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Point de presse de M. Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire du deuxième groupe d’opposition, Mme Christine Labrie, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’éducation, et Mme Ruba Ghazal, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’environnement

Version finale

Le mardi 30 mars 2021, 11 h 15

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Onze heures vingt et une minutes)

M. Nadeau-Dubois : Bonjour. Content de vous retrouver cette semaine. Eh bien, c'est officiel, le Québec est maintenant dans la troisième vague de la pandémie de COVID-19. Ce matin, comme beaucoup de Québécois, comme beaucoup de Québécoises, je suis inquiet et surtout je ne comprends pas. On savait qu'une troisième vague s'en venait, on le savait, les scientifiques avertissaient les gouvernements du monde entier depuis le mois de février, depuis le mois de janvier. Et pourtant, on est le 30 mars et les tests rapides ne sont toujours pas déployés partout sur le territoire du Québec. Et pourtant, la ventilation dans les écoles, ce dossier-là, c'est encore le fouillis total, c'est loin d'être réglé. Et pourtant, jusqu'à la semaine dernière, on se chicanait encore, le gouvernement du Québec se chicanait encore avec les infirmières pour leur interdire de porter des N95.

Moi, cet après-midi, ce que je m'attends de François Legault, ce n'est pas qu'il sermonne les Québécois et les Québécoises sur le respect des consignes, c'est qu'il annonce des décisions, c'est qu'il annonce les gestes qu'il va poser pour freiner la troisième vague qui commence à déferler sur le Québec. Cette troisième vague-là, elle commence, elle s'en vient, elle ne disparaîtra pas par magie. Les slogans motivateurs de François Legault ne suffiront pas, il faut des gestes, il faut des décisions, c'est ce à quoi Québec solidaire s'attend cet après-midi.

Mme Ghazal : Merci, Gabriel. Moi, ce matin, je voudrais réagir à l'étude de l'OQLF sur le recul du français, qui a été publiée hier. Et, comme tout le monde, je suis inquiète, inquiète pour l'avenir du français. Vous savez, moi, je suis une fière enfant de la loi 101, j'ai appris le français à partir de l'âge de 10 ans — ma langue maternelle, c'est l'arabe — et j'aime cette langue, je l'adore, j'aime tout ce qu'elle représente. Et, pour moi, c'est extrêmement important, comme pour Québec solidaire et comme pour tous les Québécois et toutes les Québécoises, que cette langue demeure vivante pour très, très, très longtemps au Québec.

Mais, face aux mauvaises nouvelles qu'on a, étude après étude, je ne baisse pas les bras. On a tous très hâte que le ministre Simon Jolin-Barrette dépose enfin sa réforme sur la loi 101 pour la moderniser, surtout à Montréal. Je lui ai fait une proposition il y a quelques semaines pour régler la situation ou, en tout cas, pour renforcer la protection du français à Montréal, où il faut mettre les ressources, créer un bureau spécial de l'OQLF à Montréal.

Et surtout, ça va être important que sa réforme vise les employeurs, parce que ce qui est inquiétant, c'est la langue du travail. La loi 101 dit que la langue du travail doit être en français, et ça, c'est de moins en moins vrai. Il va falloir qu'il vise les employeurs parce que très souvent, et j'en ai moi-même fait l'expérience dans mon ancienne carrière, on demande des compétences en anglais, systématiquement, alors que ce n'est pas nécessaire. Et ça, ça crée des situations comme ce qu'on a vu dans certains reportages, où on a des immigrants, notamment unilingues francophones, qui ont de la difficulté à trouver des emplois à la hauteur de leurs compétences parce qu'ils ne connaissent pas suffisamment l'anglais. Et ça, ça crée de la discrimination, ça crée des injustices notamment économiques, et ça va être très important que le ministre Jolin-Barrette, rapidement, dépose sa réforme qui va dans ce sens-là pour régler la situation du français au travail. Merci.

