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Point de presse de M. Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones

Version finale

Le mardi 1 juin 2021, 12 h 15

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Douze heures dix-sept minutes)

Le Modérateur : Bonjour, tout le monde. Bienvenue à cette mêlée de presse du ministre responsable des Affaires autochtones, M. Ian Lafrenière. M. Lafrenière va commencer avec une courte allocution sur la découverte des corps à Kamloops. On pourra ensuite prendre les questions. M. Lafrenière.

M. Lafrenière : Oui, merci beaucoup, Mathieu. Alors, bonjour, tout le monde. Merci d'être ici avec nous.

Première pensée, première réaction : c'est choquant, troublant, moment difficile de notre histoire, moment sombre de notre histoire au Québec. Et, comme père de famille de deux jeunes enfants, de 11 ans, 13 ans, j'ai peine à m'imaginer comment les parents ont pu réagir en apprenant ça au cours des dernières heures.

Hier, d'ailleurs, j'étais à Kahnawake avec les élus locaux pour voir le mémorial qui a été fait, un mémorial avec 215 paires de souliers qui représentent les 215 corps qui ont été retrouvés. Et je vous le dis avec émotion, parce que ce n'est pas évident. Ce n'est pas évident pour les familles puis ce n'est pas évident pour le Québec en entier de voir ça, de se rappeler cette période douloureuse.

Hier, j'ai contacté mon collègue fédéral, M. Marc Miller, et on a établi de travailler ensemble dans ce dossier-là. La dernière chose qu'on veut, c'est que les familles, excusez l'expression, fassent la balle de ping-pong entre le provincial, le fédéral. On va travailler ensemble. Et, quand je dis qu'on va travailler ensemble, on va travailler ensemble pour les familles, selon leur volonté, selon leurs besoins. Ce n'est pas à nous d'imposer notre façon de faire. Alors, ça, c'est le message qui est clair.

Par ailleurs, j'ai contacté aussi le chef Picard hier en lui disant notre volonté de travailler avec, par, pour les familles, et de ne pas imposer notre façon de faire. Ça, je trouve, c'est extrêmement important.

On se rappellera qu'au Québec il y a eu six pensionnats. Il y a eu des foyers autochtones aussi. Il y a eu six pensionnats. Il y en a quatre aujourd'hui qui sont en territoire autochtone, deux qui sont en territoire allochtone. Alors, du côté autochtone, on peut penser à Fort-George, avec une résidence femmes… filles, pardon, une résidence garçons, on a Pointe-Bleue, qui est aujourd'hui Mashteuiatsh, on a Maliotenam aussi, qui ont été des foyers… qui ont été des résidences, pardon. Et, du côté allochtone, on a deux endroits, on a La Tuque et Amos.

Notre première pensée, c'est de se dire : Qu'est-ce qu'on peut faire aujourd'hui? Moi, j'ai parlé à des responsables de regroupements de familles, au cours des dernières heures, des dernières minutes. Certains ont déjà la volonté d'aller plus loin, de savoir ce qui s'est passé. On est en responsabilité fédérale lorsqu'on parle des documents qu'on pourrait aller chercher.

Et j'en parle aujourd'hui parce que j'ai entendu des allusions à notre projet de loi n° 79, qui va être déposé au cours des prochaines heures, et, bien que l'idée soit bonne à la base, si on le faisait, ça ne changerait absolument rien. Pourquoi? Une loi provinciale ne peut pas avoir une emprise sur des documents fédéraux, sur des assises légales fédérales. Alors, voilà pourquoi on en a parlé pendant l'étude article par article, voilà pourquoi on en a parlé avec les oppositions. Ça n'a pas été retenu parce que ça ne changerait rien pour avoir accès aux documents.

Ceci étant dit, pour les fouilles, pour la recherche, recherche de la vérité puis savoir ce qui s'est passé, on est ouverts à tout. Il n'y a aucune piste qui a été exclue à ce moment-ci. On travaille activement avec la Sécurité publique, Bureau du coroner, Sûreté du Québec pour voir quelle sera l'approche. Et, une de mes priorités, c'est de voir comment sécuriser les lieux, comment s'assurer, exemple, qu'il n'y aura pas d'autres travaux qui vont être faits sur un de ces lieux-là qui pourraient contenir des corps, malheureusement. Est-ce que j'exclus qu'il y a des corps qui sont enterrés à ces endroits-là? La réponse, c'est non. Je n'ai pas de réponse. Je n'ai pas de confirmation pour vous dire qu'il pourrait ou ne pourrait pas y en avoir.

