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Point de presse de Mme Manon Massé, cheffe du deuxième groupe d’opposition, et M. Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire du deuxième groupe d’opposition

Version finale

Le jeudi 1 avril 2021, 8 h 40

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Huit heures cinquante-quatre minutes)

Mme Massé : Bonjour, tout le monde. Ce matin, je demande à M. François Legault, premier ministre du Québec, de retirer M. Fitzgibbon de son Conseil des ministres. La saga éthique de M. Fitzgibbon a assez duré.  Ce ministre fait encore une fois l'objet d'un manque d'éthique flagrant, et qui plus est, ne semble pas se rappeler de discussions qu'il a eues avec la Commissaire à l'éthique.

Le premier ministre me... nous disait hier qu'il ne pouvait pas faire ça, M. Fitzgibbon était un atout. Un atout? Mais qu'est-ce qu'il ne veut pas voir, le premier ministre du Québec, hein? Quel aveuglement... qu'est-ce qui fait que les déboires de M. Fitzgibbon avec la Commissaire à l'éthique, avec le code d'éthique, les réprimandes, le blâme de la Commissaire à l'éthique... M. Fitzgibbon nous a dit : White Star n'a pas de liens commerciaux avec le gouvernement du Québec. La Commissaire à l'éthique nous dit : Bien, non, il le savait depuis 2018, depuis décembre 2018. Bon, et j'en passe : l'embauche de M. Leblanc, les circonstances, la politique de rémunération à Investissement Québec. Bref, de grandes questions se posent, mais l'attitude éthique ou non éthique, plutôt, de M. Fitzgibbon, est vraiment la question fondamentale.

Et, ceci étant dit, si le premier ministre ne veut pas encore aujourd'hui exclure M. Fitzgibbon de son Conseil des ministres, bien, ça veut dire qu'il le cautionne, ça veut dire qu'il est d'accord avec ses agissements, avec ses manquements. Puis ça, bien, ça pose un problème. Actuellement, là, il me semble que toutes les énergies du premier ministre devraient être mises à combattre la pandémie dans laquelle nous sommes, pas à gérer des problèmes éthiques de son ministre puis à être obligé de répondre de ça. C'est du temps inutilement perdu.

Alors, c'est pourquoi je ne demande pas à M. Fitzgibbon de se retirer. Ça, ça fait des semaines qu'on lui demande. Je demande au premier ministre qu'il retire M. Fitzgibbon de son Conseil des ministres le temps qu'il aille faire le ménage dans ses affaires. Je pense que c'est la moindre des choses que les Québécois et Québécoises s'attendent puisque les priorités, actuellement, du gouvernement doivent absolument être de gérer la pandémie et non pas de s'occuper de l'éthique de son ministre de l'Économie.

M. Nadeau-Dubois : Merci, Manon. Bonjour. Je vais aborder deux sujets avec vous ce matin : d'abord, réagir aux annonces d'hier, puis ensuite vous parlez de ventilation, un sujet dont je vous parle depuis le mois de novembre.

D'abord, ce matin, j'ai envie de vraiment vous livrer le fond de ma pensée. Hier soir, les bras me sont tombés. Mardi, mardi, mardi, le premier ministre, du haut de toute l'autorité morale qu'il a accumulée depuis un an de crise historique, a dit aux Québécois et Québécoises que ce n'était pas nécessaire d'ajouter des mesures. Depuis des semaines, il dit aux Québécois, Québécoises que ça va bien, que le Québec résiste aux variants puis que la troisième vague, on en est protégés. 28 heures plus tard, 28 heures plus tard, retournement spectaculaire et complet, il annonce des mesures de confinement parmi les plus sévères en un an.

Ce qui m'inquiète le plus dans les annonces d'hier, ce n'est pas les enjeux de communication politique de François Legault, c'est l'effet que ça va avoir sur l'adhésion des Québécois et des Québécoises aux mesures de la Santé publique. Comment les gens sont censés suivre? Comment les gens sont censés comprendre? Comment les gens sont censés adhérer aux mesures si le discours virevolte comme une feuille au vent? C'est très grave. C'est très grave, ce qui s'est passé hier soir. Hier, ce que les Québécois puis les Québécoises ont vu, ce n'est pas un gouvernement en contrôle, c'est un gouvernement en retard.

