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Version préliminaire

42e législature, 1re session
(début : 27 novembre 2018)

Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version finale du Journal est publiée dans un délai de 2 à 4 mois suivant la date de la séance de la commission.

Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions

Le jeudi 28 février 2019 - Vol. 45 N° 7

Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 9, Loi visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes


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Journal des débats

11 h 30 (version non révisée)

(Onze heures trente-trois minutes)

La Présidente (Mme Chassé) : Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je demande à toutes les personnes dans la salle de bien fermer leurs appareils électroniques.

La commission est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et les auditions publiques sur le projet de loi n° 9, la Loi visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes.

Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?

La Secrétaire : Oui, Mme la Présidente : Mme Lachance (Bellechasse) est remplacée par M. Thouin (Rousseau); Mme Lecours (Les Plaines) par Mme Picard (Soulanges); M. Lévesque (Chauveau) par M. Provençal (Beauce-Nord); M. Birnbaum (D'Arcy-McGee) par M. Derraji (Nelligan), Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) par M. Kelley (Jacques-Cartier); Mme Sauvé (Fabre) par Mme Anglade (Saint-Henri—Sainte-Anne); M. LeBel (Rimouski) par Mme Fournier (Marie-Victorin); et Mme Dorion (Taschereau), par M. Fontecilla (Laurier-Dorion).

La Présidente (Mme Chassé) : Merci. Ce matin, nous débuterons les auditions par l'organisme Manufacturiers et exportateurs du Québec, puis par Me Stéphane Handfield.

Je comprends qu'il y a eu un consentement qui a été donné en Chambre pour poursuivre nos travaux au-delà de l'heure prévue, donc vers 13 h 30. Non, c'est ça. Oui, exactement. Et aussi il y a un document à déposer. Donc, je dépose un document transmis par la Fédération québécoise des municipalités. Ce document sera accessible à tous ici sur notre site Web.

Je souhaite donc la bienvenue aux représentants des Manufacturiers et exportateurs du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, et que nous procéderons, par la suite, à la période d'échange avec les membres de la commission. À une minute de la fin, je vous ferai un signe. Je vous invite donc à vous présenter puis à débuter...

La Présidente (Mme Chassé) : ...je souhaite donc la bienvenue aux représentants des Manufacturiers exportateurs du Québec et je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé et que nous procéderons par la suite à la période d'échange avec les membres de la commission. À une minute de la fin, je vous ferai un signe. Je vous invite donc à vous présenter puis à débuter.

Mme Proulx (Véronique) : Excellent. Alors, bonjour à tous. Mon nom est Véronique Proulx, je suis présidente-directrice générale des Manufacturiers exportateurs du Québec. Je suis accompagnée de ma collègue Isabelle Limoges, directrice Affaires publiques, affaires gouvernementales. Merci aux membres de la commission de nous entendre aujourd'hui. On vous a tous remis le mémoire version papier. Il a été acheminé il y a quelques instants également à la commission par courriel. Alors, merci de nous donner cette opportunité aujourd'hui. Manufacturiers exportateurs du Québec, on est l'une des quatre grandes associations patronales, on représente 1 100 entreprises manufacturières à travers le Québec, des entreprises de toutes tailles, de tous secteurs d'activité, vraiment à l'image du tissu industriel québécois.

Dans un premier temps, on voulait vous entretenir sur les besoins en termes de main-d'oeuvre dans le secteur manufacturier, plus particulièrement sur les impacts de la pénurie de main-d'oeuvre sur le secteur. Alors, dans le secteur manufacturier québécois, au troisième trimestre de 2018, il y avait 18 000 postes vacants. Sur ces 18 000 postes vacants, 60 % des postes requéraient un niveau secondaire et moindre, donc des postes peu ou pas spécialisés, 40 % d'entre eux exigeaient un DEP, un DEC ou un diplôme universitaire. Alors, connaissant le niveau de productivité du manufacturier québécois, connaissant le faible niveau d'intégration de nouvelles technologies, ce n'est pas étonnant de voir cette proportion-là. Donc, les entreprises n'ont pas encore pris le virage technologique, ils ont besoin encore de gens qui ont peu ou pas de spécialisation. À terme, dans quelques années, on espère que cette tangente pourra changer.

Présentement, la pénurie de main-d'oeuvre a un impact très important et concret sur le secteur manufacturier, et vous en entendez parler régulièrement aussi, on voit des entreprises qui refusent des contrats, qui ne peuvent pas se permettre de prendre de nouveaux contrats à l'international, et même récemment, on voyait, à l'émission 24/60, Radio-Canada, Rotobec qui a choisi d'investir au États-Unis plutôt qu'au Québec faute d'avoir la main-d'oeuvre nécessaire. Donc, on est en train de... on nuit à la compétitivité du secteur et en plus on est en train de se priver de certains projets d'investissement. Alors, pour nous, le lien entre la pénurie de main-d'oeuvre et l'immigration est très simple : l'immigration, pour nous, est vraiment la voie privilégiée pour pouvoir pallier à la pénurie de main-d'oeuvre à court, moyen et long terme. Et là, sachant que c'est la dernière journée de la commission, sachant aussi qu'on a perdu accès à nos serveurs depuis deux semaines, on est vraiment allés à l'essentiel, dans le mémoire, sur nos principales recommandations, qui peuvent être pertinentes dans le cadre du projet de loi. Alors, je vais y aller avec les cinq recommandations en question.    

La première recommandation, c'est de mieux sélectionner nos travailleurs afin de faire un meilleur arrimage entre les besoins du marché du travail et les immigrants que l'on fait venir. Alors, cette recommandation comporte deux volets. La première, mettre en place le SDI le plus rapidement possible. On apprécie beaucoup l'effort qui est fait pour mieux arrimer les besoins du marché du travail avec l'immigration, on comprend que ça ne sera pas parfait, mais au moins on y tend. Ce qui est important pour nous par contre, c'est que le SDI est en place depuis le mois d'août, il n'est pas encore... bien, il est en place, mais il n'est pas en opération et on souhaite que ça puisse se faire le plus rapidement possible parce qu'il y a urgence d'agir. Donc, on ne voudrait pas dire à nos membres : Bonjour, vous allez devoir attendre encore un an, deux ans avant qu'on puisse commencer à faire venir des gens qui répondent à vos besoins. Donc, pour nous, c'était essentiel de le souligner à ce stade-ci.

Deuxième volet de cette recommandation, le niveau de français exigé. Je vais vous amener un peu plus tard à l'annexe où on a recensé, dans les dernières semaines, des cas d'entreprises manufacturières qui, présentement, utilisent le PTET pour faire venir des soudeurs. Alors, plusieurs de ces soudeurs viennent d'Amérique latine. On comprend que ces soudeurs-là n'auraient pas pu passer par l'immigration permanente pour entrer au Québec parce qu'ils n'ont pas le niveau 7 exigé. Ces gens-là sont en route vers le Québec ou sont arrivés et tous leurs employeurs leur ont dit : On veut qu'éventuellement tu déposes une demande à l'immigration permanente. Alors, on peut s'attendre qu'au terme de leur visa, dans deux ans, trois ans, tout dépendant, ils vont parler le français, mais ils n'auront certainement pas un niveau 7 qui et exigé. Donc, ce qu'on demandait ici, ce qu'on recommande, c'est soit de réduire le niveau, de permettre aux candidats une plus longue période pour pouvoir atteindre le niveau souhaité ou de revoir la grille de pointage en conséquence. Si on se limite à la francophonie pour l'immigration permanente, on va vraiment priver le secteur manufacturier d'une main-d'oeuvre dont il a besoin et ce sera avec... à terme, la main-d'oeuvre dont ils auront besoin, ce seront des gens qui ont des compétences techniques, qui auront une grande polyvalence puis une grande capacité d'apprendre tout au long de leur carrière. Changements technologiques obligent, les gens vont devoir s'adapter tout comme les employeurs.

• (11 h 40) •

Deuxième recommandation, accélérer les délais de traitement et augmenter les seuils. Alors, je l'ai mentionné, il y a une urgence d'agir dans le secteur. Les délais actuels et les seuils d'immigration font en sorte que les employeurs, encore une fois, vont devoir attendre quelques années avant d'avoir accès à la main-d'oeuvre dont ils ont besoin. Il est évident que le Programme des travailleurs temporaires étrangers est une alternative qui peut répondre à des besoins à court terme et, bien sûr, le PTET devrait être modifié pour répondre aux besoins du marché du travail. Je pourrai y revenir dans nos recommandations, mais il n'en demeure pas moins que si les employeurs souhaitent que ces travailleurs puissent faire une demande d'immigration permanente, je pense aux soudeurs...

Mme Proulx (Véronique) : …des travailleurs temporaires étrangers est une alternative qui peut répondre à des besoins à court terme. Et, bien sûr, le PTET devrait être modifié pour répondre aux besoins du marché du travail. Je pourrai y revenir dans nos recommandations, mais il n'en demeure pas moins que, si les employeurs souhaitent que ces travailleurs puissent faire une demande d'immigration permanente, je pense aux soudeurs latino-américains entre autres, les délais actuels, les seuils et le niveau de francisation demeurent des barrières importantes pour le secteur manufacturier.