On l'a toujours dit au cours de l'étude de notre projet de loi, c'est une approche qui est par étapes, une approche qui est étapiste. Alors, présentement, c'est le projet de loi qui nous permet d'aller déverrouiller des informations qui résident dans des documents. Cependant, ce n'est pas une fin en soi, hein? C'est une première étape. Je l'ai dit clairement à la représentante des familles vendredi dernier. Et on n'exclut rien. Si on a besoin d'autres outils législatifs plus tard au cours de nos démarches, on ira…

Mais, vous comprenez, la raison pour laquelle on n'est pas allés vers une enquête publique, c'est fort simple. On se rappellera que l'ENFFADA a fait un supertravail, travail qui était extrêmement important, mais n'a pas été en mesure de remettre de l'information aux familles. Et l'information de base, c'est de dire : Est-ce que les enfants sont vivants ou sont décédés, ils sont où? Ça nous prenait vraiment un outil législatif pour déverrouiller cette information-là. C'est ce qu'on a fait. Mais ça ne nous empêchera pas, plus tard, si c'est nécessaire, d'aller vers une enquête publique ou tout autre outil qu'on aura jugé nécessaire pour donner l'information aux familles, parce que notre but, au final, c'est de donner l'information aux familles.

Je veux terminer en remerciant les collègues des oppositions. On a fait une étude article par article, et, ils pourront vous le confirmer, il y a plusieurs de leurs recommandations qui se retrouvent dans notre projet de loi aujourd'hui. Ça a été vraiment un très beau travail consensuel. On a travaillé ensemble pour le bien des familles, et je tiens à les remercier aujourd'hui pour leur supertravail. Merci beaucoup.

M. Laforest (Alain) : …demander une ordonnance de sécurisation des sites jusqu'à tant qu'on ait pu faire des fouilles, parce que vous avez beau dire : On regarde ce qu'on peut, mais vous pouvez demander aujourd'hui à la cour de statuer puis demander une ordonnance de sécurisation.

M. Lafrenière : Vous savez, dans notre approche, on veut s'assurer qu'on le fait avec, pour les familles, pour les communautés. On ne veut pas prendre une décision pour elles. Voilà pourquoi depuis hier je suis en lien avec les différentes communautés, différentes familles pour voir quel est leur besoin, ce qu'ils veulent. Est-ce qu'ils sont prêts à passer au travers cette étape douloureuse? Parce qu'on va s'entendre, aujourd'hui, là, ça va être une étape qui est douloureuse.

C'est la même chose pour le projet de loi n° 79, la raison pour laquelle on a décidé de ne pas aller vers une enquête publique puis on a dit : Les familles décideront si elles veulent aller du côté des médias, du côté public. On va les supporter. On ne veut pas obliger les familles à passer au travers cette étape-là de façon publique.

Alors, pourquoi on ne fait pas une demande d'arrêt, on ne s'assure pas… excusez l'expression, mais de geler les lieux des six pensionnats? On est en lien avec les familles, avec les communautés. On va voir quelle est leur volonté. Mais je travaille déjà avec la Sécurité publique, Bureau du coroner pour voir comment, justement, sécuriser ces lieux-là, si c'est la volonté de la famille. On parle d'une question d'heures. On est lien avec elles. On veut vraiment que ça soit leur volonté et non pas notre décision.

Une voix :

M. Lafrenière : Absolument pas. On n'écarte pas l'importance de sécuriser ces lieux-là. Je vous l'ai dit tout à l'heure, c'est une de mes priorités. Mais je ne veux rien faire sans le faire avec et pour les familles. C'est la dernière chose qu'ils veulent.

Mme Prince (Véronique) : M. Lafrenière, sauf votre respect, quand vous dites… On dit : la priorité serait de sécuriser… je suis en lien avec les familles. Dans le fond, vous n'annoncez rien aujourd'hui, parce que vous n'annoncez pas d'amendement au projet de loi n° 79, vous n'annoncez pas justement qu'on sécurise de façon officielle puis vous n'annoncez pas d'enquête publique. Ça fait que, dans le fond, vous êtes ici pour nous dire que vous êtes empathique avec…

M. Lafrenière : Absolument pas. Je vais me permettre de vous contredire là-dessus. Le projet de loi n° 79 est une grande avancée. On parle de dossiers des années 50, 60, 70. On est en 2021, et, en tout respect je n'ai pas rien vu, jusqu'à présent, qui a été fait par qui que ce soit pour avancer là-dedans. Alors, vous voyez, je suis en total désaccord.

