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Point de presse de Mme Dominique Anglade, cheffe de l’opposition officielle

Version finale

Le mercredi 24 mars 2021, 8 h 20

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Huit heures trente-quatre minutes)

Mme Anglade : Alors, bonjour. Bonjour, tout le monde. Plusieurs points que je souhaite aborder avec vous avant de prendre vos questions.

D'abord, on va commencer avec, évidemment, la pandémie. Il est clair que lors de la première vague, le gouvernement n'était pas prêt à affronter ce qui s'en venait. Et je rappelle que, lors de la deuxième vague, le gouvernement également n'était pas prêt à l'affronter. Et, entre la première et la deuxième vague, on a constaté qu'il y a eu 5 000 décès de plus.

La deuxième vague a non seulement dévoilé le manque de préparation du gouvernement, mais aussi le problème de transparence et de cohérence. Depuis quelques semaines, il y a eu des mesures d'allégement qui sont annoncées tous les jours, mais c'est vrai qu'il y a une crainte légitime de recrudescence des cas qui pourrait mener à une troisième vague, comme on le voit dans certains pays.

Le Québec n'est pas une île. Hier, dans les propos du premier ministre, il disait que le Québec continuait de résister. Ça me lève simplement le drapeau rouge, et je me rappelle qu'au mois d'août dernier le premier ministre disait : On est prêts, on sait que tout est en marche et qu'on va être prêts à affronter une deuxième vague.

Aujourd'hui, ce que je demande au premier ministre, c'est de s'assurer que nous soyons prêts pour une éventuelle troisième vague et de nous dire quels sont tous les mécanismes qui sont en place et les différents scénarios. Je rappelle que nous n'avons toujours pas eu de scénario par rapport aux variants pour les prochains mois. Je réitère cette demande. Il faut que nous soyons prêts, au cas où il y ait une troisième vague.

Demain, c'est jour de budget. Un des enjeux fondamentaux par rapport à la situation dans laquelle on se trouve, c'est évidemment le problème de pénurie de main-d'oeuvre. Et j'aimerais citer le premier ministre. En août 2018, il disait la chose suivante : «Quand on me dit que le plus grand défi économique est la pénurie d'employés, je ne suis pas d'accord. La plus grande pénurie qu'on a, au Québec, c'est des emplois payants.»

Il y a une expression qui dit que la meilleure façon de ne pas manquer le train, c'est de prendre le précédent. On est en train de voir que, déjà, lorsque le gouvernement est arrivé, la préoccupation de la pénurie de main-d'oeuvre n'était pas au rendez-vous. François Legault maintient encore que sa priorité, c'est vraiment les emplois payants.

Demain, c'est un test de vision. Peu importe ce qui nous sera présenté d'un point de vue économique, la vraie question, c'est : Comment est-ce que nous allons faire combler tous les emplois qui manquent? Il y a eu un rapport qui a été publié par l'institut de la statistique... l'Institut du Québec qui montre bien à quel point nous avons des enjeux par rapport à ça. Alors, que vaudra le budget si personne n'est là pour occuper les postes vacants partout au Québec et plus spécifiquement dans nos hôpitaux et dans nos CHSLD?

Il y a un élément qui ressort de manière très claire et forte dans le document qui a été déposé, et le rapport le souligne, il dit : «Ça veut dire qu'au-delà des enjeux d'adéquation et de formation en santé il manque tout simplement de bras.» Alors, quand on parle d'un test de vision demain, je présume qu'il va y avoir des éléments très forts par rapport à la question de la pénurie de main-d'oeuvre.

Troisièmement, je ne peux pas ne pas parler évidemment de la question d'éthique qui a été soulevée hier. Encore une fois, je suis très surprise que le premier ministre ait pu dire qu'il se remettait à la Commissaire à l'éthique pour respecter les institutions par rapport au député Thouin. C'est la même Commissaire à l'éthique qui a porté deux blâmes contre le ministre Fitzgibbon, le ministre de l'Économie, et qu'il n'y a eu absolument rien de fait, sinon un cautionnement total de la part du premier ministre par rapport au manquement éthique du ministre de l'Économie. Encore une fois, la tolérance zéro a laissé sa place à une complaisance totale, maximale de la part du gouvernement.

