
Conformément à l'avis transmis au président par le
leader du gouvernement en vertu du troisième alinéa de l'article
20, je demande la suspension de nos travaux jusqu'à 20 heures afin de
permettre au ministre des Finances de prononcer le discours du budget.
(Suspension de la séance à 16 h 37)
(Reprise à 20 h 4)
Le Président: veuillez vous asseoir, s'il vous
plaît. veuillez vous asseoir, s'il vous plaît. mmes, mm. les
députés, s'il vous plaît, veuillez vous asseoir. alors,
très bien. tel que convenu pour la prolongation de la séance...
oui, m. le leader de l'opposition.
M. Chevrette: M. le Président, je voudrais m'excuser tout
d'abord auprès du ministre des Finances, mais j'ai une question.
Le Président: Oui, vous avez une question sur quoi,
à ce moment-ci?
Question de privilège du leader
de l'Opposition officielle sur une
violation des droits de l'Assemblée
M. Chevrette: C'est ça, je vais le dire. Je prends la
peine de m'excuser, M. le Président. J'ai une question de
privilège, M. le Président, et j'ai l'intention de la
soulever.
Le Président: Un instant. Oui. Alors, à ce
moment-ci, évidemment, vous savez fort bien que l'Assemblée a
été convoquée ce soir pour la lecture du Discours sur le
budget. Il a déjà été convenu, par des
décisions précédentes... Je me réfère
à celle de mon prédécesseur, M. Pierre Lorrain, en 1987,
le 30 avril 1987, et également à une décision de M. Claude
Vaillancourt, en 1981, le 10 mars 1981, à l'effet que quand
l'Assemblée est saisie du Discours sur le budget aucune autre question
ne peut être posée. Nous devons, à ce moment-ci, entendre
le ministre des Finances.
M. Chevrette: M. le Président...
Le Président: Oui, M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: Je vais vous expliquer également, d'abord,
dans un premier temps, mon droit. Si je n'ai pas l'opportunité de
déposer ma question de privilège, M. le Président, je vais
vous référer justement à la décision de 1987, dont
vous avez fait mention, parce que je l'ai regardée cet
après-midi. J'ai relevé une foule de cas, M. le Président,
et si je dois plaider, d'abord, sur la recevabilité de mon intervention,
M. le Président, je vais le faire parce que la décision de 1987
de votre prédécesseur, M. Lorrain, n'était pas sur une
question de privilège, elle était sur une question de
règlement qui était posée précisément par
l'actuel ministre des Finances, et non pas relative à un droit de
l'Assemblée nationale, mais il voulait interroger sur une fuite du
budget.
C'est arrivé, la même chose, dans le cas du
député d'Abitibi-Ouest qui a voulu questionner sur une fuite du
budget. Tel n'est pas le cas. C'est une question de privilège des
membres de l'Assemblée nationale que je veux vous présenter. Et
si je poussais à l'absurde le fait de ne pas pouvoir poser mon
privilège présentement, même un député qui
est menacé physiquement n'aurait pas le privilège de se lever,
présentement, pour vous le dire. Ce n'est pas ce que Beauchesne dit,
à la page 28, et vous pouvez le lire, M. le Président. Je vais
vous le lire textuellement: Une question de privilège. Par sa nature,
une question de privilège est d'une telle importance qu'elle peut
être soulevée en n'importe quel temps, sauf le temps d'un vote.
À ce que je sache, on n'est pas au moment d'un vote, et elle doit
être précisée présentement ici, parce qu'il y a eu,
cet après-midi, un consentement du leader de l'Opposition pour qu'on en
traite après la lecture du budget. C'est vrai qu'on en a discuté.
Mais, M. le Président, à l'ajournement de la Chambre, à 14
h 36, nous ne connaissions pas ce fait. C'est à 16 h 44 qu'on a connu le
fait que je veux rendre public et qui constitue une violation flagrante des
droits et privilèges de l'Assemblée nationale.
Le Président: Effectivement. Je comprends fort bien. Loin
de moi l'idée de vouloir empêcher un député
d'énoncer une question de droit ou de privilège, d'aucune
façon. Et notre règlement, au niveau de la façon dont une
question de privilège doit se poser, se lit comme suit. L'article 68:
«Le député qui signale la violation d'un droit ou d'un
privilège doit se limiter à de brèves explications qui ne
font l'objet d'aucun débat.»
Et 69: «Le député qui constate une violation de
droit ou de privilège peut la signaler tout de suite après le
fait. «Il peut aussi aviser par écrit le président, au plus
tard une heure avant la période des affaires courantes, de son intention
de la soulever. «L'avis doit indiquer le droit ou le privilège
qu'il invoque et exposer brièvement les faits à l'appui de son
intervention.»
Alors, vous m'avez cité tantôt Beauchesne. Je peux
également continuer la citation que vous avez mentionnée, de
Beauchesne, qui dit: «C'est vrai, la question de
privilège...» Je me réfère à la
cinquième édition de Beauchesne, «Règlement
annoté et formulaire de la Chambre des communes du Canada». Au
numéro 81, à la page 26, on dit: «La question de
privilège, de par sa nature même, a une importance telle qu'on
peut la poser en toute circonstance. L'article 17 du règlement dispose
qu'elle aura priorité sur tous les autres travaux de la
Chambre.»
Maintenant, après, ce qui est important, à mon sens, c'est
ce qui vient. Ici, on dit: «Si la question de privilège est
fondée sur ce qui a pu se passer dans l'enceinte même de la
Chambre, en séance, on peut la soulever sur-le-champ. Dans les autres
cas le député intéressé doit en donner
communication à l'Orateur au moins une heure avant le début de la
séance. L'usage veut que les questions de privilège qui se posent
au cours de la période des questions ou celles qui ont fait l'objet d'un
avis préalable soient mises en discussion après les questions
orales.» (20 h 10)
Alors, la procédure, à mon sens, pour poser une question
de privilège au sens de notre règlement, si la question de
privilège soulevée est constatable d'après un fait qui
s'est passé à l'Assemblée même, le
député peut intervenir immédiatement pour soulever son
fait: «J'ai une question de privilège, voici.» Maintenant,
si ça a référence à un fait qui est
extérieur aux travaux de la Chambre, qui s'est passé à
l'extérieur, à ce moment-là, et est à l'appui d'un
écrit, on doit donner avis à la présidence une heure avant
et la présidence, à ce moment-là, doit, dans ce
cas-là, expressément, faire en sorte que, cet avis-là lui
étant donné une heure avant la période des affaires
courantes, on revienne aux affaires courantes, à la période
prévue pour les interventions portant sur une violation de droit ou de
privilège ou de fait personnel, en discuter à ce
moment-là.
Donc, si ça m'apparaît clairement la façon
d'interpréter notre règlement là-dessus, tout en
respectant les droits des parlementaires, je n'ai aucunement l'intention de
préjuger de quoi que ce soit de votre droit ou de votre privilège
que vous voulez soulever. Mais, simplement, il m'apparaît, suivant notre
règlement et ce qu'on entend - s'il vous plaît - ce que j'ai pu
dire sur la citation de Beauchesne et à l'examen des
précédents qui ont été invoqués, que la
question de privilège, à ce moment-ci, n'est pas recevable. La
seule question qui pourrait se poser ici, à ce moment-ci, c'est une
question de privilège qui aurait cours sur ce qui se passe à
l'Assemblée ou par rapport au budget, au moment du début du
budget. Donc, ce n'est pas le cas à ce moment-ci.
Bien non, écoutez. Je peux bien vous
entendre, mais vous faites référence, M. le leader de
l'Opposition, à un événement de cet après-midi.
Ça ne concernait pas le budget. Je peux vous écouter, mais si
c'est une question de privilège, je vous demande d'identifier, à
ce moment-ci, le privilège qui est concerné et
l'événement. Si ce n'est pas relatif à ce qui se passe
immédiatement en Chambre, je devrai, à ce moment-là, vous
demander de la soulever à un autre moment. Alors, M. le leader de
l'Opposition.
M. Chevrette: M. le Président, c'est non seulement relatif
à ce qui se passe en Chambre, c'est relatif à vos propres propos
de cet après-midi. Si la Chambre avait siégé
jusqu'à 18 h 30, soyez assuré qu'à 16 h 45 je vous
l'aurais posée, la question.
Le Président: Je m'excuse. Je dois vous interrompre
immédiatement. Vous venez de me noter, à ce moment-ci,
clairement, que la question de privilège que vous vouliez soulever,
c'est par rapport à des propos que j'ai énoncés cet
après-midi. C'est ça que vous me dites, là, et c'est ce
qui se passe ici, actuellement, mais c'est relatif aux propos que j'ai
énoncés cet après-midi. Si c'est relatif à des
propos qui se sont passés cet après-midi, je vous dirai: Ce n'est
pas un sujet qui est intervenu immédiatement à notre
connaissance, dans les minutes qui ont précédé,
actuellement. C'est dans ce sens-là que je pourrais vous entendre.
M. Chevrette: M. le Président...
Le Président: M. le leader.
M. Chevrette: ...mon privilège est le suivant. M. le
Président, l'Assemblée nationale du Québec est l'endroit
où on doit sanctionner les lois et prendre les décisions. Nul
organisme administratif n'a le privilège ni le droit, par exemple, de
décréter que, ce soir, à minuit... sauf le ministre des
Finances qui peut décréter que, ce soir, à minuit, il y a
une taxe de 35 $ pour un jeune qui va aller chez l'optométriste ou de 2
$ pour un vieux qui va aller chez le pharmacien. Et c'est le cas
présentement, j'en ai la preuve.
Le Président: Non, mais, écoutez... Non non,
écoutez, M. le leader de l'Opposition. Je comprends que le point que
vous soulevez est extrêmement important. Ça peut concerner
l'ensemble des droits et privilèges de l'Assemblée de chacun de
ses membres. Je suis d'accord avec vous. C'est simplement que j'ai un
problème ici. Je dois appliquer le règlement, le règlement
tel qu'il est fait, et les précédents sont constants
là-dessus. La question que vous soulevez, c'est par rapport à un
incident qui n'a pas eu cours en cette Chambre au moment présent, il y a
quelques minutes, depuis le début de nos travaux. Dans ce
sens-là, je ne peux d'aucune façon vous entendre. Le
règlement est très clair.
Je vous réfère même à 1981, la
décision de M. Vaillancourt, le président d'alors, et,
également, de Mme Cuerrier, qui était vice-présidente, qui
avait siégé quelques minutes auparavant. La décision
était sur la même chose. À l'époque, le
député de Bonaventure, qui était leader de l'Opposition,
avait soulevé une question pour poser une question au ministre des
Finances. Il a même invoqué son privilège. Le
président a vérifié et a dit que, dans tous les cas, avant
le discours du budget, aucune question de règlement ou de
privilège ne peut être soulevée.
Nous sommes, à l'Assemblée, convoqués pour la
séance sur le budget, pour le discours du budget, et c'est la seule
chose que l'Assemblée peut tenir. Si vous avez une question de
privilège à soulever sur un autre sujet de prime importance, je
vous l'accorde, vous devez le faire suivant les règles de notre
Assemblée, c'est-à-dire en donner avis au président et,
avant la prochaine période des affaires courantes, aux affaires
courantes, à l'étape de la discussion sur les questions de
violation de privilège ou de fait personnel, nous en viendrons à
ça et nous rendrons une décision sur le point que vous voulez
soulever. Mais, à ce moment-ci, ce n'est pas moi qui ai fait le
règlement. J'applique le règlement qui a été
adopté unanimement par les membres de l'Assemblée et je
l'applique de la façon qui a été constante au cours des
ans, avec les précédents que je vous ai énoncés.