Mme Labrie : Bonjour. Donc, vous le savez, on a constaté la semaine dernière... on a été nombreux à constater avec une grande déception, un désarroi même, que la consultation que le ministre organise cette semaine sur la réussite éducative ne sera pas publique. Pourtant, le ministre, je crois sincèrement, aurait eu besoin d'un véritable exercice de consultation pour reconstruire sa relation avec les partenaires du réseau de l'éducation. Et, il y a quelques semaines, j'ai moi-même communiqué avec le ministre pour l'implorer de procéder à un exercice comme celui-là.

Je suis très inquiète de ce que je vois dans le réseau, actuellement, du découragement aigu des enseignants, des enseignantes, de toute une série de membres du personnel du réseau de l'éducation. Et je sais que ce découragement-là est notamment dû à la mauvaise réputation du ministre, à ses manières de faire qui alimentent le désespoir de beaucoup de travailleurs et de travailleuses du réseau de l'éducation. Et j'ai exprimé au ministre à quel point on avait besoin qu'il reconstruise sa relation de confiance avec les partenaires du réseau, parce qu'autrement on ne réussirait pas à recruter le personnel et à retenir le personnel dont on a besoin.

Quelques semaines plus tard, il a annoncé sa consultation. Il pensait que je m'en réjouirais. Et, d'un premier regard, je m'en suis réjouie aussi. Mais en constatant que ce ne serait pas public, je ne peux que me désoler des choix qu'il fait. Ce qu'il met sur pied, ça manque de transparence et c'est davantage, finalement, un exercice de relations publiques, raté, même, il faut le constater, qu'une vraie consultation. Et moi, je ne peux pas cautionner ça.

Je lui ai demandé, la semaine dernière, de revenir sur sa décision et de rendre publiques les consultations. Il ne m'a jamais répondu. Il ne m'a jamais répondu. Je trouve que c'est un manque d'ouverture dérangeant par rapport au signal qu'il devrait envoyer au réseau de l'éducation en ce moment. Je ne sais pas de quoi il a peur, je me l'explique mal. Est-ce qu'il a peur de se faire dire ses quatre vérités sur sa gestion du réseau de l'éducation pendant la pandémie? Il préfère que ça se passe hors caméra? Est-ce qu'il divise pour mieux régner puis ensuite imposer son propre plan pour des mesures sans qu'on puisse évaluer si ça répond au consensus exprimé par les partenaires, puisqu'on n'était pas présents? Je ne le sais pas. Mais ce que je sais, c'est qu'au Québec, l'éducation, c'est un enjeu qui concerne toute la société, la réussite éducative également, et une consultation en matière d'éducation, ça devrait être public.

La Modératrice : Merci beaucoup. On va prendre vos questions. Une question, une sous-question, s'il vous plaît.

Mme Gamache (Valérie) : Bien, à ce sujet-là, pas exactement, mais qu'est-ce que vous attendez, Mme Labrie, de la troisième offre qui sera déposée ce soir aux leaders syndicaux au Québec? Est-ce que vous avez l'impression que le gouvernement est prêt, là, peut-être à mettre de l'argent sur la table?

Mme Labrie : Je réponds par rapport à l'éducation?

Mme Gamache (Valérie) : Bien, oui, parce qu'il y a beaucoup de professeurs, entre autres, qui font des moyens de pression ces jours-ci, là.

Mme Labrie : Écoutez, on connaît l'ampleur de la pénurie de personnel. Le ministre lui-même, depuis longtemps, le dit, que c'est le plus grand défi du réseau en ce moment. Il n'y a pas 36 solutions, là, pour régler ce problème-là, il faut être généreux dans les offres, il faut qu'il aille de l'avant avec les engagements électoraux qu'il avait pris. En ce moment, ça ne fait pas partie des offres patronales. Ça a contribué à briser la confiance très tôt dans le mandat de l'actuel gouvernement. Donc, moi, je ne vois pas comment on va réussir à offrir tous les services professionnels aux élèves dans nos écoles, à ce qu'il y ait des titulaires qualifiés dans chacune des classes si on ne fait pas un investissement massif dans les conditions de travail des enseignants, des enseignantes et du personnel.

