(Dix heures trente minutes)
M.
St-Pierre
Plamondon :
Alors,
bonjour, tout le monde. Évidemment, ce matin, retour sur la situation tarifaire
avec nos voisins américains. Comme vous le savez, depuis que cette crise des
tarifs a débuté, le Parti québécois a les mêmes deux messages. C'était le cas
il y a deux semaines.
Le premier, on a dit : Il faut
prendre au sérieux le sujet de la frontière, la frontière canado-américaine a
été négligée depuis des années. Nous, on est intervenus sur le chemin Roxham,
ensuite sur la prolifération des armes à feu, mais le trafic de drogue était
également un enjeu. Et on se rend compte que finalement ce discours-là a été
repris in extremis, mais à temps, par tant le gouvernement Legault que le
gouvernement Trudeau, le but ici n'étant pas de déterminer si le Canada est la
cause principale, mais de reconnaître que notre cocontractant, notre partenaire,
qui est une économie 30 fois plus grosse que la nôtre, nous dit :
Nous, on a cette préoccupation-là. Et rappelons également que de sécuriser la
frontière, c'est au bénéfice du Québec lorsque ça peut aider la situation de la
prolifération des armes à feu ou du trafic humain, par exemple.
Donc, il y a malheureusement à peine
quelques années, parler de frontière, c'était se faire accuser de xénophobie,
et je pense que là on vient d'assister à la fin de l'ère postnationale de la
frontière, où il fallait absolument faire en sorte que la frontière soit
remplie de trous, et ça nous donne un 30 jours de sursis.
30 jours de sursis, ce n'est pas non
plus une solution à long terme. Donc, le deuxième message que martèle le Parti
québécois à... presque à tous les jours depuis deux semaines, c'est que l'urgence
n'est pas seulement de parler aux Américains, c'est surtout d'aller sur d'autres
marchés pour diversifier nos échanges commerciaux. Donc, moi, je suis un peu
inquiet quand je vois la ministre Christine Fréchette se vanter qu'elle a donné
un nombre incalculable d'entrevues radio et télé au Québec au cours des
derniers jours. Ce n'est pas les Québécois qu'il faut convaincre de se sevrer
de notre dépendance économique vis-à-vis des Américains. Ce qu'on a besoin,
c'est de voir des missions commerciales à Londres, à Paris, au Mexique, en
Amérique latine, en Asie pour voir comment nos entreprises québécoises peuvent
trouver des nouveaux clients à un moment où l'Union européenne nous dit :
On comprend votre situation difficile et on est très réceptifs, très, très
ouverts à faire davantage affaire avec vous. Rappelons-nous qu'on fait seulement...
on a 1 % de nos exportations avec la France, 1,6 % avec le
Royaume-Uni, alors que ça frôle le 70 % avec les États-Unis.
Donc, on réitère notre demande qu'on avait
il y a deux semaines et qu'on fait régulièrement. On dit au gouvernement :
Ça urge d'envoyer des missions de nos entreprises à l'étranger et de faire...
mettre en place tout de suite des mesures qui permettent à nos PME québécoises
de faire cette diversification-là, notamment la défiscalisation des
exportations. On doit alléger le fardeau fiscal par rapport à ces nouvelles
exportations là, créer des incitatifs. On doit également alléger tout ce qu'il
y a de paperasse et d'empêchements pour que nos entreprises soient les plus
agiles possibles. Parce que, si on regarde dans un horizon de moyen et long
terme, c'est très possible qu'on ait été témoins d'une nouvelle approche
protectionniste des États-Unis, et ça nous oblige donc à rapidement envisager
des solutions à moyen et long terme.
Et c'est évident que c'est en diversifiant
nos échanges. À date, on n'a rien vu de la part du gouvernement. On a des
doutes sur un plan d'infrastructure accéléré, parce qu'on a vu qu'en pandémie
ça ne donne pas toujours les résultats escomptés. On aimerait vraiment voir la
ministre aller sur ces marchés-là. Puis je ne vous parle pas d'un aller-retour
à Davos, parce qu'un aller-retour à Davos, ça ne crée pas des échanges
commerciaux. On a besoin, dans l'avion, de nos entreprises, nos P.D.G., avec un
plan précis par secteur. On est en attente d'un vrai plan.