Alors, à ce moment-ci... M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: Alors, M. le Président, le leader
parlementaire de l'Opposition se réfère au projet de loi 9 qui a
été déposé cet après-midi.
Le Président: Non, écoutez... M. Pagé:
M. le Président...
Le Président: Oui, mais écoutez, M. le leader du
gouvernement, pas plus que M. le leader de l'Opposition ne peut intervenir...
Oui, bien, c'est ça. Bon. Alors, à ce moment-ci, cet
après-midi... Oui, je vais revenir là-dessus. Cet
après-midi, il y a eu un consentement de donné,
c'est-à-dire que vous avez posé une question relativement au
projet de loi 9, comme l'a énoncé le leader du gouvernement. Il a
été convenu qu'à la fin du discours du budget le leader du
gouvernement reviendrait donner une information que vous avez
sollicitée. À ce moment-là, si vous avez une question
à soulever par rapport à ce que le leader du gouvernement dira,
bien, je vous entendrai, s'il y a lieu, conformément au
règlement. Moi, ce que je peux faire ici, à ce moment-ci, c'est
uniquement appliquer le règlement suivant les usages et les
précédents et suivant la tradition parlementaire.
D'accord?
Oui, M. le leader du gouvernement. Une seconde, je vous reviendrai
après.
M. Pagé: M. le Président, suite à la
décision et au délibéré du 30 avril 1987, trois
questions ont été posées. La deuxième question a
été de savoir: Est-il possible de soulever une question de
règlement ou de privilège avant le prononcé du discours du
budget? La réponse, elle est claire: II est d'usage de n'accepter aucune
question de règlement ou de privilège avant que le ministre des
Finances ait prononcé son discours. Pour ces motifs de
l'interprétation de notre règlement, en référence
au droit pour un parlementaire de soulever une question de règlement,
alors que l'avis a été donné à la Chambre comme
quoi le ministre des Finances procéderait au prononcé de son
Discours sur le budget, M. le Président, je vous invite à
reconnaître le ministre des Finances du Québec.
Le Président: Alors, sur une question de directive...
M. Chevrette: M. le Président, sur la question de
règlement...
Le Président: Sur la question de règlement.
M. Chevrette: ...les coutumes, les usages et la Loi sur
L'Assemblée nationale, dont vous êtes le protecteur, M. le
Président, et le gardien stipulent très clairement, dans les
conventions mêmes, que seul le ministre des Finances, dans le
gouvernement du Québec, peut engager des...
Le Président: Écoutez, un instant, là. Je ne
peux revenir là-dessus. J'ai dit tantôt...
Une voix:...
Le Président: Non, il n'a pas plaidé
là-dessus... Il a simplement mentionné, à ce moment-ci...
il a fait référence à une décision de 1981 qui
disait qu'aucune question de règlement ou de privilège ne peut
être posée. Tout ce qu'on peut faire, à ce moment-ci, c'est
de reconnaître M. le ministre des Finances. C'est ce que je vais faire,
à ce moment-ci.
Bon! Bon! Écoutez, c'est évident que la question que vous
voulez poser est relative à un autre problème. À ce
moment-ci, l'Assemblée se réunit pour le discours du budget. Je
dois reconnaître, à ce moment-ci, M. le ministre des Finances sur
le prononcé du discours...
Une voix:...
Le Président: Oui, M. le leader.
M. Chevrette: ...accordé?
Le Président: Oui, M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: Vous étiez sur le banc, cet
après-midi, M. le Président. Est-ce qu'après le discours
du budget je pourrai expliquer le privilège, parce qu'il m'a
donné un consentement, cet après-midi, de le faire après
le discours du budget?
Le Président: Écoutez, là-dessus, oui, M. le
leader du gouvernement.
M. Pagé: Sur cette question-là, M. le
Président, on se rappellera que le leader parlementaire de l'Opposition
a soulevé une question de règlement, cet après-midi, et
j'ai demandé le consentement pour pouvoir donner l'interprétation
dans les faits et en droit sur la question qui était soulevée.
J'ai obtenu le consentement pour vous répondre, au nom du gouvernement,
après la lecture du discours du budget par le ministre des Finances et
la réplique par le porte-parole de l'Opposition officielle.
Procédons. Vous aurez votre réponse.
Le Président: Effectivement, tout ce que je peux
constater, c'est que, cet après-midi, vous avez posé une
question. Le leader du gouvernement a accepté de répondre
à votre question. Il a été convenu, et j'ai demandé
s'il y avait consentement unanime de l'Assemblée à cet
effet-là, de sorte qu'après le discours du budget le leader du
gouvernement viendra répondre à votre question. Alors, sur ce, je
vais maintenant reconnaître M. le ministre des Finances pour la lecture
du discours du budget. M. le ministre des Finances.
Discours sur le budget M. Gérard D.
Levesque
M. Levesque: M. le Président, j'ai l'honneur, ce soir, de
présenter devant cette Assemblée, un huitième
exposé budgétaire. Chacun des exposés
précédents a été préparé avec la
volonté de répondre le plus fidèlement possible aux
besoins de la population. C'est là, il me semble, une tradition qui doit
se poursuivre. En préparant ce budget, je me suis fait un devoir de
rencontrer de nombreux représentants de tous les milieux. J'ai
également prêté une oreille attentive aux propos
exprimés par mes commettants du comté de Bonaventure, tout comme
à ceux recueillis par mes collègues députés dans
toutes les régions du Québec.
Le premier message qui nous a été livré par nos
concitoyens concerne la fiscalité. Tous nous disent qu'ils ne pourraient
pas supporter une augmentation des impôts ou des taxes. Mais on nous
demande également de garder un contrôle serré sur le
déficit parce qu'il se traduit inévi-
tablement par des prélèvements fiscaux dans le futur,
hypothéquant ainsi notre avenir. Notre gouvernement partage ces
préoccupations. Aussi, devons-nous effectuer des choix difficiles pour
comprimer la croissance des dépenses gouvernementales sans pour autant
négliger les besoins les plus pressants de la société. (20
h 20)
Une deuxième préoccupation des Québécois
concerne l'emploi. Après un début de relance, les
économies canadienne et américaine ont marqué un temps
d'arrêt, et le Québec n'a pas échappé à cette
tendance. Ainsi, le chômage demeure encore aujourd'hui à un niveau
élevé et la situation de plusieurs entreprises reste
précaire. Notre gouvernement comprend très bien
l'inquiétude de nombreux Québécois à cet
égard. Il posera donc des gestes concrets pour aider les travailleurs et
les entreprises à faire face à cette situation.
Nos concitoyens nous expriment aussi un troisième souci, soit
celui de l'avenir économique du Québec à plus long terme.
Nous avons, comme eux, la conviction que, malgré les difficultés
actuelles de la conjoncture, nous ne devons pas perdre de vue les gestes
à poser pour que le Québec de demain soit plus compétitif
et plus prospère.
Je suis persuadé que tous les membres de cette Assemblée
seront d'accord avec moi pour que le présent budget s'attaque
résolument à ces trois questions. Je les aborderai tour à
tour.
Depuis bientôt sept ans, nous avons veillé sans
relâche à orienter la fiscalité pour mieux répondre
aux besoins de l'économie et de la société. Par-dessus
tout, nous nous sommes attachés à réduire le fardeau
fiscal pour que le Québec demeure pleinement compétitif. Deux
semaines après notre arrivée au pouvoir en 1985,
j'annonçais l'application immédiate d'une table de taux
réduits à l'impôt sur le revenu des particuliers,
l'abolition de la taxe de vente sur les primes d'assurance-vie individuelle et
la réduction de la taxe sur les carburants dans les régions
périphériques. Par la suite, une réduction d'impôt
pour les familles et le programme APPORT étaient mis en place,
premières initiatives pour appuyer beaucoup plus fortement les familles.
En 1988, une réduction très substantielle de l'impôt sur le
revenu des particuliers était annoncée. Tout cela, sans compter
l'indexation systématique des besoins essentiels reconnus par la
fiscalité, pour ne mentionner que les gestes les plus importants.
Ainsi, tout en maintenant le caractère progressif du
régime fiscal québécois, il nous a été
possible de réduire les écarts entre ce régime et ceux de
nos compétiteurs. Par exemple, une famille de deux adultes et deux
enfants, avec un revenu de travail de 35 000 $, qui payait 1147 $ d'impôt
de plus au Québec qu'en Ontario en 1985, en paiera, en 1993, exactement
1147 $ de moins. Aujourd'hui, les attentes clairement exprimées par nos
concitoyens renforcent notre déter- mination d'accentuer le
caractère concurrentiel de la fiscalité québécoise,
condition essentielle pour la création d'emplois au Québec.
Nous pourrions, bien entendu, réduire le fardeau fiscal en
augmentant le déficit. Cela aurait simplement pour effet de reporter ce
fardeau à plus tard en alourdissant les budgets futurs de paiements
d'intérêts de plus en plus élevés. Ce serait
à rencontre des principes que nous avons défendus depuis notre
arrivée au pouvoir et je ne crois pas que telle soit la volonté
de la population du Québec. Elle désire, au contraire, que nous
agissions pour réduire le déficit. C'est pourquoi le
présent budget comporte un plan d'action en trois volets destinés
à stabiliser le fardeau fiscal et, même, à le
réduire. Pour cela, il faudra, premièrement, comprimer la
progression des dépenses; deuxièmement, augmenter les revenus non
fiscaux; et, troisièmement, resserrer certaines lois fiscales.
Les crédits budgétaires déposés en mars
dernier impliquaient une croissance des dépenses de 5,9 % en 1992-1993.
Ces crédits comportaient déjà une réduction de 350
000 000 $ au titre des salaires, des mesures d'accroissement de la
productivité rapportant 106 000 000 $ et des compressions diverses des
activités des ministères pour 179 000 000 $. Toutefois, si nous
voulons réellement éviter une hausse des impôts et des
taxes, nous devons réduire encore plus la croissance des dépenses
budgétaires.
Le secteur de la santé et des services sociaux représente
près du tiers des dépenses gouvernementales, soit quelque 13 000
000 000 $. À la suite de la tenue de la commission parlementaire sur le
financement des services publics de santé et de services sociaux, mon
collègue, le ministre de la Santé et des Services sociaux, vient
d'annoncer les choix effectués par notre gouvernement. J'annonce donc
qu'à partir de minuit, ce soir, les services dentaires aux enfants de 10
ans et plus seront désassurés. Les services optométriques
pour les citoyens de 18 à 40 ans seront aussi désassurés.
Et les personnes âgées de 65 ans et plus qui ne reçoivent
pas le maximum du supplément de revenu garanti devront débourser
2 $ par prescription jusqu'à un maximum de 150 $ par année.
Les crédits budgétaires déposés en mars
dernier impliquaient une croissance des dépenses, comme je le
mentionnais tout à l'heure - et je le répète, vu le moment
de distraction du leader parlementaire du gouvernement, qui nous a
déjà pris assez de temps - de 5,9 %.
Une voix: De l'Opposition.
M. Levesque: De l'Opposition, devrais-je dire, excusez-moi. La
croissance des dépenses sera réduite de 5,9 %à5,1 %.
L'approche retenue a été de maintenir la couverture des
services essentiels à la santé, et ce, à
l'intérieur des limites permises par la Loi
canadienne sur la santé, d'augmenter la productivité des
établissements et de demander une contribution minime pour certains
services complémentaires. Des discussions se sont
déroulées dans un esprit d'ouverture et de compréhension
avec les optométristes, les chirurgiens-dentistes, les médecins
et les associations d'établissements pour une mise en oeuvre harmonieuse
de cette approche. Les mesures retenues se traduiront par une réduction
de dépenses de 135 000 000 $ dès cette année et de 211 000
000 $ l'an prochain.