On a appris ce matin… sur un autre sujet, on a appris ce matin, dans un article publié du côté de Radio-Canada, on a appris que Jean-François Roberge avait menti, qu'il avait menti aux parents, qu'il avait menti aux familles, qu'il avait menti au public puis aux parlementaires en disant que son fameux protocole de test de qualité de l'air était approuvé par la Santé publique. Il me l'a dit personnellement, il l'a déclaré au salon bleu. Ce matin, on apprend que c'est faux. Non seulement que c'est faux, on apprend que la Santé publique était en désaccord avec sa méthodologie broche à foin. Le chat sort du sac, donc. Ça vient confirmer les craintes de tout ce qui se fait d'experts scientifiques au Québec. Ça confirme les craintes des profs. Ça confirme les craintes de Québec solidaire.

Ce que Jean-François Roberge a fait, c'est très grave. Il a instrumentalisé la Santé publique pour couvrir sa propre négligence dans le dossier de la qualité de l'air dans les écoles. C'est une erreur grave. Mais la bonne nouvelle, c'est qu'il peut corriger cette erreur-là.

Ce matin, Québec solidaire va déposer une motion pour exiger, comme on l'a fait en novembre dernier, que toutes les classes du Québec soient dotées de détecteurs de CO2 pour qu'enfin on mette fin au stérile débat de méthodologie et qu'on mesure dans chaque classe du Québec si l'air que nos enfants respirent, il est dangereux ou pas. C'est ma collègue Christine Labrie qui va déposer cette motion-là. Et, si François Legault cherche une manière de corriger le dérapage de Jean-François Roberge, il a une chose à faire, voter pour notre motion.

La Modératrice : ...question, sous-question.

Mme Prince (Véronique) : Est-ce que vous allez jusqu'à demander, vous aussi, la démission de Jean-François Roberge? Le Parti libéral l'a demandée.

M. Nadeau-Dubois : Jean-François Roberge, là, il peut démissionner s'il veut, il peut garder sa job, il peut prendre la fin de semaine pour y penser ou une année sabbatique, moi, ça ne me dérange pas. Ce que je veux, c'est que l'air que nos enfants respirent ne leur donne pas la COVID. C'est tout ce qui compte ce matin.

M. Carabin (François) : Sur les annonces d'hier, M. Nadeau-Dubois, qu'est-ce que vous anticipez pour Montréal? Bon, les tendances ne sont pas aussi exponentielles à Montréal, la Montérégie, à Laval. Reste qu'il y a eu des hausses importantes hier. Donc, qu'est-ce que vous anticipez pour les prochains jours? Puis est-ce que le gouvernement devrait prendre une décision d'ici la fin de la semaine, par exemple?

M. Nadeau-Dubois : Les oppositions ne disposent pas des données de la Santé publique. C'est la raison pour laquelle, depuis des mois, quand on nous demande qu'est-ce que le gouvernement devrait ouvrir ou fermer, j'ai toujours fait preuve d'une grande prudence en disant : Je n'ai pas ces données-là, je ne suis pas en mesure de jouer au quart-arrière du lundi matin... ou du dimanche matin pour dire ce que le gouvernement devrait ou aurait dû faire.

Ce que je sais, c'est que la situation est très grave. Puis ce que je sais, c'est qu'en répétant pendant des semaines aux Québécois et aux Québécoises que le Québec résistait aux variants et à la troisième vague François Legault a créé un faux sentiment de sécurité. Il n'a pas le droit aujourd'hui de s'étonner que les choses se détériorent.

La Modératrice : Est-ce qu'il y a d'autres questions en français?

M. Bergeron (Patrice) : Sur M. Fitzgibbon. Vous avez entendu le premier ministre hier dire, grosso modo, qu'il ne savait pas que M. Fitzgibbon avait des investissements, ou il ne s'en rappelait pas, ou il ne le savait pas. Est-ce que cet aveu-là est suffisant pour dire qu'on ne peut pas lui reprocher d'avoir rencontré quelqu'un que son ministre… avec qui son ministre avait des liens financiers?

Mme Massé : Bien, écoutez, je peux bien… oui, à ce moment-là, mais il me semble que, là, il le sait depuis déjà quelques jours. Et, plus que ça, M. Fitzgibbon, lui, sait. À tout le moins, la Commissaire à l'éthique nous dit qu'il le sait depuis décembre 2018. Ça fait que, si M. Fitzgibbon le sait puis il ne l'a pas dit, en plus, à son premier ministre, qu'il l'a peut-être mis dans l'eau chaude une couple de temps avant, bien là, je me pose la question : Jusqu'à quand M. Legault va protéger M. Fitzgibbon?

