Les versions HTML et PDF du texte du Journal des débats ont été produites à l'aide d'un logiciel de reconnaissance de caractères. La version HTML ne contient pas de table des matières. La version officielle demeure l'édition imprimée.
(Dix heures quinze minutes)
Le Président (M. Jolivet): À l'ordre, s'il vous
plaît!
La commission élue permanente de l'énergie et des
ressources reprend ses travaux pour siéger ce matin, de 10 h 15 à
13 heures. Nous reviendrons, normalement, après une motion en Chambre,
après la période de questions, c'est-à-dire vers 16
heures, 16 h 30, jusqu'à 18 heures. Ce sont les travaux de la
journée aux fins d'examiner les circonstances entourant la
décision du conseil d'administration de la Société
d'énergie de la Baie James de régler hors cour la poursuite
civile intentée à la suite du saccage du chantier de LG 2 survenu
en 1974 et, plus spécifiquement, le rôle du premier ministre et de
son bureau à cet égard.
Les membres de cette commission sont M. Dussault (Châteauguay), M.
Ciaccia (Mont-Royal), M. Duhaime (Saint-Maurice), M. Bourbeau (Laporte), M.
Laplante (Bourassa), M. Gratton (Gatineau), M. Lavigne (Beauharnois), M.
LeBlanc (Montmagny-L'Islet), M. Lalonde (Marguerite-Bourgeoys), M. Perron
(Duplessis), M. Rodrigue (Vimont).
Les intervenants sont M. Bisaillon (Sainte-Marie), M. Vaillancourt
(Jonquière), M. Desbiens (Dubuc), Mme Harel (Maisonneuve), M. Paradis
(Brome-Missisquoi), M. Pagé (Portneuf), M. Doyon (Louis-Hébert),
M. Tremblay (Chambly), M. Saintonge (Laprairie). Le rapporteur est toujours M.
LeBlanc, de Montmagny-L'Islet.
Au moment où nous avons terminé... Oui, M. le
député de Vimont.
M. Rodrigue: Si vous voulez bien prendre note que le
député de Chambly va être membre de la commission, en
remplacement du député de Duplessis.
Le Président (M. Jolivet): Dans ce cas, je ferai la
correction nécessaire.
M. Rodrigue: Merci.
Le Président (M. Jolivet): Au moment où nous nous
sommes quittés, hier soir, c'était Me Beaulé qui
était avec nous. L'autre personne invitée pour la journée
est Me André Gadbois. Donc, la parole était au
député de Gatineau, à qui je la redonne. Mais, avant, le
député de Marguerite-Bourgeoys a une question?
Un mémoire de M. Yvan Latouche?
M. Lalonde: Une question préliminaire, comme d'habitude,
au début de la journée, M. le Président. Je voudrais
simplement vérifier une chose. Je me suis laissé dire qu'un
témoin qui était sur la première liste des témoins,
M. Yvan Latouche, aurait fait parvenir à la commission une demande de
témoigner, accompagnée d'un mémoire, et il aurait
demandé que ce mémoire soit distribué aux membres de cette
commission. Je me suis adressé de façon officieuse au
secrétariat des commissions et on me dit que l'autorisation de
distribuer le mémoire n'est pas encore arrivée d'en haut. Si M.
Latouche est invité comme témoin, naturellement, il serait de
mise, comme d'habitude, d'attendre qu'il présente son mémoire
pour le distribuer aux membres ou à la presse. Mais, s'il n'est pas
invité, est-ce qu'on pourrait quand même avoir accès
à son mémoire?
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre a l'intention de
parler de cette question.
M. Duhaime: M. le Président, je crois que l'Opposition
libérale a déjà en main le document auquel se
réfère le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: M. le Président, question de
règlement.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: J'ai parlé, de mon siège, à
savoir que je voulais avoir accès à ce mémoire-là,
c'est que je ne l'ai pas, physiquement, en main. Est-ce que l'Opposition l'a?
L'Opposition, c'est 43 députés et c'est beaucoup de monde. Je
vous dis simplement que les membres de la commission... Enfin, moi je ne l'ai
pas reçu comme membre de la commission. Je ne l'ai pas reçu
officiellement du secrétariat des commissions. C'est ce dont il est
question ici.
Des voix: Moi non plus.
Le Président (M. Jolivet): M. le
ministre.
M. Bourbeau: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): Un instant! Si vous avez tous
l'intention de dire que vous ne l'avez pas, je tiens pour acquis que personne
ne l'a, du moins officiellement. Donc, il n'y aura pas de question de
règlement.
M. Bourbeau: M. le Président, question de
règlement.
Le Président (M. Jolivet): Je vais entendre votre question
de règlement, M. le député de Laporte.
M. Bourbeau: M. le Président, cela va beaucoup plus loin
que ce que vous venez de dire. Vous avez dit que l'Opposition ne l'a pas
officiellement. J'affirme de mon siège que je ne l'ai pas, que je ne
l'ai pas vu, ni lu, et que je n'en ai même jamais entendu parler. Je
pense qu'il serait intéressant de pouvoir l'avoir.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre.
M. Duhaime: M. le Président, je constate une faiblesse
d'imagination dans les moyens de l'Opposition libérale, parce qu'il
était dans le journal La Presse, ce matin. Tous les journalistes, que
j'ai rencontrés hier après-midi, l'avaient dans les mains.
Une voix: Je l'ai vu.
Le Président (M. Jolivet): S'il vous plaît!
Une voix: Vous en avez une copie officielle, vous autres.
M. Duhaime: M. le Président, je ne donnerai pas mon
consentement pour un dépôt officiel de ce document, qui pourrait
faire partie des travaux de cette commission. Il serait tout à fait
irrégulier de recevoir quelque document ou déclaration que ce
soit, de quiconque ne témoignerait pas devant la commission, à
moins qu'il y ait consentement des deux côtés. Or, il n'y a pas de
consentement, M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): Je pense que je vais
régler assez rapidement le problème.
M. Lalonde: Oui, mais...
Le Président (M. Jolivet): Premièrement, je sais
très bien que la question n'est pas posée à M. le
ministre. Elle est posée à la présidence de la commission
parlementaire. Je dois vous dire que le président doit aussi agir
à l'intérieur des mandats qu'il reçoit. Le mandat
était d'entendre des personnes. Au moment où la personne se fait
entendre, normalement, je lui demande si elle a des propos préliminaires
à faire. Si la personne n'est pas entendue devant cette commission, il
me faut absolument, comme je l'ai déjà fait d'ailleurs à
la commission de l'éducation en particulier, permettre la distribution
de documents, puisqu'il n'y a pas de dépôt de documents à
cette commission. Il n'y a que des distributions de documents à la
commission parlementaire. À ce moment-là, normalement, c'est avec
le consentement des membres de cette commission que l'on peut faire ce genre de
dépôt. Compte tenu que je n'ai pas le consentement, je n'ai pas
l'intention de faire le dépôt de ce document. Cependant, je vais
aller plus loin dans la recherche des décisions que j'aurai à
rendre à l'avenir. Je prends donc en délibéré la
demande qui est faite et j'aurai une décision à rendre dans ce
sens.
M. Lalonde: Merci. M. le Président. Premièrement,
je voudrais simplement souligner le fait qu'il s'agit d'une personne que le
leader du gouvernement avait inscrite sur sa liste maîtresse des
témoins. Deuxièmement, si elle ne vient pas
témoigner...
M. Laplante: Question de règlement, M. le
Président.
M. Lalonde: ...il s'agit d'une situation spéciale.
Le Président (M. Jolivet): Je m'excuse, M. le
député de Marguerite-Bourgeoys. Le député de
Bourassa, sur une question de règlement.
M. Laplante: Je pense qu'on a tous eu une leçon de la
journée qui s'est passée ici hier. Vous êtes en train de la
laisser commencer de la même façon qu'elle a commencé hier,
par des questions de règlement. Notre invité n'a pu
témoigner avant 20 heures hier. Je vous demande d'arrêter ces
questions de règlement pour que notre invité puisse être
questionné. Je vous en supplie.
Une voix: En commençant par la vôtre.
Le Président (M. Jolivet): D'une façon ou de
l'autre, M. le député, je vous remercie de cette information que
vous nous donnez. Il arrive souvent que... S'il vous plaît! Il arrive
souvent que des demandes comme celle-là se fassent. Elles sont un peu
longues, mais je pense qu'on peut désormais commencer avec M. le
député de Gatineau
et ses questions adressées à Me Beaulé. S'il vous
plaît, ne revenez pas sur l'ensemble du sujet! Restons avec Me
Beaulé.
M. Duhaime: M. le Président, me permettriez-vous une
question?
Le Président (M. Jolivet): Oui, juste un instant.
M. Beaulé: Le micro ne fonctionne pas.
Le Président (M. Jolivet): Me Beaulé, vous
avez...
M. Beaulé: M. le Président, je veux apporter...
Le Président (M. Jolivet): Juste un instant, je vais vous
le permettre après puisque le ministre m'a dit qu'il avait une question
à poser.
M. Duhaime: Je voudrais poser une question au
député de Marguerite-Bourgeoys.
Le Président (M. Jolivet): Est-ce que le
député de Marguerite-Bourgeoys accepte?
M. Lalonde: Me poser une question à moi? Je vais prendre
avis. Allez.
M. Duhaime: Je voudrais savoir si votre M. Latouche est le
même M. Latouche que celui qui fait la manchette en première page
du Soleil ce matin? "Yvan Latouche promet d'autres ennuis au Parti
québécois." Est-ce qu'il s'agit de la même personne?
M. Lalonde: Je ne le sais pas. On fera les vérifications
nécessaires.
Le Président (M. Jolivet): Me Beaulé, vous avez la
parole.
Témoignages M. Rosaire Beaulé
(suite)
M. Beaulé: M. le Président, je voudrais apporter
trois corrections à mon témoignage donné en toute fin de
séance, hier soir, le 3 mai. Je ne vous cache pas que j'étais
littéralement épuisé et je crois qu'il est dans
l'intérêt de la commission que je fasse ces rectifications. Je
pense que la journée d'hier a été dure - je ne
m'étendrai pas là-dessus -et je crois qu'on acceptera avec
équité que je puisse le dire. J'ai assisté durant toute la
matinée à un débat entre parlementaires pendant lequel
j'ai été le ballon de certaines interventions, de
déclarations qui étaient très dures à mon
égard, et pendant lequel je n'avais pas droit de parole, ni droit de
réplique. Ce n'est qu'à 16 heures hier que j'ai pu invoquer la
charte des droits et faire présenter par mon avocate, Me Roy, la
requête que vous connaissez et dont vous avez disposé.
J'ai également pris connaissance, à l'heure du midi, d'une
déclaration faite à la radio hier matin qui me touchait
également, et qui me touchait profondément - je ne vais pas
revenir là-dessus - mais je veux souligner qu'à la fatigue
physique s'était ajoutée, tout au long de la journée
d'hier, une fatigue nerveuse à tel point qu'à un moment
donné, hier soir, M. le député de Gatineau m'a
demandé de lire un extrait du rapport Cliche. Il se rappellera que j'ai
buté à trois reprises sur le même mot. Tout cela
étant dit, j'affirme donc qu'étant extrêmement
fatigué hier soir, j'ai - non pas induit la commission en erreur - mais
donné des réponses qui, en certains cas, nécessitent des
corrections. Je commence par les donner, si vous le permettez.
Le Président (M. Jolivet): Vous avez la permission.
M. Beaulé: M. le député de Mont-Royal, c'est
à 21 h 35, ruban 1034-ER, page 3, me pose la question et je cite
à brûle-pourpoint: "M. Ciaccia: Est-ce que vous avez
communiqué avec le bureau du premier ministre vendredi dernier? "M.
Beaulé: Vendredi dernier, j'étais ici et je n'ai pas
communiqué avec le bureau du premier ministre.
Je continue. "M. Ciaccia: Est-ce que le bureau du premier ministre a
communiqué avec vous? "M. Beaulé: Non, je n'ai pas eu de contact
avec le bureau du premier ministre vendredi dernier. "M. Ciaccia: Et le premier
ministre lui-même? "M. Beaulé: Excusez-moi. "M. Ciaccia: Ah!. "M.
Beaulé: M. le Président, j'ai entendu le mot "ah"!" "M. Lalonde,
etc. "M. Beaulé: M. le Président, j'ai été
avisé par Me André-J. Bélanger, mon associé, que M.
Boivin avait téléphoné à notre bureau vendredi
après-midi qui est, je crois, le 29 avril dernier. Je n'ai pas
parlé à M. Lévesque depuis, je pense, quelques jours
après le référendum. "M. Ciaccia: M. le Président,
non".
Un peu plus loin au ruban 1035-ER, page 1. "M. Beaulé: Je ne vous
cache pas que j'étais un peu épuisé à la fin de la
session de vendredi, ayant appris de mon bureau que M. Boivin avait
tenté de me rejoindre, j'ai tenté de le rappeler ici à son
bureau de Québec et il n'était pas là".
Pour que les choses soient bien claires - et ce fait m'a
été rappelé par Me Roy à la fin de la séance
d'hier soir - au milieu de
l'après-midi du vendredi 29 avril, c'est Me Roy qui a
communiqué avec notre bureau, puisque nous faisons partie de la
même étude. Elle a su que Me Boivin avait communiqué avec
le bureau et tenté de me rejoindre. J'ai tenté de le rejoindre
à son bureau de Québec, je ne l'ai pas rejoint. Mais elle m'a
rappelé qu'en fin de journée j'ai effectivement parlé
à M. Boivin à Montréal pendant à peu près
une minute. Donc, il s'agit d'une correction majeure. J'ai, vendredi,
parlé pendant à peu près une minute à M. Boivin en
fin de journée et je vous avoue qu'hier soir, quand M. Ciaccia m'a
posé la question, j'ai eu un black-out complet parce que nous venions de
discuter des rencontres de 1979. On me transporte, dans le temps, à
quelques jours tout récents et de toute façon j'affirme que j'ai
de fait parlé à M. Boivin pendant une minute en fin de
journée. Je l'avais oublié complètement. C'est sur le
premier point, en fin de journée vendredi.
Maintenant, M. le député de Châteauguay m'a
posé une question au ruban 1035-ER, page 2, vers 21 h 40. M. le
Président, je ne veux pas prendre le temps de la commission. On trouve
cela à 21 h 40 et 21 h 44, rubans 1035 et 1036. M. le
député de Châteauguay voulait savoir si, et je cite au haut
de la page 1036: "Je voudrais savoir de Me Beaulé si, à sa
connaissance, les avocats de la SEBJ, qui n'ont pas évoqué cette
information ici à la commission, ont eu l'occasion d'apprendre cette
situation, à savoir que ce syndicat aux vocables multiples, pour
employer votre expression, ne demanda jamais son accréditation à
l'International Union of Operating Engineers et ne lui versa jamais,
d'ailleurs, de cotisations ou de redevances."
Je vais tenter de clarifier ce point, M. le Président. J'ai dit
hier soir que, dans la contestation du 28 novembre 1978, que j'avais transmise
aux avocats de la SEBJ, j'avais allégué que l'Union des
opérateurs de machinerie lourde du Québec, faisant affaires sous
plusieurs vocables dont j'ai donné la liste hier soir, n'était
pas affiliée à l'International Union of Operating Engineers et
qu'elle n'avait jamais d'ailleurs payé de cotisations ou de redevances
à ce syndicat, à ma cliente. D'ailleurs, vous pouvez voir, si
vous le jugez à propos, en consultant la correspondance que j'ai
déposée déjà, correspondance entre M. Rowland G.
Hill et M. Wharton, président de l'International Union of Operating
Engineers, lettre du 16 janvier 1974, lettre du 13 mars 1974 également
de M. Hill à M. Wharton, que c'est hors la connaissance de
l'International Union of Operating Engineers que ce syndicat
québécois avait été formé. En mars 1974, ma
cliente était même sur le point de prendre des procédures
de suspension contre le local 791, lui, affilié à l'International
Union of
Operating Engineers. (10 h 30)
Alors, pour essayer de résumer ce que j'avais compris de la
question de M. Dussault hier soir, c'est: Ce renseignement ou ce fait que
l'Union des opérateurs de machinerie lourde du Québec
n'était pas affiliée à l'International Union of Operating
Engineers avait-il été communiqué à la SEBJ? J'ai
dit que cela avait été communiqué aux procureurs de la
SEBJ le 28 novembre 1978. Cependant, en examinant les documents, le dossier
présenté par la SEBJ le 30 mars dernier, je constate ceci
à la page 70. Je lis à la page 70 du dossier de la SEBJ - il
s'agit d'un extrait du procès-verbal de la réunion du conseil
d'administration de la SEBJ tenue le mardi 6 février 1979, au paragraphe
2 - et je cite: "Les membres du conseil prennent connaissance d'un rapport
adressé aux procureurs de la compagnie par Me Michel Jasmin, procureur
du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction et
du local 791, ainsi que d'un rapport adressé à Mes Geoffrion et
Prud'homme par Me Rosaire Beaulé, procureur du syndicat
international."
Ce rapport est annexé à ce procès-verbal. On le
trouve à la page 93. C'est la fameuse lettre que j'ai adressée
à M. François Aquin, dont la première partie traite de
l'absence de lien de droit entre la SEBJ et l'International Union of Operating
Engineers, de sorte que je veux modifier ma réponse dans les termes
suivants: À ma connaissance, c'est le 6 février 1979, pour la
première fois, que le conseil d'administration de la SEBJ a pris
connaissance des faits soumis par l'International Union of Operating Engineers
et qui étaient allégués dans la contestation du 28
novembre 1978. Pour être plus précis, c'est la première
fois, selon les documents que j'ai pu consulter, que le conseil
d'administration a pu prendre connaissance de nos prétentions quant
à l'Union des opérateurs de machinerie lourde du
Québec.
Le troisième point touche une question qui m'a été
posée par le député de Gatineau, M. Gratton. Il citait la
page 5 du mémoire que j'ai eu l'honneur de vous soumettre le 28 avril
dernier. Au premier paragraphe, il est écrit: "II est donc
évident que les gestionnaires de la SEBJ et son conseil d'administration
adoptaient en janvier 1979 une attitude incompatible avec l'une des
recommandations principales de la commission Cliche". Je crois que les mots
"l'une des recommandations" ne sont pas justes. J'aurais dû écrire
à la place "l'une des constatations principales de la commission
Cliche".
En fait, si je me souviens bien de la question de M. le
député de Gatineau, c'est: "Est-ce que nous étions en face
d'une recommandation spécifique?" Il m'a référé
au
rapport de la commission d'enquête. Je crois qu'il a raison. Il ne
s'agit pas d'une recommandation spécifique, il s'agit d'une constatation
et, à mon sens, de l'une des constatations principales de la commission
Cliche.
Le Président (M. Jolivet): Merci. M. le
député de Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, je remercie Me Beaulé
d'avoir apporté ces corrections, parce que, effectivement, en relisant
ce matin la transcription des propos qu'on avait échangés hier
soir, j'avais l'intention de revenir pour essayer de préciser un peu
plus ce que constituait une recommandation dans l'esprit de Me Beaulé.
Il nous indique qu'il se rend à l'interprétation que j'en faisais
moi-même, à savoir que les passages des pages 68 et 69 du rapport
Cliche ne constituaient pas une recommandation au sens strict du mot - une
recommandation, selon Larousse, est l'action de recommander,
c'est-à-dire de charger de faire une chose, de demander avec insistance
- mais bien une constatation. Et j'irai même un peu plus loin:
c'était peut-être une certaine forme de conclusion que faisait la
commission Cliche par rapport aux événements de mars 1974.
Cela dit, M. le Président, j'aimerais revenir à la
première correction que Me Beaulé a faite, à savoir qu'il
aurait parlé à Me Jean-Roch Boivin, chef de cabinet du premier
ministre, le vendredi 29 avril, en fin de journée, pendant environ une
minute. Est-ce que Me Beaulé pourrait nous dire de quoi ils ont
parlé, lui et Me Boivin?
M. Beaulé: De quoi il a été question? M.
Gratton: Oui.
M. Beaulé: M. le Président, je vais répondre
à la question si vous la jugez recevable. Je me réfère au
télégramme de convocation que j'ai reçu de la commission
où il est dit: "Le mandat de cette commission est d'examiner les
circonstances entourant la décision du conseil d'administration de la
SEBJ de régler hors cour la poursuite civile intentée à la
suite du saccage du chantier de LG 2 survenu en 1974 et, plus
spécifiquement, le rôle du premier ministre et de son bureau
à cet égard."
M. le Président, la conversation que j'ai eue avec M. Boivin,
à mon humble avis, ne relève pas du domaine ou du rôle de
cette commission. Ce que je veux dire, c'est qu'il me semble qu'elle ne
s'insère pas dans le cadre du mandat. Il ne s'agit pas d'une
conversation qui s'est tenue en 1978 ou en 1979. Il s'agit d'une conversation
qui a eu lieu vendredi dernier. Et, je ne crois pas, respectueusement, qu'elle
soit pertinente au mandat. Maintenant, si vous m'ordonnez d'y répondre,
vous savez que je m'y conformerai, M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Jonquière.
M. Vaillancourt (Jonquière): Je pense que la
réponse que nous venons d'entendre du témoin, à savoir que
cette conversation n'avait absolument aucun rapport, de près ou de loin,
avec le mandat de la commission, tel que nous l'avons reçu de
l'Assemblée nationale, à ce moment-là, M. le
Président, doit être acceptée. Et, en conséquence,
le député de Gatineau, M. Gratton, devrait passer à une
autre question.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Marguerite-Bourgeoys, j'ai cru comprendre que vous vouliez intervenir?
M. Lalonde: M. le Président, en fait, le témoin
soulève une question de règlement, à savoir que la
question ne serait pas recevable parce qu'elle n'entrerait pas dans le cadre du
mandat de la commission. Mais je pense, M. le Président, qu'elle est
tout à fait pertinente. Si la conversation avait trait au
témoignage rendu ou à rendre par Me Beaulé, à sa
comparution, enfin à ce qu'on discute, à ce qui se passe ici, je
pense que c'est tout à fait pertinent. Nous avons posé cette
question à plusieurs reprises à d'autres témoins. Nous
l'avons posée, par exemple -on me le rappelle - à M. Giroux,
à savoir si quelqu'un lui avait parlé avant qu'il n'envoie son
télégramme, autrement dit, s'il avait eu une invitation à
le faire. Nous l'avons posée à plusieurs témoins, à
savoir s'ils avaient eu des communications avec MM. Boivin ou Gauthier depuis
un mois ou deux, en fait, depuis que l'affaire est rendue publique. Je pense
que si la conversation a touché à la présence ici de M.
Beaulé, à son témoignage, à ce moment-là,
c'est pertinent, M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): Je vais rendre une
décision préliminaire. Premièrement, effectivement,
plusieurs questions ont été posées dans lesquelles on a
demandé si, depuis, il y avait eu des rencontres, des appels
téléphoniques ou des discussions avec des membres, dont ceux
qu'on a mentionnés. Je pense que cette partie de la question est
totalement recevable. Quant à savoir si la personne doit répondre
à la question spécifique qui est posée, vous me permettrez
de prendre cette question en délibéré. Je suis
assuré que nous aurons l'occasion, lorsque les gens poseront leurs
questions à Me Beaulé ce matin, possiblement cet
après-midi, que je pourrai avoir la chance de vous donner ma
décision
finale.
M. Gratton: M. le Président, pendant que vous
délibérez, la question que je voudrais poser à Me
Beaulé est de savoir si la conversation qu'il a eue vendredi dernier
avec Me Jean-Roch Boivin a porté sur le témoignage qu'il avait
lui-même fait ici à la commission la journée même ou
la veille, c'est-à-dire le jeudi 28 avril. En l'occurrence, si on a
discuté de cela, j'aimerais savoir quel a été le contenu
de cette conversation.
Cela dit, M. le Président, en attendant votre décision
là-dessus, je reprendrai tant bien que mal là où on
s'était quitté hier, tout en prenant bien note de la correction
qu'a apportée Me Beaulé ce matin, en ce sens que, effectivement,
dans le mémoire qu'il a présenté à la commission,
il disait ce matin qu'il aurait dû écrire "une des principales
constatations de la commission Cliche" plutôt que "une des principales
recommandations."
Le Président (M. Jolivet): M. Beaulé.
M. Beaulé: M. le Président, ce que j'ai dit
textuellement, c'est que j'aurais dû écrire qu'il est donc
évident que les gestionnaires de la SEBJ et son conseil d'administration
ont adopté, en janvier 1979, une attitude incompatible avec l'une des
constatations principales de la commission Cliche.
M. Lalonde: C'est correct.
M. Gratton: D'accord. C'est ce que j'avais compris et c'est ce
que je tentais de répéter à ma façon.
M. Beaulé: Merci beaucoup.
M. Gratton: Dans vos rencontres avec Me Boivin, où vous le
sensibilisiez à la non-responsabilité de votre cliente, avez-vous
fait allusion à cette constatation de la commission Cliche?
M. Beaulé: Je ne crois pas, M. le Président.
M. Gratton: Vous n'y avez jamais, au cours de ces discussions,
fait référence. Je pense que vous avez dit, à plus d'une
occasion, que vous le sensibilisiez aux conséquences sociales de la
poursuite intentée en cour. À votre souvenir, cela ne vous a
jamais amené à discuter de ce qui est dans l'avant-propos
même de votre déclaration de la semaine dernière, dans
votre mémoire, c'est-à-dire cette recommandation ou constatation
de la commission Cliche.
M. Beaulé: M. le Président, pour donner une
réponse claire et faire avancer les travaux, je me souviens cependant
que Me Jasmin, en ma présence, lors de l'une ou l'autre des rencontres
que j'ai eues avec M. Boivin, a traité, lui, de cette conclusion de M.
le juge Cliche, en ce sens que les travailleurs québécois ne
devraient pas payer les dommages causés par M. Duhamel.
M. Gratton: On y reviendra, parce que si...
M. Beaulé: Mais, quant à moi, pour être bien
clair avec vous...
M. Gratton: Oui, oui.
M. Beaulé: ...je n'ai pas abordé cette
question.
M. Gratton: D'accord. J'y reviendrai tantôt. D'abord, je
voudrais qu'on épuise toute la question du rapport de la commission
Cliche. Donc, vous n'en avez pas parlé avec Me Boivin. Hier, quand on a
relu ensemble le passage du rapport de la commission Cliche qui suit
immédiatement celui que vous avez cité dans votre mémoire,
et que le ministre a d'ailleurs cité ici à la commission
parlementaire plus de six ou sept fois - a-t-il admis lui-même hier - on
a relu, dis-je, cette partie qui traite de la responsabilité morale du
crime de Duhamel, c'est-à-dire du saccage. Je vous ai posé la
question, hier soir, Me Beaulé à savoir si, selon vous, ce
deuxième passage ne venait pas atténuer ce que nous appelions
hier une "recommandation", mais qui est aujourd'hui une "constatation" incluse
dans la première partie. (10 h 45)
M. Beaulé: Pourriez-vous répéter votre
question? Elle était très claire. La question du
député était très claire, mais je voudrais qu'il la
répète.
M. Gratton: Je vais...
M. Beaulé: Je pense qu'elle est très
importante.
M. Gratton: Je vous demande à nouveau si la partie, les
trois derniers paragraphes -probablement qu'on peut s'abstenir de les
relire...