M. Nadeau-Dubois : Peut-être ajouter un élément plus général. Il ne s'est pas passé une conférence de presse depuis un an où François Legault puis ses ministres principaux n'ont pas félicité les travailleurs, travailleuses du secteur public. Il ne s'est pas passé une conférence de presse sans qu'on invente un nouveau slogan pour dire à quel point on les aime, à quel point ils sont essentiels, à quel point c'est des anges gardiens, puis c'est vrai en éducation, c'est vrai en santé. Mais, quand vient le temps de transformer ces slogans-là en offres autour de la table des négociations, bien, le gouvernement s'enfuit en courant.

Ça, c'est un double discours, dire une chose aux Québécois, Québécoises : C'est bien important, l'éducation puis la santé, puis, quand on arrive les yeux dans les yeux avec les travailleurs, travailleuses qui font vivre ces services publics là, ah, bien là, tout d'un coup, c'est le vieux discours libéral d'austérité qui est servi aux négociateurs. Ça fait que ce double discours là, il doit s'arrêter maintenant, puis on s'attend à des offres significativement bonifiées de la part de Sonia LeBel aujourd'hui.

M. Bergeron (Patrice) : Sur la troisième vague, M. Nadeau-Dubois, vous l'avez dit, vous demandez des gestes clairs au gouvernement. Le gouvernement était déjà au courant qu'il y avait des scénarios assez graves concernant la troisième vague. Vous demandez des gestes maintenant. Est-ce que ça signifierait de resserrer, par exemple, ce qui existe déjà, ce qui a été permis comme assouplissements?

M. Nadeau-Dubois : D'abord, la prémisse de votre question est très importante, là. Ça fait des mois qu'on sait qu'il y aura une troisième vague, ça fait des semaines que, Québec solidaire, vous nous entendez faire des propositions, et c'est comme si le gouvernement aujourd'hui était surpris de l'ampleur que c'est en train de prendre. Ça, pour moi, c'est incompréhensible. Il y a d'autres manières de freiner la propagation du virus que de confiner des secteurs de la société.

Donc, moi, ce que je demande à François Legault, aujourd'hui, ce n'est pas d'annoncer un reconfinement, c'est d'annoncer quelque chose, d'annoncer des gestes pour ralentir la pandémie. Et on en a fait, des propositions. La semaine passée, j'étais à ce podium et je vous parlais de l'importance de la ventilation, pas seulement dans les écoles, également dans tous les autres lieux publics intérieurs qu'on vient de déconfiner. Si on ne veut pas les refermer, les salles de spectacle, si on ne veut pas les refermer, les restaurants en zone orange, si on ne veut pas les refermer, les gyms, il y a des moyens qu'on peut prendre et que plein de pays dans le monde prennent, notamment des normes en matière de ventilation.

Pourquoi c'est si compliqué pour le gouvernement du Québec de donner ces outils-là aux écoles, de donner ces outils-là aux entrepreneurs pour qu'on évite un reconfinement? Parce que moi, l'effet yoyo, ça me fait peur, ça me fait peur pour l'adhésion de la population aux mesures, ça me fait peur pour les cas qui pourraient augmenter si les gens perdent confiance dans les mesures qui sont recommandées par le gouvernement.

M. Larin (Vincent) : Avec du recul, M. Nadeau-Dubois, est-ce que c'était une bonne chose que François Legault fixe la date du 24 juin comme une date, là, où tout le monde aurait droit à une première dose de vaccin?

M. Nadeau-Dubois : Du défi 28 jours au 24 juin, date symbolique de la fin de la vaccination, en passant par le...

Une voix : ...

