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(Dix heures onze minutes)
Le Président (M. Dauphin): Je déclare la
séance de la commission des institutions ouverte. Elle a comme mandat,
aujourd'hui, de procéder à l'étude des crédits
budgétaires concernant le ministère de la Justice,
c'est-à-dire les programmes 1 à 11, pour l'année
financière 1990-1991. Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements parmi les membres de la commission?
La Secrétaire: Oui, il y a un remplacement, M. le
Président. M. Thérien (Rousseau) est remplacé par M.
Poulin (Chauveau).
Le Président (M. Dauphin): Merci beaucoup. Alors, je
rappelle aux membres de la commission que nous avons une enveloppe de cinq
heures pour faire cette étude, c'est-à-dire de 10 heures à
12 h 30, et de 14 heures à 16 h 30.
J'aimerais d'abord souhaiter la bienvenue au ministre de ia Justice
ainsi qu'au sous-ministre en titre, qui est à sa droite, et aux
personnes qui l'accompagnent. Alors, je lui demanderais de nous
présenter peut-être les autres personnes qui l'accompagnent.
Ça risque d'être un peu long, parce que vous êtes
très bien accompagné ce matin.
M. Rémillard: Oui.
Le Président (M. Dauphin): Et je vous demanderais de
procéder ensuite a vos remarques préliminaires.
Remarques préliminaires M. Gil
Rémillard
M. Rémillard: Oui, M. le Président, je vous
remercie. Comme vous venez de le mentionner, je suis accompagné,
à ma droite, par Me Jacques Chamberland, sous-ministre au
ministère de la Justice, et, à ma gauche, par Mme Suzanne
Lévesque, qui va être ici dans quelques instants, qui s'est
absentée pour quelques instants. J'ai aussi avec moi, M. le
Président, beaucoup de fonctionnaires dont, sur la première ligne
de feu, les sous-ministres associés, qui sont ici avec moi, et les
fonctionnaires responsables des différents programmes. J'aime bien,
lorsque arrive le temps des crédits, une fois par année, que les
fonction naires, les principaux responsables des programmes de mon
ministère puissent m'accompagner parce qu'ils ont travaillé
très fort dans une année pour mettre au point, pour administrer
le ministère en fonction des politiques que nous définissons,
mais aussi pour que les membres de cette commission, tant du parti
ministériel que des partis d'opposition, puissent recevoir les
réponses les plus complètes à leurs questions. J'ai donc
demandé, comme par les années précédentes, à
ces fonctionnaires de m'accompagner et je n'hésiterai pas, M. le
Président, avec votre permission, bien entendu, et la permission de
cette commission, à leur donner la parole pour qu'ils complètent
mes réponses et puissent donner les réponses les plus
complètes possible.
M. le Président, dans quelques jours, soit lundi prochain 4 juin,
nous allons fêter le 25ième anniversaire de la création du
ministère de la Justice et, la semaine prochaine, j'aurai
l'opportunité de souligner tout ce chemin que nous avons parcouru en
matière de justice au Québec dans ces dernières
années. Aujourd'hui, M. le Président, je tiens simplement
à profiter de l'occasion de l'étude des crédits pour
alimenter notre réflexion sur la continuité logique des actions
qui ont été posées depuis 25 ans au ministère de la
Justice. Ces actions nous permettent, tels des jalons que nous posons, de
cheminer davantage vers une société plus juste et plus
équitable. Elles nous permettent aujourd'hui d'être fiers du
système de justice que nous avons au Québec. Et je tiens,
à cet égard, à remercier tout le personnel du
ministère de la Justice pour le travail qu'il accomplit avec autant
d'ardeur, de disponibilité et de compétence.
Cela fera bientôt deux ans que j'occupe les fonctions de ministre
de la Justice et, durant ces deux dernières années, je sais que
le ministère de la Justice a dû accomplir une tâche
gigantesque pour répondre aux objectifs que nous nous sommes
fixés. Au cours de la dernière année, nous avons
présenté 11 projets de loi qui ont tous été
adoptés par l'Assemblée nationale. Nous avons également
posé plusieurs actions administratives d'envergure, afin de
répondre davantage et mieux aux besoins des justiciables.
Si nous devions tracer un bilan sommaire de l'activité du
ministère de la Justice pour l'exercice financier 1989-1990, il faudrait
mentionner la loi sur le Curateur public; l'implantation des centres d'aide aux
victimes d'actes "criminels; les modifications à la Loi sur la
protection de la jeunesse et l'implantation de la salle de
télétémoignages; la loi créant le Tribunal des
droits de la personne; la réforme des Cours municipales; les
modifications à la Loi sur les tribunaux judiciaires augmentant le
nombre de juges au Québec; les suites au rapport du comité
chargé d'étudier la rémunération, le Régime
de retraite et les autres avantages sociaux des juges de la Cour du
Québec, également connu sous le nom de rapport Vincent; la
première phase de la mise en application du Code de procédure
pénale; la
modification des tarifs consentis aux avocats et aux avocates de la
pratique privée qui acceptent des mandats de l'aide juridique; la
formation du comité sur l'accessibilité à la justice, le
comité Macdonald; la formation d'un comité sur le système
de justice en matière criminelle, le comité Guérin, et la
formation d'un comité consultatif sur la réforme du Code civil,
le comité Baudouin.
Avant de souligner, M. le Président, dans leurs grandes lignes,
l'essentiel de ces mesures législatives et administratives, j'aimerais
attirer votre attention sur l'évolution des crédits et des
ressources humaines du ministère de fa Justice M. le Président,
les crédits qui font l'objet d'une étude détaillée
aujourd'hui se regroupent sous cinq grands secteurs: le secteur des
institutions judiciaires, le secteur des régimes de
sécurité du revenu, le secteur des services de soutien, le
secteur du contentieux et le secteur socio économique.
Les crédits du ministère de la Justice pour l'exercice
financier 1990-1991 s'élèvent à 446 671 200 $, soit une
majoration de 34 650 600 $, c'est-à-dire 8,4 % d'augmentation par
rapport à ceux de l'année financière
précédente.
Cette augmentation s'explique principalement par les facteurs suivants:
premièrement, l'accroissement de l'effectif au ministère;
deuxièmement, l'application des paramètres d'indexation des
dépenses de traitement et de fonctionnement; troisièmement, la
révision du traitement et de certaines conditions de travail des juges
nommés par le gouvernement du Québec et, quatrièmement,
l'ajustement du coût des loyers payables à la
Société immobilière du Québec.
L'effectif total autorisé du ministère de la Justice, au
1er avril 1990, s'établit à 5208 postes équivalents
à temps complet, soit une augmentation de 228 postes par rapport au 1er
avril 1989. L'attribution de ces ressources additionnelles devrait permettre au
ministère de mieux faire face aux impératifs de l'administration
de la justice. Cette augmentation d'effectif a été rendue
possible suite à mon intervention auprès du Conseil du
trésor. En novembre 1988, je transmettais un mémoire sur
l'administration de la justice au Québec faisant état d'un ajout
nécessaire des ressources dès 1989-1990
Ce mémoire constituait l'aboutissement d'une réflexion en
profondeur que nous avions entreprise au ministère de la Justice. Au
cours des dernières années, le Québec a modifié
considérablement son corpus législatif, ajoutant ainsi aux
responsabilités du ministère de la Justice. Nous avions dû
modlfior nos façons do faire et ajuster nos activités suite
à l'adoption des chartes et à la mise en place de diverses
politiques axées sur la protection de la personne, par exemple en
matière de violence conjugale, et la protection de la jeunesse. Ces
modifications ont exigé du ministère qu'il réponde aux
nou- veaux besoins sans pour autant que ne lui soient attribuées des
ressources humaines en nombre adéquat.
C'est pourquoi, peu de temps après mon arrivée à la
tête du ministère, j'ai entrepris de remédier à ce
problème d'inadéquation des ressources en demandant un ajout
d'effectif substantiel. Mon objectif était d'assurer que
l'administration de la justice soit plus efficace et de meilleure
qualité. Le 30 janvier dernier, le Conseil du trésor autorisait
des effectifs nouveaux de 234 postes permanents, soit 172 en 1990-1991 et 62 en
1991-1992, en plus de 64 postes occasionnels, en 1990-1991. Cette
décision du Conseil s'accompagnait d'un ajout de crédits de 6 300
000 $ pour les deux exercices en cause.
La plupart de ces nouveaux postes sont allés au service de la
population et des diverses clientèles du ministère. En effet, ces
postes ont servi à renflouer des effectifs des greffes des palais de
justice, des bureaux des procureurs de la couronne et des services juridiques
qui se sont vu accorder, respectivement, 101, 58 et 34 postes. L'apport de ces
ressources supplémentaires contribuera à améliorer, dans
un avenir rapproché, la situation de certains secteurs jugés les
plus critiques, telles les chambres criminelles et pénales de la Cour du
Québec à Montréal, Saint-Jérôme et
Valleyfield.
D'autres secteurs, tels les services juridiques des divers
ministères et organismes et les systèmes informatiques, seront
consolidés. Enfin, la Direction générale des affaires
législatives, la Direction de la vérification interne, la
Direction générale du personnel et de l'administration, la
Commission des droits de la personne, la Commission de la protection de la
jeunesse et la Direction générale de l'enregistrement se sont vu
attribuer des ressources leur permettant de faire face immédiatement aux
besoins les plus prioritaires.
Vous me permettrez maintenant, M. le Président, de dresser un
bilan sommaire des actions posées par le ministère au cours du
dernier exercice et, du même souffle, de vous faire part des actions que
nous espérons réaliser d'ici à 12 mois. La majorité
de ces mesures, passées, en cours ou futures, s'inscrivent dans le cadre
des trois grands thèmes de qualité, d'universalité et
d'accessibilité à la justice qui ont guidé mes actions
depuis mon arrivée au ministère et qui, dans la mesure du
possible, sous-tendent l'ensemble des actions posées par le personnel du
ministère de la Justice.
M. le Président, permettez-moi de rappeler que la réforme
de la curatelle publique que l'annonçais lors do l'ôtudo dos
crédits 1989 1990 s'est concrétisée par l'adoption de la
loi sur le Curateur public, en juin 1989, et son entrée en vigueur le 15
avril dernier. Cette loi a fait l'objet d'un large consensus dans la
société québécoise et mérite qu'on s'y
attarde quelques minutes. Désormais, il n'y aura plus de curatelle
automatique sur simple vue d'un certificat médical. La nouvelle
loi prévoit trois régimes de protection de différents
niveaux: la curatelle, la tutelle et le conseiller au majeur. Afin de
répondre au degré d'inaptitude réel des personnes, tous
les cas des personnes sous un régime de protection seront
réévalués à intervalles réguliers.
Dorénavant, personne ne devrait être oublié par le
système, comme ce fut malheureusement le cas dans le passé.
D'ailleurs, le Curateur public procède actuellement à une
réévaluation de tous les dossiers de curatelle déjà
ouverts.
Un autre objectif majeur de cette nouvelle loi consiste à
impliquer la famille et les proches. Elle oblige le Curateur public à
privilégier la prise en charge d'une personne inapte par la famille ou
les proches. Un des aspects les plus novateurs de cette réforme se
trouve dans la possibilité pour toute personne majeure de
contrôler ses affaires et de prendre soin d'elle et de ses biens en
mandatant quelqu'un de son choix si elle devenait inapte. À cet
égard, nous entendons mener, dès l'automne 1990, une campagne
d'information sur ce mandat afin que tous et chacun, en région comme
dans les grands centres urbains, puissent connaître leurs droits et les
exercer. L'intégrité, le respect de la personne humaine sont des
valeurs fondamentales pour toute société démocratique. Je
ne ménagerai aucun effort pour assurer la dignité de chaque
citoyen et de chaque citoyenne. Les impacts financiers de cette réforme
sont importants, tant pour le Curateur public que pour le ministère de
la Justice. Pour le ministère de la Justice en particulier, les sommes
nécessaires pour l'application de cette réforme sont, pour
l'année 1990-1991, de près de 2 000 000 $.
Outre les personnes âgées, qui sont au centre de notre
préoccupation dans le dossier de la curatelle publique, deux autres
secteurs de la population québécoise sont également
vulnérables et le ministère que je dirige a l'intention, comme il
l'a fait dans le dernier exercice, de continuer à s'en préoccuper
de façon particulière. Je veux parler des victimes d'actes
criminels et des jeunes.
Le Bureau d'aide aux victimes d'actes criminels continue son travail de
coordination des dossiers de violence conjugale et familiale et fournit une
aide financière et technique aux centres d'aide aux victimes d'actes
criminels. Ces centres d'aide, ai-je besoin de le rappeler, ont pour but
d'accueillir, de réconforter et d'aider les victimes d'actes criminels.
Ils leur fournissent de l'information de base sur le processus judiciaire,
leurs droits et leurs recours. Des bénévoles accompagnent les
victimes d'actes criminels dans leurs démarches auprès des
organismes privés et publics qui peuvent leur venir en aide. Lors de
l'inauguration de plusieurs de ces centres, j'ai eu le privilège de
rencontrer personnellement les responsables et intervenants
bénévoles de plusieurs centres d'aide et je dois vous dire, M. le
Président, que chaque fois je ressentais beaucoup d'émotion face
à tant de compréhension, de dévouement et de sollicitude
envers ceux et celles qui sont affligés par de telles épreuves.
Au cours de l'exercice 1989-1990, un budget global de 277 000 $ a
été distribué pour l'implantation et le
développement de sept centres d'aide dans les régions de
Chicoutimi, Hull, Longueuil, Montréal, Québec, Rimouski et
Trois-Rivières.
Avec la Loi sur la protection de la jeunesse, d'autre part, nous
garantissons aux jeunes les droits et même le privilège
d'être traités différemment parce que ce sont des enfants.
Il arrive, cependant, des situations malheureuses où leur
développement risque d'être compromis. C'est le cas, notamment,
des enfants victimes d'abus physiques. C'est pour cette raison que des
modifications ont été apportées à la loi dans le
domaine du témoignage des jeunes en matière criminelle et en
matière civile. Je rappelle sommairement, M. le Président, qu'en
matière criminelle le ministère, en collaboration avec les .
ministères de la Santé et des Services sociaux et de la
Sécurité publique, a posé des gestes concrets permettant
de soustraire les enfants à l'obligation de témoigner en salle
d'audience. Il est désormais possible de mettre en preuve
l'enregistrement magnétoscopique du témoignage d'un enfant ou
encore de permettre à cet enfant de témoigner par le
médium de la télévision en circuit fermé. J'ai eu,
d'ailleurs, le plaisir d'inaugurer une première salle de
télétémoignage, il y a quelque temps, à
Montréal, et d'en rappeler alors tous les bienfaits. Ce même
système mobile est disponible à travers le Québec, dans
toutes les régions du Québec, pour aider donc au
témoignage des enfants abusés.
En matière civile, les récents amendements que nous avons
apportés à la Loi sur la protection de la jeunesse permettent au
juge d'entendre l'enfant seul, hors de la présence des parties. Ils
permettent également au juge de dispenser un enfant de témoigner
et, dans le cas d'un enfant trop jeune, de permettre que soit rapportée
devant la Cour la déclaration reçue de celui-ci. (10 h 30)
Je tiens à informer les membres de cette commission que la
situation de certaines Chambres de la jeunesse me préoccupe
énormément. Tous les efforts nécessaires sont
consacrés pour régler, en particulier, le problème des
Chambres de la jeunesse de Saint-Jérôme, de Valleyfield et de
Montréal. J'ai eu l'occasion de visiter personnellement certaines de ces
Chambres de la jeunesse et vous pouvez être assuré, M. le
Président, que nous sommes à mettre en place tous les
éléments nécessaires pour trouver des solutions aux
problèmes réels qui se posent pour que nos jeunes puissent avoir
une justice de la meilleure qualité possible et la plus accessible
possible. Si je prends le cas, par exemple, de la Chambre de la jeunesse
à Montréal, nous avons l'intention d'y aménager de cinq
à dix nouvelles salles d'entrevue.
La justice, M. le Président, n'est pas équitable si elle
n'est pas accessible à tous Au Québec, nous pouvons nous
référer aux principes conférés par nos chartes. Il
faut cependant que tous les citoyens et citoyennes puissent revendiquer le
respect de leurs droits fondamentaux. La loi instituant le Tribunal des droits
de la per sonne, sanctionnée le 22 juin 1989, répond
essentiellement à cet objectif de pouvoir non seulement avoir un droit,
mais de pouvoir aussi exercer ce droit, de le faire sanctionner.
Le Tribunal des droits de la personne a été
institué, M. le Président, pour permettre aux citoyens d'avoir
véritablement recours à un tribunal spécialisé et
particulièrement attentif aux problèmes de discrimination et
d'exploitation, notamment dans les domaines du travail, du logement et de
l'accès aux services, domaines dans lesquels sont concentrées les
plaintes portées à la Commission des droits de la per sonne et
qui touchent les citoyens dans leur vie quotidienne.
Il convient de souligner un élément important de cette
loi: le coût des procédures présentées au Tribunal
des droits par la Commission sera défrayé par l'État.
C'est là un élément particulièrement important
lorsque nous parlons d'accessibilité à la justice, surtout
lorsque nous nous référons au respect des droits fondamen taux,
ces droits qui sont le fondement même de notre société
démocratique. Le tribunal, présidé par un juge de la Cour
du Québec, n'est pas encore opérationnel. Il fallait
préalablement élaborer un règlement sur fa nomination des
assesseurs qui assisteront le président du tribunal dans sa tâche.
Et, dernièrement, j'ai participé à la commission
parlementaire à qui a été soumise la procédure de
sélection des assesseurs. Le rapport de la commission des institutions a
maintenant été transmis à l'Assemblée nationale.
Parallèlement, M. le Président, un concours a été
ouvert pour la nomination d'un nouveau juge de la Cour du Québec qui
pourrait assumer, après consultation du juge en chef de la Cour du
Québec, les fonctions de président du Tribunal des droits de la
personne. Des que ces démarches auront été
complétées, y compris les concours menant au choix des personnes
qui apparaîtront sur les listes d'assesseurs et d'arbitres
qu'établira le gouvernement, nous pourrons inaugurer le nouveau Tribunal
des droits de la personne.
Les cours municipales, M le Président, constituent une partie
importante de nos institu tions judiciaires. Comme leur structure et leur
développement dataient du début du siècle, il était
urgent de procéder à une réforme majeure pour corriger les
sérieuses lacunes observées au fil des ans. Avec la Loi sur les
cours municipales, sanctionnée le 22 juin 1989, toutes les
municipalités locales du Québec auront le pouvoir
d'établir une cour municipale sur leur territoire. En plus
d'intégrer les règles sur le statut des juges municipaux, la loi
prévoit également des règles relatives à la
compétence des cours, à leur fonctionnement, à la
nomination et aux fonctions de leurs officiers ainsi qu'à leur
organisation matérielle. Elle prévoit également que la
cour devra siéger, dans une proportion d'au moins une séance sur
deux, après 18 heures. Et pour moi, M. le Président, c'est un
aspect important que dans ces cours de justice, ces Cours municipales qui,
très souvent s'adressent aux citoyens qui ont à faire avec leur
vie en société dans leur municipalité, les citoyens ne
soient pas pénalisés s'ils veulent se présenter devant la
cour pour faire valoir leurs droits durant des heures de travail, mais qu'ils
puissent avoir accès à cette cour à l'extérieur de
la période qu'on réserve normalement au travail dans la
journée.
La loi assure aussi, M. le Président, une plus grande
harmonisation du fonctionnement des cours au niveau de la procédure et
des normes qui sont applicables à leur maintien. Afin de procéder
à l'implantation de cette loi, un comité conjoint du
ministère des Affaires municipales et du ministère de la Justice
a été créé et poursuit ses travaux. Les
règlements prévus par la loi sont virtuellement prêts et un
processus de consultation avec tous les milieux intéressés est en
élaboration. La mise en vigueur de cette loi est, pour le moment, en
attente. Nous attendons l'issue des procédures judiciaires concernant
les Cours municipales.
Au cours du dernier exercice financier, la Loi sur les tribunaux
judiciaires a été modifiée de manière à
permettre l'ajout de trois juges à la Cour d'appel, de trois juges
à la Cour supérieure et la nomination de six nouveaux juges
à la Cour du Québec. Après consultation auprès de
l'honorable juge en chef Albert Gobeil, la répartition des nouveaux
postes à la Cour du Québec a été faite de la
façon suivante, trois juges ont été nommés à
la Chambre criminelle à Montréal; un juge a été
nommé à la Chambre criminelle à Saint-Jérôme;
un juge a été nommé à la Chambre de la jeunesse
à Valleyfield et un juge sera bientôt nommé à la
Chambre de la jeunesse à Montréal. Ces nominations s'inscrivent
dans nos démarches visant à fournir à l'appareil
judiciaire les ressources nécessaires à l'accomplissement
intégral de sa mission.
À ces nominations s'ajoute la création de huit postes de
procureurs, de six postes de secrétaires de juges, de six postes de
secrétaires judiciaires et de deux postes de secrétaires de
procureurs et de deux postes de huissiers-messagers. Cette rubrique, à
elle seule, M. le Président, génère des dépenses de
l'ordre de 1 459 900 $, dont 1 283 200 $ sont récurrents.
Faisant suite au rapport du comité d'étude chargé
d'étudier la rémunération, le régime de retraite et
les autres avantages sociaux des
membres de la Cour du Québec, les magistrats de la Cour du
Québec se sont vu attribuer une augmentation de leur
rémunération. Par un décret du 4 avril 1990, le salaire
des juges a été ajusté à la hausse pour être
fixé à un niveau qui situe leur rémunération parmi
les plus élevées des juges de nomination provinciale au Canada.
Je tiens, de plus, à ajouter, M. le Président, que c'est
bientôt que les membres de la commission des institutions pourront
étudier les modifications à apporter incessamment au
régime de retraite de ces juges dans le cadre du projet de loi que j'ai
déposé à l'Assemblée nationale, le 15 mai dernier.
Ces modifications que je souhaite apporter au régime de retraite des
juges de nomination provinciale s'inscrivent dans ma démarche visant
à perpétuer la qualité de notre justice.
La dignité de la personne humaine, le respect de ses droits et
libertés fondamentales seront beaucoup mieux servis par la mise en
vigueur éventuelle de la majorité des articles du Code de
procédure pénale rendue possible par l'adoption, en avril
dernier, d'une loi d'application. Cette loi d'application, qui compte
au-delà de 1258 articles, permettra aux citoyennes et aux citoyens de
bénéficier le plus rapidement possible des nombreuses
dispositions du Code de procédure pénale qui leur sont
favorables. Il faut se rappeler que le Code de procédure pénale
retire les dispositions prévoyant l'emprisonnement pour défaut de
paiement d'amende et qu'il élimine, d'ailleurs, la plupart des peines
d'emprisonnement, sauf dans les cas où le recours ultime de cette
sanction serait justifié, notamment en certaines matières de
fiscalité, d'environnement et de conservation de la faune. Le principe
qui nous guide est que l'emprisonnement est une mesure pour protéger la
société beaucoup plus que pour punir. Lorsqu'on se
réfère au coût de l'emprisonnement pour la
société - en moyenne, 85 $ par jour par prisonnier - ce n'est
certainement pas la meilleure façon que la société peut
utiliser pour punir quelqu'un qui a enfreint les règles de notre vie en
société. D'autres mesures seront de plus en plus
développées pour que ces personnes, qui sont coupables de
conduite déficiente quant aux règles qui gouvernent notre
société, puissent payer leur dette en étant profitables
à leur société. C'est donc dans des cas d'exception, en ce
qui regarde le Code de procédure pénale du Québec, que
nous nous référons à l'emprisonnement.
Si la justice doit être de qualité et universelle, elle
doit être également accessible à tous et c'est dans cet
esprit, M. le Président, que deux dossiers m'ont particulièrement
préoccupé au cours de la dernière année. Il s'agit
des seuils d'admissibilité à l'aide juridique et des tarifs pour
les avocats de pratique privée qui acceptent des mandats de l'aide
juridique. Ces dossiers, complexes en soi, le sont doublement en ces
périodes d'intenses restrictions budgétaires. Des efforts
considérables ont été mis dans cos dossiers. Leur
conclusion, il me fait plaisir de l'annoncer, est imminente. Effectivement,
dans le cas des avocats qui acceptent des mandats de l'aide juridique, il me
fait particulièrement plaisir d'annoncer que nous sommes sur le point de
ratifier l'entente de principe intervenue entre le Barreau et le
ministère. Il s'agit d'une question de disponibilité des
intervenants.
Cette entente est le fruit d'intenses négociations que j'ai eues
avec le président du Conseil du trésor et le Bâtonnier du
Québec, Me Gauthier. Elle tient compte à la fois de la
nécessité d'augmenter certains tarifs pour assurer une
rémunération plus adéquate des avocats et de la
capacité de payer des Québécois. Dans le cas de la hausse
des seuils d'admissibilité, nos démarches se poursuivent
auprès du Conseil du trésor et du Conseil exécutif. Ces
démarches ont pour but d'élaborer une solution intérimaire
qui permettrait de maintenir l'admissibilité à l'aide juridique
des personnes âgées, en attendant que soit
réévalué tout le système d'aide juridique,
notamment, bien sûr, à la lumière du rapport du
comité Macdonald sur l'accessibilité à la justice, rapport
qui devrait me parvenir dans. sa forme finale l'automne prochain.
Quant à la médiation aux petites créances, M. le
Président, le projet-pilote instauré à Montréal et
à Québec s'est continué en 1989 et les médiateurs
ont traité au-delà de 2500 dossiers. Un règlement est
intervenu dans 1800 de ces cas, pour un taux de réussite de 75 %.
L'arbitrage. Toujours à la recherche de moyens alternatifs
d'accès à la justice, nous sommes à élaborer une
politique d'arbitrage en milieu gouvernemental, que j'aurai le plaisir de
soumettre à mes collègues du Conseil exécutif d'ici
quelques mois. Je fais référence au Centre d'arbitrage commercial
national et international du Québec qui a son siège social ici
à Québec et qui, sous la direction de Me Antaki, fait un travail
remarquable pour développer l'arbitrage comme moyen de solution des
litiges dans le domaine commercial.
Ceci m'amène, M. le Président, à faire le point sur
l'état des travaux menés par le comité sur
l'accessibilité à la justice, lesquels devraient me permettre de
proposer éventuellement de nouvelles mesures permettant aux gens de la
classe moyenne d'avoir accès à des services juridiques. À
ce sujet, il me fait plaisir de vous annoncer que ce groupe,
présidé par Me Roderick Macdonald et constitué en juilfet
dernier, a eu de nombreuses réunions pendant la dernière
année. Dans le cadre de ses travaux, le groupe de travail a
procédé à diverses consultations auprès de la
population en général et auprès de groupes ou associations
intéressés à l'un ou l'autre des volets de son mandat.
Suite à une consultation publique, le groupe de travail a reçu 35
communications écrites. Il a tenu des audiences à Québec
et à Montréal, au cours desquelles des personnes et groupes
intéressés ont eu
l'occasion de préciser et d'ajouter à leur mémoire.