Recommandation n° 3, favoriser la régionalisation durable des immigrants. Alors, pour nous, ça, c'est vraiment essentiel. La grande partie de nos membres qui sont touchés par la pénurie de main-d'oeuvre sont en région. Et ils rencontrent plusieurs défis lorsque vient le temps d'attirer et de retenir les immigrants en région. Alors, ici, on a trois volets : 1° s'assurer d'un déploiement régional du MIDI adéquat. On comprend que le MIDI va maintenant accompagner les entreprises. C'est excellent. Les employeurs et les manufacturiers ne sont pas des spécialistes du recrutement international, de l'intégration des immigrants. Il faut s'assurer d'être très proactif dans le déploiement des ressources auprès de ces entreprises-là. Deuxièmement, arrimer le déploiement et l'accompagnement du parcours du travailleur avec celui des entreprises. Donc, on comprend que, sur le terrain, il y a le MIDI qui accompagnera éventuellement les travailleurs dans un plan d'action personnalisé et les employeurs, des ressources différentes. Il y a aussi le MTESS qui est présent sur le terrain, qui accompagne les deux. Donc, on va devoir s'assurer d'avoir une coordination efficace pour s'assurer qu'autant le travailleur que l'employeur puisse être bien accompagné et ait accès à toutes les ressources dont il a besoin pour réussir l'intégration en région.

Troisièmement, supporter les municipalités dans leurs enjeux d'accueil de nouveaux arrivants. Ce que nos membres nous disent, puis je donne un exemple concret, j'ai une entreprise qui est à Knowlton, plus ou moins 100 postes non spécialisés à combler. Il n'y a pas d'hébergement abordable, il n'y a pas de transports collectifs. C'est très difficile d'amener des travailleurs dans la région et de les garder dans la région. Ils ont la volonté de faire. Ils se retournent vers la municipalité, et la municipalité n'a pas les ressources, l'argent. Donc, on soulève le point. Ça mérite vraiment d'être creusé pour voir comment on peut accompagner les municipalités et les entreprises en région face à ces défis-là.

Quatrième recommandation, clarifier les attentes et les obligations des employeurs dans l'intégration. Alors, on voit dans le projet de loi qu'on ouvre la porte à possiblement donner plus de responsabilités ou d'obligations aux employeurs dans un contexte d'intégration des immigrants. Alors, les manufacturiers comprennent très bien que l'intégration des immigrants, c'est une responsabilité partagée. Ils sont prêts à faire la leur. Ceci étant dit, si on pense éventuellement ajouter des responsabilités au niveau de la francisation ou autre, il faut aussi tenir compte des charges qu'ont actuellement les entreprises. Alors, je m'explique. Les entreprises manufacturières sont des entreprises qui exportent, qui font face à une concurrence internationale très accrue. Et elles n'ont pas toujours accès aux mêmes conditions, au même environnement d'affaires que leurs concurrents. Alors, la francisation, c'est une chose, mais, quand on regarde le cumul de toutes les mesures ou politiques que le gouvernement peut ou a déjà en place, cela fait en sorte que ça nuit. Nos entreprises sont moins compétitives essentiellement que leurs concurrents sur les marchés internationaux. Donc, on demande au gouvernement de garder ça à l'esprit lorsque viendra le temps d'évaluer quelles seront les obligations des employeurs et vraiment d'avoir une vue 360° sur le secteur manufacturier et sur sa compétitivité.

Et finalement, et non la moindre, la recommandation n° 5, c'est de traiter en priorité les demandes pour lesquelles les immigrants sont déjà en emploi au Québec. Il y a beaucoup de choses qui changent dans ce dossier-là présentement, mais néanmoins, pour nous, il était essentiel de mentionner que les gens qui sont déjà en emploi au Québec, qui parlent français, devraient avoir un traitement accéléré. Dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre, ça va de soi qu'on veut garder ces gens-là. Du moins, les employeurs souhaitent les garder.

Alors, en conclusion, on est favorables, dans les grandes lignes, au projet de loi, mais, encore une fois, on veut s'assurer que le projet permette de bien cibler les travailleurs étrangers, d'adapter, assouplir et accélérer les processus administratifs, accélérer les délais de traitement et favoriser la régionalisation de l'immigration.

Alors, sachant qu'il me reste 1 min 45 s, je vous amènerais quand même à l'annexe à la page 7. Je ne passerai pas au travers avec vous, mais je voulais quand même vous le souligner, ce sont les cas d'entreprises…

La Présidente (Mme Chassé) : C'est plutôt 1 min 15 s.

Mme Proulx (Véronique) : 1 min 15 s?

La Présidente (Mme Chassé) : Oui.

Mme Proulx (Véronique) : …les cas d'entreprises qu'on a sondées récemment. Vous allez voir que toutes les entreprises sondées, puis on ne les a pas nommées, mais on a quand même certains critères, utilisent présentement le PTET. Pourquoi? Parce que l'immigration économique ne permettait pas de répondre aux besoins de manufacturiers dans les postes… plus hauts postes spécialisés. C'est tout à fait normal, alors qu'ils se retournaient vers le PTET ou autres mesures pour pouvoir y répondre. Et, pour la plupart de ces entreprises-là qui font venir ou qui sont en voie de faire venir des travailleurs, ils souhaitent tous que ces gens-là puissent rester. Mais, encore une fois, ce ne sont pas des gens, nécessairement, que sont issus de la francophonie. Et vous allez voir aussi dans les souhaits, certaines demandes d'amélioration au niveau du PTET. Ce n'est pas nécessairement le sujet aujourd'hui, mais il me fera plaisir d'y revenir avec vous éventuellement. Alors, merci beaucoup pour votre attention.

La Présidente (Mme Chassé) : Merci. Merci beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Nos allons maintenant débuter la période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.

M. Jolin-Barrette : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, mesdames. Merci d'être présentes aujourd'hui en commission parlementaire pour nous renseigner sur votre opinion du projet de loi n° 9. Donc, globalement, vous êtes en faveur du projet de loi n° 9. Vous avez certaines inquiétudes, et je les ai bien entendues, relativement, là, pour les exportateurs, pour les manufacturiers…

M. Jolin-Barrette : ...aujourd'hui en commission parlementaire pour nous renseigner sur votre opinion du projet de loi n° 9. Donc, globalement, vous êtes en faveur du projet de loi n° 9. Vous avez certaines inquiétudes, et je les ai bien entendues, relativement, là, pour les exportateurs, pour les manufacturiers. Il y a une question de dire les gens qui sont en emploi au Québec déjà, on voudrait qu'ils soient traités prioritairement. Ça, je l'ai dit dès le dépôt du projet de loi, je peux vous rassurer là-dessus, j'ai déposé une motion aujourd'hui à l'Assemblée nationale pour faire en sorte que dès l'adoption du projet de loi, ces gens-là vont être traités prioritairement dans Arrima. D'ici là, et je l'ai toujours répété, j'invite, pour les gens qui sont admissibles, à déposer leur demande dans le PEQ. Ça ne s'applique pas à tout le monde à cause des critères, parler français et avoir occupé un emploi 12 mois au cours des 24 derniers mois, mais pour ceux qui sont admissibles, bien, eux, ils peuvent avoir une voie rapide présentement. Et il y en a qui avaient appliqué dans le PRTQ, à l'époque, puis qui n'étaient pas encore admissibles au PEQ. Et ça, il faut le dire, puis il faut le dire aussi à vos membres, aux différents manufacturiers, aux exportateurs, que ça se peut qu'il y ait des gens qui travaillent pour eux puis qui pourraient déjà avoir leur CSQ rapidement. Premier volet.

Deuxième volet, on est conscients que les gens qui sont au Québec, qui occupent un emploi, ils contribuent à la société québécoise, puis c'est pour ça qu'on va les traiter prioritairement dans Arrima dès la sanction du projet de loi. Ça fait que là-dessus, je peux vous rassurer.

L'autre élément, tout à l'heure, vous avez dit : On ne veut pas uniquement se limiter à la francophonie. Je suis d'accord avec vous là-dessus aussi, puis c'est pour ça qu'on veut faire en sorte d'arrimer les besoins du marché du travail au profil des compétences. Puis nous, notre travail, au gouvernement du Québec, puis avec ce qu'on met dans le projet de loi n° 9, c'est qu'on se donne les outils, justement, avec le parcours personnalisé, pour faire de l'accompagnement en francisation, en intégration. Parce que nous, on ne veut pas se priver, là, des talents qu'il y a dans le monde entier. On veut donner la même chance à tous de venir au Québec, de venir travailler, puis on prend sur nous de déployer des ressources pour intégrer les gens. Et d'ailleurs, même pour les temporaires, là, présentement, avec le projet de loi n° 9, on va pouvoir leur donner des services, ce qu'on ne pouvait pas faire auparavant.

Ça m'amène à une question sur la régionalisation. Avez-vous des propositions sur la régionalisation? Comment est-ce qu'on fait, là? Moi, j'avais dans la tête d'inviter notamment les gens qui ont une offre d'emploi validée en région prioritairement, mais est-ce que vous voyez d'autres avenues pour assurer le fait que les personnes qui s'établissent en région y demeurent, sont conservées? Avez-vous des idées, une stratégie pour nous?

Mme Proulx (Véronique) : Bien, l'offre d'emploi validée, certainement. Je pense aussi que lorsqu'on parle de parcours personnalisé, je comprends que le parcours pourrait débuter avant même que les gens arrivent. Donc, je pense qu'il y a un travail là à faire s'ils n'ont pas eu d'offre d'emploi validée, pour leur faire part de ce qui existe en région comme opportunités, au niveau du marché du travail.