M. Nadeau-Dubois : ...bien, disons, une date charnière dans la campagne de vaccination, en passant par le contrat moral, c'est un gouvernement qui mise énormément sur les capacités de communication d'un seul homme, le premier ministre, pour parler aux Québécois, Québécoises. Je ne nie pas que M. Legault a certaines capacités de communication, mais, à un moment donné, un virus, on ne combat pas seulement ça avec le charisme personnel. Il faut aussi des mesures puis des décisions. Et, si ce que François Legault nous dit cet après-midi, c'est juste des slogans puis du «lâchez pas, la gang, on va y arriver», ça ne fonctionnera pas. Ce n'est pas suffisant. La troisième vague, elle déferle partout à travers le monde.

Mme Lévesque (Fanny) : J'aimerais vous entendre, soit vous ou Mme Labrie, sur la DPJ. On apprenait qu'on avait de plus en plus recours à des agences de placement. C'est assez préoccupant dans le contexte où, bon, il y a des suivis de dossiers, tout ça. Est-ce que c'est une pratique que vous connaissiez? Est-ce que ça vous inquiète? Et qu'est-ce qu'on devrait faire pour réduire cet usage-là des agences?

Mme Labrie : On savait qu'il manquait de personnel, mais j'ai découvert avec horreur, ce matin, qu'on utilise les agences de placement pour faire le suivi des dossiers à la DPJ. Je suis scandalisée par ça. C'est fondamental, à la protection de la jeunesse, que les intervenantes qui ont entre leurs mains les dossiers puissent établir un lien de confiance durable avec les familles, avec les enfants. D'avoir recours à des agences de placement, c'est le contraire de ce qu'on devrait être en train de faire, là, à la protection de la jeunesse.

Donc, c'est vraiment désolant de voir qu'on en est rendu là, alors que, pourtant, on sait à quel point c'est les conditions de travail, là, qui occasionnent une désaffection envers la protection de la jeunesse, là. Les gens acceptent un poste là, parfois un peu à contrecœur, ils restent un certain temps. Dès qu'ils en ont l'occasion, ils vont sur un autre poste, parce que c'est épuisant, ils ont trop de dossiers, ils n'ont jamais l'impression d'y arriver puis de pouvoir offrir un suivi satisfaisant aux familles qu'on leur confie. C'est vraiment désolant.

Donc, moi, je regarde ce qui a été fait, là, depuis toutes les tragédies qu'on a connues, là, dans les dernières années, en matière de protection de la jeunesse, et ce que je constate, c'est que l'énergie, elle a été mise parfois ponctuellement pour réduire des listes d'attente, ça a été le cas dans ma région, en Estrie, il y a même eu une tutelle. Elle n'a rien donné, la tutelle. Les travailleurs, les travailleuses en Estrie ne savent même pas c'est quoi, le nom du tuteur, ils ne l'ont jamais rencontré. On a mis de l'argent pour faire venir du monde pour vider les listes d'attente, ça a fonctionné, et quand ces gens-là sont repartis, qu'est-ce qui s'est passé? Bien, les listes d'attente ont recommencé à monter parce que les signalements, ils ont continué de rentrer, puis on n'avait pas trouvé de solution durable à la pénurie de personnel à la protection de la jeunesse. Je trouve ça... Pour vrai, je suis horrifiée qu'on fasse appel aux agences de placement pour ça, je suis horrifiée qu'on fasse ça. C'est se tirer dans le pied carrément, là, par rapport au lien de confiance qu'on a besoin de construire avec ces familles-là.

Mme Lévesque (Fanny) : Qu'est-ce que vous proposeriez, par exemple, à court terme, là, pour réduire cette utilisation-là?

