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Point de presse de M. Gaétan Barrette, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éthique, et Mme Marie-Claude Nichols, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’affaires municipales

Version finale

Le mercredi 31 mars 2021, 8 h 40

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Huit heures quarante et une minutes)

La Modératrice : Alors, bon matin. Bienvenue au point de presse de l'opposition officielle. Il va y avoir courte prise de parole de la porte-parole en matière d'affaires municipales, Marie-Claude Nichols, ensuite courte prise de parole de notre porte-parole en matière d'éthique, ensuite on va prendre les questions. Vous pouvez y aller.

Mme Nichols : Merci, bon matin. Alors, bien, vous connaissez l'histoire du maire devenu préfet qui est maintenant député pour la CAQ, qu'on entend parler depuis près d'un an pour des histoires de dézonage douteux, de favoritisme, d'octrois de contrats à sa femme, sa fille, ses chums. Donc, bien sûr, on est très préoccupés.

Bien, moi, comme ancienne mairesse, ancienne préfète, je suis très préoccupée par le message qu'on donne dans le milieu municipal et je suis très préoccupée, évidemment, par le message qu'on a ici, à l'Assemblée nationale. Et je fais référence, entre autres, à la Commissaire à l'éthique. Vous le savez, il y a... on a déposé une demande à la Commissaire à l'éthique, et c'est comme si c'était anodin, on n'en tenait pas compte, aucune sanction. Mais, quand on parle de l'UPAC, par exemple, là on réagit. Donc, voilà mes propos. Je trouve ça vraiment dommage que le Commissaire à l'éthique, on ne prenne pas ça au sérieux. Et je vais céder la parole à mon articulé collègue de La Pinière.

M. Barrette : Merci, Marie-Claude. Alors, si j'étais Shakespeare, je vous dirais la phrase connue, mais je vais plutôt faire un pseudo-Shakespeare. Tolérance zéro, c'est-u zéro? Et zéro, c'est zéro ou ce n'est pas zéro? Alors, dans la situation de Pierre Fitzgibbon, je pense que, de toute évidence, il est rendu au point de la transformation en boulet, et sa position, elle a toujours été très claire : lorsqu'il sera un boulet pour le gouvernement Legault, il quittera. Et il ne quitte pas.

Ce qui est le plus troublant là-dedans, c'est que le premier ministre lui-même, et je le répète et je vais le répéter tant qu'il le faudra, c'est lui qui a mis de l'avant un principe cardinal absolument incontournable qui est celui de la tolérance zéro en matière d'éthique et d'apparence de conflit d'intérêts. Et là on est plus que dans l'apparence de conflit d'intérêts. Et M. Fitzgibbon se met dans une position de juge et partie.

Ce qui est relaté ce matin dans les médias n'est pas acceptable, et la situation est telle qu'à un moment donné une décision doit être prise. Si le premier ministre n'est pas capable de la prendre, le ministre de l'Économie devrait la prendre, et si personne ne la prend, bien là, à un moment donné, il y a un enjeu de confiance envers l'institution qu'est le gouvernement du Québec.

Alors, moi, aujourd'hui, là… si vous vous posez la question, oui, nous demandons encore une fois à ce que M. Fitzgibbon se retire pour des raisons qui sont évidentes.

Alors, ça aura pris, comme l'a dit ma collègue il y a quelques instants, l'UPAC pour qu'on retire M. Thouin. Est-ce qu'il va falloir une enquête d'une quelconque autorité auprès de M. Fitzgibbon? On sait aujourd'hui qu'une enquête de la commissaire, ce n'est pas assez. Alors, tolérance zéro, les règles que l'on a à l'Assemblée nationale, rien ne fait, alors, à un moment donné, je pense qu'on a à réaligner les choses. Il en va de la confiance du public envers l'institution, et là on est en train de la briser. Voilà.

M. Laforest (Alain) : Donc, il doit démissionner?

M. Barrette : Bien, écoutez, ça, là, dans tous les cas de figure, tous les cas de figure, M. Laforest, la décision doit revenir au premier ministre. Il y a une personne, il y a un premier ministre au Québec, il n'y en a pas deux. Il y a un chef de gouvernement, il n'y en a pas deux. Il y a une personne qui a pris une position plus que claire, c'était plus qu'un engagement, c'était solennel, ça sera tolérance zéro, et là on n'arrête pas d'avoir des exemples où ce n'est pas zéro. Alors, le premier ministre est en cause aujourd'hui, puis il va l'être à chaque jour, à chaque semaine où le ministre Fitzgibbon va siéger.