Maintenant, quand vient le temps de l'intégration, il y a quelques modèles qui ont réussi au Québec, et je pense entre autres à Exceldor à Saint-Anselme, qui avait réussi à faire venir, si je ne me trompe pas, 200 travailleurs qui étaient issus de l'immigration, qui étaient basés à Montréal. Certains parlaient français, d'autres, non. Ils ont réussi à les intégrer de façon durable dans la région avec leur famille. Ils ont travaillé avec les commissions scolaires, la municipalité, les syndicats. Tout le monde a été impliqué pour s'assurer que l'intégration sur toutes ses facettes de l'immigrant puisse être faite. Je ne peux pas dire que c'est parfait, mais ça a été un beau succès, et les gens sont restés avec le temps. Aujourd'hui, on se promène à Saint-Anselme, on va à l'épicerie, on trouve des produits de différentes origines. C'est un exemple simple, mais ça parle quand même de soi. Mais c'est très inégal d'une région à l'autre. Alors, ça va prendre un leadership. Ça peut être soit via les MRC, ça peut être soit via les CRPMT, avec la commission des partenaires du marché du travail. Il faut réunir les acteurs pour que chaque région se dote d'un plan d'action pour l'intégration, parce que présentement, les entreprises sont vraiment laissées à elles-mêmes, ne savent pas vers quelle porte se retourner.

M. Jolin-Barrette : O.K. Là-dessus, le ministère de l'Immigration a une responsabilité, puis on veut renforcir le réseau justement pour être présents dans les différentes régions puis faire en sorte d'avoir un accompagnement à la fois pour la personne immigrante, mais à la fois aussi pour les acteurs de la société civile, les employeurs, les MRC, tout ça. Hier, la FQM est venue nous proposer de dire bien, vous devriez faire peut-être une dévolution de pouvoirs vers les MRC. C'est quelque chose qui est intéressant. Vous, qu'est-ce que vous en pensez?

Mme Proulx (Véronique) : Si on le fait, il faut avoir des obligations, il faut avoir des attentes de livrables très précises, parce que c'est très inégal d'une région à l'autre, et c'est ce qu'on voudrait éviter, que dans certaines régions, puis on le voit déjà que certaines entreprises sont bien accompagnées, et dans d'autres, elles sont laissées à elles-mêmes.

M. Jolin-Barrette : Ça fait que ça prend un plan de match concret, puis une standardisation, si je peux dire.

Mme Proulx (Véronique) : Absolument, avec des livrables et des attentes très précises, pour s'assurer... Parce que ça prend un leadership. Donc, ça peut être la FQM, ça peut être un autre partenaire. Puis je comprends que les ressources du MIDI vont y contribuer, mais ça prend un leadership très fort. Sinon, les projets ne vont pas avancer.

• (11 h 50) •

M. Jolin-Barrette : Puis pour moi, c'est très clair, puis c'est pour ça qu'on met le rôle de coordination dans le projet de loi n° 9 pour le ministère de l'Immigration, parce que je ne veux plus que ça se passe comme avant, du fait qu'Éducation faisait son bout, Santé faisait son bout, Emploi et Solidarité sociale aussi faisait son bout, puis Immigration aussi, puis bon, il y avait de la collaboration entre les différents ministères, mais il n'y avait pas de...

M. Jolin-Barrette : ...rôle de coordination dans le projet de loi n° 9 pour le ministère de l'Immigration, parce que je ne veux plus que ça se passe comme avant, du fait qu'Éducation faisait son bout, Santé faisait son bout, Emploi et Solidarité sociale aussi faisait son bout puis Immigration aussi, puis, bon, il y avait de la collaboration entre les différents ministères, mais il n'y avait pas de coordination, il n'y avait comme personne d'imputable au gouvernement du Québec. Ça, c'est ce qu'on change prioritairement, puis la porte d'entrée, ça va être le ministère de l'Immigration, relativement à toutes les questions justement de personnes immigrantes, en lien avec francisation, intégration. Emploi, on travaille de concert avec mon collègue de l'Emploi, ce sont eux qui sont les spécialistes là-dedans. Mais, présentement, il y a déjà des gens qui sont dans les locaux de Services Québec, mais nous, on souhaite en faire plus, puis c'est pour ça qu'on met le rôle de coordination dans le projet de loi. Ça fait qu'on progresse. On est conscients que le ministère de l'Immigration doit retrouver sa place, doit aussi étendre ses services, mais surtout on veut répondre au rapport de la Vérificatrice générale de 2017 pour dire : Il n'y a pas de suivi, il n'y a pas de traçabilité. Alors, on est là-dessus présentement, c'est un des objectifs du projet de loi n° 9.

Sur la question de la disposition sur les règlements pour les employeurs, tout à l'heure vous avez dit : On est inquiets, on ne veut pas que ça soit un fardeau supplémentaire. Je vous entends très bien. On n'a pas l'intention d'imposer des règlements sans consulter les employeurs, sans prendre en compte votre point de vue, tout ça. C'est une habilitation législative. Vous l'avez dit tantôt, tout le monde doit participer. Il faut voir comment est-ce qu'on peut mettre tout le monde, les employeurs, les manufacturiers, les personnes immigrantes. Mais l'objectif, là, ce n'est pas de vous imposer des choses d'une façon unilatérale, là, je veux être très clair là-dessus, je suis vraiment en mode écoute, en mode collaboration. Puis quelle forme ça va prendre? Ça pourrait être de la facilitation au niveau des cours de francisation, des choses comme ça. Mais je suis conscient que — et la FCEI est venue nous le dire — il y a beaucoup de PME au Québec, ce n'est pas des gros employeurs, je suis conscient de cette flexibilité-là qu'il doit y avoir aussi.

Mme Proulx (Véronique) : Peut-être un point sur la francisation. Ce qu'on voit présentement, on voit que c'est difficile de le faire. Souvent, les employeurs nous disent : Mais on n'a pas des groupes suffisamment importants pour partir un groupe de formation en entreprise, les employés n'ont pas nécessairement de voiture pour se rendre à la formation le soir ou les fins de semaine. Ce n'est pas adapté. Peut-être penser à de la formation en ligne, regarder les plateformes technologiques, de changer la façon de faire de la francisation, un, pour que ça soit plus accessible, et deux, pour que ça soit plus arrimé sur le travail qui est fait, donc que le travailleur lui-même soit plus intéressé à progresser, en ce sens.

M. Jolin-Barrette : Je voyais dans votre mémoire, là : vous avez 18 000 postes vacants dans le manufacturier, puis de cela, 60 % requièrent un niveau secondaire V ou moins, puis 40 % exigent un DEP, ou un DEC, ou plus. Puis là, actuellement, vos membres ne trouvent pas de main-d'oeuvre.

Mme Proulx (Véronique) :Non, exact. Il y a le PTET qui est de plus en plus utilisé, mais avec ses limites, avec ses contraintes. Alors, par exemple, j'ai une entreprise qui a un produit saisonnier, une grande entreprise qui est basée à Laval, elle exporte à 90 %. Le temps que ses... Elle vend à des grands détaillants. Quand les grands détaillants lui passent ses commandes, il lui reste peut-être un quatre mois pour être capable de livrer, de préparer sa livraison. Le temps qu'elle fasse venir des travailleurs via le PTET, c'est six mois, 10 mois, 12 mois. L'année dernière, elle n'a pas pu livrer à temps. Cette année, elle a perdu des commandes, faute d'avoir eu accès à la main-d'oeuvre nécessaire.

M. Jolin-Barrette : Ça, c'est le permis temporaire fédéral.

Mme Proulx (Véronique) : Exactement.

M. Jolin-Barrette : Mais moi... Ça, c'est  un dossier... On va en parler tout de suite après. Mais, sur la question du projet de loi, c'est pour les permanents. Puis, entre autres, pourquoi est-ce qu'on rembourse les 18 000 dossiers? C'est justement pour répondre aux besoins des employeurs en lien avec leurs besoins de main-d'oeuvre, parce que ce qu'on veut faire, là, c'est vraiment s'assurer que les besoins exprimés par les différentes régions, par les villes, par vos membres, les gens qu'on va aller chercher pour venir au Québec correspondent à ce profil-là. Parce que ce n'était pas respectueux, là, dans le passé, là, de dire : Bien, on vous fait venir au Québec, le type d'emplois qu'on a ne correspondent pas au profil. Alors, c'est ça qu'on change dans le système, puis on fait vraiment en sorte de dire : Bien, il faut qu'il y ait un maillage entre les deux, puis on s'assure que le degré de formation corresponde aussi, parce que c'est sûr que, si vous avez une maîtrise ou un doctorat, puis vous scorez dans la grille de sélection du Québec, puis que là les emplois qu'il y a à offrir, supposons, c'est un niveau de secondaire V ou moins, ça se peut que la personne immigrante, elle soit déçue puis elle dise : Ce n'est pas ça qu'on m'avait dit, là, à l'étranger. Quand j'ai choisi le Québec, là, ce n'était pas à ça que je m'attendais, là. Ça fait que c'est ça qu'on change, principalement.

Sur la question du PTET, présentement, on est en négociation avec le gouvernement fédéral. Dans les points que vous soulevez, la hausse du plafond de 10 %, le fait d'avoir plus de flexibilité sur l'étude d'impact puis les visas prolongés de 12 à 24 mois, on est entièrement au même endroit. Il faut que le gouvernement fédéral bouge là-dessus, parce que c'est vraiment criant, là, pour la réalité de vos membres.

Mme Proulx (Véronique) : Tout à fait, absolument. C'est clair que le PTET permet...

M. Jolin-Barrette : ...le fait d'avoir plus de flexibilité sur l'étude d'impact puis les visas prolongés de 12 à 24 mois, on est entièrement au même endroit. Il faut que le gouvernement fédéral bouge là-dessus parce que c'est vraiment criant, là, pour la réalité de vos membres.