Mme Labrie : Bien, écoutez, il y a une rencontre, on vient d'en parler, là, Conseil du trésor avec les travailleurs, travailleuses du secteur public, aujourd'hui. Je disais qu'il faut que les offres soient généreuses, c'est le cas, là. On veut avoir des conditions suffisamment bonnes pour combler tous les postes à la protection de la jeunesse par des intervenants, des intervenantes qui vont rester là, qui vont gagner de l'expérience, qui vont pouvoir établir ce lien de confiance là avec les familles. Là, le roulement qu'il y a là en ce moment est complètement inadéquat. C'est, à mon sens, ce que ça prend. Il faut qu'on puisse leur confier, à chacun d'entre eux, un nombre de dossiers raisonnable pour qu'ils puissent faire un suivi rigoureux de chacun de ces dossiers-là et eux-mêmes se sentir en confiance d'avoir pu mettre tout le temps nécessaire à chacun des dossiers. Et c'est loin d'être le cas en ce moment.

M. Larin (Vincent) : ...une question pour la porte-parole en environnement, Mme Ghazal. On a vu récemment un cas, sur les réseaux sociaux, qui a beaucoup fait jaser, d'un autochtone, un Innu, précisément, de la communauté de Nutashkuan, sur la Côte-Nord, abattre un caribou forestier à coups de hache. Ça soulève la question de la chasse pour la subsistance. Selon vous, est-ce que c'est encore justifié, de nos jours, sachant que le cheptel de caribou forestier ne compte plus que 600 individus, de permettre à des autochtones d'abattre des bêtes?

Mme Ghazal : Bien, si c'est leur moyen de... Parce que j'ai manqué un petit peu le début de votre question.

M. Larin (Vincent) : ...

Mme Ghazal : Oui, c'est ça, si ça répond à leur subsistance. Nous, ce qu'on dit, c'est que oui, c'est sûr que les cheptels de caribou forestier... Puis la députée Émilise Lessard-Therrien travaille beaucoup là-dessus pour les protéger, et c'est une espèce en voie de disparition depuis longtemps. Maintenant, honnêtement, pour vous dire la vérité, je ne suis pas familière avec ce qui s'est passé là puis c'est quoi, s'il y a eu des discussions avec les Premières Nations, les nations autochtones qui font la chasse.

M. Larin (Vincent) : ...

Mme Ghazal : Non, c'est ça. Bien, je ne sais pas, je ne suis pas au courant de ça, mais il faudrait voir avec eux, discuter avec eux, parce qu'on sait que c'est sensible, au lieu de dire... Il y a tellement de choses qu'on peut faire aujourd'hui pour protéger cette espèce-là, ça ne serait pas là qu'on commencerait peut-être à interdire la chasse. Il y a tellement de solutions qui ont été proposées par ma collègue Émilise Lessard-Therrien, notamment au ministre de la Faune, Forêts et Parcs, pour protéger ces cheptels-là, qu'il faudrait commencer par là au lieu d'y aller avec ces chasseurs-là. Il faudrait aller voir un peu plus...

M. Robitaille (Antoine) : Il y a le Collectif antiraciste décolonial qui a traité un de nos collègues de fasciste. Est-ce qu'il devrait s'excuser?

M. Nadeau-Dubois : Oui. On a eu l'occasion, publiquement, de ne pas seulement se dissocier, mais d'exprimer notre désapprobation claire et ferme à l'égard de ces propos-là. Traiter des journalistes, directement ou indirectement, de fascistes ou de faire partie de l'extrême-droite, ce n'est pas comme ça qu'on fait de la politique à Québec solidaire. Ce n'est pas comme ça qu'Amir Khadir faisait de la politique. Ce n'est pas comme ça que Françoise David faisait de la politique. Ce n'est pas comme ça que Manon, moi et nos huit collègues faisons de la politique. Ce message-là a été passé, bien sûr, aux individus en question, mais à l'ensemble de nos élus au niveau national puis au niveau local. On prend ça au sérieux.

M. Robitaille (Antoine) : Là, s'il n'y a pas d'excuse, est-ce qu'il va y avoir des conséquences? Je me souviens, le Parti québécois, il avait eu maille à partir avec le SPQ libre, à un moment donné. Il y a comme un parti dans le parti. Est-ce que c'est un peu la situation dans laquelle vous vous retrouvez?