Finalement, évidemment, la question des N95, il y a un jugement qui a été porté. La cour a tranché. Depuis le début de la pandémie, vous entendez des gens dire qu'il ne manque pas de matériel... qu'il manque du matériel, plutôt, qu'il manque de l'équipement, des gens qui se sont plaints pour dire qu'on ne les a pas suffisamment protégés. La cour a tranché pour dire : Effectivement, c'est le cas avec les N95. À partir d'aujourd'hui, ce qu'il faut, c'est qu'on mette tout en place pour protéger la population, pour protéger les employés. C'est extrêmement important. Et on a entendu le premier ministre nous répéter ad nauseam qu'il n'y avait pas manqué d'équipement, qu'il n'y avait pas manqué de matériel, qu'on a su protéger les gens. Le juge a tranché, et encore une fois je pense que le message a été très clair qu'on a une responsabilité de devoir protéger nos employés.

M. Pilon-Larose (Hugo) : Mais qu'est-ce que ça dit sur l'INSPQ? Parce que le gouvernement a aussi souvent répété qu'il se basait sur les recommandations de ses experts. Le juge Bouvier, finalement, tranche autrement. Demandez-vous des explications de l'institut?

Mme Anglade : Bien, écoutez, ils ont maintenu... l'INSPQ a maintenu leur position, mais je rappelle aussi que le gouvernement a dit qu'il a été plus loin que les avis de la Santé publique, dont on a vu seulement un échantillon qui a été déposé dans les dernières semaines. Mais, «il a été plus loin», de quelle manière il a été plus loin? La réalité, c'est que, si vous étiez collé sur la réalité terrain, vous saviez, à ce moment-là, qu'il manquait de matériel, vous saviez, à ce moment-là, qu'il y avait véritablement des enjeux. Et le juge a tranché parce qu'il a entendu plusieurs experts. Donc, la responsabilité du gouvernement aussi, c'est de trouver... il y a l'INSPQ, mais de s'assurer qu'il entende toutes ces voix-là pour prendre les décisions.

M. Pilon-Larose (Hugo) : Mais la décision à prendre pour les semaines à venir, là, est-ce que c'est de fournir un N95 à tous les employés en CHSLD qui...

Mme Anglade : Bien, je pense que le jugement a force de loi, et ça envoie un message très clair sur ce qui risque de se produire pour les semaines à venir. Alors, moi, j'invite sérieusement le gouvernement à s'assurer qu'on va protéger l'ensemble des employés avec des N95.

M. Lacroix (Louis) : Quel est le niveau de confiance que vous avez à l'égard de l'INSPQ à la suite de ce jugement-là? Parce que le juge est assez sévère, là, à l'égard des experts, d'un expert en particulier. Quelle est la fiabilité qu'on peut donner à cet organisme-là à la suite d'un jugement semblable?

Mme Anglade : Bien, vous posez une bonne question par rapport à l'INSPQ, mais je pense qu'il y a des gens qui font leur travail à l'INSPQ, M. Lacroix, cela dit. Dans le cas qui nous occupe, lorsque vous avez des signaux... Une pandémie comme celle-là nécessite quoi? Nécessite de ne pas avoir des oeillères, nécessite d'avoir un esprit ouvert puis de se dire : Tu as l'INSPQ, tu as des experts, tu as des employés sur le terrain, tu as la population qui t'envoie un message. Tu as la responsabilité de regarder l'ensemble de ce qui se produit et de prendre des décisions en conséquence.

Alors, la question, là, on l'a posée. Donc, je ne suis pas l'INSPQ, mais je me suis levée en Chambre pour poser des questions par rapport au matériel qui manquait. On s'est levés en Chambre pour poser des questions par rapport à la protection, de ce qu'on entendait sur le terrain. Donc, la responsabilité du gouvernement, c'est de regarder l'ensemble de ces commentaires-là.

M. Lacroix (Louis) : Je comprends, mais vous dites, avec raison, qu'il faut se fier à la science.

Mme Anglade : Absolument.

M. Lacroix (Louis) : Vous vous fiez à nos scientifiques, là. Or, nos scientifiques, le jugement démontre qu'il y a au moins deux scientifiques qui ont erré puis qu'il y en a un qui... il a dit : Ah! bien, moi, je n'avais pas lu les dernières études, puis là... Alors, est-ce qu'on peut encore se fier à cette science-là?