Par ailleurs, on se rappellera que, parmi les mesures d'accroissement de
la productivité prévues dans les crédits, les
dépenses de fonctionnement autres que salariales avaient
été dans plusieurs cas gelées à leur niveau de
1991-1992 et que les effectifs de la fonction publique devaient être
réduits de 2 % par année pour un total de 10 % au cours des cinq
prochaines années. Ce type de compression a l'avantage de réduire
les dépenses en augmentant l'efficacité administrative
plutôt qu'en réduisant les services aux citoyens.
C'est pourquoi j'annonce aujourd'hui une réduction
supplémentaire des effectifs et des dépenses de fonctionnement,
tant dans la fonction publique que dans les réseaux. Cependant, le
personnel enseignant ainsi que celui du réseau de la santé et des
services sociaux seront à nouveau exemptés de cette compression.
Une économie additionnelle de 150 000 000 $ résultera de cette
disposition.
De plus, nous avons l'intention d'exercer un suivi extrêmement
rigoureux des dépenses en cours d'année. Cela devrait permettre
de périmer des crédits de 475 000 000 $, soit 220 000 000 $ de
plus que prévu en mars dernier. (20 h 30)
Enfin, j'annonce l'intention du gouvernement que soit
déposée auprès de la Caisse de dépôt et
placement du Québec une partie de ses contributions à
l'égard des régimes de retraite de ses employés. Les
montants ainsi déposés seront empruntés sur les
marchés financiers à un taux d'intérêt
inférieur à celui imputé sur le solde du compte des
régimes de retraite. Outre cette économie d'intérêt,
la modification aura l'avantage de rendre plus explicite l'engagement du
gouvernement à l'égard des prestations de retraite de ses
employés.
Au moment de la mise en place de ce nouveau mode de financement, le
gouvernement a l'intention de faire assumer par les régimes de retraite
les coûts afférents à leur administration. Mon
collègue, le ministre délégué à
l'Administration et président du Conseil du trésor,
déposera les modifications législatives requises à cette
fin, après consultation sur la façon la plus appropriée de
procéder.
Ces réductions de dépenses seront d'autant plus
nécessaires que leur progression sera affectée à la hausse
de 91 000 000 $ en 1992- 1993 par les mesures fiscales et budgétaires
que j'annoncerai aujourd'hui, principalement pour appuyer la relance de
l'économie. De plus, les propositions salariales que nous avons faites
aux employés du secteur public impliquent un dépassement de 227
000 000 $ par rapport aux crédits budgétaires. L'ensemble de ces
mesures, conjuguées à une révision à la baisse de
la prévision de 128 000 000 $, permettront de réduire la
croissance des dépenses de 5,9 % à 5,1 % cette année,
épargnant ainsi 316 000 000 $.
Notre politique de gestion serrée des dépenses est donc
maintenue. En effet, avec les mesures supplémentaires que je viens
d'annoncer, le total des réductions de dépenses effectuées
en 1992-1993 atteint 823 000 000 $. Il faut de plus noter que l'impact de la
mauvaise conjoncture économique explique 1,8 % dans le taux de
croissance des dépenses cette année. En faisant abstraction de
cet impact, l'augmentation structurelle des dépenses n'est
supérieure à l'inflation que de 1,3 %, un taux compatible avec
l'évolution de la capacité de payer des contribuables.
La tarification des services publics comporte des avantages
indéniables. En plus de contribuer à ralentir la croissance des
dépenses, elle est un mode de financement à la fois
équitable et efficace sur le plan économique. Elle est
équitable en ce sens que les bénéficiaires des services
gouvernementaux y contribuent en fonction de l'usage qu'ils en font. Elle est
efficace parce qu'elle peut rationaliser la consommation de services publics en
établissant chez le citoyen un lien entre le coût des services et
la contribution qu'il doit fournir pour les obtenir. Le gouvernement entend
donc poursuivre ses efforts en matière de tarification et des revenus
additionnels de 89 000 000 $ en découleront dès cette
année.
Alléger la fiscalité, c'est aussi veiller à la
rentabilité des sociétés d'État. Il est donc
nécessaire de revoir constamment la situation des sociétés
d'État pour vérifier si la présence gouvernementale
s'avère toujours nécessaire dans les différents domaines
où elles interviennent. Ainsi, depuis 1986, suite à ces remises
en question, les sociétés d'Etat se sont départies de
plusieurs participations financières dans des entreprises.
Nous entendons poursuivre cette année notre politique de
réévaluation périodique du rôle joué par
chacune des sociétés d'État. Cette politique consiste
à se retirer lorsque l'intervention de l'État n'est plus
nécessaire et que le secteur privé est apte à prendre la
relève à des conditions avantageuses.
Il faudra aussi accroître leurs bénéfices et, dans
certains cas, réduire leurs pertes. La première façon d'y
arriver est de diminuer les coûts d'opération. J'annonce donc
l'intention du gouvernement de s'assurer que les mesures de restrictions
salariales et les autres mesures de contrôle des dépenses qui sont
imposées aux
ministères s'appliquent également aux
sociétés d'État. On leur demandera aussi d'apporter une
rigueur plus grande que jamais dans le suivi de la situation financière
des entreprises dans lesquelles elles détiennent des participations.
Dans certains cas, un vigoureux coup de barre s'impose: ici, je pense en
particulier à SIDBEC qui, affectée par une conjoncture
particulièrement difficile et des problèmes structurels, a
encouru de lourdes pertes en 1991. Un plan de redressement a été
élaboré qui permettrait à SIDBEC de retrouver la
rentabilité l'an prochain. J'ai bonne confiance que les travailleurs,
l'entreprise et le gouvernement sauront unir leurs efforts pour atteindre cet
objectif vital pour sa survie.
Par ailleurs, tous reconnaissent l'excellente performance
enregistrée par la Société de l'assurance automobile du
Québec au cours des dernières années. Les mesures qu'elle
a instaurées, associées à l'action du gouvernement, ont
contribué à l'amélioration du bilan routier du
Québec et à une évolution favorable des coûts du
régime public d'assurance automobile. Aussi, la Société a
pu générer, en excédent de la réserve actuarielle
nécessaire pour faire face à ses obligations, une réserve
de stabilisation importante qui atteignait près de 1 400 000 000 $
à la fin de 1991. La Société de l'assurance automobile
utilisera l'essentiel de cette somme pour absorber la croissance de ses
dépenses et éviter ainsi des hausses de primes au cours des
prochaines années.
Dans le contexte budgétaire actuel et pour éviter un
recours que personne ne souhaite à des augmentations d'impôt ou de
taxes, une contribution de 275 000 000 $ sera versée au gouvernement par
la Société en 1992-1993, à même sa réserve de
stabilisation.
Le niveau général des primes de la Société
de l'assurance automobile du Québec a été diminué
sensiblement au cours des dernières années. C'est ainsi que les
droits d'assurance payables au moment de l'immatriculation ont
été réduits de 114 $ en 1985 à 85 $ aujourd'hui,
sans compter la baisse au niveau des permis de conduire. Malgré le
versement effectué, la capacité financière de la
Société demeurera suffisamment forte pour maintenir ce niveau
réduit de primes pendant plusieurs années encore.
De leur côté, les fonds spéciaux du gouvernement
auront à verser, à même leurs surplus, 25 000 000 $ au
fonds consolidé du revenu cette année.
Réduire le fardeau général de la fiscalité,
c'est aussi s'assurer que l'esprit de la loi soit respecté et que tous
contribuent équitablement au trésor public. J'entends donc
apporter plusieurs mesures de resserrement des lois fiscales applicables aux
entreprises. On trouvera le détail de ces dispositions à l'Annexe
sur les mesures fiscales et budgétaires, qui fait partie
intégrante du présent discours. L'ensemble de ces mesures de
resserrement fiscal permettra d'augmenter les revenus de 36 000 000 $ sur une
base annuelle.
Nous allons aussi apporter des changements à une taxe qui est
prélevée sur le compte des municipalités. Il s'agit du
régime d'«en-lieu» de taxes foncières des entreprises
de télécommunication, de câblodistribution et de gaz.
Depuis quelques années, cette taxe a été l'objet de
plusieurs contestations relativement à la façon d'en
définir l'assiette. Afin de mettre un terme aux ambiguïtés
de la loi, le gouvernement entend modifier les éléments qui
entrent dans le calcul de l'assiette ainsi que les taux de la taxe. Les
modifications donneront sensiblement le même rendement fiscal aux
municipalités et continueront de leur assurer une source de revenus
stable.
Le plan d'action que je viens de décrire sera
particulièrement bénéfique pour l'année qui vient.
En effet, accroître la ponction fiscale, ce serait exiger des
contribuables un effort exagéré et prendre le risque d'accentuer
la fragilité de la reprise.
En exerçant un contrôle rigoureux de la croissance des
dépenses et avec les autres mesures annoncées
précédemment, il me sera possible de répondre aux attentes
exprimées par nos concitoyens. Je suis donc particulièrement
fier, M. le Président, d'annoncer, ce soir, que le présent
budget, comme tous ceux que j'ai présentés auparavant, ne
comporte aucune hausse d'impôt pour les particuliers du
Québec.
Des voix: Bravo! Bravo! Bravo!
M. Levesque: Du côté des taxes, j'entends apporter
des assouplissements majeurs au projet de réforme de la taxe de vente
qui est prévu pour juillet prochain, ce que j'expliquerai plus en
détail dans un moment. De plus, grâce aux mesures
d'austérité mises en place dans ce budget, aucune autre taxe
à la consommation ne fera l'objet d'augmentation cette année.
Des voix: Bravo!
M. Levesque: Nous pouvons être fiers de ces
résultats, qui sont la conséquence d'une gestion des
dépenses extrêmement rigoureuse et responsable. Je profite de
l'occasion pour en féliciter tous mes collègues du Conseil des
ministres. Je voudrais, en particulier, souligner le travail infatigable
mené en ce sens par le président et les membres du Conseil du
trésor.
Des voix: Ah!
M. Levesque: Nous pouvons même aller plus loin et
procéder à un certain nombre de réductions
d'impôt.
En premier lieu, notre gouvernement maintiendra sa politique
ininterrompue d'indexation
des crédits d'impôt personnels. En effet, sans une telle
indexation en fonction du coût de la vie, le gouvernement en viendrait
à taxer une partie du revenu des contribuables qui sert à couvrir
leurs besoins essentiels.
C'est pourquoi j'ai le plaisir d'annoncer que, le 1er janvier prochain,
les crédits d'impôt personnels ainsi que les allocations
familiales seront augmentés en fonction de la hausse prévue du
coût de la vie, soit 2 %. Rappelons que le Québec sera l'an
prochain le seul gouvernement au Canada à accorder une indexation de
l'impôt sur le revenu des particuliers. (20 h 40)
Des voix: Bravo!
M. Levesque: De la même manière, les niveaux de
revenu à partir desquels les contribuables commencent à payer de
l'impôt seront à nouveau augmentés. C'est ainsi que, pour
l'année d'imposition 1993, une famille de deux adultes et deux enfants
ne paiera aucun impôt si son revenu est inférieur à 26 428
$. En 1985, cette famille commençait à payer des impôts non
pas à 26 428 $, mais à 10 015 $ de revenu.
Des voix: Bravo!
M. Levesque: Notre gouvernement a toujours été
très préoccupé par le sort des plus démunis de
notre société. Je considère essentiel de continuer de
protéger leur pouvoir d'achat. C'est pourquoi j'annonce que les besoins
essentiels reconnus dans le régime de sécurité du revenu
seront indexés de 2 % en 1993. Les prestataires des programmes APTE et
APPORT pourront donc bénéficier d'une protection de leur pouvoir
d'achat égale à l'augmentation prévue du coût de la
vie. Quant au programme Soutien financier, il sera indexé
automatiquement tel que prévu dans la loi.