M. Nadeau-Dubois : Bien, vous avez raison de souligner que Québec solidaire n'est pas le premier parti à avoir une culture démocratique, une culture de débat où il y a des clubs politiques, des collectifs — d'ailleurs, c'est un équivalent assez près, là — qui expriment certaines choses parfois en dissidence par rapport à la direction politique du parti puis aux élus officiels du parti. Comme je vous dis, il y a eu des communications, bien sûr, envers ce groupe d'individus là, il y a eu des communications envers l'ensemble des élus nationaux et dans les associations locales pour dire que nous ferions respecter les statuts et règlements de Québec solidaire, qui prévoient un environnement de militantisme qui soit sain puis dépourvu de propos injurieux. Et peut-être pour répondre encore plus directement à votre question, parce que c'est important pour moi de le faire, Québec solidaire n'est pas un parti totalitaire, ce n'est pas notre intention de censurer des militants qui s'expriment sur les médias sociaux...

M. Robillard (Alexandre) : Mais vous avez liquidé le Collectif Laïcité.

M. Nadeau-Dubois : C'est-à-dire qu'il y a eu une résolution par le Conseil national de Québec solidaire, non pas par la direction politique, par le conseil national, et c'est le conseil national qui a le pouvoir d'accréditer ou de désaccréditer des collectifs. Et, à ce stade-ci, il n'y a rien d'exclu pour les prochains conseils nationaux de Québec solidaire.

M. Dutrisac (Robert) : Donc, il pourrait y avoir une résolution dans ce sens-là.

M. Nadeau-Dubois : N'importe quelle association pourrait en effet soumettre une telle résolution.

M. Dutrisac (Robert) : Ce n'est pas la seule intervention qui est problématique de la part du collectif, quand on pense à l'appui qu'ils ont apporté à M. Attaran qui, essentiellement, faisait du «Québec bashing», là. Alors, vous avez un parti politique, Québec solidaire, qui, en son sein, a des gens qui soutiennent ça. Alors, il y a un sérieux problème, là, c'est un problème qui... Comment vous envisagez ce problème-là? Parce qu'il y a quand même des dissensions, au sein de Québec solidaire, autour de gens comme des gens du collectif, de ce type d'action politique là et d'une gauche plus classique.

M. Nadeau-Dubois : Bien, d'abord, c'est important pour moi de rappeler que, lorsque les individus en question ont fait ces communications-là au sujet des propos de M. Attaran, ça a été très rapide. Manon, moi, la direction du parti, on s'est clairement dissocié de ça. Le racisme systémique, c'est un problème auquel il faut s'attaquer au Québec, c'est important de lutter contre le racisme systémique. Des propos comme M. Attaran, là — et moi, j'ai entendu mon collègue, Andrés Fontecilla, le dire — ça nuit aux efforts de bonne volonté de tellement de militants puis de militantes sur la cause antiraciste, y compris au sein de Québec solidaire, qui tentent que la nation québécoise ait ce débat de manière mature, de manière saine. Puis les propos injurieux, incendiaires, provocateurs, de ce prof d'université — on ne devrait même pas le... en tout cas, j'essaie de ne pas trop le nommer parce que, de toute évidence, ce qu'il veut, c'est de la publicité, là — ça nuit, ça nuit à ce débat tellement important pour la société québécoise, puis on s'est dissociés très rapidement quand les individus dont vous faites allusion ont exprimé une espèce d'appui à ces propos-là.

La Modératrice : Une dernière question en français.

M. Dutrisac (Robert) : Vous vous dissociez, mais vous êtes un peu comme la pomme qui se dissocie du ver, comme image, là.

M. Nadeau-Dubois : Non. Québec solidaire est un parti de...

M. Dutrisac (Robert) : ...

M. Nadeau-Dubois : Je veux dire, Québec solidaire est un parti démocratique, on est un parti de 20 000 membres, on ne se mettra pas à censurer des publications Facebook de militants, militantes. Ça, je pense que ce n'est pas le genre de politique qu'on veut faire, à Québec solidaire, censurer des gens, on n'est pas un parti totalitaire.