Alors, vous ne me ferez pas croire qu'il y a eu une entente commune, comme ça, dans la collégialité qui a fait en sorte que M. Thouin s'est retiré lui-même de son propre chef. Ça, je ne le croirai jamais, puis personne ne le croit. Mais, dans le cas de M. Fitzgibbon, là, à un moment donné, il y a une personne qui est responsable de ça. Le premier ministre est le gardien de ces règles-là, il les a mises en place, il est l'autorité suprême et il laisse passer ça. Bien, à un moment donné, on finit toujours, tout le monde dans la vie, à atteindre et dépasser une limite. On est là.

M. Bergeron (Patrice) : Là, vous êtes en train de dire que vous ne prenez pas la parole du premier ministre quand il a dit que c'était un commun accord, hier, avec M. Thouin?

M. Barrette : Non, je dis que je doute. Alors, je prends sa parole, ça ne m'empêche pas d'avoir des doutes. Et je vous dirai une chose de plus. Avec M. Thouin, là, ça l'aurait mis vraiment dans l'embarras si lui-même avait dit : Louis-Charles, tu t'en vas, parce que, là, automatiquement, ce matin, je serais devant vous en disant : Pourquoi pas Pierre? Hein?

Alors là, il y a eu une gestion interne, là, qui a été faite, puis on va sortir publiquement, puis c'est d'un commun accord, je dis que je doute de ça. Bon, ce n'est pas une question de prendre la parole ou de ne pas prendre la parole, c'est une question de lecture des événements, et les Québécoises et les Québécois qui nous écoutent ce matin, je pense, font la même lecture.

M. Bergeron (Patrice) : ...est-ce que vous doutez du fait que M. Legault dit qu'il n'était pas au courant dans l'affaire Fitzgibbon que c'était... il avait des liens avec l'entrepreneur en question, là, du fonds d'investissement? Est-ce que vous doutez de ça?

M. Barrette : Écoutez, il y a des choses qui doivent être éclaircies. Celle-là devra être éclaircie. Moi, je sais une chose, O.K., dont je ne doute pas, je suis convaincu que M. Legault, quand il a recruté son ami personnel — parce que c'est ça, là, c'est un ami personnel — Pierre Fitzgibbon, quand il l'a recruté, là, je suis convaincu qu'il lui a dit : Pierre, il y a un code d'éthique, là, à l'Assemblée nationale, le code d'éthique implique a, b, c, d, dont tous les conflits d'intérêts personnels. Alors, je suis convaincu qu'il a fait ça. Maintenant, la déclinaison de tout ça, c'est une autre chose.

Ce que je peux dire aujourd'hui, par exemple, c'est que M. Fitzgibbon est entré en politique sachant qu'il était dans une situation éthiquement précaire. Qu'il l'ait dit à son patron, le premier ministre, ça, l'histoire le dira, tel que les langues se délieront un jour. Mais une chose est certaine : à la lumière des divulgations de ce qui apparaît dans les médias aujourd'hui, il n'y a plus personne qui peut invoquer le fait de «je ne le savais pas», aujourd'hui, là. Entre les deux, là, je ne peux pas refaire cette vie-là, je n'y étais pas. Mais je suis convaincu que ça ne se peut pas que le ministre de l'Économie n'ait pas été informé du code d'éthique.

M. Laforest (Alain) : Mais est-ce qu'il y a eu un manquement au niveau du principe de précaution lors de cette rencontre-là à Paris?

M. Barrette : Principe de précaution? Bien, écoutez, c'est toujours la même chose, là. Si vous me posez la question sur le principe de précaution, bien oui! Je veux dire...

M. Laforest (Alain) : ...Pierre Fitzgibbon est cofondateur du fonds, il est avec son cofondateur, puis il y a François Legault entre les deux, puis le premier ministre n'est pas au courant que les deux font des affaires ensemble. Est-ce qu'il y a eu un manquement au niveau du principe...