Mme Proulx (Véronique) : Tout à fait. Absolument. C'est clair que le PTET permet de répondre à un besoin à court terme, un, dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre; deux, pour des entreprises qui ont des produits saisonniers ou qui ont de grandes commandes, de grands contrats. Par exemple, ils ont besoin de 100 employés additionnels pour une période d'un an. Dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre, personne ne va prendre un contrat d'un an. Ils veulent des emplois permanents, et c'est normal. Alors, la main-d'oeuvre peut venir répondre... temporaire peut venir répondre à ces besoins-là.

M. Jolin-Barrette : Puis comment vous voyez ça? Si les gens viennent, dans un premier temps, supposons sur le PTET, puis nous, comme gouvernement québécois, on dit : Bien, ils répondent à un besoin de main-d'oeuvre, on leur donne des ressources pour se franciser, s'intégrer, et tout ça, pour les amener vers la permanentisation. Pensez-vous que c'est une bonne idée?

Mme Proulx (Véronique) : Tout à fait, exactement, puis c'est ce que nos membres nous ont dit, ceux qui vont venir notamment les travailleurs en provenance d'Amérique latine. Ils ont déjà dit aux travailleurs qui arrivent : On aimerait éventuellement que vous appliquiez pour la résidence permanente. Donc, pour nous, ça fait plein de sens.

M. Jolin-Barrette : O.K. J'ai quelques collègues qui veulent poser des questions. Je vous remercie grandement pour votre mémoire, puis sachez que je suis très sensible à la réalité des manufacturiers et des exportateurs au niveau de la prévisibilité, au niveau aussi du fait des gens qui sont sur le territoire québécois. C'est pour ça que je veux inviter prioritairement les gens qui sont en emploi dans le système Arrima pour m'assurer que ça répond aux besoins du marché du travail. Donc, vous pouvez rassurer vos membres à ce niveau-là.

Mme Proulx (Véronique) : Merci.

La Présidente (Mme Chassé) : Merci, M. le ministre. Qui veut intervenir dans le groupe parlementaire formant le gouvernement? Le député de Mégantic. Merci. Je vous invite à prendre la parole.

M. Jacques : Merci, Mme la Présidente. Dans communiqué de presse daté du 7 février, vous avez dit que vous étiez en faveur du projet de loi n° 9. Pouvez-vous m'expliquer un peu, là, les points que vous aimez le plus dans ce projet de loi et un peu... bien, un peu... pourquoi vous êtes en faveur en fait?

Mme Proulx (Véronique) : Mais, en fait, ça permet d'établir un cadre qui va permettre de mieux arrimer les besoins du marché du travail avec les travailleurs, notamment via le SDI qui va se mettre en place. La suite du parcours immigrant, pour nous, était importante. Pour moi, l'accompagnement, que ce soit de l'entreprise ou du travailleur, c'est essentiel si on veut assurer son intégration avec succès. C'est un élément qui nous avait beaucoup accrochés aussi, et la question de la régionalisation. Alors, c'était vraiment le meilleur arrimage, la régionalisation, et l'accompagnement du travailleur immigrant.

M. Jacques : Au niveau des régions, là, on sait que l'intégration est souvent plus difficile, entre autres à... en fait à cause de la francisation qui est difficile. Vous en avez parlé tantôt. Il y a beaucoup de... ça prend des groupes de huit en fait, là, pour faire la francisation. Dans les petites régions où est-ce qu'il y a quand même un besoin de main-d'oeuvre, là, de quelle façon vous pensez qu'on pourrait aider à faire la francisation?

Mme Proulx (Véronique) : Je l'ai mentionné tout à l'heure, je pense qu'il faut revoir la façon dont on fait les cours de francisation, un, pour que ça soit plus intéressant pour le travailleur et, deux, plus accessible aussi. Donc, plus de flexibilité. Ça peut être des plateformes en ligne. Ça peut être un volet en ligne et un volet en entreprise qui est fait. Je pense qu'il faut utiliser les différents outils technologiques qui sont disponibles plutôt que de dire à un travailleur qui a fait son 40 heures, son 35 heures, qui a une famille : Bien, va-t'en sur les bancs d'école pour apprendre le français. Ça peut être assez ardu. Ce n'est pas nécessairement hyper stimulant. Donc, je pense qu'il faut revoir la façon dont les cours sont livrés tout simplement.

M. Jacques : Donc, en entreprise, en ligne?

Mme Proulx (Véronique) : Oui, absolument. En entreprise, ils sont là, c'est plus facile. Comme je dis, ils n'ont pas toujours le bon niveau. Ils n'ont pas suffisamment pas de gens pour partir un groupe. Ils ne sont pas tous au même niveau. Puis, moi, j'impliquerais l'employeur aussi pour que son langage, le langage de l'entreprise, que ça soit au niveau des normes de la santé et sécurité, d'être capable de faire un maillage pour que ça soit finalement un apprentissage appliqué.

M. Jacques : Puis, l'intégration sociale et communautaire, qui qui doit la faire? C'est la population? C'est l'employeur? C'est...

Mme Proulx (Véronique) : Bien, c'est là où je pense que ça prend un leadership pour déterminer, dans chaque région, qui sera... quelle sera la meilleure... puis assurer ce leadership-là, et je donne un exemple. Puisque vous êtes à Mégantic, à Sherbrooke, il y a eu une vague de réfugiés syriens qui sont arrivés. Ce n'était pas de l'immigration économique, mais ce n'est pas grave, l'exemple peut être pris. Et Syriac Orthodox, donc c'est l'église de Sherbrooke Syriac Orthodox qui intègre, qui travaille vraiment à l'intégration à la communauté, qui trouve les cours de français, qui les aide à trouver des emplois. Il y en a d'ailleurs qui prennent l'autobus matin et soir pour aller travailler à Lac-Mégantic. Ce n'est pas parfait, mais là, au moins, on a une organisation qui est prête à travailler. Alors, je pense que dans chaque région, ça peut varier, mais ça prend un leadership en quelque part pour assurer la concertation avec tous les intervenants aussi.

• (12 heures) •

M. Jacques : Oui. La problématique en fait en région, si on prend Mégantic qu'on peut… qu'on connaît bien, c'est qu'il y a beaucoup de gens qui viennent travailler à Mégantic. Des gens, ils viennent passer leur semaine là… à Mégantic, en fait, puis les familles de ces personnes-là sont à Sherbrooke pour faire la francisation. Donc, l'intégration communautaire et sociale ne se fait pas. Les...


 
 

12 h (version non révisée)

M. Jacques : …Mégantic on peut… qu'on connaît bien, c'est qu'il y a beaucoup de gens qui viennent travailler à Mégantic, les gens, ils viennent passer leur semaine là… à Mégantic, en fait, puis les familles de ces personnes-là sont à Sherbrooke pour faire la francisation. Donc, l'intégration communautaire et sociale ne se fait pas. Les enfants ne se font pas d'amis, les… en tout ças. Les parents sont divisés aussi d'une place à l'autre à la semaine longue, donc les gens ont plus de facilité à retourner dans la région centre, qui est Sherbrooke.

Mme Proulx (Véronique) : Oui. Oui, effectivement. Puis leur communauté est là, ça fait que ça revient à la question de la communauté aussi. Puis ça, j'ai plusieurs de mes membres qui m'ont dit : Quand on fait venir des travailleurs étrangers, on essaie d'en faire venir un bassin, on se regroupe entre entreprises — je pense à la Beauce, entre autres — pour avoir une communauté qui s'établit avec leur famille. Alors, à ce moment-là, les attaches se créent, ils ont davantage envie de rester dans la région plutôt que de retourner dans une région centre.

Mais là ça passe… je reviens à ce que je disais tout à l'heure, ça passe par la capacité d'accueil au niveau du logement, le transport, les écoles. Est-ce qu'on a l'espace nécessaire? Comment est-ce qu'on peut travailler avec les écoles pour travailler avec les parents, pour favoriser l'intégration là aussi? Donc, c'est vraiment les différents acteurs qui doivent travailler main dans la main pour que ça réussisse. Ça ne peut pas être juste les employeurs.

M. Jacques : C'est clair. C'est une histoire de communauté totale.

Mme Proulx (Véronique) : Absolument. Absolument.

M. Jacques : Merci beaucoup.

Mme Proulx (Véronique) : Merci à vous.

La Présidente (Mme Chassé) : Merci. Je cède maintenant la parole au député de Sainte-Rose.

M. Skeete : Merci, Mme la Présidente. Merci pour votre prestation et merci pour votre présence.

J'ai quelques questions et je voudrais faire du pouce sur le point du ministre. Tantôt, on a soulevé que 60 % des requérants… requièrent, plutôt, un niveau secondaire V et moins, et 40 %, un D.E.P. Puis, en même temps, plus loin, vous dites que le marché du travail se transforme.

Donc, ce que je retiens, c'est que les besoins d'aujourd'hui ne seront pas nécessairement les besoins de demain.

Mme Proulx (Véronique) : Tout à fait, tout à fait. Dans un horizon de cinq ans à 10 ans, moi, je m'attends à ce que la courbe ait inversé, qu'on soit dans le 40 % — et j'espère moins — non spécialisés et 60 % et plus spécialisés. Pourquoi? Parce que, dans le secteur manufacturier, on parle beaucoup du virage 4.0. Des entreprises vont devoir intégrer de toutes nouvelles technologies, s'automatiser, se robotiser, si elles veulent maintenir leur compétitivité. Sinon, elles vont être appelées à disparaître. Donc, ces entreprises-là vont rechercher des compétences qui sont très différentes de celles d'aujourd'hui. C'est pourquoi, dans le non-spécialisé aujourd'hui, le PTET pourrait, s'il est adapté, répondre aux besoins. Et, à terme, on va chercher des compétences qui sont très différentes dans le manufacturier, qui vont être retrouvées dans le… qu'on pourra retrouver via l'immigration permanente. Pardon.