L'indexation des régimes de sécurité du revenu, des
crédits d'impôt personnels, des allocations familiales et des
seuils d'imposition aura pour effet de remettre plus de 200 000 000 $ entre les
mains des contribuables, des familles et des plus démunis de notre
société.
Lors de son dernier budget, le gouvernement fédéral a
apporté certaines améliorations quant aux déductions et
crédits d'impôt destinés aux personnes handicapées.
Il s'agit notamment d'un élargissement des dépenses pour frais
médicaux ainsi que des dépenses faites par un employeur pour
permettre à ces personnes de mieux s'intégrer au milieu de
travail. Afin de venir en aide également aux personnes
handicapées, le régime fiscal du Québec sera
harmonisé à ces mesures.
À l'heure actuelle, si une personne malade ou sa famille sont
obligées de déménager pour se rapprocher de l'endroit
où les soins médicaux sont dispensés, les frais de
déménagement ne sont pas admissibles au crédit pour frais
médi- caux. Dans le but de corriger cette situation, j'annonce que leurs
frais de déménagement seront dorénavant admissibles
à ce crédit d'impôt de 20 %.
Une autre orientation de fond que notre gouvernement aura donnée
à la fiscalité depuis 1985 est celle de mieux appuyer les
familles québécoises. De tout temps, les familles ont
assumé un rôle primordial en apportant un soutien capital à
leurs membres et, en particulier, aux enfants. Ce soutien comporte de multiples
facettes et fait des familles le lieu premier du développement et de la
socialisation des individus, pour le plus grand bénéfice de toute
la collectivité.
Or, pour toutes sortes de raisons liées à
l'évolution de la société, plusieurs familles
éprouvent aujourd'hui de grandes difficultés à assumer ces
responsabilités. C'est pourquoi je suis personnellement convaincu que
les familles ont besoin d'un plus grand appui encore de notre part.
J'ai donc voulu, à chacun de mes budgets, apporter une aide
accrue aux familles et j'entends bien aujourd'hui poursuivre dans cette
voie.
Se pose d'abord la question des transformations importantes que le
gouvernement fédéral vient d'effectuer dans les prestations pour
enfants. Cette réforme se base sur des principes qui diffèrent de
ceux qui guident le traitement accordé aux familles dans la
fiscalité québécoise.
Le gouvernement du Québec, qui ne participe pas aux accords de
perception fiscale comme les autres provinces, n'est pas obligé de
s'harmoniser à ces modifications. Nous avons donc plutôt choisi de
conserver les grands principes de la fiscalité québécoise
à l'égard des familles. Ces trois principes, je vous les
rappelle, sont les suivants: 1° la reconnaissance du fait que toutes les
familles supportent des responsabilités financières à
l'égard de leurs enfants; 2° la nécessité d'accorder
une attention spéciale aux familles à faibles revenus; et 3°
l'importance de soutenir plus particulièrement les familles les plus
nombreuses.
En abolissant les crédits d'impôt pour enfants de familles
à revenus moyens et élevés, la réforme
fédérale élimine un avantage qui est à juste titre
accordé à toutes les familles. En effet, ces crédits
servent à tenir compte du fait que chaque famille doit assumer les
besoins essentiels de ses enfants à charge. Je suis persuadé que
la fiscalité doit s'ajuster à cette réalité en
évitant de taxer les revenus qui servent à couvrir ces
besoins.
C'est pourquoi j'annonce que, contrairement aux autres provinces et au
gouvernement fédéral, nous maintiendrons le plein montant des
crédits d'impôt pour enfants. Nous continuerons ainsi de
reconnaître pour toutes les familles les charges financières
occasionnées par leurs enfants. L'au-
tonomie fiscale dont dispose le Québec lui permet de maintenir
intact un bénéfice qui représente 467 000 000 $ pour les
familles et qui n'a pas d'équivalent ailleurs au Canada.
Par contre, nous adopterons la partie de la réforme qui est
à l'avantage des familles. J'annonce donc que le Québec
n'imposera pas les nouvelles prestations qui remplaceront les allocations
familiales fédérales. Comme ces allocations étaient
imposables auparavant, une telle mesure accorde un bénéfice
additionnel de 70 000 000 $ aux familles québécoises.
Par ailleurs, il m'apparaît nécessaire d'harmoniser la
fiscalité du Québec à deux autres modifications
apportées par le dernier budget fédéral. Ce dernier
annonçait le relèvement du maximum des déductions pour
frais de garde d'enfants à 3000 $ et à 5000 $ selon l'âge
des enfants. Je suis heureux d'annoncer que le Québec augmentera ses
propres déductions pour les faire correspondre à celles du
gouvernement fédéral. Ainsi, nous tiendrons mieux compte du
coût des frais de garde et nous appuierons davantage les parents qui
participent au marché du travail.
On se rappellera en second lieu que le Québec a récemment
amélioré son régime fiscal pour que les couples
mariés et les conjoints de fait soient traités plus
équitablement. Le gouvernement fédéral adoptera
bientôt des dispositions semblables, mais il a fait un pas de plus,
notamment en accordant aux conjoints de fait le droit au crédit pour
personne mariée. Nous adopterons la même politique, de sorte que
les régimes fédéral et québécois seront,
à l'avenir, complètement harmonisés à cet
égard.
Au cours des dernières années, le présent
gouvernement a développé tout un ensemble de mesures pour venir
en aide aux familles. Récemment encore, ma collègue, la ministre
déléguée à la Condition féminine et
responsable de la Famille, déposait un plan d'action en ce domaine qui
trace la voie pour les années à venir. Malgré le contexte
budgétaire difficile, il m'apparaît important de poursuivre notre
action en ce domaine.
Parmi les mesures mises en place par notre gouvernement, les plus
remarquées ont sans doute été les allocations à la
naissance, dont le montant s'accroît avec le rang de l'enfant et qui
atteignent 7500 $ à compter du troisième enfant, et pour chacun
des enfants. Les allocations versées pour le troisième enfant et
pour les suivants le sont sous forme de versements de 375 $ par trimestre. Au
cours des dernières années, nous avons progressivement
augmenté le nombre de versements, de sorte qu'ils sont accordés
jusqu'à ce que l'enfant atteigne l'âge de cinq ans, soit
l'âge de fréquenter l'école.
Une augmentation des montants versés aux familles de trois
enfants et plus serait certainement appropriée. C'est donc avec plaisir
que j'annonce un relèvement des versements trimes- triels de 375 $
à 400 $. cette mesure entre en vigueur dès maintenant et portera
l'allocation totale pour le troisième enfant et chacun des suivants, de
7500 $ à 8000 $.
Des voix: Bravo! (20 h 50)
M. Levesque: J'ai également le plaisir d'annoncer un
assouplissement aux règles donnant droit aux allocations de 500 $ et de
1000 $ pour les premiers et deuxièmes enfants, en cas d'adoption. Alors
qu'un enfant pris en charge avant l'âge de deux ans donne
présentement droit à ces allocations, à l'avenir, tous les
parents qui adoptent un enfant de premier ou de second rang avant l'âge
de cinq ans bénéficieront de ces montants.
Traditionnellement, les familles apportaient aussi leur soutien aux
personnes âgées. Mais il leur est devenu plus difficile de
s'acquitter de cette fonction. Or, on assiste présentement à un
vieillissement de la population québécoise qui s'accentuera dans
les années à venir. Cela exercera des pressions de plus en plus
fortes sur le réseau des centres d'accueil et d'hébergement,
alors même que beaucoup de personnes âgées
préfèrent vivre avec leurs enfants.
Il m'apparaît donc utile d'apporter un soutien aux familles qui
sont prêtes à assumer cette responsabilité. C'est pourquoi
j'annonce qu'un nouveau crédit d'impôt remboursable sera
accordé aux personnes qui prennent charge à leur domicile de leur
père, de leur mère ou des deux, lorsque ceux-ci sont
âgés de 70 ans ou plus. Le crédit équivaudra
à une exemption annuelle de 2200 $ par parent et sera aussi disponible
à l'égard de parents ayant 60 ans ou plus lorsque atteints d'une
invalidité grave. Cette mesure représente un avantage de 22 000
000 $ par année pour ces familles. le gouvernement vise également
à favoriser le plus possible l'autonomie des personnes
âgées en les aidant à conserver leur propre logement
lorsque le coût de celui-ci dépasse 30 % de leur revenu. le
programme logirente est présentement accessible aux personnes de 60 ans
ou plus. au cours des cinq prochaines années, nous abaisserons
graduellement l'âge d'admissibilité à 55 ans, ce qui
entraînera à terme un déboursé de près de 8
000 000 $ par année.
Certaines des familles bénéficiaires de la
sécurité du revenu doivent supporter des coûts de logement
supérieurs aux montants qui sont prévus dans leurs prestations.
Le gouvernement a donc instauré une allocation-logement pour leur venir
en aide. J'annonce aujourd'hui une bonification de ce programme pour aider ces
familles à mieux se loger. À compter de janvier prochain, les
valeurs maximales des loyers couverts par l'allocation-logement seront donc
augmentées de montants variant entre 48 $ et 54 $ selon la taille de la
famille.
L'ensemble des mesures que je viens
d'annoncer à l'égard de la fiscalité des
particuliers et des familles se traduira par une augmentation de leur revenu
disponible de 345 000 000 $. Je suis particulièrement heureux du fait
que, de ce montant, 258 000 000 $ bénéficieront aux familles avec
enfants. Avec les mesures annoncées aujourd'hui, le soutien
accordé aux familles par le gouvernement du Québec atteindra 2
300 000 000 $, dont 1 500 000 000 $ par des mesures qu'on ne retrouve nulle
part ailleurs au Canada.
M. le Président, notre gouvernement a toujours eu le plus grand
souci à l'égard de la croissance économique et de la
création d'emplois. En ces temps difficiles, ces préoccupations
ne sauraient être moins vives.
L'année 1991 s'est avérée contraignante pour la
plupart des pays industrialisés. Certains, comme le Royaume-Uni ou
l'Allemagne, étaient déjà ou sont entrés en
récession; d'autres, dont le Japon, subissaient un sérieux
ralentissement, alors qu'aux États-Unis la reprise de l'activité
se révélait plutôt hésitante.
Cette conjoncture internationale peu favorable, combinée à
un dollar canadien élevé et à l'endettement des
ménages, s'est traduite par un recul de la production de 1,5 % l'an
dernier au Canada. De plus, après une certaine reprise au
deuxième trimestre, l'économie canadienne a marqué un
temps d'arrêt à partir de l'été.
Le Québec n'a pu échapper au climat de morosité
affectant le Canada et les grands pays industrialisés. Ainsi, la
production a baissé d'environ 1 % et 68 000 emplois ont
été perdus. Malgré tout, la dernière
récession aura été moins difficile que celle de 1982. De
plus, contrairement à ce qui s'était produit à
l'époque, elle aura affecté moins fortement le Québec que
l'Ontario.
Il ne fait aucun doute dans mon esprit que sans les initiatives prises
par le gouvernement depuis deux ans, en particulier le plan d'action pour
soutenir l'économie annoncé par le premier ministre, le 17
janvier 1991, les Québécois auraient davantage souffert de la
récession que nous venons de traverser.
Permettez-moi d'en rappeler les principaux résultats. Au 31 mars
dernier, près de 600 000 000 $ avaient été engagés
dans le cadre des deux programmes d'accélération des
investissements publics. Cette mesure aura permis de créer quelque 10
000 emplois.
Le programme Mon taux, mon toit a aidé près de 21 000
ménages à devenir propriétaires d'une maison neuve. Ce
programme a contribué à soutenir plus de 20 000 emplois dans
l'industrie de la construction.