Cependant, cependant, même si je voulais l'amender, je rajouterais… Parce que ça pourrait bien paraître, hein? Je peux vous faire une belle sortie publique, une belle annonce de communication, en vous disant : On va l'amender. Je le sais, dans mon for intérieur, que ça ne changerait absolument rien. Et moi, je ne ferai pas ça sur le dos des familles. Les familles ont assez attendu. Ils veulent avoir une réponse. Il y a une dame qui m'écrivait pas plus tard qu'il y a trois semaines en me disant : Ma mère va décéder, elle ne saura jamais ce qui est arrivé de son garçon, de son enfant. Je ne peux pas vivre avec ça, moi.

Alors, on commence aujourd'hui avec le projet de loi n° 79. Dès qu'il sera adopté, on va mettre une direction en place. On va les aider. Mais, même si j'amendais mon projet de loi, ça ne changerait rien, parce qu'on parle de dossiers fédéraux, et il n'y a aucune loi provinciale qui a une emprise sur un dossier fédéral.

Alors, ce n'est pas une chicane provinciale-fédérale. C'est juste que, dans le pratico-pratique, pour être honnête, je pourrais mettre de la poussière aujourd'hui, je pourrais mettre de la poudre en disant : Regardez, on va tout changer, ça va tout régler. Puis moi, je ne fais pas ça. Je vends ce qui est vrai. Et, pour les familles, ça ne change rien. Ce qui va changer de quoi pour les familles, c'est ce qu'on s'apprête à faire avec et pour elles. S'il y a un besoin d'aller voir, avec des nouveaux équipements, sur le terrain, qu'est-ce qui est arrivé, si c'est leur désir, si c'est leur volonté, on va les appuyer là-dedans et on va travailler avec elles.

Mme Prince (Véronique) : Mais, si vous dites : On travaille avec le fédéral, justement, le fédéral ne pourrait pas assurer une flexibilité… Parce que vous dites : On n'aura pas accès aux documents, et tout ça, mais, en même temps, le fédéral est pris à travailler avec le Québec. Donc, est-ce qu'on ne pourrait pas justement être plus flexible de ce côté-là?

M. Lafrenière : Votre point est très bon, parce que, justement, dans l'étude détaillée, ce qu'on a dit… Bien que nos lois n'ont pas d'emprise sur les dossiers au fédéral, vous savez qu'il y a un comité de suivi qui a été mis en place pour l'ENFFADA. C'est pour dire à quel point le fédéral veut s'assurer qu'on donne suite à ces recommandations-là. Je verrais bien mal le fédéral venir nous dire aujourd'hui qu'on n'aura pas accès aux dossiers ou aux documents. Vous comprenez? Alors, moi, je crois qu'on va y arriver et qu'on va avoir accès à cette information-là. Mais ce n'est pas vrai que notre outil, notre loi aura une emprise sur eux. Alors, vous comprenez, ça serait une bien belle intention, mais qui n'amènerait absolument rien dans le concret, et notre projet de loi est concret. Il est complètement concret.

Mme Lévesque (Fanny) : Vous l'avez vérifiée, là, cette possibilité-là? Parce que, bon, M. Picard propose ça aujourd'hui. J'imagine que, de son côté, il propose ça, donc il a dû avoir une certaine validité dans le fait d'élargir aux pensionnats… Donc, vous, de votre côté, vous l'avez déjà vérifiée et écartée? Il n'y a aucun mécanisme possible à inclure ça, puis qu'on ait une collaboration avec le fédéral pour avoir accès aux dossiers des pensionnats?

M. Lafrenière : On l'a tellement bien regardée, cette possibilité-là, que, vous regardez, notre projet de loi se termine en 1992 pour l'acceptation des dossiers. Pourquoi 1992? Ce n'est pas une date qui a été sortie au hasard. Le dernier pensionnat au Québec s'est fermé en 1991. On s'est dit : Imaginons un instant qu'un enfant ait sorti du pensionnat, a été transféré dans un hôpital, il a reçu des soins. On s'est laissé une année de plus pour être sûrs de couvrir ces cas-là.

Alors, vous comprenez, quand on présente notre projet de loi… on ne voulait pas échapper de dossiers, parce que, n'oubliez pas, le projet de loi n° 79, ce n'est pas un projet d'enquête. À la base, c'est un projet qui nous donne accès à des documents qui présentement ne sont pas accessibles aux familles. Pourquoi? Parce que, vous connaissez la loi d'accès à l'information, ce ne sont que les parents proches qui peuvent le demander. Nous, on a redéfini la famille. Un cousin, une personne éloignée peut faire une demande d'accès, et on va les supporter. On est venus contourner les principes du… contrevenir, pardon, au principe d'accès à l'information. Pourquoi? Pour aider les familles. On a redéfini la famille aujourd'hui pour leur donner accès à des documents, et nous, on va commencer comme ça.