M. Barrette : Ça m'apparaît assez évident, là.

M. Laforest (Alain) : Ça démontre quoi?

M. Barrette : Bien, ça démontre essentiellement... c'est une belle démonstration de l'attitude de ce gouvernement-là. Je le répète, là, Pierre Fitzgibbon, ce n'est pas compliqué, il est juge et partie, tous ses propos sont de cette nature-là. Combien de fois vous l'avez entendu dire : Bien, moi, écoutez, bien, je considère que je ne suis pas en conflit d'intérêts, je ne suis pas d'accord avec la Commissaire à l'éthique, non, je ne suis pas d'accord... puis là il ne crée pas les règles en question. Écoutez, la meilleure qui a été dite, là, c'est aujourd'hui, là, dans une entrevue, d'ailleurs, c'est dans le journal, où il nous dit : Bien, écoutez, ce n'est pas grave, dans un an, le fonds va être liquidé. Écoutez, là, je veux dire, c'est comme de dire : Vous m'avez pogné, là, mais non, non, non, moi, j'ai des intérêts puis je vais les protéger. C'est je, me, moi, avant au moins l'apparence d'intégrité vis-à-vis le grand public. C'est je, me, moi, juge et partie, et tout ça est cautionné par le premier ministre, cautionné parce qu'il le sait maintenant. Qu'il l'ait su ou pas su, M. Legault, il le sait aujourd'hui. Normalement, l'éthique, c'est action, réaction. Là, il n'y a pas de réaction. Alors, elle est où, la tolérance zéro?

M. Robitaille (Antoine) : ...de M. Fitzgibbon, est-ce que c'est qu'il ne comprend pas ces règles-là, qu'il ne saisit pas ou est-ce qu'il y a une intention... disons de la malversation? Est-ce que c'est un ou l'autre?

M. Barrette : Écoutez, regardez, là, ce n'est pas compliqué, là, il fait passer sciemment ses intérêts personnels avant ceux de l'intérêt de l'institution. C'est simple comme ça.

M. Robitaille (Antoine) : Donc, malversation.

M. Barrette : Malversation, ça veut dire qu'il y a eu une fraude, et ainsi de suite. Ça, je n'ai pas de démonstration de ça. Mais sur le plan du principe, sur le plan du comportement, du contournement, de l'affaiblissement des règles, ça, c'est clair. Ne me demandez pas s'il a fait un crime, je n'ai pas d'évidence là-dessus...

M. Robitaille (Antoine) : Est-ce que c'est fait sciemment? Ma question, c'est plus : Est-ce qu'il y a vraiment une intention de contourner les règles ou c'est quelqu'un qui est tellement enthousiaste dans le monde des affaires, tout ça, qu'il ne pense même plus, là, aux règles?

M. Barrette : Ah! Écoutez, je pense que M. Fitzgibbon est une personne intelligente, je ne pense pas qu'il y ait de faiblesse de ce côté-là. Et une personne intelligente, normalement constituée, qui est au courant des règles et qui décide de passer à côté, c'est volontaire.

Je le répète, là, il n'y a pas un seul candidat recruté à ce niveau-là qui n'est pas informé, lors du recrutement — je l'ai été moi-même — du code d'éthique. Personne, là. Pierre Fitzgibbon, à un moment donné, a regardé ça, là, puis il s'est dit : Je vais réussir à passer au travers de ça.

M. Robitaille (Antoine) : M. Legault vous en avait parlé quand il vous a rencontré?

M. Barrette : Bien, pas M. Legault, là. Je parle... Le code...

M. Robitaille (Antoine) : Bien, il vous a recruté, vous avez été candidat.

M. Barrette : Oui, oui. Quand on est recruté, là, on est informés qu'il y a un code d'éthique, là.

M. Lacroix (Louis) : Mais M. Legault, à cette époque-là, là, quand vous vous êtes présenté pour la CAQ la première fois, là, est-ce qu'il vous avait... Il était chef, lui, là. Est-ce qu'il vous avait parlé de ces règles d'éthique là?

M. Barrette : Ce n'est pas nécessairement les chefs qui recrutent, il y a des équipes de...

M. Lacroix (Louis) : Bien, l'entourage. On comprend, là...

M. Barrette : Bon. Alors, l'entité qui… la CAQ et le Parti libéral… on est informés qu'il y a un code d'éthique.

M. Lacroix (Louis) : Mais à l'époque...

M. Barrette : Oui, oui. La réponse, c'est oui à votre question. La réponse, c'est oui à votre question.

M. Lacroix (Louis) : L'entourage de M. Legault vous avait parlé du code d'éthique?

M. Barrette : Tout à fait. Même chose au Parti libéral. Alors, on ne peut pas plaider l'ignorance.

Alors, à votre question, M. Robillard... Robitaille, pardon, à votre question : Est-ce qu'il a agi sciemment?, pour moi, c'est une évidence. On le sait, ça.