M. Skeete : Puis l'intention du gouvernement, on le sait, c'est de créer un arrimage entre les spécialités, là, dès que le candidat ou la candidate fait la demande, d'arrimer ça à un emploi au Québec. Donc, dans les deux cas, on serait bien positionné de répondre à… les critères de ce marché-là, qui est changeant. Et…

Mme Proulx (Véronique) : Oui. Et, comme je le disais, je ne pense pas que c'est parfait, mais au moins on tend à se rapprocher des besoins du marché du travail, ce qui est excellent.

M. Skeete : Donc, une modernisation était… est due.

Mme Proulx (Véronique) : Oui. Mais en fait le SDI… c'est le SDI qui va permettre cette modernisation-là, c'est ce que je comprends. Mais effectivement.

M. Skeete : J'aimerais aussi vous relancer sur le rôle des entreprises qui accueillent pour l'intégration de l'immigrant. Comment vous  voyez ça pour vos membres, d'intégrer un nouveau arrivant dans sa communauté? C'est quoi, le rôle de l'employeur? C'est quoi, le rôle de la communauté? C'est quoi, le rôle de la personne?

Mme Proulx (Véronique) : Alors, je vais reprendre, dans un premier temps, l'exemple de Knowlton. Encore une fois, il s'agissait de… L'entreprise venait piger à Montréal dans le bassin de réfugiés qui avaient un permis de travail. Puis, au départ, elle partait… elle les faisait venir en autobus. Donc, ils partaient à 4 h 30 de Montréal, prenaient l'autobus pour se rendre sur la Rive-Sud, un autobus pour se rendre à Knowlton, ils faisaient un quart de travail de 12 heures et ils revenaient le soir. On comprend que ça ne peut pas durer longtemps. Donc, éventuellement, elle a travaillé avec la municipalité, à Cowansville spécifiquement, pour être capable de trouver de l'hébergement. La municipalité a accepté de payer jusqu'à tout récemment le transport en… l'autobus, finalement, nolisé, pour les amener. Et l'entreprise se retrouvant face à elle-même, bien là, elle cherche des ressources en francisation, en intégration, formation de ses équipes au niveau de la gestion interculturelle. Donc, présentement, l'entreprise est pas mal la seule à travailler à l'intégration de l'immigrant à ce jour, ce qui n'est pas idéal. Ce qui n'est pas idéal.

M. Skeete : Puis est-ce que c'est un rôle qui est de trop, ou est-ce que c'est un rôle qui n'est pas assez?

Mme Proulx (Véronique) : …je pense que c'est trop, dans le sens où ces entreprises-là n'ont pas nécessairement cette expertise ou cette expérience-là. Encore une fois, ce ne sont pas des spécialistes de l'intégration des immigrants, du recrutement international, de la francisation. Alors, le temps qu'ils mettent là, ils ne le mettent pas ailleurs, ils ne le mettent pas à leur «core business», finalement, et c'est là où je dis que ça nuit à la compétitivité du secteur, et c'est là où ils ont besoin d'accompagnement.

M. Skeete : Mais c'était tout pour moi. Merci beaucoup. Merci, Mme la Présidente.

La Présidente (Mme Chassé) : Merci. J'invite maintenant le député de Rousson… Roussou… je vais y arriver, Rousseau, à prendre la parole.

M. Thouin : Bonjour, mesdames. À mon tour de vous remercier de vous être déplacées ici aujourd'hui. Agréable présentation.

Je vous réfère à mon tour à votre communiqué de presse du 7 février dernier, où vous saluez aussi le remboursement des dossiers en inventaire.

Pourriez-vous nous indiquer en quoi ceci est une solution appropriée au contexte actuel?

Mme Proulx (Véronique) : En fait, lorsqu'on a émis le…

La Présidente (Mme Chassé) : ...à prendre la parole.

M. Thouin : Bonjour, mesdames. À mon tour de vous remercier de vous être déplacées ici aujourd'hui. Agréable présentation. Je vous réfère, à mon tour, à votre communiqué de presse du 7 février dernier, où vous saluez aussi le remboursement des dossiers en inventaire. Pourriez-vous nous indiquer en quoi ceci est une solution appropriée au contexte actuel?

Mme Proulx (Véronique) : En fait, lorsqu'on a émis le communiqué, et par ce commentaire-là, ce qu'on souhaitait, c'est qu'on puisse passer au SDI le plus rapidement possible, alors, qu'on puisse cesser le «premier arrivé, premier servi» et pouvoir sélectionner les immigrants en fonction des besoins du marché du travail. Mais je vous dirais qu'au moment où on a émis le communiqué, effectivement on avait peu... c'est quand même complexe, l'immigration... on avait peu de détails sur l'ensemble de l'œuvre. Donc, je vous dirais que notre souhait, si j'avais à le reformuler aujourd'hui, c'est de dire : Passons le plus rapidement possible au SDI pour être capables de sélectionner en fonction des besoins du marché du travail. Et, je réitère, comme je l'ai dit aujourd'hui dans le mémoire, notre souhait, c'est de traiter en priorité les gens qui sont déjà ici et qui sont en emploi.

M. Thouin : Merci.

La Présidente (Mme Chassé) : Merci. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? La députée de Soulanges prend la parole.

Mme Picard : Merci. Dans votre mémoire déposé dans le cadre des consultations publiques de 2015, Vers une nouvelle politique québécoise en matière d'immigration, de diversité et d'inclusion, vous suggérez que le français ait moins d'importance lors de la sélection de personnes de l'immigration, mais devrait être plus défendu dans l'intégration. Vous indiquez aussi que les entreprises participent directement au processus de francisation des employés. Selon vous, quelles conditions vous apparaissent justifiées pour que les employeurs s'engagent davantage dans la francisation et l'intégration, sans compromettre la productivité? Comment on pourrait encore... Vous l'avez mentionné tantôt, là, mais comment... en ligne, et tout, mais...

Mme Proulx (Véronique) : Oui, bien, en fait, je vous dirais, dépendamment de la taille des entreprises, certaines ont la capacité et... Deux choses, la taille de l'entreprise et, aussi, l'impact de la pénurie de main-d'oeuvre sur l'entreprise. Une entreprise qui est vraiment touchée, qui manque beaucoup d'employés, bon, c'est difficile de lui dire : Mais peux-tu dégager tes gens une journée-semaine pour faire de la francisation? C'est beaucoup demander. Dans certaines industries, c'est possible de le faire, puis on voit certains employeurs qui le font déjà, mais d'autres pour qui c'est plus difficile.

Ça fait que je pense que ça prend une flexibilité là aussi, en fonction de la réalité de l'entreprise, de la taille de l'entreprise, de le faire, d'avoir la possibilité de le faire pendant les heures, à l'extérieur des heures. Mais, en entreprise, d'avoir les facilités pour pouvoir le faire sur place parce que ça devient plus facile pour l'employé. Encore une fois, il n'a pas à se déplacer. Donc, c'est vraiment au niveau de l'organisation du travail. Mais je donnerais la flexibilité aux employeurs dans un certain cadre.

Mme Picard : Merci.

La Présidente (Mme Chassé) : Oui... Pardon, merci. Je cède maintenant la parole à la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.

Mme Anglade : Parfait, merci. Alors, merci, Mme Limoges, Mme Proulx. Contente de vous revoir. Écoutez, il n'y a pas de doute dans mon esprit qu'on veut avoir une meilleure intégration, un meilleur arrimage, une meilleure coordination. D'ailleurs, donner plus de rôle pour la coordination, pour le ministère, à mon avis, est une bonne chose. Et donc ces volets-là, je pense qu'on va tous s'entendre de manière générale là-dessus.

Il y a des enjeux, par contre, de pénurie de main-d'oeuvre qui sont réels. Depuis deux ans, ce que l'on constate, c'est qu'il y a une accélération de la problématique de pénurie de main-d'oeuvre partout. Alors, on disait qu'il y avait quelques pénuries de main-d'œuvre, 10 000, 20 000. On est rendus maintenant à 120 000. Donc, chaque jour qui passe, le problème s'accentue. Et vous avez spécifiquement dit : Il y a des projets qui ne se réalisent pas aujourd'hui, il y a des projets qui n'avancent pas aujourd'hui. Lorsque vous mettez ça en juxtaposition avec l'optique de réduire le nombre d'immigrants, comment est-ce que vous réagissez à ça?

Mme Proulx (Véronique) : Bien, je reviens à ce que je disais dans le mémoire. Pour nous, il faut accélérer les délais, mais rehausser les seuils aussi. C'est clair qu'on ne pourra pas pallier à la pénurie de main-d'œuvre, à terme, si on n'est pas en mesure d'accepter et d'accueillir davantage d'immigrants, toujours en lien avec les besoins du marché du travail, ça, c'est très clair.

Mme Anglade : Donc, vous êtes contre l'idée de réduire les seuils. Vous aimeriez même... Est-ce que vous les rehaussiez au même niveau qu'ils étaient avant ou bien...