Mais aujourd'hui, je vous le dis, on n'exclut absolument rien. Et ça n'exclut pas aller sur le terrain avec des nouvelles technologies, combinées au savoir autochtone, parce qu'on sait que la parole a transmis beaucoup d'information. Moi, je suis allé à Amos vendredi. On me disait qu'il y avait de l'information qui circulait. On veut combiner ça avec des nouvelles technologies. Mais la raison pour laquelle je ne vous annonce pas aujourd'hui… Puis la question est de dire : Pourquoi vous ne nous annoncez pas… tambours, trompettes, vous faites un changement? Moi, je veux le faire avec et pour les familles. Je ne veux pas que, le gouvernement, on décide quelque chose sur le dos des familles.

Mme Lévesque (Fanny) : …avec les familles, là, je comprends que vous ne voulez pas aller à l'encontre… puis les consulter, mais comment… Là, les pensionnats, c'est plusieurs dizaines de familles, là. On ne parle pas de… Donc, comment vous voulez consulter les familles, à savoir si elles sont d'accord ou pas à ce qu'on fasse des fouilles sur les sites? Vous allez organiser des consultations? Vous allez parler aux chefs? Quel accord ça vous prend pour aller de l'avant?

M. Lafrenière : La réponse à ce que vous venez de dire, c'est : oui, on va consulter des familles, on va consulter des chefs, les grands chefs. Écoutez, ça fait moins de 24 heures. On commence déjà à avoir de l'information, de volonté de familles… Ce qu'on veut, c'est de faire avec et pour elles… Ce que je ne veux pas faire aujourd'hui, c'est de faire une annonce unilatérale en disant : Nous, le gouvernement, voici ce qu'on a décidé pour vous, c'est ça qui va être bon pour vous. Ce n'est pas ce que je veux faire. On ne parle pas de mois, là, juste mettre ça bien, bien clair. On veut travailler avec elles, mais on veut le faire aujourd'hui, selon leur volonté, selon leurs intentions. Puis, je vous dirais, déjà, il y a certaines familles qui m'ont dit : Laissez-nous un peu de temps pour digérer tout ça. L'annonce, même si c'est dans l'Ouest canadien, a été dure émotivement pour plusieurs. Il y en a plusieurs qui sont sous le choc. Alors, on respecte ça. On va travailler avec elles.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : De votre point de vue, est-ce que Québec doit s'impliquer financièrement dans les recherches, s'il y en a?

M. Lafrenière : Je vous dirais que mon collègue du fédéral m'a déjà confirmé qu'il y avait des sommes qui avaient été octroyées et qui avaient été prévues. Je doute que ces sommes soient suffisantes, parce qu'on a vu ce qui est arrivé du côté de la Colombie-Britannique. L'Ontario a décidé d'emboîter le pas. Honnêtement, la question monétaire, je ne l'ai pas regardée encore aujourd'hui. Pourquoi? Parce que ma priorité, c'est de voir quels sont les besoins. Est-ce qu'on doit s'assurer… puis excusez l'expression, mais de geler le site, de s'assurer de préserver le site pour ne pas qu'il y ait d'autres mouvements? Puis, après ça, comment on le fait avec les familles?

Vous savez, au Québec, on a de très bonnes technologies. On a des gens qui sont avant-gardistes, qui peuvent nous permettre d'aller sonder le terrain. Dans mon ancienne vie, je l'ai vécu à ville Saint-Laurent, dans un stationnement, où il y a de l'information qui circulait à l'effet qu'un enfant avait été enterré sur ce site-là. On l'a vérifié avec des sonars, avec des équipements de haute technologie, puis ça ne vient pas des Américains, ça ne vient pas d'ailleurs, ça vient du Québec. On a la technologie, on a le savoir. Présentement, on veut juste regarder comment on le fait, puis on veut le faire avec les familles, à leur rythme puis selon leur volonté.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Mais, vous, là, dans les discussions avec les familles, est-ce que vous leur dites, par exemple : Moi, je suis prêt à aller demander de l'argent de Québec pour vous assister dans les recherches?