(10 h 45)
Parallèlement à cette consultation, M. le
Président, des rencontres ont eu lieu avec divers intervenants, dont les
juges en chef des différentes cours de justice et également avec
des membres ou représentants des communautés ethnoculturelles. Le
groupe de travail a fourni, en avril dernier, un rapport d'étape et, il
y a quelques jours à peine, un rapport intérimaire portant sur
l'aide juridique au Québec Le rapport final de ce comité est
attendu d'ici à la fin de l'année 1990.
M. le Président, permettez-moi aussi de rappeler la constitution
d'un autre groupe de travail, présidé celui-ci par l'honorable
juge Guy Guérin de la Cour du Québec. Ce groupe de travail a pour
mandat d'étudier certains aspects de l'administration de la justice en
matière criminelle, notamment en ce qui concerne les relations entre les
forces policières, les procureurs de la couronne et les médias,
les recours aux témoins délateurs dans la poursuite de certains
crimes et, enfin, le rôle des divers intervenants dans le processus de
négociation et de dépôt de plaidoyer de culpabilité
à des infractions réduites. Ce groupe de travail a
commencé ses travaux et devrait me faire rapport d'ici à la fin
de 1990.
M. le Président, j'aimerais vous faire part de certains projets
que j'entends prioriser au cours des prochains mois. Je pense ici à la
réforme du Code civil, à la réforme de la justice
administrative et aux suites à donner au rapport du groupe de travail
portant sur la protection de la vie privée.
Je me. permets donc de faire le point sur les travaux de la
réforme du Code civil. Cette réforme suppose, vous le savez
déjà, l'adoption d'un Code civil de plus de 3000 articles, sans
compter une loi d'application d'au-delà de 1000 articles.
Une version intégrée du projet a été
étudiée par le comité de coordination et une équipe
de juristes affectée à la réforme du Code civil. Une
nouvelle version devrait être terminée et révisée
sous peu. Il me fait d'ailleurs plaisir de souligner la collaboration
particulière de l'Office de la langue française dont les
compétences dans le domaine linguistique sont largement mises à
contribution dans la révision du Code.
Un mémoire portant sur les grands enjeux de la réforme et
sur les orientations encore requises pour compléter le travail
amorcé m'a été remis. Ce mémoire a
été étudié par le comité consultatif
présidé par l'honorable juge Jean Louis Baudouin de la Cour
d'appel du Québec, lequel m'a fait rapport sur les orientations à
privilégier.
Les dernières orientations à donner à la
réforme sont actuellement en phase finale de discussion. Dès
qu'elles seront arrêtées, le dossier législatif sera
complété. L'objectif que je me suis fixé est de
présenter le projet de Code civil du Québec à
l'Assemblée nationale au cours de l'année. L'ampleur et
l'importance de la réforme du Code et la nécessité que
cette réforme soit acceptée non seulement par la
communauté juridique, mais également par le plus grand nombre
d'intéressés dans notre société, requièrent
qu'on lui apporte un soin extrême.
J'entends également soumettre à mes collègues du
Conseil des ministres certaines propositions en vue du dépôt, au
cours de l'année 1990, d'un projet dé loi portant sur la
réforme de la justice administrative. Il s'agit ici encore d'un sujet
qui au cours des 20 dernières années, a fait couler beaucoup
d'encre. Je pense au rapport du groupe de travail sur les tribunaux
administratifs qui a été produit en 1970 sous la direction de Me
René Dussault, aujourd'hui à la Cour d'appel, au recueil de Me
André Gélinas, qui a été publié en 1975,
sous le titre "Les organismes autonomes et centraux de l'administration
québécoise" ainsi que, plus dernièrement, au "Rapport du
groupe de travail sur les tribunaux administratifs", de 1987, rapport qui est
aussi connu sous le nom de rapport Ouellette.
Ces rapports nous ont rappelé l'importance du rôle que
jouent dans notre système administratif et judiciaire les organismes
administratifs exerçant des fonctions de nature quasi judiciaire. Ils
ont également souligné lé rôle de ces organismes
auprès des justiciables et les avantages qu'ils leur procurent. Ils ont,
de plus, suggéré la révision de l'institution dans son
ensemble, afin d'en clarifier les limites, tout en proposant, selon
révolution de la société, diverses modifications
susceptibles de favoriser l'exercice des droits. L'étude de ces
rapports, les changements survenus depuis par l'adoption de nouvelles
règles de droit, les nouveaux courants jurispru-dentiels, de même
que les exigences que demande l'exercice des droits des citoyens auprès
de ces instances m'ont convaincu de l'importance de ce dossier Et c'est
pourquoi j'entends consacrer des efforts à en favoriser le
dénouement.
Parmi les autres préoccupations auxquelles j'entends
m'arrêter en matière de protection des droits individuels
s'inscrit la tenue prochaine d'une commission parlementaire portant sur le
contenu du rapport intitulé "Vie privée: zone à
accès restreint". Ce rapport, qui s'intéresse aux progrès
de la technologie informatique en regard du stockage de données sur les
personnes et l'usage qui en est fait, contient des recommandations
destinées à compléter les garanties fondamentales
prévues dans la Charte des droits et le régime juridique de base
prévu au nouveau Code civil.
Voilà, M. le Président, présentés tout
à fait sommairement les principaux dossiers sur lesquels le
ministère de la Justice s'est attardé dans l'exercice qui vient
de se terminer. C'est là un
aperçu de ce sur quoi nous entendons oeuvrer au cours du prochain
exercice.
M. le Président, en terminant, je me permets d'offrir mes
remerciements à l'équipe que j'ai le plaisir et l'honneur de
diriger a la Justice. Cette équipe dont les membres se retrouvent dans
toutes les régions du Québec, de Hull à Chibougamau, de
Val-d'Or à Havre-Aubert, a réussi, malgré le contexte
budgétaire difficile, à continuer l'exercice de promotion des
grandes valeurs de justice auxquelles les Québécois et les
Québécoises attachent tant d'importance. Je vous remercie, M.
lé Président.
Le Président (M. Dauphin): Alors, merci beaucoup, M. le
ministre de la Justice, pour vos remarques préliminaires. Si vous me le
permettez, juste avant de permettre à Mme la députée de
Hochelaga-Maisonneuve de faire ses remarques préliminaires, je vais vous
présenter les membres de la commission, surtout pour le
bénéfice des haut fonctionnaires qui vous accompagnent. Tout
d'abord, évidemment, à ma gauche, la porte-parole de l'Opposition
officielle en matière de justice, Mme Harel, députée de
Hochelaga-Maisonneuve. Ensuite, nous avons Mme Jocelyne Caron,
députée de Terrebonne, qui est de la cuvée 1989, qui est
à son premier mandat; à ma droite, M. Albert Houde,
député de Berthier; ensuite, M. Williams, député de
Nelligan. On poursuit avec M. Kehoe, député de Chapleau; M.
Hamel, député de Sherbrooke; et M. Larouche, député
d'Anjou; à ma gauche, la secrétaire de la commission, Me Lucie
Giguère, et Mme Beaure-gard qui est collaboratrice de la commission.
Alors, merci. Je vais demander à Mme Harel de présenter la
recherchiste qui l'accompagne.
Mme Louise Harel
Mme Harel: Alors, merci, M. le Président. Je vous
présente immédiatement Me Fernande Rousseau qui est à la
critique de l'Opposition en matière de justice ce que vous êtes au
ministre de la Justice, ce matin. Je crois comprendre qu'il y a peu de femmes
parmi vous, malgré tout.
M. le Président, je veux d'abord vous indiquer que c'est avec mon
consentement tacite que vous avez permis au ministre de dépasser le
temps qui lui était alloué pour des remarques
préliminaires. Je veux simplement que vous en teniez compte dans
l'évaluation du temps qui me sera imparti ultérieurement lors de
l'échange avec le ministre pour l'étude de nos crédits. Je
mets ça au compte, dans la banque, dans la réserve du temps qui
me sera alloué d'ici à la fin de la journée.
D'abord, vous allez me permettre de saluer le ministre de la Justice et
de souhaiter également la bienvenue au sous-ministre de même
qu'à tous les fonctionnaires et conseillers qui les accompagnent. C'est
la première fois que j'entre- prends l'étude des crédits
alloués au ministère de la Justice. Je veux en profiter, avant
que ne Soft largement entamé le second mandat du présent
gouvernement et que la volonté de réforme ne bascule
irrémédiablement dans l'immobilité électorale, pour
rappeler au ministre l'urgence d'agir maintenant pour raffermir
l'administration de la justice au Québec. Oui, je dis bien raffermir
l'administration de la justice qui a été minée par la
sous-budgétisation qui est toujours existante, malgré le modeste
plan de redressement qui a été obtenu et qui est
différent, dois-je comprendre, de celui qui était
réclamé. Affaiblie également par l'inaction d'un
gouvernement qui préfère attendre l'épreuve de force pour
réagir, même en matière de justice.
M. le Président, les réformes majeures qui ont
été réalisées depuis deux ans et dont le ministre
nous a parlé ont d'abord été programmées par son
prédécesseur ou amorcées par la commission parlementaire
des institutions elle-même, que ce soit la réforme de la curatelle
publique, ou encore la création du Tribunal des droits de la personne,
ou l'ouverture des centres d'aide aux victimes d'actes criminels. Le ministre a
ainsi pu compléter la réforme ou le travail qui avait
été amorcé par d'autres. Maintenant, le ministre doit
s'engager résolument à agir. Je constate que depuis son
arrivée à la direction du ministère, il philosophe avec
brio sur les principes qui doivent guider des solutions qui n'arrivent pas. Il
me semble que son incapacité à introduire des correctifs simples
et pratiques discrédite les grands principes qu'il énonce avec
éloquence. Le mieux est l'ennemi du bien, particulièrement en
matière de justice, et l'engouement du ministre pour les solutions
globales qui touchent, et je cite, "tous les aspects de la question dans une
perspective la plus complète possible" ne trompe plus personne.
L'opération a surtout consisté jusqu'à maintenant à
faire gagner du temps à son gouvernement en le faisant perdre au
système de la justice au Québec.
M. le Président, le procédé pour éviter de
procéder est à peu près le même dans bien des
dossiers, que ce soit en matière d'accessibilité à la
justice, de médiation familiale, de réforme des tribunaux
administratifs ou de protection des renseignements personnels. L'exercice
consiste à remettre à plus tard en plaidant la recherché
d'une solution toujours meilleure.
Mon prédécesseur au poste que j'occupe maintenant,
l'ancien député de Taillon, avait l'habitude de dire que si le
même manque de ressources existait dans des secteurs plus visibles
qu'à l'intérieur du secteur judiciaire, comme ceux de la
santé et ou de l'éducation, par exemple, l'opinion publique
aurait été secouée par les manchettes des médias,
mais lorsque juges, procureurs de la couronne, avocats de l'aide juridique,
avocats de pratique privée, avocats et notaires de la fonction publique,
à peu près tous
les Intervenants du milieu de la justice en sont rendus, en même
temps, à exprimer discrètement, mais publiquement que la justice
est en train d'étouffer, c'est là un signal d'alarme qui devrait
pourtant préoccuper le gouvernement, même si la manifestation n'en
est pas spectaculaire.
Si vous me permettez, M. le Président, une comparaison que le
ministre, pédagogue averti, va certainement bien comprendre à ce
moment-ci de l'année, c'est comme la date de remise des travaux d'un
étudiant reportée trop souvent et dépassée depuis
longtemps. L'élève brillant a beau plaider qu'il travaille sur
une solution parfaite, son professeur est en droit d'exiger, sous peine d'un
zéro, de l'évaluer immédiatement.
En matière d'admissibilité à la justice, M. le
ministre, agissez maintenant, ne laissez plus la situation s'aggraver au
détriment de notre conception de la justice elle-même. Par votre
inaction, ne laissez pas bafouer la loi sur les services juridiques
conçue en 1972 pour offrir la gratuité des services juridiques
à toute personne se situant au seuil de la pauvreté, pas
seulement aux personnes âgées. Ne négligez pas les "working
poors", ceux pour lesquels la loi avait d'abord été
pensée, les pauvres qui travaillent et qui devraient, eux aussi, en
bénéficier, et qui en sont maintenant les principaux exclus.
Ai-je besoin de vous rappeler ce que la Commission des services
juridiques et le Protecteur du citoyen ont dénoncé
véhémentement depuis quelques années maintenant, le fait
que même les personnes les plus pauvres du Québec ne sont plus
admissibles à l'aide juridique? (11 heures)
M. le Président, laissez-moi rappeler aux membres de la
commission, depuis la réforme de l'aide sociale en vigueur depuis le 1er
août 1989, l'exclusion de 140 000 Québécoises et
Québécois faisant partie d'une famille d'au moins deux personnes
qui se prévalent de certaines allocations spéciales de
participation à des programmes prévus par la loi. Et
permettez-moi également de rappeler l'exclusion, depuis le 1er octobre
1988, des personnes seules qui travaillent 37 heures par semaine au salaire
minimum et, depuis le 1er octobre 1989, l'exclusion d'une famille de deux
personnes qui gagne plus de 210 $ par semaine en travaillant 43 heures au
salaire minimum.
Le ministre nous dit, ce matin, travailler à des modifications
à être incessamment apportées quant à
l'accessibilité des personnes âgées à l'aide
juridique. Qu'il me soit permis, à cet effet, de rappeler que 64 000
personnes âgées, qui ont bénéficié de
l'indexation de leur pension de vieillesse et de la sécurité du
revenu, sont maintenant exclues du service de l'aide juridique.
La Commission des services juridiques, dans son rapport de 1988, qui
date maintenant d'il y a deux ans, constatait qu'en dépit des recommanda
tions formulées un an prùcédommonl ot du l'inflation des
propos du ministre, les critères étaient pourtant demeurés
les mêmes. Les constatations de la Commission des services juridiques
témoignaient d'une impatience de plus en plus grandissante. Je veux
reprendre un extrait de ce qu'elle mettait en évidence: "Nous
souhaitons, exprime la Commission, que les nombreuses déclarations du
ministre de la Justice, tant à l'Assemblée nationale que dans les
médias, favorisant un ajustement de la norme d'admissibilité,
trouvent enfin leur aboutissement. On doit songer plutôt que cette hausse
des critères d'admissibilité, qui tarde tant à venir pour
les pauvres, ne ferait que compenser en partie les subventions que
l'État accorde régulièrement aux riches individus et aux
corporations qui, on le sait, sont les plus grands utilisateurs de services
juridiques. Tout l'appareil judiciaire, ajoute la Commission des services
juridiques, juges, personnel, palais de justice, est mis à leur
disposition presque gratuitement. Les timbres judiciaires, d'un montant
excédant rarement 200 $ par cause - c'était en 1988 -
représentent un déboursé infime comparé aux
dépenses de la cour. De plus, tes frais juridiques étant
déductibles aux fins d'impôt, l'État se prive d'autant de
revenus: c'est une autre forme de subvention aux riches. De plus, ces
privilèges sont perpétuels et acquis, sans
nécessité d'aucune mobilisation de l'opinion publique." Et la
Commission évaluait, en 1988, qu'il en coûterait 4 000 000 $, dont
48 % remboursés par le gouvernement fédéral, pour hausser
la norme d'admissibilité des personnes au seuil ou en dessous du seuil
de pauvreté dans notre société.
Je dis au ministre qu'il avait des solutions il y a un an, solutions
qu'il a abondamment commentées, au cours de dîners officiels et
qui ont été rapportées par les médias
d'information. Ces solutions, appliquez-les, maintenant. Qu'est-ce qui vous
empêche d'offrir tout de suite aux Québécoises et
Québécois un meilleur système de médiation en
matière familiale, à la grandeur du Québec? Pas besoin
d'attendre un rapport de commission. Les tergiversations entre le
ministère de la Justice et celui de la Santé et des Services
sociaux, qui retardent le développement des services de médiation
familiale et qui, pendant ce temps, gèlent les fonds qui seraient
susceptibles d'y être consacrés sont totalement, je dirais
inacceptables, pour ne pas dire scandaleuses, M. le Président.
Qu'est-ce qui retient le ministre de la Justice de maintenir les
barèmes d'accessibilité à l'aide juridique au moins au
niveau des seuils de pauvreté? Pourquoi ne pas procéder
immédiatement à la hausse du maximum de 1000 $ fixé par la
Cour des petites créances et pourquoi ne pas mettre fin à ce
privilège douteux d'être, avec Terre-Neuve, la seule province
à maintenir un si faible montant maximum? Pourquoi, si ce n'est
l'insensibilité que le ministre connaît bien certainomonl du
Conseil du trésor ot de son gouvernement à l'égard de
l'appareil judiciaire et
de l'administration dé la justice? il faudrait mettre un peu plus
d'argent. Et la meilleure manière de sauver les apparences, avec une
certaine élégance j'en conviens, consiste, évidemment,
à confier à un comité de personnalités le soin de
réfléchir plus globalement sur la question.
En prenant connaissance des propos du ministre, M. le Président,
je me rends compte que l'étapisme", malheureusement, n'est pas dans les
solutions, mais dans les rapports des comités. D'abord annoncé
par voie de communiqué de presse pour la fin de l'année 1989, le
rapport du comité sur l'accessibilité à la justice, le
ministre se félicite maintenant, ce matin, d'un rapport
intermédiaire qui lui aurait été fourni il y a quelques
jours et nous annonce le rapport final, sur cette question, d'ici à la
fin de l'année 1990. Malheureusement, l'"étapisme" est dans les
rapports des comités qu'il a mis sur pied. Il vaudrait mieux qu'il
agisse par "étapisme" en appliquant des solutions intermédiaires
qu'il connaît maintenant et qu'il remette à plus tard les
solutions parfaites qu'il envisage. Surtout, M. le Président, qu'en
prenant connaissance du discours du ministre on se rend compte que si le
comité sur l'accessibilité à la justice a tenu tant de
réunions, ça devait être en l'absence de son
président, certainement ou, en tout cas, il n'a pas dû être
là très souvent, étant donné que Me Roderick
Macdonald était en congé sabbatique en Australie depuis le mois
de janvier dernier et qu'il devrait y être jusqu'en juillet prochain.
La lenteur à agir est peu de chose, en comparaison avec la
négligence à remplacer les membres des commissions dont les
mandats sont expirés. La Commission des services juridiques, par
exemple, où les mandats des 12 commissaires sont expirés depuis
des mois, n'a pu tenir ses trois dernières réunions, faute de
quorum. Sans parler des membres de la Commission des droits de la personne,
où le mandat de la majorité est expiré et où
certains siègent sans renouvellement de mandat depuis 1987. Qu'est-ce
qui peut, d'ailleurs, justifier le retard à nommer le président
du nouveau Tribunal des droits de la personne, créé il y a
maintenant un an?
M. le Président, permettez-moi également d'indiquer notre
inquiétude d'entendre ce matin le ministre parler de soumettre à
ses collègues du Conseil des ministres un éventuel projet de loi
qu'il souhaiterait pouvoir déposer sur la réforme de la justice
administrative dans le . courant de l'année 1990, en rappelant que, dans
le discours inaugural du premier ministre en mars 1988, il était
déjà annoncé l'intention gouvernementale de rationaliser
les tribunaux adminis-tratrifs et que le ministère parlait d'un projet
de loi pour l'automne 1988. Alors, soumettre à ses collègues un
projet de loi en espérant le déposer en 1990, il y a là,
évidemment, un délai sur lequel le ministre va certainement avoir
à s'expliquer dans le courant de la journée.
On connaît, M. le Président, l'importance de ces organismes
qui ont pour mandat de trancher les litiges opposant le gouvernement et les
administrés. Et, compte tenu du caractère arbitraire de certaines
nominations spectaculaires qui sont faites présentement - je fais
évidemment allusion à la Caisse de dépôt et
placement - il faut savoir que ces nominations, selon le bon vouloir du
gouvernement, dans ces tribunaux administratifs - évidemment, le bon
vouloir du gouvernement signifiant le bureau du premier ministre - sans
critères déterminés, souvent en récompense pour
services rendus au parti, génèrent un sentiment d'urgence quant
à la nécessité de réformer les principes qui
doivent guider les règles du jeu qui doivent être à la base
des modes de nomination, des conditions de travail, du renouvellement des
mandats et du salaire des membres de ces organismes, de ces tribunaux
administratifs.
M. le Président, qu'il me soit également permis de
m'inquiéter que le ministre de la Justice qui avait, à la fin de
1988, promis solennellement la mise en vigueur du chapitre du Code civil sur le
respect de la réputation et de la vie privée et l'extension au
secteur privé des principes de la loi sur l'accès et qui avait
pris cet engagement solennel à l'occasion d'un dîner
bénéfice commémorant le 40e anniversaire de la
Déclaration universelle des droits de l'homme et le 25e anniversaire de
la Ligue des droits et libertés... Laissez-moi m'inquiéter que le
ministre qui avait pris cet engagement solennel, qui lui a été
rappelé récemment d'ailleurs par le maire de Montréal qui
lui écrivait, en date du 15 mai dernier, son inquiétude quant
à l'absence de règles claires de protection des renseignements
personnels dans les lois actuelles et qui sollicitait son intervention pour que
les mesures législatives déjà annoncées par le
gouvernement en cette matière, puissent entrer en vigueur le plus
tôt possible... Laissez-moi vous dire notre inquiétude
qu'après avoir, à la fin de 1988, promis solennellement pour
novembre 1989 une telle législation le ministre nous annonce tout au
plus une commission parlementaire sur la question.
En terminant, M. le Président, je voudrais faire miennes les
déclarations que le député de Taillon a eues à
plusieurs reprises à l'occasion soit des travaux de cette commission
parlementaire des institutions ou à l'extérieur de ce Parlement,
quand il faisait valoir la nécessité non pas simplement d'ajouter
de l'argent, mais également d'introduire un dialogue inexistant entre
les intervenants de l'appareil judiciaire et de l'administration de la justice
au Québec. Le député de Taillon souhaitait un sommet sur
la justice permettant à tout le monde de mettre sur la table des
solutions aux problèmes qu'il vivait. De temps en temps, dans une
société, rappelait le député de Taillon, le moment
vient de faire le point dans un domaine. C'est l'heure de la
justice au Québec. À peu près tous les groupes
d'intervenants du milieu de la justice sont prêts à s'asseoir,
à se parler pour résoudre les problèmes qui se posent:
surcharge de travail, délais qui s'allongent, coûts des
systèmes. Il faut dialoguer, réunir tous les intervenants dans le
cadre d'un sommet sur la justice. Là-dessus, le ministère et le
ministre de la Justice doivent exercer un leadership légitime. C'est ce
que je souhaite, M. le Président. Je vous remercie.
Le Président (M. Dauphin): Merci beaucoup, Mme la
députée de Hochelaga-Maisonneuve. Est-ce que vous voulez
procéder aux programmes tout de suite, ou peut-être une courte
réplique. M. le ministre de la Justice.
M. Gil Rémillard (réplique)
M. Rémillard: Pas vraiment une réplique, M. le
Président, mais simplement pour dire que Mme la députée de
Hochelaga-Maisonneuve vient de terminer ses propos en se référant
à des propos de l'ancien député de Taillon, Me Claudo
Filion Je dois dire que Me Filion a été un critique de
l'Opposition qui a beaucoup contribué à nous aider à ce
qu'on puisse travailler ensemble et améliorer l'administration de la
justice au Québec. J'en suis très reconnaissant. A cette
époque-ci l'an dernier, entre autres, nous avions 11 lois en marche. On
travaillait jusqu'à 1 heure le matin, 2 heures le matin pour faire des
lois. Je dois dire que, oui, ça me touche d'entendre la
députée de Hochelaga-Maisonneuve nous dire qu'on ne fait rien.
C'est un ton de partisanerie qu'on n'est pas habitué d'entendre dans une
commission parlementaire sur l'administration de la justice. Ce n'est pas comme
ça qu'on exerce un rôle de critique de l'Opposition en
matière de justice. On n'est pas ici pour parler de partisanerie
politique. On est ici pour parler d'administration de la justice. Vous pouvez
critiquer mon rôle et dire que je n'en ai pas fait assez. Oui, je pense
que c'est tout à fait légitime, normal. Je vais essayer d'en
faire plus, je peux vous le dire, très sincèrement, d'en faire le
plus que je peux. Je ne suis pas en politique pour faire carrière, moi.
Mais je peux vous dire qu'il y a un ton, il y a un moyen qu'on peut prendre
pour en discuter très sérieusement, que votre collègue qui
vous a précédée avait fort justement. Je tiens à
vous le recommander au début de nos travaux.
Mme Harel: M. le Président.
Le Président (M. Dauphin): Oui, Mme la
députée. (11 h 15)
Mme Harel: D'accord. J'inviterais le ministre à ne pas
être paternaliste dans son ton S'il me reproche d'être partisane,
je lui reproche d'être paternaliste. Alors, M. le Président, je
souhaite- rais pouvoir débuter immédiatement nos travaux d'examen
des crédits.
Le Président (M. Dauphin): D'accord. Au niveau de nos
travaux, est-ce qu'on va procéder programme par programme ou si vous
désirez...
Mme Harel: M. le Président, parce qu'on n'aura
peut-être pas l'occasion, étant donné le peu de temps qui
nous est imparti, étant donné que ma collègue de
Terrebonne est avec nous pour pouvoir également Interroger le ministre
sur certains éléments de programme et compte tenu que j'ai des
collègues qui, durant la journée, vont également venir
échanger avec le ministre sur toute la question de la fusion des
directions régionales, en particulier, en Abitibi, au
Saguenay-Lac-Saint-Jean et à Trois-Rivières, je
préférerais qu'on puisse peut-être commencer
immédiatement par les questions qui me préoccupent, M. le
Président, et mes collègues me suivront par la suite.
Le Président (M. Dauphin): Ou, si vous permettez, ce qu'on
pourrait faire...
Mme Harel: Alors, le programme 8, si c'est possible.
Le Président (M. Dauphin): D'accord. Ou bien, ce qu'on va
faire, c'est que nous adopterons tous les programmes à la fin...
Mme Harel: À la fin.
Le Président (M. Dauphin):.. alors, ils seront tous
ouverts...
Mme Harel: Très bien.
Le Président (M. Dauphin):... au courant de la
journée, pour des discussions.
Mme Harel: Parfait.
M. Williams: M. le Président?
Le Président (M. Dauphin): Oui, M. le député
de Nelligan.
M. Williams: Excusez-moi, je voudrais savoir exactement ce que
nous sommes en train de décider. Est-ce que... Parce que, moi aussi,
j'ai plusieurs questions...
Le Président (M. Dauphin): Oui, d'accord.
M. Williams:... moi aussi, j'ai un horaire assez
chargé.
Le Président (M. Dauphin): Ce que je viens de dire...
M. Williams: Est-ce que ça va être plus efficace de
faire ça, programme par programme?
Le Président (M. Dauphin): Ce que je viens de dire
à la fin, c'est qu'on n'adoptera pas de programme ce matin. On va tous
les adopter à la fin. Alors, s'Il y a un député qui vient
dans l'après-midi, il va pouvoir poser des questions sur n'importe quel
programme, si le ministre y consent. Nous les adopterons tous à la fin.
Si vous avez des questions à poser tantôt, je vous
reconnaîtrai.
M. Williams: Correct. Merci.
Le Président (M. Dauphin): On va être
équitable.