M. Beaulé: Vous voulez m'empêcher de buter sur un
mot.
M. Gratton: ...les trois paragraphes qui traitent de la
responsabilité morale du saccage qui enchaîne avec la partie que
vous avez citée. Est-ce que, selon vous, ces trois paragraphes
atténuent la portée des deux premiers que vous avez
cités?
Le Président (M. Jolivet): Me Beaulé, je dois vous
rappeler qu'étant donné qu'il est question d'opinion, j'ai dit
que je considérais ces questions comme étant irrecevables et
qu'on a demandé d'appliquer l'article 168 le plus rapidement et le plus
directement, vous n'avez donc pas à répondre.
M. Beaulé: Pardon?
Le Président (M. Jolivet): Vous n'avez pas à
répondre.
M. Beaulé: Est-ce que je pourrais répondre?
Le Président (M. Jolivet): Mon problème est
justement ce que j'ai demandé hier. Je m'abstenais de le faire, le
ministre m'ayant demandé - et c'est son droit le plus strict
-d'appliquer directement l'article 168 du règlement. Si on me
délie de ce droit, je vais vous le permettre, mais, le ministre ayant
l'intention d'intervenir, je vais lui laisser la chance d'intervenir.
M. le ministre.
M. Duhaime: M. le Président, je voudrais faire une
suggestion pour faire avancer nos travaux. Si le député de
Gatineau veut avoir un éclairage additionnel sur la portée
du...
M. Gratton: M. le Président, on n'est pas pour recommencer
ce jeu-là.
M. Lalonde: Si vous voulez témoigner...
M. Duhaime: ...rapport Cliche, je voudrais lui suggérer
qu'il...
Le Président (M. Jolivet): Je m'excuse. M. le
ministre.
M. Gratton: Une question de règlement, M. le
Président.
M. Duhaime: ...invite à dîner M. Brian Mulroney et
M. Guy Chevrette...
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre...
M. Duhaime: ...qui sont deux des commissaires encore
vivants...
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre...
M. Duhaime: ...ils pourraient lui expliquer exactement ce qu'il a
voulu dire.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre. Me
Beaulé, je suis encore lié par les décisions que j'ai
rendues - ce qui est normal...
M. Gratton: Question de règlement.
Le Président (M. Jolivet): ...et, compte tenu qu'il s'agit
d'une opinion, je juge la question irrecevable et, en conséquence, vous
n'avez pas à y répondre. Comme on m'a demandé d'appliquer
le règlement à la lettre, je vous interdis de
répondre.
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau.
M. Gratton: Puis-je vous citer le R-1039, page 1, des
Débats d'hier soir, sur lequel j'ai posé la question suivante
à Me Beaulé: "Est-ce que cette deuxième partie qui porte
sur la responsabilité morale de ce crime commis par Duhamel, est-ce que
cela ne fait pas en quelque sorte partie de la recommandation dont vous
parlez?" La réponse de Me Beaulé: "Pour être juste, et
là-dessus je suis bien d'accord avec vous, on ne peut dissocier les
trois paragraphes cités au bas de la page 68 et au bas de la page 69 des
paragraphes qui suivent. Cela m'apparaît évident mais je n'y vois
aucune contradiction, M. le Président".
M. Duhaime: II a répondu.
M. Gratton: II a répondu, la question était donc
recevable hier soir. L'invité y a répondu et tout ce que je veux,
c'est situer le reste de mes questions dans le prolongement normal des
questions que je posais hier. Si le ministre voulait s'abstenir de faire de
fausses questions de règlement -il veut faire avancer les débats
- ils avanceraient beaucoup plus rapidement. Je lui demande très
humblement de me laisser continuer mes questions. Vous allez voir. Je ne suis
pas avocat, cela devrait peut-être prendre moins de temps, à la
condition qu'on ne m'interrompe pas. Je le dis en toute déférence
et sans aucune arrière-pensée pour notre invité et pour
cet aréopage d'avocats qui m'entourent.
M. Beaulé: M. le Président, me permettez-vous
d'appuyer, non pas sur la question sous étude, mais sur un obiter de M.
le député de Gatineau. Il y a souvent des avocats qui ne
pratiquent pas depuis plusieurs années.
Le Président (M. Jolivet): Me Beaulé, j'aurais eu
la tentation de vous permettre -parce que je l'avais permis hier - de le faire.
Si on me délie, si on me dit oui, compte tenu des questions qui
viennent, je pense que je n'aurais pas d'objection quant à moi. Mais je
vous dis que, si on me demande de l'appliquer, je vais être rigide, je
vais
l'appliquer.
M. Lalonde: M. le Président, sur une question de
règlement...
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: Je me souviens qu'à un moment donné le
ministre vous a demandé de l'appliquer de façon très
rigide, à savoir, si cela n'est pas recevable, de l'interdire,
même pas d'avertir le témoin, mais de lui interdire les
réponses. C'est une demande du ministre, cela ne lie pas le
président. Je ne vois pas que cela soit un consentement unanime à
cette table, à savoir que c'est de cette façon qu'on devrait
procéder. Il me semble que la présidence a une flexibilité
d'appliquer les règles, dans le bon sens. Cette question, si elle a un
petit contenu d'opinion, en suit une autre qui a été permise hier
soir. Il me semble que ce serait manquer un peu de logique que d'interdire la
deuxième partie de la question après avoir permis la
première.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre.
M. Duhaime: M. le Président, vous avez jugé la
question irrecevable parce qu'elle contient une demande d'opinion. Elle l'est
d'autant plus, si j'ai bien compris la lecture de la transcription que faisait
le procureur de Gatineau, que Me Beaulé aurait déjà
répondu à la question hier, en disant qu'il n'y avait pas de
contradiction entre les passages cités aux pages 68 et 69.
Le Président (M. Jolivet): À la suite de tout ceci,
je ne permets pas la réponse.
M. Lalonde: J'ai une question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: Dans la foulée, comme dirait l'ancien ministre
de l'Éducation, de votre décision, est-ce que vous allez demander
qu'on raie du journal des Débats toutes les expressions d'opinions des
témoins, y compris celles qui sont contenues dans le mémoire de
Me Beaulé mais qui sont encore là et sur lesquelles on ne peut
pas lui poser de questions?
Le Président (M. Jolivet): Premièrement, je dois
dire que les notes ou les propos préliminaires ne m'appartiennent pas,
pas plus que la question et la réponse à être
donnée. Les propos préliminaires appartenant à la personne
qui les fait, nous les permettons sans aucune possibilité de l'en
empêcher.
Quant à la question... Sur cette question, vous allez convenir
avec moi que la journée d'hier n'a pas été une
journée facile, ni pour le président de cette commission, ni pour
celui qui est en face de nous, j'en conviens, il en a fait lui-même
mention. Que, parmi les décisions que j'ai eu à rendre, j'aie eu
peut-être un petit oubli hier, c'est possible; qu'on n'ait pas eu non
plus d'interruptions en disant: Question de règlement... Je dois
convenir cependant que si j'applique le règlement à la lettre,
comme on m'a demandé de le faire, de façon à
accélérer les travaux, ce que j'exprimais depuis le début
était dans le sens de dire à l'invité qu'en vertu du
règlement, la question était irrecevable, en vertu de l'article
168, mais que s'il le voulait quand même, il pouvait y
répondre.
Si quelqu'un me demande, par une question de règlement,
d'appliquer le règlement, même si c'est une seule personne de
cette assemblée, je suis obligé comme président de
l'appliquer et c'est ce que je fais.
M. le député de Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, je voudrais qu'on se
comprenne, parce qu'on risque de voir des questions de règlement surgir
à chaque phrase que je vais prononcer et autrement. Hier, j'ai
posé des questions à Me Beaulé sur l'opinion qu'il
exprimait dans son mémoire, en ce sens que les deux premiers paragraphes
du rapport de la commission Cliche constituaient une des recommandations
principales qui venaient à l'encontre de la décision de la SEBJ.
Si on se fie à la suite logique de votre décision de ce matin, je
n'aurais pas eu l'occasion de poser cette question et donc, d'obtenir ce matin
la correction que Me Beaulé...
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau, j'ai une autre question de règlement. M. le
député de Bourassa.
M. Laplante: C'est un peu indécent ce qui se passe
actuellement, c'est que vous avez rendu une décision...
M. Lalonde: On demande une directive.
M. Laplante: Non, on n'a pas demandé de directive, ne
jouons pas sur les mots, M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: On demande une directive.
M. Laplante: II faut que nos travaux avancent. Actuellement, on
est à discuter sur une décision que vous avez rendue. Si
c'était une demande de directive...
M. Lalonde: On compte sur vous.
M. Laplante: ...je serais d'accord, mais non pas sur une question
de règlement...
M. Lalonde: Non, c'est une question de directive.
M. Laplante: ...de discuter à nouveau sur la
décision que vous avez rendue.
Le Président (M. Jolivet): Vous avez raison, M. le
député de Bourassa, on ne doit pas discuter des décisions
que je rends mais si le député de Gatineau veut me poser une
question de directive, je ne pourrai cependant pas la lui refuser.
M. Lalonde: Un beau petit tour de caméra.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, il semble que c'est
évident, ce que je suis en train de faire: je suis en train de vous
demander comment on pourrait arriver à obtenir des informations de nos
invités. M. le Président, pourriez-vous demander au
député de Chambly d'arrêter de faire le bouffon?
Le Président (M. Jolivet): S'il vous plaît! Je
n'étais aucunement dérangé, je vous écoutais
attentivement.
M. Gratton: Non, vous n'êtes pas dérangé mais
moi, cela me dérange. Mon droit de parole doit être
respecté, non?
M. Tremblay: On s'en rend compte que vous êtes
dérangé.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau, comme vous devez vous adresser à moi, restons ensemble et
posez-moi les questions en me regardant, plutôt que les autres.
M. le député de Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, je vais vous regarder dans
les yeux.
Une voix: De mauvaise humeur ce matin, qu'est-ce qui arrive?
M. Duhaime: II n'est pas de bonne humeur.
M. Gratton: Au contraire.
Une voix: Là, il a retrouvé le sourire. Souriez,
souriez.
M. Gratton: J'ai bien dormi la nuit passée.
Le Président (M. Jolivet): À l'ordre! À
l'ordre! M. le député de Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, ce que je tente de savoir de
vous, c'est comment on peut interroger un de nos invités qui fait une
déclaration préliminaire dans laquelle il exprime des opinions
sur lesquelles s'appuyait la défense de sa cliente. Comment peut-on
m'empêcher d'aller fouiller le bien-fondé non pas de son
argumentation, mais, on l'a vu, on a un cas patent ce matin. Me Beaulé,
à la suite des questions que je posais, questions qui appelaient une
expression d'opinion de sa part hier... Je lui demandais hier: Comment en
êtes-vous venu à dire: C'est une recommandation plutôt
qu'une constatation? Ce matin, Me Beaulé est venu dire: Effectivement,
j'aurais dû écrire "constatation".
Si ce n'est pas éclairer la commission, je me demande ce que
c'est, M. le Président. C'est dans ce contexte que je voudrais savoir de
vous comment je pourrai questionner Me Beaulé, non pas pour contester ce
qu'il affirme mais pour l'amener à préciser, pour bien informer
les membres de la commission - en tout cas, ceux qui s'y intéressent, M.
le député de Chambly - sur ce qui s'est vraiment passé
lors du saccage et de toutes les circonstances qui l'ont entouré, comme
le mandat de la commission le veut. C'est dans ce sens que je reformulais la
question, que j'avais même posée hier soir à Me
Beaulé, et il me semble que c'est tout à fait recevable. Si cela
ne l'est pas, je voudrais que vous m'indiquiez, si vous le voulez bien, comment
je pourrais la formuler pour qu'elle soit recevable, non pas dans le but de me
permettre de poser des questions, mais dans le but surtout d'éclairer la
commission.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau, je vais vous rappeler qu'il est possible que la présidence ait
aussi, en écoutant et en faisant une journée aussi bien remplie
que celle d'hier, quelques errements qui sont normalement bien appuyés
par des questions de règlement de chaque côté me demandant
de faire attention à ce que je peux rendre comme décision. Je
pense qu'il y a une décision importante qui a été rendue
hier, c'est que j'essaierai d'appliquer de façon plus précise
l'article 168. C'est ce que j'essaie de faire et, compte tenu qu'on me demande
de l'appliquer de façon plus précise que je ne le faisais, parce
que je croyais justement que cela pouvait aider aux travaux de la commission,
je suis aussi aux prises avec le fait que, si une personne me demande par le
règlement d'appliquer l'article 168, je dois l'appliquer. Je ne vois pas
quelle solution apporter à vos demandes sinon que des questions - telles
qu'on en a vécu hier - qui semblaient irrecevables au départ ont
été transformées en questions
recevables, ce qui, finalement, a permis de continuer nos travaux, et je
vous demande d'agir dans ce sens.
M. Tremblay: M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Chambly, vous m'avez fait signe que vous aviez une question de
règlement?
M. Tremblay: Oui, je voudrais que vous rappeliez à l'ordre
le député de Gatineau qui continue sa campagne de salissage en
disant que je ne m'intéressais pas à la commission. Je voudrais
vous faire remarquer que j'ai écouté patiemment, depuis le
début de la commission, les gens du Parti libéral poser et
reposer les mêmes questions...
M. Lalonde: Très bien, continuez. Continuez comme cela,
cela va très bien.
M. Tremblay: ...dix fois, quinze fois à nos témoins
et, malgré cela, j'ai continué à assister à la
commission, à m'intéresser aux travaux et je suis là en
permanence. Je voudrais donc vous demander, M. le Président, de demander
au député de Gatineau de cesser sa campagne de salissage.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Jonquière, j'ai cru comprendre que vous aviez une question de
règlement.
M. Vaillancourt (Jonquière): Pour le simple
bénéfice de ceux qui nous écoutent. Ces gens ne sont
peut-être pas au courant de l'existence de l'article 43 de notre
règlement, et tout particulièrement de l'article 43.2 qui dit
ceci: "Lorsque le président rend sa décision, il indique ce qui
la justifie et il n'est pas permis de la critiquer ni de revenir sur la
question décidée; il en est de même lorsque le
président décide de laisser l'Assemblée se prononcer sur
une question." Je pense, M. le Président, que nous assistons
actuellement à des sortes d'appels déguisés de votre
décision et je pense qu'on devrait continuer à poser des
questions à notre témoin.
Une voix: C'est très inconvenant.
M. Lalonde: Sur la question de règlement.
Le Président (M. Jolivet): Je ne voudrais pas qu'on - je
vais employer mon vieux terme que le monde connaît "enganse" un
débat sur la question. Je vais le régler rapidement en disant
qu'effectivement je n'ai pas compris, même si on fait en sorte de me
rappeler, à bon droit d'ailleurs, les numéros de règlement
qui nous permettent d'agir le mieux possible dans nos travaux, mais, justement,
à la suite de la demande du député de Bourassa, le
député de Gatineau a demandé une question de directive et
il était en plein droit de le faire. Cela ne veut cependant pas dire que
tous les propos qu'il a tenus avaient pour but de me faire revenir sur ma
décision. Il voulait savoir, une fois que ma décision
était rendue, de quelle façon il pouvait procéder. Je lui
ai dit que malheureusement il fallait qu'il reformule sa question. M. le
député de Gatineau. (11 heures)
M. Gratton: M. le Président, c'est de bonne guerre. Le
député de Jonquière voulait me remettre la monnaie de ma
pièce d'hier, parce qu'il avait fait...
Le Président (M. Jolivet): Allez, M. le
député, sur les questions.
M. Gratton: Ah, mais, M. le Président, quand même!
Le député de Chambly, je le reconnais, je lui donne raison. Il a
écouté depuis le début et je souhaite qu'il continue parce
que, finalement, il pourra peut-être comprendre.
Cela étant dit, je pose une question directe à Me
Beaulé. Pourquoi dans votre mémoire, dans les réponses que
vous avez fournies à nos questions à la commission, avez-vous
choisi de ne citer que les deux premiers paragraphes du rapport de la
commission Cliche et de ne pas y inclure les trois paragraphes qui suivent,
à la page 69?
M. Beaulé: M. le Président, je pense que le
député qui m'interroge a absolument raison. Pour me rendre
à son désir, je vais citer les paragraphes pertinents que
j'aurais dû citer dans mon rapport, n'exprimant pas d'opinion et m'en
tenant à d'autres extraits du rapport Cliche que j'aurais dû
citer.
Pour qu'on se comprenne bien, à la page 68 du rapport Cliche, il
est dit et je cite: "Les commissaires ont acquis la conviction que les
travailleurs ordinaires n'encourent pas la responsabilité de ce qui est
arrivé." Cela veut dire, à mon point de vue honnête et
clair, que les commissaires sont d'avis que les travailleurs ordinaires ne
doivent pas payer pour les dommages causés par Duhamel. Cependant,
à la page 69, comme le soulignait M. le député de
Gatineau, la commission ou les commissaires vont plus loin et ils disent au
deuxième alinéa: "II suffit, à partir de Yvon Duhamel, de
remonter le lien de filiation pour voir à qui incombe ultimement la
responsabilité morale de son crime." Et on continue toujours la lecture
du rapport Cliche: "Car, enfin, l'agent d'affaires travaillait à la
réalisation d'un objectif maintes fois déclaré par les
dirigeants de sa centrale: l'acquisition du monopole syndical sur les
chantiers. Et il le faisait avec des méthodes qui ne détonnent
pas du tout avec celles
généralement admises dans la FTQ-Construction." Nous nous
reportons évidemment en 1973-1974.
J'aurais probablement dû citer également la page 69, comme
l'a souligné M. le député de Gatineau, mais en même
temps, si j'avais voulu donner, si vous voulez, un portrait complet, j'aurais
dû y incorporer également les citations suivantes. Je vais
être assez bref, M. le Président, je n'ai pas tellement de
citations à faire.
À la page 69, les commissaires affirment après avoir dit
que les travailleurs ordinaires ne doivent pas encourir de
responsabilités financières ou ne doivent pas payer la note pour
les dommages causés par Duhamel... Je vais attendre, j'essaie de me
concentrer et je n'y arrive pas.
Le Président (M. Jolivet): Allez, allez. De la même
façon que le député de Gatineau l'a demandé,
j'aimerais qu'on vous permette de répondre, parce que, moi aussi,
j'étais déconcentré.
S'il vous plaît'. Me Beaulé.
M. Beaulé: Je vais faire un effort pour être en
même temps bref, clair et équitable. Donc, je disais qu'à
la page 68 - et cela, c'est déjà cité dans le
mémoire - les commissaires affirment que les responsabilités
financières des dommages causés par Duhamel ne doivent pas
être imputées ou payées par l'ensemble des travailleurs
québécois ou des travailleurs du chantier de la Baie-James.
À la page 69, on va plus loin et on remonte le lien de filiation pour
voir à qui incombe ultimement la responsabilité morale de son
crime. Les commissaires continuent en disant que "L'agent d'affaires
travaillait à la réalisation d'un objectif maintes fois
déclaré par les dirigeants de sa centrale: l'acquisition du
monopole syndical sur les chantiers."
Ce monopole syndical, M. le Président, que la FTQ-Construction,
à l'époque, tentait d'acquérir sur les chantiers de la
Baie-James, qui avait offert ce monopole syndical à la FTQ-Construction?
Pour répondre à cela, il faut d'abord se référer
à la page 28 du rapport, au haut de la page, et je cite: "Ce que la
violence ne pouvait lui donner, la FTQ-Construction a tenté de l'obtenir
au moyen de négociations secrètes nouées avec MM. Paul
Desrochers et avec la haute direction de l'Hydro-Québec, la SEBJ et la
SDBJ. "Devant la preuve, la Commission ne peut que conclure que le
gouvernement, l'Hydro-Québec et la FTQ-Construction ont
véritablement négocié en vue d'instituer le monopole
syndical à la Baie-James. "On regrette que MM. Desrochers et Giroux
aient abordé avec la FTQ la possibilité d'accorder à
celle-ci un monopole syndical, sans en informer la CSN ou la CSD et sans tenter
de conclure avec les trois centrales des modalités d'entente
susceptibles d'assurer aux travaux de la Baie-James un climat de travail serein
et harmonieux. Il ne faut pas oublier que la loi 290 avait déjà
sanctionné le principe du pluralisme syndical dans la construction."
Je continue très brièvement sur cette question
soulevée à la page 69, c'est-à-dire en remontant le lien
de filiation pour voir à qui incombe ultimement la responsabilité
morale de son crime. Je me permettrai aussi de citer le rapport des
commissaires, à la page 292, au bas de la page, où il est
écrit: "II convient maintenant d'étudier le comportement de M.
Paul Desrochers, ex-conseiller spécial au bureau du premier ministre.
"On se souviendra - page 293 - que c'est à son initiative que certaines
rencontres eurent lieu avec les dirigeants de la FTQ et ceux de la Baie-James.
Ces rencontres avaient pour but de reproduire au Québec ce qui
s'était passé à Churchill Falls: monopole syndical en
échange de dix années sans grève. Les démarches de
M. Desrochers étaient importantes puisqu'elles impliquaient de graves
conséquences. Alors que le pluralisme syndical est la règle, la
proposition de M. Desrochers allait à l'encontre de ce principe. "Des
séances dites "exploratoires" furent tenues pendant plusieurs mois entre
la FTQ et les autorités de la Baie-James. Ni la CSN, ni la CSD ne furent
invitées à "explorer". La loi est pourtant bien claire: toutes
les parties intéressées doivent s'asseoir à une même
table pour amender le décret. Il est évident que la
manière d'agir de M. Desrochers, celle de MM. Robert Boyd et Roland
Giroux, respectivement de la SEBJ et de l'Hydro-Québec, étaient
susceptibles d'attiser le feu entre les centrales syndicales. "Même si
MM. Desrochers, Boyd et Giroux sont - à bon droit - des dirigeants
voués à l'efficacité, ils se devaient quand même de
respecter la loi et son esprit. "En outre, il était imprudent pour M.
Desrochers d'explorer la possibilité d'accorder un monopole syndical
à M. André Desjardins, le midi, au Club de la Garnison, à
Québec, puis de retrouver ce même M. Desjardins, le même
soir, à Sept-Îles, pour lui demander de l'aide afin que
l'élection partielle de Duplessis "se passe dans un climat serein."
M. le Président, j'aurais pu citer tous ces paragraphes. Je
voulais ne donner aucune connotation politique à mon mémoire,
mais je pense que...
M. Gratton: On rit de ce côté-ci, M. le
Président.
M. Beaulé: Je ne voulais pas donner de connotation
politique à mon mémoire, et je
pense que le mémoire, M. le Président, en témoigne.
Je pense que le désaccord que nous pouvons avoir sur les
événements de 1974 peut être un désaccord
idéologique et non partisan. Est-ce que la SEBJ, M. le Président,
devait suivre l'une des constatations principales du rapport Cliche ou non et,
par voie de conséquence, mettre fin à sa poursuite? Cela, c'est
une question d'abord idéologique et qui, à mon point de vue,
participe d'une certaine philosophie sociale qu'on a ou qu'on n'a pas. Cela ne
touche pas la politique partisane. Et, j'ai voulu que mon mémoire reste
à ce niveau. Maintenant, M. le Président, pour conclure, il est
évident que les commissaires, en remontant, si vous voulez, le lien de
filiation, pour voir dans quel contexte la FTQ-Construction s'est vu promettre
ou offrir le monopole syndical sont remontés aux agissements, aux actes,
aux faits et aux gestes de MM. Desrochers, Giroux et Boyd.
M. Gratton: M. le Président, je comprends de la
réponse de Me Beaulé, à la question lui demandant pourquoi
il n'avait pas cité les trois paragraphes de la page 69 dans son
mémoire, qu'il aurait dû le faire, mais qu'il aurait dû
également citer tous les extraits qu'il vient de nous citer ce matin. Il
n'a pas voulu le faire dans son mémoire, parce que cela aurait
donné une connotation politique à son mémoire.
M. Beaulé: Cela aurait pu être l'occasion pour
certains d'y voir une connotation politique. Je ne veux pas m'avancer plus
loin.
M. Gratton: D'accord.
M. Beaulé: J'ai essayé vraiment d'être
objectif et je vous prie d'accepter ma parole et mon serment dans ce
mémoire.
M. Gratton: Oui, oui.
M. Beaulé: Et j'ai accepté de modifier, de
substituer au mot "recommandation", le mot "constatation", parce que je crois
que M. le député de Gatineau avait raison. Bon. Cependant, j'ai
ajouté ces citations que je connaissais; je ne les ai ajoutées
que ce matin, à la demande, dans un sens, du député de
Gatineau...
M. Gratton: Oui, oui.
M. Beaulé: ...mais je suis bien conscient que,
évidemment, on y réfère non seulement à des cadres
supérieurs de la SEBJ et d'Hydro-Québec de l'époque, mais
également au conseiller spécial du premier ministre Bourassa de
l'époque. Je ne veux pas en dire davantage. Je ne suis pas ici pour
débattre, en aucune façon, sur un plan partisan, le
problème dont était saisi le tribunal en 1979.
M. Gratton: Est-ce qu'il n'aurait pas été plus
exact, plus rigoureusement exact, de citer tous ces passages dans votre
mémoire plutôt que de n'en citer que deux paragraphes et de
qualifier cela d'une des principales recommandations de la commission Cliche?
Je comprends que vous avez corrigé ce matin. Mais, on parle de ce que
vous avez présenté ici à la commission.
M. Beaulé: M. le Président, je ne veux pas faire un
débat de sémantique. J'ai accepté de substituer au mot
"recommandation", le mot "constatation"...
M. Gratton: Me Beaulé, si...
M. Beaulé: Je voudrais donner une réponse
complète. Je m'excuse. Vous avez droit de parole.
M. Gratton: Bon, si vous me dites dans votre mémoire,
quelque part, que quelque chose est blanc, le 28 avril et que vous venez me
dire aujourd'hui, le 4 mai, qu'on va changer cela pour noir, est-ce que cela ne
change pas la substance même de votre présentation?
M. Beaulé: Je vais répondre à la
question...
M. Duhaime: M. le Président.
M. Beaulé: ...en attirant votre attention...
Le Président (M. Jolivet): Juste un instant, Me
Beaulé. J'ai à ma droite le ministre qui me pose une question. M.
le ministre.
M. Duhaime: M. le Président, on peut réunir les
encyclopédistes ou les spécialistes du dictionnaire, mais
à la page 294 du rapport de la commission Cliche, il y a deux
paragraphes qui sont mentionnés là. Et, ensuite, les
commisssaires écrivent: Notre conclusion sera brève. Qu'il
s'agisse d'une constation, qu'il s'agisse d'une conclusion, qu'il s'agisse
d'une recommandation...
M. Gratton: Question de règlement.
M. Duhaime: ...quand on lit les conclusions, les
recommandations...
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
M. Duhaime: ...il m'apparaît important que le coeur
même...
M. Lalonde: M. le Président, le ministre
veut témoigner.
Le Président (M. Jolivet): Je m'excuse, M. le
ministre.
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
M. Lalonde: Faites assermenter le ministre. Il veut
témoigner, M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): S'il vous plaît, je
m'excuse.