L'opération Relance-PME de la SDI, pour venir en aide aux
entreprises en butte à des difficultés dues à la
récession, aura soutenu près de 350 entreprises et permis de
sauvegarder plus de 17 000 emplois.
Enfin, au moment où les investissements non résidentiels
du secteur privé reculaient en raison de la conjoncture
économique, les immobilisations d'Hydro-Québec ont
augmenté de près de 30 % en 1991 pour dépasser les 4 000
000 000 $. Ces investissements ont soutenu plus de 31 000 emplois.
Ce sont là les exemples éloquents qui témoignent de
l'appui que le gouvernement a apporté aux Québécois.
L'ensemble des initiatives que nous avons prises auront donc permis de
sauvegarder ou de créer un grand nombre d'emplois à un moment
où le Québec en avait grandement besoin.
Le climat de morosité qui a affecté l'économie
québécoise, comme celle du reste du Canada, ne s'est pas encore
totalement dissipé. Cependant, depuis janvier dernier, les signes d'un
regain d'activité se sont multipliés aux États-Unis, notre
principal marché d'exportation, ce qui ne manquera pas, avec la baisse
récente du dollar canadien, de stimuler la production au Québec
comme au Canada.
Au Canada, les taux d'intérêt ont reculé de
manière très importante et atteignent aujourd'hui des niveaux
qu'on n'avait pas vus depuis quelque 20 ans. De plus, le taux d'inflation, en
baisse marquée lui aussi, n'a jamais été aussi faible que
depuis le milieu des années soixante. Cela devrait permettre à la
Banque du Canada de favoriser une baisse additionnelle du loyer de
l'argent.
Ce sont là des signes positifs et, selon les prévisions
réalisées par les organismes spécialisés, la
croissance devrait reprendre prochainement. Ces organismes anticipent que la
production s'accroîtra cette année de 1,5 % au Québec et de
près de 2 % dans l'ensemble du pays pour accélérer l'an
prochain à environ 4 % dans les deux cas. De plus, le Fonds
monétaire international soulignait récemment que le Canada
connaîtra la croissance économique la plus élevée de
tous les grands pays industrialisés au cours des deux prochaines
années.
Ces nouvelles sont encourageantes et nous permettent aujourd'hui
d'envisager l'avenir avec plus de confiance. Il n'en reste pas moins que nous
devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer que le
Québec participe pleinement à ce mouvement de reprise. J'ai
l'intention de le faire, en premier lieu, par une politique fiscale
appropriée à la situation. J'annoncerai, en second lieu, des
mesures concrètes pour appuyer la relance dans l'ensemble du
Québec d'abord, mais aussi dans les régions.
Comme je l'ai déjà expliqué, une orientation
fondamentale de ce budget est de tout mettre en oeuvre pour éviter
l'augmentation des impôts ou des taxes. Je suis persuadé que cette
orientation permettra d'affermir la confiance des ménages comme celle
des entreprises.
J'entends de plus prendre d'autres dispositions pour contribuer
davantage au redémarrage le plus rapide possible de l'économie du
Québec. L'une des réformes les plus significatives mises
en place par notre gouvernement est celle des taxes à la
consommation. L'objectif fondamental de cette réforme est de permettre
au Québec d'être mieux armé pour affronter la concurrence
en éliminant la taxation des achats effectués à des fins
de production par les entreprises. Un autre objectif est de simplifier les
choses par une administration unique des régimes fédéral
et québécois.
En octobre dernier, cependant, face à la reprise qui
s'annonçait momentanément léthargique, le gouvernement a
décidé de reporter de six mois l'entrée en vigueur de la
deuxième phase de la TVQ. La conjoncture nous incite encore à la
prudence et nous a convaincus de la nécessité d'apporter des
modifications au projet original, sans sacrifier cependant l'essentiel de
l'objectif visé qui est de rendre l'économie
québécoise plus concurrentielle et de créer des emplois
ici plutôt qu'ailleurs. (21 heures)
Comme on le sait, il est prévu que la TVQ s'appliquera à
compter du 1er juillet prochain aux services et aux immeubles, tandis que les
entreprises auront droit à des remboursements de taxes sur leurs achats.
Or, un nouveau délai dans l'application de la réfome affecterait
la confiance des entreprises et des investisseurs, tandis que la conjoncture
actuelle nous commande de veiller aussi à la confiance des
consommateurs. C'est pourquoi j'annonce que la phase II de la réforme
démarrera le 1er juillet tel que prévu, mais que le taux de la
taxe sur les services et les immeubles sera ramené de 8 %à4
%.
Cet assouplissement sera partiellement compensé par une
contribution accrue des entreprises, à qui cette réforme
permettra quand même une réduction de leurs coûts de
production de l'ordre de 850 000 000 $. Tout d'abord, les taux d'imposition du
revenu actif des corporations seront augmentés de 2 points de
pourcentage. Ensuite, contrairement à ce qui était prévu,
les entreprises continueront de supporter les taxes payées
présentement sur leurs achats de carburant, d'électricité,
de gaz naturel, de mazout, de services de téléphone, de
télécommunication, de véhicules ainsi que sur les
dépenses relatives aux repas et aux divertissements. En dépit de
ce changement, les entreprises pourront bénéficier de
remboursements atteignant 80 % de la TVQ payée sur leurs achats. Le
nouveau régime sera particulièrement bénéfique aux
agriculteurs pour lesquels une proportion encore plus grande de leurs achats
sera exemptée.
Je tiens aussi à souligner que les ménages à
faibles revenus seront entièrement compensés des effets de cette
phase II de la réforme sur leur revenu disponible, à la suite de
l'augmentation du crédit d'impôt remboursable pour taxe de vente
qui entrera en vigueur le 1er juillet prochain.
Par rapport à une application intégrale de la
réforme, l'effet total de ces mesures sera de réduire de 126 000
000 $ les revenus du gouver- nement cette année.
Je rappelle que, par suite de la baisse du taux de la TVQ sur les
services et de l'abolition des droits sur les divertissements, le secteur de la
culture bénéficiera d'une réduction de taxes de 17 %
à 11,28 %.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Levesque: À ce niveau et compte tenu du remboursement
de la taxe sur ses intrants, le secteur culturel supportera un niveau de
taxation inférieur à ce qu'il était avant l'entrée
en vigueur non seulement de la TVQ, mais aussi de la TPS.
Des voix: Bravo!
M. Levesque: Le gouvernement manifeste ainsi son engagement
à mieux soutenir la politique culturelle. Je voudrais de plus
préciser que le plan d'action que déposera bientôt ma
collègue, la ministre des Affaires culturelles, comportera d'autres
dispositions de nature fiscale en faveur de notre rayonnement culturel. Dans le
cadre de ce plan, j'annonce dès maintenant qu'un montant de 5 000 000 $
sera accordé au ministère des Affaires culturelles à
compter de 1992-1993 afin d'appuyer des projets d'interventions culturelles en
collaboration avec les municipalités, notamment dans les
régions.
Des voix: Bravo! Bravo!
M. Levesque: J'annonce en outre qu'une compensation sera
accordée aux municipalités qui seront affectées par
l'abolition des droits sur les divertissements à compter du 1er janvier
1992. Cette compensation sera d'une valeur de 6 500 000 $ en 1992 et de 13 000
000 $ pour chacune des 4 années suivantes, pour un total de 58 500 000
$. Mon collègue, le ministre des Affaires municipales, annoncera les
modalités de répartition de cette compensation entre les
municipalités concernées. Cette compensation viendra s'ajouter
aux 35 000 000 $ qu'apporteront annuellement aux municipalités les
assouplissements à la TVQ annoncés aujourd'hui.
Il est important de mentionner que l'industrie touristique du
Québec sera particulièrement avantagée par les changements
que je viens d'annoncer. Au taux de 4 %, la taxe qui s'appliquera aux chambres
d'hôtel comptera parmi les plus faibles de toutes les régions
avoisinantes, sans compter qu'elle pourra être remboursée aux
résidents de l'extérieur du Canada. De plus, des règles
particulières sont prévues pour favoriser la tenue de
congrès au Québec.
Je suis particulièrement satisfait que la réforme de la
TVQ puisse être menée à terme de la façon
annoncée aujourd'hui. En exerçant le choix difficile d'aller de
l'avant dès maintenant avec cette réforme, notre gouvernement
manifes-
te de façon concrète son engagement envers la
création d'emplois.
Les adoucissements apportés maintiennent l'essentiel des
bénéfices de la réforme tout en permettant de soutenir la
confiance des consommateurs. Nous prévoyons en effet que ce sont quelque
17 000 emplois qui seront créés lorsque la reforme aura
pleinement fait sentir ses effets. Avec le taux de chômage actuel, je ne
crois pas que le Québec puisse se permettre le luxe de laisser filer ces
emplois ailleurs.
Le présent budget comporte en outre plusieurs ajustements aux
mesures fiscales structurantes pour l'économie du Québec. On
trouvera, par exemple, dans l'Annexe sur les mesures fiscales et
budgétaires des dispositions pour améliorer la levée de
capital de risque, la recherche et le développement et la formation de
la main-d'oeuvre.
Par ailleurs, la ministre déléguée aux Finances et
responsable des Institutions finan-, cières s'intéresse de
près aux problèmes de capitalisation des institutions
financières québécoises, et plus particulièrement
à ceux des assureurs de personnes. Un groupe de travail constitué
des membres de l'industrie et du ministre des Finances lui remettra, d'ici
l'automne, ses recommandations à ce sujet.
Comme le prévoient les experts, l'activité
économique se redressera cette année au Québec comme dans
toute l'Amérique du Nord. Néanmoins, les secteurs ne profiteront
pas tous en même temps du raffermissement de la croissance. C'est
pourquoi j'annonce aujourd'hui cinq mesures pour appuyer la reprise
économique au Québec.
Lors des réunions des premiers ministres sur l'économie
tenues en décembre, février et mars derniers, des discussions ont
eu lieu concernant la mise en place d'un programme à frais
partagés pour des travaux de réfection ou d'aménagement du
réseau routier national. À l'heure actuelle, le gouvernement
fédéral n'a pas encore fait connaître ses intentions
à ce sujet. Mais nous sommes confiants qu'il le fera sous peu. C'est
pourquoi j'annonce que notre gouvernement est prêt à injecter un
dollar pour chaque dollar de contribution fédérale, et ce,
jusqu'à un maximum de 100 000 000 $. Une provision à cet
égard a été intégrée dès cette
année aux équilibres financiers du gouvernement.
En ce qui concerne le réseau routier local, on se rappellera que
le gouvernement a annoncé, le 14 décembre 1990, qu'il entendait
en transférer la responsabilité aux municipalités, et ce,
à compter du 1er avril 1993. J'annonce aujourd'hui qu'un montant
additionnel de 35 000 000 $ sera injecté en 1992-1993 pour
améliorer l'état de ce réseau avant le transfert de
responsabilités. Je rappelle que le gouvernement a déjà
prévu consacrer plus de 100 000 000 $ par année à compter
de 1993-1994 à des programmes d'aide au secteur municipal pour l'aider
à assumer ce transfert de responsabilités.
Par ailleurs, il existe des besoins importants dans les centres
d'accueil et d'hébergement. Beaucoup de ces immeubles ont
été construits il y a plusieurs années et sont mal
adaptés à des clientèles qui requièrent maintenant
plus de soins. J'ai donc le plaisir d'annoncer, aujourd'hui, un programme de
rénovation des établissements qui hébergent des personnes
âgées. Une enveloppe de 240 000 000 $ y sera consacrée au
cours des trois prochaines années, dont 80 000 000 $ dès cette
année.
Des voix: Bravo! Bravo!
M. Levesque: Nous avons instauré, en 1990, le Programme de
rénovation d'immeubles locatifs qui vise principalement les logements
habités par des ménages à faibles revenus dans les centres
urbains. Ce programme dispose présentement d'une enveloppe
budgétaire lui permettant de rénover 3400 logements en 1992-1993.