Mme Proulx (Véronique) : Ça, c'est une excellente question. Alors, on n'a pas fait d'analyse spécifique sur quel serait le seuil idéal pour le secteur manufacturier, mais je vais me référer à une analyse que mes collègues de la Fédération des chambres de commerce avaient faite, et puis je suis certaine qu'elle a été faite avec beaucoup de rigueur. Alors, ils évaluaient le seuil à 60 000. Alors, il faudrait voir à l'intérieur de ça, pour le manufacturier, qu'est-ce qui est pertinent, mais c'est clair que c'était soit de maintenir ou de rehausser...

Mme Anglade : Donc, on en est passablement loin présentement. Si on regarde le taux de... Un des éléments qui fait dire, d'ailleurs, au ministre... un des éléments qui fait dire que ça ne fonctionne pas, l'immigration, c'est le fait, par exemple, qu'il y a un taux de chômage hyperélevé pour les immigrants 0-5 ans, le taux de chômage, qui serait du simple au double. Ce que l'on constate dans les dernières statistiques, c'est qu'il y a une chute vraiment marquée et drastique dans les derniers six mois, marquée, qui montre qu'en fait le taux de chômage pour les personnes 0-5 ans est tombé maintenant... au mois de janvier, le dernier chiffre, 7,9 %, ce qui veut dire qu'on n'a jamais vu ça dans l'histoire du Québec, et c'est bien meilleur que ce qui se fait présentement en Ontario.

• (12 h 10) •

Alors, quand on écoute ça, est-ce que vous seriez...

Mme Anglade : …qui montre qu'en fait, le taux de chômage pour les personnes 0-5 ans, est tombé maintenant, au mois de janvier, le dernier chiffre, 7,9 %, ce qui veut dire qu'on a jamais vu ça dans l'histoire du Québec et c'est bien meilleur que ce qui se fait présentement en Ontario.

Alors, quand on écoute ça, est-ce que vous seriez davantage favorable à ce que, par exemple, dans les 18 000 dossiers, il y en a qui seront rejetés, mais dans les 18 000 dossiers, à accélérer le processus aujourd'hui, pas dans trois mois pendant six mois, mais accélérer le processus d'acceptation des personnes qui font partie justement des 18 000 dossiers?

Mme Proulx (Véronique) : Dans la mesure où, oui, mais dans la mesure où ils répondent aux besoins du marché du travail. Alors, d'un point de vue technique, légal, je ne sais pas si on peut les transférer dans le SDI, les traiter avec les nouveaux critères ou les évaluer plutôt avec les nouveaux critères, le cas échéant, oui.

Mme Anglade : Vous dites les nouveaux critères, est-ce que ce sera de plus en plus aligné avec les besoins du marché du travail? Lorsque l'on regarde les résultats présentement, environ 85 % des gens répondent aux besoins du marché du travail pour ceux qui ont déjà été accordés, là, pour ceux qui sont déjà passés dans la… à travers le moulin, 85 %. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on voit aussi une chute drastique du taux de chômage par rapport à la situation.

Mon message ici, en fait, c'est de dire : Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. On veut plus de coordination, plus d'intégration, mais il faut également prendre en compte que les décisions qu'on prend aujourd'hui ont des incidences à long terme d'un point de vue économique.

Je vais vous amener sur la question de la résidence permanente. Avez-vous une opinion si une résidence permanente devait être conditionnelle à une condition quelconque, là, mobilité, localisation, est-ce que vous avez une perspective par rapport à ça parce qu'on en a peu parlé ici?

Mme Proulx (Véronique) : Non, effectivement. Bien, écoutez, je pense que la résidence permanente doit être… les conditions doivent être les mêmes pour tous les citoyens. Donc, en termes de mobilité, en termes de… je ne sais pas… je ne suis pas certaine de comprendre à quel critère vous faites référence, mais la mobilité, certainement.

Mme Anglade : Est-ce qu'une résidence permanente peut être conditionnelle à un lieu que vous habitez? Normalement, la résidence permanente n'est pas conditionnelle à quoi que ce soit. Vous avez une résidence permanente, vous pouvez aller où bon vous semble.

Mme Proulx (Véronique) : Oui, je ne pense pas qu'on peut avoir deux catégories de citoyens. Donc, non.

Mme Anglade : Non, O.K. Très bien. Est-ce que, lorsque vous entendez aujourd'hui, parce que ça, c'est un des enjeux aussi que l'on a par rapport à l'immigration temporaire, vous regardez les besoins de main-d'oeuvre aujourd'hui, puis vous dites vous-même qu'ils vont se transformer, ça rejoint la question de mon collègue en face, ce qui veut donc dire qu'il faut qu'on prête particulièrement attention au type de personnes qu'on veut avoir parce que si on ne prend que des personnes en fonction des besoins actuels, lorsque va venir le moment de changer de secteur ou qu'ils vont devoir changer d'emploi, bien, ça peut avoir une incidence sur la capacité d'adapter ces personnes-là.

Mme Proulx (Véronique) : Si on regarde les données qui ont été publiées par Emploi-Québec, on voit les postes vacants actuels et il y a une précision qui nous dit, ces postes-là ne seront pas nécessairement… ne peuvent pas nécessairement être utilisés pour dire quels seront les besoins dans cinq ans, 10 ans, et là, il y a une liste des professions d'avenir et des métiers à venir ou qui pourraient être considérés dans le cadre des critères pour la sélection des immigrants. Mais je reviens au secteur manufacturier, on parlait de compétences techniques, mais on parle aussi de gens qui ont envie de travailler dans le manufacturier, qui ont une capacité d'apprendre et qui sont polyvalents. Comment est-ce qu'on le mesure? Ce n'est pas évident. Mais c'est clair qu'il faut se tourner vers les métiers d'avenir pour voir dans deux ans, cinq ans, 10 ans qui seront les gens qu'on va faire venir.

Mme Anglade : Dans les critères de sélection qu'on va avoir à terme pour les personnes qui viennent, oui, c'est adapté aux besoins du marché du travail, mais il ne devrait pas y avoir un critère justement sur la capacité d'adaptation de ces gens à étudier et à… justement, évoluer dans leur travail?

Mme Proulx (Véronique) : Oui, absolument.

Mme Anglade : Excellent. Je vais céder la parole tout de suite à ma collègue de Bourassa-Sauvé?

La Présidente (Mme Chassé) : Alors, je cède la parole à Mme la députée de Bourassa-Sauvé.

Mme Robitaille : Dites-moi, Mme la Présidente, on a combien de temps?

La Présidente (Mme Chassé) : Il vous reste 9 min 30 s.

Mme Robitaille : Alors, oui, donc, chez les manufacturiers, il y a de toute évidence urgence. Il y a une pénurie de main-d'oeuvre que vous voyez qui est criante, c'est bien ça? Et donc, si 18 000 dossiers qui sont en attente et que le gouvernement voulait suspendre… si on les analyse dans ce lot de gens là, il y a des gens qui peuvent répondre à cette pénurie de maîtrise d'oeuvre, qui peuvent trouver des emplois si on respecte la grille de sélection, les nouvelles grilles de sélection.

Mme Proulx (Véronique) : Alors, il y en a certainement, mais ça ne sera pas la grande majorité. Pourquoi? Parce que l'immigration économique, dans le passé, donnait un très haut niveau de pointage aux gens qui sont très scolarisés. Or, les manufacturiers présentement, 60 % des besoins sont dans le non spécialisé. Alors, je ne suis pas capable de vous dire dans le 18 000, combien répondent aux besoins du secteur manufacturier. Mais je ne pense pas que ce soit une grande proportion. Alors, c'est pour ça que je reviens à ce que je disais tout à l'heure, pour nous, c'est important que ces gens-là idéalement puissent être évalués en fonction… avec le SDI pour s'assurer d'un meilleur arrimage. Et je ne suis pas en train de dire qu'il faut prendre juste des gens pas spécialisés. Il y a un 40 % quand même qui sont des gens qui doivent avoir des compétences techniques, mais de s'assurer que ce lien-là se fasse parce que, par le passé, ces gens-là rentraient peu par l'immigration permanente.

Mme Robitaille : Maintenant, pour l'employeur…

Mme Proulx (Véronique) : ...pour s'assurer d'un meilleur arrimage. Et je ne suis pas en train de dire qu'il faut prendre juste des gens pas spécialisés. Il y a un 40 % quand même qui sont des gens qui doivent avoir des compétences techniques. Mais de s'assurer que ce lien-là se fasse, parce que par le passé, ces gens-là rentraient peu par l'immigration permanente.

Mme Robitaille : Maintenant, pour l'employeur, ma collègue parlait de conditions à la résidence permanente, pour l'employeur, c'est important... on ne peut pas juste fonctionner avec des PTET? On veut aller chercher des immigrants... on veut avoir une immigration permanente, on veut avoir des gens qui vont s'établir, qui vont avoir des résidences permanentes? Pourquoi c'est important?

Mme Proulx (Véronique) : Parce que lorsqu'on fait venir des gens via le PTET dans le non-spécialisé, on a un visa de travail d'un an. Donc, après un an, l'entreprise doit recommencer les processus avec le IMT, doit débourser des frais. Si elle a perdu le candidat, elle a perdu la formation, ce qu'elle a investi dans le candidat. Souvent, elle va utiliser des agences, parce que les gens ne sont pas des spécialistes du recrutement international, et on sait que lorsqu'on utilise une agence, les frais varient de 3 000 à 12 000 par employé. Donc, c'est beaucoup de temps, beaucoup de coûts pour les entreprises. Ça, c'est les visas non spécialisés. Les spécialisés vont aller jusqu'à 24 mois ou 36 mois. Alors, les entreprises, une fois qu'elles ont trouvé un candidat intéressé, intéressant, souhaiteraient le garder, ils vont investir, ils vont le former, ils vont espérer le garder en région. C'est rentable pour l'entreprise, mais c'est bénéfique pour l'ensemble de la société, et pour le travailleur aussi s'il souhaite rester.