Mme Harel: Programme 9, M. le Président.
M. Williams: Excusez-moi. Est-ce que nous allons être
équitables ce matin? Comment...
Mme Harel: Équitables, il faudrait bien s'entendre.
L'équité ne consiste pas à partager par alternance le
temps dans l'étude des crédits, n'est-ce pas, M. le
Président?
M. Williams: Je voudrais juste savoir ce que nous allons faire.
Je voudrais que ce soit clair. C'est tout.
Le Président (M. Dauphin): O. K.
M. Houde: C'est quoi les enveloppes de temps qu'on peut avoir,
auxquelles on a droit, autant d'un bord que de l'autre, de votre part?
Le Président (M. Dauphin): C'est-à-dire que
l'information que j'ai obtenue du bureau du leader, c'est qu'étant
donné qu'il n'y a pas d'entente formelle, en règle
générale, c'est censé être une enveloppe de temps
50-50, sauf, à moins que je ne me trompe - ça fait trois mandats
que je fais ici - à l'étude des crédits, où il y a
toujours un peu plus de temps à l'Opposition qu'au parti
ministériel. Maintenant, c'est une question de GBS, de gros bon sens,
à un moment donné, de reconnaître un député
ministériel, mais on sait qu'en règle générale il y
a plus de temps à l'Opposition qu'au parti ministériel. Je tiens
à vous dire tout de suite que, si vous avez des questions, je vais vous
reconnaître. Soyez sans crainte là-dessus. Si vous me dites, M. le
député de Nelligan, que cet après-midi vous allez
être absent, à ce moment-là, je vais faire un effort,
doublement, pour vous reconnaître ce matin. C'est un peu...
M. Williams: Merci beaucoup, M. le Président.
Le Président (M. Dauphin):... ce que j'ai à vous
dire. Alors, si le ministre n'a pas d'objection, vous désireriez qu'on
appelle le programme 9.
Mme Harel: C'est bien ça.
Le Président (M. Dauphin): Le programme 9, c'est Affaires
criminelles et pénales.
Mme Harel: Voilà.
Le Président (M. Dauphin): Est-ce que ça vous
convient, M. le ministre, de procéder comme ça ou...
M. Rémillard: Que vous nous résumiez...
Le Président (M. Dauphin): Parce que vous avez un mot
à dire là-dessus?
M. Rémillard:... votre conclusion, M. le Président.
Vous pouvez nous résumer votre conclusion.
Le Président (M. Dauphin): C'est-à-dire que Mme la
députée de Hochelaga-Maisonneuve me faisait part qu'au courant de
la journée, il y a d'autres députés,
précisément de l'Opposition officielle, qui vont se joindre
à nous et qui auraient peut-être des questions sur
différents programmes. Alors, au lieu d'adopter ça programme par
programme, au fur et à mesure de nos travaux, nous allons adopter tous
les programmes à la fin de nos travaux, à 16 h 30 ou 16 h 15.
M. Rémillard: Je n'ai pas d'objection.
Le Président (M. Dauphin): Si vous n'avez pas d'objection,
on va peut-être passer du programme 1 au programme 5, sans
nécessairement suivre l'ordre. Mme la députée me demande
de procéder tout de suite avec le programme 9. Si vous n'avez pas
d'objection, on va procéder tout de suite avec le programme 9.
M. Rémillard: Très bien, M. le
Président.
Mme Harel: M. le Président, je voudrais, pour les fins de
nos travaux, vous rappeler que l'exercice démocratique que nous
entreprenons consiste, finalement, à examiner les comptes publics. C'est
ce que le législatif a à faire de plus fondamental, en regard de
l'exécutif. Le Parlement ne siégerait que pour ça, dans
une année, que son rôle serait déjà justifié.
Dans ce sens-là, évidemment, la commission n'a pas pour objet de
donner aux députés ministériels qui ont l'occasion, lors
de caucus, d'échanger en séance d'information avec leur
ministre... Je pense bien et je conçois qu'un député
ministériel est un parlementaire aussi, mais un parlementaire qui doit
éviter les questions plantées pour justement conserver sa
crédibilité. Alors, ceci dit, M. le
Président...
M. Larouche:... intervention. Alors, si vous croyez que...
Le Président (M. Dauphin): Sur une question de
règlement.
M. Larouche: C'est sur une question d'interprétation
aussi. On participe à l'étude des crédits et on a autant
le droit que l'Opposition de poser des questions. Alors, quand, à chaque
ministre qui passe... Alors, il n'est même pas membre de la commission.
On peut lui poser des questions. Je sais que vous essayez un peu de
créer des précédents à ce niveau-là, mais,
moi, je pense qu'en tout temps on peut poser des questions comme
députés de cette Assemblée. Ce n'est pas plus à
l'Opposition qu'aux députés ministériels. Alors, sur ce,
vous pouvez poser toutes les questions que vous voudrez et, lorsqu'on voudra en
poser, on interviendra aussi. Ce n'est pas des questions plantées. Quand
on a des questions, on les pose.
Mme Harel: Alors, M. le Président...
Le Président (M. Dauphin): Si jamais vous m'avez mal
compris tantôt, ce que j'ai dit tantôt, c'est qu'en l'absence
d'entente formelle, c'est 50-50 pour le temps, sauf que je sais pertinemment
qu'en règle générale, à l'étude des
crédits, il y a un peu plus de temps à l'Opposition. Je pense
qu'on va tous le concéder. C'est une question de bon sens et
d'équité.
M. Larouche: C'est ce qu'on fait.
Le Président (M. Dauphin): Alors, soyez sans crainte, je
vais être équitable avec les principes que je viens de mentionner.
Alors, Mme la députée de Hochelaga-Maisonneuve, sur le programme
9, s'il vous plaît.
Affaires criminelles et pénales
Mme Harel: Très bien. M. le Président, compte tenu
de l'inquiétude qui est manifestée quant à l'intention du
Procureur général, compte tenu plutôt de l'incertitude de
l'opinion publique présentement quant à la position du Procureur
général suite à l'adoption de la loi C 43 à Ottawa
et à la recriminalisation de l'avortement et compte tenu de la tradition
depuis maintenant plusieurs années, plus d'une décennie, de ne
pas poursuivre les médecins qui pratiquent les avortements, compte tenu
des verdicts d'acquittement intervenus à la fin des années
soixante-dix, j'aimerais savoir du ministre de la Justice s'il entend
reconduire la même façon de voir que tous ses
prédécesseurs depuis bientôt 13 ans.
M. Rémillard: M. le Président
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard:... je remercie Mme la députée
pour cette première question qui touche un sujet de très grande
importance pour notre société et qui est aussi de grande
actualité. Évidemment que l'avortement, c'est une question qui
est fondamentale au sein de notre société et c'est une question
qui est fort difficile. Il est très difficile d'établir un
consensus au sein de notre société entre, d'une part, le droit
à la vie et, d'autre part, le droit de la femme de disposer de son
corps.
M. le Président, le gouvernement fédéral a donc
choisi de légiférer sur cette question et de criminaliser
l'avortement, c'est-à-dire que le gouvernement fédéral a
choisi d'utiliser sa compétence exclusive en matière de droit
criminel pour légiférer sur l'avortement dans un contexte que
l'on connaît très bien. En fonction donc de cette loi C-43,
l'avortement est, dans certaines circonstances, considéré comme
un acte médical qui doit être accompli par un médecin
conformément aux normes généralement admises dans la
profession médicale. Il n'appartient pas, évidemment, au
Procureur général mais plutôt à la profession
médicale elle-même d'établir les normes dans lesquelles on
va pouvoir déterminer ce diagnostic du médecin pour
déterminer si la santé de la femme est en cause et qu'il y a,
donc, nécessité de procéder à un avortement. C'est
essentiellement le point le plus important de cette loi C-43 sur l'avortement.
C'est un point qui se réfère directement à cette
capacité professionnelle du médecin de poser un diagnostic quant
à la santé de la mère, de la femme, et à la
nécessité de procéder à un avortement.
Cependant, il est évident, M. le Président, que si nous
avons la preuve qu'un avortement a été pratiqué sans que
le médecin arrive à la conclusion qu'autrement la santé
mentale, physique ou l'état psychologique ou la vie de la personne
serait vraisemblablement menacée, si ce diagnostic a été
posé par le médecin sans qu'il y ait eu cette conclusion comme le
stipule la loi, alors, c'est évident que le Procureur n'a pas le choix
et nous devrons évaluer s'il y a matière à poursuite. Et
c'est mon devoir, comme Procureur, de le faire. Mon devoir premier, M. le
Président, c'est de faire appliquer la loi.
Or, nous sommes devant une nouvelle loi fédérale qui
criminalise l'avortement, donc, qui est de juridiction fédérale,
puisque le Code criminel est de juridiction fédérale. Comme
Procureur général, je vais appliquer cette loi et évaluer
les preuves que nous avons, si on nous rapporte des cas, pour voir si la loi a
été respectée ou pas. Mais il est évident que cette
loi devra se référer, dans un aspect important, au diagnostic
posé par le médecin, parce que c'est la clé de cette loi,
et, par conséquent, se référer à la
compétence, à l'éthique que la
corporation médicale pourra se donner. Alors, mon rôle, M.
le Président, comme Procureur général, comme dans toutes
les lois, ce sera d'évaluer la preuve qu'on nous apportera si on nous
souligne des cas qui posent problème. ' Et, à ce
moment-là, j'analyserai et je verrai en mon âme et conscience s'il
faut poursuivre.
Le Président (M. Dauphin): Merci, M. le ministre. Mme la
députée.
Mme Harel: Alors, faut-il comprendre, M. le ministre, à
titre de Procureur général, que vous entendez mettre fin au
consensus qui s'était établi au Québec depuis plus d'une
décennie maintenant et qui avait amené vos
prédécesseurs et vous-même à ne pas poursuivre en
matière d'avortement, compte tenu des verdicts d'acquittement
antérieurs et qui, je pense, nous amènent à constater
qu'il n'y a pas eu de poursuite depuis 13 ans?
M. Rémillard: Ce quit est important de noter dans ce
cas-ci, c'est qu'il est vrai qu'il n'y avait pas eu de poursuite à la
suite de décisions qui étaient pendantes devant les tribunaux -
on attendait des décisions des tribunaux et, finalement, on le sait, la
Cour suprême s'est prononcée - et à la suite aussi de
procès qui, par voie de jury, ont acquitté des gens qui
étaient poursuivis. Et je dois dire que les décisions qui ont
été prises à ce moment-là par les procureurs
généraux qui m'ont précédé ont
été fort justement prises dans les circonstances.
Pour ma part, ce que je peux vous dire simplement, c'est que je dois
faire appliquer une nouvelle loi. Donc, la situation, elle est nouvelle. Il
faut se référer à une loi qui est nouvelle qui nous arrive
avec des données juridiques qui sont tout à fait nouvelles. Dans
le cas qui précédait, dans les dispositions du Code criminel qui
précédaient cette loi, on se souvient que, par exemple, on
faisait référence à des comités
thérapeutiques qui devaient donner leur consentement. Et la Cour
suprême a dit que ces comités thérapeutiques étaient
des empêchements administratifs qui pouvaient toucher, empêcher
l'exercice des droits fondamentaux, mais il s'agit de décisions et de
façons d'agir qui ont été développées sous
l'égide des anciennes dispositions qui gouvernaient l'avortement. (11 h
30)
Maintenant, comme Procureur général, comme citoyens, nous
avons une nouvelle loi et ce que je vous dis, c'est que cette loi repose
essentiellement sur le diagnostic que posera le médecin. Ce diagnostic
se réfère donc à la compétence du médecin,
à son éthique et, par conséquent, comme Procureur
général, il faudra voir, je verrai au fur et à mesure
qu'on nous rapportera des cas et les éléments de preuve qu'on
peut nous apporter. J'évaluerai, dans ce cas comme je le fais dans tous
les autres cas, s'il faut poursuivre ou pas, mais je voudrais simplement, en
terminant, bien faire comprendre que ce qui s'est passé
précédemment, c'est en fonction de dispositions
législatives dans le Code criminel qui n'existent plus et que maintenant
nous avons une situation nouvelle avec cette loi C-43.
Le Président (M. Dauphin): Mme la
députée.
Mme Harel: Le ministre ne craint-il pas que la loi, finalement,
l'application qu'il en fera ne décourage les médecins de
procéder à des avortements par crainte de poursuites au criminel
et que la tentation soit forte de réduire les services qui
étaient maintenant offerts puisque des médecins pourront avoir
peur d'être dénoncés, d'être poursuivis ou
d'être l'objet de subterfuges de n'importe quel Jean-Guy en mal de
vengeance?
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: M. le Président, la seule contrainte
du médecin, c'est d'appliquer dans son diagnostic les normes qui sont
généralement admises. Et on sait que ces normes sont
établies par la profession médicale. Alors, comme Procureur
général, qu'est-ce que j'aurai à faire? C'est
d'évaluer, en fonction des éléments de preuve qu'on peut
nous apporter, si ces normes ont été suivies et je peux vous dire
que c'est un droit tout à fait nouveau, une loi nouvelle. Je ne peux pas
vous dire, comme Procureur général, si je suis d'accord avec
cette loi ou pas, parce que, comme j'aurai à prendre la décision
si on doit poursuivre ou pas, je ne peux pas me prononcer sur le
bien-fondé de la loi, mais je peux vous dire qu'au fur et à
mesure que les circonstances évolueront nous verrons comment cette loi
s'appliquera, on la suivra attentivement et j'exercerai en mon âme et
conscience ma discrétion de poursuivre ou pas, selon les
circonstances.
Le Président (M. Dauphin): Merci.
Mme Harel: Vous nous dites en fait: La balle est dans le camp des
médecins, mais l'Association médicale canadienne elle-même
avait fait valoir que cette loi est une invitation au mensonge et à la
supercherie et qu'en tout état de cause l'Association considère
que l'exercice de la médecine sera beaucoup plus défensif et
s'attend que de plus en plus de médecins exigent des consultations
psychiatriques avant d'accepter de pratiquer un avortement. Alors, vous
considérez que vous aurez à faire de la jurisprudence avec la
nouvelle loi. C'est comme ça qu'il faut comprendre votre point de
vue.
M. Rémillard: Mon point de vue, c'est que chacun a un
rôle à jouer. Le médecin a un rôle clé
à jouer, respectant son éthique, respectant
tes normes qui s'appliquent dans de telles circonstances et, moi, comme
Procureur général, j'ai mon rôle à jouer avec mes
procureurs, ici, du ministère de la Justice. On évaluera les
éléments qui se présenteront à nous de façon
à pouvoir déterminer où peut se situer le droit, mais nous
sommes devant une situation qui est nouvelle et c'est ce que j'aimerais que Mme
la députée comprenne très bien. La situation que nous
avons avec cette nouvelle loi fédérale est une situation qui est
nouvelle. Il faut donc qu'on voie comment elle pourra s'appliquer chez les
médecins et comment elle évoluera dans les prochains mois, Tes
prochaines années et les éléments qui pourront venir
à notre connaissance, dans certains cas, pour que je puisse
apprécier en mon âme et conscience, comme Procureur
général, si je dois poursuivre ou pas.
Mme Harel: À partir, évidemment, de ce que vous
considérez comme étant de la responsabilité des
médecins. Mais les médecins eux-mêmes font valoir que cette
nouvelle loi contient des notions absolument mal définies en
matière de santé physique, de santé mentale, de
santé psychologique, et aussi des notions qui ajoutent à la
confusion. Et, à partir de là, vous savez sans doute que
l'Association médicale souhaitait qu'aucune poursuite pénale ne
puisse être intentée sans l'obtention du consentement du Procureur
général provincial. Avez-vous fait des représentations?
Est-ce que vous avez attendu, là, que la conclusion vienne
d'elle-même à Ottawa, ou si vous avez fait des
représentations sur cette question?
M. Rémillard: Dans la mesure où le gouvernement
fédéral a décidé de criminaliser l'avorte-ment, il
se référait au Code criminel, donc, à sa compétence
exclusive. Par conséquent, notre possibilité d'action est fort
limitée. La seule chose que l'on peut faire, c'est d'appliquer la loi en
se référant à des normes médicales qui seront
établies ici par les médecins, par la Corporation
médicale, en fonction de leur éthique, de leur compétence,
et c'est dans ce contexte-là que j'aurai à prendre mes
décisions comme Procureur général.
Mme Harel: Oui. Alors, M. le Président, je souhaitais
également interroger le ministre cette semaine sur le dossier de Mark
Levy. Le député de Westmount, je pense, l'a fait auprès du
ministre de l'Environnement, mais compte tenu qu'il n'y a aucune poursuite
intentée contre Mark Levy, je veux savoir du ministre de la Justice s'il
a pris connaissance du dossier et quel est son point de vue sur cette
question.
M. Rémillard: Oui, bien sûr. M. le Président,
que j'ai pris connaissance du dossier J'ai fait le point avec mes
sous-ministres sur cette question cette semaine, avant que le ministre de la
Justice annonce sa décision de ne pas poursuivre M. Levy. Dans ce cas
comme dans tous les autres, il s'agit pour le ministère de la Justice
d'évaluer les éléments de preuve qui nous sont
apportés par l'enquête policière, de les évaluer
à leur juste mesure, dans la perspective d'une régie qui est
fondamentale dans notre droit: nous sommes tous innocents, et l'État, si
on veut nous poursuivre, doit démontrer hors de tout doute raisonnable
que nous sommes coupables. Donc, on ne poursuit pas pour le plaisir de
poursuivre, on poursuit si nous avons en main des éléments de
preuve qui nous amènent à croire que quelqu'un a commis un crime
hors de tout doute raisonnable:
Après plus d'un an, près d'un an et demi de travail
minutieux de la part de nos procureurs et des enquêteurs, qui ont
travaillé en étroite collaboration parce que, dans certains cas,
les procureurs ont demandé aux enquêteurs de compléter sur
certains points des éléments de recherche qu'ils voulaient avoir
plus complets, pour voir tous les aspects que nous avions dans ces dossiers,
et, après avoir étudié minutieusement, donc, tous ces
éléments de preuve recueillis par les enquêteurs,
après un travail de collaboration étroite entre les procureurs du
ministère de la Justice et les enquêteurs pour tenter de
compléter tous les éléments de preuve qui pouvaient se
présenter, la conclusion qui s'est imposée, c'est qu'il
était impossible de démontrer hors de tout doute raisonnable que
M. Levy avait commis un acte criminel. Ça ne veut pas dire qu'il n'est
pas poursuivi sur le plan pénal, c'est-à-dire en fonction
d'infractions à des lois qui n'ont pas été
respectées. Et on sait que le ministère de l'Environnement, qui a
la capacité de poursuivre, poursuit lui-même. Mais je n'ai pas
à élaborer sur ces dispositions, parce que vous savez, M. le
Président, que nous avons à respecter la règle du sub
judice. Cependant, je me restreindrai à dire que, suite à une
analyse minutieuse du dossier, la conclusion est que nous n'avons pas de preuve
pouvant nous amener à croire que M. Levy a commis quelque acte criminel
que ce soit.
Le Président (M. Dauphin): Merci, M. le ministre.
Ça va sur ce point. Avez-vous d'autres questions sur le programme 9?
Mme Harel: M. le Président, je préférerais
peut-être reprendre à partir d'un certain nombre d'autres
dossiers, à partir du programme 1.
Le Président (M. Dauphin): D'accord. Sur le programme 9,
est-ce qu'il y a d'autres collègue6 qui auraient des questions à
poser? Pas sur le programme 9? Alors, ça va.
Mme Harel: Le programme 1, M. le Prési-
dent.
Formulation de jugements et soutien administratif
à l'activité judiciaire
Le Président (M. Dauphin): J'appelle le programme 1,
Formulation de jugements. Je crois que, M. le député de Nelligan,
vous aurez une question à poser tantôt sur le programme 1.
M. Williams: Ou deux, je ne le sais pas.
Le Président (M. Dauphin): Au niveau de la
magistrature.
M. Williams: J'ai pensé plus à deux ou trois,
mais...
Le Président (M. Dauphin): En tous les cas. Mme Harel:
Allez-y.
Le Président (M. Dauphin): Voulez-vous y aller tout de
suite? Mme la députée, ça va?
Mme Harel: Non, non, ça va.
Le Président (M. Dauphin): M. le député de
Nelligan.
M. Williams: Je ne sais pas si...
Le Président (M. Dauphin): Mais on verra.
Si ce n'est pas le bon programme, ce n'est pas grave. Je suis au courant
un peu de votre question. Allez-y.
Soutien à la magistrature
M. Williams: M. le ministre, sur les questions de notre politique
de la Direction générale des services judiciaires, je pense,
Soutien à la magistrature, programme 2. Nous avons créé
une direction générale pour avoir un accès plus
près de la population, pour diriger notre système judiciaire plus
près de la population. À Montréal, nous avons plusieurs
chambres de notre Cour de Québec. Je voudrais connaître notre
politique sur ces chambres et, en particulier, j'en ai une sur l'ouest de
Montréal. J'aimerais savoir si nous sommes en train de centraliser les
services ou si nous décentralisons nos chambres, les tribunaux, pour
être plus près du peuple et mieux répondre aux questions.
Je parle particulièrement du tribunal à Pointe-Claire, mais ma
question est un peu plus large: la politique de la direction
générale de nos services. Je ne sais pas si c'est la meilleure
place pour poser cette question, mais c'est un peu la direction par où
je voudrais commencer.
M.. Rémillard: M. le Président, je remercie le
député de Nelligan pour sa question qui, je dois le dire en
passant, n'est pas une question plantée. C'est évidemment un
sujet que j'ai mentionné dans mes notes d'introduction. Dans certains
endroits, nous avons des difficultés administratives et de locaux en ce
qui regarde les Chambres de la jeunesse et, pour nous, c'est une
priorité de trouver des solutions à ces problèmes
administratifs que nous avons. Mais, quand on regarde la situation d'une
façon générale, je dois quand même bien comprendre
qu'il y a pour nous l'importance d'avoir des locaux qui soient adéquats,
suffisants et qui assurent à nos tribunaux et à nos jeunes la
sécurité et l'accessibilité. Lorsque je parle
d'accessibilité, il faut aussi que je me réfère, par
exemple, aux moyens de communication qu'on peut avoir pour se rendre à
ces tribunaux. Si je parle de Montréal, comme se réfère
par exemple le député de Nelligan, est-ce que le métro se
rend à ces endroits? Est-ce que le système de transport en commun
est adéquat? Parce que des gens qui utilisent les transports en commun
doivent pouvoir se rendre à ces endroits sans inconvénient. J'ai
un ensemble de facteurs administratifs, de conditions matérielles que je
dois apprécier. Il ne s'agit pas simplement qu'il y ait des locaux qui
soient des locaux très convenables, des locaux accueillants, qui offrent
des qualités matérielles très intéressantes mais,
en plus, je dois me référer aussi à toutes ces conditions
matérielles qui font en sorte que ces locaux seront accessibles aux gens
qui ont à faire face à la justice et aussi à ceux qui ont
à participer au processus judiciaire. (11 h 45)
Alors, j'ai eu des consultations avec les juges en chef, en particulier,
le juge en chef Jasmin, le juge en chef associé à la Cour de la
jeunesse, à la Chambre de la jeunesse. Et, dans ce cas-là, il
faut que j'évalue tous les éléments qui nous permettent
d'en arriver à des conclusions les plus équitables possible.
Le Président (M. Dauphin): Oui, M. le député
de Nelligan.
M. Williams: Merci, M. le Président. Merci, M. le
ministre, pour la réponse. Mais je pense que le problème,
ça arrive quand nous avons les salles, les chambres à temps
partiel, parce que-Oui, vous avez raison de mentionner qu'il y a plusieurs
critères pour une sélection dans un bassin de population et tout
ça. Et nous avons maintenant, dans l'ouest de l'île, une salle qui
est ouverte environ deux jours par semaine. Et je pense que c'est le
problème, parce que si nous voulons garder ouvertes les salles comme
celles de l'ouest de l'île, c'est prendre peut-être une masse
critique un peu plus large que le pourcentage de jour. Mais je pense que c'est
vraiment un système plus efficace de rendre nos services accessibles
à la population avec exactement le but que vous avez soulevé.
Si nous avons un tribunal à plein temps, je pense que la
réponse va être plus facile. Et quand nous allons avoir les
chambres à temps partiel - j'espère que nous pourrons garder les
tribunaux comme ça - je pense que ça va prendre une masse
critique un peu plus élevée pour répondre aux besoins
spécifiques de quelques territoires. Et je sais que le territoire chez
nous est spécifique, mais il n'est pas plus important que les autres.
Mais chaque territoire a des besoins particuliers.
Je n'ai pas à donner toutes nos choses spéciales, parce
que je pense que les autres députés sont capables de faire de
même, mais j'espère que nous allons privilégier cette
approche pour l'avenir. J'ai peur qu'avec toutes les coupures que nous
effectuons pour rendre les budgets efficaces... Enfin, j'espère que nous
allons aussi garder les services efficaces et accessibles.
M. Rémillard: M. le Président.
Le Président (M. Dauphin): Oui, M. le ministre.
M. Rémillard: Je dois dire que je comprends très
bien l'intervention du député de Nelligan. il m'en a parlé
à plusieurs reprises. D'autres députés m'en ont aussi
parlé. J'ai fait valoir des arguments d'ordre administratif qui nous
amènent actuellement à composer avec une situation qu'on
considère comme difficile, à certains égards, et qu'on
essaie d'améliorer. Et évidemment que la Chambre de la jeunesse,
elle siège présentement et elle continuera de siéger,
entre autres, à Pointe-Claire, et la Cour des petites créances
aussi.
Maintenant, est-ce qu'on peut faire évoluer ça? Dans un
avenir pas tellement lointain, lorsqu'on réglera le problème de
nos autres cours, de nos autres Chambres de la jeunesse qui ont des
difficultés administratives, je pense qu'il sera possible d'aborder ce
sujet-là dans un autre contexte. Mais je dois dire que je suis
particulièrement sensible aux interventions que fait le
député de Nelligan. Ce qu'il m'a dit, à plu sieurs
reprises... Il est venu me voir à mon bureau à plusieurs
reprises. Mais je dois lui dire que, pour le moment, nous devons
procéder dans un contexte administratif global pour qu'on puisse
garantir le meilleur accès possible, en tenant compte des
différents éléments et pas simplement de la qualité
des locaux; comme tels, mais de leur accessibilité, du genre de
clientèle qui doit se rendre là. Et c'est ça, pour moi,
qui est un argument important.
Et quand j'ai eu à en discuter avec le juge en chef, le juge
Jasmin, qui fait un travail remarquable pour les jeunes et dans des situa tions
pas toujours faciles... Et on travaille en étroite collaboration avec M.
le sous-minislro Chamberland pour lui donner tous les moyens administratifs
nécessaires pour faire son travail. Avec raison, M. le juge a
insisté à ce niveau-là sur les moyens
d'accessibilité en ce qui concerne ces édifices, ces bureaux.
Alors, je prends bonne note, comme je l'ai fait à plusieurs reprises,
des remarques du député de Nelligan. D'autres
députés m'ont fait valoir ce point de vue aussi, très
valable, et je peux leur dire qu'on regarde cette situation de très
près.