Afin de favoriser l'amélioration des conditions de logement de nombreux
ménages à faibles revenus et également afin de venir en
aide au secteur de la construction, j'annonce une bonification de 31 500 000 $
de ce programme afin de porter à 8000 le nombre des rénovations
domiciliaires entreprises cette année.
Des voix: Bravo! Bravo!
M. Levesque: J'annonce enfin la mise en oeuvre d'un programme
d'appui à la reprise dans les PME. Celui-ci remplacera le programme
administré par la Société de développement
industriel qui a pris fin le 31 mars dernier.
Ce nouveau programme fera appel aux institutions financières et
garantira des prêts destinés à financer des projets
d'investissement. La Société de développement industriel
remboursera aux institutions prêteuses jusqu'à 50 % des pertes
encourues sur ces prêts. Ce programme disposera d'une enveloppe de
garanties de prêts de 60 000 000 $ et permettra de générer
des investissements de 150 000 000 $ dans les PME. Mon collègue, le
ministre de l'Industrie, du Commerce et de la Technologie fera connaître
sous peu les modalités de ce nouveau programme. (21 h 10)
Appuyer la croissance économique, c'est aussi s'assurer que
toutes les régions du Québec y participent. En décembre
dernier, le gouvernement a rendu publiques les nouvelles orientations qu'il
entendait privilégier pour accentuer le développement de toutes
les régions du Québec.
Dans un premier temps, le ministre responsable du Comité
ministériel permanent de développement du Grand Montréal a
proposé un plan stratégique qui vise à faire de
Montréal un des centres les plus dynamiques en Amérique du Nord.
La pièce maîtresse de ce plan est la création de la
société Innovatech, dotée d'un
budget de 300 000 000 $ pour cinq ans.
Peu après, le ministre délégué aux Affaires
régionales dévoilait une nouvelle stratégie visant
à confier aux milieux régionaux un rôle plus important dans
le développement économique. Ce choix reflète la
conviction du gouvernement que c'est par la concertation et en faisant appel
à l'esprit d'entreprise qui se manifeste dans toutes les régions
qu'il sera possible de renouveler leur structure industrielle et de
créer des emplois. Cette nouvelle approche témoigne de la
confiance du gouvernement dans la capacité des intervenants
régionaux à faire les bons choix et à relever les
défis, à la condition, bien sûr, de leur en donner les
moyens.
Pour appuyer et renforcer cette stratégie, j'ai l'honneur
d'annoncer une série de nouvelles mesures qui visent plus
particulièrement quatre objectifs: 1° donner aux entreprises des
régions du Québec l'accès aux capitaux dont elles ont
besoin; 2° soutenir les efforts de modernisation des PME en leur facilitant
l'accès à une main-d'oeuvre qualifiée; 3° appuyer
l'«entrepreneurship» régional; et 4° soutenir certains
secteurs stratégiques pour le développement régional.
Tout d'abord, j'avais l'an dernier exprimé le souhait que
l'expérience du Fonds de capitalisation régional pour la
Gaspésie et les îles-de-la-Madeleine puisse être
étendue à toutes les régions du Québec. C'est chose
faite. En effet, avec la coopération de la Caisse de dépôt
et placement du Québec, de la Banque nationale du Canada, du Fonds de
solidarité des travailleurs du Québec et du Mouvement Desjardins,
un véritable réseau de sociétés régionales
d'investissement sera implanté dans toutes les régions du
Québec. Pour en faciliter la mise en place, le gouvernement
subventionnera une partie de leurs dépenses de fonctionnement au cours
des 4 prochaines années, ce qui nécessitera des crédits de
1 800 000 $ annuellement. Le réseau pourra ainsi mettre 100 000 000 $
à la disposition des PME québécoises.
Par ailleurs, mon collègue, le ministre
délégué aux Affaires régionales, avait
indiqué que des Fonds d'aide aux entreprises seraient mis en place dans
chaque région du Québec, en remplacement du programme PRECEP.
J'ai le plaisir d'annoncer que les modalités d'implantation et de
fonctionnement de ces fonds sont désormais arrêtées et
seront annoncées incessamment par le ministre
délégué aux Affaires régionales. Par cette mesure,
quelque 15 000 000 $ seront disponibles annuellement pour favoriser le
démarrage d'entreprises dans les régions.
J'entends aussi appuyer les efforts de modernisation des PME en
région. Pour y parvenir, j'annonce la mise en place du programme
Innovation PME, doté de 24 000 000 $ pour trois ans, afin de faciliter
l'accès des PME à des consultants externes. J'annonce
également que le programme Soutien à l'emploi stratégique
sera reconduit et doté de 15 000 000 $ pour trois ans, afin de fournir
aux PME une main-d'oeuvre technique qualifiée.
Or, il faut s'assurer que les régions les plus démunies et
les plus éloignées bénéficient pleinement de ces
programmes. J'annonce donc que l'importance de l'aide accordée par ces
deux programmes variera en fonction de l'éloignement et du degré
de développement des régions bénéficiaires.
D'autre part, les centres spécialisés des collèges
sont des agents efficaces de transfert technologique vers les PME dans toutes
les régions du Québec. Afin qu'ils puissent jouer davantage ce
rôle, j'annonce l'ajout de crédits budgétaires de 8 000 000
$ répartis sur trois ans, dans le but de compléter le
réseau et surtout d'acquérir de nouveaux équipements
spécialisés. Des investissements en équipement d'une
valeur de près de 17 000 000 $ pourront être ainsi
effectués dans les régions au cours des trois prochaines
années.
Mes collègues, la ministre de l'Enseignement supérieur et
de la Science et le ministre de l'Industrie, du Commerce et de la Technologie
feront connaître sous peu les modalités d'application de ces
mesures.
Il va sans dire, enfin, qu'une politique de développement
régional serait incomplète sans un appui actif au
développement de l'«entrepreneur-ship». J'annonce donc que
le gouvernement consacrera 8 000 000 $ au cours des trois prochaines
années au soutien et à la promotion de
l'«entrepreneurship» régional. Ce sont les Conseils
régionaux qui établiront la programmation annuelle de ces
initiatives, pour approbation par le ministre délégué aux
Affaires régionales.
Le secteur des mines représente une richesse naturelle de
première importance pour des régions telles que l'Abitibi. Or,
les petites entreprises d'exploration rencontrent des difficultés
particulières à financer leurs projets. J'avais annoncé,
l'an dernier, un programme temporaire de soutien à l'exploration
minière administré conjointement par SOQUEM et le
ministère de l'Énergie et des Ressources. Ce programme s'est
avéré un succès puisque 29 projets d'exploration ont
été approuvés pour un budget total de 4 400 000 $.
J'annonce donc que ce programme sera reconduit pour une année
supplémentaire et disposera de 5 000 000 $ additionnels.
Les actions accréditives constituent une source de financement
nécessaire à ces mêmes entreprises qu'il y a lieu de mieux
appuyer. Pour accélérer l'émission de telles actions, une
mesure temporaire est mise en place pour qu'une partie du gain en capital
réalisé sur ces actions soit exempte d'impôt.
J'entends aussi réviser les taux des déductions
additionnelles accordées pour ces actions.
En effet, il s'avère que c'est à l'exploration de surface,
plus déterminante mais plus risquée, que nous devons accorder la
priorité. C'est pourquoi les taux de déductions seront
désormais fixés à 125 % pour les frais d'exploration
souterraine et à 175 % pour les frais d'exploration en surface.
La forêt constitue aussi l'une de nos plus grandes richesses
naturelles. Le gouvernement consent déjà des efforts
considérables pour aménager les forêts tant privées
que publiques. Il est cependant disposé à faire un effort
supplémentaire pour appuyer la création d'emplois saisonniers en
milieu forestier. C'est pourquoi des crédits additionnels de 7 000 000 $
seront alloués en 1992-1993 au ministère des Forêts.
Il apparaît de plus nécessaire de soutenir la
création d'emplois dans une région particulièrement
affectée par le chômage. Le programme de création d'emplois
saisonniers en Gaspésie et aux îles-de-la-Madeleine recevra de
nouveau cette année des crédits de 6 000 000 $ et les
municipalités du territoire pourront encore y participer.
Même si les Québécois sont d'abord
préoccupés par les possibilités de relance à court
terme, ils n'en désirent pas moins que l'économie puisse
progresser de façon durable, à plus long terme.
Pour répondre à ces aspirations légitimes,
l'économie québécoise doit se transformer pour devenir une
économie à plus haute valeur ajoutée. Ce n'est qu'à
cette condition qu'elle pourra demeurer concurrentielle et
générer des emplois nombreux et de qualité.
C'est pourquoi, depuis 1985, le gouvernement a fait du relèvement
de la compétitivité l'objectif central de sa stratégie
économique. Sur ce plan, le bilan du gouvernement est remarquable. Les
mesures appliquées en faveur de la recherche et du développement,
de la formation des travailleurs, de la disponibilité du capital de
risque et des investissements dans l'automatisation confèrent aux
entreprises des avantages sinon uniques, à tout le moins
inégalés par nos principaux concurrents. Grâce aux gestes
que nous avons posés, les entreprises du Québec sont maintenant
dans une bien meilleure posture pour créer des emplois.
La stratégie pour l'avenir est tout aussi claire. Les politiques
économiques énoncées par le gouvernement couvrent
plusieurs domaines: grappes industrielles, technologie, recherche, formation de
la main-d'oeuvre, pour ne mentionner que ceux-là. De nombreuses
politiques fiscales et budgétaires sont déjà en place pour
contribuer à l'atteinte de ces objectifs. Devant l'ampleur du
défi à relever, il faut toutefois faire plus, en particulier en
ce qui concerne le développement des ressources humaines.
Les exigences du marché du travail quant à la
qualification professionnelle vont sans cesse en grandissant. Il est renversant
de constater que, malgré le taux de chômage de plus de 12 %, un
grand nombre d'entreprises québécoises ne réussissent pas
à trouver la main-d'oeuvre qualifiée dont elles ont besoin. C'est
pourquoi, lors des deux derniers budgets, j'ai annoncé deux initiatives
majeures au niveau de la formation de la main-d'oeuvre.
C'est ainsi qu'il y a deux ans, j'instaurais, à l'intention des
entreprises, un crédit d'impôt remboursable à la formation.
Pour assurer le démarrage du programme, les taux du crédit
d'impôt avaient été majorés à 40 % et 20 %
jusqu'au 1er janvier 1993. Je suis heureux de constater qu'un nombre toujours
plus important d'entreprises se prévalent de cette mesure. Ainsi, depuis
sa mise en application, au-delà de 100 000 travailleurs ont pu
participer à des activités de formation organisées par les
entreprises. Encouragé par un tel résultat et compte tenu de
l'ampleur des besoins, j'annonce que les taux majorés demeureront en
vigueur pour deux années supplémentaires, soit jusqu'au 1er
janvier 1995. (21 h 20)
À l'intention des individus, j'introduisais l'an dernier un
programme d'aide à la formation des travailleurs. Celui-ci vise à
venir en aide aux travailleurs qui sont sur le marché du travail depuis
un certain temps et qui veulent améliorer leurs compétences. Il
me fait plaisir d'annoncer que le programme pourra entrer en vigueur tel que
prévu au cours des prochaines semaines. En effet, à la suite
d'une entente innovatrice conclue avec le Mouvement Desjardins pour assurer la
gestion du programme, les travailleurs pourront bientôt s'adresser
à leur caisse populaire locale pour obtenir l'aide gouvernementale
nécessaire au financement de leur formation. Mon collègue, le
ministre de la Main-d'oeuvre, de la Sécurité du revenu et de la
Formation professionnelle, indiquera bientôt les modalités et le
moment où le Mouvement Desjardins sera en mesure de recevoir les
demandes des travailleurs.