Journaliste : Est-ce que vous
pensez vraiment que ça va avoir des conséquences à la frontière, ce qui a été
annoncé hier, là, la nomination d'un tsar, le plan?
M. St-Pierre Plamondon : D'ailleurs
cette terminologie de «tsar» me renverse. C'est un changement de philosophie à
la frontière. Justin Trudeau nous a dit, pendant 10 ans, qu'on était à
l'époque postnationale où toute personne pouvait traverser la frontière, ce qui
a donné lieu à du trafic humain, à de la criminalité. Là, on vient complètement
de changer de philosophie, où la frontière va être fortement sécurisée.
Nous, on le demande depuis plusieurs
années, on a plaidé de négocier, sur cette base-là, en mode solution avec les
Américains, parce qu'on est conscients que les Américains pèsent pas mal plus
lourd que nous, mais on n'est pas dupes non plus que le changement de cap en ce
moment tient à la réaction des marchés financiers. C'est-à-dire que les grandes
entreprises américaines se rendent compte que c'est perdant-perdant, cette
histoire de tarifs. Mais, à nouveau, principe de base en négociation, le livre,
William Ury, Getting Passed No, puis l'autre livre Getting to Yes, principe de
base dans les bibles en négociation, il faut trouver un discours de victoire à
la partie adverse. Il faut lui bâtir un pont doré.
Donc, il l'a, là. Donald Trump peut de se
vanter aujourd'hui qu'il est allé chercher des concessions importantes à la
frontière. De toute façon, c'est bon pour le Québec sur les questions du trafic
humain puis du trafic d'armes. Mais, avant de se lancer dans des guerres
tarifaires avec une économie plus de 30 fois la taille de notre économie,
là, j'invite tout le monde à demeurer en mode solution et à diversifier surtout.
C'est ça, le message, ce matin, là. Ça fait trois, quatre fois qu'on
intervient : diversifier nos partenaires parce que tout ça est le fruit de
notre dépendance, notre vulnérabilité qui découle des politiques commerciales
du gouvernement Legault et du gouvernement Trudeau.
Des voix : ...
Journaliste : Outre le fait
de diversifier, vous avez semblé dire que la réponse a été quand même adéquate
de la part du fédéral et de la part du gouvernement Legault aussi. Est-ce
qu'outre le fait de diversifier, de se tourner vers l'Europe, est-ce que la
réponse était adéquate...
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
on aura quand même réussi à éviter les tarifs. Ça nous donne un autre
30 jours. Et, ce qui a été accueilli quand même froidement comme
proposition du Parti québécois, il y a deux semaines, lorsque plusieurs
commentateurs disaient que c'était un peu ridicule ou lunaire de penser qu'il y
a du fentanyl qui passe à la frontière puis qu'il y a un problème à la
frontière, la position du Parti québécois se trouve à être validée aujourd'hui.
Donc, on en est heureux, que ce soit l'approche de travailler à satisfaire les
préoccupations des États-Unis, même si, sur une base relative, ça ne se compare
pas au Mexique.
Journaliste : ...Trudeau a
bien réussi à gérer pour l'instant cette crise-là avec M. Trump?
M. St-Pierre Plamondon : Il
est trop tôt pour tirer des conclusions. Rappelons que cette difficulté-là, à
la frontière, vient du gouvernement Trudeau et de son approche irresponsable à
la frontière. L'absence de diversification de nos échanges vient du
gouvernement Trudeau et du gouvernement Legault, parce qu'on ne s'est jamais
réveillés sur ces enjeux-là au cours des dernières années. Et on ne peut pas
dire que Justin Trudeau a de la facilité à nous représenter auprès de Donald
Trump en ce moment, là, c'est un long historique de relations plus que tendues.
Donc, est-ce que ça nous aide?
En tout cas, avant de tirer des
conclusions sur si ça s'est bien passé ou pas, là, là, on a 30 jours de sursis.
Diversification, diversification, diversification. Je ne veux pas voir
Christine Fréchette et François Legault faire des photo-ops puis des entrevues
au Québec. On veut les voir au Mexique, à Paris, à Londres, sur les marchés
latino-américains ou asiatiques, partout où l'entreprise québécoise a quelque
chose à offrir, pour permettre, sur une année ou deux, un réajustement de
cette...