Ceci dit, je vais être fin, je vais être gentil, je vais être magnanime, il ne l'avait pas lu. Bien, à un moment donné, tu le lis en arrivant, là.

M. Larin (Vincent) : Mais, selon vous, M. Barrette, est-ce que l'éthique, l'intégrité de M. Legault, carrément, est remise en question dans ce cas-ci?

M. Barrette : Écoutez, je le répète, là, tout ça, tout ça, lorsqu'il est question d'éthique, de conflits d'intérêts, par définition, remonte au sommet de la pyramide.

M. Larin (Vincent) : Donc, M. Legault...

M. Barrette : Alors, par définition, il est impliqué là-dedans. Par définition, non seulement il est impliqué, mais, comme il s'est présenté, il s'est fait élire beaucoup, beaucoup, beaucoup sur ce principe-là...

Combien de fois a-t-il dit : Avec nous, ça sera intolérable? Combien de fois a-t-il dit : Ce n'est pas juste le conflit d'intérêts, c'est l'apparence; l'apparence, c'est aussi pire que le conflit lui-même? Combien de fois? Il se fait élire là-dessus, alors certainement qu'il a une responsabilité.

Et aujourd'hui, c'est deux poids, deux mesures. Aujourd'hui, là, ça a changé. Rappelez-vous, il y a une semaine, le premier ministre a dit : Bien, moi, je ne vois pas de problème avec l'histoire de M. Thouin, moi, je ne vois pas de problème. Quand l'UPAC embarque, ah! là il y a un problème. Puis il est allé jusqu'à vous dire : Ça a changé. Je vous défie ici, ici, là, quiconque dans la pièce, de me rappeler l'élément qui a changé. Je ne connais aucun corps policier qui va aller voir le premier ministre ou qui que ce soit puis dire : Aie! Savez-vous, il y a une enquête, puis voici les éléments qu'on a trouvés à l'avance. Bien, non, ils ne font pas ça. Alors, il n'y a rien qui a changé depuis la semaine dernière, rien, sauf une enquête policière.

Alors, quand la température de l'eau monte, là on agit. Ça veut dire quoi, ça, comme message au grand public? Tant que vous ne serez pas dans l'eau chaude, on va passer l'éponge, alors que son principe cardinal est : Même s'il y a une apparence de conflit d'intérêts, c'est tolérance zéro. C'est deux poids, deux mesures. C'est François Legault en campagne électorale, François Legault au pouvoir. S'il y a une chose que le public voulait voir, c'est un premier ministre intègre, intraitable, blindé, bulldozant tout ce qu'il y a devant lui pour protéger l'éthique. Qu'est-ce qu'il fait? À la première occasion, à la deuxième, à la troisième, bien, il ne bouge pas.

M. Larin (Vincent) : Selon vous, M. Legault a une éthique douteuse?

M. Barrette : Selon moi, M. Legault a une éthique que je vais qualifier d'élastique, de flexible, d'électoraliste selon l'air du moment. Rappelez-vous que, dans l'opposition, on disait qu'il était girouette, hein? Bien là, il a une attitude vis-à-vis l'éthique qui est un petit peu au gré le vent.

M. Bergeron (Patrice) : Quand vous étiez ministre, est-ce que vous auriez fait confiance à un autre collègue ministre qui vous aurait caché des liens avec une personne que vous rencontrez dans une rencontre qui aurait pu être une rencontre d'affaires?

M. Barrette : Écoutez, moi, j'ai toujours, toujours, toujours fait très attention à ce genre de chose là. Quand j'étais ministre, il m'est arrivé nombre de fois… en fait, pas vrai, nombre de fois, à toutes les fois, toutes les fois, et mon chef de cabinet avait à faire la chose en question, quelqu'un qui arrivait devant moi, devant une situation qui pouvait être qualifiée de lobbyisme, la première phrase que je lui disais : Vous savez, vous êtes, ici, dans une situation de, il y a une loi sur le lobbyisme actuellement, vous devez vous inscrire. Vous le savez, là, je vous le dis, là. Vous avez le droit de venir me voir, mais, si vous venez me voir puis que vous n'êtes pas inscrit, bien, nous autres, on va le voir puis on va vous inscrire. Ça, je l'ai fait, là, c'était systématique. Alors, si j'avais un collègue qui me mettait dans cette situation-là, j'aurais eu la même… bon, ce n'est pas arrivé, là, mais j'aurais eu la même attitude. Puis je n'aurais pas été heureux si j'avais vu une situation comme celle-là.