Parce que c'est de ça qu'on parle, là. Aïe! ce n'est pas rien, là. L'Assemblée nationale a voté un blâme. Il est encore ministre. Il a dit qu'il n'y avait pas de liens commerciaux entre White Star et l'État du Québec. Il y a des liens commerciaux. C'est pour ça. Moi, j'ai fini de m'adresser, de demander, d'implorer la bonne volonté de M. Fitzgibbon de se retirer. Je dis au premier ministre : De garder à côté de vous, tant qu'il n'aura pas fait son ménage, ce gars-là à côté de vous, c'est votre crédibilité qui est en jeu, M. le premier ministre. C'est ça que je dis.

M. Carabin (François) : Est-ce que n'importe quel autre ministre de la CAQ aurait bénéficié du même traitement, selon vous?

Mme Massé : Vous soulevez une bonne question. Hier, j'étais avec les travailleurs, travailleuses des services publics ici, devant le parlement, et certaines d'entre elles sont arrivées à une forme de conclusion que je trouve intéressante. C'est de dire : Pourquoi, nous, là, quand il est temps de nous donner des bonnes conditions de travail, alors que nous, là, on s'occupe des aînés, des enfants, dans des mauvaises conditions, pourquoi nous, on ne mérite pas d'avoir une politique de rémunération variable comme Investissement Québec? Ça fait que les gens, là, sur le terrain, là, ils voient bien qu'il y a quelque chose qui ne marche pas dans cette affaire-là. Ils voient bien qu'il y a quelque chose qui ne marche pas. Ça fait qu'il y a ça.

Puis l'autre élément que je ne peux pas m'empêcher… Tu sais, encore là, il y a eu des femmes qui ont été tassées, dans ce Conseil des ministres là, qui... à ma connaissance, ce n'était pas un enjeu profond d'éthique, là, hein? Ça fait que oui, la question se pose.

Puis quand M. Legault dit que M. Fitzgibbon est un atout, ça nous parle de quoi? On apprend, là, Investissement Québec, on n'est pas capable... c'est de l'argent public, c'est notre argent, c'est l'argent qui pourrait payer nos travailleuses qui risquent leur vie à tous les jours en santé, on n'est pas capable d'avoir les données sur où c'est qu'Investissement Québec met cet argent-là. Il y a de quoi choquer le monde, non?

M. Bossé (Olivier) : M. Nadeau-Dubois, vous parliez de... vous craignez pour l'adhésion de la population. Tu sais, on peut dire : Il aurait dû, il aurait dû. Mais à partir d'aujourd'hui, on fait quoi?

M. Nadeau-Dubois : À partir d'aujourd'hui, j'invite, comme je l'ai fait à chaque fois que je me suis présenté devant ce podium en un an, j'invite les Québécois, les Québécoises, malgré le coup de massue d'hier, à respecter les consignes sanitaires, à donner toute l'énergie qu'il leur reste, malgré les incohérences du gouvernement, pour espérer qu'on en finisse de cette pandémie-là.

Les gens sont épuisés. Les gens sont tannés. L'effet yoyo, là, ce n'est pas juste un problème de coms, ça épuise les gens. Les gens sont épuisés par la valse des confinements et des reconfinements. Et ce que j'ai à dire aux Québécois et aux Québécoises ce matin, c'est : Je comprends que vous êtes tannés, mais, malgré les erreurs du gouvernement, il ne faut pas lâcher, il faut appliquer les mesures sans tirer l'élastique, sans prendre de chance, sans penser que nous, l'exception qu'on va faire, elle va être correcte. Il ne faut pas tomber là-dedans, il faut continuer, il faut respecter l'ensemble des mesures.

La Modératrice : Dernière question en français.

M. Larin (Vincent) : ...M. Fitzigibbon, j'aurais juste aimé savoir, il nous a dit hier, donc, que White Star n'était pas lié au gouvernement, il n'y avait pas de lien financier. Ça se trouve que c'est faux. Il a dit que M. Legault savait pour les liens entre lui et le P.D.G. de White Star au moment de le présenter. M. Legault a dit que ce n'était pas vrai. Je veux dire, ça fait plusieurs fois que M. Fitzgibbon dit des choses qui sont contredites pas longtemps après. Est-ce que c'est des mensonges délibérés de sa part? Vous considérez que c'est des mensonges?

Mme Massé : Écoutez, vous y demanderez à lui, là.

M. Larin (Vincent) : ...

Mme Massé : Oui, bien, c'est parce que moi, je ne suis pas dans sa tête. Mais il y a une chose qui est sûre, pour moi, là... et c'est pourquoi que je prends le focus et je le mets sur le premier ministre, de dire : Écoutez, M. le premier ministre, cet homme en qui vous mettez votre confiance depuis deux ans, bien, regardez depuis... bien, depuis deux ans et demi presque, regardez sa feuille de route. Et sa feuille de route est composée d'un bras de fer avec la Commissaire à l'éthique, qui est notre repère à tout le monde, là. Vous aussi, les journalistes, vous avez un code d'éthique, de déontologie. Bien, nous aussi. La première chose qu'on fait, quand on est élu comme député, l'Assemblée nationale nous présente nos responsabilités, puis il y a le code d'éthique dedans. Bien, pourquoi ils veulent changer le code d'éthique pour faire en sorte d'accueillir plus de monde?