Journaliste : ...il y a des
Québécois qui sont inquiets, là, notamment pour leur emploi. Ce n'est pas
pertinent, dans ce contexte-là, que les ministres s'adressent aux Québécois?
M.
St-Pierre
Plamondon :Oui, si on s'occupe des
fondamentaux pour protéger notre économie.
Journaliste : Vous venez de
dire : Je ne veux pas les voir faire des entrevues au Québec.
M.
St-Pierre
Plamondon :Bien, ils peuvent en
donner, mais s'ils se vantent d'avoir donné un nombre incalculable d'entrevues
pendant qu'on n'agit pas sur le plan commercial à l'international, il y a une
disproportion ici, là. Je ne dis... je ne dis pas de contraindre le
gouvernement au mutisme. Je dis simplement : Je suis surpris qu'à date,
qu'à ce jour on n'ait pas eu de missions commerciales en place pour pallier à
cette hyperdépendance, qui crée cette vulnérabilité vis-à-vis un président américain
qui est, pour le moins, imprévisible.
Journaliste : Mais
diversifier les marchés, là, ça prend quand même un certain temps. Là, on a 30 jours.
Ce n'est pas en 30 jours qu'on va diversifier nos marchés, là. À court
terme, qu'est-ce qu'il faut faire? Qu'est-ce qu'on peut faire en 30 jours,
là, pour aider les entreprises québécoises?
M.
St-Pierre
Plamondon :Bien, je vais vous dire la
vérité, là, il n'y a pas de solution magique si on veut restructurer notre
économie, là. Ça ne se fait pas en 30 jours, vous venez de le dire. Mais
est-ce qu'on a le luxe d'attendre ce changement, cette réorientation-là pour
équilibrer un peu plus nos billes? Parce que là, on a tout mis nos œufs dans le
panier américain, et ça paraît dans les négociations.
Moi, ça m'a beaucoup frappé de voir les
messages européens, là, dans les derniers jours. Il y a beaucoup de
réceptivité, là, ils nous invitent à venir leur parler. Donc, ce qui prend deux
ans, normalement, là, tu sais, réajuster toute une chaîne de production, des
nouvelles relations, va peut-être pouvoir se faire plus vite, compte tenu que
tout le monde comprend, ici, qu'on est dans des... un contexte assez
extraordinaire. Donc, on ne peut pas faire l'économie de cette démarche-là.
Pour ce qui est des mesures de soutien,
là, on n'est pas là, parce qu'on a justement, cette trêve. Et on a vu quand
même les marchés et les lobbys corporatifs peser lourd, hier, aux États-Unis,
là. C'est-à-dire que...
Journaliste : On ne doit pas
quand même préparer des plans d'aide aux entreprises, même si on a un sursis?
M.
St-Pierre
Plamondon :On peut, sauf que c'est
très difficile de présenter un plan pour un scénario hypothétique quand on ne
sait pas quels secteurs seraient touchés ou pas, là. Donc, on est toujours en
mode... comme le Parti québécois le propose depuis le début de l'année, en mode
évitons les tarifs, c'est perdant-perdant. Vous avez des préoccupations, nous
avons des solutions. C'est ce qu'on vient de réussir quand même, puis on est en
mode diversification. Ça, je ne le vois pas, là, mais on va tomber en mode
diversification, parce qu'il n'y a pas de limite à ces négociations-là si on
est entièrement vulnérables, alors que, si on diversifie un minimum, notre
économie va être capable de trouver un équilibre, là, plus sain à moyen et long
terme.
Journaliste : ...vulnérabilité,
là. Vous parlez de donner des victoires, notamment, à M. Trump. Est-ce que le
Canada, selon vous, est condamné à donner des victoires, à court terme, à
Donald Trump?
M.
St-Pierre
Plamondon :Non, ça ne veut pas dire de
donner raison ou de donner des victoires à Donald Trump sur tout. C'est
simplement d'être conscients que l'escalade, quand on est 30 fois plus
petits, n'est peut-être pas... ne devrait pas être, en tout cas, notre seule
stratégie, d'où l'idée de diversifier rapidement. Puis quand même, hier, on a
vu la réaction assez forte des marchés américains, qui, clairement, n'ont pas
une très bonne opinion de cette stratégie-là. Mais si on veut une solution
durable, il faut également considérer que le gouvernement Trump a un programme,
a fait des promesses et donc veut des... un discours... ce que j'appelle le
pont doré, là, mais veut un discours qui lui permet de dire : Bien là,
finalement, j'ai reculé sur cette histoire de tarifs là parce que j'ai obtenu
d'autres choses, et ce «d'autres choses» là coûte pas mal moins cher qu'une
crise économique généralisée en raison de tarifs exorbitants. Donc...