Maintenant, bon, je ne suis pas le premier ministre. D'ailleurs, merci de me poser la question parce que tout ça ramène encore au premier ministre. Vous me posez une question comme ministre de la Santé. Bien, à un moment donné, là, peut-être que je serais allé frapper à la porte du chef de cabinet du premier ministre pour lui dire : Regarde, c'est parce que je ne veux pas mettre le gouvernement dans l'embarras, puis là je suis dans telle situation. Savais-tu que? Bon, je n'ai pas eu à vivre ça. Mais je peux vous dire que le nombre de fois où j'ai eu à vivre la situation : Inscrivez-vous… et j'ai aussi eu des situations où les gens qui étaient venus me voir n'étaient pas inscrits et ils se sont inscrits, parce que c'est un peu une menace de leur dire : Écoute, si tu ne t'inscris pas, moi, je vais t'inscrire.

M. Lacroix (Louis) : Mais, M. Barrette, sur la photo, la fameuse photo, là, où on voit...

M. Barrette : Oui, elle est très fameuse.

M. Lacroix (Louis) : C'est déjà arrivé dans le passé qu'il y ait eu des chefs de gouvernement, même des premiers ministres qui se sont fait photographier avec des gens du crime organisé sans même savoir qu'ils étaient des gens du crime organisé, tu sais, parce qu'un moment donné tu te promènes, tu es en campagne, tu es dans un événement, puis il y a quelqu'un qui arrive, puis claque, claque, la photo se prend, puis à un moment donné la photo sort, puis tu te rends compte que le gars, il a le plumitif long comme le bras, là.

Alors, vous, vous ne croyez pas à la photo prise par hasard avec une personne dont on ne sait pas nécessairement qui c'est. Vous ne croyez pas en l'innocence de M. Legault sur le fait qu'il peut se retrouver sur une photo où, s'il avait su qui c'était, il ne serait pas allé.

M. Barrette : Est-ce que je vous ai parlé, moi, de la photo?

M. Lacroix (Louis) : Non, mais je vous pose la question.

M. Barrette : Bon, bien, alors là, là...

M. Lacroix (Louis) : Est-ce que vous croyez que M. Legault ait pu se retrouver sur une photo par hasard sans savoir qui étaient les gens à côté de lui?

M. Barrette : Alors, la réponse est assez simple. À votre question, là, c'est bien sûr que ça peut arriver, c'est bien évident. Ils font exprès, d'ailleurs, les gens du crime organisé, c'est comme un trophée, ça, réussir à se faire mettre sur une photo avec un premier ministre. Mais là vous parlez d'une photo à la suite d'un souper qui avait été organisé par qui? Comme par hasard, M. Fitzgibbon, si j'en comprends bien, un souper organisé par une des parties qui est sur la photo.

M. Lacroix (Louis) : Mais lui, il dit que ce n'est pas... en entrevue ce matin, il dit que ce n'était pas lui qui avait initié le souper, c'était son entourage, que c'était...

M. Barrette : Ah! C'est donc... c'est tellement plaisant, hein, ces explications-là. Écoutez, moi, je vous le dis, là, le prochain ticket que je vais avoir, je vais dire : C'est le policier qui allait trop lentement, son radar était désaxé. Regardez, là, il y a toujours une raison, là.

Là, ici, la photo, ce n'est pas la photo le problème. La photo, c'est qu'il y a eu une rencontre d'organisée entre le premier ministre, le sachant ou non, hein, le sachant ou non, et Pierre Fitzgibbon, et son partenaire d'affaires, partenaire d'affaires qui, ça se trouve aujourd'hui par un hasard déconcertant, veut... est inscrit au Registre des lobbyistes du Québec pour solliciter le gouvernement du Québec pour investir dans sa compagnie dans laquelle le ministre de l'Économie est actionnaire, et il nous dit : Il y a un mur de Chine. Aïe, écoutez, là, franchement. La photo, ça n'a aucun intérêt, c'est ce qui a mené à la photo qui a un intérêt. C'est sûr que n'importe quel politicien peut se faire prendre. Mais ce qui a mené à la photo est l'objet de ce dont on parle aujourd'hui.