M. Williams: Merci beaucoup, M. le ministre, pour votre
réponse. Moi aussi, je voudrais souligner l'excellent travail de notre
juge, chez nous, et tout le personnel avec lui. J'espère que nous allons
garder ce personnel très proche de nous. Merci beaucoup.
Le Président (M. Dauphin): Merci. M le
député de Nelligan. Mme la députée de
Hochela-ga-Maisonneuve, sur le programme 1.
M. Rémillard: Si vous me permettez, M. le
Président.
Le Président (M. Dauphin): Oui.
M. Rémillard: Simplement pour terminer en disant au
député de Nelligan que ça, oui, vous pouvez être
assuré que vous allez le garder. Ça, il n'y a pas de
problème à ce niveau-là.
M. Williams: Merci
Mme Harel: Alors, toujours sur le même sujet, M. le
Président.
Le Président (M. Dauphin): Oui, Mme la
députée.
Mme Harel: II était donc question du point de service
à Pointe-Claire, qui est ouvert deux jours-semaine mais où il y a
peu de volume, je pense, comparativement à celui de Bellechasse. Quel
est, en pourcentage, le volume à Pointe-Claire pour ces deux
jours-semaine, par rapport à l'encombrement, à l'engorgement de
Bellechasse?
M. Rémillard: M. le Président, étant
donné l'importance de cette question soulevée par Mme la
députée de Hochelaga-Maisonneuve et qui touche aussi toute la
question des Chambres de la jeunesse, est-ce que vous me permettriez de
demander au sous-ministre associé, M. Henderson, de compléter nos
éléments de réponse?
Le Président (M. Dauphin): Avec plaisir.
M. Rémillard: M. Freddy Henderson, qui est sous-ministre
associé.
Le Président (M. Dauphin): Alors. M le sous ministre.
M. Henderson (Freddy): Pour l'information de la commission, c'est
qu'actuellement le palais de justice de Pointe-Claire entend les causes au
niveau du Tribunal de la jeunesse et au niveau de la Cour des petites
créances. Il y a une vacation qui va de deux jours à deux jours
et demi par semaine, et ça répond, en fait, aux dossiers qui sont
déposés là.
Maintenant, quant à l'ensemble de l'île de Montréal,
si on aborde le dossier du Tribunal de la jeunesse dans son ensemble,
là-dessus, c'est que l'île de Montréal est divisée
au niveau des villes par rapport au système du Tribunal de la jeunesse.
Actuellement, par cette division, tous les dossiers qui touchent le West
Island, en fait, sont donnés au palais de justice de Pointe-Claire, ce
qui fait, à ce moment-là, actuellement... Et si vous le
désirez, je vais déposer cet après-midi les statistiques
concernant le volume des dossiers qui sont traités à
Pointe-Claire. Ça va?
Mme Harel: Oui, merci.
Le Président (M. Dauphin): Oui, Mme la
députée.
Mme Harel: Certainement, M. le Président. D'ailleurs, je
veux tout de suite en profiter pour remercier le ministre d'avoir
autorisé ma visite à la Chambre de la jeunesse à
Montréal - je n'ai pas pu me rendre à Pointe-Claire, mais je
souhaiterais éventuellement pouvoir le faire - et, également, la
tournée que j'ai pu faire de quelques services. Malheureusement, je n'ai
pas pu tous les faire au palais de justice de Montréal. J'ai donc
compris dans le discours que vous avez fait, M. le ministre, que vous entendez,
notamment, aménager de nouvelles salles d'entrevue, 5 à 10
nouvelles salles d'entrevue, dites-vous, à la Chambre de
Montréal. Quand est-ce que ces travaux devront avoir lieu? Parce que
pour m'y être rendue, je dois vous dire qu'il y a là comme un
caractère d'urgence. J'ai vraiment vu comment il y avait, finalement,
des entrevues qui se passaient dans les corridors, etc. Alors, est-ce que ces
aménagements devraient se faire incessamment?
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: D'abord, je dois vous dire qu'il s'agit de
10 salles.
Mme Harel: 10.
M. Rémillard: Alors, c'est vraiment 10. On m'informe qu'on
a des ajustements à apporter avec le MAS, le ministère des
Approvisionnements et Services, mais que cet automne, ce sera
opérationnel.
Mme Harel: Ça a été pour moi une visite
extrêmement enrichissante. Vous savez sûrement que j'ai la
responsabilité du dossier de la rnain-d'oeuvre, de la
sécurité du revenu et de la formation professionnelle et que j'ai
évidemment encore beaucoup à apprendre dans le fonctionnement,
notamment, de la Chambre de la jeunesse. Je comprends qu'il y a une surchauffe,
présentement, entre autres à cause du phénomène des
gangs. On me faisait valoir qu'il y a certainement un problème
d'intégration de certaines communautés immigrantes, en
particulier dans des communautés de minorité visible. On me
disait que presque 30 % des dossiers au rôle étaient, finalement,
des cas de jeunes en difficulté d'intégration appartenant
à la communauté noire de Montréal. Est-ce qu'il y a une
réflexion, un projet qui se dessine avec, peut-être, la Protection
de la jeunesse et, éventuellement, des ressources autres à
l'extérieur du milieu de la justice pour identifier les problèmes
et les solutions qui doivent intervenir dans l'aggravation de cette
situation?
Le Président (M. Houde): M. le ministre, vous avez la
parole.
M. Rémillard: M. le Président, le problème
que soulève Mme la députée est, je dirais, un
problème général de notre société à
nous, comme de bien d'autres sociétés, dans le sens que nos
jeunes sont souvent désabusés, parce qu'il faut avouer qu'ils ne
l'ont pas facile. Ce sont des jeunes qui peuvent venir de différents
milieux. Souvent, on dit que ce sont des jeunes qui viennent de milieux
défavorisés, mais souvent, aussi, on peut voir des jeunes qui
viennent de milieux matériellement favorisés mais qui, pour
diverses raisons, se retrouvent, finalement, délinquants, violents. Nous
avons de ces cas de violence dans la région de Montréal comme
aussi dans d'autres villes, mais plus particulièrement dans nos grandes
villes. Quand j'étais ministre de la Sécurité publique,
nous avons fait face, au printemps 1989, à une série d'actes de
violence dans le métro, par exemple, dans le transport en commun, dans
les autobus, et on a pris les moyens pour mettre fin en grande partie, du
moins, à ces actes de violence. Mais ça ne règle pas le
problème de nos jeunes qui, souvent, sont complètement
démunis devant les problèmes qu'ils ont, problèmes face
à leur famille, problèmes face aussi à leur avenir dans
leur secteur d'activité. Co n'est pas facile.
M. le Président, à la question de Mme la
députée, je dirais qu'à ce niveau-là nous avons la
Commission de protection des droits de la jeunesse. M. Vaughan Dowie, qui est
avec nous aujourd'hui, pourrait peut-être nous en parler plus longuement
tout à l'heure. Nous devons travailler en étroite collaboration,
surtout en ce dixième anniversaire de la Loi sur la protection de la
jeunesse. Dix ans après, mon collègue, le ministre de la
Santé et des Services sociaux, et
moi avons convenu, il y a quelques semaines, de former un groupe de
travail conjoint du ministère de la Justice et du ministère de la
Santé et des Services sociaux pour établir, justement, des
paramètres de collaboration pour ajuster cette loi à notre
réalité après dix ans d'application. Il y a deux
organismes, comme on sait: il y a le Directeur de la protection de la jeunesse,
mais il y a aussi la Commission de protection des droits de la jeunesse. Cette
Commission dépend du ministère de la Justice, alors que le
Directeur dépend du ministère de la Santé et des Services
sociaux. Il y a souvent des problèmes administratifs qui nous causent
des embêtements pour être le plus efficace possible. Il ne faut pas
s'en cacher, ça pourrait aller beaucoup mieux. Tout à l'heure,
peut-être qu'on pourra aller plus en détail sur ces
sujets-là et faire le point. (12 heures)
Je pense qu'on peut faire beaucoup mieux que ce qu'on fait, en ce qui
regarde nos jeunes et l'administration de la justice à nos jeunes. Et ce
n'est pas parce que nos gens qui sont en place ne font pas leur travail, mais
je pense que nos structures administratives et législatives doivent
être revues et corrigées. Alors, le groupe de travail va faire sa
première rencontre très prochainement et va nous permettre
d'établir des paramètres pour actualiser, si vous voulez, la Loi
sur la protection de la jeunesse, dix ans après sa promulgation.
Le Président (M. Houde): Mme la députée,
vous avez la parole.
Mme Harel: Merci, M. le Président. J'ai eu l'occasion, au
moment de la visite de la Chambre de la jeunesse, évidemment, de
constater aussi le dévouement des personnes qui y travaillent. Et j'ai
pu constater que le centre l'Escale, qui sert de centre de transition, est
encombré. On y retrouve des jeunes filles et garçons d'entre 12
et 18 ans, quand on sait pourtant qu'il y a assez clairement une distinction
à faire chez les adolescents de 12 à 15 ans et les autres, qui
sont presque à l'âge adulte et qui ont parfois des comportements
d'adulte, aussi. Et puis, finalement, dans la même salle, on retrouve
à la fois ceux d'entre eux qui y sont pour avoir enfreint la Loi sur les
jeunes contrevenants et les autres qui sont, disons, en besoin de protection.
Et que tous ces jeunes se retrouvent, finalement, dans les mêmes lieux,
surtout les filles.. Parce que ce pourcentage-là m'a quand même
surprise: il n'y a que 5 %, finalement, de toutes les jeunes filles qui s'y
trouvent qui y sont en vertu de la Loi sur les jeunes contrevenants, parce que
95 % sont là en besoin de protection. Évidemment, je sais qu'il y
a une partie des responsabilités qui incombent au ministère de la
Santé et des Services sociaux. J'ai personnellement vu, là, des
jeunes filles de 13 ou 14 ans qui, depuis plus de trois semaines, venaient
chaque jour dans le sous-sol, à côté des garages, dans une
salle qui était fermée à clé, regarder la
télévision toute la journée, et qui allaient, au fil des
lits disponibles, être hébergées dans un centre d'accueil
ou l'autre, différent chaque soir. Bon, c'est sûr que tout
ça a un côté totalement inacceptable, et je me demande si
tout cela a été porté à votre attention. Qu'est-ce
que vous entendez faire, notamment en termes d'aménagement des locaux,
pour distinguer les préadolescents des plus vieux, qui sont quand
même presque à l'âge adulte.
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: Oui, M. le Président, il y a
des aspects de la question de Mme la députée qui ne
relèvent malheureusement pas de la juridiction du ministère de la
Justice, parce que ça se réfère à des locaux qui
sont sous l'administration du ministère de la Santé. Mais il y a
une situation qui est très difficile. Je crois qu'il serait
intéressant si on pouvait demander à M. Vaughan Dowie, qui est le
président de la Commission de protection des droits de la jeunesse, de
venir donner un complément d'information. Je crois qu'il y a une
étude qui est amorcée par son organisme, et il serait
particulièrement intéressant, je pense, qu'on entende des
explications à ce niveau-là, si vous le permettez, M. le
Président.
Le Président (M. Dauphin): Alors, M. Dowie,
président de la commission des droits de protection...
M. Dowie (Vaughan): Commission de protection des droits de la
jeunesse.
Le Président (M. Dauphin): Commission de protection des
droits de la jeunesse, c'est exact.
M. Dowie: Si je peux répondre d'abord à la
première question qui a été posée par la
députée, sur la question de la représentation des
minorités culturelles dans le système de protection de la
jeunesse. C'est juste pour vous dire que la Commission vient d'amorcer une
recherche sur cette question-là, avec la collaboration de l'Association
des centres d'accueil du Québec et le ministère de la
Santé et des Services sociaux, le bureau du sous-ministre responsable
pour les minorités culturelles, pour voir, d'abord, le nombre de jeunes
qui se trouvent effectivement dans le système de protection de la
jeunesse actuellement et qui viennent de différents milieux
ethnoculturels. Il y a beaucoup de personnes, par exemple, qui ont dit que les
membres des communautés visibles sont surreprésentés dans
les centres d'accueil, par exemple, à travers le Québec, Incluant
des enfants qui viennent des communautés amérindiennes. Comme
ça, le premier but de la recherche est de faire un recensement sur le
nombre d'enfants qui s'y
trouvent, qui font partie de ces différents groupes et, avec
cette information, de regarder comment ça se fait qu'ils se trouvent
là pour voir s'il y a des facteurs de discrimination systémique
qui peuvent être en jeu là-dessus. C'est une recherche qui a
été commencée il y a à peine trois semaines. Nous
attendons d'avoir le résultat du premier volet, qui est
l'échantillon, pour septembre.
Sur la deuxième question qui a été posée par
la députée sur la situation à l'Escale, effectivement, la
situation est pire cette année que ça n'a jamais
été. Il y a doux éléments au problème. Le
promier élément qui a été soulevé par la
députée, c'est la mixité en termes de protection des
jeunes contrevenants et mixité en termes d'âge. Je dois souligner
à la députée que . la situation est plus aiguë cette
année, en partie à cause de l'incendie triste qui est
arrivé à Shawbridge, dont l'unité pour les filles
anglophones n'existe pas. Ça veut dire que beaucoup de filles
anglophones qui ont dû se trouver dans le milieu du centre d'accueil
Shawbridge auparavant, étant donné qu'il n'y a pas de place pour
elles en attendant un réaménagement des locaux ailleurs,
ça a eu un effet sur l'encombrement des ressources de l'Escale.
Or, je dois vous dire, bien que ce ne soit pas de la juridiction de ce
ministère, que je sais que le ministère de la Santé et des
Services sociaux est en train de réaménager ces centres d'accueil
en fonction de deux règles de mixité. La première
règle de mixité est d'éliminer, dans la mesure du
possible, les enfants qui sont des cas de protection qui se trouvent dans le
même milieu que les enfants jeunes contrevenants. Le deuxième
volet est d'essayer d'éliminer ou de minimiser la mixité des
enfants jeunes contrevenants, milieu fermé, qui se trouvent dans la
même unité que jeunes contrevenants, milieu ouvert. Je dois vous
dire que, malgré tout ça, le centre l'Escale n'a jamais
été conçu comme un hébergement de longue
durée. L'Escale a été conçu comme une place pour un
enfant, par exemple, qui a été arrêté et, donc, qui
a dû être hébergé le soir ou la fin de semaine en
attendant l'admission dans un endroit beaucoup plus stable pour son
séjour. Comme ça, c'est difficile de réaménager des
locaux qui se trouvent effectivement dans un sous-sol du tribunal de
façon que tous ces facteurs-là, j'imagine, puissent être
respectés. Il me semble que si les autres facteurs, soit la courte
durée de l'hébergement, de l'Escale sont respectés, la
question va être de moins en moins importante.
Mme Harel: II est évident que c'est beaucoup moins crucial
si ça ne dure qu'une journée, le temps de la comparution, etc.
C'est bien évident que c'est bien différent si ça dure
trois semaines ou plus. Je vous remercie beaucoup.
Le Président (M. Dauphin): Maintenant, M. le
député de Nelligan, à moins que... Voulez-vous qu'on
attende d'être rendus au programme 3, ça concerne la Commission de
protection des droits de la jeunesse.
M. Williams: Oui, ça concerne la Commission de protection
des droits de la jeunesse, mais je peux attendre au programme 3, parfait.
Mme Harel: On y reviendra, d'accord? Parce que si on veut
terminer les programmes 1 et 2 avant la suspension de nos travaux pour le
dîner...
Le Président (M. Dauphin): Si vous me le permettez, Mme la
députée, juste un petit commentaire de trente secondes pour
revenir à la question du député de Nelligan, c'est
qu'effectivement, dans le sud-ouest et dans l'ouest de Montréal, nous
n'avons pas la chance d'avoir de métro, mais je pense que ça ne
serait pas une raison non plus pour ne pas avoir de point de services...
Mme Harel: Dans l'est, non plus.
Le Président (M. Dauphin):... du gouvernement. Alors, pour
le sous-ministre Henderson, dans vos prises de décision
éventuelles, ou vous, M. le ministre, je comprends que dans l'ouest on
n'a pas de métro, mais il ne faudrait pas ne rien avoir non plus en tant
que services. Juste un petit commentaire que je voulais faire. Mme la
députée de Hochelaga-Maisonneuve.
Accessibilité à la justice
Mme Harel: Sur l'accessibilité à la justice. Quand
entendez-vous modifier les critères d'accessibilité pour les
personnes âgées? Et quand entendez-vous le faire pour l'ensemble
des autres justiciables?
M. Rémillard: En ce qui regarde l'accessibilité
à la justice, donc, l'aide que nous devons apporter aux plus
démunis pour qu'ils puissent avoir accès à la justice,
faire valoir leurs droits et répondre devant la justice de leurs
obligations, c'est un sujet qui me préoccupe grandement, M. le
Président, parce que la situation que nous avons présentement se
réfère aux années 1970 à 1974, si ma mémoire
est bonne, où on a créé notre loi d'aide juridique
permettant à celui qui n'a pas les moyens financiers de se payer les
services d'un avocat d'avoir recours, soit à un avocat qui est membre de
la commission juridique, c'est-à-dire un employé de
l'État, ou de faire affaire aussi avec un avocat de la pratique
privée qui est rémunéré par l'État.
M. le Président, on a établi des seuils
d'admissibilité à ce service, qui ont évolué
pendant un certain temps, mais qui, à un moment donné, ont
arrêté d'évoluer. Et, quand nous
regardons, actuellement, les seuils d'admissibilité, si on se
réfère, par exemple, à une personne seule,
l'admissibilité, c'est 170 $ par semaine; c'est tout à fait
inacceptable pour, je regarde ici, une personne seule avec un dépendant,
210 $ de revenu brut hebdomadaire. Pour une personne seule avec deux
dépendants, c'est 230 $. Ce sont des critères qui sont vraiment
inadéquats, qui ne sont plus conformes à notre situation dans
notre société.
En particulier, j'avais deux problèmes particulièrement
aigus, qui ont été, d'ailleurs. soulignés par le
Protecteur du citoyen en ce qui regarde les personnes âgées, qui
peuvent recevoir ce que nous appelons une aide financière pour pension
et, par suite de la majoration, de l'indexation de ces pensions, ça
signifiait qu'elles n'avaient plus droit à l'aide juridique. Même
chose pour les personnes qui, présentement, bénéficient de
prestations d'aide sociale et qui pourraient se retrouver dans une situation
semblable. Ça n'a quand même pas de bon sens, qu'on laisse ces
gens-là sans possibilité d'avoir recours à l'aide
juridique.
Nous sommes toujours devant le Conseil du trésor avec ce dossier,
M. le Président. Nous le plaidons déjà depuis au moins
deux semaines, M. le sous-ministre.
Mme Harel: Est-ce que je pourrais vous aider?
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Rémillard: Et, ce que je peux vous dire, c'est que
j'essaie de les convaincre que ça n'a pas de bon sens qu'on laisse les
choses comme ça et qu'il faut qu'on puisse, pour ces deux
catégories... Parce que, pour le reste... Je veux que ce soit vraiment
une situation intérimaire, parce que ça ne règle pas le
problème. Le problème, il est beaucoup plus profond que ça
Et, même si j'augmentais les taux, les seuils d'admissibilité de
l'aide juridique, je disais, par exemple, même si vous gagnez 500 $ par
semaine, si je prends l'exemple de 170 $, qui est actuellement le seuil
d'admissibilité pour une personne seule, si on montait ça
à 225 $, on me dit que si je voulais l'ajuster, parce que ça n'a
pas été touché depuis 1981-1982, je devrais remonter
ça à 225 $, 230 $.
Alors, c'est donc dire qu'une personne seule, qui aurait 225 $ de revenu
brut, pour avoir accès à l'aide juridique, avoir accès
à l'aide d'un avocat qui est payé par le gouvernement d'une
façon salariale ou dont les honoraires sont payés par le
gouvernement.. Mais, est-ce que ça réglerait le problème?
Est-ce que ça réglerait tout le problème de ces gens
à revenu rnême moyen, qui n'ont plus les moyens de s'offrir le
droit de revendiquer leurs droits devant les tribunaux, de se défendre
devant les tribunaux? Qui peut se payer un procès, M le
Président, maintenant? Qui peut se payer ça? Quelqu'un qui est
très riche, ou quelqu'un qui est très très pauvre, de par
les chiffres que je viens de vous donner. Et ça n'a pas de bon sens. On
ne peut pas demeurer là. (12 h 15)
C'est pour ça que j'ai créé un groupe de travail,
le groupe de M. Macdonald, parce qu'il me faut des solutions qui vont
être plus globales, susceptibles de nous apporter des solutions à
ce problème-là parce qu'actuellement, il ne faut pas se leurrer,
nous avons un beau système judiciaire, mais ce système est
inéquitable dans la mesure où il est inaccessible pour des
personnes à revenu moyen ou modeste parce que nous avons laissé
aller une situation et, maintenant, ça ne nous donne absolument rien
d'aller faire du "patchage", si vous me permettez l'expression, il faut qu'on
trouve des situations, des solutions globales à ce problème.
Ça peut être, M. le Président, quelque chose comme
l'assurance judiciaire. Ça existe maintenant dans certains pays: en
France, aux États-Unis dans certains États Ça peut
être aussi qu'on développe des moyens pour déjudlciariser,
donc, médiation, conciliation, arbitrage, qu'on développe ces
moyens-là Tout à l'heure, peut-être qu'on parlera de la
médiation dans le domaine familial dont les expériences à
Québec et à Montréal devront évoluer prochainement
un peu partout sur le territoire québécois. Lorsqu'on se
réfère au Tribunal des droits qui sera en application
prochainement, le Tribunal des droits prévoit aussi la
possibilité d'avoir recours, soit à la
médiation-conciliation par la Commission des droits, soit à
l'arbitrage avec un arbitre qui est là et qui pourra se prononcer sur la
situation de droits entre les deux parties.
Or, M. le Président, ce que je veux vous dire, c'est que
j'espère que dans un avenir très très prochain, au Conseil
du trésor, on pourra réussir à au moins avoir une mesure
qui, dans un premier temps, nous permettra de répondre à un
besoin qui est là pour nos personnes âgées, les personnes
qui bénéficient d'aide sociale, pour qu'elles aient droit
à l'aide juridique, mais ça ne règle pas le
problème, loin de là. Dès que j'aurai le rapport complet
de la commission Macdonald, nous allons procéder probablement par
commission parlementaire et nous allons trouver des solutions pour garantir une
accessibilité à la justice à tous les citoyens. On ne peut
pas continuer comme ça. C'est inacceptable, la situation actuelle.
Le Président (M. Dauphin): Merci. M. le ministre. Mme la
députée.
Mme Harel: Si je comprends bien, M. le Président, le
ministre a présentement de la misère à faire accepter par
le Conseil du trésor le relèvement du seuil
d'admissibilité pour les seules personnes âgées. Est-ce que
c'est ce qu'il
faut comprendre?
M. Rémillard: J'ai présenté pour deux
catégories de personnes. J'ai présenté pour les personnes
âgées et pour les personnes bénéficiant d'aide
sociale et dont les prestations indexées ont fait qu'elles ont
dépassé le seuil d'admissibilité. C'est une situation qui
a été dénoncée par le Protecteur du citoyen, fort
justement d'ailleurs, et nous en sommes parfaitement conscients.
Présentement, comme je vous l'ai mentionné tout à l'heure,
nous sommes devant le Conseil du trésor. J'en ai parlé à
mon collègue du Conseil du trésor qui, je pense, comprend
très bien la situation. Il faut trouver un moyen pour pallier cette
situation-là. Maintenant, il s'agit d'une mesuré qui est, je
dirais, simplement dans le temps, pour nous permettre de trouver une situation
globale au problème.
Mme Harel: En fait, il s'agit de rendre à peu près
200 000 personnes qui avaient été exclues à nouveau
admissibles en cas de pépin juridique. Mais il n'en demeure pas moins
que l'esprit de la loi qu'avait fait adopter Jérôme Choquette en
1972 consistait à rendre aussi admissibles à l'aide juridique ce
qu'on appelait à cette époque-là les "working poors",
c'est-à-dire ceux qui travaillent et qui sont malgré tout pauvres
parce que leurs revenus de travail se situent en-deçà du seuil de
pauvreté.
Je m'interrogeais sur le fait que le volume de dossiers à la
Commission des services juridiques ne m'avait pas eu l'air de diminuer. On
m'informait que, si ç'avait été le cas, finalement, les
dossiers des nouveaux arrivants, particulièrement des immigrants,
avaient pu prendre la relève, d'une certaine façon, des dossiers
en moins des gens qui avaient été exclus. Mais if faut aussi une
sorte d'équité sociale parce que je pense qu'on ne favorise pas
un climat sain dans une société quand on donne, finalement, plus
de droits à une certaine catégorie de personnes dans la
môme situation économiquement défavorisée. La
première question au ministre est la suivante: Est-ce que l'esprit de la
loi de 1972, celle qui consistait à vouloir offrir pas simplement aux
gens dans la misère, mais aussi aux personnes
défavorisées, est-ce que l'esprit de la loi lui convient
toujours? Qu'attend-il, par exemple... Parce que, dans ses crédits, il
n'y a rien de plus en matière de médiation familiale? C'est une
indexation au coût de la vie. Ça ne m'a pas l'air d'être
élargi à d'autres régions du Québec. Par exemple,
au niveau du Tribunal des droits de la personne, en tout et pour tout, je pense
qu'il y a 250 000 $, pour l'année qui vient, en termes de
fonctionnement. Je ne pense pas... Est-ce qu'il a une décision qu'il a
recommandée qui pourrait être intérimaire aussi au niveau
du relèvement du plafond de la Cour des petites créances? On a
fait faire une étude par la bibliothèque de l'Assemblée
nationale pour se rendre compte qu'on était finalement les derniers avec
Terre-Neuve. Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu - ha, ha, ha! -
évidemment, compte tenu de l'amitié que vous portez au premier
ministre de Terre-Neuve, de nous distinguer un peu? Est-ce que ce ne seraient
pas, évidemment, des mesures intérimaires qu'il serait
souhaitable de mettre en vigueur à court terme?
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: Oui. Je pense que la remarque de Mme la
députée se réfère justement à la philosophie
qui est toujours nôtre, qui est la philosophie du projet de loi de mon
prédécesseur, le ministre Jérôme Choquette. Il faut
assurer l'accessibilité à la justice et, par conséquent,
ce n'est pas simplement ceux qui sont très pauvres, mais ceux qui n'ont
tout simplement pas les moyens de se payer des frais d'avocat: Le
problème que nous avons, M. le Président.,. C'est bien
malheureux, mais nous avons malheureusement cette tendance, comme dans bien
d'autres pays, à ce que les pauvres soient toujours plus pauvres et les
riches plus riches. Et la classe moyenne des citoyens est souvent très
défavorisée, entre autres, en ce qui regarde les services
publics. On pourrait parler des services de transport parce que, tout à
l'heure, M. le Président a fait des allusions au métro. Mais je
voudrais dire aussi qu'en ce qui regarde un service public qui est essentiel,
c'est certainement dans une société de faire valoir ses droits,
de se défendre devant les tribunaux, devant la justice de sa
société, de son pays.