Je vous rappelle une chose importante, M. Fitzgibbon, là, le fonds de White Star, là, dans lequel lui a des parts, là, il est dans un paradis fiscal. Oui, ce n'est pas illégal. Ah! c'est vrai, là-dessus, vous nous avez entendu souvent dire : Ce n'est pas illégal. Mais on peut-u reconnaître qu'alors qu'il y a des femmes qui s'attendent à ce que l'État québécois leur assure des bonnes conditions de travail, pas juste à peu près, parce qu'il faut les garder à l'emploi, parce qu'il faut en attirer des nouvelles, on a un manque... de pénurie, il y a des gens qui n'ont aucun problème moral à mettre de l'argent, à investir de l'argent dans les paradis fiscaux? Moi, ça me pose des problèmes, mais je les pose à M. le premier ministre.

M. Larin (Vincent) : Sur les propos qu'il vient de dire publiquement qui sont contredits, comment vous voyez ça?

Mme Massé : Bien, je trouve ça profondément insultant. Je trouve ça profondément insultant. Quand on apprend que la Commissaire à l'éthique nous dit : Non, non, depuis décembre 2018, il sait qu'il a des liens commerciaux, on s'en est parlé, là, lui puis moi — bien, je ne sais pas si c'est elle, là, mais je veux dire, le département — je me dis : Ces mensonges-là, en bout de ligne, là, ça finit à s'additionner puis, quand ça s'additionne, bien, ça finit à mettre de la crédibilité en cause. Et moi, mon focus, je le mets sur le premier ministre parce qu'il le sait aussi maintenant.

La Modératrice : On va devoir passer en anglais.

Mme Senay (Cathy) : Mr. Nadeau-Dubois, the 28-hours volte-face, stop chrono, there's a problem for you?

M. Nadeau-Dubois : No, I think, Quebeckers... How do we say that? Quebeckers are tired of this pandemic and they are tired by this inconsistency, chronic inconsistency in the governmental message. How are they supposed to follow, how are they supposed to adhere to the measures of Public Health if the public discourse is changing like a leaf in the wind, you know? How is it possible than, in 28 hours, we passed from : It's O.K., to : We have to close down three whole regions? How is this possible?

Mme Senay (Cathy) : What's next regarding this, for you, now that it's done, three cities are in pause and four regions are in red zones? What's next for you?

M. Nadeau-Dubois : Last night, our collective effort to fight the pandemic suffered a severe blow, and the responsibility of that lies into the hands of François Legault and his Government. That being said, what can we do as citizens? Only one thing, there is only one thing we can do. Whatever the mistakes of the Government, whatever the mistakes of François Legault, we have to continue to respect the measures, we have to continue to do our individual part to fight that pandemic. It's the only reaction we can have and it's the best reaction we can have, to show that Government that, even when they do mistakes, as a people we're stronger than that and we're able to fight the virus together.

La Modératrice : Une dernière question.

M. Nadeau-Dubois : Only if you want it.

M. Authier (Philip) : No, I do.

M. Nadeau-Dubois : I was not imploring for a question.

M. Authier (Philip) : I thought Cathy had another one.

Mme Senay (Cathy) : Well, I had but I'll leave you…

M. Authier (Philip) : Oh! OK. Dominique Anglade has called for the resignation of Mr. Roberge over this ventilation thing and, you know, that Public Health did not tell them. What's is your answer to that?

M. Nadeau-Dubois : Mr. Roberge lied, he lied to the teachers, he lied to the parents, he lied to the MNAs, saying that his protocol was approved by the Public Health authorities. It was not true.

Now, does he have to resign? You know, he can resign, he can stay, he can take the weekend to think about it or even take a sabbatical year. Honestly, the only thing that matters to me is that the children in our classrooms are safe and that the air they're breathing does not give them COVID-19. It's the only thing that matters to me this morning.

M. Authier (Philip) : But do you worry about his managing of the Ministry, now, with…

M. Nadeau-Dubois : What Mr. Roberge did is deeply disturbing. He instrumentalized Public Health experts to justify his own negligence. That's a big mistake.

La Modératrice : Merci beaucoup.

(Fin à 9 h 15)

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