Une voix : ...
M.
St-Pierre
Plamondon :Pardon?
Journaliste : C'est un bon
coup de M. Trudeau hier?
M.
St-Pierre
Plamondon :À nouveau, je ne dirais pas
ça à ce stade-ci. On pourra faire le bilan de toute cette séquence-là après.
Mais je vous réitère que nous, on a proposé de prendre au sérieux le laxisme de
la frontière, mais, avant de donner des fleurs à Justin Trudeau, c'est parce
que c'est lui, la frontière laxiste. On n'a jamais vu quelque chose de même de
l'histoire du Canada, là, c'était... c'est un gruyère.
Une voix : ...
M. St-Pierre Plamondon : Pardon?
Journaliste : Est-ce que
c'est un bon coup de M. Trump dans ce cas-là?
M. St-Pierre Plamondon : Trop
tôt pour commencer à distribuer... mais je ne suis pas analyste puis je ne suis
pas là pour distribuer des fleurs ou des pots. On a un sursis de 30 jours,
concentrons-nous à diversifier de sorte qu'on ne soit pas dans cet état de
vulnérabilité dans un an ou deux, parce que le mandat de Donald Trump, il n'est
pas sur 30 jours, il est sur plusieurs années, et, dans quel cas, prenons
ça au sérieux. Prenons acte également que, là-dessus, on a vraiment dormi
pendant des années et que là c'est le temps de se réveiller.
Journaliste : Est-ce que ce
n'est pas difficile d'être souverainiste aujourd'hui, là? Parce qu'on parle
d'incertitude. Évidemment, la souveraineté, c'est de l'incertitude, le
référendum, tout ça. Est-ce que ce n'est pas difficile, ça, pour vous? Ça ne
remet pas en question votre... votre... Est-ce qu'il n'y a pas des gens qui
vous disent : Je suis inquiet, là, je ne suis pas sûr que c'est le temps
ou...
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
évidemment, si certains de mes adversaires tentent de faire croire que notre
plan, c'est de tenir un référendum la semaine prochaine, ça peut créer une
incertitude, mais ce n'est pas le cas, là. Le programme du Parti québécois
parle de tenir une consultation quelque part entre janvier 2027 et septembre
2030. Vous remarquerez que le Parti québécois s'est concentré sur proposer des
solutions de manière répétée depuis des semaines.
Journaliste : Trump va être
encore au pouvoir, hein, quand vous...
M. St-Pierre Plamondon : Oui,
mais vous remarquerez que l'action du Parti québécois... on est
indépendantistes et ça ne nous empêche absolument pas d'être en mode solution
quand la situation est critique. Et, si d'autres politiciens comme Jean Charest
ou Marc Tanguay tentent d'instrumentaliser une situation comme celle-là pour
faire de la promotion de l'unité canadienne, alors qu'on devrait en ce moment
se concentrer sur les solutions à court terme pour protéger nos entreprises,
ça, ça les regarde, eux. Mais regardez comment travaille le Parti
québécois : solutions, solutions, solutions. On est présents à chaque
étape, et je pense qu'on fait un travail qui est rigoureux.
Journaliste : Est-ce que vous
sentez quand même une montée du patriotisme? C'est-tu quelque chose...
M. St-Pierre Plamondon : Je
ne sais pas, là. Je pense qu'on a une belle séquence d'achat québécois. Ça
devrait être tous les jours de l'année achat québécois. Je trouve qu'on n'en a
pas fait assez. On constate que le projet de Panier bleu a été un échec. C'est
un peu dommage parce que, si on en avait un...
Journaliste : Moi, je vous
parle : Est-ce que vous sentez une montée du patriotisme canadien avec ce
qu'il se passe?