M. Gratton: Question de règlement.
Le Président (M. Jolivet): Question de règlement de
la part du député de Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, hier soir, le ministre a fait
le même genre d'intervention en invoquant une question de
règlement et a tenté, à la toute fin de nos travaux, de
citer les passages du rapport Cliche que Me Beaulé a justement
cités tantôt. Pourrais-je...
M. Lalonde: Coïncidence.
M. Gratton: Oui, coïncidence. C'est le moins qu'on puisse
dire. Pourrais-je suggérer au ministre que, plutôt que d'invoquer
des questions de règlement qui n'en sont pas pour citer les passages de
la commission Cliche qui font son affaire, il fasse l'une des deux choses
suivantes: qu'il attende d'avoir le droit de parole et qu'il l'exerce en citant
ce qu'il voudra bien ou, qu'il refile les citations qu'il veut mettre en preuve
au témoin, Me Beaulé, qui pourrait le faire pour lui, comme il
l'a fait tantôt? Mais qu'il cesse de m'interrompre, au moment où
j'ai le droit de parole, M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre, j'ai bien
compris la question de règlement que vous allez me poser.
M. Duhaime: Oui. Ce que le député de Gatineau est
en train de dire à la commission, M. le Président, c'est que je
passe des réponses à Me Beaulé, que je lui suggère
de citer des passages. Je vous dis que vous avez libéralement menti.
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
M. Duhaime: Je n'ai jamais...
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
M. Lalonde: Retirez-moi ça.
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): Question de règlement.
Je m'excuse. À l'ordre! À l'ordre! À l'ordre. M. le
ministre. (11 h 15)
M. Duhaime: ...de ma vie rencontré Me Rosaire
Beaulé avant de faire sa connaissance ici, la semaine
dernière.
Le Président (M. Jolivet): À l'ordre! M. le
ministre.
M. Duhaime: II y a quand même des maudites limites.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre, s'il vous
plaît!
M. Gratton: Ce ne sont pas les gros mots qui vont nous faire
peur, M. le ministre.
M. Duhaime: Ce ne sont pas des gros mots.
Le Président (M. Jolivet): Je ne voudrais pas qu'on...
M. Lalonde: Voulez-vous retirer le mot "menti", s'il vous
plaît?
M. Duhaime: Non, je ne le retirerai pas!
M. Lalonde: Ah bien! Un instant, M. le Président!
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, j'exige du ministre qu'il
retire le mot "menti", en disant que j'aurais menti...
Des voix: ...libéralement...
M. Gratton: ...en m'imputant des paroles que je n'ai pas tenues
de toute façon.
M. Duhaime: Ah oui!
M. Gratton: De toute façon, en fonction de notre
règlement, il est défendu au ministre d'accuser un membre de
l'Assemblée nationale ou de cette commission d'avoir menti. J'exige
qu'il retire ses paroles.
Le Président (M. Jolivet): Avant de permettre au ministre
quelque intervention que ce soit, je dois aussi dire que j'ai accepté la
question de règlement du ministre parce qu'il est aussi prévu
dans le règlement qu'on ne doit pas imputer des motifs à un
député, qu'il soit assis à ma droite ou à ma
gauche, que ce soit de la part de l'un ou de l'autre. Or, j'avais
expressément compris qu'il y avait des motifs...
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): Je vais d'abord finir mon
point.
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): Je vous donnerai...
M. Gratton: Surtout, ne me prêtez pas de motif, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): Non, mais j'essaie de voir ce
que la phrase contenait et, toujours selon mon bon sens, il y avait, dans la
question que vous avez posée, des choses imputées au ministre,
choses que le ministre aurait peut-être faites - supposition - et sur
cette partie-là le ministre avait amplement raison.
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau, sur une question de règlement.
M. Gratton: Je n'ai imputé aucun motif au ministre. Je lui
ai suggéré de faire une de deux choses: Soit d'attendre d'avoir
le droit de parole pour citer les paragraphes du rapport de la commission
Cliche qu'il veut citer ou encore de les transmettre à Me Beaulé
pour qu'il les cite lui-même. C'est ce que j'ai dit. C'est ce que je
répète. J'exige que le ministre retire ses paroles.
M. Vaillancourt (Jonquière): Question de règlement,
M. le Président.
M. Lalonde: Question de règlement, M. le
Président...
Le Président (M. Jolivet): Un instant! M. le ministre.
M. Duhaime: Oui, M. le Président. Je fais l'offre suivante
au député de Gatineau. Il va retirer, mot à mot, ce qu'il
a dit la première fois. Pas tout à l'heure, parce que je n'aurais
jamais prononcé les mots que j'ai prononcés. Vous allez retirer
intégralement ce que vous avez dit et je vais retirer le qualificatif
que je vous ai imputé avec grand plaisir.
M. Lalonde: M. le Président...
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: Sur la question de règlement, M. le
Président. On sait que le règlement, à l'article 99.9,
interdit à un député qui a la parole d'imputer des motifs
indignes à un député. C'est une chose, cela.
Deuxièmement, il est absolument interdit à un
député, qu'il soit ministre ou non, d'accuser un collègue
d'avoir menti. Même le mot est antiparlementaire. Je pense que vous
devriez demander au ministre de le retirer dès maintenant. Lorsque ce
mot aura été retiré, on pourra s'entendre sur le
reste.
Le Président (M. Jolivet): Je pourrais ajouter que, de la
façon dont le député de Gatineau - je suis attentif,
très attentif à ce qui s'est dit et on verra, avec les
galées, si j'ai raison ou non... Je maintiens qu'il y avait une forme
d'imputation, que ce soient des motifs indignes ou non, que ce soit d'attaquer
la conduite d'un membre de l'Assemblée d'une façon indirecte, je
maintiens que le ministre avait raison.
M. Lalonde: M. le Président...
Le Président (M. Jolivet): Je le maintiens.
M. Lalonde: M. le Président, c'est très
important.
Le Président (M. Jolivet): Oui, c'est très
important, mais je ne voudrais pas qu'on reprenne la décision que je
viens de rendre. J'ai bien écouté. J'ai bien entendu. En
conséquence, je le maintiens et je ne veux pas qu'on prenne des moyens
détournés pour me faire changer d'idée. Je ne changerai
pas d'idée.
M. Vaillancourt (Jonquière): M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Jonquière.
M. Vaillancourt (Jonquière): M. le Président, tout
d'abord, je dois me montrer tout à fait d'accord avec votre
décision parce que, moi-même, j'ai entendu les paroles du
député de Gatineau. Les galées nous démontreront
bientôt qui a raison. Mais je voudrais faire valoir, M. le
Président, que non seulement les paroles du député de
Gatineau étaient blessantes pour le ministre de l'Énergie et des
Ressources, mais je pense qu'implicitement elles étaient
également blessantes pour le témoin qui est notre
invité.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Gratton: Vous, étiez-vous blessé, M. le
député?
M. Vaillancourt (Jonquière): Cela ne s'adressait pas
à moi.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: M. le Président, d'abord, lorsque vous dites
que vous ne changerez pas d'idée, j'aimerais savoir quelle est votre
décision.
Le Président (M. Jolivet): Oui. En fait, ce que je dis,
c'est que, de part et d'autre, des propos ont été tenus. Le
premier, c'était sur la question du député de Gatineau eu
égard aux propos qu'il a tenus et qui m'ont semblé, à
première vue, avec l'attention que j'y ai portée, qu'il imputait
quelque chose ou qu'il attaquait d'une façon indirecte la conduite de
quelqu'un de cette commission.
Le ministre, en deuxième lieu, a ajouté, quant à
lui, à la suite de ce que le député de Gatineau avait dit,
qu'il avait - je ne citerai pas les termes - posé un geste que, lui,
demandait et qualifiait d'indigne. En conséquence, le ministre a fait
une proposition au député de Gatineau pour qu'il retire ses mots;
le ministre alors retirait les siens. Je n'ai pas à juger pour le
moment, dans l'un ou l'autre des cas. Ce que je demande c'est que cet incident
soit clos d'une façon ou de l'autre. Dans le cas du député
de Gatineau et dans le cas du ministre, ce sera de façon
différente, mais je pense qu'on pourrait clore le débat sur cette
question en corrigeant l'incident qui est intervenu.
M. Lalonde: Est-ce que vous voulez dire que vous ne demanderez
pas au ministre de retirer l'accusation grave qu'il a portée contre le
député de Gatineau d'avoir menti? Est-ce que je comprends de
votre décision que vous ne lui demanderez pas de retirer ses
paroles?
Le Président (M. Jolivet): Ce que je demande, c'est aux
deux parties de corriger la situation.
M. Lalonde: Est-ce que le ministre sera appelé à
retirer ses paroles?
Le Président (M. Jolivet): D'une façon ou d'une
autre, compte tenu de ce qui s'est passé compte tenu aussi que notre
règlement interdit d'accuser quelqu'un de mentir ou d'un propos aussi
indigne que les précédents, je demande aux deux de corriger la
situation.
M. Lalonde: Quels mots voulez-vous que le député de
Gatineau retire?
Le Président (M. Jolivet): Pour plus de
sécurité - je pense qu'on va me le permettre pour bien comprendre
la situation - nous allons continuer d'interroger notre invité. Nous
allons cependant faire sortir le plus rapidement possible la galée de
façon que, de part et d'autre, on puisse corriger la situation avec les
vrais termes, s'il le faut. Ce que je dis, c'est que le ministre a eu des
propos qui ne sont pas plus dignes que ceux que le député de
Gatineau a eus envers lui.
M. Lalonde: Dans ces conditions-là, je suggérerais
qu'on suspende, parce qu'on ne peut pas demander de continuer avec deux
participants dont l'un est accusé d'avoir menti et l'autre accusé
de je ne sais quoi mais qui l'a chatouillé alors que le
député de Gatineau invitait le ministre à refiler des
questions. On ne peut quand même pas lui dire que cela est indigne
puisqu'on l'invite à le faire.
Le Président (M. Jolivet): Je vais donc, pour les besoins
de la cause, suspendre...
M. Gratton: ...faire avancer les choses.
Le Président (M. Jolivet): D'accord, si vous m'aidez, je
serais très content.
M. Gratton: Je considère que je n'ai imputé aucun
motif indigne au ministre. Si on devait constater, au moment de la lecture de
la transcription du journal, qu'effectivement mes paroles auraient pu
dépasser ma pensée - ce dont je doute - si on devait
interpréter cela ou permettre que quelqu'un puisse interpréter
cela comme cela, je dis d'avance que je retirerai de telles paroles. Je
n'accepte pas et je ne peux pas accepter de continuer à poser des
questions à Me Beaulé avec...
Le Président (M. Jolivet): D'accord, d'accord, j'ai bien
compris.
M. Gratton: ...l'accusation d'être un menteur.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau, s'il vous plaît, je pense que le ministre a bien dit que si
vous retiriez vos paroles - si vraiment vous avez prononcé ces
paroles-là - il était prêt à le faire aussi. C'est
ce que j'avais compris. Compte tenu de cela, pour que je puisse vraiment voir
ce qui s'est passé, je vais suspendre et aller chercher les
galées. Après cela on corrigera. Me Beaulé.
M. Beaulé: Puis-je vous faire une demande qui ne se
rapporte pas au débat qui est devant vous? Je dois absolument vaquer
à mes obligations professionnelles demain, à Montréal.
J'espère qu'il sera possible que je
puisse être libéré ce soir. Je pense que c'est
maintenant la quatrième journée où je témoigne
devant la commission, sans compter les journées où je suis venu
et où j'ai attendu mon tour. Il y a un fait, c'est - tout le monde
devrait le savoir, on l'a dit devant les caméras - que cette
commission-là coûte 15 000 $ par jour aux contribuables
québécois. Il serait peut-être bon de savoir que les
témoins ne sont pas payés et qu'ils doivent défrayer
eux-mêmes leurs voyages à Québec. En plus de cela, il y a
une perte de revenus dans nos bureaux et - peut-être encore plus
important - les clients qui ont besoin de nos services ne peuvent pas les
obtenir. J'espère qu'il me sera possible de retourner à mon
bureau ce soir, au moins pour la journée de demain. J'ajouterai que
j'espère que devant vous et devant la commission j'ai d'autres droits
que ceux d'un payeur de taxes.
M. Bourbeau: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): Non, je n'accepterai rien. Je
n'accepterai rien.
M. Bourbeau: Question de règlement.
M. Lalonde: II y a quand même des limites.
M. Bourbeau: J'ai droit de parole.
Le Président (M. Jolivet): Vous avez droit de parole. M.
le député de Marguerite-Bourgeoys, ce que je vais faire - j'ai
tout entendu, vous avez tous entendu - je suspends. On reviendra sur la
question plus tard.
(Suspension de la séance à 11 h 25)
(Reprise de la séance à 12 h 11)
Le Président (M. Jolivet): À l'ordre,
messieurs!
La commission reprend ses travaux. Avant de parler de la discussion qui
nous a amenés à suspendre les travaux pour quelques instants, je
voudrais faire deux choses: la première c'est à la suite des
propos tenus par Me Beaulé je voudrais lui rappeler...
Mme Roy (Denise): Oui, il sera présent.
Le Président (M. Jolivet): ...d'accord, je le ferai, je
voulais le faire afin que personne d'autre n'ait à le faire au nom des
membres de la commission. La deuxième c'est concernant le fait que cela
a pris du temps. Il faut l'expliquer aux gens. Les rubans d'enregistrement
doivent être dactylographiés par des personnes qui suivent un
processus, ce qui fait que cela peut paraître long. Je me suis rendu
écouter l'enregistrement tout à l'heure, et j'ai ensuite
demandé que chacune des deux personnes qui sont
considérées comme devant poser un geste l'aient entre les mains,
qu'on ait les galées, c'est-à-dire le préliminaire non
corrigé des propos qui ont été tenus sans les petites
corrections que chaque député a le droit d'apporter dans le temps
pour corriger, s'il y a des erreurs dans le texte, non pas de fond, mais de
forme.
Je lis le texte du député de Gatineau. Je lirai ce qui est
pertinent à la discussion. On dit que le ministre a deux choix:
"Premièrement qu'il attende d'avoir le droit de parole et qu'il l'exerce
en citant ce qu'il voudrait bien", c'est la première partie qui ne fait
aucunement objet de la contestation actuelle. La deuxième partie: "Ou
qu'il refile les citations qu'il veut mettre en preuve, au témoin, Me
Beaulé, qui pourrait le faire pour lui comme il l'a fait tantôt,
mais qu'il cesse de m'interrompre au moment où j'ai le droit de parole,
M. le Président." Le ministre a ajouté: "Puisque j'avais compris
qu'il y avait une question de règlement à ceci: Oui, est-ce que
le député de Gatineau est en train de dire à la
commission, M. le Président, que je passe des réponses à
Me Beaulé et que je lui suggère de citer des passages? Je vous
dis que vous avez libéralement menti." Ce sont ces propos qu'on me
demande de retirer d'un côté comme de l'autre. Une chose est
certaine c'est qu'on devra faire des corrections qui s'imposent. Je dois
rappeler que ce sont les deux qui ont, si besoin est, à retirer des
mots, je dois dire au ministre que le mot "menti" n'est pas parlementaire. Il
pourra, s'il le désire, faire des corrections ou l'enlever
complètement du texte, les faire au même titre que le
député de Gatineau qui, s'il a quelque chose à dire sur le
texte qu'il a dit pourrait porter à confusion.
Je vais demander au député de Gatineau de son
côté, s'il a à retirer quoi que ce soit.
M. le député de Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, vous m'honorez et normalement
vous reconnaissez le ministre en premier, vous me faites l'honneur de me
reconnaître avant lui, j'accepte volontiers, mais je demande une
précision au ministre qui dit et je cite: "Je vous dis que vous avez
libéralement menti", c'est ce qu'on reproduit au journal des
Débats. Est-ce que M. le ministre a voulu dire libéralement ou
littéralement?
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre.
M. Duhaime: J'ai dit que vous avez menti au sens large d'une
façon libérale.
Le Président (M. Jolivet): Ceci étant dit, il reste
une chose. Je demande au député de Gatineau si ce qu'il a dit et
que je ne qualifie pas, il le retire ou s'il le change pour qu'on corrige quoi
que ce soit?
M. le député de Gatineau. (12 h 15)
M. Gratton: M. le Président, je suis prêt à
retirer toute parole que j'aurais prononcée et que vous jugez avoir
constitué une imputation de motif, une insinuation de ma part à
l'endroit du ministre.
Le Président (M. Jolivet): Je vais relire le texte en
français - comme je le disais comme prof de français - et essayer
de voir, sans faire de sémantique, ce qu'on a bien voulu dire, mais
aussi en termes de bon sens. À quelqu'un qui a écouté ces
mots, qui n'a pas les galées comme nous, pour savoir la façon
dont cela s'est produit, on dit qu'il refile les citations qu'il veut mettre en
preuve au témoin, Me Beaulé, qui pourrait le faire pour lui comme
il l'a fait tantôt. Cela peut laisser supposer à quelqu'un qui
n'entend que cela qu'il y a eu, lorsqu'on faisait référence
à d'autres textes qui ont été lus hier, puisqu'on fait
mention de ce qui s'est passé hier soir, cela peut laisser sous-entendre
que, depuis hier soir, le ministre aurait pu passer quelque texte que ce soit
à Me Beaulé et que cela fait qu'on peut y trouver une forme
différente que l'imputation directe des mots. Si ce n'est pas ce que le
député a voulu dire, j'aimerais qu'il corrige en
conséquence parce que effectivement ce n'est pas ce que j'avais
compris.
M. Gratton: M. le Président, non seulement ce n'est pas ce
que j'ai voulu dire, ce n'est pas ce que j'ai dit non plus. J'en veux pour
preuve le texte même du journal des Débats. Je reprends ce que
vous avez lu. Je dis, au ruban 1055, page 3: "Pourrais-je suggérer au
ministre que, plutôt que d'invoquer des questions de règlement qui
n'en sont pas pour citer les passages de la commission Cliche qui font son
affaire, il fasse l'une des deux choses suivantes: premièrement, qu'il
attende d'avoir le droit de parole et qu'il l'exerce en citant ce qu'il voudra
bien ou, deuxièmement, qu'il refile les citations qu'il veut mettre en
preuve au témoin, Me Beaulé, qui pourrait le faire pour lui et -
ce qui semble faire un problème -comme il l'a fait tantôt." Or il
est manifeste, M. le Président, c'est ce que j'ai voulu dire et c'est ce
que j'ai dit, que quand j'emploie les mots "comme il l'a fait tantôt",
c'est comme venait de faire Me Beaulé quelques instants auparavant,
c'est-à-dire de citer les extraits du rapport Cliche que le ministre
avait tenté de citer en soulevant une question de règlement hier
à la toute fin de nos travaux. C'est d'ailleurs là-dessus qu'on a
ajourné les travaux de la commission hier soir.
M. Vaillancourt (Jonquière): Je n'ai pas très
bien... Le premier "il".
Le Président (M. Jolivet): Non, juste un instant. Juste un
instant.
M. Vaillancourt (Jonquière): Monsieur...
M. Gratton: Aussitôt que j'aurai terminé.
Le Président (M. Jolivet): Juste un instant. M. le
député de Gatineau d'abord.
M. Gratton: Donc, M. le Président, je n'ai fait aucune
allusion à quelque échange de communication
privilégiée qu'il aurait pu y avoir entre le ministre et Me
Beaulé. Quelqu'un me faisait remarquer tantôt qu'effectivement
cela a été fait publiquement hier soir à la commission
vers 22 h 50.
Une voix: A 22 h 55.
M. Gratton: À 22 h 55 environ. Le ministre a tenté
- on pourrait se référer d'ailleurs au journal des Débats,
mais je ne pense pas que ce soit utile - en soulevant une question de
règlement, de citer les passages de la commission Cliche qu'on a
retrouvés à la page 28, que Me Beaulé a cités ce
matin, et d'autres passages.
Le Président (M. Jolivet): Pour aller rapidement, M. le
député.
M. Gratton: Oui, je termine là-dessus, M. le
Président. Il n'a pas eu besoin et je n'ai pas insinué qu'il y
avait eu un échange d'informations privilégiées entre le
ministre et Me Beaulé. J'ai simplement voulu dire et j'ai dit ce matin
que Me Beaulé avait cité les passages du rapport Cliche que le
ministre avait tenté de faire. Je suggérais au ministre que s'il
voulait le faire encore ce matin, il le pouvait, mais il n'y a rien de
péjoratif ou de malicieux ou... Il n'y a pas d'insinuation
là-dedans. Il n'y a rien d'incorrect à ce que le ministre, qui
n'a pas le droit de parole, qui voudrait voir des propos cités, le
fasse. Il pourrait même le faire au vu et au su de la commission. Donc,
M. le Président, je maintiens que je n'ai pas insinué, je n'ai
pas prêté quelque intention que ce soit au ministre et je vous
demande de prendre en considération les explications que je viens de
vous donner pour constater que je n'ai donc pas accusé, ou
prêté des propos, ou quoi que ce soit, des intentions au ministre
et qu'il n'avait donc aucunement raison de dire que j'avais menti. J'exige
qu'il retire ses paroles.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre.
M. Duhaime: La langue française, M. le Président, a
cette grande qualité, autant dans ses conjugaisons que dans ses
déclinaisons, d'être une langue claire. De deux choses l'une, ou
vous retirez les trois lignes à partir de "qu'il refile les citations
qu'il veut mettre en preuve au témoin", etc., ou vous ne les retirez
pas. C'est ce que j'attends de votre côté. Ensuite, je vous dirai,
M. le Président, ce que je ferai.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, je veux bien être
agréable à la commission et à ses membres, mais je
n'entends pas me laisser dicter ma conduite par le ministre. Je vous demande
à vous, en tant que président de la commission, de m'indiquer si
vous considérez que mes propos ont été au-delà du
règlement de l'Assemblée nationale; si oui, de m'indiquer quels
propos j'ai tenus qui auraient pu amener le ministre à me traiter de
menteur, parce que c'est ce qu'il a fait, et je respecterai, comme je le fais
toujours, votre décision. Mais je ne suis quand même pas pour me
prêter au jeu du ministre.
Le Président (M. Jolivet): Dans le texte, on dit: "qu'il
refile les citations qu'il veut mettre en preuve au témoin, Me
Beaulé, qui pourrait le faire pour lui, comme il l'a fait tantôt".
Les mots "comme il l'a fait tantôt" peuvent être
interprétés de différentes façons par quelqu'un qui
les a entendus. Est-ce que cela sous-entend que c'est le ministre qui a
refilé les citations? Est-ce que c'est Me Beaulé qui a
utilisé les passages? Là, il faut le reporter à l'incident
d'hier soir, comme si on supposait que le ministre avait refilé, entre
hier soir et ce matin, la façon dont Me Beaulé a à
répondre ce matin. Or, comme les mots "comme il l'a fait tantôt"
peuvent porter à ambiguïté, c'est cette partie que
j'aimerais qu'on corrige. Si on me dit: "qu'il refile les citations qu'il veut
mettre en preuve au témoin, Me Beaulé, qui pourrait le faire pour
lui...
M. Gratton: Comme le témoin l'a fait tantôt, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): Je m'excuse, s'il y a une
correction à être apportée... Non, non, la parole est au
député de Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, je suggère qu'on
remplace le mot "il" par le mot "témoin" ou par les mots "Me
Beaulé" et cela se lirait ainsi: "comme le témoin l'a fait
tantôt", et là il n'y aurait aucune espèce de connotation,
de prestation d'intention.
Le Président (M. Jolivet): II y aurait mieux que cela, ce
serait, quant à moi, c'est une suggestion qui est faite au ministre:
"qu'il refile les citations qu'il veut mettre en preuve au témoin, Me
Beaulé, qui pourrait le faire pour lui." Point. Cela corrigerait.
M. Vaillancourt (Jonquière): M. le Président,
question de règlement.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Jonquière, sur une question de règlement.
M. Vaillancourt (Jonquière): Ce qui se passe là est
absolument illégal. Les paroles que nous avons l'occasion de lire sur
cette page 1055 - ER sont exactement les paroles telles qu'elles ont
été prononcées par le député de Gatineau.
Aussi bien à l'Assemblée nationale qu'en commission
parlementaire, nous n'avons pas le droit de modifier ou d'altérer de
quelque façon que ce soit les paroles qui ont été
prononcées, que ce soit par le député de Gatineau ou par
n'importe quel autre député de cette commission. Nous devons
vivre avec les paroles que nous avons prononcées. Je conçois que
le mot "il" dans ce cas peut porter à confusion, même si en ce qui
me concerne, si je lis la phrase comme je l'ai devant moi, il me semble
très évident que le mot "il" a la même signification que le
mot "il" qui est le pronom qui précède le verbe "refiler". En
supposant même que ce ne soit pas le cas, je ne pense pas qu'on puisse,
à moins d'un consentement unanime... Et, encore là, je me demande
si un consentement unanime pourrait nous permettre de modifier, aussi bien
à l'Assemblée qu'en commission parlementaire, les paroles qui ont
été prononcées par un député. En fait, c'est
un problème de fond. Ce n'est pas parce que c'est le
député de Gatineau qui les a prononcées; ce serait un
autre député qui les aurait prononcées, je suis sûr
que le problème serait le même. Ce serait un dangereux
précédent que de commencer aujourd'hui. J'espère que le
problème va se régler autrement, de toute façon, entre les
deux personnes concernées. Mais ce serait un dangereux
précédent que de permettre à une commission parlementaire
de modifier les mots qui ont été prononcés par un
député parce que cela pourrait nous amener à faire la
même chose à l'avenir, à d'autres commissions
parlementaires ou même à l'Assemblée nationale. Regrettant
un mot que nous avons prononcé, ayant été imprécis
dans ce qu'on voulait dire dans un discours à l'Assemblée
nationale, nous demanderions, par la suite, à l'Assemblée, de le
modifier parce que ce n'est pas nécessairement cela qu'on
voulait dire ou qu'on a été imprécis dans ce qu'on
voulait dire.
Le Président (M. Jolivet): J'ai été mal
compris; ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.
M. Lalonde: M. le Président, c'est une question
règlement.
Le Président (M. Jolivet): Je vais simplement essayer de
faire en sorte que le cas qui est posé soit de retirer des paroles.
Des voix: C'est cela.
Le Président (M. Jolivet): Je n'ai pas à
déterminer si on doit corriger les galées, si on doit corriger le
texte; ce n'est pas ce que j'ai demandé. Ce que je dis, c'est que le
député semble faire deux suggestions, il a le droit de faire deux
suggestions. La première, c'est qu'il attende sont droit de parole qu'il
exerce en citant ce qu'il voudra bien. C'est la première suggestion, je
pense bien que cela ne fait aucune espèce de discussion. La
deuxième partie, c'est qu'il refile les citations qu'il veut mettre en
preuve au témoin, Me Beaulé, qui pourrait le faire pour lui.
À mon avis, il n'y a pas, jusque-là, autre chose qu'une
suggestion qui est faite au ministre. Là où il y a
ambiguïté, je ne demande pas qu'on corrige le procès-verbal
-si on peut l'appeler comme tel - ni les galées, ce que je demande,
c'est qu'il retire la dernière partie qui fait ambiguïté.