Mme Robitaille : Oui, c'est ça. Donc, ça coûte moins cher, et puis pour l'entreprise, bien, c'est plus rassurant parce que justement ils peuvent construire là-dessus.

Mme Proulx (Véronique) : Oui. Je pense que pour le travailleur qui vient, qui est intéressé à rester, ça lui donne une perspective complètement différente. Il n'a pas à chaque année à se préoccuper si son visa va être renouvelé ou non. Si c'est ce qu'il souhaite, bien sûr.

Mme Robitaille : Et ces conditions-là qu'on veut accoler à la résidence permanente, je veux mieux le comprendre, là, pour vous, test de français au bout de trois ans pour ces gens-là, ou qu'on les oblige à rester à un endroit, ça serait contre-productif...

Mme Proulx (Véronique) : ...obligation, certainement. Je pense qu'au terme du PTET, si les gens ont accès à la résidence permanente... Je pense que si les gens rentrent par le PTET, je pense à mes soudeurs colombiens qui s'en vont en région, après trois ans dans la région, normalement, si on a bien travaillé au niveau de l'intégration, ils vont avoir envie de poursuivre parce qu'ils vont être établis, idéalement avec leur famille. Alors, les conditions de localisation ne seront pas nécessaires si le travail de régionalisation est bien fait.

Mme Robitaille : Mais je parle du projet de loi, là. Il y a l'article 9 qui parle d'insérer, justement, une condition à la résidence permanente.

Mme Proulx (Véronique) : Oui, mais c'est pour ça... je fais le lien parce que souvent, les gens, dans le secteur manufacturier, les gens arrivent par le PTET. S'ils ont accès au PEQ, CSQ pour ensuite aller vers l'immigration permanente, je ne pense pas qu'on devrait les obliger à rester dans une région une fois qu'ils ont la résidence permanente. Je pense que si l'intégration se fait bien avec ces travailleurs temporaires là, ils vont vouloir rester, et ça va permettre de répondre aux objectifs de régionalisation.

Mme Robitaille : ...si je comprends bien, un PTET, ensuite, si on tombe dans les programmes du PEQ et si on veut avoir un CSQ, on doit faire un test de français, on doit être évalué au niveau de son français. C'est bien ça?

Mme Proulx (Véronique) : Oui. Mais je reviens au niveau des conditions, et je réitère ce que j'ai dit tout à l'heure. Je ne pense pas qu'on va avoir deux types de... deux catégories de citoyens.

Mme Robitaille : Deux types de... Oui, O.K. La responsabilité de l'employeur, son... quelle est sa part dans l'intégration, dans la francisation, selon vous, d'un nouvel arrivant?

Mme Proulx (Véronique) : Alors, encore une fois, je pense que ce qu'il est important de garder en tête, c'est vraiment la notion de flexibilité. On ne peut pas avoir un «one size fits all» dans la francisation puis dans l'intégration. Il faut tenir compte de la réalité des employeurs, de leur taille, de leur secteur d'activité et où ils sont situés également en région. Alors, de fixer des objectifs, c'est une chose. De déterminer les moyens, ça en est une autre. On peut peut-être donner accès à un panier de moyens à l'employeur, dans lequel il peut piger en fonction de sa réalité, mais la notion de flexibilité est très, très, très importante.

Mme Robitaille : Cet engagement-là de l'employeur, il a ses limites. C'est ce que vous dites.

Mme Proulx (Véronique) : Exactement. Il faut respecter sa capacité à le faire.

Mme Robitaille : Et qu'est-ce que vous souhaiteriez en région pour justement accompagner l'entreprise qui accueille des nouveaux arrivants. ...en ce moment, il y a, de toute évidence... en ce moment, dans plusieurs régions du Québec, il n'y a pas les infrastructures nécessaires, mais qu'est-ce que vous souhaiteriez?

• (12 h 20) •

Mme Proulx (Véronique) : En fait, ça prend... ça prend un guichet unique, ça prend une porte d'entrée vers laquelle l'employeur ou l'entreprise va pouvoir se retourner pour toutes ses questions de main-d'oeuvre, d'immigration. Alors, que ce soit le MTESS, Emploi Québec, que ça soit l'Immigration, ça prend une porte d'entrée où l'entreprise va pouvoir s'asseoir avec quelqu'un, dire : Voici mes enjeux, mes problématiques, qu'est-ce qui existe, comment tu peux m'aider? Et ça, c'est vraiment la notion d'accompagnement. Donc, en francisation, voici ce qui existe, voici les ressources. En termes de... les gens nous posaient la question, qui est-ce que vous connaissez qui pourrait venir former mes chefs d'équipe au niveau de la gestion interculturelle? On ne sait pas à qui s'adresser. Donc, parfois, c'est des détails très techniques, ils ne savent pas vers qui se retourner. L'accompagnement du ministère doit prendre cette forme-là, doit mettre à profit, à contribution le réseau, l'expertise, les ressources qui existent pour aider l'entreprise dans ses enjeux, pour ne pas qu'elle perde beaucoup de temps... de toute façon, elle n'a pas le temps, là, mais pour ne pas qu'elle perde beaucoup de temps à chercher des informations et à ne pas arriver...

Mme Proulx (Véronique) : …on ne sait pas à qui s'adresser. Donc, parfois, c'est des détails très techniques. Ils ne savent pas vers qui se retourner. L'accompagnement du ministère doit prendre cette forme-là, doit mettre à profit et à contribution le réseau, l'expertise, les ressources qui existent pour aider l'entreprise dans ses enjeux, pour ne pas quel perde beaucoup de temps — de toute façon, elle n'a pas le temps, là — mais pour ne pas qu'elle perde beaucoup de temps à chercher les informations et à ne pas arriver à une solution qui soit pertinente pour elle, là.

Mme Robitaille : Donc, vous comptez vraiment sur le gouvernement provincial pour, justement, montrer la voie dans chaque région. S'il y avait, par exemple, un bureau du MIDI dans chaque région, ça serait idéal à ce niveau-là.

Mme Proulx (Véronique) : Oui. Tout à fait. Tout à fait. Puis il y a les bureaux d'Emploi-Québec ou de Services Québec qui sont présents en région. Et on a vu que, pour la prochaine année, c'est très… on en est très satisfait, les cibles au niveau de l'accompagnement de l'entreprise ont été rehaussées. Alors, ces gens-là, historiquement, accompagnaient beaucoup les employés, les travailleurs. Ça demeure important, mais il faut aussi offrir de l'accompagnement aux entreprises dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre. Et je reviens à ce que je disais dans le mémoire, il doit y avoir une concertation puis une collaboration sur le terrain entre ces deux ministères là.

Mme Robitaille : Merci. Je laisse la parole à mon collègue.

La Présidente (Mme Chassé) : Oui. Il vous reste 2 min 30 s. J'invite le député de Jacques-Cartier à prendre la parole.

M. Kelley : Merci, Mme la Présidente. Je vais être très, très rapide. C'est encore sur la question de la main-d'oeuvre. Juste pour vos entreprises puis vos clients, est-ce que vous pouvez juste élaborer un petit peu plus sur leur capacité de vraiment penser l'avenir? Ils sont en situation très difficile maintenant, mais aussi, dans trois ans, pour une entreprise qui veut accroître, ils vont dire : Bien, première chose, je n'ai pas des emplois puis des gens qui travaillent pour moi pour maintenant demander pour plus… un plus grand salaire, parce qu'ils sont un petit peu des agents libres dans le sens qu'une autre entreprise va payer plus. Alors, est-ce que vous pouvez juste parler un petit peu plus des réalités des gens, de vos clients dans ce sens-là?

Mme Proulx (Véronique) : Dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre?

M. Kelley : Oui.

Mme Proulx (Véronique) : Alors, il y a deux distinctions à faire, la PME et la grande entreprise. La grande entreprise a vu arriver la pénurie de main-d'oeuvre, a davantage de ressources, de compétences, davantage de moyens aussi, donc, peut être beaucoup plus attractive. Elle est touchée, mais elle est moins touchée que la PME. La PME est vraiment démunie. Un, elle ne l'a pas nécessairement vu venir. L'entrepreneur moyen, là, généralement, a des idées, des projets. Il a de l'ambition, mais il manque de temps et il manque de ressources. Alors, il manque de ressources pour son développement, sa croissance. Mais également pour être capable de voir venir la pénurie de main-d'oeuvre, c'est clair qu'ils n'étaient pas là. Alors, ces entreprises-là se retrouvent effectivement au dépourvu. Et ce que ça fait… Et c'est très au quotidien, là. Je n'ai pas de soudeurs. Comment est-ce que tu peux m'aider? J'ai un bris d'équipement. Vers qui je me retourne? Alors, ces entreprises-là ont vraiment besoin d'être prises par la main pour être accompagnées, encore une fois, et pour être mis en… pour qu'on puisse les mettre en relation avec les bonnes ressources. Mais, encore là, ça va avoir ses limites si on n'a pas suffisamment de travailleurs.

La Présidente (Mme Chassé) : Il vous reste moins d'une minute.

Mme Proulx (Véronique) : Ça va avoir ses limites si on n'a pas suffisamment de travailleurs au Québec pour répondre à leurs demandes.