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
c'est-à-dire que je vois bien que les politiciens canadiens tentent de saisir
cela comme opportunité pour faire du «nation building», là, pour reprendre
l'expression canadienne. Dans les faits, plusieurs des situations actuelles
découlent des pauvres... des politiques pauvres du Canada tant en
diversification des marchés qu'en gestion de la frontière, qu'en gestion de
l'armée et qu'en relations épouvantables de Justin Trudeau à l'étranger, là. Je
veux dire, à part monter ses bas... montrer ses bas de couleur puis faire la
morale à plein de pays de sorte que nos liens sont assez ténus... Tu sais, on
n'a pas un beau bilan diplomatique, ça paraît.
Donc, il faut distinguer, je pense, la
tentative d'instrumentalisation d'un peu tout le monde. J'ai vu plusieurs
chroniqueurs écrire qu'il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. On voit que
plusieurs politiciens ont pris note de ce message-là. Les faits, par contre,
sont têtus à moyen et long terme, là, c'est...
Journaliste : ...de cette
inquiétude-là face à l'option?
M. St-Pierre Plamondon : Non.
Non, non, on a le mandat de travailler puis de livrer la même rigueur, la même
pertinence que d'habitude et on demeure fidèles à notre vision d'avenir d'un
Québec qui rayonne partout dans le monde.
Journaliste : ...les
entreprises, les exportations des entreprises, ça coûterait combien au Trésor
québécois? Et, par ailleurs, vous savez que le Québec a déjà beaucoup investi
dans les relations pour exporter davantage en Chine. Pensez-vous que ce serait
encore...
M.
St-Pierre
Plamondon :...
Journaliste : Hein, c'est
pour ça que je vous pose la question, là, mais pensez-vous?
M. Paradis : Bon. Oui, la
Chine, mais il y a plein d'autres marchés. Il y a un continent, il y a un
continent qui s'appelle l'Afrique, qui est en pleine croissance actuellement et
qui est rempli d'opportunités pour le Québec. L'Europe, c'est sous-exploité
encore. C'est un pourcentage minime de nos exportations, alors qu'on a des amis
qui viennent de nous lancer des signaux en disant : On voit ce qui se
passe, nous sommes ouverts. Alors, c'est ce qu'on disait tout à l'heure, c'est
le temps de se précipiter sur ces offres-là. L'Amérique latine, on a développé
tout un réseau en Amérique latine à travers nos entreprises québécoises, à
travers nos délégations du Québec. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup
d'endroits à explorer actuellement où il y a des opportunités à court, moyen et
à long terme.
Journaliste : Juste sur la
frontière, M. St-Pierre Plamondon, vous dites, là : Ça fait des semaines
qu'on demandait ça. À mon souvenir, votre demande pour sécuriser la frontière
était beaucoup moins importante que ce que le fédéral a annoncé hier.
M. St-Pierre Plamondon : Ah!
c'est vrai que la... nous, on proposait que le Québec se distingue de la
négligence du fédéral. Finalement, le fédéral a repris sur lui de faire un 180 degrés
par rapport à sa négligence des 10 dernières années. Puis, au final,
est-ce que c'est une bonne chose que, grâce à ça, on a évité les tarifs pour au
moins ce 30 jours là? Oui.
Journaliste : Est-ce que vous
reconnaissez que votre demande en termes de sécurisation de la frontière n'est
peut-être pas assez loin, aurait pu être encore plus importante?
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
c'est deux sujets différents, là. Moi, je ne me suis pas adressé au
gouvernement fédéral. J'ai constaté la négligence postnationale de Justin
Trudeau à la frontière depuis des années. Et j'ai constaté également que
l'Alberta, l'Ontario, l'Île-du-Prince Édouard auraient chacun leur tactique et
leurs lobbies simultanément. Donc, attendons, là, n'agissons pas comme si tout
ça est terminé, ce sera un mandat de Donald Trump rempli de rebondissements, et
bâtissons tout de suite les fondamentaux d'un contexte plus stable pour le
Québec. Diversification.
Le Modérateur : On va prendre
une dernière...
Des voix : ...
M. St-Pierre Plamondon : Je
vais prendre les deux.
Journaliste : La négligence
postnationale dont vous parlez, là, c'est dans l'autre sens, c'est du sud au
nord.