Par conséquent, le problème que nous avons, c'est qu'on
doit trouver des moyens pour que la justice soit accessible au citoyen moyen.
La personne qui gagne 15 000 $ par année, est-ce qu'elle peut s'offrir
un procès? Mais est-ce que celle qui gagne 20 000 $ peut s'offrir un
procès? M. le Président, je reçois des lettres de citoyens
qui sont particulièrement touchantes, qui me touchent
particulièrement. J'en donne un exemple que j'ai en mémoire.
J'oublie les noms, mais, tout simplement, c'est un jeune cuisinier, 27 ou 28
ans, qui est en instance de séparation avec sa conjointe. Lui, il gagne,
comme cuisinier, 26 000 $. Elle, elle ne travaille pas. Elle n'a pas de revenu
comme tel. Ils ont une petite fille: Et pour la garde de l'enfant, il y a eu
disputé entre les deux et procédures judiciaires. Il
m'écrit pour me raconter qu'il a dépensé à date
plus de 16 000 $, alors que son ancienne conjointe a l'aide juridique. Parfois,
ça pourrait être l'inverse. Ça pourrait être le
conjoint qui a l'aide juridique et la conjointe qui ne peut pas en
bénéficier. Ça aussi, ça fait une situation
profondément injuste. Comment voulez-vous, à ce moment-là,
que cette personne puisse faire valoir ses droits face à son enfant, si
elle n'a pas les moyens de se défendre? Lui, il est en train de
se miner radicalement. Ah! c'est un problème qui est très
sérieux!
Alors, c'est pour ça que la commission Macdonald, qui a tenu
beaucoup de réunions et rencontré beaucoup de gens, tente de
trouver des solutions. Bien sûr qu'on va penser comme solution, on va
dire: Mais la Cour des petites créances qui est à 1000 $, on peut
monter ça à 3000 $, peut-être 5000 $. C'est des
possibilités. Évidemment, c'est des possibilités, mais
j'ai d'autres questions aussi concernant la Cour des petites créances.
Est-ce que des avocats pourraient être présents, comme c'est le
cas dans, certaines provinces? Pour ma part, j'ai énormément de
réticences; ce n'est pas ça le but des petites créances.
D'autre part, est-ce qu'on devrait permettre que les corporations aient
accès aux petites créances? Et, là aussi, c'est. une
question extrêmement importante.
Alors; M. le Président, c'est pour ça que j'ai
créé un groupe de travail, et le résultat de ce groupe de
travail, j'aimerais pouvoir l'étudier en commission parlementaire pour
qu'on puisse l'étudier ensemble, même si on veut faire
témoigner d'autres personnes, mais qu'on trouve des solutions qui vont
nous permettre d'assurer non seulement aux très pauvres de notre
société, mais à ceux aussi qui sont de classe moyenne et
qui se voient privés d'un droit qui est fondamental dans une
société démocratique, d'avoir accès à nos
tribunaux soit pour faire valoir leurs droits, soit pour répondre de
leurs obligations dans notre société.
Le Président (M. Dauphin): Sur le même sujet, Mme la
députée de Terrebonne; ensuite de ça, M. le
député de Chapleau, sur le même sujet.
Mme Caron: Non, ce n'est pas sur le même sujet.
M. Kehoe: Moi, c'est le même.
Le Président (M. Dauphin): Ah! Ce n'est pas sur le
même sujet, excusez-moi. Alors, M. le député de Chapleau
et, ensuite de ça, je reviendrai à vous.
M. Kehoe: M. le ministre, l'exemple que vous nous avez servi
tantôt concernant le cuisinier qui a dépensé 16 000 $, je
pense que ça se répète souvent dans les régions
frontalières comme chez nous, dans l'Outaouais, où il arrive
souvent, dans des cas de divorce ou de séparation, qu'une des deux
parties reste en Ontario et l'autre au Québec, et où les
critères pour l'admissibilité à l'aide juridique sont de
beaucoup différents. Je pense que vous avez déjà eu de la
correspondance avec le bureau de l'aide juridique, justement, de Hull qui est
souvent saisi de ce problème-là, vous demandant s'il y a quelque
chose, si vous avez une solution possible ou si vous avez étudié
le problème. C'est un problème particulier pour voir s'il y a une
solution possible à apporter. Personnellement, je suis au courant de
beaucoup de situations similaires à la vôtre où la personne
en Ontario, gagnant à peu près le même salaire que la
personne au Québec, mettons après la séparation, en
Ontario, la personne peut être éligible pour l'aide juridique et
au Québec elle n'est pas eligible. Quand c'est contesté, ce n'est
certainement pas à armes égales qu'ils vont devant le tribunal,
mais je demande spécifiquement la question pour des régions
frontalières comme la région de Hull-Gatineau. Est-ce que vous
avez des possibilités de solution à ce
problème-là?
M. Rémillard: Oui, M. le Président. Le
député de Chapleau fait référence à un
problème qui est très important. On m'a souligné des cas
vraiment d'injustice incroyable, d'iniquité par rapport à ces
situations qui mettraient en cause des gens qui viennent de l'Ontario, du
Québec ou d'une autre province, remarquez, mais surtout en ce qui
regarde nos régions du Québec qui sont proches des régions
ontariennes et qui causent des problèmes évidents. C'est un des
sujets qui sont étudiés par la commission Macdonald et j'entends
bien pouvoir avoir des éléments qui vont nous permettre
d'apporter des correctifs à cette situation-là. Mais le
député de Chapleau a parfaitement raison de dénoncer cette
situation-là; on m'a rapporté des cas tout à fait
inacceptables. Il faut trouver une solution à ça.
M. Kehoe: Mais une solution, est-ce que c'est de changer les
critères pour ces régions-là? Y a-t-il une exception qui
pourrait être faite pour des régions frontalières? Je pense
que la région la plus touchée par ça, c'est justement la
région de l'Outaouais. Il y en a d'autres probablement dans la province
de Québec mais, où il y a une concentration importante de la
population des deux côtés, nécessairement, je pense que
c'est là que le problème est le plus important. C'est ça
que je demande. Est-ce que vous avez envisagé la possibilité de
faire des exceptions dans des circonstances comme ça?
M. Rémillard: Je ne voudrais pas aborder un
élément de solution possible sans avoir tout d'abord le rapport
de la commission Macdonald puisque c'est un des sujets que la commission
Macdonald va aborder. Alors j'aime mieux, si le député me permet,
attendre le rapport de la commission et, à ce moment-là, comme je
vous l'ai mentionné tout à l'heure, j'aimerais avoir une
commission parlementaire qui pourra étudier tous ces sujets-là et
apporter nos solutions.
Le Président (M. Dauphin): Merci. M. le ministre. Sur le
même sujet, M. le député de Berthier. (12 h 30)
M. Houde: Merci, M. le Président. Je ne
sais pas si c'est hors d'ordre, M. le ministre. C'est au sujet des
cultivateurs dans des comtés ruraux comme le mien. C'est des personnes
qui sont sur le bien-être social, qui attaquent un cultivateur, soit pour
une question de droit de passage, soit pour une question de clôture, puis
là, elles vont faire dépenser 5000 $, 10 000 $ à des
cultivateurs puis, en bout de ligne, elles ont complètement tort, mais
elles ont fait dépenser de l'argent un peu pour mal faire. Dans un cas
qui est devant la cour actuellement - ça va passer d'ici peu, là
- le type était enregistré: ils l'ont écouté, ils
ont mis son téléphone sur écoute puis, il s'est
parjuré, le gars. Selon celui qui accuse, c'est complètement
faux, puis il le sait, à part ça, il sait que c'est quasi
réglé. Il va passer en cour au mois de juin, à la fin de
juin, au début de juillet, ça fait quoi? Ça fait deux fois
que ça arrive pour le même gars, à part ça. Le gars,
ça lui a coûté 5000 $, il y a trois ans, puis il dit:
Ça m'a coûté au moins 10 000 $, parce que j'ai pris des
avocats de l'extérieur de la région pour ne pas qu'il y ait de
problèmes, puis ça lui coûte 10 000 $ actuellement, puis il
n'a pas fini encore. Qu'est-ce qui peut arriver à une affaire de
même? Est-ce que... Le gars n'a rien. Est-ce que je suis hors sujet,
c'est peut-être plus tard, je ne le sais pas, là.
M. Rémillard: Non, M. le Président...
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: ...je ne veux pas me prononcer pour le
président, mais je pense que vous n'enfreignez pas le règlement,
ce sont des problèmes que, malheureusement, nous avons aussi. Alors,
dans ce contexte-là, M. le député de Berthier, ce que je
peux vous dire, c'est qu'il faut se référer au code
d'éthique des avocats: un avocat ne doit pas prendre une cause pour le
plaisir de prendre une cause, mais doit prendre une cause lorsqu'il s'agit de
faire valoir les droits ou de défendre les droits et obligations de son
client. Si une cause a été prise sans fondement juridique,
à ce moment-là, le Barreau est là et il y a un syndic qui
existe, une plainte peut être portée, on peut s'adresser au
Barreau, mais c'est une situation dont on entend parler - je ne sais pas si
elle est fondée ou pas - mais on entend de ces commentaires, de ces
critiques, et la seule réponse qu'on peut donner, c'est qu'il faut que
le Barreau, à ce moment-là, en soit saisi et que le Barreau fasse
enquête par un syndic. Et, quand on regarde le nombre de plaintes qui
sont portées devant nos corporations professionnelles et la façon
dont nous procédons maintenant, je crois que, de plus en plus, on va se
retrouver devant une justice au niveau de l'administration de nos codes
d'éthique de nos corporations professionnelles, une justice plus ouverte
et une justice qui pourrait être plus accessible, à ce
niveau-là aussi, de la part des citoyens.
Le Président (M. Dauphin): Merci, M. le ministre. Alors,
pour le bénéfice des membres de la commission et de vous, M. le
ministre, nous allons poursuivre nos travaux jusqu'à 12 h 45 et nous
terminerons plus tôt cet après-midi, à 16 h 15, tel que
convenu avec votre directrice de cabinet.
Alors, Mme la députée de Terrebonne, sur le programme 11,
apparemment, vous vous étiez entendus la dernière fois pour
revenir sur le programme 11, qui concerne la protection du consommateur, et
plus spécialement sur les éléments 2 et 3 concernant les
plaintes, je crois.
Protection du consommateur
Mme Caron: Merci, M. le Président.
Le Président (M. Dauphin): Mme la députée de
Terrebonne.
Commissaire aux plaintes des clients des distributeurs
d'électricité
Mme Caron: L'élément 2 du programme 11 se
réfère justement au Commissaire aux plaintes des clients des
distributeurs d'électricité.
Ce nouvel organisme a débuté ses activités en
septembre 1989. Le commissaire est chargé d'étudier les plaintes
des clients lorsque ceux-ci sont insatisfaits des démarches
effectuées auprès de leur distributeur
d'électricité. On sait que le commissaire possède un
simple pouvoir de faire des recommandations, ce qui a d'ailleurs
été dénoncé par les ACEF, lors de la
création du bureau.
J'aurais quelques questions très précises, M. le
Président. En premier lieu, combien de plaintes ont été
reçues au bureau du commissaire et combien de plaintes ont
été traitées jusqu'à maintenant?
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: M. le Président, avec votre
permission, est-ce que je peux demander à M. le commissaire Schwartz de
répondre à ces questions techniques de sorte que Mme la
députée puisse avoir les réponses les plus
complètes possible?
M. Schwartz (William O.): Alors, M. le Président,
si...
Le Président (M. Dauphin): Alors, M Schwartz.
M. Schwartz: Si on regarde les demandes d'intervention depuis
l'entrée en vigueur de la loi 135, au 1er septembre, on voit que le
total des plaintes qu'on a traitées à date monte à
700.
On constate également une augmentation constante dans le nombre
de plaintes qui nous sont soumises. En effet, si vous me permettez, en
septembre 1989, notre premier mois d'existence, on a reçu 19 demandes
d'intervention. Cinq mois après, au mois de janvier, ce chiffre montait
à 99 et, au mois de mai qui vient de se terminer, nos chiffres nous
démontrent qu'on a reçu 180 demandes d'intervention.
Mme Caron: Est-ce que vous pouvez nous donner un aperçu de
la nature de ces plaintes?
M. Schwartz: Oui. Je dirais que la grande majorité, plus
de 80 % de nos plaintes sont en rapport avec la facturation et les
problèmes qui y sont reliés.
Mme Caron: Est-ce que ça concerne
précisément les suspensions en alimentation
d'électricité?
M. Schwartz: Non. Il y en a des plaintes en rapport avec les
interruptions de service, mais la plupart de ces plaintes sont traitées
de façon très efficace par la société d'État
elle-même. Ces plaintes en rapport avec la facturation sont de l'ordre
suivant: ceux qui se plaignent que la facture est trop élevée, ce
qui est tout à fait normal; ceux qui se plaignent des factures qui
contiennent des erreurs, ce qui arrive souvent; ceux qui se plaignent que leur
facture est basée sur une consommation estimée, parce que le
releveur n'a pas pris la lecture réelle du compte; il y a
également ceux qui n'ont même pas reçu un compte pendant
des mois.
Mme Caron: Combien de plaignants ont reçu une
réponse positive suite à leur plainte à votre bureau?
M. Schwartz: Je dirais qu'on a réglé, parce que
c'est notre but de favoriser le règlement entre les parties, 99 % des
plaintes qui nous ont été soumises.
Mme Caron: Je vous remercie. Est-ce que le ministre
considère que les consommateurs sont suffisamment informés de
l'existence de ce nouveau bureau?
M. Rémillard: À ce niveau-là, M. le
Président, il est évident que, quand on fait face à un
service public de l'importance de l'électricité, on n'a jamais
assez d'information auprès du public pour l'informer de ses droits Je
dois dire que je suis le ministre qui administre la loi, tuais la
responsabilité de cette loi appartient à la ministre de
l'Énergie. Il est évident que nous pourrions développer
les moyens que nous pouvons avoir à notre disposition pour informer le
public de l'existence de ce commissaire. Son existence est toute
récente. Le commissaire va pouvoir intervenir sur la place publique,
mentionner dans quelles conditions les citoyens peuvent avoir recours à
ses services et je crois que nous pourrions certainement utiliser d'autres
moyens, mais la préoccupation de la députée est fort
légitime. Pour ma part, dans la mesure où c'est possible de le
faire, je crois qu'on devrait développer le plus de moyens possible pour
faire connaître l'existence du commissaire et faire connaître la
façon dont les citoyens peuvent avoir accès aux services de ce
commissaire. Mais je vais demander à M. le commissaire de
compléter ma réponse, parce qu'il y a aussi l'Office de la
protection du consommateur qui peut être impliqué dans cette
situation-là.
M. Schwartz: Je crois que c'est important de souligner le fait
que la loi comme telle prévoit la nécessité pour le
distributeur même d'Indiquer dans la réponse qu'il donne au client
qui s'adresse à lui, par écrit, l'existence de notre bureau. Il
faut s'adresser en premier au distributeur. Le distributeur a un certain
délai prescrit par la loi durant lequel il doit répondre
également par écrit à l'abonné. Dans sa
réponse, il doit, suivant les exigences de la loi, de la
procédure qui était prévue par la loi, indiquer à
l'abonné notre existence et le fait que s'il n'est pas content de la
réponse qu'on lui donne dans cette lettre il a toujours la
possibilité de demander l'intervention du commissaire.
Mme Caron: Dernière question sur cet
élément. Est-ce que le ministre a le pouvoir de demander au
commissaire, suite à l'examen de son rapport annuel, rapport que vous
devez présenter, d'enquêter ou d'examiner des dossiers
précis si un secteur s'avère très
problématique?
M. Schwartz: Disons que la loi prévoit très
clairement que le commissaire est obligé de déposer un rapport
une fois par année et notre premier rapport va être émis
avant le 31 décembre. La loi prévoit également que, dans
ce rapport, le commissaire peut faire n'importe quelle recommandation. Il se
prononce sur les politiques d'Hydro-Québec ainsi que sur l'application
de la procédure d'examen des plaintes que le distributeur a
été obligé d'établir et de diffuser auprès
de sa clientèle.
Mme Caron: Est-ce que vous comptez accorder une attention
particulière aux suspensions d'alimentation en
électricité, quand on sait qu'en 1988 30 188 suspensions ont
été faites à Hydro-Québec et, durant la
période hivernale seulement, c'est à-dlre de novembre à
avril, 10 622 coupures d'électricité? Est-ce que vous comptez
intervenir sur ce sujet-là?
M. Schwartz: J'aurai certainement quelque chose à dire
lors de mon rapport annuel à ce sujet. Les services
d'électricité sont des services
essentiels, à mon avis, et je déplore le fait qu'il soit
nécessaire pour cette société d'État de prendre une
mesure aussi drastique que d'interrompre les services
d'électricité, surtout durant l'hiver. Mais je
préfère attendre jusqu'au moment où on déposera
notre rapport annuel, parce que, présentement, on est réellement
dans une période de réflexion cl d'évaluation.
N'oubliez pas que, lors de l'entrée en vigueur de la loi, la
société d'État était en conflit de travail,
c'était un moment difficile pour les employeurs et les employés
et, dans ces circonstances, ça a été un peu difficile de
déterminer avec précision la nature et l'étendue
même des problèmes qui existent à la boîte.
Mme Caron: Je vous remercie. M. Schwartz: De rien.
Mme Caron: Nous allons suivre très attentivement le
dépôt de votre rapport. Comme le temps s'écoule très
vite, j'aurais peut-être deux petites questions concernant
l'élément 3, c'est-à-dire le Commissaire aux plaintes en
matière de protection du territoire agricole.
Le Président (M. Dauphin): Merci, M. Schwartz, pour votre
coopération. En deux minutes, Mme la députée de
Terrebonne.
Commissaire aux plaintes en matière de
protection du territoire agricole
Mme Caron: Ce bureau, lui aussi, en est à sa
première année d'existence. J'aimerais, en gros, poser exactement
le même type de questions, c'est-à-dire le nombre de plaintes
reçues, le nombre de plaintes traitées et s'il y a suffisamment
d'information sur l'existence de ce bureau.
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: M. le Président, j'essayais de
trouver M. le commissaire qui était ici ce matin puis qui, tout à
coup, a dû s'absenter, m'in-forme-t-on. Il vient de s'absenter, tout le
monde me confirme ça. Il ne s'est pas dissimulé quelque part. Il
s'est vraiment absenté.
Le Président (M. Dauphin): Je vous dirai qu'il est
attendu, M. le ministre.
M. Rémillard: Oui. Des voix: Ha, ha, ha!
M. Rémillard: Parce que j'aimerais qu'on puisse donner le
maximum de compléments de réponse. J'ai ici l'information qu'il y
a eu 13 demandes d'information qui ont été acheminées au
bureau du Commissaire aux plaintes en matière de protection du
territoire agricole, impliquant des réponses par écrit ainsi que
la transmission du formulaire préparé à I'intention d'un
producteur agricole qui désire formuler une plainte, et il y a eu 8
plaintes qui ont été dûment formulées. Après
examen, aucune n'a été jugée recevable. Dans les
circonstances, aucun rapport n'a fait l'objet d'une publication par le
commissaire.
Mme Caron: M. le Président, est-ce que le ministre n'a pas
l'impression que ce bureau a été créé plutôt
pour calmer les esprits devant certaines décisions de la CPTAQ l'an
dernier, puisque le résultat semble plutôt nul au niveau des
plaintes ou est-ce qu'il n'y a pas suffisamment d'information, que les citoyens
ne sont absolument pas au courant de l'existence de ce commissaire?
M. Rémillard: M. le Président, il m'apparaît,
pour répondre à cette question de la députée, qu'il
faut revoir ce rôle du commissaire et peut-être compléter
son rôle. J'ai écrit au ministre de l'Agriculture et au ministre
des Affaires municipales et je leur ai demandé de collaborer avec nous
pour que l'on puisse cerner de plus près le rôle du commissaire,
à la lumière de l'expérience que M. le commissaire, M.
Rioux, a maintenant, et de peut-être compléter le mandat du
commissaire pour qu'il y ait le plus d'efficacité possible.
Maintenant, si vous soulignez aussi la question de l'information
auprès des citoyens, là encore je vais vous répondre que,
oui, on devrait essayer d'informer le public de l'existence de ce commissaire.
Mais j'espère donc, dans un avenir prochain, pouvoir travailler avec mes
deux autres collègues pour compléter le mandat du
commissaire.
Mme Caron: Surtout, M. le ministre, si on considère que ce
bureau compte cinq personnes et un budget de 361 900 $ pour 13 demandes
d'information et 8 plaintes, je pense qu'il y a vraiment lieu de revoir ce
dossier.
M. Rémillard: C'est justement sur ce sujet-là que
j'entends faire le point avec mes collègues.
Mme Caron: Merci.
Le Président (M. Dauphin): Merci beaucoup, M. le ministre,
et nous reprendrons nos travaux à 14 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 48)
(Reprise à 14 h 16)
Le Président (M. Dauphin): La commission des institutions
reprend ses travaux sur le
mandat bien précis de voir à l'étude des
crédits budgétaires du ministère de la Justice. Nous
allons poursuivre avec Mme la députée de Hochelaga-Maisonneuve
sur les programmes 1 et 2 toujours. Alors, Mme la députée.
Formulation de jugements (suite)
Mme Harel: Alors, M. le Président, pour les
compléter, compte tenu du peu de temps qui est à notre
disposition et du grand nombre de dossiers que nous espérions aborder
cet après-midi. Quant à la présence de nouveaux juges avec
l'ajout de 6 juges, je pense que l'évaluation proprement dite
était de 9 juges qu'il manquait à Montréal. On comprend
que, des 6 nouveaux juges, 3 d'entre eux seront assignés à
Montréal et les autres à Saint-Jérôme et
Valleyfield. D'abord, une question: Est-il exact qu'il n'y a que 22 femmes
juges sur le total de 285 juges au Québec?
M. Rémillard: Combien? Mme Harel: Vingt-deux...
M. Rémillard: Je vais vérifier.
Mme Harel: ...avec la nouvelle juge nommée parmi les 6
nouvellement désignés, à la Cour du Québec,
évidemment.
M. Rémillard: On a une juge qui est juge en chef
associée, Mme la juge Huguette Saint-Louis, qui fait un travail
remarquable. Remarquez qu'elle est juge associée pas parce qu'elle est
femme, mais parce qu'elle est compétente, comme dans tous les cas. Mais,
à l'intérieur du ministère de la Justice comme à
l'intérieur de la magistrature, définitivement, il n'y a pas
assez de femmes, ça, c'est évident. À l'intérieur
du ministère, il y a un plan pour établir un plus juste
équilibre; au niveau de la magistrature, nous tentons aussi d'avoir un
équilibre plus juste. Pendant que je vous parle, on vérifie si le
nombre est exact. Alors, il faudrait avoir la liste de tous les juges pour
savoir si ce chiffre est exact, mais, si vous l'avez fait, probablement que je
me fie à votre parole.
Mme Harel: De toute façon, que ce soit 7 % ou 10 %, vous
et moi, nous nous entendons sur le fait que c'est insuffisant...
M. Rémillard: Nettement insuffisant.
Mme Harel: ...et qu'il ne s'agit pas de nommer des femmes parce
qu'elles sont femmes, mais parce qu'elles sont compétentes. Il y en a
certainement plus que les 7 % ou 10 % qui sont en poste
présentement.
M. Rémillard: Définitivement, c'est ça.
Mme Harel: Je le connais, ce plan d'action au ministère,
c'est excellent, et quel est celui que vous envisagez au niveau de la
magistrature?
M. Rémillard: Encourager les femmes à se
présenter aux concours de la magistrature, à postuler. Le
problème, c'est qu'on m'a informé qu'il n'y a pas beaucoup de
femmes qui postulent pour les postes de la magistrature et là, je ne
pourrais pas vous dire les raisons, je ne sais pas pourquoi. Mais on m'a
informé qu'il n'y avait pas beaucoup de femmes qui postulaient. On vient
de nommer, je viens de nommer...
Mme Harel: Une...
M. Rémillard: ...une nouvelle femme, Mme Matte...
Mme Harel: ...sur six, c'est ça.
M. Rémillard: ...et puis, il y a quelques mois aussi, Mme
Villeneuve, qui a été nommée à Valleyfield. Alors,
il y a des nominations, on essaie. Pour moi, c'est une priorité, c'est
une préoccupation, le principe qu'on puisse avoir les recommandations
adéquates en fonction des règles et de la réglementation
qui existent pour la nomination des magistrats.
Mme Harel: Évidemment, une...
M. Rémillard: II y en a une autre aussi, on a nommé
dernièrement, à Val-d'Or, Mme Denise
Leduc, qui vient d'être nommée. Alors, on en a nommé
quatre ou cinq dernièrement, dans les six derniers mois.
Mme Harel: Sur un total de combien?
M. Rémillard: Peut-être d'une dizaine, je pense,
huit ou dix. Je pense que notre moyenne s'améliore grandement. Il y a
encore beaucoup de chemin à faire et je ne voudrais pas devancer ici des
nominations qui peuvent être faites et qui sont faites à des gens
compétents qui, en l'occurrence, sont des femmes.
Mme Harel: II y a certainement un rattrapage à faire. On a
parfois l'impression que c'est le secteur de la société
québécoise qui a le moins bougé depuis les 30
dernières années, celui où, finalement, visiblement, il y
a encore énormément de rattrapage à faire.
M. Rémillard: Oui, dans le domaine juridique. Ça
change parce que dans la profession juridique, chez les avocats... Maintenant,
je serais curieux de savoir la proportion de femmes avocates, mais elle a
évolué énormément, je dirais, dans les dix
dernières années. Il faut au moins dix ans pour être
avocat, avocate. J'ai
l'impression que, dans les prochaines années, on va avoir
beaucoup plus de candidatures féminines. C'est sûr que la
profession d'avocate comme d'autres professions, ingénieur, par exemple,
ou médecin... La médecine aussi, depuis les dernières
années, il y a beaucoup plus de femmes qui sont dans le domaine
professionnel de la médecine. J'ai bon espoir qu'on va pouvoir en
arriver à une situation plus équitable, plus respectueuse de ces
données qui sont fondamentales, évidemment, dans notre
société; c'est pour ça qu'on est ici, mais on a un bon
bout de chemin à faire encore.
Mme Harel: M. le Président...
Le Président (M. Dauphin): Mme la
députée.
Mme Harel:... avant de compléter le programme 1,
j'aimerais demander au ministre comment il se fait que dans un contexte
d'évolution du droit et aussi de bouleversement de la
société elle-même les crédits alloués au
perfectionnement des juges n'aient pas connu d'augmentation, selon ce que je
comprends dans les crédits. C'est un budget qui se stabilise. Est-ce
qu'il n'y a pas pourtant une forte demande d'actualisation, souvent, des
problèmes juridiques ou des problèmes sociaux?