C'est cela que j'ai demandé. On peut employer le mot "biffer" ou
"retirer". Ce que je demande au député de Gatineau, pour
éviter l'ambiguïté que j'observe et que j'ai observée
et pour laquelle j'ai demandé l'interruption, c'est que ce qu'il a fait
tantôt peut porter à suggestion dans le sens que le ministre l'a
déjà fait ou qu'il l'a fait tout dernièrement. Corriger le
mot "il" par le mot "témoin" ne change rien au fait que cela laisse
supposer, en cours de route, que le ministre l'aurait fait à quelque
moment que ce soit. Donc, je demande qu'on retire cette partie.
M. Lalonde: M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: De toute évidence, c'est le mot "il" qui a
provoqué l'ire du ministre, parce qu'il semblerait qu'il l'a pris pour
lui-même. Le député de Gatineau précise que le mot
"il" est le témoin. Il donne cette explication. Il ne s'agit pas, comme
le député de Jonquière le suggère, de changer ce
qui a été dit, il s'agit de savoir s'il y a lieu de retirer ou de
ne pas retirer des mots.
M. Vaillancourt (Jonquière): ...on peut biffer.
M. Lalonde: C'est cela. Si le mot "il" peut porter à
confusion - on pourrait passer l'après-midi à s'expliquer
là-dessus - on doit prendre la parole du député qui dit
que, lui, dans ce qu'il a dit, dans son propos, le mot "il" est le
témoin. Après cela, il faut regarder pour savoir si, une fois
cette explication donnée - pas le texte changé -cela autorise le
ministre à l'accuser de mensonge. C'est cela, M. le Président, je
pense, qui est la première étape à franchir. Elle a
été franchie par le député de Gatineau qui a dit:
Quand j'ai dit "il", de toute évidence, dans mon esprit, c'était
le témoin. Si cela peut porter à confusion, je suis même
prêt à le changer dans le texte, mais comme cela ne se fait pas,
je donne l'explication, c'est le témoin. Est-ce que, cette explication
étant donnée, le ministre est encore justifié - enfin, il
n'est jamais justifié d'employer le mot "menti", de toute façon,
il devrait le retirer - d'employer le mot "menti"?
M. Vaillancourt (Jonquière): ...
Le Président (M. Jolivet): Je répète,
même si on faisait quelque correction que ce soit au dernier bout de
phrase, et je continue à prétendre, pour quelqu'un qui l'a
écouté et qui l'entendrait à nouveau, que cela porterait
à ambiguïté et que cela imputerait au ministre, par le
ruban, de façon indirecte, qu'il aurait fait un geste entre hier et
aujourd'hui. En conséquence, je pense que, pour corriger la situation,
qu'on lui fasse une suggestion - il n'y a rien qui peut l'empêcher de
faire une suggestion -mais que le dernier bout de phrase, comme il l'a dit,
même corrigé si le député disait qu'il le corrige, a
aussi pour effet de garder une ambiguïté. Cette partie doit
être complètement ignorée, enlevée, de façon
qu'il soit bien clair que ces paroles ont été retirées et
que la phrase se terminerait ainsi: "qui pourrait le faire pour lui".
M. Vaillancourt (Jonquière): M. le Président.
M. Gratton: M. le Président, est-ce que vous me permettez
une demande de directive?
Le Président (M. Jolivet): Oui, M. le député
de Gatineau.
M. Gratton: Parlons de l'Assemblée nationale. Un
député qui prend la parole à l'Assemblée nationale,
quelques minutes ou quelques heures plus tard, reçoit la transcription,
corrigée une première fois par les services de l'Assemblée
nationale, sur
laquelle il peut apporter des corrections, non pas pour changer le sens
de ses propos, mais pour corriger des erreurs de transcription qui pourraient
s'être glissées ou pour préciser le sens des propos qu'il a
jugé avoir tenus et qui seraient mal rendus dans la transcription. (12 h
30)
Je n'accuse pas la transcription, le journal des Débats, de ne
pas avoir reproduit fidèlement ce que j'ai dit. J'ai effectivement dit:
"comme il l'a fait tantôt". Mais j'ai voulu préciser ici - et
j'insiste là-dessus, M. le Président, pour qu'on prenne ma parole
-que ce que j'ai voulu dire, ce que j'ai dit, en employant le mot "il",
c'était pour référer à Me Beaulé, le
témoin, et non pas au ministre. Et, M. le Président, je n'en
ferai même pas une question de directive. J'insiste pour que le ministre,
au moment où il retirera les mots qu'il a eus à mon endroit,
m'indique s'il accepte la parole que je lui donne, à savoir que le mot
"il" que j'ai employé l'a été dans le sens qu'il
s'appliquait au témoin et non au ministre.
M. Vaillancourt (Jonquière): M. le Président.
M. Gratton: Et, à ces conditions-là, M. le
Président, et seulement parce que vous, à titre de
président, me le demandez, pour éviter une ambiguïté
et non pas pour corriger des propos que j'ai tenus, pour éviter une
ambiguïté, je me soumets à votre décision et à
ces conditions, je retirerai les mots "comme il l'a fait tantôt".
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre.
M. Duhaime: M. le Président, je ne peux pas accepter cela
pour la raison suivante: ce serait encore plus grave. Si on relit ce texte:
...ou qu'il refile - là, c'est clair que vous parlez du
député de Saint-Maurice - les citations qu'il veut mettre en
preuve au témoin, Me Beaulé, qui pourrait le faire pour lui,
comme Me Beaulé l'a fait tantôt... C'est ce que vous voudriez
qu'on corrige. Cela veut dire encore plus fort, M. le Président, que
j'aurais déjà, auparavant, fait cette opération avec Me
Beaulé. Jamais dans cent ans! La langue française est claire. Je
suis prêt à prendre la parole d'un député, mais les
mots qui sont écrits ici ont été prononcés et je ne
suis pas le personnage du livre de Ewen Montagu, "L'homme qui n'existait pas".
J'étais ici présent et je l'ai entendu clairement. Ou bien vous
le retirez, ou je maintiens ce que je dis.
Le Président (M. Jolivet): Je voudrais savoir ce qui doit
être retiré. Moi, ce que j'ai compris...
M. Duhaime: Le "comme il l'a fait tantôt", comme vous
l'avez suggéré, M. le Président...
Le Président (M. Jolivet): D'accord. M. Duhaime:
...et on va régler.
Le Président (M. Jolivet): D'accord. M. le ministre.
M. Duhaime: On va faire un règlement hors commission.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre, j'ai cru
comprendre, dans les propos du député de Gatineau, qu'à ma
demande, il retirerait les mots "comme il l'a fait tantôt". Cela
étant dit, c'est ce que le député de Gatineau m'a bien
dit: Je me soumets à votre demande, M. le Président. C'est bien
ce qu'il a dit. Donc, "comme il l'a fait tantôt", le député
de Gatineau retire ces mots-là.
M. Duhaime: Alors, M. le Président, ceci étant
fait, je vais retirer la phrase que j'ai prononcée, qui est la suivante:
"Est-ce que le député de Gatineau est en train de dire à
la commission, M. le Président, que je passe des réponses
à Me Beaulé, que je lui suggère de citer des passages? Je
vous dis que vous avez libéralement menti". Je retire ces paroles.
Le Président (M. Jolivet): Merci, M. le ministre. Ceci
étant maintenant un incident clos, nous continuons avec le
député de Gatineau sur les questions qu'il a à poser.
Mais, avant, comme Me Beaulé est revenu...
Me Beaulé? Me Beaulé? J'ai attendu votre retour pour, au
nom des membres de cette commission, éviter quelque question de
règlement que ce soit, ce qui explique que j'ai suspendu la
séance dans le brouhaha, tout à l'heure. Je voulais éviter
que chacun ait à donner son opinion sur ce que vous avez dit.
Je vous ai dit hier qu'en vertu de la décision que j'ai rendue,
vous êtes à la disposition de la commission, vous n'avez pas
à juger - vous ne l'avez pas fait, à mon avis - des désirs
de chacun des députés. Je sais qu'il y a encore beaucoup de
députés, de chaque côté, qui ont l'intention de vous
poser des questions et je leur rappelle toujours qu'ils doivent poser des
questions qui n'ont pas été posées, de façon
à répondre à la directive que j'ai donnée hier.
Mais, je ne peux en aucune façon, au nom des membres de la commission,
vous dire à quel moment nous pourrions vous libérer. Je pense que
cette partie se règle à une autre instance. Si, entre le ministre
et le responsable de l'Opposition, il y a quelque accord que ce soit en dehors
de cette commission et qu'on m'en fait rapport, qu'on vient me le
rapporter ici, je tiendrai compte de cela. J'ai accepté que vous
fassiez votre demande. Mais je dois vous dire que nous aussi, comme
députés, de quelque côté que ce soit, nous avons des
occupations et je suis l'un de ceux qui savent ce que veut dire avoir un grand
comté et s'occuper de son comté en même temps que de
présider cette commission. Me Beaulé.
M. Beaulé: Sur ce point, puis-je demander respectueusement
aux membres de la commision d'être libéré au moins pour la
journée de demain, quitte à revenir vendredi matin, pour plaider
deux causes que j'ai vraiment à plaider?
Le Président (M. Jolivet): Je demande donc aux deux
responsables de discuter de cela et on reviendra après le dîner
sur cette question. Oui, M. le ministre?
M. Duhaime: Je ne veux pas revenir sur l'incident de tout
à l'heure, mais je voudrais faire une question de règlement
puisque le texte qui est devant nous maintenant, après correction,
contient une suggestion de la part du député de Gatineau qui
m'invitait à deux choses: "qu'il attende d'avoir le droit de parole et
qu'il l'exerce en citant ce qu'il voudra bien" - ce avec quoi je suis
parfaitement d'accord - ou encore, la deuxième suggestion: "qu'il refile
les citations qu'il veut mettre en preuve au témoin, Me Beaulé,
qui pourra le faire pour lui." Je ne suis pas d'accord avec cette suggestion.
Je ne la retiendrai ni dans le cas de Me Beaulé, ni dans le cas de tout
autre témoin. Je n'ai pas l'intention de refiler quelque citation que ce
soit à quiconque.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau, vous avez la parole.
M. Duhaime: II faut que ce soit clair.
M. Gratton: Sur une question de règlement très
brève, M. le Président. C'est simplement pour dire qu'il y a une
heure et demie, j'avais posé et je posais des questions à notre
invité, Me Beaulé, que j'ai été interrompu par une
question de règlement du ministre qui, manifestement, n'en était
pas une. Nous avons perdu très exactement une heure trente-cinq minutes
ici, à la commission...
M. Duhaime: Par votre fautel
M. Gratton: ...parce que le ministre a voulu faire indirectement
ce que le règlement de l'Assemblée nationale ne lui permet
peut-être pas de faire directement. J'invite à nouveau le ministre
à bien vouloir me laisser poser les questions que j'ai l'intention de
poser à Me Beaulé. S'il souhaite réellement que les
travaux avancent à la meilleure vitesse de croisière possible,
cela va grandement améliorer les choses. Qu'il ne fasse pas de questions
de règlement qui n'en sont pas. Cela étant dit, M. le
Président...
M. Duhaime: Sur la question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre, sur la question
de règlement.
M. Duhaime: Ah! Celle-là, franchement, c'est un
éléphant dans ma grange!
Une voix: Quoi?
Une voix: Un éléphant dans sa grange!
M. Paradis: Un éléphant dans sa grange. Y a-t-il un
crédit agricole là-dessus?
M. Duhaime: Le député de Gatineau est en train de
nous dire, M. le Président, que je suis responsable de l'heure et demie
que nous venons de perdre.
M. Lalonde: Oui, on est d'accord.
M. Duhaime: Je prends à témoin tous ceux qui sont
ici présents et tous ceux et celles qui nous écoutent. Ce n'est
pas moi qui ai imputé des motifs à quiconque en cette commission
parlementaire.
M. Gratton: II va recommencer, M. le Président.
M. Duhaime: J'ajoute essentiellement que, si vous voulez que
l'incident soit clos...
M. Gratton: M. le Président, j'ai retiré les
paroles. Il ne peut pas y revenir. Est-ce qu'il veut que je les
répète?
Le Président (M. Jolivet): S'il vous plaît!
M. Duhaime: Oui.
Le Président (M. Jolivet): J'ai demandé que
l'incident soit clos.
M. Lalonde: Voulez-vous envoyer le ministre dans le coin, s'il
vous plaît, M. le Président?
Le Président (M. Jolivet): Je voudrais, s'il vous
plaît, que le député de Gatineau pose ses questions
à Me Beaulé. Mais je dois lui rappeler que je n'ai aucun
moyen...
M. Duhaime: Si vous continuez, je vais vous envoyer mes
témoins pour un duel.
Le Président (M. Jolivet): ...J'ai bien compris que vous
faisiez une nouvelle suggestion au ministre, mais le ministre est libre de ses
décisions. Je n'ai aucun moyen de l'empêcher de poser les
questions de règlement qu'il voudra...
M. Lalonde: Bonnes ou mauvaises.
Le Président (M. Jolivet): ...et, quelle que soit la
personne, soit à ma gauche ou à ma droite, qui soulève des
questions de règlement, je me ferai un devoir de l'écouter.
Après, je verrai si c'en est une ou non. M. le député de
Gatineau.
M. Vaillancourt (Jonquière): Question de règlement,
M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Jonquière.
M. Vaillancourt (Jonquière): Simplement pour corriger
peut-être une fausse impression que le député de Gatineau
vient de laisser à nos nombreux téléspectateurs. Il vient
de laisser entendre que cette période de temps, une heure et demie,
où on n'a pas travaillé, a été occasionnée
par une question de règlement du ministre, ce qui est vrai.
Des voix: Oui, oui.
M. Vaillancourt (Jonquière): Mais j'aimerais vous
souligner, M. le Président, que vous avez retenu la question de
règlement du ministre, que celle-ci a été acceptée
et que la conséquence de tout cela a été le retrait de ses
paroles par le député de Gatineau.
Des voix: Ah! Ah!
M. Vaillancourt (Jonquière): Donc, sa question de
règlement était bien fondée, M. le Président.
M. Paradis: C'est vous qui avez laissé l'impression
à la population...
M. Lalonde: C'est de la nostalgie. Des voix: Oui.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau, en vous demandant, de votre côté ainsi qu'à tous
les autres, s'il vous plaît, la possibilité de recommencer les
questions à poser à Me Beaulé, s'il vous plaît.
Allez!
M. Lalonde: Vous aviez posé deux questions, un petit peu
avant...
Une voix: Je ne sais pas si ses avocats vont avoir le droit de
parole.
M. Gratton: M. le Président, je n'ai pas laissé
l'impression que le ministre en avait été responsable. Je l'ai
affirmé. Je le réaffirme.
Le Président (M. Jolivet): M. le député! M.
le député!
M. Tremblay: M. le Président, si je comprends bien, ce que
voudrait le député de Gatineau, c'est que nous, les membres de la
commission, ne soyons plus là et qu'on ne conteste pas quand il abuse de
l'article 168.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Chambly! Je m'excuse. M. le député de Gatineau, posez vos
questions, mais, s'il vous plaît, ne faites aucune autre allusion
à quoi que ce soit. Posez vos questions.
M. Lalonde: Éteins cela!
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau, en me regardant et en posant les questions à Me Beaulé,
parce que, avec la petite farce que j'ai faite, comme ancien professeur, je
vais vous demander de rester après la classe. M. le député
de Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, j'adresse une question
à Me Beaulé. Hier, le député de Mont-Royal vous a
demandé si vous aviez transmis à Me Jean-Roch Boivin d'autres
documents que la contestation du 28 novembre 1978 et l'aide-mémoire du
29 janvier 1979. Vous avez répondu: Non.
M. Vaillancourt (Jonquière): Question de règlement,
M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Jonquière, sur une question de règlement.
M. Vaillancourt (Jonquière): Je pense que, si on relit les
galées, on verra très facilement que cette question a
été posée, hier, à Me Beaulé, qui a
répondu: Le 2 février.
M. Paradis: Bien, laissez-lui finir sa question. Voyons donc!
Qu'est-ce que cela?
Une voix: Ah! Ah! Come on!
Le Président (M. Jolivet): S'il vous plaît!
M. Ciaccia: Y aurait-il collusion de ce
côté-là?
M. Lalonde: Bien oui.
M. Vaillancourt (Jonquière): Non, mais c'est cela.
M. Lalonde: Oui, laissez-le donc finir la
question.
M. Paradis: II y a déjà un président.
Le Président (M. Jolivet): Messieurs, les
députés. Je ne voudrais en aucune façon, cependant, que
des questions soient reposées. Je l'ai mentionné. M. le
député de Gatineau, allez, s'il vous plaît!
M. Ciaccia: II sait qu'il a menti, c'est pour cela qu'il veut se
défendre.
M. Gratton: M. le Président, je ne reprendrai pas mais il
faudrait presque je reprenne pour que Me Beaulé puisse répondre
à une question précise. Je reprends. Hier, le
député de Mont-Royal vous a demandé si vous aviez transmis
à Me Boivin d'autres documents que la contestation du 28 novembre 1978
et l'aide-mémoire du 29 janvier 1979. Vous avez répondu: Non.
Ensuite, vous avez corrigé en disant que vous croyiez que la question
s'appliquait à la rencontre du 2 février 1979. Vous nous avez
alors dit que vous aviez donné à Me Boivin des copies de factures
de la SEBJ qui impliquaient les frais de séjour de M. Duhamel.
Je voudrais être clair, Me Beaulé. Entre le 20 avril 1978
et 13 mars 1979, avez-vous remis ou transmis à Me Boivin des documents
autres que votre contestation du 28 novembre 1978, que votre
aide-mémoire du 29 janvier 1979 et que les factures de la SEBJ
déposées ici hier soir?
M. Beaulé: M. le Président, je vais répondre
à la question. Je crois cependant qu'au moment où vous avez
déclaré la suspension il y avait une question qui m'était
adressée.
M. Gratton: On va y revenir.
M. Beaulé: Quant à la question qui m'est
posée, avant le 2 février et jusqu'au 2 février
inclusivement, je n'ai remis à M. Boivin, en rapport avec la poursuite
de la SEBJ contre l'International Union of Operating Engineers, que la
contestation et l'aide-mémoire. Subséquemment, j'ai fait parvenir
à M. Boivin - est-ce que c'est par messager ou autrement? je n'ai pas de
copie de lettre dans mes dossiers, mais je me rappelle les lui avoir fait
parvenir, probablement par messager - copie des documents que je vous ai
transmis hier qui établissent que la SEBJ, qui avait reconnu Duhamel
comme le porte-parole de la FTQ-Construction et du Conseil provincial du
Québec des métiers de la construction à LG 2, facturait la
FTQ pour le gîte et le couvert de Duhamel. J'ai transmis à M.
Boivin copie de ces factures-là. Je lui ai également transmis -
à quelle date, je ne le sais pas, sûrement au début du mois
de février 1979 - photocopie des chèques qui établissaient
que Duhamel était toujours, avait toujours été en tout
cas, à partir du moment où il était à Matagami -
donc à partir de l'automne 1973 - jusqu'en 1974, payé par l'Union
des opérateurs de machinerie lourde du Québec. J'ai même
dit qu'il s'agissait de chèques tirés sur la Banque Provinciale
du Canada et qu'il n'était même pas un salarié du local 791
affilié à ma cliente. Oui, j'ai fourni ces documents-là
à M. Boivin. Je ne lui en ai pas fourni d'autres.
M. Gratton: II n'y en a pas eu d'autres. M. Beaulé:
Non.
M. Gratton: Merci. Revenons maintenant à nos moutons de ce
matin...
M. Beaulé: Moutons du printemps.
M. Gratton: ...à nos agneaux, à nos agneaux du
printemps. Me Beaulé, avez-vous pris connaissance de l'éditorial
de Marcel Adam dans la Presse du 28 avril 1983 qui s'intitulait: "Des motifs et
avantages du règlement hors cour"?
M. Beaulé: À ma connaissance, il y a eu deux
éditoriaux publiés par M. Adam au cours du mois d'avril. J'ai
référé à l'un de ces éditoriaux lorsque j'ai
dit que M. Adam avait conclu que les dommages excédaient 32 000 000 $.
Quand j'ai parlé du danger de conclure que les dommages avaient
été prouvés, j'ai référé en
particulier à une affirmation de M. Adam dans un de ses
éditoriaux. Quant à l'autre, vaguement, je sais qu'il y a eu un
éditorial samedi, je ne crois pas l'avoir lu attentivement. J'y ai
jeté un coup d'oeil, mais je ne l'ai pas lu attentivement.
M. Gratton: M. le Président, si vous me le permettez - je
suis sûr que vous le ferez - j'aimerais citer un passage de
l'éditorial en question, celui du 28 avril 1983, donc samedi dernier, et
j'aurai une question précise à poser à M. Beaulé
à la suite de cette citation.
M. Rodrigue: Si le député me le permettait?
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Vimont.
M. Rodrigue: Serait-il possible que le député fasse
faire des photocopies de cet éditorial afin qu'effectivement le
témoin puisse avoir l'éditorial devant lui...
M. Gratton: D'accord.
M. Rodrigue: ...avant de répondre à la question? En
même temps, on pourrait en faire faire pour les membres de la
commission.
Le Président (M. Jolivet): Auparavant, est-ce que
quelqu'un en aurait une copie, ce qui permettrait d'éviter une
photocopie parce que cela retardera les travaux encore une fois? Si quelqu'un
avait une copie, on pourrait lui en donner une pour le moment.
M. Gratton: Le 28 avril, le titre est: "Des motifs et avantages
du règlement hors cour".
M. Lalonde: Moi, j'ai: Le gouvernement doit aller jusqu'au bout,
le gouvernement doit respecter son engagement.
Le Président (M. Jolivet): M. le député.
S'il vous plaît! S'il y a des questions de posées à partir
de ce texte - je pense que c'est normal qu'on lui en donne une copie -est-ce
que le député accepterait de poser d'autres questions en
attendant, d'ici treize heures, et nous reviendrions après la
période des questions avec ce texte?
M. Gratton: M. le Président, je voudrais bien vous
être agréable, mais...
Le Président (M. Jolivet): Ce n'est pas possible.
M. Gratton: Non, ce n'est pas possible parce que cela
s'enchaîne.
M. Duhaime: M. le Président, si vous me le
permettez...
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre. Entre-temps,
donnez donc au Secrétariat des commissions le document et on fera faire
les photocopies immédiatement. M. le ministre.
M. Duhaime: S'il nous reste quelques minutes avant treize heures
et qu'il nous faut attendre les photocopies, je vais profiter de
l'intermède pour vous dire que notre formation politique serait d'accord
pour agréer la demande qui a été faite par Me
Beaulé de le libérer ce soir, quitte à ce qu'on s'entende
avec le leader parlementaire de l'Opposition pour trouver une journée
qui puisse être à la convenance de Me Beaulé au cours de la
semaine prochaine. Je pense qu'il a été d'une grande
collaboration à l'endroit de la commission et je comprends parfaitement
qu'un avocat qui a une clientèle et une pratique chargée... Cela
m'apparaîtrait vraiment abusif d'insister pour qu'il soit présent
demain. Nous pourrions procéder à l'audition de Me Gadbois, qui
attend déjà depuis trois jours, si ma mémoire est
bonne.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Marguerite-Bourgeoys. Oui, Me Beaulé.
M. Beaulé: Je dois venir à Québec vendredi
après-midi pour affaires. Je pense que vous ne siégez pas le
vendredi après-midi. Si vous désirez ma présence vendredi
matin, je serai à votre disposition.
Le Président (M. Jolivet): Me Beaulé, c'est moi qui
ai un problème.
M. Beaulé: Ah bon!
Le Président (M. Jolivet): J'avais demandé à
mes deux collègues de me libérer pour vendredi de façon
à reprendre au début de la semaine prochaine et on me l'avait
accordé jusqu'à maintenant. Je ne voudrais pas faire de
publicité pour mon comté.
M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: M. le Président, si Me Beaulé vous
convainc d'être ici vendredi matin, on est d'accord. En ce qui concerne
demain, nous allons nous consulter et vous donner une réponse. Si c'est
le moindrement possible, vous pouvez être sûr que nous allons le
faire, en enlevant une certaine partie du ton que contenait votre demande tout
à l'heure.
Le Président (M. Jolivet): M. le député,
c'est justement ce pourquoi je n'ai pas voulu qu'il y ait en aucune
façon...
M. Duhaime: À moins qu'on finisse ce soir.
Le Président (M. Jolivet): ...qu'il y ait d'intervention
sur ce sujet et c'est pour cela que j'ai pris la précaution tout
à l'heure de le faire au nom des membres de la commission.
M. Lalonde: Avouez que je l'ai fait avec assez de
délicatesse, M. le Président.
M. Duhaime: Comme d'habitude.
Le Président (M. Jolivet): Le texte n'est pas encore
arrivé?
M. Beaulé: Est-ce que je peux remercier le
député de Marguerite-Bourgeoys de la façon avec laquelle
il m'a, dans un sens, rappelé à l'ordre, et je l'accepte?
M. Lalonde: Merci.
Le Président (M. Jolivet): Ceci dit, l'incident est clos.
Est-ce que vous avez une autre question entre-temps, M. le député
de
Gatineau, ou si c'est la...
M. Beaulé: Est-ce qu'on pourrait revenir aux questions de
ce matin qui avaient été abordées sur...
Le Président (M. Jolivet): Oui, il y a la question qui
était... Allez-y donc, Me Beaulé. Vous aviez une réponse
à donner.
M. Beaulé: Peut-être que monsieur.... Enfin, je ne
voudrais pas être injuste vis-à-vis du député de
Gatineau. Est-ce qu'il veut reformuler sa question, ou la répéter
plutôt? J'ai une bonne compréhension de sa question, mais je pense
qu'elle devrait venir de lui parce que ce n'est pas moi qui pose les
questions.
M. Gratton: M. le Président, justement, la citation que je
veux faire de l'extrait de l'éditorial de M. Adam m'amènera
à préciser encore plus la question que j'avais commencé
à poser ce matin et qui a été perdue dans les
dédales de la procédure qu'on a connue depuis.
M. Beaulé: Voici. Je suis prêt à
répondre à la question que vous m'aviez posée et, si vous
pensez que je vous cite mal, je suis sûr que vous allez l'indiquer.
Le Président (M. Jolivet): Je pense que pour vous aider
nous avons dans les galées...
Une voix: Voilà. Voilà.
Le Président (M. Jolivet): ...la question. Je pourrais
vous la répéter.
Une voix: On l'a.
Le Président (M. Jolivet): Oui, je sais, mais je pense
qu'en toute justice pour notre invité qui avait à répondre
à une question, on devrait lui permettre de répondre à
cette question. Je vais vous la lire. Je vais simplement lire les
galées.
M. le député de Gatineau: "Bon, si vous me dites
que dans votre mémoire quelque part quelque chose est blanc le 28 avril
et que vous venez me dire aujourd'hui, le 4 mai, qu'on va changer cela pour
noir, est-ce que cela ne change pas la substance même de votre
présentation?" C'était la question.