M. St-Pierre Plamondon : Ah!
c'est dans les deux sens. Trafic humain, trafic d'armes, trafic de drogue,
organisations criminelles qui passent des gens pour des fortunes, là, ça, ça a
été documenté dans les deux sens, ce qui...
Journaliste : Mais vous, ça
vous inquiétait pour le passage du sud au nord, tandis que là, le problème est
du nord au sud. J'essaie juste de comprendre.
M. St-Pierre Plamondon : Et
dans les deux cas, on a intérêt à sécuriser la frontière plutôt que de traiter
la frontière comme une passoire. C'est ce qu'on dit depuis quatre ans. Il y a
un bénéfice mutuel à gérer correctement la frontière. Mais c'était une
idéologie politique de Justin Trudeau de dire : Il n'y a plus de
frontières, on est postnational, n'importe qui peut rentrer. Qu'est-ce qui est
arrivé? Le crime organisé s'est infiltré là-dedans. Et moi, je préfère
nettement voir le Canada investir des sommes sur ce sujet-là au bénéfice des
deux côtés de la frontière que de payer 20 fois, 30 fois le montant
en répercussions économiques vis-à-vis... On peut être d'accord ou pas
d'accord, là, mais il y a une volonté politique assez claire du côté des
Américains.
Journaliste : ...la même
chose que M. Trudeau, hier.
M. St-Pierre Plamondon : C'est-à-dire
qu'un Parti québécois... je vous en parle depuis cinq ans maintenant, le Parti
québécois aura été... un Québec indépendant surtout aurait été beaucoup moins
versé dans ces dérives-là puis aurait probablement des meilleurs liens avec les
Américains.
Journaliste : ...hier, vous
auriez fait la même concession que M. Trudeau? Vous auriez agi de la même façon
que lui?
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
c'est-à-dire, hier, je n'aurais pas agi comme Justin Trudeau dans l'ensemble de
cette séquence-là, mais c'est vrai qu'on a demandé un renforcement ou à tout le
moins la reconnaissance que ce que les Américains nous demandent, on le prend
au sérieux puis qu'on agit. Puis c'est finalement ce qui est... ce que les deux
paliers de gouvernement ont fini par faire.
Journaliste : Il a bien
fait...
M. St-Pierre Plamondon : À
nouveau, je sais que vous voulez me faire commenter sur le bilan, on fera les
bilans quand cet épisode-là sera terminé. Et je réitère que tout ça est en lien
avec la négligence grossière du fédéral à la frontière et également dans les
relations diplomatiques qui se sont détériorées pour le Canada au cours des
dernières heures.
Des voix : ...
Journaliste : ...convaincre
qu'un Québec souverain aurait été en meilleure posture face... dans une crise
comme celle-là?
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
je ne sais pas si c'est vraiment l'heure pour... Je sais qu'il y a un appétit
chez mes adversaires et dans les médias pour tout de suite faire des bilans ou
essayer de faire la promotion de l'indépendance. Mais je suis convaincu qu'un
petit pays peut tirer son épingle du jeu, et que tu es toujours mieux de
défendre tes propres intérêts. On le voit, là, pour le Danemark, plein de pays
en ce moment qui ont des interactions avec les États-Unis. C'est pour moi plus
simple d'avoir une vraie diplomatie en fonction de tes intérêts. Et, pour
autant, je juge qu'en ce moment on devrait tous être en mode solution par
rapport au contexte actuel. Donc, je ne veux pas qu'on me fasse dire non plus,
tu sais... Mes adversaires cherchent à m'amener sur le terrain du référendum,
comme si le référendum serait... était la semaine prochaine. C'est faux. Et,
regardez bien comment le Parti québécois travaille depuis deux semaines et
demie, on est en mode solution et très conscients qu'à court terme, la
priorité, ce sont nos PME québécoises. Et des solutions, on en a : la
défiscalisation, la diversification, l'accompagnement des entreprises dans
cette transition-là. Et je pense que je veux qu'on soit entendus pour la
qualité de ce travail-là et non pas embarquer dans les tentatives
d'instrumentalisation par mes adversaires d'une situation qui est grave et qui
demande quand même notre attention immédiate.
Le Modérateur : On va passer
en anglais.
Journaliste :
You've mentioned in the last few days,
as a solution, a proposition. It was to create a team Québec. How team Québec
is still a proposition of the PQ? And how it could help to diversify the
markets like in Latin America, Africa or Europe?