M. Lafrenière : Moi, la dernière chose que je veux parler avec les familles, c'est une question d'argent. C'est à moi de régler ça avec mon collègue du fédéral. Et ce n'est pas pour rien que moi et mon collègue du fédéral, hier, on s'est entendus de travailler ensemble dans ce dossier-là. Parfois, on a des visions différentes, mais, dans ce dossier-là, on va s'assurer que, pour les familles, le cadet de leurs soucis soit une question d'argent ou d'entente entre le provincial et le fédéral. On n'exclut rien. Si on a besoin de fonds, on ira en chercher.

Mais, pour l'instant, ma première priorité, c'est les familles, leur volonté, leur intérêt, et, par la suite, très rapidement, qu'est-ce qu'on fait avec les sites. Je sais, je vous l'ai déjà mentionné, il y a quatre sites qui sont en territoire autochtone. Ça fait qu'encore là je ne débarquerai pas là-bas en disant : J'ordonne que ce site soit préservé. On doit le faire avec les Premières Nations, puis j'en ai quatre en territoire des Premières Nations, deux en territoire allochtone. Alors, rapidement, on va prendre une décision, mais on ne parle pas de mois ou d'années.

Mme Lévesque (Fanny) : Vous allez vous faire une idée cet été, à votre avis?

M. Lafrenière : J'espère le plus rapidement possible, mais, encore là, au rythme et à la volonté des familles.

M. Carabin (François) : Vous avez nommé les pensionnats qui sont toujours en territoire québécois, qui ont été entretenus en territoire québécois. Quelle est la part de responsabilité de Québec dans ce que vous avez nommé un côté sombre de notre histoire?

M. Lafrenière : Je pense que, collectivement, c'est une partie sombre de notre histoire. Aujourd'hui, quand je vous parle du projet de loi n° 79, on remonte aux années 50, 60, 70. On se rappellera que ce sont des jeunes enfants qui étaient transportés dans un centre hospitalier pour recevoir des soins et qui ne sont jamais revenus. Dans certains cas, ils sont décédés… toutes sortes de raisons. Dans d'autres cas, ils auraient même été donnés en adoption sans consentement parental. Alors, il n'y a pas grand monde ici aujourd'hui qui peuvent dire qu'ils ont pris ces décisions-là, mais, collectivement, on a cette responsabilité-là.

M. Carabin (François) : Avant même que vous ayez des nouvelles sur les pensionnats, qu'il y ait des recherches qui soient faites, est-ce qu'il y a des excuses qui devraient provenir du gouvernement du Québec, selon vous?

M. Lafrenière : Vous savez, lorsqu'on présente des excuses, c'est des excuses qui doivent être fondées, qui doivent être senties. Aujourd'hui, on compatit. Je suis de tout coeur avec les familles puis, je vous l'ai dit, ça me déchire le coeur. Hier, d'avoir été sur place à Kahnawake, j'ai trouvé ça extrêmement difficile, en pensant à mes deux jeunes filles.

Vous savez, depuis que je suis en politique, j'ai travaillé sur la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs. J'ai travaillé sur le projet de loi n° 79 pour des enfants. Je vais vous dire, c'est un sujet qui me tient à coeur. Alors, je suis vraiment très touché, très, très, très touché, puis, je pense, tous les Québécois, aujourd'hui, sont renversés d'avoir appris ça.

Avant de présenter des excuses, on devrait savoir ce qui est arrivé, pas parce qu'on ne veut pas le faire, parce que je veux que ça soit des excuses senties, pour une raison qui est très claire, parce qu'on va avoir découvert ce qui est arrivé. Pour l'instant, il y a encore beaucoup, beaucoup de passages inconnus. Et, je vous le dis, c'est important, absolument, et, dans le passé, on l'a fait, on fait des excuses, mais des excuses qui sont fondées, parce qu'on a eu de l'information, non pas parce qu'il y a un besoin de le faire à la hâte.

Mme Lévesque (Fanny) : …je vais vous poser une question… Peut-être que j'ai tort, mais, si on déclenchait une enquête publique, par exemple, comme on vous demande de faire, là, sur les enfants disparus, y compris aux pensionnats, est-ce que ça ne vous donnerait pas des pouvoirs supplémentaires justement pour aller chercher des documents du fédéral?

M. Lafrenière : La question est superbonne, parce que j'ai entendu beaucoup, beaucoup d'entrevues, aujourd'hui, où les gens disaient : Ils ont refusé une enquête publique, et c'est totalement faux. Je l'ai dit à chaque fois, vous pouvez réécouter toutes les séances qu'on a eues en commission, j'ai dit qu'on n'excluait rien.