M. Beaulé: Voici, M. le Président. D'abord, en
déclarant ce matin qu'il y avait lieu de substituer au mot
"recommandation" le mot "constatation", parce que je me référais
à la commission Cliche, je n'ai pas l'impression d'avoir noirci ou
blanchi quoi que ce soit. Cependant, si j'ai bien compris tout le sens de la
question, les passages que j'ai cités ce matin du rapport Cliche et les
autres passages que nous retrouvons à la page 28 de même qu'aux
pages 292 et 293 sont des citations qui viennent, à mon point de vue,
établir hors de tout doute la première partie de mon
mémoire qui commence à la page 6 et qui s'intitule: "Les actes de
violence du 21 mars 1974 survenus à LG 2 s'insèrent dans une
toile de fond que la SEBJ a contribué à créer et dont elle
doit assumer sa part de responsabilité."
Je ne veux pas lire le texte, mais, si vous jugez utile de le lire, vous
verrez que ce qui est allégué aux pages 6, 7 et 8 du
mémoire est établi et prouvé par la commission lorsqu'elle
affirme, à la page 28, que, oui, la SEBJ a offert un monopole syndical
à la FTQ-Construction, qu'elle l'a fait à l'instigation de M.
Paul Desrochers, à la demande de M. Giroux, et que c'était en
contravention avec nos lois existantes à l'époque. Je n'ai pas
cité les passages dans mon mémoire. Je vais vous donner la raison
très brièvement. M. Giroux est à sa retraite et je pense
même qu'il est malade. M. Boyd est à sa retraite et je pense que
M. Desrochers est à sa retraite politique. Je ne voulais pas les
mêler à mon mémoire, mais cela ne change absolument rien.
J'ai dit en toutes lettres à la page 6 que la SEBJ avait offert en 1971
le monopole syndical à la FTQ-Construction et j'ai
développé cet argument aux pages 7 et 8. Vous en trouvez la
preuve dans le rapport Cliche, aux pages 28, 292 et 293. On nous indique dans
quelles circonstances ce monopole a été offert et par qui. Alors,
je n'ai pas modifié mon mémoire en citant ce matin mes sources,
je n'ai que prouvé mon mémoire.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau, avec la question qui a été laissée en plan tout
à l'heure.
M. Gratton: Oui, M. le Président. Donc, je cite cet
extrait de l'article ou de l'éditorial de Marcel Adam, dans le journal
La Presse du 28 avril 1983, qui s'intitule "Des motifs et avantages du
règlement hors cour". Au bas, d'ailleurs, je pense que c'est
raturé sur la copie que vous avez. Après avoir cité les
deux mêmes paragraphes de la page 68 du rapport Cliche que Me
Beaulé a cités lui-même dans son mémoire, et en
parlant des trois P.-D.G. de la SEBJ, c'est-à-dire M. Roland Giroux, M.
Robert Boyd et M. Lucien Saulnier, à la dernière ligne de la
troisième colonne, on lit ce qui suit: "Seul M. Saulnier s'est dit
d'accord avec ce passage du rapport qui donne l'impression que la
responsabilité n'incombe qu'à ceux qui ont été
impliqués directement dans le saccage, non aux syndicats qu'ils
représentaient. Le ministre Guy Chevrette, qui fut membre de la
commission Cliche, pense aujourd'hui qu'il ne fallait pas faire payer à
tous les travailleurs les fautes "d'une petite clique de bandits qui avaient
pris le contrôle, grâce à
la collaboration du gouvernement Bourassa". "Le ministre Chevrette
oublie-t-il ce passage du rapport qu'il a signé et qui fait suite
à celui qu'a invoqué M. Duhaime? Et que Me Beaulé a
également invoqué? Et M. Marcel Adam de citer les trois
paragraphes de la page 68; je vous fais grâce de tout relire. À
l'avant dernier paragraphe, Marcel Adam écrit: "II est donc clair que la
commission Cliche imputait à la FTQ-Construction "la
responsabilité morale" du crime de Duhamel et compagnie. "Que le
ministre Duhaime choisisse de ne lire du rapport que ce qui arrange le premier
ministre, soit. Mais le politicien Guy Chevrette devrait avoir la
décence de ne pas contredire ce qu'écrivait avec plus
d'objectivité, en 1975, le commissaire du même nom." La question
que je pose - elle reprend celle que je vous posais ce matin, Me Beaulé
- est la suivante: Pourquoi, en ne citant pas les trois paragraphes qu'on n'a
pas relus ici, mais qui sont reproduits textuellement dans l'éditorial
de Marcel Adam, n'avez-vous pas conclu, comme Marcel Adam le fait, que les
syndicats, notamment la FTQ-Construction, portaient la responsabilité
morale du saccage selon la commission Cliche?
M. Beaulé: M. le Président, je vais répondre
très sommairement. D'abord, dans cet éditorial de M. Adam,
lorsqu'il dit que le ministre Charest qui fut membre de la commission
Cliche...
Le Président (M. Jolivet): Chevrette.
M. Beaulé: Pardon, lorsqu'il dit que le ministre Guy
Chevrette qui fut membre de la commission Cliche pense aujourd'hui qu'il ne
fallait pas faire payer à tous les travailleurs les fautes d'une petite
clique de bandits, si on lit le rapport Cliche à la page 68 - M.
Chevrette était l'un des commissaires - on voit qu'il pensait la
même chose en 1975. Je vous réfère à la page 68
où il est dit: "Les commissaires ont acquis la conviction que les
travailleurs ordinaires n'encourent pas la responsabilité de ce qui est
arrivé". Sur ce point...
M. Gratton: Ma question précise, Me Beaulé, porte
sur la responsabilité morale des syndicats.
M. Beaulé: Quant à la responsabilité morale
- très bien - il n'y pas de doute que le rapport Cliche, à mon
avis - on pourrait citer abondamment le rapport - impute la
responsabilité morale à la FTQ-Contruction de l'époque
dirigée par André Desjardins et, M. Desjardins étant
à la tête d'une pyramide, à des personnes dont
l'activité était bien connue au Québec dès 1971. Il
n'y a pas de doute que le rapport Cliche impute à la FTQ-Construction
d'alors, avec M. Desjardins et certains gangsters qui travaillaient sous ses
ordres, la responsabilité des événements du 21 mars 1974.
Mais, en même temps, la commission va aux causes lointaines et relie les
dirigeants de la SEBJ et d'Hydro-Québec de l'époque et M.
Desrochers à ce fameux monopole syndical accordé ou offert par
MM. Desrochers, Giroux et Boyd à M. Desjardins et à ses
acolytes.
M. Gratton: Me Beaulé...
M. Beaulé: C'est ma perception du rapport.
M. Gratton: Oui, vous vous enflammez et je ne vous en fais pas
grief. Mais quand je vous pose une question sur la... Vous vous êtes
plaint, à plusieurs occasions, qu'on vous répète les
mêmes questions à plusieurs reprises. Je vous suggère
respectueusement que ma question portait uniquement sur la partie de la
responsabilité morale et que vous avez vous-même choisi de
répéter pour la nième fois - je ne sais trop - tout le
reste. Je veux bien, je n'ai pas d'objection, mais ne vous surprenez pas si,
à l'occasion, des membres de la commission répètent la
même question plus d'une fois.
M. Beaulé: Je vais préciser la réponse, M.
le Président. La commission Cliche a tenu non seulement les dirigeants
de l'époque de la FTQ responsables, mais également les hommes
politiques et les cadres de la SEBJ qui ont pactisé avec les bandits qui
dirigeaient la FTQ, à l'époque, la FTQ-Construction.
Une voix: C'est clair.
M. Gratton: Donc, est-ce que vous reconnaissez le droit à
quiconque d'interpréter le rapport de la commission Cliche...
Le Président (M. Jolivet): M. le
député...
M. Gratton: ...de la façon...
Le Président (M. Jolivet): ...je me dois, étant
donné qu'il est très tard, de suspendre jusqu'après la
période de questions.
(Suspension de la séance à 13 heures)
(Reprise de la séance à 16 h 22)
Le Président (M. Jolivet): À l'ordre, s'il vous
plaît! La commission élue permanente de l'énergie et des
ressources est à nouveau réunie aux fins d'examiner les
circonstances
entourant la décision du conseil d'administration de la
Société d'énergie de la Baie James de régler hors
cour la poursuite civile intentée à - la suite du saccage du
chantier de LG 2 survenu en 1974 et, plus spécifiquement, le rôle
du premier ministre et de son bureau à cet égard.
Les membres de cette commission sont: MM. Dussault (Châteauguay),
Ciaccia (Mont-Royal), Duhaime (Saint-Maurice), Bourbeau (Laporte), Laplante
(Bourassa), Gratton (Gatineau), Lavigne (Beauharnois), LeBlanc
(Montmagny-L'Islet), Lalonde (Marguerite-Bourgeoys), Tremblay (Chambly), M.
Rodrigue (Vimont).
Les intervenants sont: MM. Bisaillon (Sainte-Marie), Vaillancourt
(Jonquière), Desbiens (Dubuc), Mme Harel (Maisonneuve), MM. Paradis
(Brome-Missisquoi), Pagé (Portneuf), Doyon (Louis-Hébert), Perron
(Duplessis), Saintonge (Laprairie). Le rapporteur est toujours M. LeBlanc
(Montmagny-L'Islet).
Au moment où nous nous sommes quittés, ce midi, nous
avions Me Rosaire Beaulé qui répondait aux questions. Avant de
donner la parole au député de Gatineau, qui a toujours le droit
de parole, au moment où on se parle, je vais rendre une première
décision sur les deux que j'avais à rendre. La seconde viendra un
peu plus tard. Elle concerne la question de recevabilité ou
d'irrecevabilité concernant la conversation qu'il y a eu entre Me
Beaulé et Me Boivin, vendredi de la semaine dernière.
Nous devons tenir compte du mandat de la commission. J'ai eu l'occasion,
ainsi que d'autres présidents, à plusieurs commissions, de rendre
cette décision, eu égard au mandat qui nous est confié
comme président de commission parlementaire. Je ne rappellerai pas ce
qui a trait à ce mandat. Il a été lu dès le
départ. En conséquence, à cause du mandat qui nous est
dévolu et à cause des précédents souventefois
accomplis à l'intérieur des mandats que nous avons, la question
à savoir ce qui a été dit vendredi dernier n'étant
pas pertinente au mandat est irrecevable. Je ne la permettrai donc pas. M. le
député de Gatineau, vous avez la parole pour adresser vos
questions à Me Beaulé.
M. Lalonde: M. le Président, j'aurais une directive
à vous demander.
Le Président (M. Jolivet): Oui, M. le député
de Marguerite-Bourgeoys, sur une demande de directive.
M. Lalonde: Oui. Votre décision, celle que vous venez de
rendre, sur l'irrecevabilité d'une question portant sur une conversation
téléphonique du mois d'avril 1983, s'appliquerait jusqu'à
quand dans le temps? Autrement dit, le mandat d'examiner toutes les
circonstances entourant la décision... Est- ce qu'on doit
interpréter votre décision comme rendant irrecevable une question
qui porterait sur un événement qui serait arrivé en 1980,
en 1979, au mois de juillet? Enfin, où situez-vous...
Le Président (M. Jolivet): Effectivement, pour
répondre à la demande de directive, le mandat est d'examiner les
circonstances entourant la décision. Or, la décision a
été prise en 1979, au cours d'une certaine journée, dans
un certain mois. À partir de cela, la décision étant
prise, c'est de cela qu'on doit discuter. À partir de cette
date-là, tout ce qui a eu trait à la décision
déjà prise ne peut pas être interprété comme
faisant partie du mandat de cette commission. En conséquence, qu'on
demande si, depuis ce temps, il y a eu des conversations, des discussions, je
pense qu'on a permis cela depuis le début. Mais le contenu de la
conversation, qui n'a trait en aucune façon à la décision
rendue à ce moment-là n'étant pas l'objet de notre
commission, ne peut pas être jugé recevable.
M. Lalonde: Je ne veux pas vous causer de problèmes
inutiles...
Le Président (M. Jolivet): Je ne veux pas non plus que
vous reveniez sur la décision que j'ai rendue, de façon
indirecte.
M. Lalonde: Non, non. Je ne reviens pas de façon
indirecte, non plus directe. J'aimerais quand même qu'on sache quels sont
les paramètres dans lesquels nous pourrons librement poser des questions
aux différents témoins, une question, par exemple, qui porterait
sur une conséquence de la décision. Est-ce que...
Le Président (M. Jolivet): M. le député, je
ne peux pas, au moment où aucune question ne m'est posée - parce
que c'est dans une hypothèse que vous le faites -répondre
à quoi que ce soit. Je dis que la décision a été
rendue à un moment donné, cette décision est connue de
tout le monde, à une date donnée, dans un mois donné, en
1979 et, en conséquence, toute décision qui a trait à ce
qui a précédé cette prise de décision, toute
discussion sera jugée recevable. Ce qui dépasse le moment
où la décision a été prise n'est pas, à ce
moment-là, du mandat de la commission. Je ne peux donc pas le recevoir.
Si vous avez d'autres questions, c'est ailleurs que dans ce lieu que ces
questions doivent être posées.
M. Lalonde: Ecoutez, M. le Président...
Le Président (M. Jolivet): M. le
député...
M. Lalonde: Je ne présume pas que
vous m'empêchez de poser des questions?
Le Président (M. Jolivet): Non, vous ne présumez en
aucune façon. Je ne voudrais pas non plus que vous remettiez ma
décision... Elle est rendue. Je ne vois pas comment je pourrais
continuer, au moment où on se parle, à faire autre chose que
demander au député de Gatineau de poser ses questions et on verra
au fur et à mesure que nous avancerons si elle est jugée
recevable ou irrecevable.
M. le député de Gatineau.
M. Laplante: M. Le Président, une question de
règlement ou de directive. Vous deviez dire ce midi à Me
Beaulé si demain il comparaîtrait.
Le Président (M. Jolivet): Oui.
M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: M. Le Président, en effet Me Beaulé m'a
parlé après la suspension et il m'a indiqué que demain
soir il pourrait être disponible. Si on présume que
l'interrogatoire, l'entretien avec Me Gadbois, notre invité, pourrait se
terminer vers la fin de l'après-midi demain, en tenant compte qu'on
commence demain matin j'accepterais la suggestion de Me Beaulé. J'ai cru
comprendre - d'ailleurs, vous l'avez dit publiquement - que vous devez
être à Québec de toute façon vendredi.
M. Beaulé: C'est cela.
M. Lalonde: Ce n'est pas un dérangement spécial. Si
Me Beaulé veut se tenir disponible - le Secrétariat des
commissions pourrait communiquer avec lui vers le milieu de l'après-midi
pour confirmer, mais on pourrait continuer demain soir l'interrogatoire de Me
Beaulé.
Le Président (M. Jolivet): II n'y a d'objections en aucune
façon. Donc... M. le ministre.
M. Duhaime: M. le Président, à moins que ce soit
terminé ce soir.
M. Lalonde: À moins qu'on termine à 18 heures. Cela
va dépendre de la...
M. Gratton: La question ne se pose pas, à ce
moment-là.
Le Président (M. Jolivet): D'une façon ou d'une
autre tout ce qui est intéressant...
M. Lalonde: Cela va dépendre de la longueur des
réponses.
Le Président (M. Jolivet): ...c'est le plus vite
possible.
Une voix: Les redondances.
Le Président (M. Jolivet): Le plus vite on aura
terminé avec les questions à poser, le plus vite cela permettra
à Me Beaulé d'être libéré, si c'est ce soir.
Sinon il pourrait être à notre disposition à partir de 20
heures demain soir jusqu'à 22 heures.
M. le député de Gatineau. (16 h 30)
M. Gratton: Merci, M. le Président. Me Beaulé, ce
matin, compte tenu de vos réponses, je pense que nous pouvons dire que
nous avons établi que vous-même ne partagez pas le point de vue de
Marcel Adam qui dans son éditorial du 28 avril dernier écrivait,
et je cite: "II est donc clair que la commission Cliche imputait à la
FTQ-Construction la responsabilité morale du crime de Duhamel et
compagnie."
M. Beaulé: M. Le Président, je n'ai pas de
commentaire à faire sauf de dire que j'ai étudié ce
dossier pendant près d'un an, que j'ai lu à peu près 22
jours d'enquête au préalable et que j'ai assisté
personnellement à 22 jours d'enquête devant l'honorable juge
Bisson. Ma connaissance du dossier, ma connaissance du rapport Cliche me
commandaient de dire ce que j'ai dit ce matin à la suspension.
Le Président (M. Jolivet): Je m'excuse, Me Beaulé,
est-ce que vous pourriez approcher votre micro?
M. Beaulé: Oui.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau.
M. Gratton: J'imagine, Me Beaulé, que vous reconnaissez
quand même, soit à M. Adam ou à bien d'autres qui pensaient
comme lui et qui pensent encore comme lui, par exemple, M. Roland Giroux, M.
Robert Boyd, vous leur reconnaissez, dis-je, le droit, eux, d'avoir
interprété les passages pertinents de la commission Cliche de
cette façon?
M. Beaulé: M. le Président, je me suis battu assez
longtemps - cela remonte même aux années soixante alors que
j'étais à la commission politique du Parti libéral pour la
liberté d'expression - que je peux répondre uniquement ceci
à votre question: Pour moi, la liberté d'expression est
fondamentale. Si elle l'est à l'intérieur d'un parti politique, a
fortiori au niveau de la presse.
Cependant il y a une chose qui me frappe dans le rapport Cliche,
à la page 68, et je cite à nouveau: "Les commissaires ont acquis
la conviction que les travailleurs ordinaires n'encourent pas la
responsabilité de ce qui est arrivé." Je continue: "L'impression
nette que nous tirons de
l'interrogatoire des témoins du saccage..." Il s'agit là
d'une expression de fait ou d'une conclusion de fait tirée après
audition des auteurs mêmes du saccage.
Il vous appartient, messieurs, de savoir laquelle des conclusions doit
être retenue: celle de ceux qui ont entendu les témoins du saccage
comme la commission Cliche ou celle de ceux qui viennent après, tout en
bénéficiant - c'est fondamental en démocratie - du droit
d'opinion, et leur rôle est essentiel. Il n'en reste pas moins qu'ils
n'ont pas entendu les témoins du saccage. Mais c'est une question que je
préférerais ne pas aborder davantage.
Je pense que le principe de base est que nous vivons en
démocratie et je crois que M. Adam... Cela me paraît tellement
fondamental que je vous reconnais le droit de me poser la question, mais je
pense que la question comporte sa réponse: M. Adam a droit à ses
opinions. Quant à moi, j'aime mieux me rallier - c'est ma
réponse, en fait - à la commission Cliche qui a entendu les
témoins du saccage.
M. Gratton: J'ai compris cela depuis le début. Vous me
permettrez sûrement de vous poser des questions telles que, par exemple,
vous reconnaisez - je vous pose la question -que des gens comme M. Giroux, M.
Boyd, M. Hébert, peut-être bien, qui a voté contre le
règlement hors cour, Mme Forget... À ma souvenance, on ne leur a
pas posé la question, mais reconnaissez qu'ils pouvaient, eux aussi, en
1979, être tout aussi honnêtes, tout aussi sincères, dans
leur interprétation des propos, des conclusions ou des constatations de
la commission Cliche et s'appuyer sur ces constatations pour décider,
comme ils l'ont fait, de voter contre le règlement hors cour.
M. Beaulé: M. le Président, je
préfère ne pas aller plus loin. Je crois que j'ai
déjà répondu. Quant à moi, et je ne suis pas le
seul, j'aime mieux m'appuyer sur les juges qui ont entendu les témoins
du saccage que sur ceux qui tirent leur conclusion à partir d'une
opinion personnelle.
M. Gratton: M. le Président, je ne veux pas reprendre
toute la citation du passage de la page 69, mais ce sont les commissaires de la
commission Cliche qui ont imputé, dans les trois paragraphes qu'on y
voit, la responsabilité morale aux syndicats, en parlant de la filiation
à partir de M. Duhamel. Ce que je veux faire ressortir... Je ne demande
pas à Me Beaulé de juger des intentions des personnes qui ne
partageaient pas son point de vue. Je lui demande tout simplement de me dire
s'il reconnaît que ces gens pouvaient se sentir tout aussi bien
fondés, eux, d'avoir un point de vue différent du sien.
M. Beaulé: Votre question comporte deux volets. J'ai dit
et je répète que, lorsqu'on lit attentivement le rapport Cliche -
et j'ai cité cela ce matin en complément à l'appui du
moyen que nous avons développé aux pages 6 et suivantes du
mémoire - la commission Cliche retenait la responsabilité des
hommes politiques et des cadres de la SEBJ et d'Hydro-Québec qui ont
pactisé avec ces personnes à qui on a offert le monopole et qui
ont tenté de le maintenir par la violence. Quand, à l'automne
1973, il n'était plus possible de leur maintenir dans les faits ce
monopole parce que la CSN exigeait que ses membres puissent aller sur les
chantiers de la Baie-James, il y a eu une mesure de représailles qui
s'est préparée de la part de la FTQ-Construction et qui a eu son
point culminant le 21 mars. Alors, je ne veux pas revenir là-dessus. Je
ne peux pas accepter comme conclusion que le rapport Cliche n'ait
blâmé que la FTQ-Construction. Le rapport Cliche a, en fait,
blâmé tous ceux qui ont pactisé avec les dirigeants de
l'époque de la FTQ-Construction. Quant au reste, j'ai dit tout à
l'heure qu'il y a 20 ans, je me suis battu à l'intérieur d'une
formation politique pour le droit de parole et de pensée. Je ne veux pas
répéter que je crois que, si ce droit doit exister à
l'intérieur, il doit être sûrement reconnu aux membres de la
presse et aux membres des conseils d'administration des sociétés
d'État.
M. Gratton: Ce n'est pas sur la liberté d'expression ou la
liberté d'opinion des personnes impliquées que je pose la
question, c'est sur leur droit d'interpréter des passages du rapport de
la commission Cliche. Vous admettrez, Me Beaulé, que, vous-même,
dans votre texte, aviez interprété deux paragraphes de la page 68
comme étant une des principales recommandations et que, vous-même,
ce matin, avez corrigé cela et dit: J'aurais dû écrire
plutôt "constatations". Donc...
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Bourassa, je m'excuse...
M. Laplante: Le député, actuellement, de bonne foi,
essaie encore de faire dire des choses au témoin ou de faire
interpréter au témoin un écrit de Marcel Adam pour essayer
de lui faire dire s'il approuve ou pas. C'est une question qui n'est pas
recevable. On l'a laissé aller pendant un petit bout...
Une voix: Avez-vous compris, M. le Président?
M. Laplante: Mais, actuellement, il essaie d'impliquer d'autres
paroles que M. Beaulé aurait ajoutées dans un autre
témoignage pour le raccrocher encore là-dessus. Je voudrais que
cela cesse, M. le
Président.
M. Gratton: M. le Président...
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau.
M. Gratton: Je réfère Me Beaulé au
deuxième paragraphe de la page 5 de son mémoire où il
écrit: "En somme, au-delà des passions de l'époque et des
débats pertinents d'aujourd'hui, il y avait et il existe toujours un
désaccord idéologique quant à l'interprétation des
événements de 1974 et aux conclusions à en tirer". Est-ce
que la lecture du passage de la page 69 n'aurait pas dû vous inspirer
à écrire plutôt que c'était un désaccord et
que cela demeure toujours un désaccord sur la façon de lire et
d'interpréter les constatations du rapport Cliche?
M. Beaulé: Voici, M. le Président. Je donnerai une
dernière réponse qui est la suivante: Est-ce que nous ne devons
pas tous admettre, M. le Président, que seule la commission Cliche, qui
a siégé pendant près d'un an, a entendu les témoins
du saccage de même que tous ceux qui, de près ou de loin, ont, de
1971 à 1974, transigé avec la FTQ-Construction de
l'époque? En somme, mon point est le suivant: Seule la commission Cliche
a entendu les acteurs - je ne le dis pas dans un sens péjoratif - de ces
événements de 1971 à 1974. C'est pourquoi j'ai dit tout
à l'heure que je me rallie à leur conclusion de fait. Maintenant,
vous me parlez de membres du conseil d'administration de la SEBJ. Vous avez
parlé de M. Hébert. Je pensais, selon le témoignage que
j'ai entendu, qu'il avait voté pour le règlement.
M. Lalonde: II a voté contre.
M. Beaulé: Bon. Je pensais que Mme Nicolle Forget avait
voté contre et que c'était une question de montant, quant
à elle, et non pas une question de principe. Je n'aime pas m'aventurer
sur ce plan parce que je ne suis pas ici pour juger...
M. Gratton: Je ne vous demande pas de juger, non plus.
M. Beaulé: ...de l'attitude des membres du conseil
d'administration de la SEBJ. Je dis simplement, M. le Président, que ce
n'est pas parce que - du moins c'est comme ça que j'ai compris son
témoignage - Mme Forget était contre les constatations du rapport
Cliche sous ce chef qu'elle a voté contre le règlement. Pour
elle, je pense que c'était à cause d'une question
financière. Et je ne veux pas m'aventurer là-dedans.
Écoutez, je n'étais pas présent aux réunions du
conseil d'administration de la SEBJ.
M. Gratton: Mais, Me Beaulé, la question que je vous ai
posée, c'est: Est-ce que possiblement les gens qui
n'interprétaient pas le rapport Cliche de la même façon que
vous pouvaient être tout aussi sincères, tout aussi
convaincus...
Le Président (M. Jolivet): M. le député. M.
le député.
M. Gratton: ...que leur interprétation était
bonne?
Le Président (M. Jolivet): M. le député. M.
le député.
M. Gratton: C'est tout ce que j'ai demandé.
Le Président (M. Jolivet): M. le député, je
pense... Pour revenir à l'idée principale de l'article 168, ce
que vous semblez vouloir demander à Me Beaulé c'est une opinion
quant à ce que les gens avaient ou n'avaient pas. En conséquence,
je ne peux pas accepter que cette question soit posée.
M. Gratton: Bon. Me Beaulé, au troisième paragraphe
de la même page 5 de votre mémoire, vous écrivez: "Nous ne
croyons pas être injuste à l'égard de ceux qui contestent
le bien-fondé du règlement intervenu le 12 mars 1979 en disant
qu'ils ne sont pas prêts à suivre la commission Cliche sous ce
chef et que leur philosophie sociale diffère de celle de la commission
Cliche." Est-ce que vous maintenez cette déclaration?
M. Beaulé: Absolument. J'ai toujours pensé que,
face à la cessation de la poursuite intentée par la SEBJ contre
les syndicats, le débat aurait toujours dû demeurer, à mon
point de vue, un débat d'idées et non pas un débat
partisan. Et je maintiens ce que j'ai écrit.
M. Gratton: Peut-être un débat juridique aussi,
comme procureur?
M. Duhaime: M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre.
M. Gratton: Je pose la question.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre.
M. Duhaime: Sur une question de règlement, M. le
Président. Depuis dix minutes, je ne suis pas intervenu, si vous l'avez
remarqué. Je pense que mon collègue va le reconnaître,
toutes ses questions vont
dans le sens de demander à Me Beaulé son opinion sur
l'opinion de d'autres. Dans la dernière question et dans l'avant
dernière question que vous avez posées, il y avait
également des hypothèses.
M. Gratton: En effet.
M. Duhaime: Alors, M. le Président, je vous demanderais de
considérer ces questions comme étant irrecevables et d'inviter le
député de Gatineau à poser des questions
conformément à notre règlement.
M. Gratton: M. le Président, j'ai...
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau.