Préparer les ressources humaines de demain, c'est aussi un
défi pour le monde de l'éducation. Or on observe que près
de 4 jeunes sur 10 quittent l'école secondaire sans avoir obtenu un
diplôme. Une telle situation est fort préoccupante. Une proportion
grandissante des emplois qui vont se créer dans les années
à venir exigeront une scolarité minimale de niveau secondaire.
Ainsi, les décrocheurs risquent de se retrouver avec des emplois mal
rémunérés et probablement peu intéressants. Ils
risquent surtout de se retrouver à la charge de la
société, au chômage ou à l'aide sociale. C'est
là un gaspillage inacceptable de ressources humaines.
Mon collègue, le ministre de l'Éducation, a lancé
un vaste mouvement de mobilisation en fixant comme objectif que d'ici cinq ans
une proportion de 80 % des étudiants obtiennent leur diplôme.
À la lumière de la consultation qui a suivi et à laquelle
plus de 10 000 personnes de toutes les régions du Québec ont
participé, un plan d'action triennal a été
préparé. Ce plan
précise les correctifs à apporter et fait l'objet d'un
large consensus parmi les partenaires du monde de l'éducation. Il s'agit
avant tout d'apporter aux élèves une aide rapide et
personnalisée lorsqu'ils connaissent des difficultés, scolaires
ou familiales. C'est pourquoi le gouvernement accordera aux commissions
scolaires 42 000 000 $ dès la prochaine année scolaire, afin
qu'elles puissent mettre en oeuvre les premières mesures pour s'attaquer
à ce problème.
Des voix: Bravo!
M. Levesque: Le ministre de l'Éducation annoncera sous peu
les dispositions retenues.
Pour réussir à s'imposer à travers le monde avec
des produits de qualité, entreprises et travailleurs vont devoir se
serrer les coudes. De plus en plus, les entreprises les plus performantes sont
celles qui considèrent leur personnel comme étant leur plus grand
actif. Elles adoptent alors des modes de gestion novateurs dans le but de
mettre pleinement à contribution les talents et les compétences
de leurs employés.
Il est encourageant de constater que le Québec a fait des
progrès appréciables depuis quelques années en
matière de concertation entre les différents partenaires de
l'économie. Je crois cependant que nous aurions intérêt
à multiplier les manifestations concrètes de cette
solidarité. Par exemple, à peine 5 % des entreprises
manufacturières ont entrepris une démarche de qualité
totale et seulement 2 % des conventions collectives prévoient un lien
entre la rémunération des employés et la performance
réalisée par l'entreprise. Nous devons profiter du fait que les
mentalités ont beaucoup évolué de part et d'autre depuis
quelques années, de sorte qu'il est maintenant possible
d'accélérer les choses. Aussi, afin d'inciter les entreprises
à explorer de nouvelles façons de faire, j'annonce la
création d'une aide fiscale à l'intention des travailleurs et des
employeurs oeuvrant dans le secteur manufacturier, qui mettront en place en
régime d'intéressement des travailleurs accompagné d'une
démarche de qualité totale.
En vertu de cette nouvelle mesure, les travailleurs ne paieront aucun
impôt sur les premiers 6000 $ versés par un régime
d'intéressement au cours d'une période de 5 ans. De plus, pour
aider les PME manufacturières à mettre en place de telles
démarches, le présent budget leur accorde un crédit
d'impôt de 15 % des montants versés par le régime
d'intéressement.
Pour bénéficier de cette mesure, l'entreprise devra
détenir un visa attestant que le régime d'intéressement
des travailleurs est lié aux résultats de l'entreprise et qu'une
démarche de qualité totale y est en cours. Mon collègue,
le ministre de l'Industrie, du Commerce et de la Technologie, fera
connaître sous peu la procédure d'émission du visa.
Les travailleurs et les entreprises qui décideront de se
prévaloir de cette mesure seront les premiers gagnants et, avec eux,
c'est toute la société québécoise qui en
profitera.
Les professionnels comptent parmi les ressources humaines les plus
stratégiques pour une économie. Ceux du Québec doivent
cependant s'adapter eux aussi à des mutations profondes. L'exercice de
leur profession est devenu plus complexe et nécessite souvent
l'acquisition d'une expertise de niveau international. Ces
développements exigent une structure d'entreprise qui facilite
l'adaptation et le transfert de l'entreprise d'une génération
à l'autre.
Par conséquent, il est important que nos lois et nos
règlements permettent aux professionnels de tirer leur épingle du
jeu. C'est dans ce cadre que mon collègue, le ministre responsable de
l'application des lois professionnelles, a déjà commencé
à mettre en oeuvre un plan de révision des lois régissant
les professions. Ce plan vise notamment à alléger le processus
réglementaire, à faciliter la protection du public, à
permettre l'incorporation des professionnels et, enfin, à s'assurer de
l'autofinancement de l'application des lois professionnelles. Les implications
fiscales de ces changements sont présentées en annexe.
Il reste maintenant, M. le Président, à examiner les
équilibres financiers découlant du présent budget et les
résultats de l'exercice qui vient de se terminer.
Commençons par cet exercice 1991-1992. Les résultats
financiers du gouvernement ont été affectés par la
faiblesse de l'économie au cours de l'année qui vient de
s'écouler. Le gouvernement a choisi de laisser augmenter temporairement
le déficit dans le but de l'adapter à la conjoncture. C'est ainsi
que, pour 1991-1992 - c'est l'an dernier - le déficit devrait atteindre
4 195 000 000 $, en hausse de 715 000 000 $ par rapport aux prévisions
du dernier Discours sur le budget.
Les revenus autonomes ont, pour leur part, été plus
faibles de 214 000 000 $. Le report de la deuxième phase de la
réforme de la taxe de vente et les résultats financiers des
sociétés d'État expliquent l'essentiel de cette
révision à la baisse.
Quant aux transferts fédéraux, ils ont été
inférieurs de 160 000 000 $ à la prévision du dernier
budget. Les améliorations obtenues lors de la dernière
Conférence des ministres des Finances ne se répercuteront sur les
équilibres financiers qu'à compter de la présente
année 1992-1993.
En ce qui a trait aux dépenses, elles ont été plus
élevées de 341 000 000 $, notamment à cause de la
conjoncture économique qui a provoqué une augmentation plus forte
que prévue de la clientèle des programmes de
sécurité du revenu ainsi que du nombre d'étudiants
à presque tous les niveaux d'enseignement.
Je dépose, M. le Président, le tableau
suivant qui présente les résultats préliminaires
des opérations financières du gouvernement pour 1991-1992.
Maintenant, les équilibres financiers pour 1992-1993.
La situation économique particulière qui prévaudra
en 1992-1993, à savoir une reprise fragile, nous amène encore une
fois à donner une priorité à la relance de l'emploi. C'est
dans ce contexte que le gouvernement a décidé d'ajuster ses
objectifs financiers, même si cela implique un délai pour le
retour à l'équilibre du solde des opérations
courantes.
En effet, la croissance économique prévue en 1992 est
légèrement plus faible que ce qui était anticipé
lors du dernier budget. Mais la différence la plus importante se situe
au niveau des perspectives inflationnistes. Alors que l'on entrevoyait un taux
d'inflation de près de 4 % l'an dernier, celui-ci se situe plutôt
autour de 2 % actuellement.
À prime abord, on pourrait s'attendre à ce qu'une baisse
de l'inflation ait un effet neutre sur les équilibres financiers du
gouvernement, puisque la diminution des revenus serait compensée par une
baisse équivalente des dépenses.
Or, tel n'est pas le cas. Les revenus s'ajustent rapidement à une
baisse de l'inflation, mais les dépenses, elles, s'ajustent beaucoup
plus lentement parce qu'une grande partie d'entre elles est régie par
des contrats, comme, par exemple, les conventions collectives, ou est
indexée selon le taux d'inflation de l'année
précédente.
C'est exactement ce que l'on observe en 1992-1993: la réduction
des revenus n'est pas compensée par une baisse équivalente des
dépenses, de sorte que le gouvernement a dû se résoudre
à établir le déficit à un niveau plus
élevé que ce que nous avions prévu l'an dernier. (21 h
30)
Cependant, compte tenu des gestes annoncés aujourd'hui, tant au
niveau des dépenses qu'à celui des revenus, et compte tenu des
bonifications aux transferts fédéraux obtenues en janvier dernier
- écoutez-moi bien - nous avons réussi à réduire le
déficit de 405 000 000 $ par rapport au niveau de 1991-1992. Il devrait
donc s'établir à 3 790 000 000 $ cette année. Je
dépose, M. le Président, les tableaux suivants, qui
présentent les prévisions des équilibres financiers du
gouvernement pour 1992-1993.
Pour les années qui viennent, M. le Président, avec la
reprise de l'économie, il m'apparaît possible de réduire le
déficit à 3 260 000 000 $ en 1993-1994 et à 2 750 000 000
$ en 1994-1995. Il faudra pour cela prendre les mesures de réduction de
dépenses nécessaires pour s'assurer que la baisse de l'inflation
se traduise par un ralentissement de la croissance des dépenses au cours
des deux prochaines années. Ainsi, sans nuire à la reprise de
l'économie, nous nous rapprocherons progressivement de
l'équilibre du solde des opérations courantes.
En pourcentage du produit intérieur brut, le déficit
diminuera ainsi de 2,7 % en 1991-1992 à 2,4 % cette année, pour
atteindre 1,5 % en 1994-1995, soit une réduction de près de la
moitié par rapport au niveau atteint en 1991-1992. J'anticipe donc un
rétablissement progressif de la situation financière du
gouvernement. La situation de l'économie nous aura amenés
à interrompre momentanément notre démarche de retour
à l'équilibre du solde des opérations courantes. Nous la
reprendrons avec la même détermination que par le passé, au
moment où l'économie se raffermira.
M. le Président, j'ai voulu par ce budget répondre aux
attentes et aux préoccupations des Québécois et des
Québécoises.
Par une politique d'austérité judicieuse, il nous aura
été possible de présenter un budget qui comporte des
assouplissements majeurs dans la réforme de la taxe de vente et ne
prévoit aucune augmentation de l'impôt et des autres taxes pour
les particuliers. Le résultat est d'autant plus remarquable que,
malgré l'état de l'économie, nous l'atteignons tout en
réduisant le déficit.
Ce budget apporte donc un message rassurant aux citoyens et citoyennes
du Québec: Même s'il a dû cette année ajuster son
objectif de déficit en raison de la conjoncture, le présent
gouvernement est déterminé à tout mettre en oeuvre pour
mener à terme le redressement des finances publiques qu'il a
entrepris.
Les Québécois et les Québécoises attendent
aussi du gouvernement qu'il s'occupe de l'économie. Nous n'avons pas
choisi la voie de la facilité pour le faire. Nous mettons de l'avant une
réforme des taxes à la consommation qui rendra le Québec
plus concurrentiel et créera de ce fait des milliers d'emplois. Nous
dégageons des fonds pour des initiatives d'appui à
l'économie qui viendront compléter celles qui étaient
déjà en place.
Nous venons en outre renforcer l'un des atouts reconnus de la
société québécoise, à savoir les
mécanismes originaux de collaboration entre travailleurs, entrepreneurs
et décideurs publics. Nous investissons davantage dans les ressources
humaines du Québec. Nous continuons à développer une
fiscalité qui appuie les autres leviers stratégiques en faveur de
la croissance économique et de l'emploi. Et nous dotons les
régions du Québec d'instruments qui serviront de bougies
d'allumage à leurs initiatives de développement.