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: M. le Président, on pourrait
certainement donner encore plus d'argent pour la formation permanente de nos
juges. Déjà, il y a un budget que je qualifierais
d'intéressant, pas plus, parce qu'on pourrait en mettre plus, je suis
bien d'accord là-dessus, il faut, à un moment donné, avoir
des limites budgétaires. Le juge en chef Gobeil est le premier à
faire en sorte que l'on puisse trouver toutes les ressources qu'on peut avoir
pour que nos juges aient une formation adéquate qui suit
l'évolution du droit. J'en profite pour rendre hommage à notre
magistrature qui est toujours une magistrature dont on peut être
très fiers au Québec. Il y a des colloques, des
séminaires, il y a différents moyens qui sont utilisés par
les juges pour se tenir à date, mais le prochain défi est un
défi de taille, c'est celui du nouveau Code civil qui comprendra
près de 3000 nouveaux articles, donc une réforme
considérable de tout notre droit civil. C'est un défi pour tous
les avocats, toutes les avocates, pas simplement pour nos magistrats. Tout le
monde doit retourner à sa table de travail, excepté ceux qui ont
suivi assidûment les commissions parlementaires et quelques professeurs
de droit qui ont déjà une bonne connaissance de la réforme
du Code civil. Je pense, entre autres, au président qui préside
ces séances, qui connaît bien la réforme du Code civil, et
à plusieurs membres de cette commission qui sont là.
Par conséquent, M. le Président, le juge
Tellier, qui est le secrétaire du Conseil de la magistrature, est
ici. Je crois qu'il est ici, il rne semble que je l'ai vu.
Une voix: II était ici ce matin.
M. Rémillard: Est-ce que le juge Tellier est ici?
Une voix: Non, il n'est pas revenu cet après-midi.
M. Rémillard: Bon, définitivement, je manque de
chance dans mon recours à mon personnel au moment où je
trouverais ça intéressant d'avoir recours à mon
personnel.
Une voix: M. Rioux est là.
M. Rémillard: On m'informe que M. Rioux est de retour.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Rémillard: Alors, je veux saluer M. Rioux.
Le Président (M. Dauphin): Bienvenue.
M. Rémillard: Je vous ai cherché, M. Rioux.
Une voix: II n'est jamais trop tard!
Le Président (M. Dauphin): Est-ce qu'ils ont droit
à leurs frais de déplacement quand même, à ce
moment-là?
Des voix: Ha, ha, ha!
Mme Harel: Alors, le programme 1 est adopté, M. le
Président.
Le Président (M. Dauphin): Alors, nous allons,
évidemment, tous les adopter à la fin. J'appelle le programme
2.
Soutien administratif à l'activité
judiciaire (suite)
Mme Harel: J'aimerais aborder la question de l'engorgement de
certaines cours, notamment celle de Saint-Jérôme. Doit-on
comprendre que le plan directeur, qui est différent du plan de
redressement, le plan directeur pour l'aménagement de locaux a
été reporté aux calendes grecques ou faut-il comprendre...
Pourquoi avoir reporté des travaux qui devaient débuter à
Saint-Jérôme? Qu'en sera-t-il à Trois-Rivières?
Qu'en est-il à Dolbeau? Bon, je n'ai pas, évidemment, à
illustrer la situation plus qu'elle ne l'a été abondamment dans
les journaux. Alors, quelle sera l'intervention du ministère? Aux
crédits, on
ne voit rien venir, là.
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: Oui, M. le Président. Quand je suis
arrivé au ministère, je me suis fait un devoir de visiter les
palais de justice en région et j'en ai visité beaucoup,
même, je dois dire, la très très grande majorité. Je
suis allé dans la belle région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, comme
je suis allé dans la région de Montréal, comme je suis
allé dans la région de la Gaspésie, de l'Outaouais, des
Laurentides, et, en parlant des Laurentides, il y a Saint-Jérôme.
J'ai visité, je me suis attardé à deux reprises au
problème du palais de justice de Saint-Jérôme. Il faut
apporter d'abord des solutions ponctuelles pour répondre à la
situation actuelle qui n'a pas de bon sens et j'ai rencontré mon
collègue des Approvisionnements et Services, justement hier, qui m'a
confirmé que toutes les démarches administratives étaient
complétées pour qu'on apporte maintenant des solutions à
Saint-Jérôme, dans un premier temps, en attendant d'apporter des
solutions plus globales pour solutionner notre problème plus global que
nous avons là. Le problème de Saint-Jérôme - c'est
un palais de justice qui date de pas tellement longtemps; il a peut-être,
quoi, une dizaine d'années?
Une voix: 15 ans.
M. Rémillard: 15 ans, M. le sous-ministre. Alors, il a 15
ans, mais on n'avait pas prévu l'évolution, je pense, des choses.
En particulier, situé à côté de Mirabel, il y a
toute la criminalité qui peut survenir autour d'un aéroport
international de l'Importance de Mirabel. Or, ça arrive au palais de
justice. Je veux rendre hommage au personnel qui est là, tant du
côté de la magistrature que du côté des procureurs et
des employés de soutien qui font un travail magnifique, malgré
des situations difficiles. Alors, j'ai reçu l'assurance, hier, qu'on
trouverait des solutions ponctuelles en attendant une solution globale.
Quant au plan général que nous avons, mon ministère
est en train de mettre la dernière main à ce plan, après
avoir fait l'état de la situation de chacun; alors, les 59 palais de
justice. Combien y a-t-il de palais de justice? Il y en a 58 1/2, 59 palais de
justice partout au Québec. Et je vais demander à M. le
sous-ministre Chamberland de compléter ma réponse, M. le
Président, si vous n'avez pas objection.
Le Président (M. Dauphin): D'accord. Alors, M.
Chamberland. (14 h 30)
M. Chamberland (Jacques): Alors, pour compléter la
réponse de M. Rémillard, je veux simplement dire qu'en ce moment
il y a, en voie de réalisation, cinq projets majeurs. Comme vous le
savez, Laval. Rivière-du-Loup, Saint-Jean-sur-Richelieu sont au nombre
de ces projets. Maintenant, le ministère s'est rendu compte qu'un des
problèmes que nous avions, c'est qu'on n'avait pas le portrait global de
la situation des palais de justice et des points de services à travers
la province, de telle sorte qu'on arrivait avec des demandes ponctuelles, sans
vraiment savoir si la demande qu'on faisait était pour un palais en
particulier, et ça devait passer avant la demande qu'on aurait pu faire
pour un autre palais. Alors, ce que nous avons réalisé au cours
de la dernière année, c'est une évaluation de
l'état de nos locaux dans toute la province. Alors, dans ce
sens-là, et je pense que ce sera un bon point de départ, à
partir de maintenant, on a le portrait global de la situation. On a
analysé, en ce sens-là, 25 palais de justice; ça va
d'Arthabaska à Trois-Rivières en passant même par
Ville-Marie, Val-d'Or, etc. Maintenant, il y a quelques palais qui n'ont pas
été évalués parce qu'ils sont tellement
récents que ce serait inutile, des palais qui ont été
construits tout récemment. Il y a un troisième volet à
l'étude qu'on a faite, c'est le dossier du palais de justice de
Montréal. Étant donné son importance, il fait l'objet d'un
dossier particulier.
Alors, pour me résumer, il y a cinq projets majeurs en voie de
réalisation dont Laval, Rivière-du-Loup,
Saint-Jean-sur-Richelieu, un pian directeur qui évalue l'ensemble des
palais de justice qui ont plus de 15 ans, si on veut, et le dossier du palais
de justice de Montréal qui fait l'objet d'un dossier particulier.
Le Président (M. Dauphin): Mme la
députée.
Mme Harel: Voulez-vous me renommer les cinq projets majeurs? Vous
disiez: Laval, Rivière-du-Loup, Saint-Jean-sur-Richelieu...
M. Chamberland: Cowansville et le Tribunal de la jeunesse
à Montréal, l'édifice Bellechasse, que vous avez eu
l'occasion de visiter et auquel vous faisiez allusion tantôt.
Mme Harel: II y a eu un plan directeur qui a été
soumis au Conseil du trésor en janvier dernier.
M. Chamberland: C'était le premier volet du plan
directeur.
Mme Harel: Avez-vous eu des réponses sur ce plan directeur
d'il y a quatre mois, cinq mois maintenant?
M. Chamberland: II faudrait que je vérifie peut-être
avec les gens des ressources matérielles pour être certain de vous
donner une réponse complète. Si vous me permettez. C'est
ça. C'est que le premier volet, le premier projet directeur comportait
les cinq projets que je vous ai
mentionnés tantôt.
Mme Harel: Alors, c'est soumis depuis janvier dernier. Est-ce
qu'il y a dos réponses qui ont été apportées?
M. Chamberland: Bien oui. Par exemple, Laval est en voie de
construction, Rivière-du-Loup, Saint-Jean-sur-Richelieu. Ce sont des
dossiers qui sont en voie de réalisation, ils sont à
différentes étapes du processus gouvernemental.
Mme Harel: Et Saint-Jérôme n'en faisait pas partie,
c'est ça qu'il faut comprendre?
M. Chamberland: Saint-Jérôme ne faisait pas partie
de ce premier groupe qui avait été déposé. En fait,
ça avait été déposé le 31 août 1988,
mais depuis ce temps-là il en fait partie. Il fait partie de la
deuxième phase, l'étude que nous avons
complétée.
Mme Harel: Très bien. Ma collègue de Chicoutimi
aimerait particulièrement interroger le ministre sur la question de la
fusion des directions régionales et mon collègue d'Abitibi-Ouest
aurait souhaité le faire aussi, mais, finalement, il n'a pas pu
être parmi nous. Alors, j'imagine que tu en parleras
également.
Mme Blackburn: Oui, je vais faire les deux.
Le Président (M. Dauphin): Alors, Mme la
députée de Chicoutimi.
Mme Blackburn: Merci, M. le Président. Comme l'a bien
introduit la députée de Hochela-ga-Maisonneuve, j'aimerais savoir
où en est la réflexion du ministre quant à ce qui a couru,
que j'ai voulu interpréter comme étant une rumeur ou
peut-être une réflexion, l'idée à l'effet qu'on
abolirait différentes directions régionales des services
judiciaires, et en particulier celle de la région 02, celle de
l'Abitibi, pour les fusionner. La rumeur voulait, dans un premier temps, que
ça soit Abitibi, Saguenay, Chicoutimi et Trois-Rivières qui en
formeraient une et, ensuite, il a été question de Chicoutimi,
Québec, Abitibi et Hull. Chez nous, ça a soulevé un
tollé de protestations. Je sais qu'il y a eu quelque 85
résolutions qui ont été acheminées au ministre et,
je pense, avec raison. Je vais essayer d'en expliquer quelques-unes, la
première étant... D'abord, il en va d'une certaine autonomie des
régions, d'une volonté d'assurer des services les plus complets
possible en région et, quand on parle d'un bureau régional, on
parle de perte de services, s'il disparaissait et de perte d'emplois. Alors, la
question est très claire. J'ai déjà eu l'occasion d'en
parler avec le ministre. Je sais que le député d'Abitibi-Ouest
également, comme le disait Mme la députée de
Hochelaga-Maisonneuve, aurait souhaité être ici. Il me prie de
poser à sa place les questions concernant sa région, mais, de
façon plus générale, est-ce que ce projet à
été abandonné?
M. Rémillard: M. le Président...
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard:... c'est une question qui est très
importante parce qu'elle se réfère à un point qui, pour
moi, est fondamental lorsqu'on parle de l'administration de la justice: c'est
l'accessibilité à la justice. Et parler d'accessibilité
à la justice au Québec, c'est se référer à
un territoire qui est immense, qui est faiblement peuplé et qui
comprend, donc, un régionalisme très articulé, très
présent. Pour ma part, je suis un tenant du régionalisme,
c'est-à-dire de la décentralisation des services en ce qui
regarde, entre autres, des services publics. Je crois que le
développement social, politique, économique et culturel du
Québec passe par la régionalisation. C'est ce à quoi je
crois. À partir de là, en ce qui regarde le ministère de
la Justice, nous avons actuellement 10 régions administratives; nous
avons des gens qui administrent des régions regroupant des services
judiciaires dans despalais de justice, des bureaux
d'enregistrement, et nous sommes à avoir différents plans,
différentes possibilités de réorganisation de l'ad-.
ministration de la justice dans les régions dans l'objectif de
développer et d'améliorer notre service à la
clientèle. Nous voulons avoir plus d'accessibilité dans nos
services et plus de qualité aux services que nous présentons
à la clientèle. C'est donc dire que, pour nous, ce qui est
important, c'est qu'on protège la qualité du service, qu'on
protège son accessibilité et qu'on protège, par le fait
même, cette relation du service à la spécificité de
la région. Et, pour moi, c'est un élément qui est
important. Quand je parle de régionalisme, je ne parle pas simplement de
déconcentration, je parle de décentralisation. Dans la mesure
où le ministère de la Justice est impliqué, pour nous, il
s'agit de voir les différentes possibilités que nous avons de
développer la qualité de nos services à la
clientèle tout en respectant ce régionalisme.
Mme Blackburn: Moi, j'aime bien le discours, mais je n'ai pas de
réponse. Ce que les gens me demandent, à moi, c'est essayer de
voir où s'adresse le ministre là-dedans. Il fait un beau discours
sur le régionalisme, mais ce que je veux savoir, en clair: Est-ce que le
ministre a, oui ou non, l'intention d'abolir les directions régionales
et de fusionner la direction du Saguenay et celle de l'Abitibi avec d'autres
régions? Et le discours que le ministre nous lient.. Il y a un courant
actuellement qui veut qu'on décentralise les effectifs de fonctionnaires
dans les directions des régions. Et une bonne qualité des
services à l'endroit de la clientèle, ça
débute quand vous avez une bonne qualité des rapports
entre la direction régionale et les services qui sont à offrir
là. Je pense qu'il y a un lien direct, qui va de l'organisation de la
direction régionale, ensuite la qualité des services, et la
spécificité de la région, ça passe aussi. par
là. Ce que je vous demande, en mon nprn et au nom du
député d'Abitibi Témiscamingue, mais des gens de sa
région comme des gens de la mienne: Est-ce que vous pouvez nous dire que
ce projet de fusionner les directions du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de
l'Abitibi, c'est un projet qui est abandonné?
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: M. le Président, si je me
réfère au principe que vient d'énoncer Mme la
députée, j'ai fait mien dans bien des cas, et c'est ce que j'ai
énoncé tout à l'heure...
Mme Blackburn: Oui.
M. Rémillard: Maintenant, comme administrateur, comme
ministre, j'ai à prendre des décisions sur une administration qui
serait la plus susceptible possible d'assurer une bonne qualité du
service qu'on doit rendre.
Mme Blackburn: Oui.
M. Rémillard: Et quand Mme la députée dit.
Qualité des services veut dire respecter la spécificité de
la région, je dis: Oui, vous avez parfaitement raison. Et, à ce
niveau-là, pour nous, il ne s'agit absolument pas de faire perdre de
l'emploi à qui que ce soit, les mêmes postes vont demeurer. Il
s'agit de voir comment on peut aménager les différentes
régions pour qu'on puisse respecter la spécificité et
aussi assurer une qualité des services la meilleure possible. Alors,
nous voyons cas par cas les situations, mais je veux simplement dire qu'il
n'est. pas question, pour nous d'éliminer des postes dans les
régions, d'éliminer des responsabilités qu'il peut y
avoir. On peut établir différents autres éléments
administratifs qui nous permettraient de développer la qualité du
service, oui, mais il y a bien des scénarios qui sont envisagés
et je peux vous dire que, pour ma part, il n'y a pas de fusion, mais on peut,
penser à des restructurations possibles, on peut penser à des
aménagements, mais je n'ai pas de scénario de fusion comme
telle.
Mme Blackburn: Pourtant, j'ai ici en main une lettre qui a
été...
Le Président (M. Dauphin): Mme la
députée.
Mme Blackburn: Merci, M. le Président. Une lettre
adressée au député d'Ungava, Christian Claveau, et qui
émane de votre cabinet, qui est signée par Jean-il. Lavoie,
conseiller politique, et qui est datée du 19 janvier 1990: "L'intention
du ministère est de fusionner certaines directions afin d'en
réduire le nombre et ainsi réduire les coûts y
afférents. " Alors...
M. Rémillard: II faudrait que vous me montriez ça.
Voulez-vous la déposer, puisque vous la citez?
Mme Blackburn: Oui.
M. Rémillard: Parce qu'il faudrait que je regarde
ça. Je vous avoue que je ne connais pas cette lettre-là.
Le Président (M. Dauphin): Alors, j'accepte le
dépôt.
Mme Blackburn: Oui, merci, M. le Président. Une des
façons de s'assurer que la qualité des services qui sont offerts
dans les régions corresponde aux besoins de la région, c'est de
rapprocher ceux qui ont la responsabilité de l'application de la justice
des services. Et ça, c'est aussi vrai, parce que, autrement, vous savez
comment ça va fonctionner. Puis, ce qu'il y a en-dessous de ça,
c'est, encore une fois, qu'on va vider les régions, puis on l'a fait.
Écoutez, on l'a fait dans tant de secteurs, là, qu'on ne compte
plus les pertes d'emplois dans les régions, parce qu'on centralise de
plus en plus. C'est que, quand il y a des coupures, curieusement, elles se font
peu à Québec, elles se font dans les régions. Et moi, ce
que j'attendais aujourd'hui de la part du ministre, c'est qu'il me dise de
façon claire: II n'est pas question, pour nous, de fermer la direction
régionale des services dans la région 02, pas plus qu'en
Abitibi-Témiscamingue..
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: Oui, M. le Président. Mme la
députée faisait référence, donc, à une
lettre qui est signée vraisemblablement par M. Lavoie, qui est un
conseiller politique de mon cabinet. Elle citait un passage qui
l'inquiétait. Moi, je peux lui citer, dans le deuxième
paragraphe, je lis ici: "En premier lieu, il est à préciser que
ce projet est encore sous étude au sein du ministère et qu'aucune
décision quant à la façon dont seraient
restructurées entre elles les différentes directions des services
judiciaires n'a encore été prise. " On parle de restructuration,
on parle d'aménagement...
Mme Blackburn: Et on parle de fusion dans le paragraphe d'en
haut.
M. Rémillard: Et, là, vous me soulignez... Je vois,
de fait, le mot "fusion" qui est là, comme tel. Moi, ce qui me guide
dans tout ça, c'est d'assurer le meilleur service possible et
d'alléger
les structures administratives, mais pas au détriment des
régions, parce que l'argument de la députée, c'est mon
argument aussi. Je viens d'une région puis je connais ça aussi,
le problème qu'on a d'avoir des services en région. Les gens de
Montréal qui sont ici, par exemple, ne connaissent pas ça. Je
vois leur réaction.
Mme Blackburn: J'ajoute une brève question...
Le Président (M. Dauphin): Oui, allez y, Mme la
députée.
Mme Blackburn:... parce que je ne me ferais pas pardonner si je
ne la posais pas. On a un problème quant aux demandes d'expertise
professionnelle qui émanent d'un juge pour savoir où les enfants
vont être placés. Les délais d'attente sont de 12 à
18 mois, ce qui fait dire, tant au Barreau chez nous qu'aux juges
eux-mêmes, qu'il y a là un déni de justice.
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: Peut-être pas un déni de
justice, mais une situation difficile, en tout cas, très difficile. Je
vais regarder ça. Je me demande s'il y a quelqu'un qui pourrait apporter
des éléments ou un complément d'information, parce qu'il y
a une situation, pour nos jeunes... Qui peut répondre à
ça? Peut-être que M. Vaughan Dowie peut venir un instant. Moi, je
n'ai jamais entendu ce commentaire-là, Mme la députée. On
ne m'en a jamais informé. Peut-être que M. Vaughan Dowie a plus
d'information que moi à ce sujet-là. (14 h 45)
Le Président (M. Dauphin): Alors, M. Dowie, qui est le
président du comité de protection de la jeunesse.
M. Dowie: Je dois admettre que c'est la première fois que
j'entends parler de ce problème-là. Je suis au courant du fait
que le tribunal à Chicoutimi est plus engorgé qu'auparavant,
suite à un certain nombre de décisions qui ont été
prises par le tribunal en vertu de la Loi sur les jeunes contrevenants mais
c'est la première fois que j'entends dire qu'il y a une attente pour des
expertises pour les enfants qui viennent de la région 02.
Mme Blackburn: Je sais qu'on a peu de temps, mais vous pourriez
peut-être vérifier. De même, il y a 700 dossiers qui ne sont
pas informatisés et on passe de neuf occasionnels à quatre. C'est
vraiment la pénurie. Ce n'est pas compliqué. Ce qui fait dire, et
je le rappelle au ministre - il vérifiera auprès des juges et ils
vont vous dire la même chose - qu'on a une situation que les juges
eux-mêmes qualifient de déni de justice.
M. Rémillard: La députée m'informe d'une
situation que je ne connaissais pas. Il semblerait aussi que les responsables
de ce secteur ne la connaissaient pas. On va s'informer et, si vous avez des
éléments complémentaires à nous donner, je vous
saurais gré de nous les faire parvenir. Vous pouvez être
assurée que, dès qu'on le pourra, on communiquera tout de suite
avec ces gens-là pour voir quelle est la situation et pour
vérifier cette situation-là.
Mme Blackburn: Merci.
Le Président (M. Dauphin): Merci.
Mme Harel: Vous de même, M. le Président.
Le Président (M. Dauphin): Merci, Mme la
députée de Chicoutimi. Je reconnais maintenant la
députée de Hochelaga-Maisonneuve.
Mme Blackburn: Merci de me reconnaître, même si je ne
suis pas membre de la commission.
Mme Harel: Alors, j'inviterais la commission à
étudier le programme 6 sur l'indemnisation des victimes d'actes
criminels.
Le Président (M. Dauphin): J'appelle le
programmée.
Indemnisation des victimes d'actes criminels
Mme Harel: M. le Président, les crédits 1990-1991
indiquent, en faveur de l'indemnisation des victimes d'actes criminels, un
niveau de dépenses équivalent à celui des années
précédentes, autour de 17 000 000 $. Faut-il comprendre qu'il n'y
a pas eu d'élargissement de la connaissance de la loi et qu'à
peine toujours 5 % des victimes présentent une demande d'indemnisation
pour les dommages subis?
Le sous-ministre à la Justice avait l'an passé, et je vais
le citer dans le texte... Selon le sous-ministe de la Justice, Me Jacques
Chamber-land, quelque 15 000 000 $ ont été versés en
indemnisations aux victimes d'actes criminels en 1988. Le ministère
s'attend à hausser les prestations à 20 000 000 $ en 1990-1991.
Il n'en fut rien, les crédits nous permettent de le vérifier.
Donc, les questions sont les suivantes: Qu'est-ce que vous entendez mener comme
campagne d'information pour faire connaître la loi sur l'indemnisation
qui, manifestement, ne semble pas plus connue qu'avant?
En fait, les budgets qui sont accordés à l'indemnisation
des victimes pour l'année qui vient n'ont pas non plus augmenté
de façon substantielle et, d'autre part, le prédécesseur
du ministre actuel avait annoncé 2 000 000 $ en faveur des centres
d'aide aux victimes d'actes
criminels. Les budgets nous indiquent pour l'année
dernière, pour les sept centres, un montant de 277 000 $ et il semble,
pour l'année qui vient, que ce soit à peu de chose près
les mêmes montants qui sont maintenus. Alors, qu'est-ce qu'il va y avoir
de plus en faveur des victimes d'actes criminels, que ce qui avait
été entrepris précédemment et que le train-train
des dernières années où très peu de victimes sont
au fait qu'une loi existe pour les indemniser?
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre
M. Rémillard: M. le Président, je crois que la
question se réfère aux déclarations du sous-ministre. Je
vais demander au sous-ministre de répondre à la question.
Le Président (M. Dauphin): M. Chamberiand.
M. Chamberiand: Avec plaisir, M. le Prési dent.
Effectivement, quand on regarde le programme 6 de cette année, on voit
que les crédits alloués à l'indemnisation des victimes
d'actes criminels se chiffrent à 20 000 044 $. Évidemment, il y a
des dépenses de fonctionnement qui ramènent les versements qu'on
prévoit effectuer à 17 500 000 $. Je ne suis pas familier avec
les circonscriptions électorales, mais Mme Harel a touché un
point important en disant que la loi n'est pas assez connue. Je pense qu'elle
faisait allusion à un discours que j'ai prononcé à un
colloque qui s'est tenu à Montréal, il y a quelques mois
déjà, et où j'encourageais les gens à faire
connaître l'existence de la loi sur l'indemnisation. C'est bête
à dire, mais ça nous ferait plaisir de verser plus d'argent. Les
gens ne semblent pas la connaître.
Maintenant, il faut dire qu'avec la création du Bureau d'aide aux
victimes d'actes criminels et avec la création des sept bureaux
régionaux, les centres locaux d'aide aux victimes d'actes criminels,
notre espoir est que la loi va être mieux connue, parce que, justement,
le mandat de ces centres locaux d'aide aux victimes d'acte criminels est de
guider les victimes dans le dédale administratif. C'est de les
encourager, les appuyer moralement, mais c'est aussi de leur tenir la main pour
leur dire: Voici, vous avez des droits à exercer à tel endroit.
Exercez-les!
Alors, notre prévision - et c'est peut être ce qui me
faisait faire preuve d'optimisme - c'est que les bénévoles des
centres locaux qu'on encadre au ministère de la Justice, grâce au
personnel qui travaille au Bureau d'aide aux victimes d'actes criminels, vont
justement faire connaître la loi à ces victimes. Il reste à
attendre pour voir si ça va fonctionner, mais j'ai bon espoir, parce que
les bénévoles impliqués localement sont très
impliqués et ils sont - très ardents, très fervents dans
leur désir d'aider les victimes. Et j'ai toute raison de croire que, la
loi étant mieux connue, les versements vont suivre.
Mme Harel: Est-ce qu'il y aura d'autres CAVAC qui seront
implantés au cours de la présente année sur le territoire
du Québec?
M. Chamberland: Je ne le sais pas. Il faudrait que je me
réfère à la directrice du Bureau d'aide aux victimes
d'actes criminels. Notre idée, ce n'est pas d'arrêter à
sept. Pour l'instant, on couvre de façon approximative, de façon
régionale, tout le territoire québécois, mais,
idéalement, il y en aura encore plus. Pour vous donner une
réponse précise, II faudrait que je vérifie si on
évalue, en ce moment, des projets spécifiques d'ouverture de
centres locaux. Ça me fera plaisir de vous donner la réponse dans
les jours qui viennent.
Je ne serais pas étonné qu'on en évalue, mais je
n'oserais pas vous donner une réponse qui serait une déduction,
plutôt qu'une réponse factuelle.
Mme Harel: Mais il n'y a aucun crédit qui est prévu
au cours de la prochaine année pour ouvrir de nouveaux centres, par
contre.
M. Chamberiand: Peut-être pas de façon
spécifique, mais il ne faut pas oublier que le Bureau d'aide aux
victimes d'actes criminels se finance à même le Fonds d'aide aux
victimes d'actes criminels. Et c'est un fonds qui est financé, en
partie, par un programme fédérai, une subvention du
fédéral, et, en partie, par la suramende compensatoire. Alors, on
a quand même pas mal de souplesse. Et vous savez, encourager la formation
d'un CAVAC, ça peut se faire avec relativement peu de fonds. Je sais
bien que, si on est mal pris, le ministre n'hésitera certainement pas
à nous prêter un peu d'argent de son budget discrétionnaire
pour nous aider à lancer un projet comme celui-là, un des projets
qui lui tiennent à coeur. Alors, je pense que ce ne serait pas, en soi,
un obstacle.