La Modératrice : On va passer en anglais.

Mme Senay (Cathy) : Mr. Barrette, are you asking for the resignation of Mr. Fitzgibbon? Do you want him to leave his responsibilities of Minister?

M. Barrette : Clearly, today, with all that we know of, clearly, Mr. Fitzgibbon should not sit at the Conseil des ministres. He should not be there.

Mme Senay (Cathy) : Why, do you think?

M. Barrette : Look…

Mme Senay (Cathy) : He lost credibility and the Premier…

M. Barrette : He's losing credibility on a daily basis. He is a person today, as we speak, who is defying the commissioner herself. He's been blamed, he has to correct his own situation. He's not wiling to do so, he said he would not. And now we learn that he has business relations with a number of people who are lobbying this Government, his Government and his position to get funding. The appearances are against him. And because we have a Premier that said time and again it's zero tolerance for everything that comes close to conflict of interest appearances, he should resign by himself.

Now, if he doesn't… and the Premier said time and again, time and again, and again, and again : I will not tolerate that, and he does nothing, well, the same goes with Mr. Legault. It's his own credibility too that's at stake today.

Mme Fletcher (Raquel) : And the Premier has supported Mr. Fitzgibbon.

M. Barrette : I'm sorry?

Mme Fletcher (Raquel) : The Premier has supported Mr. Fitzgibbon.

M. Barrette : Yes. Well, I would say that he's supporting Mr. Fitzgibbon is by not acting. He has decided, Mr. Legault, to not see what the problem is. It was exactly the same that happened a week ago with Mr. Thouin. He said : I don't see where the problem lies. And now that UPAC is involved, oh! Oh! OK, there is a problem. Well, that doesn't work that way. You cannot have something that is an issue on one day and not an issue the other day. And that's what we're facing with this Government today.

Mme Senay (Cathy) : One last question on my part. It will be like a demonstration, around 10 o'clock, of public service, with the negotiations coming to an end with the Treasury Board. How important it is for the Government to have this settlement as we are in the midst of the third COVID-19 wave and the perception for the…

M. Barrette : Yes. Look, in terms of perception, you have people, for this Government, that are not… How do you… How should I say that in English? They don't weigh the same, OK? You have the civil servants, and when it comes close to Premier's friends, it's two different regimes. You let things pass on one side, and you're severe on the other side. That is the way they feel as we speak, they feel that they are not listened to, and they see that in Government there is no problem. Mr. Fitzgibbon, Mr. Thouin, they are listened to, and unless the police is involved, things are fine.

Mme Senay (Cathy) : So, you would have been tougher to get a settlement if you would have been...

M. Barrette : ...when it comes into public negotiations, it's... the worst thing that a government is facing, it's when they are caught in two different situations where they are treated differently from each other, and that's what they will see. They are seeing today, and they will not be happy about that, and that is understandable on their part.

Mme Senay (Cathy) : But the population knows that civil servants, health care workers are exhausted because of the pandemic, saw how much pressure the Government had on its shoulder to find a settlement quick.

M. Barrette : Well, the pressure is getting not… It's not maximal, yet, but it's getting close to that. They will have to move. They will have to budge, and they're not budging. And we'll see. I'm not there, I don't have all the details. I don't have all the proposals. I cannot comment any further on that because, you know, to answer correctly your question, for me, would be to have access to what has been tabled yesterday. You know? Do you know? I don't know why. So, it's hard for me to go any further. C'est bon?

Des voix :

La Modératrice : O.K. Une dernière en français.

Mme Lajoie (Geneviève) : Oui. M. Barrette, j'aimerais juste savoir, comme ancien ministre de la Santé, je sais que, vous, vous avez été vacciné, si je ne me trompe pas.

M. Barrette : Vous ne vous trompez pas.

Mme Lajoie (Geneviève) : Je voudrais savoir ce que vous pensez du vaccin AstraZeneca. Est-ce que, vous, vous seriez prêt... Je sais que vous l'avez été, là, mais vous êtes médecin. Est-ce que vous seriez prêt à recevoir une dose d'AstraZeneca?