M. St-Pierre
Plamondon :
Well,
obviously, if you have the choice between team Canada, a commercial team Canada
that goes in Europe and starts selling products or companies that are not
yours, and that's what happen most of the time, a kind of crowded house with conflicting
interests feels that are not related. If you have the choice between this or an
independent Québec or, at least, a team Québec that really represents our
companies that are there to tell new markets: We have something to offer, can
we do business together given the new context? Of course, you choose a team
Québec, because your companies, your interests will be represented 100% of the
time, not 15% of the time. And that's the interest for me to see the current
government being very proactive on every market instead of just focusing on
internal communications.
Journaliste :
So, right now, they are, you know,
going to the regions, seeing what the concerns are within the companies in
various regions. Do you feel that their resources would be better used working
on the ground internationally? Is that what you're saying?
M. St-Pierre
Plamondon :
I'm
saying that consulting with companies in different fields is a must, but you
can't just do that saying: We'll help you, don't worry, we'll help you. You'll
notice that they never said we'll help you how. And what we want to see is
results in terms of being active abroad to make sure that those companies, they
diversify as soon as possible so that our vulnerability towards the Americans
in those negotiations become more manageable.
Journaliste :
Where exactly should they be going to
diversify the trade-off or the economy right now?
M. St-Pierre
Plamondon :
They
should be very present in Europe because we get signal from European countries:
Come and meet with us because we understand your situation and we're willing to
do more business with you. And then, of course, we need to look at Latin
America, Africa, Asia based on each sector we have in Québec, based on what we
have to offer. But it's important to remember that we're almost at 70% of our
exports towards the U.S. while France has just 1%, the UK, 1.6%. We need to get
those figures more balanced as soon as possible.
Journaliste :
One clarification. You have the
delegations in Québec.
M. St-Pierre
Plamondon :
I'll
have to correct my figures.
Des voix :
...
M. St-Pierre
Plamondon :
Oh,
we got 1.6% up in France and 1% in the UK.
Journaliste :
It's just that you have two delegations
representing the Québec government across the world. You have offices. So,
like, they are doing that job already. What your position is adding? What's the
value added of...
M. St-Pierre
Plamondon :
Getting
your businesses out there. In an emergency mode, just saying: We need to
diversify now, you us that you have an intent to work with us. What are the
synergies? Where can we work together? So, it's really not conventional
business, but really a team Québec. And that's what we need as soon as
possible.
Journaliste :
Just when it comes to the border
concerns, you said that there are certain aspects that maybe aren't being taken
seriously or seriously enough, what do you think should be done more at the
border when it comes to Canada's end of the deal?
M. St-Pierre
Plamondon :
Well,
at this point, I think there's a serious effort to correct 10 years of
negligence at the border. That was an irritation for the Americans during the
Obama era. So, it's not Trump only, it's the Americans for a certain while.
They wanted that, they have a solution now, so let's reevaluate. But let's also
notice that the American markets and the American CEOs of many companies didn't
see the tariff as a very good idea. So, we have space to make sure that we
don't shoot ourselves in the foot.
Journaliste :
When you speak of negligence, just to
clarify, are you speaking just on immigration or on drug trafficking too, when
it comes to Canada toward the U.S.?
M. St-Pierre
Plamondon :
All
of that. We've seen the Roxham episode with human trafficking. And human
trafficking has been an issue. We've seen people die in Akwesasne over the past
years. Arms, firearms entering Québec, so you have many more firearms in
Montréal now that than 10 years ago, because the frontier is not well managed.
And drugs both ways. And on the topic of fentanyl, we need to take into account
that the amount seized is not necessarily representative of the amount that
crosses if you don't put any resource to stop it. So, we have to be careful.
And even if the amount at the northern border is way less than the amount in
Mexico, you don't go to the Americans telling them: Listen, we have a smaller
problem north than you have in Mexico, so just stop your tariffs. At some
point, negotiations are also to give a golden bridge to your opponent, give
them a victory speech so that they can pull out of their initial stance. And,
on that point, the reaction of the markets in the US show us that many
Americans realize that putting those tariffs will hinder both our economies.
So, we need to find other solutions than that. Merci.
(Fin à 10 h 57)