M. Rémillard: Question de privilège, M. le
Président!
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président (M. Dauphin): C'est noté dans le
Journal des débats
M. Rémillard: C'est moi qui vais répondre aux
questions!
Des voix: Ha, ha, ha!
Mme Harel: Lors de l'annonce officielle de la mise sur pied des
CAVAC en juin 1988 - ça fait déjà deux ans - le
prédécesseur du ministre avait annoncé 2 000 000 $, en
fait, pour ouvrir des centres dans toutes les régions du
Québec.
Finalement, on voit qu'il y a un total de presque 300 000 $ qui est
alloué à ces centres Doit on comprendre que c'est sur
présentation, sur demande? Comment rentrent les suramendes
compensatoires? Quel est le volume des rentrées de fonds? Est-ce que
c'est considérable?
Le Président (M. Dauphin): M. Chamberland.
M. Chamberland: Bon, c'est un nouveau programme. Ce sont de
nouvelles dispositions de la loi qui doivent, comme toute autre nouvelle
disposition, être mieux connues, mieux présentées aussi de
la part des procureurs de la couronne et aussi de la part de la magistrature.
Évidemment, nous en suivons l'évolution, au ministère,
pour voir. C'est important pour nous, c'est ce qui finance le Fonds d'aide aux
victimes d'actes criminels. Ça ne rentre pas aussi vite qu'on ne le
souhaiterait et il y a des problèmes particuliers. Je pense en
particulier à Montréal où ça ne semble pas
être bien compris encore. Il y a une certaine résistance aux
changements et aux nouveautés. Maintenant on y travaille; toutes les
fois qu'on a une occasion de faire valoir ce qu'est l'amende compensatoire et
faire valoir aussi les projets que la suramende compensatoire va nous permettre
de réaliser, on le fait. Je sais, entre autres, que Christine Viens, qui
est la directrice du Bureau a participé au dernier colloque des juges de
nomination provinciale pour, leur faire connaître cette nouvelle loi.
Alors, encore une fois, c'est du travail à faire. Ça va pas mal,
mais ça ne va pas aussi bien qu'on ne le souhaiterait.
Mme Harel: Dans les dépenses du Fonds d'aide, n'est-il pas
possible d'envisager une campagne d'information pour mieux faire
connaître la loi sur l'indemnisation?
M. Chamberland: Bien, écoutez, à l'égard de
la suramende compensatoire, la campagne d'information est très
limitée.
Mme Harel: Oui.
M. Chamberland: Ce sont les 300 procureurs de la couronne et les
300 juges. Quant à la loi sur l'indemnisation, comme je vous le dis, la
campagne d'information se fait indirectement, si vous voulez. On fait la
promotion des centres locaux d'aide aux victimes d'actes criminels et ce sont
ces locaux ensuite, ces centres locaux, qui vont, à leur tour,
présenter les avantages de la loi. Ça fait partie de leur "kit"
d'information, si vous voulez. Ça fait partie des informations de base
qu'ils fournissent aux victimes d'actes criminels. Maintenant, si ça ne
donne pas de résultats, il faudra, évidemment, penser à
autre chose, peut-être à une campagne publique, mais vous savez
combien ça coûte une campagne publique.
Mme Harel: On évalue à environ 46 000 le nombre de
crimes perpétrés contre la personne et on sait qu'à peine
5 % des victimes demandent une indemnisation. À combien
évaluez-vous réalistement le pourcentage de victimes qui seraient
susceptibles d'utiliser la loi et qui ne le font pas?
M. Chamberland: Je n'en ai aucune idée. Je ne pourrais pas
vous mentionner de chiffres. Ce qu'on souhaite, c'est que le plus de gens
possible qui sont admissibles au paiement prévu à la loi sur
l'indemnisation en fassent la demande et en profitent. La loi est là,
aussi bien en profiter, mais je ne pourrais pas répondre de façon
précise à votre question.
Mme Harel: La loi est administrée par la CSST dans les
bureaux de la CSST en région.
M. Chamberland: C'est exact.
Mme Harel: Est-ce qu'il ne faut pas envisager qu'il y ait une
campagne qui n'assujettisse pas la connaissance de la loi uniquement à
la connaissance d'un centre d'aide, mais qui, de façon plus
générale, diffuse des informations sur les
bénéfices de la loi?
M. Chamberland: C'est une alternative qu'il serait possible de
considérer.
Mme Harel: D'accord. Merci, M. le Président, et je vous
inviterais à appeler le programme sur la réforme des tribunaux
administratifs. Quel numéro? (15 heures)
Le Président (M. Dauphin): C'est au début, je
crois. Le programme 2...
Mme Harel: C'est ça.
Le Président (M. Dauphin):... élément 2.
M. Rémillard: Est-ce que je pourrais savoir à quoi
vous vous référez? On a de la difficulté à situer
le programme.
Mme Harel: Semble-t-il que c'est le programme 2, Soutien aux
tribunaux administratifs,, élément...
M. Rémillard: Programme 2?
Mme Harel: Oui, élément 2, programme 2.
M. Rémillard: Élément 2, programme 2.
Mme Harel: J'essaie de retrouver dans votre discours de ce matin
ce que vous nous en disiez.
M. Rémillard: Est-ce que vous vous
référez
à notre projet de loi sur la justice administrative?
Mme Harel: Non, je me réfère, en fait, à la
réforme de la justice en matière administrative.
M. Rémillard: Oui, c'est ça, le projet de loi que
j'aimerais déposer?
Mme Harel: C'est ça.
M. Rémillard: Ah bon! O. K.
Mme Harel: Celui qui était annoncé.
M. Rémillard: Ce n'est pas dedans?
Une voix: II n'y a pas de programme encore.
Mme Harel: En fait, il n'y a pas de programme comme tel.
Le Président (M. Dauphin): Évidemment, le sujet est
dans le programme 2, mais ce n'est pas nécessairement le but de votre
question, je pense.
Mme Harel: Non.
Le Président (M. Dauphin): Non, d'accord.
Réorganisation des tribunaux
administratifs
M. Rémillard: Pour situer ça, M. le
Président, ce que j'ai dit ce matin, si je peux le répéter
très brièvement, c'est que c'est un sujet qui est discuté
depuis très longtemps. On se souvient qu'il y a eu M. Gélinas qui
a fait son rapport, qui est devenu un livre qui a été
publié sur les organismes administratifs québécois, il y a
M. le juge Dussault, aussi, qui a fait un rapport et, plus récemment, M.
le professeur Ouel-lette qui a déjà dirigé un groupe de
travail qui, il y a trois ans, a produit un rapport pour réorganiser nos
tribunaux administratifs en fonction des exigences de nos chartes. Nous savons,
M. le Président, que nos chartes - je me réfère, entre
autres, à la Charte québécoise - sont très claires
à l'effet qu'un processus quasi judiciaire doit offrir une audience
impartiale, donc ce qui signifie beaucoup d'éléments
administratifs pour garantir l'impartialité des personnes qui sont
habilitées à siéger à des tribunaux ou à des
organismes quasi judiciaires.
Le problème qui s'est posé à la suite du rapport du
professeur Ouellette, c'est que nous n'avions pas vraiment, d'abord, de
définition de ce qui peut être quasi judiciaire, et que les
décisions quasi judiciaires auxquelles peuvent s'appliquer les chartes
et la fameuse règle audi alteram partem, qui signifie qu'on doit
entendre l'autre partie... Alors entendre veut dire que vous puissiez avoir les
moyens de faire valoir votre point de droit, que vous puissiez être
entendu de façon impartiale. Tous ces principes, qui nous viennent,
entre autres, du vieux droit anglais et de la Magna Carta de Jean sans Terre,
ont été confirmés, M. le Président, par la Charte
des droits du Québec en 1975 et, ensuite, par la Charte canadienne de
1982.
Il faut s'ajuster en conséquence et je travaille sur un projet de
loi. Je dois vous dire que ce n'est pas facile d'essayer d'accommoder tous les
principes qui doivent nous guider en fonction des objectifs que peuvent
développer bien des intervenants. Je parie autant de mes
collègues ministres que je veux parler des dirigeants de ces tribunaux
ou organismes quasi judiciaires, ces tribunaux administratifs, que je veux
parler aussi de différents intervenants dans le domaine de la
consommation ou de la production, par exemple des commerçants qui
peuvent être touchés par ces organismes quasi judiciaires qui
prennent des décisions en fonction, très souvent, de services
publics qui sont essentiels: Par conséquent, la responsabilité
que nous avons est très importante et nous espérons pouvoir
trouver un terrain d'entente qui nous permettrait d'en arriver à un
consensus.
Alors on est assez avancé dans notre travail et, sur la base du
rapport Ouellette, nous avons élaboré un projet de loi, que
j'espère bien pouvoir déposer au courant de l'année,
probablement l'automne prochain. Ça fait déjà un bon bout
de temps que j'y travaille, à ce projet de loi. Mon
prédécesseur, le juge Marx, y a travaillé et mes autres
prédécesseurs, du début des années quatre-vingt, y
ont travaillé aussi. Donc, je profite de leur expérience sur ce
sujet.
Nous espérons bien trouver un consensus qui nous amènerait
à traiter deux éléments. Le premier serait de qualifier
des tribunaux administratifs, c'est-à-dire des organismes qui entendent
en appel d'une décision qui peut être administrative et, ensuite,
qui entendent en appel de ces décisions-là. Il s'agit donc de
quelques organismes, il n'y en a pas énormément, comme on dit
chez nous: "II n'y en a pas un char puis une barge". Il y en a quelques-uns,
mais ce sont des organismes administratifs, des tribunaux administratifs qui
sont importants et auxquels on doit apporter la première attention pour
assurer aux membres de ces tribunaux administratifs l'impartialité la
plus complète, étant donné leur fonction. Ça,
ça se réfère à leur nomination, à leur
rémunération, à leurs conditions de travail. Alors, il y a
toute une série d'éléments d'ordre administratif qu'on
doit établir pour garantir cette impartialité.
L'autre élément, le deuxième ce sont des organismes
qui peuvent avoir des fonctions quasi judiciaires, mais qui ne sont pas des
tribunaux quasi judiciaires. Et là, on en a beaucoup d'organismes et de
personnes administratives qui prennent des décisions quasi judiciaires.
Qu'est-
ce que c'est qu'une décision quasi judiciaire?
M. le Président, si je suis trop long, soyez bien à
l'aise, vous me le dites, je veux simplement essayer de donner des
explications.
C'est une décision qui implique, selon la jurisprudence, les
droits des individus. Il y a des décisions administratives qui se
réfèrent strictement à l'administration de certaines
normes et ça, c'est un pouvoir qu'on dit lié. Un fonctionnaire
constate des directives, des normes établies, vérifie si la
demande qu'il a devant lui, une demande de permis par exemple, correspond
à ces normes. S'il y a correspondance, il accorde le permis; s'il n'y a
pas correspondance, il ne l'accorde pas. Ça, ce n'est pas un pouvoir
quasi judiciaire, c'est un pouvoir qui est lié, il n'y a pas de
discrétion là-dedans. Mais, lorsqu'on arrive à une
appréciation de la part de l'organisme ou de la personne qui doit
prendre cette décision, une appréciation de circonstance,
d'opportunité, ça signifie qu'il peut y avoir - il peut y avoir -
des droits qui sont en cause et, à ce moment-là, on appelle
ça quasi judiciaire.
Nous avons des tribunaux qui sont spécialisés dans ces
domaines administratifs pour permettre, dans certains secteurs de notre
activité, d'avoir une expertise particulière. Parce que le but de
ces tribunaux administratifs, c'est que les gens qui y siègent aient de
l'expertise et puissent faire. part de leur expertise dans là
décision qu'ils doivent prendre pour trancher des droits. Alors, dans ce
cadre-là, M. le Président, nous sommes à mettre la
dernière main à ce projet de loi, que j'espère pouvoir
déposer l'automne prochain et qui, je l'espère, pourra faire
consensus, parce que c'est un projet de loi que je n'imposerai pas, sur un
sujet aussi important que ça, mais qui, en fonction des principes qui
nous guident, devra être accepté. J'espère bien, à
l'automne, pouvoir arriver avec un projet de loi qui pourra rejoindre les
préoccupations que nous avons.
Le Président (M. Dauphin): Mme la
députée.
Mme Harel: Qu'est-ce qui rend si difficile la rédaction du
projet de loi? Vous avez déposé un mémoire au Conseil des
ministres...
M. Rémillard: Oui.
Mme Harel:... dont nous avons copie, le 18 septembre dernier.
Déjà, votre gouvernement avait annoncé, dans le discours
inaugural, il y a deux ans, en mars 1988, la rationalisation des tribunaux
administratifs. Qu'est-ce qui résiste, présentement? Il semble
que le projet de loi soit prêt...
M. Rémillard: Oui.
Mme Harel:... aux dernières nouvelles.
M. Rémillard: Oui. Le " problème... Tout d'abord,
il y a deux problèmes. Le premier problème, c'est cette
différence que nous voulions faire entre des tribunaux administratifs et
des organismes qui ont des fonctions quasi judiciaires mais qui ne sont pas des
tribunaux. Cette distinction amène des considérations
différentes sur le plan administratif en fonction de ces deux
catégories. Par exemple, en. ce qui regarde la permanence des membres,
je pense qu'on ne peut pas assurer la permanence de la nomination pour tous les
organismes et toutes les personnes qui ont des pouvoirs quasi judiciaires,
ça n'aurait pas de bon sens. L'État ne peut pas se permettre
ça. Alors, il y a des tribunaux, des personnes qui ne seront pas
contentes, parce qu'elles vont voir que leur rôle n'est pas garanti par
une permanence de par la loi. Alors ça, c'est un premier
problème.
L'autre problème, c'est que j'ai voulu aussi qu'on revoie le
projet de loi qu'on avait pour pouvoir y ajouter des éléments qui
nous permettraient de développer l'accessibilité pour les
consommateurs. Très souvent, les tribunaux administratifs sont des
domaines de spécialisation qui sont en relation directe avec des
services publics: électricité, gaz, téléphonie. En
fait, on peut parler même, parce qu'on a entendu tout à l'heure le
commissaire en ce qui regarde l'électricité, le commissaire aux
plaintes pour HydroQuébec, on peut donc se référer
à des services publics. Le problème de ces services publics,
c'est que le consommateur est un peu démuni d'aller devant ces
tribunaux-là qui très souvent ont développé une
procédure qui est très proche des tribunaux ordinaires, ce qui
fait qu'on n'a plus la souplesse qu'on voulait avoir avec les tribunaux
administratifs, qu'on n'a plus la possibilité pour les gens ordinaires
d'aller se plaindre et dire: Écoutez, moi, je n'accepte pas que mon
compte de téléphone monte, soit majoré de tant. Je
n'accepte pas ça, telle, telle ou telle chose... Il faut qu'on leur
permette ça. Il faut qu'on puisse leur donner la possibilité
qu'ils puissent intervenir, et avec des moyens pour intervenir. Alors, on
essaie de trouver des moyens pour bonifier le projet de loi à ce
sujet-là.
Donc, c'est ça qui fait que nous continuons nos consultations.
J'ai rencontré beaucoup d'intervenants. J'ai reçu leurs
commentaires. Le Barreau m'a fait parvenir ses commentaires très
récemment. Je suis en train de colliger tout ça. J'espère
bien arriver avec un projet de loi qui pourrait être très
intéressant l'automne prochain.
Le Président (M. Dauphin): Merci, M. le ministre. Mme la
députée.
Mme Harel: Sur un autre aspect qui concerne les délais
d'appel devant les tribunaux administratifs, j'ai eu l'occasion en commission
parlementaire à l'étude des crédits cette semaine
d'échanger avec le juge Poirier qui préside la Commission
des affaires sociales et de me faire confirmer que le délai d'appel est
de 30 mois présentement en matière d'accidents du travail - 30
mois, c'est deux ans et demi - minimum et qu'en matière d'accidents
d'automobile, c'est 12 mois. C'est un progrès immense, parce que
c'était de 24 mois, il y a deux ans. À l'égard des rentes
du Québec, c'est de 7 à 8 mois. Mais on se trouve toujours devant
un engorgement des tribunaux administratifs. Je voulais simplement vous le
mentionner. Évidemment, ce ne sont pas les crédits de la Justice
qui sont concernés, mais te ministre de la Main-d'oeuvre et de la
Sécurité du revenu qui fait voter ses crédits chaque
année, lorsque je lui ai posé ces questions, m'a justement
suggéré de venir vous en parler. Ça n'avait pas l'air
évident que c'était une de ses principales préoccupations.
D'ailleurs, j'ai apporté les galées de l'échange qu'on a
eu en commission parlementaire. (15 h 15)
M. Rémillard: On a de sérieux problèmes avec
les tribunaux administratifs. Les retards, c'est sérieux et très
préoccupant. On essaie de voir les cas un par un. Comme ministre de la
Justice, nous, nous avons la CALP, qui dépend directement de nous et
avec son président, M. Georges Lalande, nous avons mis au point un
programme de redressement et, au 1er avril 1990, il y a 132 postes ou leur
équivalent, à temps plein, qui ont été
affectés à la CALP, de nouveaux commissaires aussi, plusieurs
nouveaux commissaires qui ont été nommés et on
espère bien - M. Lalande s'est donné les six prochains mois pour
rétablir passablement la situation - dans la prochaine année,
rétablir la situation. Mais la situation était très
sérieuse à la CALP, comme elle l'est à la CSST et comme
elle peut l'être dans d'autres domaines. Là, il faut trouver des
mécanismes administratifs pour alléger les choses et il ne s'agit
pas seulement de nommer de nouveaux commissaires, mais il faut trouver des
moyens pour avoir des procédures qui sont plus rapides tout en
protégeant les droits des individus, le droit de l'audition. Alors, en
ce qui regarde la CALP, en ce qui regarde un effort du gouvernement, si on veut
trouver un effort pour essayer de pallier ce problème-là, si vous
regardez les budgets de la CALP, en 1989-1990, le budget de la CALP
était de 10 625 500 $ et, en 1990-1991, il est passé à 18
427 807 $, donc une augmentation considérable de près de 8 000
000 $.
Mme Harel: Je pense que je vais suggérer que la Commission
des affaires sociales passe sous votre juridiction. Ça va être
à peu près la seule façon de faire augmenter les budgets
parce que, voyez-vous, il y a encore 6159 causes d'accident du travail et 3334
causes d'accident de la route en suspens. Évidemment Est-ce qu'on peut
penser que le regroupement, justement, de la Commission des affaires sociales
et de la Commission d'appel en matière de lésions
professionnelles est définitivement écarté?
M. Rémillard: Est définitivement... Comment?
Mme Harel: Écarté, tel que le recommandait le
rapport Ouellette.
M. Rémillard: Pour le moment, on va faire la loi-cadre; je
ne dirais pas définitivement, mais je dirais que c'est à
l'étude.
Mme Harel: M. le Président, compte tenu du peu de temps
qu'il nous reste, je souhaiterais qu'on puisse tout de suite examiner le
dossier de la protection de la vie privée. Je ne sais pas à quel
programme. Je pense que c'est le programme... Oui, le programme 3, Protection
des droits et libertés de la personne.
Le Président (M. Dauphin): C'est ça.
Protection des droits et libertés de la
personne
Mme Harel: Qu'est-ce que le ministre peut apporter à sa
défense pour expliquer qu'après avoir solennellement promis une
législation qui allait promulguer les principes de la loi sur
l'accès au secteur privé et après avoir solennellement
promis la mise en vigueur du chapitre du Code civil sur le respect de la
réputation et de la vie privée, à l'occasion d'un
dîner auquel j'assistais d'ailleurs... Qu'est-ce qui peut justifier,
là, sauf, évidemment - et là, il va m'en vouloir d'en
reparler - cette vision globale qui l'amène à vouloir parfaire en
reportant toujours des réformes pour qu'elles soient meilleures, le
report encore du projet de loi qu'il prévoyait pour l'an
passé?
M. Rémillard: M. le Président, c'est un sujet qui
me préoccupe énormément. C'est vrai que j'ai dit
publiquement qu'on se préparait à présenter un projet de
loi. J'ai consulté beaucoup de gens à tous les niveaux. Il faut
voir que ce projet de respecter la vie privée, qui est une valeur qui
est reconnue dans notre Charte des droits du Québec, elle n'est pas dans
la Charte canadienne. Certains voudraient la voir dans l'article 7 de la Charte
canadienne, dans la constitution canadienne, mais elle l'est, par contre, dans
la Charte québécoise, qui est une des chartes les plus
progressives au monde.
Alors, dans ce contexte-là, M. le Président, on a eu le
rapport Legendre, un très bon rapport, qui nous a fait le point sur les
difficultés qui se présentent, et on pourrait ajouter d'autres
choses. J'ai rencontré beaucoup de gens, de personnes qui sont venues
m'expliquer des problèmes concernant le respect de la vie
privée
et j'ai été complètement estomaqué de voir
l'ampleur du problème. C'est incroyable. Ça part du moment
où vous voulez avoir une assurance-vie - je prends un exemple - et
où vous allez chez votre assureur pour avoir le certificat
médical, avoir donc un examen médical; l'examen médical,
à ce moment-là, est mis sur ordinateur, en banque, habituellement
quelque part à Toronto. Ça va pour le prêt bancaire que
vous avez contracté parce que vous voulez vous acheter une voiture
neuve; le printemps arrive, il fait beau, vous voulez aller chercher votre
prêt et tout votre crédit est alors compilé sur
informatique et envoyé dans une banque qui est à peu près
la même. Et ça va pour votre procédure judiciaire que vous
avez intentée parce que vous avez une action en dommages et
intérêts contre votre voisin, ou que votre voisin vous a
poursuivi, ou que vous êtes en instance de divorce, peu importe, et,
là aussi, ça peut être compilé sur informatique. Et
toutes ces données, et je pourrais en ajouter, à votre
crédit, crédit en fonction des autres instances de crédit
qui peuvent exister, à votre employeur, qui peut avoir aussi sa banque
de données sur vous, et tout ça peut se retrouver, sans garantie
de protection, dans une même banque, et on donne accès à
une même personne ou à un même organisme, à des
informations qui peuvent, somme toute, être en très grande partie
publiques, même si certaines peuvent être privées, comme le
dossier médical, mais qui, colligées ensemble, vous donnent un
portrait de vous qui met en cause, directement, votre vie privée.
Ça, c'est un aspect.
L'autre aspect, c'est tout l'aspect du développement de la
technologie. Et, là aussi, j'ai été estomaqué de
voir comment le développement de la technologie fait en sorte qu'on se
retrouve dans une société où on peut être
épié de différentes façons. Vous avez une
conversation privée, vous pouvez être enregistré par votre
interlocuteur. On m'informait dernièrement que, pour faire, par exemple,
les vérifications pour les cotes du BBM, pour les
télévisions, ils pouvaient simplement passer dans la rue, en face
des "buildings", et, par un appareil, ils pouvaient savoir si, dans tel
appartement, on écoute tel poste de télévision. En passant
dans la rue, en avant. C'est incroyable! Les micros, on a eu des
expériences, dans des conférences
fédérales-provinciales, au plus haut niveau, vont chercher des
conversations privées entre deux individus en
tête-à-tête dans un bout de salle, à peu près
à 300 pieds.
En fait, bref, ce que je veux dire, c'est que le problème est
énorme. Et il me semble que ce qui serait intéressant, ce serait
d'avoir une commission parlementaire, qui se tiendrait dans un avenir prochain,
à l'automne, où on ferait témoigner des experts pour nous
expliquer ça. Ils viendraient nous montrer ça, ce qui nous
amènerait à élaborer le genre de loi qu'on veut avoir.
Moi, j'ai été particulièrement heureux de voir le
travail d'une commission parlementaire et particulier, M. le Président,
c'est celle qui s'est penchée sur toute la question des droits et
libertés de la personne et qui avait recommandé la
création d'un tribunal des droits et libertés de la personne. Et
si on a réussi à créer ce tribunal, après toutes
les difficultés qu'on a eues - parce que faire cette loi, ç'a
été extrêmement difficile, et je veux encore saluer la
très grande compétence, la disponibilité et bien d'autres
belles qualités personnelles et professionnelles de Me Claude Filion,
alors porte-parole de l'Opposition... Mais je dois vous dire que, si on pouvait
faire la même chose, quelque chose de semblable pour notre projet de loi
sur la protection de la vie privée, je pense que ce serait la seule
façon de s'en sortir. Alors, c'est vrai que j'avais pris des
engagements, mais je me rends compte que, si on veut vraiment
légiférer, de la façon la plus complète possible,
on aurait besoin d'une commission parlementaire sur ce sujet-là.
Le Président (M. Dauphin): Merci, M. le ministre. Mme la
députée.
Mme Harel: L'ampleur du problème est telle qu'entre-temps
le gouvernement légifère et j'en ai pour preuve, par exemple, une
loi qui a été déposée le 15 mai dernier, la loi 76
modifiant la Loi sur la santé et la sécurité du travail.
Je reçois avis de la Commission d'accès à l'information
signalant que ce projet de loi ouvre une brèche importante dans un
régime de protection des renseignements personnels qui était
très rigoureux en vertu de la Loi sur la santé et la
sécurité du travail. Je vous lis textuellement la conclusion de
la Commission: La Commission d'accès à l'information est. d'avis
qu'il faut maintenir de telles dispositions visant à assurer la
confidentialité absolue des renseignements personnels d'ordre
médical. Il s'agit d'une reconnaissance explicite du droit au respect de
la vie privée. Or, l'amendement proposé a pour effet d'exempter
le ministre de la Main-d'oëuvre, de la Sécurité du revenu et
de la Formation professionnelle de ce régime rigoureux de protection des
renseignements personnels.
Bon. Ça, ça en est un exemple. C'est une loi, la loi 76.
Il y a la loi 42 qui est aussi à l'étude devant
l'Assemblée nationale, sur un autre sujet. L'ampleur du problème
est telle qu'il y a maintenant une absence de vision, je dirais même du
gouvernement, à cet égard, et que ça vise toutes les
directions dépendamment des ministères sectoriels: la loi 42 est
présentée par le ministre de la Santé et des Services
sociaux et la loi 76 par le ministre de la Main-d'oeuvre, de la
Sécurité du revenu.
Ce qui est inquiétant c'est qu'entre-temps il y a une sorte de
prolifération des projets de communication de renseignements personnels
ou
d'établissement de fichiers ou de croisement de fichiers.
Certainement, M. le ministre, que vous avez pris connaissance du
célèbre dossier Acro-fax et des ententes, non pas conclues
uniquement par le ministère de la Main-d'oeuvre, de la
Sécurité du revenu, mais aussi par d'autres ministères qui
diffèrent, par ailleurs, de celles de la. Main-d'oeuvre et de la
Sécurité du revenu en ce sens que, contrairement au
ministère du Revenu, qui fait appel aux informations contenues dans ses
banques de données à partir de soupçons de fraude, il n'en
est pas de même pour ce qui est du contrat intervenu entre le
ministère de la Main-d'oeuvre, de la Sécurité du revenu et
de la Formation professionnelle et Acrofax Ce qui faisait dire à
certains organismes, dont la Ligue des droits et libertés qui
intervenait publiquement sur cette question dernièrement, qu'il leur
semblait être, compte tenu de l'étude qu'ils avaient faite du
contrat entre Acrofax et le ministère de la Main-d'oeuvre, face à
un projet de perquisition et de saisie abusive de renseignements nominatifs
confidentiels, ce qui est interdit par la Charte des droits et libertés
du Québec.