M. Barrette : La réponse est oui, catégoriquement. Si, aujourd'hui, je me présentais dans un centre de vaccination et qu'on m'offrait l'AstraZeneca ou le Covishield, là, qui est la même chose, j'accepterais. Dans mon groupe d'âge, je comprends la précaution. Vous savez, aujourd'hui, on est rendus dans une période de consentement. D'accord? La complication qui a été décrite avec le vaccin est quelque chose que l'on voit avec d'autres médicaments. O.K.? Ce n'est pas quelque chose de nouveau et d'inexpliqué. Ce qui est nouveau, c'est qu'à un moment donné on l'a vu arriver pour le vaccin, puis il faut le reconnaître. C'est un problème que, quand on le reconnaît, on peut le traiter. Quand c'est arrivé les premières fois, puis on le voit très bien dans la donnée, c'était difficile pour les gens de faire la connexion. Maintenant, c'est quelque chose qu'on voit en médecine régulièrement avec certains médicaments.

Quand je vous dis : C'est une question de consentement, bien, c'est comme les annonces que vous voyez à la télévision. Vous avez l'annonce d'un médicament, puis là à la fin, on vous dit vite, vite, vite : Ça peut arriver, telle affaire, telle affaire, telle affaire. C'est vraiment la même chose. Alors, cette complication-là existe, on le sait maintenant. Elle est très rare, on le sait maintenant aussi. Alors, on tombe dans le consentement, qui est celui de n'importe quel autre médicament, qui peut entraîner la même chose, mais pour lequel vous ne refuseriez jamais d'avoir le traitement.

Alors là, c'est une question d'information du public. On met beaucoup, beaucoup, beaucoup d'emphase sur la complication qui est sérieuse. Elle est traitable. Maintenant, on informe la population, mais il faut aussi mettre dans la balance le fait que ce soit rare.

Alors, moi, aujourd'hui...

Une voix : ...

M. Barrette : Bien, je vais juste finir ma réponse. Moi, aujourd'hui, si j'avais à recevoir le vaccin puis que j'avais 55 ans, là... je ne l'ai pas, malheureusement, je le prendrais, là, parce que c'est vrai, là, il y a plus de chances de mourir de la COVID que d'avoir des complications telles que celles qui ont été décrites. Puis là ce n'est pas deux pour un, là, c'est énorme, la différence.

M. Robitaille (Antoine) : Quel vaccin avez-vous eu, vous?

M. Barrette : On nous le dit, là, quand on se fait vacciner, là. Le jour où je suis allé, c'était un Pfizer.

M. Lacroix (Louis) : Mais, tu sais, là, ces complications-là, on a commencé à en entendre parler il y a, quoi... il y a deux semaines et demie, à peu près, là...

M. Barrette : C'est ça.

M. Lacroix (Louis) : ...le Danemark est arrivé...

M. Barrette : C'est ça.

M. Lacroix (Louis) : ...puis, après ça, il y a eu d'autres pays qui se sont retirés, qui ont des systèmes de... tu sais, ce n'est pas des... c'est des pays qui ont des vrais systèmes de santé, là, crédibles, là, et qui, eux, ont décidé de prendre un pas de recul, par précaution.

M. Barrette : Ben oui.

M. Lacroix (Louis) : Est-ce que nous, on a trop attendu avant de faire le même geste, alors qu'eux avaient déjà décidé, là, que pour eux, là, le simple fait qu'il y ait des cas rapportés, même si on n'avait pas de preuve, c'était suffisant pour dire : On prend un pas de recul? Nous, on a continué pendant deux semaines et demie à l'administrer.

M. Barrette : Non. Moi, je dis non à ça parce que… posez-vous la question, là. C'est arrivé au Danemark. Ça aurait pu arriver au Québec. On aurait fait la même chose. C'est tellement rare que ça a pris des millions de personnes d'injectées avant de la voir, la complication. On ne l'a pas trouvée, la complication, parce que, dans un protocole de recherche, ça se fait avec 30 000, 40 000, 50 000 personnes. Si vous avez une complication qui arrive un sur un million, les chances que la voyiez, la complication, quand vous faites un essai clinique sur 50 000 personnes, sont très faibles.

Alors, on l'a vue apparaître en quelque part, à un moment donné, par hasard parce qu'on était rendus dans un assez grand nombre. Maintenant, quand ça, ça arrive, là il faut se poser la question : Est-ce qu'il y a un lien, pas de lien, et ainsi de suite? Puis là il y a une démarche scientifique qui a été mise de l'avant puis qui a été faite correctement. C'est tellement beau, cette affaire-là, entre guillemets, ça devrait augmenter la confiance du grand public dans la science.