Cependant, présentement, c'est ce que j'appelle une fausse bonne idée. Les familles ont passé, ont connu l'ENFFADA, qui a fait un superbon travail, mais qui n'a pas donné l'information que les familles voulaient. Pourquoi? Il n'y avait pas l'outil législatif pour émettre cette information-là. Dans certains cas, les familles ont su qu'il y avait des documents, mais ils n'avaient pas décadenassé cette information-là.

Alors, vous comprenez, même si on faisait une enquête publique, je ne répondrais pas à la première question des familles : Est-ce que mon enfant est mort, est-ce qu'il est vivant? C'est horrible, là. On remonte dans les années 50, 60, 70. Je ne peux pas m'imaginer, moi, que j'ai des enfants puis je ne sais pas ce qui est arrivé avec eux. Alors, c'est la première des questions.

Par la suite, selon ce qu'on va découvrir, je vous ai parlé d'adoption sans le consentement parental, si on découvre qu'il y a eu plusieurs cas, puis on découvre une tangente, on va aller au fond des choses. On va se donner les bons outils. Et là la priorité numéro un, ça nous a été mis au visage en 2015 par un reportage qui était fort troublant. On est en 2021. Il faut agir. Il faut agir. Puis, les collègues des oppositions l'ont très bien compris, c'est une première étape, ce n'est pas une fin en soi.

Puis, je vous le répète, je prends l'engagement aujourd'hui, si on a besoin de d'autres outils législatifs, de d'autres outils d'enquête, on va le faire. Dans le projet de loi n° 79, non seulement on va avoir accès à des documents, on se donne un pouvoir d'enquête pour contraindre un organisme, une congrégation religieuse à nous remettre des documents, pour une raison x, y, qu'ils auraient décidé de ne pas remettre. On se donne des pouvoirs… j'oserais parler de superpouvoirs.

Mme Lévesque (Fanny) : …mais ça veut dire que tout ce qui est volet fédéral, pensionnats, vous ne pouvez pas rien faire…

M. Lafrenière : Absolument pas. Ça veut dire que tout ce qui est fédéral, je n'ai pas besoin… Même si j'avais un outil, j'avais une clé passe-partout, je vais l'imager, là, elle ne fitterait pas, elle ne fonctionnerait pas dans ce système-là. Alors, l'outil que j'ai pour décadenasser les documents au Québec, c'est bon partout. Lorsque j'arrive au fédéral, ça n'a pas de gain de force.     Cependant, avec les pouvoirs d'enquête, les pouvoirs qu'on se donne, de commissaires enquêteurs, on va être capables d'aller au fédéral. Et je vous l'ai dit tout à l'heure, mes collègues du fédéral, Miller, Bennett, me rappellent à chaque fois à quel point c'est important de donner suite à l'ENFFADA. Je les verrais très mal me refuser accès à des documents aujourd'hui. Mais vous comprenez que cet accès-là, ce code de décryptage ou de déverrouillage d'une porte, ça ne nous donne rien d'aller le chercher, à part un travail d'image publique. Dans les faits, ça ne changerait absolument rien. Je n'aurais pas force de loi. Alors, je vais y aller de gouvernement à gouvernement, demander à mes collègues du fédéral, et je l'ai déjà fait. J'ai déjà dit qu'on va avoir besoin de leur aide.

Et, vous savez, dans certains cas, pour le p.l. n° 79, certaines familles nous ont dit qu'ils croient que leurs enfants auraient été adoptés du côté de l'étranger. Ça peut être du côté américain. Encore là, mon projet de loi ne servira pas à ça, mais c'est clair qu'on va faire aller nos contacts, nos liens qu'on a avec le gouvernement fédéral américain pour donner réponse à ça. Mais, vous comprenez, mon outil, même si je le faisais… Moi, je n'aime pas vendre quelque chose qui n'est pas vrai. Alors, ça paraîtrait peut-être bien aujourd'hui. Je n'aurais peut-être pas à vous répondre. Mais je sais, foncièrement, dans le fond de moi-même, que ça ne servirait absolument à rien.

Le Modérateur : …passer aux questions en anglais.

Mme Senay (Cathy) : Good day, Mr. Lafrenière. I would like to understand. You spoke with your federal counterpart, Mr. Miller, and you're ready to take the means to make those searches and find out if there are any remains of children in Québec on the sites of residential schools, but you're not ready yet to move, like, to go forward. You're basically waiting for families to give you the green light.