Évidemment, les problèmes se multiplient. C'est tout
simplement peut-être quelques illustrations que j'ai voulu en faire, mais
il y en a bien d'autres que je n'aborderai pas cet après-midi. Mais les
problèmes se multiplient pendant ce temps-là. N'y aurait-il pas
lieu... Oui, certainement, c'est assez emballant ce que vous projetez de faire,
mais n'y aurait-il pas lieu, qu'entre-temps il y ait comme une sorte de
réserve de la part des ministères qui s'abstiennent d'être
en appétit quant aux renseignements confidentiels ou aux amendements
qu'ils veulent obtenir pour pouvoir procéder à établir des
fichiers. Y a-t-il un débat quelconque, au gouvernement, sur cette
question? (15 h 30)
M. Rémillard: Oui, il y a, de fait, beaucoup de
sensibilité de tous mes collègues sur ce sujet. On est tous
préoccupés, parce qu'on est tous touchés par ça. On
est tous touchés par cet élément-là.
Maintenant, vous vous référez à des dossiers qui ne
relèvent pas nécessairement de ma juridiction. Et je me souviens
de plusieurs discussions que j'ai eues avec des collègues sur certains
aspects qui peuvent mettre en cause la vie privée, je me souviens et
qu'on a changé des aspects de projets de loi... Vous venez de souligner
des commentaires, des avis qui ont été donnés par des
organismes qui oeuvrent en matière de respect des droits fondamentaux.
Ces gens m'ont quelquefois aussi envoyé copie de leur lettre. J'ai
été sensibilisé et, à ce moment-là, je
n'hésite pas à intervenir comme ministre de la Justice
responsable de faire appliquer la Charte des droits, et aussi au niveau de la
présidence du comité de législation, dans la mesure
où je peux le faire. Mais je pense que je comprends des propos de la
députée de Hoche-laga-Maisonneuve qu'elle est d'accord avec mot
pour dire que la commission parlementaire est la façon de
procéder et qu'on devrait la tenir, si je comprends bien, le plus
tôt possible, qu'on la prépare bien. On pourrait bien la
préparer, faire témoigner des experts, et ce serait une
commission parlementaire qui nous permettrait vraiment, là, de faire le
point là-dessus, sur les différents aspects que ça
comprend. On pourrait faire ça à l'automne et préparer un
projet de loi le plus tôt possible.
Entre-temps, ce que me dit Mme la députée, c'est
d'être vigilant et de faire attention pour avoir de la réserve -
pour prendre son expression - et je suis parfaitement d'accord avec elle. Je
sais qu'elle soulève à l'occasion des cas qui l'amènent
à croire que la vie privée pourrait être atteinte et,
à ce moment-là, je pense que c'est son devoir de le faire, comme
c'est aussi mon devoir de le faire, dans la mesure où je serai
informé de la situation.
Mme Harel: M. le Président, j'aimerais bien aborder avec
le ministre, toujours au programme sur la protection des droits et
libertés de la personne, le sujet Interracial et, donc, la Commission
des droits de la personne.
Le Président (M. Dauphin): Alors, toujours au programme 3,
à l'élément 1.
Mme Harel: Tout dernièrement, vous annonciez, avec votre
collègue de la Sécurité publique, un comité
consultatif sur la sécurité publique et le multiculturalisme.
Vous l'avez faite conjointement, cette annonce, je crois... Vous l'avez faite
conjointement avec votre collègue de la Sécurité publique,
l'annonce du comité consultatif sur le multiculturalisme et... Ah bon!
C'était uniquement M. Elkas qui avait fait cette annonce.
Une voix: Je pense que...
Une voix: Le ministre délégué aux
Communautés culturelles aussi, je crois.
M. Rémillard: Oui, pas nous.
Mme Harel: Avez-vous été partie prenante, en fait,
à la décision de nommer un comité qui doit comprendre un
mandat de proposer une politique ministérielle sur les relations avec
les communautés culturelles?
M. Rémillard: Je vais vérifier. Mme Harel:
C'est bien le cas?
M. Rémillard: Non, je n'ai pas souvenance d'avoir
été consulté à ce niveau-là.
Mme Harel: En fait, oui, là. je relis le
communiqué de presse du bureau du ministre de la
Sécurité publique, et oui, je m'en excuse, en fait, je pense que,
par erreur, j'ai cru que ça avait été une annonce
conjointe. Mais le ministre a demandé au comité dont il
annonçait la formation que lui soit proposée une politique
ministérielle portant sur les relations avec les communautés
culturelles pour la fin du mois de juin prochain. En fait, moi, je voulais
surtout savoir si la Commission des droits de la personne avait
été, évidemment, impliquée, consultée, si
elle entendait, compte tenu de son expertise, travailler à
l'élaboration de cette politique ministérielle.
M. Rémillard: M. le Président, on n'a pas
été impliqués directement, mais on m'informe que la
Commission des droits de la personne l'a été. Alors, avec votre
permission, si vous me permettez, je pourrais demander à M. Lachapelle,
le président de la Commission, de donner des éléments
d'information.
Le Président (M. Dauphin): Merci. Alors, Me
Lachapelle.
M. Lachapelle (Jacques): Bien, vous savez, madame, n'est-ce pas,
qu'à la suite de l'enquête de la Commission des droits de la
personne sur les relations entre les communautés culturelles et la
police nous avions fait des recommandations pour que le ministère de la
Sécurité publique se dote d'une politique sur les relations
interraciales dans la police, À la suite de cette recommandation, le
ministre a institué ce comité qui est présidé...
J'imagine que vous parlez du comité présidé par M.
Bourget. C'est ça, voilà. La Commission des droits de la personne
a été invitée à participer à ce
comité, et je sais que les travaux ont commencé tout
dernièrement. Il y a une personne de la Commission des droits de la
personne qui a été invitée à participer à ce
comité, Mme Maryse Alcindor, de la direction de l'éducation.
Mme Harel: II y a un dossier qui m'intéresse
personnellement beaucoup: c'est celui qu'a commencé à aborder la
Commission des droits de la personne à l'égard des autochtones
et, en particulier, des relations entre la police et les autochtones. Je sais
que la Commission a déposé une demande de fonds au
ministère de la Justice pour financer des audiences dans les
différentes communautés autochtones. Dois-je comprendre que cette
demande de fonds a été reçue positivement?
M. Lachapelle: Je dois vous dire, madame, qu'au moment où
on se parle j'aimerais bien qu'elle soit reçue positivement, mais la
lettre est partie hier.
Mme Harel: Ah!
M. Lachapelle: Alors, la décision de la Commission a
été prise jeudi dernier, et là lettre a été
signée hier. Elle est peut-être sur le bureau de M. le ministre.
Peut-être qu'il peut nous donner une réponse favorable.
Mme Harel: On devance un peu, mais j'aimerais peut-être,
avec le consentement du ministre, connaître un peu la
problématique que vous voulez développer pendant ces
audiences.
M. Rémillard: Je pense que M. Lachapelle peut très
bien répondre à cette question.
Le Président (M. Dauphin): M. Lachapelle.
M. Lachapelle: À la Commission des droits de la personne,
nous avons reçu, depuis ces derniers mois, des plaintes qui nous
proviennent des communautés autochtones de nombreux endroits, que ce
soit de Oka, de la réserve des Escoumins, concernant le traitement
qu'elles reçoivent par les corps policiers et par les membres de ces
corps policiers.
Depuis quelque temps également, nous avons de nombreuses
communications avec les communautés autochtones, entre autres et plus
récemment avec les Inuit du Labrador qui, eux aussi, se plaignent de
traitements semblables, qui les empêchent d'exercer leurs droits de
chasse et de pêche dans ces territoires. Bien sûr, c'est des
territoires qui ne recouvrent pas seulement le territoire du Québec,
mais qui vont également jusque dans le Labrador.
Or, la Commission des droits de la personne, après avoir
étudié ces différentes questions, constate que ce n'est
pas l'unique objet de plaintes. On en a eu une autre, récemment, qui
venait justement du Lac Barrière, des Algonquins du Lac Barrière
et qui a, excusez le mot, un "pattern" un peu semblable. Donc, il se
développe des relations extrêmement tendues, lorsqu'il y a des
interventions policières dans les réserves. Alors, la Commission
des droits de la personne aimerait étudier, de la même
façon que nous l'avons fait pour les groupes des minorités
visibles et ethniques, toute cette question des relations avec les corps
policiers.
Mme Harel: Je dois vous dire que ça m'a beaucoup
intéressé au moment où ç'a été rendu
public, parce qu'on a souvent porté à ma connaissance un profond
malaise, notamment dans la réserve de Pointe-Bleue, par exemple,
où les relations sont très tendues entre le corps policier et les
autochtones, également. Alors, vous entendez siéger et
procéder à des audiences dans les communautés
elles-mêmes sur le territoire des réserves?
M. Lachapelle: Exactement. Nous avons l'intention de faire des
audiences publiques, bien sûr, si nous avons les ressources
nécessaires, de
la même manière que nous l'avons fait pour les
communautés ethniques. Évidemment, dans les circonstances, on
comprenait que c'était surtout à Montréal, mais nous avons
l'intention de nous rendre sur les réserves.
Mme Harel: Est-ce qu'on peut demander au président de la
Commission des droits de la personne s'il a hâte que le tribunal soit mis
en place?
M. Lachapelle: J'espère que ça se fera
bientôt. J'ai entendu tantôt M. le ministre nous dire que ça
devrait se produire dans les prochains mois, et je suis très heureux
d'entendre qu'on puisse enfin apporter une solution à l'acheminement de
nos dossiers et au traitement des dossiers à la Commission.
M. Rémillard: Sur ce sujet-là, M. le
Président, je peux informer Mme la députée que
l'entrée en vigueur de la loi se fera en deux étapes. Tout
d'abord, la première étape qui concerne la mise en place du
tribunal seulement, de façon que le tribunal puisse fonctionner
dès la mise en vigueur de l'ensemble de la loi. Ça, ça
pourrait être le 16 juillet prochain. Et le reste de la loi pourrait
être mis en vigueur plus tard. Un projet de décret de mise en
vigueur a déjà été soumis. Alors, ça
pourrait être en novembre, environ, de sorte que le président
puisse être nommé.
Nous avons ouvert un concours pour trouver le président. Selon
les normes établies par la loi, ça doit être quelqu'un qui,
en particulier, est sensible et a démontré sa sensibilité
à tout ce secteur des droits et des libertés fondamentaux.
J'espère que ce concours nous permettra de trouver quelqu'un qui voudra
relever ce défi d'un premier tribunal. Le tribunal débutera en
fonction des demandes des causes qu'il pourra y avoir. Et je me
réfère à une discussion que nous avons eue... Tout
ça nous a amenés à de grandes discussions, l'an dernier,
à peu près à la même époque, à savoir
si le tribunal devrait être accessible à tous, sans passer
nécessairement par la Commission des droits de la personne. Et,
finalement, on sait que la conclusion qui a été retenue de nos
discussions, après maintes réflexions, c'est que la Commission
qui accepte de prendre fait et cause pour un plaignant peut se présenter
devant le tribunal au nom de ce plaignant, mais qu'un plaignant dont la cause
est refusée par la Commission peut aussi s'adresser, mais à ses
frais, directement au tribunal.
On espère, à ce moment-là, qu'on va dégager
plus d'accessibilité, parce que l'accès sera encore plus facile
à ce tribunal des droits. C'est une nouvelle structure. On peut en
être fiers. Il n'y a pas de précédent au Canada de ce genre
de tribunal. Et nous allons faire tout ce que nous pouvons pour que ce soit un
succès, pour rendre plus accessible l'expression des droits et
libertés fondamentaux.
Le Président (M. Dauphin): Merci, M. le ministre.
Mme Harel: M. le Président, quand le ministre entend-il,
entre-temps, renouveler le mandat expiré d'une grande majorité
des membres siégeant à la Commission des droits et
libertés de la personne?
M. Rémillard: Tout d'abord, les mandats se terminent quand
on décide d'y mettre fin. Et il y a des mandats, dans le cas de la
Commission... J'ai demandé à M. Lachapelle, tout d'abord, en
premier lieu, d'avoir l'amabilité de nous faire profiter de son
expérience et de sa compétence pour encore un petit bout de
temps, pour nous permettre de mettre en application la nouvelle loi et le
nouveau tribunal. C'est donc un élément très important, et
je le remercie de sa collaboration.
Ensuite, en ce qui regarde les autres nominations, qui doivent
être faites avec l'Assemblée nationale, j'espère pouvoir
les faire dans le courant du mois de juin. Des consultations ont
été fartes, et j'espère pouvoir être en mesure - on
devrait l'être, de fait - d'être en communication avec l'Opposition
pour proposer des noms de remplacement pour les personnes qui veulent se
retirer. Et, malheureusement, il y a des personnes de grande valeur qui ont
décidé qu'après un certain temps elles veulent oeuvrer
ailleurs, et on ne pourra plus compter sur leur expertise et leur
compétence.
Mais nous aurons à vous proposer des noms dans un avenir prochain
pour que nous puissions, au niveau de l'Assemblée nationale, faire ces
nominations.
Commission des services juridiques
Mme Harel: Je remercie le président de la Commission. Et,
M. le ministre, j'aimerais vous poser la même question concernant la
Commission des services juridiques. Peut-être avez-vous pris connaissance
du communiqué émanant de la Fédération des avocats
d'aide juridique du Québec, en date d'hier, qui était assez
sévère à l'égard de l'absence de politique,
disait-on, inquiétante du ministre de la Justice vis-à-vis de
l'aide juridique du Québec. Et la Fédération des avocats
de l'aide juridique demandait au ministre, dans les plus brefs délais,
notamment, de hausser les critières d'admissibilité à
l'aide juridique - ça, on en a déjà parlé - de
nommer les commissaires à la Commission des services juridiques, en
rappelant qu'à la Commission, formée de 12 commissaires, tous les
mandats étaient expirés et qu'à cause de la
négligence à renouveler ou, tout au moins, à
désigner de nouveaux commissaires les trois dernières
réunions n'avaient pu avoir lieu faute de quorum.
(15 h 45)
D'autre part, la Fédération des avocats demandait
également au ministre de nommer un nouveau vice-président
à la Commission des services juridiques, faisant valoir que la
nomination, en novembre 1989, d'un vice-président susceptible, je pense,
d'être en conflit d'intérêts flagrant, disait-elle, avait
empêché qu'il occupe le poste qui était toujours vacant.
Et, finalement, la Fédération des avocats de l'aide juridique
demandait également de renouveler le mandat du président de la
Commission des services juridiques. Est-ce que le ministre entend, à
l'égard de la Commission des services juridiques, intervenir dans les
jours qui viennent?
M. Rémillard: Oui, dans les prochaines semaines. Des
consultations sont en cours parce que, selon l'article 12 de la Loi sur l'aide
juridique, je dois consulter des intervenants et tous les groupes
intéressés. Par conséquent, on a établi une liste
de personnes, d'intervenants qu'on doit consulter, entre autres, les ACEF, la
Commission des droits et libertés de la personne, le Protecteur du
citoyen, l'Association des services externes de main-d'oeuvre, la Ligue des
droits et des libertés de la personne, le Barreau du Québec. Les
consultations sont en cours. Elles vont assez bien et ça devrait nous
amener, dans le mois, à pouvoir faire les nominations au niveau des
commissaires. Au niveau de la vice-présidence, il y a une situation qui
devrait se régler aussi dans un avenir très prochain, qu'on me
dit, ce qui veut dire que, normalement, tout devrait procéder
correctement dans un avenir prochain.
Le Président (M. Dauphin): Merci, M. le ministre.
Problème de la médiation
familiale
Mme Harel: M. le Président, je souhaiterais pouvoir
aborder avec le ministre toute la question de la médiation familiale.
Qu'est-ce qu'il entend faire pour dénouer le problème avec le
ministère de la Santé et des Services sociaux?
M. Rémillard: Alors, la médiation familiale, de par
l'expérience qui a été menée à Québec
et à Montréal, même si ce n'est pas tout à fait au
même niveau dans les deux villes, il reste que la conclusion qui s'impose
très clairement, c'est que c'est un succès et ça
répond à un besoin, c'est évident. Par conséquent,
le désir que nous avons, la volonté ferme que nous avons, c'est
d'étendre ce service partout au Québec. Nous avons eu une
rencontre avec mon collègue, avec les gens de mon ministère, le
sous-ministre et les fonctionnaires impliqués dans ce dossier. Nous
avons eu une rencontre avec mon collègue de la Santé et des
Services sociaux et ses sous-ministres et nous en sommes arrivés
à la conclusion que la responsabilité de cette médiation
qui se déroulera à l'intérieur d'une procédure
judiciaire, au palais de justice, sera sous la responsabilité du
ministère de la Justice en ménageant bien une intervention en ce
qui regarde la santé et les services sociaux dans les domaines qui
relèvent de leurs juridictions.
Alors, le dossier est en train de se terminer dans les prochains jours.
M. le sous-ministre m'informe à l'instant même qu'il y a eu encore
des contacts tout récemment avec le ministre de la Santé et des
Services sociaux qui a les mêmes objectifs que nous. Tout semble
très bien aller, ce qui veut dire qu'on devrait être capables. Il
reste à trouver les ressources matérielles parce que je ne suis
pas le genre de ministre à m'avancer sur des choses et dire ensuite: Je
vais retourner au Conseil du trésor. Il faut trouver les ressources
matérielles, mais je pense que c'est une cause qui en vaut vraiment le
coup et j'ai bien l'intention de faire tous les efforts qu'il faut faire pour
aller chercher les moyens matériels pour appliquer ce processus de
médiation, cette possibilité de médiation partout sur le
territoire québécois. On va y aller progressivement, mais on
devrait le faire dans un avenir prochain.
Le Président (M. Dauphin): Merci. Mme la
députée.
Mme Harel: On compte environ 500 dossiers de médiation par
année. Il y a environ 15 000 divorces. Il y a peut-être à
faire connaître aussi ce service. J'ai été surprise, en.
regardant les budgets du ministère en comparaison avec d'autres
ministères, de voir que, malgré tout, il y a relativement peu
d'argent alloué aux communications. La hausse des budgets aux
communications, je pense, est de l'ordre d'à peu près 600 000 $
cette année. Je me demandais quelle campagne vous entendiez mener. Un
reproche qui est fait fréquemment au ministère de la Justice,
c'est de ne pas savoir mettre en marché, de ne pas savoir diffuser, de
ne pas savoir mieux communiquer les nouvelles lois qui sont adoptées.
Nous ne parlons pas, évidemment, de la loi sur le patrimoine familial ou
le partage économique des conjoints, mais parlons, disons, du divorce
par déclaration conjointe ou de la médiation familiale. Le
divorce par déclaration conjointe, c'est aussi une façon douce de
procéder sans que ce soit trop coûteux. Est-ce qu'il y aura de
l'information, ne disons pas de la publicité, ça fait
peut-être trop trivial pour la justice, mais est-ce qu'il y aura des
campagnes d'information qui seront faites pour faire connaître cette
façon de procéder?
Le Président (M. Dauphin): M. le ministre.
M. Rémillard: Tout d'abord, c'est vrai qu'on ne sait pas
prendre les moyens nécessaires, dans
bien des cas, pour informer adéquatement les gens des services
qu'on peut offrir. C'est très vrai. Souvent parce qu'on n'a pas les
moyens matériels nécessaires, d'autres fois parce qu'on n'a pas
tout à fait l'imagination qu'on devrait avoir. Je crois que,
définitivement, on a un effort majeur à faire là-dessus.
En ce qui regarde ce service, j'insiste pour que ce service soit offert
gratuitement aux gens. Je veux que ce soit offert gratuitement. Je veux aller
chercher l'argent dans les amendes qui ne sont pas perçues. Je vais
aller chercher ces amendes - ce sont quand même des millions de dollars
qu'on va aller chercher là - ça va nous servir à financer
des services comme celui-là qui permettent à des couples de se
séparer et à des enfants de vivre une séparation tellement
mieux, parce que l'expérience est là.
Maintenant, les couples ne demandent pas le service de médiation,
parce qu'ils ne sont pas assez informés, et le juge, le magistrat,
aussi, va l'offrir, c'est évident. Là, avec l'entente qu'on fait
avec mon collègue de la Santé et des Services sociaux, à
partir de là, je crois qu'on va prendre ce dossier-là. Il y a une
volonté ferme de notre part, et tout mon ministère
là-dessus est très sensibilisé à cette
question-là On va mener ce dossier-là.
Mme Harel: Concernant les...
M. Rémillard: II y a peut-être un
élément important, si vous me permettez, par M. le sous-ministre,
un complément d'information.
Le Président (M. Dauphin): M. Chamberiand.
M. Chamberiand: Merci, M. le Président. Madame, vous avez
fait référence à la déclaration conjointe en
matière de divorce Pour l'information de la commission, le
ministère a mis au point un dépliant justement pour faire
connaître cette possibilité-là, et je suis heureux de vous
annoncer qu'il sera disponible dans les palais de justice d'ici à deux
semaines. Ce sera un dépliant qui s'intitulera "Déclaration
conjointe en matière de divorce", qui a été mis au point
à la suite de consultations avec le Barreau parce que,
évidemment, il ne faut pas empiéter sur son champ de
responsabilités, mais, finalement, tout est réglé et le
dépliant en question, qui vous satisfera sûrement, sera disponible
d'ici à deux semaines.
Mme Harel: Est-ce qu'il ne serait pas opportun que ce
dépliant puisse aussi être mis à la disposition des centres
locaux de services communautaires, des CLSC, des organismes où des
personnes susceptibles de demander de l'aide se retrouvent?
M. Chamberiand: Probablement Je ne connais pas exactement le
détail de la mise en marché, si vous voulez, du dépliant,
mais la Direction des communications, je me ferai fort de lui porter votre
message, que ce serait une bonne idée que ce soit dans les CLSC.
Mme Harel: En 1989, il y a quand même eu 4326 demandes de
divorce Introduites par déclaration conjointe et 954 dossiers en
séparation qui l'ont été aussi par déclaration
conjointe. On voit que tout n'est pas nécessairement antagonique dans
les négociations que les membres d'un couple font.
Je terminerais, M. le Président, pour qu'on puisse
peut-être se quitter avant la fin de la récréation
prescrite à 16 h 15. On pourrait peut-être espérer le faire
à 16 heures, de consentement de la commission. Mais j'aimerais que le
ministre nous indique son intention à l'égard de la
réforme du Code civil. Son prédécesseur avec qui j'ai
travaillé il y a quelques années maintenant la prévoyait
dans le cadre d'un premier mandat de son gouvernement. Ça se terminait,
évidemment, l'an passé. Le ministre nous a indiqué qu'il
avait l'intention d'accélérer le pas. Peut-il nous donner un peu
le tempo?
M. Rémillard: On vise toujours, M. le Président,
l'automne prochain pour qu'il y ait une loi générale
d'application. Cependant, ça voudrait dire l'entrée en vigueur en
janvier 1993. Mais on travaille beaucoup. J'ai des rencontres très
régulières avec les légistes du ministère à
la suite du rapport de M. le juge Baudouin qui a fait un rapport remarquable
sur beaucoup de questions importantes qui se posaient encore. J'ai eu à
prendre des décisions et à faire quelques nouvelles consultations
à la suite d'autres interventions qu'on a eues. Mais je n'ai pas
l'intention de brusquer quoi que ce soit. Et je crois que, lorsqu'on
réforme une loi aussi fondamentale que son Code civil, ce qui veut dire
plus de 3000 articles, il est important qu'on puisse avoir un consensus le plus
large possible dans la société. En conséquence, notre
objectif, nous visons le 1er janvier 1993 autant que faire se peut.
Mme Harel: Dans ce dossier, est-ce que le ministre a cette vision
qu'il faut parfaire l'échafaudage et qu'il soit totalement achevé
pour que certains chapitres soient mis en vigueur. Je pense, entre autres,
à ceux concernant la vie privée, les dispositions de la loi 20
qui sont déjà adoptées et qui sont en attente d'une mise
en vigueur.
M. Rémillard: Le principe qui nous guide, c'est l'adoption
en bloc, l'application en bloc. Cependant, on a fait une exception au
principe pour la curatelle. Et si besoin était, j'en ferais une
autre exception pour ne pas priver les gens de droits qu'ils pourraient avoir
si la loi était en application. Alors, c'est clair qu'en ce qui
regarde la vie privée en particulier, si vous vous
référez à ce cas-là - je pense que vous vous
référez à ce cas-là - c'est évident pour moi
que si on devait retarder l'application du Code civil parce qu'on veut
compléter des consultations, etc. - est-ce que, d'autre part, on se rend
compte d'une façon bien évidente de l'urgence de
légiférer en matière de protection de la vie privée
- on pourra évaluer la situation à ce moment-là?
Mme Harel: Alors, M. le Président, je veux remercier le
ministre, son sous-ministre et les personnes qui l'ont accompagné durant
tout cet examen des crédits du ministère de la Justice et
l'assurer de toute ma collaboration en gardant, évidemment, un point de
vue critique qui sied bien, d'ailleurs, à l'Opposition.
Le Président (M. Dauphin): Merci, Mme la
députée. M. le ministre, le mot de la fin.
M. Rémillard: M. le Président, je veux remercier
Mme la députée de Hochelaga-Maison-neuve, comme je voudrais
remercier le député de Berthier, le député de
Sherbrooke qui ont été aussi avec nous dans cette commission
parlementaire, remercier M. le sous-ministre Chamberland et tous les
fonctionnaires qui étaient ici et qui nous ont aidés à
donner des réponses les plus complètes possible, remercier Mme la
secrétaire et tous les gens et vous-même, M. le Président,
qui, avec votre brio habituel, avez su présider nos travaux.
Adoption des crédits
Le Président (M. Dauphin): Alors, merci, M. le ministre.
Avant de nous quitter, est-ce que les programmes 1 à 11 des
crédits budgétaires du ministère de la Justice sont
adoptés?
Mme Harel: Adopté.
Le Président (M. Dauphin): Adopté. Pour ne pas
prendre de chance, est-ce que l'ensemble des crédits budgétaires
sont adoptés?
Mme Harel: Adopté.
Le Président (M. Dauphin): Adopté. Alors, à
mon tour, au nom des membres de la commission, je vous remercie, M. le
ministre, ainsi que M. le sous-ministre en titre, la directrice de cabinet qui
vous accompagnait et tous vos hauts fonctionnaires et le personnel de la
commission, y Incluant monsieur, et Mme Beauregard. J'ajourne donc les travaux
de la commission des institutions jusqu'au lundi 4 juin, après les
affaires courantes de l'Assemblée, pour l'étude des
crédits du Conseil exécutif. Merci et bon retour.
(Fin de la séance à 16 heures)