M. Gratton: J'ai posé des questions du même genre
que celle qui a valu une admission ce matin par Me Beaulé, à
l'effet qu'il avait écrit dans son mémoire que la décision
des gestionnaires de la SEBJ et de son conseil d'administration adoptée
en janvier 1979 était une attitude incompatible avec l'une des
recommandations principales de la commission Cliche. Ce sont les questions que
j'ai posées à Me Beaulé qui l'ont amené à
reconnaître qu'il ne s'agissait pas d'une recommandation de la commission
Cliche mais d'une simple constatation de la commission Cliche. Le but de mes
questions, cet après-midi, quant aux autres éléments du
mémoire de Me Beaulé, est de m'assurer qu'il n'a pas l'intention
de corriger également les affirmations qu'il y fait. Il m'a
répondu que non. C'est terminé. Il n'y a pas de
problème.
M. Duhaime: Merci.
M. Gratton: Ma prochaine question, Me Beaulé...
M. Beaulé: M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): Me Beaulé.
M. Beaulé: J'écoutais M. le député de
Gatineau. Je n'ai pas dit qu'il s'agissait là d'une simple constatation.
J'ai dit qu'il s'agissait de l'une des constatations principales du rapport.
D'accord?
M. Gratton: Je m'excuse. (16 h 45)
M. Beaulé: Non, non, ce n'est pas une question de
sémantique, c'est une question de substance.
M. Gratton: Donc, Me Beaulé, vous qui étiez le
procureur d'une des défenderesses, vous pouvez, en quelque sorte, vous
constituer en juge de la philosophie sociale de ceux parmi, notamment, les
administrateurs de la SEBJ qui considéraient que l'intérêt
des actionnaires de la société, c'est-à-dire les citoyens
québécois, serait mieux servi si la société, qui
était quand même victime du saccage, exigeait qu'on poursuive les
responsables des dommages, c'est-à-dire les syndicats.
M. Duhaime: M. le Président, je voudrais connaître
la question.
M. Gratton: La question est claire. M. Duhaime: C'est
quoi?
M. Gratton: On va voir si Me Beaulé la comprend.
Le Président (M. Jolivet): Je m'excuse. M. Duhaime:
C'est quoi, votre question?
Le Président (M. Jolivet): S'il vous plaît!
M. Beaulé: Est-ce que vous auriez l'amabilité de la
répéter? Je consultais mon...
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau.
M. Gratton: Ce que je demande, essentiellement, Me Beaulé,
c'est ceci: Vos affirmations, quant à la philosophie sociale de ceux qui
ne partagent pas votre point de vue, quant aux différences
idéologiques sur l'interprétation qu'on doit donner des
événements de 1974, ce sont des propos tirés de votre
mémoire. En maintenant cela, je vous demande si vous ne vous portez pas
juge, vous le procureur d'une des défenderesses dans cette cause, de la
philosophie sociale et de l'idéologie de ceux qui ne partageaient pas
votre point de vue et qui avaient pourtant le mandat de protéger les
intérêts des citoyens québécois qui étaient
actionnaires de la SEBJ.
M. Beaulé: Je ne pense pas m'être porté juge,
pas plus que M. Adam croit s'être porté juge en signant un
éditorial. Il s'agit d'une expression d'opinion, M. le Président.
C'est, il me semble, un point bien acquis.
M. Gratton: D'accord.
M. Beaulé: Une deuxième chose, cependant, et je
vais poser cela sous la forme d'une question: Est-ce que le conseil
d'administration de la SEBJ aurait dû, quant à l'évaluation
des faits ou de la responsabilité des syndicats, s'en remettre aux
conclusions de fait de la commission Cliche? C'est une excellente question,
cela.
En d'autres termes, est-ce qu'il appartenait au conseil d'administration
de la SEBJ de siéger comme tribunal et de décider si les
syndicats étaient responsables ou pas? La commission Cliche avait conclu
négativement, à mon point de vue. C'est une question de fait.
Encore une fois, c'est un terrain glissant qui...
M. Gratton: Me Beaulé, ce ne sont pas les administrateurs
qui devaient juger, c'est le juge Bisson. Les administrateurs, eux, avaient
à décider s'ils continuaient la poursuite en cour ou s'ils
réglaient hors cour.
Le Président (M. Jolivet): M. le député,
allez aux questions, s'il vous plaît! Allez aux questions!
M. Gratton: Quand même! En tout cas, je constate...
M. Duhaime: Vous devriez inviter Me Beaulé pour un
lunch.
M. Gratton: ...je ne vous en fais pas grief, Me Beaulé,
mais que votre opinion, votre lecture du rapport de la commission Cliche
diffère de celle d'autres... Je pense ne pas attaquer votre
dignité, votre honneur et votre réputation en vous disant que je
suis un de ceux qui diffèrent d'opinion avec vous.
M. Beaulé: Mais, M. le Président, ce n'est pas
à la lecture du rapport Cliche que je tire une conclusion. C'est la
commission Cliche qui a tiré une conclusion de fait et je pense que
c'est important.
M. Gratton: M. le Président! M. le Président!
Le Président (M. Jolivet): Je pense que, manifestement,
à ce niveau-là, il y a deux opinions différentes...
M. Gratton: Voilà!
Le Président (M. Jolivet): Quand bien même on
grugerait pour aller plus loin, on resterait sur la même position. Je
demanderais au député de passer à d'autres questions.
M. Gratton: Avec plaisir, M. le Président. Revenons aux
rencontres avec Me Jean-Roch Boivin, chef de cabinet du premier ministre. Je
pense qu'il y en a eu quatre à son bureau auxquelles vous avez
assisté. Est-ce exact, Me Beaulé?
M. Beaulé: J'ai déjà répondu, M. le
Président.
M. Gratton: Est-ce exact?
M. Beaulé: J'ai déjà répondu, M. le
Président.
M. Gratton: Avez-vous répondu par l'affirmative ou par la
négative?
M. Beaulé: M. le Président, j'ai déjà
répondu au moins 25 fois.
Le Président (M. Jolivet): M. le député, je
m'excuse...
M. Lalonde: Question de règlement, M. le
Président.
M. Gratton: À quoi joue-t-on ici, Me Beaulé?
Le Président (M. Jolivet): Je m'excuse! Il n'y a personne
qui joue à quoi que ce soit ici.
M. Gratton: Eh bien!
Le Président (M. Jolivet): Non, non, je m'excuse. La
personne qui est devant nous a répondu à ces questions. Comme on
l'a fait à d'autres occasions, les députés ont fait
référence à ses réponses en utilisant les
galées. Tout ce qu'affirme Me Beaulé, c'est qu'il a effectivement
répondu à ces questions. Je ne vois pas pourquoi on lui
demanderait, à plusieurs occasions, s'il a répondu et quelle
sorte de réponse il a donnée. C'est déjà inscrit au
journal des Débats.
M. Gratton: Parfait, M. le Président.
M. Lalonde: Question de règlement, M. le
Président.
M. Gratton: Je m'excuse. Cela va pour moi. Je n'ai pas les
galées et je n'ai pas l'intention de fouiller dedans. Je vais affirmer
des choses et si Me Beaulé, qui prétend y avoir...
Des voix: Ah! Ah! Ah!
M. Gratton: Bien oui. Bien oui.
M. Beaulé: M. le Président, est-ce que je peux
expliquer ma réponse?
Le Président (M. Jolivet): Oui, Me Beaulé.
M. Beaulé: J'ai été d'abord interrogé
le 28 dans l'après-midi par M. le ministre Duhaime. J'ai ensuite
été interrogé longuement par M. le député de
Mont-Royal...
Une voix: Ce n'était pas trop long!
M. Beaulé: Je n'ai rien d'autre à ajouter sur ces
rencontres. J'ai tout dit, M. le Président.
M. Gratton: On verra!
M. Lalonde: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): Un instant! C'est Me
Beaulé qui a la parole.
M. Lalonde: Oui, après.
M. Beaulé: M. le Président, je ne peux rien ajouter
sur ces rencontres. Si on se réfère - peut-être que cela
devrait être soulevé par un député, mais
peut-être aussi que vous permettrez que je le soulève - à
l'article 730, paragraphe 4, de l'ancien règlement de l'Assemblée
nationale, je lis ceci: "Quand un député interroge directement un
témoin, les autres députés peuvent s'opposer aux questions
pour quelqu'une des raisons que les parties ou leurs avocats peuvent
généralement invoquer au cours d'un interrogatoire
judiciaire."
Je soumets, M. le Président, que, dans le cas d'un interrogatoire
judiciaire, lorsque les mêmes questions ont été
posées à plusieurs reprises et que le témoin a couvert
tout le sujet, la règle veut qu'on ne continue pas à poser les
mêmes questions. Voilà pourquoi j'ai dit que j'avais
déjà répondu à toutes ces questions et que je ne
pouvais rien ajouter d'utile pour les fins de la commission.
M. Lalonde: M. le Président, sur la question de
règlement.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: Je pense qu'il est important qu'on s'entende
là-dessus avant de continuer. On fait l'analogie avec un interrogatoire
judiciaire, fort bien, c'est d'ailleurs ce que l'ancien règlement
prévoyait. Je tiens à souligner, pour le profit du témoin
et de nous tous qui voudrons le prendre, que le droit de parole de chacun des
députés est prévu aussi par notre règlement. Ce
n'est peut-être pas la meilleure façon, sûrement pas celle
que je préfère, de faire la lumière sur un cas, un fait,
un événement. J'aurais préféré, pour ma
part, une enquête indépendante où l'interrogatoire est fait
par une personne seulement. C'est beaucoup plus complet, mais c'est le mandat
que nous avons. Je pense... Moi aussi j'ai des questions à poser - vous
avez mon nom sur la liste, à la fin - sur des faits qui ont
déjà été soulevés par d'autres questions
mais pour lesquelles, soit la question, soit la réponse, ne satisfont
pas toute ma curiosité. D'avance, j'aimerais qu'il soit bien
établi que nous allons revenir en particulier sur les rencontres et que
je n'accepte pas la dernière déclaration du témoin
à savoir qu'il a tout dit là-dessus et qu'il n'a plus rien
à dire. Cela n'enlève pas, j'espère, le droit de chacun
des membres de cette commission de poser des questions, peut-être pas
répéter exactement la même question, si on a eu la
réponse à cette question-là mais, quand on parle d'une
réunion ou de quatre réunions qui totalisent peut-être
trois heures ou quatre heures -enfin plusieurs heures - qu'on ne vienne pas
nous dire qu'il est impossible de poser d'autres questions
là-dessus.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre.
M. Duhaime: M. le Président, je me rends compte que la
cadence que voudrait retenir l'Opposition libérale est beaucoup moins
vigoureuse maintenant qu'elle ne l'était avant Pâques, puisque le
chef de l'Opposition libérale insistait, toute affaire cessante à
l'Assemblée nationale, pour que cette commission ait lieu avant
Pâques. On se rend bien compte que nous sommes ici pour la
quatrième ou la cinquième semaine, et je pense que la
stratégie de l'Opposition libérale consiste à
étirer les travaux de cette commission. Je vous dis tout de suite que je
devrai m'opposer, dans le sens et dans l'esprit du jugement que vous avez rendu
vous-même sur une question de règlement que j'ai
portée.
Le député de Mont-Royal a posé des questions
pendant de très longues heures. Si je faisais un scénario qui
consisterait à laisser chaque député libéral libre
de recommencer l'interrogatoire principal - à quelle date, à quel
endroit, les noms des personnes présentes, le contenu - cela serait
systématiquement une redite. En langage parlementaire, on appelle cela
un "filibuster". Cela peut se faire devant certaines commissions
parlementaires. J'ai eu l'honneur d'ailleurs d'avoir un "filibuster" qui a
duré 70 heures, 22 minutes et 40 secondes, et je vais m'en souvenir
très longtemps. Un de ces jours, je vous le remettrai, prenez-en ma
parole.
M. Lalonde: Vous parlez au président. Est-ce que vous
parlez au président?
Le Président (M. Jolivet): Je ne me suis pas senti
visé.
M. Gratton: En supposant que vous êtes réélu
quelque part à cette commission-là.
Le Président (M. Jolivet): S'il vous
plaît:
M. Duhaime: Pour qu'il n'y ait pas d'équivoque, le
député de Marguerite-Bourgeoys va se souvenir facilement que je
lui ai déjà dit les mots que je viens de dire et que c'est
à lui que je m'adresse.
M. Lalonde: M. Le Président, c'est quand même
assujetti à la condition mentionnée par le député
de Gatineau.
Le Président (M. Jolivet): À l'ordre!
M. Duhaime: Cette question de règlement qui est devant
vous maintenant est très importante parce que, si vous retournez
l'argumentation du député de Marguerite-Bourgeoys, l'Opposition
libérale va faire passer ici la prochaine semaine à Me
Beaulé. Il a passé une semaine ici avec un interrogatoire, la
semaine suivante avec un autre député, et la semaine qui suivra
il va la passer avec un autre.
M. Lalonde: Non, non, non, non!
M. Duhaime: Je pense que lorsqu'on recommence en disant: "Vous
avez rencontré Me Boivin, combien de fois?" - je crois que Me
Beaulé a répondu cinq ou six fois, on a les dates par coeur -
"Qui était présent?", ce sont des questions à
répétition et qui sont interdites par le règlement. Je
vous demanderais de les juger systématiquement irrecevables.
Le Président (M. Jolivet): Maintenant je serais
prêt...
M. Lalonde: M. Le Président, je regrette j'ai une question
de règlement.
Le Président (M. Jolivet): Oui, je sais.
M. Duhaime: Cela ferait longtemps qu'un juge vous aurait mis
dehors.
Le Président (M. Jolivet): Je voudrais tout de même
essayer de répondre à celle qui est devant moi, mais je n'ai pas
l'intention de commencer quelque débat que ce soit sur la question qui a
été soulevée en premier lieu.
M. Lalonde: M. Le Président, je veux rectifier les faits
tout de même. Lorsque le ministre s'inspire d'une déclaration du
chef de l'Opposition le 23 mars pour conclure à la demande qu'il vous
fait, je vais lui rappeler que lui-même le 30 mars a dit ceci: "Nous
allons entendre - c'est au ruban 221 - bien sûr tous les témoins
que l'on souhaiterait entendre. Je dis même que s'il y a des
témoins qui n'avaient pas été convoqués et qui,
à tout hasard, avaient des choses à apprendre à cette
commission - comme M. Pouliot, comme M. Latouche - ils n'ont qu'à
communiquer avec le secrétariat de la commission de l'énergie et
des ressources, faire connaître leur nom, leur identité. Je pense
que je pourrai parler avec mon collègue de l'Opposition et d'où
qu'elle vienne, cette personne, si son témoignage peut éclairer
les membres de cette commission de même que tout le public, je pense que
cela serait notre devoir de l'entendre". C'est M. Duhaime qui parle, son nom
est écrit ici. C'est tout à fait différent de
l'espèce de tentative qu'on croit reconnaître dans ses derniers
propos, qui ne sont pas de nature à nous faire penser que vous
êtes là pour faire toute la lumière.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre.
M. Duhaime: M. le Président, deux choses.
Premièrement, je vais demander au député de
Marguerite-Bourgeoys d'indiquer à la commission si j'ai moi-même
mentionné les deux noms cités.
M. Lalonde: Non, c'est moi qui les ai mentionnés. C'est un
aparté que j'ai fait et qui en avait l'air, de toute
évidence.
M. Duhaime: Cela, c'est dans votre bonne habitude, on vous
reconnaît très vite.
M. Lalonde: Je ne vous prêterai pas ces mots.
M. Duhaime: Je voudrais vous indiquer que, si vous me
prêtez des motifs en ce sens que ma conduite à cette table va dans
le sens de ne pas éclairer toute la commission, je vais vous demander de
retirer vos paroles, parce que vous m'imputez des motifs. M. le
Président, je voudrais rappeler et nous lire les propos du chef de
l'Opposition, M. Levesque (Bonaventure), le 23 mars 1983. "Très
rapidement. Est-ce que le premier ministre peut assurer cette Chambre que cette
commission parlementaire aura lieu avant le congé pascal...
M. Lalonde: Elle a eu lieu!
M. Duhaime: ..." aura lieu, autrement dit, dès la semaine
prochaine et, si c'est possible, avant la semaine prochaine? Le premier
ministre peut-il nous donner cette assurance?"
J'ai appris que, lorsqu'un événement avait lieu, il avait
lieu. J'ai toujours compris que si le chef de l'Opposition...
M. Gratton: Est-ce que la conception a eu lieu dans une
journée?
Le Président (M. Jolivet): À l'ordre!
M. Gratton: Est-ce possible?
M. Duhaime: ...que si le chef de l'Opposition indiquait dans sa
question que la commission parlementaire avait lieu avant Pâques, c'est
que nous commencions et que nous terminions.
M. Lalonde: La belle saison a lieu au cours de
l'été, tout le monde le sait.
M. Duhaime: Cela fait cinq semaines que nous sommes en commission
parlementaire...
M. Lalonde: C'est trois mois!
M. Duhaime: Je préviens l'Opposition que je vais m'opposer
systématiquement, il n'y aura pas de question à
répétition.
Le Président (M. Jolivet): Ceci étant dit, je tiens
à vous rappeler, à ma gauche et à ma droite, que vous
aussi, il y a plusieurs "redites" que vous avez utilisées...
M. Duhaime: Vous allez être obligés de changer
de...
Le Président (M. Jolivet): ...et chacun avec les
mêmes arguments. Comme il n'y aura jamais, sur l'un ou sur l'autre, sur
les interprétations de l'un et de l'autre de ces opinions, je pense
qu'à satiété tous les membres de cette commission, toutes
les personnes qu'on invite et tous les gens qui nous écoutent les ont
entendues... Je pense que c'est la dernière fois qu'on en parle de part
et d'autre, de telle sorte qu'à chaque fois qu'on voudra ramener cela je
vous rappellerai à l'ordre. (17 heures)
La deuxième a trait à la demande de Me Beaulé de ne
pas à avoir à répondre cinq, six, dix fois, deux fois,
trois fois à la même question. J'ai dit, en vertu de la
décision que vous m'avez demandé de rendre pour faire en sorte
que les travaux s'accélèrent, que les travaux ne soient pas un
"filibuster" envers l'invité non plus. J'applique l'article 168 et tous
les autres qui ont trait aux questions à être posées par
analogie à celles que l'on connaît dans notre règlement.
J'ai dit que j'avais l'intention de le faire; je vais continuer à le
faire mais je vous dis aussi en même temps que le fait de dire que la
personne qui est devant nous a répondu déjà à cette
question et qu'elle n'a pas besoin d'y répondre, ce n'est pas fait dans
le but d'enlever le droit de parole à qui que ce soit. Si la personne
veut poser d'autres questions que celles déjà posées,
soit. Mais, si le but est de répéter la même question deux
fois, trois fois, quatre fois, cinq fois, je vous dis dès le
départ, comme je l'ai dit hier à la suite de la directive que
j'ai rendue, que je jugerai qu'elles n'ont pas lieu d'être posées.
Me Beaulé, sur la question, a dit qu'il a déjà
répondu et, comme il est sous serment et comme, effectivement, tout le
monde ici a entendu les réponses qu'il a données, cette question
est classée. M. le député de Gatineau.
M. Gratton: Donc, M. le Président, pour situer ma
question, Me Beaulé, vous avez eu quatre réunions avec Me
Jean-Roch Boivin ou à son bureau. Selon la liste des départs et
des arrivées que nous a communiquée le ministre, à trois
occasions vous vous êtes enregistré à des heures qui
coïncidaient avec des visites de Me Michel Jasmin, qui était
procureur des syndicats québécois.
Hier vous nous avez dit que le 2 février une partie de la
réunion avec Me Boivin s'est déroulée à trois,
c'est-à-dire en présence de Me Jasmin. Si vous avez
déjà répondu à cette question je vous dis en toute
sincérité: Je ne connais pas la réponse. Je me risque de
vous la poser. Est-ce qu'à la réunion du 15 janvier vous
étiez, vous et Me Jasmin, dans le bureau de Me Boivin en même
temps?
M. Beaulé: Oui, j'ai déjà répondu, M.
le Président...
M. Gratton: Je m'excuse, je ne savais...
M. Beaulé: ...que le 15 janvier j'étais au bureau
de M. Boivin avec M. Jasmin, qu'on lui avait fait rapport en quelques minutes
des procédures qui s'étaient déroulées en cour ce
jour-là. Donc...
M. Gratton: Je note également que le 15 janvier vous
êtes sorti à exactement la même heure du bureau du premier
ministre. Est-ce que vous avez répondu auparavant, quant à la
réunion du 19 janvier, si vous y étiez en même temps que Me
Jasmin?
M. Beaulé: Si je suis sorti?
M. Gratton: Non, non. Je pense que vous êtes sorti à
une minute d'intervalle, donc on peut présumer que vous êtes
sortis à peu près en même temps mais étiez-vous dans
le bureau de Me Boivin en même temps que Me Jasmin?
M. Beaulé: Je ne veux pas être technique parce qu'il
y a quand même pas mal de gens qui nous écoutent mais je pense que
je me suis bien exprimé là-dessus en disant que le 19 janvier, en
présence de MM. Woll et Fanning et de M. Jasmin, j'ai rencontré
M. Boivin. M. Fanning a fait la conversation; M. Jasmin a écouté.
Je suis parti après la réunion avec mes clients, MM. Woll et
Fanning. Je suis allé les reconduire à l'aéroport. J'ai
déjà répondu. J'ai déjà
indiqué, M. le Président, quelle a été la
nature des propos de M. Woll. Je n'ai plus rien à ajouter.
M. Gratton: Bon. Alors...
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre.
M. Duhaime: C'est une question de règlement, M. le
Président. Le député de Gatineau, tantôt, a
affirmé que Me Beaulé avait rencontré Me Jean-Roch Boivin
à quatre reprises. C'est inexact comme tel, M. le Président. Me
Beaulé a ajouté, à ma question, qu'il y avait eu cinq
rencontres...
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
M. Duhaime: ...la première dans la liste étant
celle du 1er décembre 1978. Alors ce n'est pas quatre rencontres, c'est
cinq.
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau. M. le député de Gatineau.
M. Gratton: Je demande au ministre de lire lui-même le
document qu'il nous a remis. Il n'en montre que quatre et j'ai
référé aux quatre rencontres dont j'ai les heures
d'entrée et de sortie que nous a fournies le ministre. La
cinquième, je la connais mais je ne connais pas les heures
d'entrée et de sortie. Je ne l'ai donc pas mentionnée.
Vous voyez que votre question de règlement est encore dans les
patates, les deux pieds dans la même assiette.
Le Président (M. Jolivet): Allez, M. le
député de Gatineau, et posez maintenant votre question
suivante.
M. Gratton: Alors, Me Beaulé, lors de ces quatre
réunions, vous sensibilisiez Me Boivin à la
non-responsabilité de votre cliente et vous avez dit ce matin que, parmi
les arguments que vous invoquiez quant à la non-responsabilité de
votre cliente, vous n'avez pas fait état du rapport de la commission
Cliche. Je ne vous pose pas la question, vous allez me répondre que vous
me l'avez dit. Donc, je le tiens pour acquis. Si je dis quelque chose qui n'est
pas correct, arrêtez-moi.
M. Beaulé: C'est-à-dire que j'ai dit davantage que
cela, mais je ne peux pas faire d'objection ici comme témoin. Je pense
que j'ai dit que Me Jasmin, en ma présence, avait abordé...
M. Gratton: Oui, mais laissez-moi terminer ma phrase. J'arrive
à la page 4 et ma question, c'est...
M. Beaulé: M. le Président, j'ai été
respectueux.
Le Président (M. Jolivet): M. le député, je
veux être honnête envers l'invité qui est devant nous. Vous
lui avez dit: Si vous croyez que des corrections sont nécessaires,
faites-les, et c'est ce qu'il faisait.
M. Gratton: Après que j'aurai terminé la
question.
Le Président (M. Jolivet): Non, mais je crois comprendre
que l'invité a exactement répondu à votre demande.
M. Gratton: ...
Le Président (M. Jolivet): Cela peut permettre à
des gens de comprendre plus vite la question.
M. le député de Gatineau, complétez votre question,
si vous voulez. On s'entend très bien.
M. Gratton: Vous et moi, M. le Président, qui sommes parmi
les rares non-avocats ici, s'il faut qu'on ne se comprenne pas, on a des
problèmes.
Le Président (M. Jolivet): Allez donc dans votre
question.
M. Gratton: Vous avez indiqué ce matin que Me Jasmin a pu
parler - c'est ce que j'ai compris - à Me Boivin de cette soi-disant
recommandation de la commission Cliche. Quelle a été la
réaction de Me Boivin à cet argument de Me Jasmin?
M. Beaulé: Je ne m'en souviens pas, parce que les
conversations que j'ai eues avec M. Boivin portaient sur des faits qui
apparaissent dans l'aide-mémoire que je lui ai remis et dont la
substance et la teneur mêmes se trouvent dans ma lettre...
M. Gratton: Oui, mais, Me Beaulé...
M. Beaulé: ...à M. Aquin le 5 février 1979,
de même que dans ma contestation du 28 novembre.
M. Gratton: Me Beaulé, je ne vous demande pas quels
étaient vos propos. Vous étiez là en même temps que
Me Jasmin et que Me Boivin. Vous écoutiez ce qui se disait. Vous
écoutiez tellement que ce matin cela vous a permis d'affirmer que Me
Jasmin avait pu invoquer le rapport de la commission Cliche à l'appui de
la défense de ses clients. Donc, si vous écoutiez, vous avez
possiblement pu entendre ce que Me Boivin a répondu à Me
Jasmin, lorsqu'il a fait état du rapport de la commission Cliche. Je
vous demande si vous vous souvenez de ce que Me Boivin a dit en réponse
à cet argument évoqué par Me Jasmin.
M. Beaulé: Mon avocate me suggère de vous demander
à quelle page de mon témoignage vous vous
référez.
M. Gratton: On peut suspendre en attendant qu'on m'apporte la
transcription.
M. Beaulé: Je ne veux pas évoquer cela, mais il y a
un problème, c'est qu'après le nombre d'heures pendant lesquelles
j'ai témoigné je ne peux pas me rappeler de chaque mot, de chaque
nuance, mais...
M. Gratton: Alors, reprenons. M. Beaulé:
D'accord.
M. Gratton: Je vous repose la question de ce matin. On a
établi que vous n'avez pas parlé du rapport de la commission
Cliche devant Me Bovin.
M. Beaulé: J'ai déjà dit que je n'en ai pas
parlé.
M. Gratton: Me Jasmin, lui, en a-t-il parlé?
M. Beaulé: Je crois que oui. C'est mon sentiment, mon
impression et même une certitude qu'il en a parlé, mais il n'a pas
parlé seulement de la page 68.
M. Gratton: Bon, une certitude.
M. Beaulé: Permettez-moi que je fasse une réponse
complète.
Le Président (M. Jolivet): Oui, oui, Me Beaulé.
M. Beaulé: M. le Président, Me Jasmin avait
assisté, à ma connaissance, à certaines des
séances, sinon à toutes les séances de la commission
Cliche.
M. Gratton: Donc, vous avez la certitude qu'il en a parlé
devant Me Boivin en votre présence. Qu'est-ce que Me Boivin a eu comme
réaction?