M. Lafrenière : What we said loud and clear: We want to work with families. We don't want to impose our point of view. We don't want to impose our ways of doing things. And this is what the families are asking. You know, Bill 79 will provide all the tools. I made a statement loud and clear: We'll be working with… which is a group…

Mme Senay (Cathy) :

M. Lafrenière : Absolutely, just a second…

Mme Senay (Cathy) : Going back to Kamloops, you say…

M. Lafrenière : Imagine, for a second, I'm announcing today that we'll be digging and searching for bodies in Mashteuiatsh, for example, how the families will react to that. It is for them, so we want to work with them. We've started the contact yesterday. It's only a few hours since I've contacted them. So I want to reach out with families, with groups of families, to see what is the intention, because, for sure, it's going to provoke a real trauma for them, going through what happened years ago. So we want to do that with families.

So I don't agree with the fact that we don't want to do anything. We want to do it with families. We want to do it with the group. We want to do it with different nations, in respect. I don't want to impose my point of view or the way we're doing things. But we're going to use all the tools necessary. And I said, about logistics, about technology that we have in Québec, we can put that with the knowledge of the elders from the First Nations, and together we can solve those mysteries. But I want to make sure this is the intention, this is the willingness of the families. I don't want to impose anything. We're not talking about months, we're not talking about years. But, at the very least, we need to respect families and to listen to them.

Mme Fletcher (Raquel) : …this issue of jurisdiction, where the province can't ask of Ottawa… every time the provincial Government says : Oh! We need to wait for Ottawa, that's code for : Well, we're washing our hands of this.

M. Lafrenière : And that's the reason why I said loud and clear that, yesterday, I spoke with my counterpart, Mr. Miller, and we established loud and clear that we'll be working together on this matter, because the last thing I want is a family to, you know, be playing from one side to the other, provincial, federal, federal saying : You know what, this is on Québec territory, provincial mentioning : We need an authorization from federal…

We need to work together, because that should be the last thing that the families should be worried about, whether it's federal, or provincial, or a different nation… Because I'd like to remember you that four residential schools are still on the land of the different nations. And, for instance, we're talking about the Cree, Innu. So we need to do that in respect of different nations, but this is our problem, this is not the problem of the families. So that's why we need to work together. We want to do that with families, in respect, not talking about months and years, just talking about making sure that we respect them, and federal and provincial will be working together on that.

Mme Fletcher (Raquel) : Are you scared of what you might find?

M. Lafrenière : Am I scared? As a parent of two daughters, I'm already shocked of what I learned in the past hours. Yesterday, I was in Kahnawake and I saw that memorial with all those shoes representing the 215 kids that were found, and it was a tough moment. Imagine families… Once I was there, I met families that… been going through residential schools, and, for them, it was extremely emotional.

So can I confirm you that we won't find anything in Québec? Not at all, not at all. That's the reason why I want to work with families, to see what's better for them. Are they ready for that? Because, actually, you know, if we're starting a search, it's just the beginning, the beginning of the long journey for them. Are they happy with this? Are they willing to do so? I want to do that in respect of families.

Mme Fletcher (Raquel) : I can understand, as a parent, you having a lot of empathy for a child that's been lost, or killed, or died, or disappeared. But are you also afraid, being a representative of a government, a representative of Québec heritage, of what you might find, of what… of the guilt that the Québec nation might…

M. Lafrenière : I'm standing up and I'm facing reality. As you know, I've been the president of a special commission about sexual exploitation of youth. I did present Bill 79, and why that is, you know, those stories have been going on for a long time. Nothing had been done so far, unfortunately. We're taking actions. So we're facing reality. So I'm not afraid of that in terms of, you know what, that could be a responsibility… I'm doing that for kids, doing that for the families, and that's the reason why we've been elected.

Mme Senay (Cathy) : The Opposition is asking for changes for Bill 79. They want to include residential schools. What do you tell them today? What are the…

M. Lafrenière : The same thing I've been telling them for weeks : It's not going to change anything. So I'm not doing a PR job today. I'm not going to say : You know what, we'll put that in Bill 79, that will look good, because, at the end of the day, that will not be respectful for families because they will know this is not true. Our law, in Québec, does not apply to the federal laws.

So, even if I change that in Bill 79, that won't change anything, anything, in the power that we get over the documents on the federal side. So that's the reason why I refused that. It's not because I don't want it. It's because it's not going to change anything. We'll get to that result differently. How we're going to do that? With families, to see what is the intention. If we need different legal tools, we'll get them. Actually, we're the first government taking action, with Bill 79. It happened in the 50s, the 60s. A report went out in 2015, and we're in 2021. Families are waiting for answers. I want to give them those answers.