Ainsi, notre collectivité se donne-t-elle les outils et les
ressources nécessaires pour construire une société
à la mesure de notre fierté. Dès cette année, nous
accordons aux familles un soutien encore plus grand et nous appuyons plus
fortement notre développement culturel. De plus, nous poursuivons nos
efforts à l'endroit des plus démunis.
En somme, notre tâche est d'améliorer le présent
tout en préparant l'avenir. Toutes nos énergies y sont
consacrées, à la demande des Québécois et des
Québécoises. Leurs aspirations sont à juste titre
élevées et ils n'attendent rien de moins de ceux et de celles
qu'ils ont élus.
Voilà pourquoi c'est pour moi un grand honneur que d'appartenir
à une équipe capable, sous la direction éclairée du
premier ministre, de remplir ce mandat si exigeant, mais en même temps si
emballant.
Des voix: Bravo! Bravo!
Motion proposant que l'Assemblée nationale
approuve la politique budgétaire du gouvernement
M. Levesque: je propose donc que cette assemblée nationale
approuve la politique budgétaire du gouvernement. je vous remercie, m.
le président.
Des voix: Bravo! Bravo!
Le Président: Alors, est-ce qu'il y a consentement au
dépôt des documents, tel que demandé par le ministre des
Finances? Consentement. Donc, les documents sont déposés. Je vais
maintenant reconnaître M. le critique financier de l'Opposition
officielle, M. le député de Labelle, pour ses commentaires. M. le
député de Labelle.
Commentaires de l'Opposition M. Jacques
Léonard
M. Léonard: M. le Président, l'an dernier, le
ministre des Finances s'était trompé de 1 075 000 000 $ dans son
déficit. Cette année, il s'est encore trompé de 715 000
000 $. Il avait prévu 3 480 000 000 $ de déficit; il atteindra 4
195 000 000 $. Il avait prévu, pour cette année budgétaire
- ce qu'il vient de nous dire - un déficit de 2 480 000 000 $; il le
révise à 3 790 000 000 $. Il avait prévu pour l'an
prochain 1 540 000 000 $, mais il a révisé sa prévision
à 3 260 000 000 $. Au total, pour les trois dernières
années, il aura révisé ses prévisions de 3 745 000
000 $. C'est vous dire la crédibilité de ce ministre des Finances
quant à ses prévisions.
Des voix: Bravo!
M. Léonard: C'est un montant de 3 800 000 000 $ qu'il a
été obligé de réviser à la baisse ou
à la hausse, quant à son déficit.
M. le Président, je voudrais d'abord vous parler d'un sujet qui
est celui de la réforme de la taxe de vente. Aujourd'hui, c'est le
dernier pan qui tombe. Et la conclusion que nous devons tirer de cette
réforme, c'est qu'elle a donné lieu à une triste trahison,
celle des consommateurs et des entreprises, à une haute trahison, celle
des intérêts du Québec.
M. le Président, le ministre des Finances tente de nous faire
croire aujourd'hui qu'il diminue la taxe de vente de 740 000 000 $. C'est le
contraire, il augmente la taxe de vente de 740 000 000 $. C'est le contraire.
Aujourd'hui, les consommateurs québécois ne paient pas de taxe de
vente sur les services. Le 1er juillet, ils paieront, jusqu'à la fin de
l'année, 740 000 000 $ de plus que maintenant.
Vous avez la teneur de son discours du budget: du camouflage, comme
d'habitude, 740 000 000 $ de plus de taxes, sans compter les hausses de
tarification, sans compter les 275 000 000 $ de ponction à la
Société d'assurance automobile du Québec que les
assurés de la Société paieront tôt ou tard et qui
devraient leur revenir comme assurés et non comme citoyens. (21 h
40)
M. le Président, c'est une hausse de taxes considérable
à laquelle nous assistons, et, sur une base annuelle, il s'agit d'une
augmentation de 1 035 000 000 $ plus la tarification, plus aussi une
réforme dans les services de la santé et les services sociaux.
Cette réforme va coûter aux consommateurs 135 000 000 $; sur une
base annuelle, 211 000 000 $. Bref, aujourd'hui, sur l'année qui vient,
c'est une hausse de taxes de près de 1 000 000 000 $, exactement de 974
000 000 $; et sur une année complète, une hausse de taxes de 1
382 000 000 $. C'est ça, la teneur du discours sur le budget pour les
consommateurs alors que, dans la réforme de la taxe de vente, on leur
avait dit que l'impact serait neutre. Neutre.
Deuxièmement, il s'agit d'une trahison envers les entreprises.
Les entreprises s'étaient fait dire qu'elles gagneraient la
détaxe sur les intrants: 1 000 000 000 $ environ. On n'a jamais su le
chiffre exact. On n'a jamais pu le savoir. Or, dès le départ,
elles ont dû payer 450 000 000 $ de plus de taxes. Aujourd'hui, on leur
annonce 422 000 000 $ de plus, plus 175 000 000 $, de sorte qu'aujourd'hui on
leur annonce presque 600 000 000 $ de taxes de plus. En d'autres termes,
là où elles devaient gagner un avantage compétitif
vis-à-vis, en particulier, la concurrence américaine, la
réforme, pour les entreprises, est maintenant neutre. Trahison envers
les entreprises.
M. le Président, je voudrais toucher un autre point en ce qui
concerne les intérêts du Québec, parce que ce point
m'apparaît très important. Le gouvernement du Québec se
fait évacuer de plus en plus du champ de la fiscalité à la
consommation. Le Québec s'est fait imposer la réforme de la taxe
sur les produits et services fédérale. En quelque sorte, le
gouvernement fédéral qui s'est le plus mal administré de
tous les gouvernements du Canada s'est servi le premier dans la réforme
de la taxe sur les
produits et services. Le premier. Et le gouvernement du Québec,
aujourd'hui, ne peut appliquer la réforme de sa taxe de vente qu'il
voulait appliquer et qu'il s'était donné mission d'appliquer au
mois d'août 1990. C'est lui qui subit la pression présentement, et
c'est lui qui cède devant la pression.
Je vais vous donner un exemple, M. le Président. Dans le domaine
de la culture, où le gouvernement du Québec n'agissait
pratiquement pas, il annonce aujourd'hui qu'il va augmenter sa taxe de 4 %.
Mais, en même temps, les municipalités qui avaient, elles, une
taxe de 10 %, la perdent pour maintenant taxer à 0 %,
c'est-à-dire à rien du tout. Les municipalités ont perdu
le champ de la culture. Le Québec l'occupe de 0 % à 4 %, mais le
fédéral qui, lui, ne l'occupait pas, qui était à 0
%, lui vient de monter à 7 %. Et le Québec et ses
municipalités se font évincer du champ de la taxe à la
consommation. On saura voir les conséquences dans le temps d'un tel
geste, parce que les municipalités seront moins
intéressées à la culture, le Québec sera moins
intéressé à la culture, et ce sera maintenant le
fédéral qui va protéger la culture au Québec. On
m'en donnera des nouvelles. C'est ça, l'impact.
Des voix: Bravo! Bravo!
M. Léonard: Le Québec ne s'est pas donné la
peine d'expliquer la réforme à la population, de consulter la
population, d'impliquer la population. Aujourd'hui, il ne peut pas compter sur
son appui et, donc, c'est lui qui cède sous la pression, c'est lui qui
la subit et c'est lui qui cède sous la pression.
M. le Président, la conclusion dans tout cela, c'est que M.
Duplessis et M. Lesage étaient allés chercher le champ de
l'impôt sur le revenu, mais M. Bourassa, M. le premier ministre actuel,
avec son ministre des Finances se sont fait voler le champ de la
fiscalité dans le domaine de la consommation.
M. le Président, sur le plan économique, aujourd'hui, le
gouvernement dit bonne chance aux entreprises et aux travailleurs, sans
vraiment les aider.
Une voix: Oui, c'est ça.
M. Léonard: II dit aux chômeurs et aux
assistés sociaux: Meilleure chance la prochaine fois! Vous avez eu,
cette fois, un mauvais «gratteux».
Une voix: Ha, ha, ha!
M. Léonard: Le taux de chômage reste à
presque 12 %, 11 % et c'est conforme, d'ailleurs, aux analyses du
ministère du Revenu et de la Sécurité du revenu, où
c'est seulement en 1996 que le chômage au Québec va tomber en bas
de la barre de 11 %, seulement en 1996. Tout ce temps, ce sera au-dessus de 11
%.
M. le Président, la formation professionnelle, on en a vu un
exemple hier. Aujourd'hui, on dit que le programme annoncé l'an dernier
va entrer en vigueur dans les semaines qui viennent, parce qu'il n'y a aucun
travailleur québécois sur les 6000 prévus qui en a
bénéficié, aucun. C'est ça, le succès de
leur politique.
La recherche et développement, on n'en a pratiquement pas
parlé dans ce budget, parce qu'on serait trop gêné d'en
parler. En général, sur les mesures qui sont annoncées, il
s'agit là de mesurettes - c'est vrai, particulièrement cette fois
- et de grenailles, à toutes fins pratiques. Il y a quelques millions
dans le développement régional, M. le Président, quelques
millions...
Des voix: Ah!
M. Léonard: ...mais sujets à ce qu'on règle
les questions de formation dans les conseils de développement
régionaux, et vous saurez me dire combien ça prendra de temps
avant que ça ne soit réglé. Merci bien.
On veut mettre de l'argent dans les routes, sous condition que le
gouvernement mette de l'argent dans le réseau routier régional.
M. le Président, on verra quand ce sera réglé, mais on
sait le succès de ces programmes à frais partagés. Les
investissements publics, M. le Président, seront pratiquement de 200 000
000 $ de moins que ceux de l'an dernier, dans une période où le
chômage s'accélère. Depuis six mois, le nombre de
chômeurs a augmenté au Québec et, encore, le dernier mois,
six mois consécutifs. Et, au pire moment de la récession, on
coupe.
M. le Président, le déficit, c'est le minimum. Le ministre
des Finances a passé une commande de 753 000 000 $ de crédits
périmés, 753 000 000 $. Nous verrons si elle sera remplie parce
que, les autres années, elle n'a pas été remplie.
Effectivement...
Le Président: M. le député, en conclusion
s'il vous plaît.
M. Léonard: ...le gouvernement fédéral n'est
jamais aussi généreux que lorsqu'il se sent menacé. C'est
ce que nous avons vu dans les équilibres financiers. Mais je dirai au
ministre des Finances, en terminant, M. le Président, qu'il encaisse
vite avant le référendum, vite, surtout avant que le
fédéral ne tombe en faillite! Au total, c'est un budget sans
perspective, sans initiative, sans enthousiasme. C'est un budget de
laisser-faire. Merci, M. le Président.
Des voix: Bravo! Bravo!
Le Président: S'il vous plaît! Alors, avant
l'ajournement des travaux, je vais maintenant céder la parole à
M. le leader du gouvernement
pour la réponse qui a été sollicitée par le
leader de l'Opposition. M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: M. le Président, je pense que la
moitié de la question de privilège a été
réglée, en ce sens qu'on a cité un extrait qui ne faisait
pas partie du discours. Vous l'aurez remarqué, vous comme moi.
Deuxièmement, je voudrais remercier celui qui a prévenu le
ministre des Finances. D'une façon très particulière, je
le remercierai davantage.
Le Président: Alors, sur ce, M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, je retiens les propos du
leader parlementaire de l'Opposition. Comment, vous revenez?
Le Président: S'il vous plaît! Une voix: Des
menaces...
Le Président: Bon, très bien. M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: Alors, M. le Président, je retiens que la
question de privilège n'a pas lieu. Je vous demande d'ajourner nos
travaux à mardi, 14 heures.
Le Président: Nos travaux sont donc ajournés au
mardi 19 mai prochain, à 14 heures.
(Fin de la séance à 21 h 50)