M. Beaulé: Je vais vous répondre ce que j'ai
déjà répondu. Il a écouté.
M. Gratton: N'a-t-il rien dit?
M. Beaulé: Je n'ai pas d'autres commentaires à
faire et je n'ai aucun souvenir précis de cela.
M. Gratton: Je ne vous demande pas un commentaire, je vous
demande une réponse à ma question. Est-ce que Me Boivin a dit
quelque chose?
M. Beaulé: M. le Président, je pense que...
Le Président (M. Jolivet): Attendez seulement un instant,
Me Beaulé, que cela se calme un peu. M. le député de
Bourassa, s'il vous plaît!
M. Beaulé: M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): Ce que je crois comprendre
jusqu'à maintenant, Me Beaulé, c'est qu'on vous a posé la
question: Quelle réaction? Tout à l'heure, la question qui a
été posée est: Qu'est-ce que Me Boivin a dit? C'est bien
différent: quelle est la réaction et qu'est-ce qu'il a dit?
Une voix: C'est cela.
Le Président (M. Jolivet): Mais ce que je sais, c'est que
Me Beaulé n'a pas à répliquer sur la réaction d'un
individu. Sur la question: Qu'est-ce qu'il a dit? il a répondu: II a
écouté. À partir de cela, vous pouvez tirer les
conclusions que vous voulez, mais il ne faudrait pas en arriver avec toutes
sortes de questions qui font en sorte que la personne dise ce qu'elle ne veut
pas dire. Je pense que cela aussi, le bon sens l'implique.
M. le député de Brome-Missisquoi.
M. Paradis: M. le Président, question de
règlement.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Brome-Missisquoi.
M. Paradis: Lorsque Me Beaulé nous répond que Me
Boivin a écouté...
M. Duhaime: Faites-vous une question de règlement?
Le Président (M. Jolivet): C'est justement...
M. Paradis: C'est une question de règlement.
M. Duhaime: Faites une question de règlement.
Le Président (M. Jolivet): Seulement un instant, un
instant...
M. Duhaime: Vous n'avez pas la parole.
Le Président (M. Jolivet): Seulement un instant.
M. Lalonde: C'est une question de règlement.
Le Président (M. Jolivet): Un instant! Je veux savoir
quelle est la question de règlement que vous posez, parce que je ne veux
pas que, indirectement, vous preniez la parole, vous ne l'avez pas.
M. Paradis: M. le Président... Le Président (M.
Jolivet): Oui.
M. Paradis: C'est très simple: lorsque le témoin
répond que Me Boivin a écouté, ce n'était pas la
question qu'adressait le député de Gatineau. C'est sûr
qu'il a écouté, mais après avoir écouté,
qu'a-t-il dit? Qu'a-t-il répondu? En répondant tout simplement:
II a écouté... C'est avant de répondre qu'il a
écouté. Tout le monde qui nous écoute constate cela. Mais,
qu'a-t-il répondu ensuite? Me Beaulé ne semble pas vouloir
répondre. Ce que je vous demande, c'est de demander au témoin de
répondre à cette question. C'est aussi simple que cela.
Le Président (M. Jolivet): Me Beaulé, avant que...
Oui, M. le député de Vimont.
M. Rodrigue: M. le Président, on a quand même des
articles dans notre règlement qui traitent des réponses qui sont
données. Je vous réfère entre autres aux articles 170, 171
et 173. À l'article 170, on dit ceci: "La réponse à une
question doit se limiter au point qu'elle touche, être brève et
claire et ne contenir ni argument ni expression d'opinion. Toutefois, une
certaine latitude est accordée au ministre. Une réponse est tenue
pour finale." Il me semble que c'est clair: "Une réponse est tenue pour
finale." À ce moment-là, il n'y a pas lieu d'insister trois,
quatre, cinq, dix fois avec la même question.
À l'article 171, à l'alinéa C, on dit: "Un ministre
ou un député auquel une question est posée peut refuser
d'y répondre - mais, on a admis que, par extension, cela s'appliquait
également à notre invité - si la question a
déjà été posée ou si elle porte sur un
débat qui a eu lieu pendant la session en cours." Si la question a
déjà été posée. Cela fait quatre ou cinq
fois que cette question a été posée à notre
invité, M. le Président.
À l'article 173, on dit: "II est permis de poser de nouvelles
questions pour obtenir des renseignements supplémentaires, pourvu que
ces questions ne prennent pas la forme d'un contre-interrogatoire".
Une voix: C'est cela.
M. Rodrigue: Je vous suggère respectueusement, M. le
Président, que la façon dont le député de Gatineau
pose ses questions constitue un contre-interrogatoire et que, à ce
moment-là, vous devriez déclarer ses questions
antiréglementaires.
M. Lalonde: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Marguerite-Bourgeoys. Mais, avant, j'aimerais seulement vérifier avec Me
Beaulé s'il avait une réponse à donner, puisqu'il semblait
vouloir, avant que je ne l'interrompe, dire quelque chose. Je veux seulement
vérifier.
M. Beaulé: Je préférerais attendre votre
décision, M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): D'accord. M. le
député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: M. le Président, c'est une question de
règlement. Je ne sais pas à combien de contre-interrogatoires le
député de Vimont a assisté. Mais, puisqu'il le mentionne,
il devrait savoir qu'un contre-interrogatoire donne lieu à des questions
suggestives, répétitives, même vigoureuses et souvent plus
que rigoureuses.
Une voix: C'est exactement cela...
M. Lalonde: II n'y a rien de plus doux, de plus
modéré que la question. Elle n'est pas suggestive: Qu'est-ce que
M. Boivin a dit? J'attire votre attention, justement, sur l'ancien
règlement que le ministre a invoqué hier dans sa question de
règlement et que vous-même avez mentionné. Vous avez
mentionné, par exemple, Cushing, qu'on retrouve, justement, à
l'article 730 de l'ancien règlement. Cushing dit ceci: "Quand un
témoin refuse de répondre de façon directe et
complète à une question qui n'a pas été
jugée irrégulière, l'orateur l'admoneste". L'orateur,
c'est le président, M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): Donc, la question qui est
posée par le député de Gatineau est la suivante: Qu'est-ce
que Me Boivin a dit lors de cette rencontre? C'est la question qui est
posée. Je voudrais faire la distinction entre les deux questions qui ont
été posées, dont l'une était irrecevable: Quelle
était la réaction...? Sur la question, Me Beaulé.
M. Beaulé: M. le Président...
Le Président (M. Jolivet): Me Beaulé.
M. Beaulé: Puis-je vous demander de prier le
député de Gatineau de préciser à quelle rencontre
il fait référence?
Le Président (M. Jolivet): D'accord, M. le
député de Gatineau.
M. Gratton: On peut les prendre une à une...
Le Président (M. Jolivet): Non, la dernière, c'est
de celle-là dont il est question.
M. Gratton: Non, je parlais de l'ensemble des quatre rencontres,
je n'ai spécifié aucune rencontre.
Le Président (M. Jolivet): Non. Je m'excuse, M. le
député, j'ai mal saisi. J'ai cru comprendre que, au fur et
à mesure, vous approchiez d'une rencontre. J'ai cru comprendre que vous
faisiez mention de la dernière rencontre. Je pense qu'il faut quand
même être clair pour la personne qui est devant nous.
M. Gratton: À la rencontre où Me Jasmin a
invoqué le rapport de la commission Cliche à l'appui de sa
défense, quelle a été la réaction de... Je
m'excuse. Qu'est-ce que Me Boivin a dit en réponse à cet
argument?
M. Duhaime: Quelle date était-ce? Il y en a cinq. (17 h
15)
M. Gratton: Alors, je pose la question: À quelle date Me
Jasmin a-t-il parlé à Me Boivin du rapport de la commission
Cliche?
M. Beaulé: Me Jasmin a abordé les faits
relatés dans le rapport Cliche, certains d'entre eux...
M. Gratton: À quelle réunion?
M. Beaulé: ...avec M. Boivin, en ma présence. Je
n'ai pas gardé le souvenir de cela, honnêtement, parce que, moi,
je ne représentais pas les syndicats québécois. Je
représentais l'International Union et nous n'invoquions pas le rapport
Cliche. Nous disions: La poursuite est abusive et vous n'avez pas de recours
contre l'International Union. Il est évident que, côtoyant M.
Jasmin et m'étant plongé dans l'étude du rapport Cliche,
les vingt-deux jours d'interrogatoire préalable, etc., la question
m'intéressait personnellement, mais, comme procureur de l'union
américaine, ce n'était pas mon problème.
M. Gratton: Me Beaulé, vous avez dit cela à
plusieurs reprises. Vous vous plaignez qu'on vous pose les mêmes
questions à répétition, mais je vous ferai remarquer que
je ne vous ai pas posé cette question-là. Je vous ai
demandé à quelle réunion Me Jasmin avait parlé
à Me Boivin du rapport de la commission Cliche. Dois-je comprendre de
votre réponse que vous ne vous rappelez pas précisément
quelle réunion il s'agissait?
M. Beaulé: M. le Président, première chose,
je ne me plains pas des questions que me pose le député de
Gatineau. Je pense que cet après-midi, on peut le voir, le débat
se fait dans le calme, et je l'apprécie énormément. Cela
me permet d'ailleurs de me souvenir davantage et d'aider davantage la
commission, mais je suis incapable, à votre question, de dire à
quelle réunion il a abordé cela.
M. Gratton: Bon! Et, donc, moi, je suis incapable de vous
préciser à quelle réunion je dois me reporter pour vous
poser la question, à savoir qu'est-ce que Me Boivin a répondu,
qu'est-ce que Me Boivin a dit à cette réunion-là.
Le Président (M. Jolivet): Me Beaulé.
M. Beaulé: J'ai été assez clair. Je ne peux
rien ajouter à cela.
Le Président (M. Jolivet): D'accord. M. le
député de Gatineau.
M. Gratton: Me Beaulé, vous avez, selon l'enregistrement
qu'on nous a fourni de vos visites chez M. Boivin, passé au maximum
trois heures et quart, trois heures seize minutes très
précisément, dans le bureau du premier ministre, quelquefois dans
la salle d'attente, mais, j'imagine, une majeure partie du temps dans le bureau
de M. Boivin. Et là-dessus il y a deux heures et demie, deux heures
quarante-six minutes très exactement - 146 minutes, voilà! -
donc, environ deux heures et demie où vous vous êtes
retrouvé, soit dans l'antichambre, soit dans le bureau de M. Boivin, en
compagnie de Me Jasmin. Enlevons la moitié du temps, si vous voulez, que
vous avez passé dans la salle d'attente. Cela laisse quand même
au-delà d'une heure et demie que vous avez passée avec Me Boivin,
dont environ une heure et quart où Me Jasmin était
également présent. Et vous me dites, à ce moment-ci, et
c'est la question que je vous pose, que pendant tout ce temps-là Me
Boivin n'a fait qu'écouter et vous n'avez aucun souvenir de ce qu'il a
pu dire?
M. Beaulé: M. le Président, j'ai déjà
répondu davantage. J'ai déjà dit que M. Boivin m'a souvent
posé des questions. Encore ce matin, et hier soir plus
précisément, je me reportais à l'aide-mémoire dont
vous avez le texte dans la lettre adressée à François
Aquin, ou la teneur. M. Boivin me posait des questions, à savoir:
Avez-vous la preuve que la SEBJ reconnaissait dans la FTQ-Construction
l'employeur de Duhamel en envoyant les factures pour gîte et
couvert? Avez-vous la preuve que Duhamel était l'employé de
l'Union des opérateurs de machinerie lourde non affiliée aux
Américains? Ce sont des questions qu'il m'a posées. Je l'ai dit
ce matin et je l'ai dit à d'autres occasions.
Alors, j'ai dit une chose et je l'ai affirmé à plusieurs
reprises: Je n'ai pas fait le décompte en minutes. Je sais que les
rencontres ont été peu nombreuses et que je n'ai pas passé
des heures au bureau de M. Boivin. Ce n'est pas mon genre et c'est un homme
très occupé. Je suis à votre disposition, mais pas
simplement par goût, parce que la loi m'y oblige. Je
préférerais être de retour à mon bureau depuis un
bon moment.
Pour revenir à M. Boivin, je n'ai pas prolongé les
visites, même si je connaissais M. Boivin. Nous avons traité
affaires. Je l'ai dit.
M. Gratton: Alors, qu'est-ce que Me Boivin a dit à Me
Jasmin en votre présence?
M. Beaulé: À quel sujet, M. le
Président?
M. Gratton: Au sujet du rapport Cliche.
M. Beaulé: M. le Président, je peux toujours
essayer de me creuser la tête. J'ai déjà indiqué que
ce qui m'intéressait, c'était la cause d'International Union of
Operating Engineers. Je me permets de me référer à
l'article 730, paragraphe 4, de l'ancien règlement. La règle de
la meilleure preuve qui s'applique devant les tribunaux, je soumets avec
respect qu'elle s'applique aussi devant la commission, si elle veut arriver
à des conclusions qui puissent être soutenues et défendues.
La règle de la meilleure preuve, ce n'est pas une avocasserie, c'est
d'éviter toute erreur dans l'appréciation des faits. Je soumets
donc avec respect que ces questions devraient être posées à
M. Boivin et M, Jasmin.
M. Gratton: Mais vous étiez présent, Me
Beaulé...
M. Lalonde: M. le Président, sur une question de
règlement.
Le Président (M. Jolivet): Un instant, M. le
député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: Je m'excuse auprès de mon collègue. En
fait, c'est une question de règlement qui est soulevée par le
témoin. La règle de la meilleure preuve ne comprend-elle pas
aussi le témoin, c'est-à-dire celui qui entend parler une autre
personne? Ce n'est pas du ouï-dire qu'on vous demande. Vous êtes
témoin, n'est-ce pas cela une des meilleures preuves? Vous êtes
témoin d'une conversation entre M. Boivin et M. Jasmin. On ne vous
demande pas de nous dire ce que la cousine de M. Boivin vous a dit que M.
Boivin lui aura rapporté, etc., etc. de sa conversation avec M. Jasmin.
Vous étiez là, vous avez entendu des choses, vous souvenez-vous,
pendant ces deux heures de présence ou de conversation, de ce que M.
Boivin a dit? Il me semble que c'est là une des meilleures preuves.
M. Beaulé: M. le Président, je crois que la
remarque de M. le député de Marguerite-Bourgeoys est
sérieuse. Je vais essayer d'ajouter à ma réponse de tout
à l'heure. Je ne suis pas, que je sache - même si on a fait
allusion hier à un procès -poursuivi conjointement et
solidairement avec M. Lévesque, M. Boivin et M. Gauthier. Je suis un
témoin à la commission. Si nous étions devant une cour de
justice et que j'étais poursuivi conjointement et solidairement avec le
député de Marguerite-Bourgeoys et le député de
Gatineau, de telles questions seraient admissibles. Mais, présentement,
je soumets que je n'ai rien à faire avec les déclarations que M.
Boivin a pu faire à M. Jasmin ou que M. Jasmin a pu faire à M.
Boivin. Si vous voulez vraiment rechercher la vérité sans qu'il
n'y ait d'erreurs, c'est à eux que les questions devraient être
posées. J'ai ajouté ceci, tout à l'heure, que j'ai
gardé, par exemple, le souvenir que M. Jasmin a abordé pas
seulement le rapport Cliche, les séances de la commission Cliche. Mais,
je n'ai pas pris note de cela. Cela ne m'intéressait pas pour les fins
de ma cause. Je pense que le député de Marguerite-Bourgeoys va
comprendre que, lorsque vous êtes dans un procès de longue
durée, vous savez les heures de recherche que cela commande, plus la
présence en cour... J'essayais de faire mon boulot, je n'essayais pas de
faire le boulot de M. Jasmin. En d'autres termes, j'essayais de limiter mon
travail à ce qui concernait mes clients. Maintenant... J'aimerais bien
vous aider, M. le Président...
M. Gratton: Non...
M. Beaulé: ...mais je n'ai pas de souvenir précis
de réponses que M. Boivin a pu donner à M. Jasmin quant à
la commission Cliche ou quant aux séances de la commission Cliche ou
quant aux faits mis en preuve devant la commission Cliche. Honnêtement,
c'est cela ma réponse.
M. Lalonde: Je pense qu'on doit prendre au sérieux les
derniers propos du témoin.
Une voix: C'est le temps!
M. Lalonde: Non, on doit prendre au
sérieux tous ses propos. Je pense qu'il vient de nous
éclairer sur peut-être les raisons pour lesquelles il se souvient
moins des conversations entre M. Jasmin et M. Boivin que des conversations que
lui, par exemple, aurait pu avoir directement avec M. Jasmin. Cela c'est
compréhensible. Maintenant, vous avez dit, tout à l'heure, que
vous n'êtes pas accusé ou enfin ni... J'ai eu cette
expérience de témoigner devant une commission d'enquête
pendant une journée et demie et on ne m'a pas...
M. Duhaime: N'étiez-vous pas vérificateur?
M. Lalonde: Là où j'ai eu des félicitations
pour mon excellent travail de la part d'une commission d'enquête...
Le Président (M. Jolivet): Allez! Allez!
M. Duhaime: C'est à l'époque où vous
étiez vérificateur? C'est cela?
M. Lalonde: C'est là que j'ai eu des félicitations
pour excellent travail, de la part d'une commission d'enquête.
Le Président (M. Jolivet): Allez! Allez! Allez!
M. Lalonde: Mais, on ne me demandait pas la permission de me
poser des questions, vous savez.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau, en tenant pour acquise la réponse de Me Beaulé.
M. Gratton: Me Beaulé...
M. Beaulé: M. le Président, me permettez-vous une
remarque?
Le Président (M. Jolivet): Oui, Me Beaulé.
M. Beaulé: Je pense que la remarque que vient de faire le
député de Marguerite-Bourgeoys est à l'honneur de la
commission parlementaire, dans le sens que la commission parlementaire veut
suivre des règles de preuve qui respectent l'équité
procédurale et la recherche de la vérité.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau.
M. Gratton: Me Beaulé, vous avez quand même eu
l'impression ou le "feeling", comme vous l'avez appelé, le 19 janvier,
que Me Boivin était sympathique à votre cause, à votre
défense, à votre désir de régler hors cour.
M. Beaulé: J'ai déjà répondu
là-dessus, M. le Président, à plusieurs reprises.
M. Gratton: Est-ce que Me Jasmin partageait cette impression, ce
"feeling"?
Le Président (M. Jolivet): M. le député, je
pense que cette question est irrecevable. Vous la poserez à qui de
droit.
M. Gratton: M. le Président, question de
règlement.
Le Président (M. Jolivet): Non.
M. Gratton: Question de règlement.
Le Président (M. Jolivet): Oui, allez-y sur une question
de règlement, mais je dois vous dire d'abord que vous demandez une
impression à Me Beaulé et qu'il n'a pas à répondre
de l'impression d'une autre personne. Posez votre question autrement et je
verrai si...
M. Gratton: Ah bon! Si vous voulez que je la pose autrement.
Le Président (M. Jolivet): C'est cela.
M. Gratton: Est-ce que Me Jasmin ne vous a jamais dit s'il
partageait votre impression, votre "feeling"?
M. Duhaime: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre.
M. Gratton: Celle-là, est-elle recevable, M. le
Président?
Une voix: Celle-là est claire.
Le Président (M. Jolivet): Je vais entendre d'abord M. le
ministre. Il m'a posé...
M. Gratton: Non, mais selon vous?
Le Président (M. Jolivet): Non. Je vais attendre d'avoir
entendu ce que M. le ministre a à dire. M. le ministre.
M. Duhaime: M. le Président, pendant des heures, jeudi
dernier et vendredi dernier, je dirais que l'inimitable et incomparable
député de Mont-Royal a posé ses questions. Ce qu'on
demande maintenant à Me Beaulé... Il a dit, je me souviens
très bien: "C'est une impression que j'ai eue, c'est un "feeling". J'ai
le sentiment qu'une impression intérieure et un "feeling" sont quelque
chose qu'une autre personne ne peut pas ressentir. Si on recommence,
après avoir eu l'épisode du
"feeling" pendant plusieurs heures, avec "l'interfeeling", je pense
qu'on va en avoir pour au moins une semaine, M. le Président. Je vous
demanderais d'abord de demander au député de Gatineau de poser
des questions pertinentes, recevables et sérieuses pour la bonne marche
de nos travaux.
M. Lalonde: Elle est très recevable, cette question, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): Est-ce que vous avez quelque
chose à ajouter, M. le député de Marguerite-Bourgeoys?
M. Lalonde: Elle est très recevable, cette question, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): C'est votre opinion.
M. Lalonde: Je vous le suggère respectueusement, parce
qu'elle demande un fait: Est-ce que Me Jasmin vous a fait une
communication?
M. Beaulé: M. le Président, je pense...
Le Président (M. Jolivet): Oui, justement, pour clore le
débat sur la question: cette question reformulée était
recevable.
M. Beaulé: Vous dites qu'elle est recevable, M. le
Président?
Le Président (M. Jolivet): Oui.
M. Rodrigue: Mais, M. le Président, sur une question de
règlement...
Le Président (M. Jolivet): Non, non. Je m'excuse. J'ai
rendu ma décision. Ne revenez pas là-dessus.
M. Rodrigue: Oui, mais ce n'est pas sur la même
question.
Le Président (M. Jolivet): Oui, mais on va commencer par
entendre celle-là et, ensuite, on entendra l'autre.
M. Rodrigue: Je pose une question de règlement qui est un
peu différente de l'autre.
Le Président (M. Jolivet): Oui, je sais, mais il y a une
question qui est posée actuellement à Me Beaulé. Je vais
lui permettre de répondre. Ensuite, je reviendrai à vous.
M. Rodrigue: Par qui est posée la question, M. le
Président?
Le Président (M. Jolivet): Par le député de
Gatineau.
M. Rodrigue: Mais, c'est le député de
Marguerite-Bourgeoys qui vient de la poser.
M. Gratton: Par l'entremise de mon procureur.
Le Président (M. Jolivet): Je m'excuse.
M. Rodrigue: C'est le député de
Marguerite-Bourgeoys qui vient de la poser.
M. Gratton: M. le Président, question de directive.
Le Président (M. Jolivet): Non, je ne m'amuserai pas
à cela.
M. Gratton: Non? Bon!
Le Président (M. Jolivet): Me Beaulé, s'il vous
plaît.
M. Beaulé: Je crois, M. le Président, que ma
réponse va être assez claire. On se réfère au 19
janvier, n'est-ce pas? J'ai quitté le bureau avec MM. Woll et Fanning,
avant M. Jasmin. Je n'ai pas discuté avec M. Jasmin de mon "feeling" ou
de ma déduction. J'en ai discuté avec mes confrères
américains, MM. Woll et Fanning, en allant les conduire à Dorval.
Un point, c'est tout.
M. Gratton: Donc, vous n'en avez pas discuté avec Me
Jasmin, à la sortie de la réunion. Est-ce que vous en avez
discuté ou est-ce qu'il a pu en discuter avec vous à une date
ultérieure?
M. Lalonde: ...ou antérieure?
M. Beaulé: Je ne me souviens pas, M. le Président.
Je ne me souviens pas. Je pense que c'est la première fois que j'emploie
cette expression devant vous, mais, là, vraiment, je ne me souviens
pas.
M. Gratton: Bon. Donc...
M. Beaulé: Je pourrais ajouter ceci, M. le
Président. Cela pourrait peut-être éclairer la commission.
Mes clients américains ne voulaient d'aucune façon lier leur sort
à la cause du local 791. (17 h 30)
M. Gratton: Cela, j'en conviens. Mais les questions que je vous
pose portent sur les nombreuses conversations, sans doute, que vous avez eues
tant au téléphone qu'en cour - parce que le procès est en
cours - tant dans les réunions que vous avez eues avec Me Jasmin. La
question que je vous pose est: Est-ce qu'il vous a communiqué son
impression de la réunion du 19 janvier, laquelle vous avait permis
d'avoir
l'impression que Me Boivin était favorable à un
règlement?
M. Beaulé: Me Jasmin m'a dit beaucoup de choses durant
toute cette période de juin 1978 jusqu'à mars 1979. En ce qui
concerne ce "feeling" auquel vous référez, je n'ai aucun souvenir
d'en avoir discuté avec lui. Je répète que, pour moi,
l'issue du procès en ce qui concernait l'International Union
était une chose. Ceux qui ont eu à décider de la cessation
des poursuites ont probablement vu le problème dans son ensemble mais ce
n'était pas pour moi un problème global. Le problème qui
me préoccupait était la poursuite engagée contre le
syndicat américain.
M. Gratton: Je comprends à la lecture de votre
mémoire et à l'audition de votre témoignage que votre
défense quant à la non-responsabilité de votre cliente
s'appuyait sur les explications que vous donnez d'ailleurs dans votre
mémoire et selon lesquelles votre cliente, l'International Union of
Operating Engineers, ne pouvait pas avoir de responsabilité parce que,
premièrement, l'Union des opérateurs de machinerie lourde du
Québec, local 791, n'avait jamais demandé son
accréditation à l'International Union of Operating Engineers et
ne lui versa jamais d'ailleurs de cotisations ou redevances.
Deuxièmement - on retrouve cela à la page 17 - "en tout
temps pertinent au saccage de LG 2, Yvon Duhamel n'était d'aucune
façon le préposé, représentant ou mandataire de
l'International Union of Operating Engineers mais plutôt le
représentant du Conseil provincial des métiers de la
construction". Donc, c'était là, entre autres, les raisons qui
vous motivaient à prétendre que votre cliente n'avait aucun lien
de responsabilité avec le saccage de la Baie-James. Mais Me Jasmin, lui,
ne pouvait pas invoquer cette défense-là parce qu'il était
effectivement le procureur du Conseil provincial des métiers de la
construction et du local 791, si je me m'abuse.
M. Beaulé: C'est exact.
M. Gratton: Donc, il ne pouvait pas invoquer les mêmes
arguments que vous devant Me Boivin.
M. Beaulé: Oui, c'est pour cela d'ailleurs... Dans un
sens, vous corroborez ce que je viens de dire.
M. Gratton: Quels étaient les arguments que Me Jasmin a
invoqués en votre présence auprès de Me Boivin?
M. Beaulé: Le 1er décembre 1978 à
Québec, M. Jasmin n'était pas là. Le 15 janvier 1979, j'ai
déjà répondu qu'il n'a pas été question du
mérite de la cause. J'ai dit qu'on avait fait un rapport des
procédures qui s'étaient déroulées ce
jour-là devant le tribunal. J'ai été bien explicite
là-dessus. Le 19 janvier, je vous ai dit que c'est M. Woll qui a
utilisé le temps qui nous était alloué. Le 2
février, j'ai déjà répondu en disant que la
réunion a porté principalement, sinon exclusivement, en ce qui me
concerne - je suis parti avant M. Jasmin - sur l'aide-mémoire que vous
retrouverez dans la lettre du 5 février adressée à M.
Aquin.
M. Gratton: En votre présence, Me Jasmin n'a donc pas
invoqué d'arguments à la défense de ses clients?