M. Kelley : Et présentement, entre vos clients, est-ce qu'il y a des gens qui perdent des contrats maintenant parce que, bien, des personnes qui besoin une machine vont dire : Bien, est-ce que vous êtes capables de livrer ça là? Et c'est… une réponse, c'est non. Et ça, ça a un impact, j'imagine, pour la suite des choses aussi. Parce que, si cette compagnie-là n'est pas capable de livrer, ils vont chercher une autre compagnie aux États-Unis ou…

Mme Proulx (Véronique) : Exactement. Je prends mon exemple de l'entreprise de Laval. Quand des grands détaillants américains, comme Walmart, Home Depot, lui passent des commandes et elle ne livre pas à temps, l'année d'après, ils vont chercher d'autres fournisseurs. Tout à fait.

La Présidente (Mme Chassé) : Merci. Je cède maintenant la parole à la députée de Marie-Victorin.

Mme Fournier : Merci, Mme la Présidente. Merci, Mme Proulx, pour la présentation. En ce qui a trait à la pénurie de main-d'oeuvre qui affecte particulièrement votre secteur d'activité, vous dites qu'il y a quelque 16 000 postes à pourvoir, est-ce que vous avez la statistique à savoir quel pourcentage de ces postes à pourvoir se trouve en région?

Mme Proulx (Véronique) : Je ne l'ai pas avec moi aujourd'hui, mais certainement. Il y a un… J'ai juste un anglicisme, là, un «breakdown», une séparation régionale qui est faite. Mais c'est en grande proportion en région, hors Montréal.

Mme Fournier : En grande majorité.

Mme Proulx (Véronique) : Absolument.

Mme Fournier : O.K.

Mme Proulx (Véronique) : Mais je pourrais vous revenir avec la donnée spécifique.

Mme Fournier : O.K. Merci. Puis, justement, concernant la régionalisation, bien, tantôt la députée de Bourassa-Sauvé faisait référence aux bureaux régionaux du MIDI. On sait que c'est des entités qui existaient avant, qui ont été abolies au courant du dernier mandat gouvernemental, mais que, dans la dernière année, là, on a annoncé que ces bureaux allaient être mis sur pied. Est-ce que, pour vous, les bureaux du MIDI pourraient être une bonne façon d'avoir accès à ce guichet de services uniques dont vous parliez tout à l'heure?

Mme Proulx (Véronique) : Oui, dans la mesure où on met les bonnes personnes dans les bons postes. Alors, c'est souvent l'enjeu lorsqu'on travaille avec le MTESS, le MEIE ou autres, les conseillers en région qui sont là doivent vraiment être proactifs. C'est très inégal, comme partout ailleurs, mais quand même je tiens à le souligner, ça prend des gens qui ont une approche entrepreneuriale, qui sont proactifs, qui sont capables de faire le lien rapidement avec l'entrepreneur pour pouvoir le guider.

Mme Fournier : Puis diriez-vous qu'il y a beaucoup…

Mme Proulx (Véronique) : ...l'enjeu lorsqu'on travaille avec le MTESS, le MEIE ou autre, les conseillers en région qui sont là doivent vraiment être proactifs. C'est très inégal comme partout ailleurs, mais quand même, je tiens à le souligner, ça prend des gens qui ont une approche entrepreneuriale, qui sont proactifs, qui sont capables de faire le lien rapidement avec l'entrepreneur pour pouvoir le guider.

Mme Fournier : Puis diriez-vous qu'il y a beaucoup de besoins en matière de médiation interculturelle?

Mme Proulx (Véronique) : Je dirais, plus en termes de sensibilisation, de formation plutôt qu'une médiation vraiment. Je n'ai pas entendu de besoins au niveau de la médiation, mais des gens qui disent : O.K., on a des gens différentes cultures qui arrivent dans notre entreprise, à quoi est-ce qu'on doit penser? Comment on forme nos chefs d'équipes? Et d'ailleurs je reviens à ce que je disais tout à l'heure pour Exceldor, un de ses facteurs de succès, c'est qu'il a formé ses gens à l'interne pour être capable de gérer la diversité. Alors...

Mme Fournier : Est-ce qu'il a eu accès à des ressources gouvernementales pour ce faire ou ça a été une initiative de l'employeur?

Mme Proulx (Véronique) : C'est une initiative de l'employeur, mais lui, c'est un grand employeur, on s'entend qu'il a pu investir temps et argent. Certainement qu'il a bénéficié de subventions pour la formation, là, mais c'est lui-même qui a trouvé les ressources nécessaires.

Mme Fournier : Donc, ça peut être plus difficile pour les petits employeurs.

Mme Proulx (Véronique) :Absolument. Absolument, exactement.

Mme Fournier : Parfait. Merci. Vous disiez également qu'il y a quand même 40 % de la main-d'oeuvre que vous attendez qui rentre, de la main-d'oeuvre spécialisée. Est-ce que vous diriez qu'au niveau du secteur manufacturier il y a aussi une difficulté de reconnaître les formations acquises à l'étranger? Parce qu'on sait que c'est le cas pour plusieurs métiers, mais est-ce que ça touche aussi votre secteur d'activité?

Mme Proulx (Véronique) : Dans les métiers techniques, moins. Je pense... je reviens à mes soudeurs, là, puis, en fait, ce sont tous des cas de soudeurs, j'ai l'impression que ce sont tous des gens qui se sont parlé puis qui ont pigé dans les mêmes bassins, dans les mêmes pays. Mais au niveau de la soudure, au niveau de la mécanique, souvent on va être capable... on n'a pas besoin d'avoir une reconnaissance formelle, les gens arrivent avec une formation, on les évalue et on peaufine la formation en entreprise au même titre que quand quelqu'un sort un DEP ou un DEC sûrement. Souvent, il y a une formation additionnelle qui est offerte en entreprise pour que ce soit plus appliqué à la réalité de l'entreprise. Donc, ça ne semble pas être majeur.

La Présidente (Mme Chassé) : 45 secondes.

Mme Fournier : Puis, finalement, vous parliez de la compétitivité des entreprises. Donc, outre ce guichet de services, qu'est-ce que le gouvernement pourrait faire pour améliorer, au point de vue de l'immigration?

Mme Proulx (Véronique) : La compétitivité?

Mme Fournier : Oui.

Mme Proulx (Véronique) : Bien, en fait, rendre ça le plus simple possible. Les gens perdent énormément de temps à chercher de la main-d'oeuvre, à chercher la francisation, à trouver les ressources, à comprendre le IMT...

Mme Fournier : Les ressources sont mieux connues. Exact?

Mme Proulx (Véronique) : Exactement. Exactement.

Mme Fournier : O.K. Parfait. Merci.

La Présidente (Mme Chassé) : Merci. Je cède maintenant la parole au député de Laurier-Dorion.

M. Fontecilla : Bonjour, madame. Vous avez dit tantôt que la réduction de cibles d'immigration n'était pas une bonne nouvelle. On a appris cette semaine, là, qu'Arrima ne va traiter que 400 dossiers, cette année, en 2019. Est-ce que vous pensez que 400 dossiers est en mesure de contribuer à réabsorber la rareté de main-d'oeuvre au Québec?

Mme Proulx (Véronique) : Bien sûr que non, ce n'est pas suffisant, c'est sûr.

M. Fontecilla : Et j'étais très intéressé par votre pensée sur la question des... non seulement sur les liens d'emploi, mais la question d'offrir du logement, du transport, etc., vous avez abondé dans ce sens-là.

Mme Proulx (Véronique) : Oui.

M. Fontecilla : Donc, est-ce que vous pensez que soit les municipalités, soit l'État, soit un ministère devraient non pas se concentrer seulement sur la création d'un lien d'emploi, mais tout ce qui va autour, là, au-delà de l'interculturel, même du logement, du transport, etc., là? Ça prend un investissement beaucoup plus substantiel et complet.

Mme Proulx (Véronique) : Ça prend un investissement plus substantiel et ça prend des gens qui vont être prêts à mettre du temps, puis encore une fois, de faire la concertation avec les différents intervenants sur le terrain. La première chose, c'est le logement, l'hébergement et le transport, mais par la suite il y a toutes les autres facettes de l'intégration qui doivent être comprises dans le projet de la municipalité, de la région.

M. Fontecilla : Tout à fait. Vous avez dit aussi que la francisation, c'est un fardeau pour l'employeur, on peut le comprendre, c'est une tâche supplémentaire, et en même temps vous avez dit qu'une formule gagnante, c'était l'apprentissage appliqué, donc... Et on a entendu les organismes communautaires qui nous disent que la meilleure formule, c'est la francisation professionnelle... en utilisant les termes, etc., là. Vous pensez qu'il y a une façon d'aider de façon considérable les employeurs pour que la francisation se fasse en entreprise?

Mme Proulx (Véronique) : Bien, en fait, oui. Oui, des plateformes technologiques, des modules adaptés, du contenu adapté que les entreprises pourront utiliser au sein de leur entreprise; deux, d'être capables de supporter financièrement — mais c'est fait présentement — de poursuivre en ce sens-là autant les frais de développement de contenus de formation que les salaires des employés qui sont affectés à la formation. Alors, du côté financier, je pense que c'est très bien fait pour l'instant. Là, ce qui reste, c'est peut-être d'arrimer les contenus et les évaluations avec l'application en entreprise.

• (12 h 30) •

M. Fontecilla : Un dernier élément. On entend beaucoup d'opinions du milieu économique sur les grilles de sélection, soit favoriser des grilles pour travailleurs...


 
 

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