Mme Senay (Cathy) : …the public inquiry…

M. Lafrenière : If we need so, we'll do. I said that loud and clear numerous times : If we need a public inquiry… but let's begin somewhere. It's easy to throw rocks at us, but we're the first ones doing something. We're the first ones doing something. It happened in the 50s, the 60s, the 70s. Nothing had been done so far, nothing.

Mme Greig (Kelly) : You spoke about families who are still looking for their loved ones. At the same time, you're saying : Some families might not want this to happen because it will literally dig up a traumatic event. It sounded like it's being set up already for there to not be a conclusion to this, because, if some families wanted and some families don't… You don't know what you're going to find, if there's anything to find, and you can't say: Well, we won't dig up your family, but we might look for your family.

M. Lafrenière : It's a notion of respect, and a perfect example of that, it's Bill 79. The reason why we're not doing something public, we want to respect families. Some families don't want to go public. They've been through… with ENFFADA. So it's their decision. So I'm extremely positive on the issue of this case. Why that is, we'll find out a solution to respect families. It's not a matter of, you know, having a vote, and you get 200 families, one is refusing, oh! we're not going to do anything. We're not playing games like that. It's not the issue at all. I just want to do that in respect of families, which means, at the very least, to consult them, how we should do things, are you ready for that.

But it's not a question of voting and blocking, you know, maybe 80% of families because they want to know what happened, and you get 20% refusing. We'll find out a solution. This is exactly what happened with Bill 79. We're respecting all of them. Why that is, because the principle that we get, which is not a public inquiry, respects most of them. And the ones that want to go public because it's important for them, we'll support them with communication, with the presence of medias. So we find out a solution. I'm sure we'll find a solution, I'm extremely positive, because this is in the interest of the families. We need to find out an answer.

Mme Greig (Kelly) : You spoke about how we're finally doing something. I mean, this has been called Canada's national shame. As the Indigenous Affairs Minister, what part do you take of that responsibility, potentially? I know the last residential school closed in 1996, but we are all part of this system.

M. Lafrenière : As a Quebecker, the reason why I'm so shocked about what I learned and what I saw is that all Quebeckers got to pay a responsibility facing that thing. You know what? It happened. This is a part of the history that maybe we don't know enough about. And that's the reason why, with my colleague Jean-François Roberge, we'll change history also in schools. Kids need to know more about First Nations, and this is the beginning of it. This is the beginning of it. And First Nations have been asking that, they've been begging that for a long time. We need to give more, you know, real facts about the history of First Nations. So that's the beginning of it.

So, asking me how I feel about what the discovery showed, I feel horrible today. I feel horrible. I call up all the parents of victims I know to say : You know what, I can't say a lot, but I'm there. But it was horrible, horrible, because I felt that we were to the point of having Bill 79 answering a part, just a part, of those questions, and now you get this in front of you. Just to remember, it's not going to be an easy task, but we're ready for that. It's not going to be easy, I say that loud and clear. That's the reason why Bill 79 will be there for, at the very least, 10 years. Why? Because we want to respect families. It might take time, but we're ready for that.

Le Modérateur : Merci beaucoup, tout le monde.

M. Lafrenière : Thank you so much.

Mme Senay (Cathy) : Vous parlez de six sites ou de… parce qu'on parle de 11 ou 12 pensionnats autochtones au Québec.

M. Lafrenière : Il y a des foyers et il y a des pensionnats autochtones. C'est deux définitions différentes. Des pensionnats autochtones, on en définit six, au Québec, et, des foyers, il y en a plusieurs autres dans des villages nordiques aussi. C'est ça, la différence que je vous dis. Les foyers, vous les connaissez, un qui est à Amos, en banlieue… à proximité d'Amos, pardon, l'autre qui est à Pointe-Bleue, qui est Mashteuiatsh. Uashat-Maliotenam, il y en a un aussi. Fort-George, il y en a deux, un pour les garçons, un pour les filles. Et, après ça, on a La Tuque aussi.

Ça, c'est pour les pensionnats, mais, des foyers, il y en a d'autres à… en tout cas, excusez-moi pour…

Une voix :

M. Lafrenière : Whapmagoostui, merci, mais on a 14 villages nordiques. Il y en a plusieurs, endroits, là, où il y a eu des foyers.

Mme Senay (Cathy) :

M. Lafrenière : Oui, mais il y a eu des foyers aussi.

Mme Senay (Cathy) : O.K.

M. Lafrenière : Ça va? Merci, tout le monde. Merci de votre temps.

(Fin à 12 h 46)

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