M. Beaulé: Dans le cadre du règlement qui a
été déposé devant vous - je pense qu'il est dans
les documents - le local 791, affilié à l'International Union of
Operating Engineers, a reconnu sa responsabilité, de même que le
Conseil provincial du Québec des métiers de la construction. Je
ne me souviens pas que M. Jasmin ait développé devant M. Boivin,
en ma présence - mais il l'a vu en d'autres occasions - des arguments
qui tendaient à établir que ces deux clients, ses clients
à lui n'étaient pas civilement responsables.
M. Gratton: Si Me Jasmin ne plaidait pas devant Me Boivin de la
non-responsabilité de ses clients, de quoi parlait-il?
M. Beaulé: Je crois que j'ai déjà
répondu, M. le Président. J'ai référé
à toutes les rencontres et l'interlocuteur...
M. Gratton: En votre présence, j'entends.
M. Beaulé: Oui. J'ai donné toutes les rencontres.
Celle du 1er décembre, j'ai déjà dit ce que j'ai fait,
j'étais seul. Le 11 décembre, j'étais seul - on parle
toujours de 1978 - le 15 janvier, je viens de dire de quoi il a
été question, le 19 janvier aussi et le 2 février
aussi.
M. Gratton: Non, prenons le cas du 15 janvier. Est-ce que Me
Jasmin a présenté des arguments à Me Boivin en votre
présence?
M. Beaulé: Le 15 janvier, j'ai déjà
répondu à plusieurs reprises. J'ai fait rapport à M.
Boivin en présence de M. Jasmin.
M. Gratton: Cela c'est vous, mais Me Jasmin? Est-il resté
silencieux tout au cours de la réunion?
M. Beaulé: Je pense que j'ai gardé le crachoir
pendant les 24 minutes.
M. Gratton: Donc, Me Jasmin n'a rien
dit à Me Boivin dont vous vous souvenez avoir été
témoin? C'est le 15. Vous faites un signe de tête. Est-ce que
c'est oui ou non?
M. Beaulé: J'ai déjà répondu. Je ne
me souviens pas des propos que M. Jasmin a pu tenir à M. Boivin le 15
janvier. On a été dans le bureau, au total, 26 minutes.
M. Gratton: C'est le 15 janvier.
M. Beaulé: II me semble que j'ai été la
personne qui a fait rapport des procédures. D'ailleurs, j'ai suivi les
22 jours d'enquête et M. Jasmin n'a pas été présent
chaque journée de l'enquête.
M. Gratton: Que faisait-il là Me Jasmin, s'il ne
participait pas à la discussion?
M. Beaulé: M. le Président, il était en cour
le 15 janvier et, en sortant du palais du justice, nous sommes allés au
bureau de M. Boivin. Je ne sais pas si c'est M. Jasmin qui avait demandé
l'entrevue ou moi, mais de toute façon une entrevue avait
été demandée.
M. Gratton: Je présume que ce devait être
plutôt vous puisque vous avez été le seul à parler,
que Me Jasmin n'a rien dit. Ce n'est sûrement pas lui qui a
demandé de rencontrer Me Boivin pour vous écouter.
M. Beaulé: J'imagine que oui. Essayez de vous situer: le
15 janvier 1979, c'est l'ouverture du procès. C'est un peu la même
chose que lorsque M. le député de Mont-Royal m'a demandé
si vendredi dernier j'avais parlé à M. Boivin, ou, plutôt,
il m'a demandé si j'avais communiqué avec le bureau du premier
ministre. Sur le coup, il n'y a absolument rien qui m'est revenu parce que le
souvenir que j'ai de vendredi dernier, c'est celui d'une journée
extrêmement dure au point de vue, si vous voulez, de l'interrogatoire, au
point de vue de la résistance physique et nerveuse. Cela prend toujours
un certain temps avant de se rappeler précisément les
détails, parce que ma conversation avec M. Boivin, c'était, dans
le cadre de cette journée, en fait, peut-être un
détail.
Pour revenir au 15 janvier, ce qui m'a frappé cette
journée, c'est l'ouverture du procès. C'était la
déclaration de guerre officielle, c'était l'attitude des
procureurs de la SEBJ qui nous disaient en fin de journée: Tout ce qu'on
peut faire, nous, c'est écouter. Je ne me rappelle pas les propos que M.
Jasmin a pu tenir à M. Boivin ce jour-là. J'y ai répondu.
C'est moi qui ai fait rapport des procédures.
M. Gratton: Est-ce que vous aviez pris rendez-vous au
préalable avec Me Boivin ou si vous vous êtes
présenté comme cela?
M. Beaulé: Je ne m'en souviens absolument pas,
c'était un lundi. Je ne m'en souviens absolument pas. Je sais que M.
Boivin a été en Louisiane pendant tout le début de janvier
1979. Je pense que le rendez-vous a été pris le jour
même.
M. Gratton: Donc, cela règle le 15 janvier, pour autant
que je suis concerné.
Le 19 janvier, vous nous avez expliqué que c'est surtout Me Woll
qui a fait des représentations. Dois-je en déduire que Me Jasmin
n'a rien dit à Me Boivin à cette réunion, en votre
présence?
M. Beaulé: À ma connaissance, il n'a rien dit
à M. Boivin ce jour-là en ma présence.
M. Gratton: II était là encore à titre de
témoin intéressé par la chose.
M. Beaulé: Oui, oui.
M. Gratton: Le 2 février?
M. Beaulé: Le 2 février, j'ai déjà
indiqué et répondu à plusieurs reprises que cela a
porté sur l'aide-mémoire dont le texte est reproduit dans ma
lettre du 5 février adressée à Me Aquin.
M. Gratton: Cela est votre participation à vous, mais je
vous demande quelle a été la participation de Me Jasmin pendant
que vous étiez dans le bureau de Me Boivin.
M. Beaulé: Écoutez, je n'en ai pas de souvenir. Je
m'en suis expliqué tout à l'heure et à plusieurs reprises
d'ailleurs. J'ai dit que M. Boivin - et je prends la présidence à
témoin de cela - m'a posé des questions précises. Je ne
veux pas reprendre à nouveau ces questions. Elles touchaient la
facturation faite par la SEBJ à la FTQ. Elles touchaient la question de
savoir qui était l'employeur de M. Duhamel avant le saccage. J'ai pris
des notes. J'ai fait les recherches appropriées et j'ai obtenu les
documents. Je ne me souviens pas de ce que M. Jasmin a dit,
honnêtement.
M. Gratton: Honnêtement, donc, au cours des quatre
rencontres où vous vous êtes retrouvés, Me Boivin, Me
Jasmin et vous-même, en même temps, dans le bureau de Me Boivin,
vous n'avez aucun souvenir de quelque parole qu'ait pu prononcer Me Jasmin
autre que "bonjour", "salut".
M. Beaulé: Ce n'est pas ce que j'ai dit, M. le
Président. J'ai dit tout à l'heure que j'avais un souvenir qu'il
avait abordé avec M. Boivin certaines des séances de la
commission Cliche ou certaines constatations du rapport Cliche. Je n'en
ai pas pris note et j'ai expliqué pourquoi.
M. Gratton: Et vous n'avez aucun autre souvenir que
celui-là?
M. Beaulé: Non, M. le Président.
M. Gratton: Par exemple, vous n'avez aucun souvenir que Me Jasmin
ait pu parler de la non-solvabilité ou de l'incapacité de payer
de ses clientes advenant une condamnation.
M. Duhaime: M. le Président, question de
règlement.
Le Président (M. Jolivet): Vous avez raison. J'avais
l'intention de...
M. Duhaime: Une expression d'opinion, une hypothèse, une
suggestion...
M. Gratton: Vous souvenez-vous...
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre. Elle n'est pas
recevable.
M. Gratton: Je retire ma question, M. le Président, et je
la formule à nouveau. Je remercie mes procureurs qui m'aident à
me débrouiller tant bien que mal. Avez-vous eu connaissance, dans l'une
ou l'autre de ces quatre rencontres où vous avez été
présent en même temps que Me Jasmin dans le bureau de Me Boivin,
qu'il ait invoqué la non-solvabilité ou l'incapacité de
payer de ses clientes advenant une condamnation?
M. Beaulé: La réponse est non et j'ajoute ceci:
même au moment où vous m'interrogez, où on m'interroge, je
n'ai pas pris connaissance des états financiers des syndicats
québécois qui sont dans les dossiers. On a parlé de
solvabilité tout à l'heure. Je ne me suis pas
intéressé, à l'époque, pas plus qu'aujourd'hui,
à cette question.
M. Gratton: M. le Président, mettons de côté
pour l'instant la question de la non-responsabilité et parlons de
responsabilité. Dans votre mémoire, Me Beaulé, vous
alléguez que la SEBJ devait assumer sa part de responsabilité
pour avoir contribué à créer une toile de fond propice aux
actes de violence du 21 mars 1974 - on retrouve cela à la page 6 de
votre mémoire. Vous alléguez également que la SEBJ n'avait
pas pris les moyens adéquats pour empêcher le saccage qui
était pourtant prévisible - on retrouve cela à la page 9
de votre mémoire. Est-ce que, au cours de vos rencontres avec Me Boivin,
vous avez fait valoir ces arguments?
M. Beaulé: M. le Président, si je me
réfère à la contestation du 28 novembre 1978, pages 3 et
suivantes, j'ai développé les moyens ou les faits qui, à
mon point de vue, établissaient la non-responsabilité de
l'International Union of Operating Engineers pour en faire la preuve devant le
tribunal. Une partie de cette preuve a été faite d'ailleurs en
contre-interrogatoire parce que nous étions au moment de la cessation du
procès, encore au niveau de la preuve principale: la SEBJ. J'ai
déjà abordé ces sujets avec M. Boivin, je l'ai
indiqué à plusieurs reprises, parce qu'en réalité,
ce qui est allégué aux pages 3, 4 5 et 6 de la contestation du 28
novembre, c'est en substance également ce que vous retrouvez dans ma
lettre à M. Aquin du 5 février, lorsque je parle de l'absence de
lien de droit. J'ai discuté de ces faits avec M. Boivin dans le sens que
j'ai porté à sa connaissance ces faits. J'ai répondu
à ses questions et je lui ai fait livrer les documents, comme je l'ai
indiqué déjà. Peut-être que je ne réponds pas
complètement à votre question; est-ce qu'il y avait un autre
élément dans votre question?
M. Gratton: Vous lui avez répondu.
Vous dites que vous avez discuté de ces points-là avec Me
Boivin, que vous avez répondu à ses questions...
M. Beaulé: Tout le chapitre de la
non-responsabilité.
M. Gratton: Quelles questions?
(17 h 45)
M. Beaulé: M. le Président, j'ai déjà
indiqué à la commission ce qui en était. À titre
d'exemple, le 2 février, M. Boivin m'a demandé... Je crois que je
répète cela pour la quatrième fois, mais je vais essayer
de garder mon calme, parce qu'en réalité, je dois garder mon
calme, parce que vous avez le droit de me poser toutes les questions
juridiques...
M. Gratton: Faites les mêmes efforts que moi, Me
Beaulé.
M. Beaulé: M. le Président, j'admets que M. le
député de Gatineau en fait...
M. Duhaime: M. le Président, question de
règlement.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre.
M. Duhaime: C'est dommage que l'immunité parlementaire ne
puisse pas s'appliquer au témoin, parce que j'ai l'impression que ce
serait plus facile pour Me Beaulé. J'ai l'impression, après avoir
écouté quelques questions, que j'aurais pu
systématiquement m'opposer aux trois ou quatre dernières
questions qui ont été posées. Ce que le
député de Gatineau est en train de faire avec les notes qu'il a
devant lui, c'est l'interrogatoire que conduisait hier, avant-hier et la
semaine dernière, le député de Mont-Royal. On reprend
essentiellement les mêmes questions...
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
M. Duhaime: ...les redites à répétition. Je
pense que le premier ministre...
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau.
M. Duhaime: Si vous me permettez, M. le Président, je vais
terminer.
Le Président (M. Jolivet): Seulement un instant; mon
problème est toujours le même. Lorsque j'ai une autre question de
règlement, je dois l'entendre d'abord.
M. le député de Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, M. le ministre est en train
de faire allusion à des notes que je possède effectivement et qui
reprennent des témoignages ou des questions qui auraient
été posées par d'autres. Je veux lui signaler que j'ai
préparé mes propres questions moi-même. C'est
peut-être ce qui explique que je ne les formule pas comme un procureur
devrait normalement les formuler. Je m'en excuse devant la commission, mais je
fais mon travail à ma façon, avec les compétences et les
capacités que j'ai. Je regrette si cela a l'heur de déplaire au
ministre, mais je suis ici pour cela, je suis ici pour faire mon job et
j'entends le faire à ma façon et non pas à la façon
que voudrait m'imposer le ministre.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre, sur votre
question de règlement.
M. Duhaime: M. le Président, est-ce que je peux
terminer?
Le Président (M. Jolivet): Oui.
M. Duhaime: Je n'ai pas l'intention de dicter de ligne de
conduite à qui que ce soit à cette commission. Ma seule
préoccupation... On peut s'y prendre de la façon qu'on voudra,
mais suivant les règlements de l'Assemblée nationale et de cette
commisssion. Si cet interrogatoire qui est conduit présentement ne
ressemble pas à peu près en tous points à celui qu'a
conduit hier, avant-hier et la semaine dernière, le député
de Mont-Royal, pour moi, c'est exactement du pareil au même. Ce sont des
questions à répétition et qui sont interdites par le
règlement...
M. Gratton: De quoi voulez-vous qu'on parle? Du beau temps?
M. Duhaime: Je ne veux pas systématiquement m'opposer
à chacune des questions. Mais, s'il faut que je le fasse, M. le
Président, je vais le faire.
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau, est-ce que vous avez d'autres questions à poser à Me
Beaulé?
M. Gratton: Oui. Me Beaulé, est-ce que Me Boivin, quand
vous lui faisiez état des considérations de
responsabilité, vous a déjà mentionné que la SEBJ
ne pouvait pas accepter de se reconnaître responsable de...
Le Président (M. Jolivet): M. le
député...
M. Duhaime: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président (M. Jolivet): Je vais le faire
moi-même, M. le ministre. J'ai cru comprendre, dans les réponses
de Me Beaulé, que, en ce qui concerne les conversations -vous me
rectifierez si j'ai mal compris - il ne s'en souvenait pas. Vous ne pouvez pas
lui suggérer des réponses s'il ne se souvient pas. Cette
question, je pense, en vertu du règlement, est claire. Si vous voulez
reformuler votre question, on verra.
M. Gratton: Non, M. le Président, laissez faire.
M. Lalonde: M. le Président, une question de
règlement.
Le Président (M. Jolivet): Non, M. le député
de Gatineau.
M. Beaulé: M. le Président, me permettez-vous de
dire quelque chose qui peut peut-être faire avancer les travaux?
M. Gratton: M. le Président, c'est moi qui ai la
parole.
Le Président (M. Jolivet): Je m'excuse, j'ai mal compris.
Vous m'avez demandé si...
M. Beaulé: Me permettez-vous de dire quelque chose qui
pourrait peut-être aider à faire avancer les travaux?
Le Président (M. Jolivet): Allez.
M. Beaulé: Je pense l'avoir déjà dit.
Lorsque j'ai rencontré M. Boivin aux quatre dates qui sont
indiquées au tableau et à celle que j'ai indiquée
moi-même, M. Boivin m'écoutait lorsque je parlais de la
non-responsabilité des Américains dans cette cause. Je me
souviens, parce qu'il en est question dans la contestation du 28 novembre que
je lui ai remise le 1er décembre à Québec et dont j'ai
parlé brièvement avec lui le 11 décembre à son
bureau. Dès que j'ai abordé les deux chapitres suivants, M. le
Président - et, pour être plus simple, vous les retrouverez dans
ma déclaration que j'ai eu l'honneur de vous lire: "Les actes de
violence du 21 mars 1974, survenus à LG 2, s'insèrent dans une
toile de fond que la SEBJ a contribué à créer et dont elle
doit assumer la responsabilité". De même, lorsque j'ai voulu
aborder le deuxième chapitre: "Les événements du 21 mars
1974 survenus à LG 2 étaient prévisibles et la SEBJ n'a
pas pris les moyens adéquats pour les empêcher"...
M. Gratton: J'ai moi-même lu ces passages tantôt, Me
Beaulé.
M. Beaulé: Je voulais dire quelque chose qui,
peut-être, serait utile, mais, si vous ne voulez pas me permettre,
c'est...
M. Gratton: Moi aussi, j'aurais quelque chose à dire qui
serait utile, M. le Président, si vous me le permettez. J'aimerais
référer Me Beaulé à la conclusion de son
mémoire. On y lit ce qui suit: "À la lumière des faits qui
précèdent, on comprendra que j'ai fait appel à la
droiture, à la sagesse et au "fair-play" des personnes en
autorité et des membres du conseil d'administration de la SEBJ afin que
cesse au plus tôt ce procès long et coûteux non seulement
pour la SEBJ mais également pour l'International Union of Operating
Engineers. "On comprendra aussi le refus de ma cliente de reconnaître
quelque responsabilité que ce soit dans le saccage de LG 2 survenu le 21
mars 1974". En supposant, pour les fins de la discussion, qu'on donne raison
à Me Beaulé, en ce sens que sa cliente n'avait aucune
responsabilité, je pense qu'il est clair qu'on ne peut pas en dire
autant des syndicats québécois représentés par Me
Jasmin, sûrement pas, en tout cas, pour les mêmes raisons que pour
le syndicat américain. D'ailleurs, ils l'ont reconnu en signant le
règlement. Pourtant, tout au long des démarches qui ont
précédé le règlement hors cour, les deux procureurs
syndicaux, soit Mes Beaulé et Jasmin, ont plaidé à au
moins trois occasions en présence l'un de l'autre auprès de Me
Boivin pour que la poursuite, en définitive, soit abandonnée.
Est-ce qu'on doit reprocher, M. le Président, aux procureurs...
M. Duhaime: M. le Président, question de
règlement.
M. Gratton: C'est un préambule à une question que
j'ai l'intention de poser à Me Beaulé.
M. Duhaime: Est-ce qu'on pourrait entendre une question?
Le Président (M. Jolivet): Oui, mais, justement...
M. Duhaime: Suivant l'article 168, une question est irrecevable,
M. le Président, si elle est précédée d'un
préambule inutile.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre. M. le ministre.
Vous m'avez demandé d'être vigilant. J'écoutais et
j'essayais de voir si la question venait. Je dois vous dire, M. le
député, que, pour la bonne compréhension, comme on m'a
demandé une directive et que je l'ai donnée de façon
à faire progresser les travaux, je vais l'appliquer. J'aimerais que vous
posiez votre question à Me Beaulé et que vous ne fassiez pas de
long préambule.
M. Lalonde: M. le Président.
Le Président (M. Jolivet): Non, M. le
député...
M. Lalonde: M. le Président, là, par exemple...
Le Président (M. Jolivet): ...de Marguerite-Bourgeoys, je
n'accepterai rien.
M. Lalonde: II a un droit de parole...
Le Président (M. Jolivet): II a un droit de parole. Le
député a le droit de parole...
M. Lalonde: ...il peut l'exercer...
Le Président (M. Jolivet): ...sauf que le
député, s'il a une question à poser, il va la poser en
vertu de ce que j'ai déterminé hier, c'est-à-dire pas de
préambule, la question.
M. Lalonde: Ce n'est pas un préambule, M. le
Président, ce sont des observations.
Le Président (M. Jolivet): C'est autre chose.
M. Lalonde: C'est ça.
Le Président (M. Jolivet): Ce n'est pas ce que le
député m'a dit. Il m'a dit: J'ai fait précéder,
pour poser ma question... Je veux qu'il pose la question. S'il a des
observations à faire, il les fera en temps et lieu.
M. Lalonde: C'est ça. Il peut les faire maintenant.
Le Président (M. Jolivet): Non. M. le
député, la question.
M. Gratton: M. le Président, en terminant...
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau, la question.
M. Laplante: Qui est président? C'est impoli cela.
M. Gratton: ...vous me permettrez de dire à Me
Beaulé, par votre entremise, que je l'aurais trouvé beaucoup plus
convaincant quant au bien-fondé de ses démarches auprès de
Me Jean-Roch Boivin si, dans son mémoire et dans ses réponses
à nos questions, il s'en était tenu aux considérations
purement juridiques de sa défense, qui n'étaient pas sans
mérite, je suppose...
M. Beaulé: M. le Président.
M. Gratton: ...mais quand il se permet de citer un extrait
incomplet du rapport de la commission Cliche...
Le Président (M. Jolivet): Juste un instant!
M. Beaulé: M. le Président, je veux invoquer
l'article 4 de la Charte des droits...
M. Gratton: Quand il nous parle de désaccord
idéologique...
Le Président (M. Jolivet): À l'ordre! À
l'ordre!
M. Beaulé: Encore une façon de me discriminer et
d'attaquer ma crédibilité, ma bonne foi, mon
honnêteté, ma réputation. Si, M. le Président, le
député de Gatineau a des questions de fait à me poser ou
des questions de droit, je vais répondre sur la question de
non-responsabilité.
Le Président (M. Jolivet): Vous avez raison.
M. le député de Gatineau.
M. Gratton: Quand il nous parle de désaccord
idéologique, M. le Président, quant à
l'interprétation des événements...
Le Président (M. Jolivet): M. le député de
Gatineau! M. le député de Gatineau, je veux que vous posiez une
question. Si vous n'avez pas de question, je vais passer à l'autre
personne qui a l'intention de poser des questions.
M. Lalonde: M. le Président, sur une question de
règlement.
Le Président (M. Jolivet): Sur une question de
règlement, M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: Oui. Là, je ne sais pas ce qui est
arrivé...
M. Duhaime: II serait grand temps que vous vous en rendiez
compte.
M. Lalonde: ...entre le moment où vous avez, avec la
grande sagesse qu'on vous connaît, présidé cette commission
depuis un mois... Les droits de parole des députés sont aussi
importants que les droits de parole des témoins, et je me demande si
maintenant on va transformer cette commission en réduisant le droit de
parole des députés. Le député a autant droit
à l'article 4 de la charte qui est évoqué par le
témoin. Il y a aussi un droit de parole qui est prévu par le
règlement. Je ne crois pas que le règlement empêche un
député de faire des observations lorsqu'il exerce son droit de
parole, quitte à poser...
M. Duhaime: Sur la question de règlement, M. le
Président.
M. Lalonde: ...des questions en conclusion, comme cela a
été fait à plusieurs reprises ici. J'entends bien exercer
ce droit de parole lorsque mon tour viendra.
Le Président (M. Jolivet): M. le ministre, sur la question
de règlement.
M. Duhaime: M. le Président, il y a une grande distinction
à faire dans ce que vient de dire le député de
Marguerite-Bourgeoys. Il est incontestable et personne ne va contredire qu'un
député membre de cette commission parlementaire a un droit de
parole et a le droit de l'exercer. Mais, à ce moment-ci de nos travaux,
le député de Gatineau a la parole pour poser des questions...
M. Lalonde: Non, il a le droit de parole.
M. Duhaime: ...à l'invité. Si le
député de Gatineau a choisi de déclarer à la
commission qu'il a terminé de poser des questions
M. Lalonde: Depuis quand cela? M. Duhaime: ...à Me
Beaulé...
M. Gratton: je n'ai pas l'intention de faire cela, M. le
Président.
M. Duhaime: ...ensuite de formuler un commentaire en indiquant
à la commission: Je fais maintenant un commentaire, je vais être
obligé, à ce moment-là de dire qu'il se conformerait au
règlement.
M. Gratton: Ce n'est pas ce que je fais, M. le
Président.
M. Duhaime: Mais, interrompre les questions - dans le fond, ce
n'est pas une méchante idée, la plupart sont irrecevables -mais,
interrompre l'interrogatoire pour nous faire un résumé d'une
situation qu'il, croit être, à quelques minutes de la fin de nos
travaux, en présence de Me Beaulé qui nous dit, depuis deux
jours, qu'il a des choses urgentes, qu'il doit rencontrer sa clientèle,
qu'il doit rentrer à Montréal, qu'il manifeste envers la
commission une franche collaboration en offrant même de revenir jeudi
soir, si ce n'est pas abusif, actuellement, non seulement abusif mais
irrégulier, ce que fait le député de Gatineau!
M. Gratton: Pas du tout.
M. Duhaime: Je vous demande de ne pas vous laisser
ébranler par votre gauche et de rappeler à l'ordre le
député de Gatineau en l'invitant à poser des
questions.
Le Président (M. Jolivet): Je vous...
M. Duhaime: S'il n'a pas d'autres questions à poser, je
vous inviterais à passer la parole à un autre
député.
Le Président (M. Jolivet): Avant, je vais quand même
régler une chose. Je n'ai aucunement l'intention d'enlever le droit de
parole à qui que ce soit. Je pense que cela est bien clair. La seule
chose, on va poser la question: Qu'est-ce qui est arrivé? C'est que, par
les abus qu'il a pu y avoir à cette commission, au niveau de
l'utilisation du droit de parole, on m'a demandé une directive. J'avais,
à ce moment-là...
M. Lalonde: Quels abus?
Le Président (M. Jolivet): M. le député,
vous ne me dérangerez pas, pas plus que moi je vous dérange quand
vous parlez.
M. Lalonde: Vous nous accusez d'avoir usé de notre droit
de parole?
Le Président (M. Jolivet): Je n'ai pas parlé de qui
que ce soit. J'ai dit que la commission m'a demandé une directive que
j'ai effectivement donnée de façon à faire
accélérer les travaux. J'ai dit qu'il y a, à la suite des
abus qui ont pu exister à cette commission, des pouvoirs que
possède un député d'interroger une personne. J'ai donc
demandé, à ce moment-là, en vertu de la directive, de se
limiter à des questions, en revenant à l'analogie de l'article
168.
Ceci étant dit, qu'une personne ait des commentaires à
faire, c'est son droit, mais elle n'a pas le droit, dans ses commentaires, de
mettre en péril l'invité qui est devant nous, quant à sa
crédibilité. Je pense que cela est clair aussi. Compte tenu de
ces faits, je vais vous dire deux choses: Premièrement, nous continuons
nos travaux demain matin, à dix heures jusqu'à 12 h 30.
Après la période des questions, jusqu'à 18 heures. Me
Beaulé nous a promis d'être ici présent, demain, à
20 heures, si besoin est et si nous avons terminé avec Me Gadbois.
En terminant, je rappelle aussi qu'il y a eu une décision de
prise, à savoir que nous ne siégerons pas vendredi. Nous
siégerons mardi prochain, normalement sur avis, sur motion. S'il y a des
corrections à apporter, on verra à les apporter dès
demain.
Une autre chose. Je dois rendre une autre décision à une
demande qui est faite par le député de Marguerite-Bourgeoys, eu
égard à un document qui a été envoyé au
Secrétariat des commissions parlementaires par M. Latouche.
La présidence a toujours considéré que toute
personne, qui vient ici devant cette commission, peut déposer des
documents, mais elle n'a aucun pouvoir de déposer d'autres documents que
ceux qui sont les propos préliminaires de la personne qui vient à
la demande de la commission. Comme la présidence n'a pas à
décider si une personne se présente ou ne se présente pas,
je n'ai donc pas à déposer et même à distribuer un
document que je n'ai pas à donner comme président. En
conséquence, le document, quant à moi, ne sera pas
distribué.
Je vais donc ajourner les travaux à demain matin, dix heures.
(Fin de la séance à 18 heures)