Par contre, Manon, moi, notre collègue Andrés, qui a été le premier à prendre la parole sur cette question-là, parce que c'est notre porte-parole en matière de lutte au racisme systémique, nous assumons le leadership dans l'organisation, et nous envoyons un message, et nous l'avons fait dans les dernières heures, à l'ensemble des élus du parti, que ce n'est pas comme ça qu'on veut faire de la politique, à Québec solidaire, et nous allons continuer à assumer ce leadership-là au sein de Québec solidaire.

M. Bossé (Olivier) : Mais il n'y a rien qui empêche que ça arrive encore la semaine prochaine, que ce collectif-là dise : On vous a entendus, mais on s'en sacre puis on continue.

M. Nadeau-Dubois : Je vous le répète, aux dernières nouvelles, là, on est dans une société où les gens ont la liberté d'expression. Cette liberté d'expression là, elle vaut également à l'intérieur d'un parti politique. Il faut respecter cette liberté d'expression, mais on a été très clairs et, à chaque fois que vous allez nous poser la question, nous allons être très clairs : associer le gouvernement du Québec au suprémacisme blanc ou associer un journaliste en bonne et due forme dans la Tribune de la presse d'être, d'une manière ou d'une autre, acoquiné avec l'extrême droite, ce n'est pas acceptable puis ce n'est pas comme ça qu'on fait de la politique, à Québec solidaire. Puis je vous répète que ce message-là, je ne le dis pas juste à vous, c'est un message qui a été passé à l'ensemble de nos élus, puis on va continuer tant que nécessaire à passer ce message-là.

La Modératrice : On va passer en anglais.

M. Authier (Philip) : You're saying, today, you're looking for a plan against the third wave, but a motivational speaking is not going to cut it, right, from what you're saying, in terms of what the Premier's message will be.

M. Nadeau-Dubois : No. All the scientists saw the third wave coming. We knew it would happen. So, this morning, not only am I worried, you know, I honestly don't understand why the Government wasn't ready for that third wave. We're on March 30th. Why are rapid tests not deployed everywhere? Why does the issue of ventilation inside our schools is not solved yet? Why was the Government fighting until a few days ago against health care workers to forbid them to have N95 masks? Why, why, why? So, what we need this afternoon is not a motivational speech by Mr. Legault. What we need are announcements of what his Government will do to stop the third wave or at least slow it down.

M. Authier (Philip) : Is the Government giving mixed messages? Like last week, they said we have the variants... we're resisting the variants, and then, two days, three days later, the INSPQ says...

M. Nadeau-Dubois : I think Quebeckers are intelligent, and when they see the Government getting the measures down, they come to the rational conclusion that things are better and that the pandemic is less dangerous. So, you know, «ça ne prend pas la tête à Papineau» — I don't want to translate those kinds of expressions — to get to the conclusion that things are going better. So, it's easy for Mr. Legault to get to the podium and say : Respect the measures and listen to me, but he has to do concrete gestures and take concrete decisions to slow the third wave.

Mme Fletcher (Raquel) : So, you're saying that he should look at reconfining or...

M. Nadeau-Dubois : Sorry?

Mme Fletcher (Raquel) : Should he look at reconfining certain centers or tightening the measures again?

M. Nadeau-Dubois : I think the debate is not between confining and not confining, there are plenty of options for the Government to slow the spread of the virus. Rapid testing is one of them, giving tools for a better ventilation of the businesses that we just recently opened, for example in cinemas or in gyms. Those are the kinds of things that other governments are doing around the world to slow the spread of the virus. So, there are alternatives to a new wave of confinement.

La Modératrice : Merci beaucoup.

M. Nadeau-Dubois : Merci beaucoup.

(Fin à 11 h 48)