Maintenant, après ça, on tombe dans la politique, politique au sens... Écoutez, là, moi, je suis l'entité publique qui vaccine, c'est ma responsabilité, si je n'ai pas tout compris, d'être prudent, donc je le retire. Mais on l'a retiré avec des pincettes. Pour en arriver où? Pour en arriver à dire à la population : Le vaccin marche. Il y a des complications, oui, une qu'on n'avait pas vue, elle est rare, on vous informe. Mais, en attendant, compte tenu de l'émotion que ça suscite, bien, au moment où on se parle, on va recommander de ne pas le donner dans le groupe d'âge où c'est arrivé le plus souvent. Ça, c'est tout correct. Ce qui...

M. Lacroix (Louis) : Mais on a quand même attendu deux semaines et demie pour arriver à la même décision et au même raisonnement que d'autres pays d'Europe ont mis de l'avant.

M. Barrette : Alors là, je vous corrige, O.K.? Les pays européens auxquels vous faites référence, vous pourriez poser la question différemment : Ont-ils fait preuve d'excès de prudence? L'Agence européenne du médicament, qui est l'équivalent du CDC, a étalé dans un sens, est revenue dans un sens et retourne dans l'autre sens. Alors, ça vous montre la valse hésitation qui est obligatoire dans une... pas obligatoire, mais qui n'est pas surprenante dans une situation comme celle-là.

Il n'y a pas de chasse au bouc émissaire à faire ici, là. Les Européens, là, ils ont dit : O.K., on l'arrête. Bon, finalement, on a regardé la donnée, c'est correct, et là on pense que peut-être qu'on pourrait continuer à. Et là, aujourd'hui, on est rendus à : O.K., c'est bon au-dessus d'un certain âge puis c'est peut-être plus risqué en bas d'un certain autre âge. Moi, aujourd'hui, je trouve que les choses ont été faites correctement. Et, compte tenu de la donnée qui existait... Vous savez, le Canada, là, il ne les avait pas, ces données-là, là. Il y a eu 37 cas au début, là. Il n'y a personne, au Canada, qui avait 37 dossiers cliniques dans les mains, là, pour déterminer s'il y avait un lien de cause à effet. Il n'y a personne qui avait ça au Canada.

Alors, c'est sûr qu'on fait confiance à nos collègues sur la planète, et la démarche qui a été mise en place est celle que vous connaissez, et la conclusion qu'on tire aujourd'hui. Moi, je vais vous dire une chose : si arriver au vaccin en dedans d'un an a été un exploit technologique, la réaction en deux semaines de la planète face à la survenance de cette complication-là, aïe, je vais vous dire une affaire, là, bien, c'est une maudite belle démonstration qu'en science on est capables d'agir correctement.

Alors, aujourd'hui, là, moi, je n'ai pas de critique, là, à faire envers le Canada ou qui que ce soit qui aura eu, pendant deux semaines, trois semaines si vous le souhaitez, une hésitation. Mais la conclusion à laquelle on est arrivés aujourd'hui m'apparaît tout à fait raisonnable. Et je vais même vous dire une chose : c'est très possible que, dans un mois, on ait des données qui nous demandent d'aller encore plus loin.

Alors, aujourd'hui, à la question de Mme Lajoie, est-ce que je me ferais vacciner avec l'AstraZeneca, à mon âge, aujourd'hui, la réponse est un oui catégorique parce que le danger de la COVID pour mon groupe d'âge est infiniment plus grand que celui de la survenance de la complication. C'est aussi simple que ça, là.

Mme Lajoie (Geneviève) : M. Barrette, juste une petite dernière. Là, il y a quand même beaucoup de gens qui refusent encore de se faire vacciner. Est-ce que, vous, vous seriez pour la vaccination obligatoire, M. Barrette?

M. Barrette : Bon, écoutez, la réponse à ça, elle est très simple, là. On vit dans un État de droit, et ce que je souhaite ne peut pas nécessairement se réaliser. Alors, il n'y a aucun intérêt pour moi de le souhaiter.

M. Lacroix (Louis) : Ça fait que ça veut dire oui, dans le fond.

Des voix :

M. Barrette : Sur ce, je vais m'en aller. Je ne vous ai pas dit ça. Vous ne pouvez pas écrire ça.

Journaliste : La réponse est simple.

M. Barrette : Je suis toujours clair, moi, vous savez. Je ne vous ai as dit ça. Vous ne pouvez pas écrire ça. Bonne journée.

(Fin à 9 h 13)

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