Mme Anglade : Bien, la science est plus vaste que l'INSPQ. C'est ça, mon message. La science, là... Tu as des experts, à l'INSPQ, mais ce que dit le jugement, également, c'est qu'ils ont consulté plusieurs experts qui ne maintenaient pas le même discours. D'où la responsabilité gouvernementale, évidemment, d'écouter l'INSPQ, mais d'écouter également les autres experts qui se prononcent sur cette question. Et nous avons beaucoup d'experts, au Québec, qui sont capables de lever des signaux.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Pensez-vous qu'il y a de l'ingérence politique à l'INSPQ?

Mme Anglade : Je n'ai pas de... Je ne pourrais pas répondre à cette question-là.

M. Larin (Vincent) : Mais, Mme Anglade, dans un contexte où ça fait des mois que le gouvernement base ses décisions sur l'INSPQ, sur l'expertise qu'il y a là, la décision d'hier, ce n'est pas de nature à, justement, ébranler la confiance du public envers toute la gestion de...

Mme Anglade : Bien, vous avez raison de soulever la question par rapport à l'INSPQ, en effet. Mais, encore une fois, il n'y a pas que l'INSPQ. Nous aussi, on soulève des questions par rapport aux décisions qui ont été amenées par l'INSPQ en disant : Bien, il y a tel expert qui se prononce, il y a tel expert qui se prononce. Il devrait y avoir plus de personnes autour du premier ministre qui soient des experts qui se prononcent, on devrait avoir une idée très claire de ce que dit la Santé publique, de séparer les avis publics. On le dit depuis le début, on le martèle. Ce que ça reflète, c'est qu'on ne peut pas uniquement se fier, dans un temps de pandémie, à une seule voix. Il y a plein de voix à entendre, et ils ont fait le choix de regarder de manière très... de regarder les choses de manière... en tunnel, en tunnel.

M. Lavallée (Hugo) : Concernant le budget, donc, votre seule attente ou, en tout cas, votre attente principale, c'est vraiment la main-d'oeuvre? Il n'y a pas autre chose?

Mme Anglade : Non, non, non, on ne peut pas dire ça comme ça, «la seule attente». On a précisé... La première chose que je vous dirais, c'est que c'est un test de vision. C'est un test de vision, le budget. Comment est-ce que le premier ministre voit le Québec au sortir de la pandémie? Parce qu'on souhaite que l'on sorte tous de cette pandémie-là dans les prochains mois, les prochaines années. Alors, c'est un test de vision. Deuxièmement, on a fait des demandes bien spécifiques qui ont été présentées à quelques reprises, qui vous ont été présentées à quelques reprises.

Ce que je dis par contre, c'est que le premier ministre a répété ad nauseam que la priorité, c'est les emplois payants. Il l'a répété encore la semaine passée à plusieurs reprises : les emplois payants. Aujourd'hui, on a un rapport, encore une fois, sur la question de la pénurie de main-d'oeuvre. J'étais dehors, moi, avec les personnes pour les garderies, j'étais... On voit à quel point l'enjeu, c'est bien au-delà de la question des emplois payants. On a une pénurie de main-d'oeuvre avec des milliers de personnes qui manquent. J'imagine que dans le budget on va voir un élément qui est associé à ça.

M. Carabin (François) : Sur les garderies, justement, Mme Anglade, ce matin, le ministre Lacombe a remis un peu encore la responsabilité sur le précédent gouvernement. Lui, sa responsabilité, dans les 50 000 places qui manquent actuellement, c'est quoi?

Mme Anglade : Bien, elle est quand même significative, parce que le ministre Lacombe, c'est sous son gouvernement qu'il y a eu un manque aussi criant. On n'a jamais eu un manque aussi criant. On était rendu à 42 000 places qui manquaient, lorsqu'ils sont rentrés au gouvernement, c'est la première fois qu'on monte de manière aussi élevée. Pourquoi? Aussi parce qu'on a eu des centaines de milliers de... des centaines de milieux de service de garde familiaux qui ont dû fermer parce qu'il y a eu des changements au niveau de la réglementation. Ça, là, dans les régions du Québec, là, partout dans les régions du Québec, tous les milieux familiaux qui ont été fermés, là, c'est vraiment désastreux, parce que, pour aller les réouvrir après, c'est très problématique.

Alors, ça, là, ça ne s'est pas passé, là, dans les gouvernements précédents, là, ça s'est passé, là, dans les derniers mois, dans les dernières années. C'est là que ça s'est passé. Il a une responsabilité. Et ce que j'ai entendu de la part des familles aujourd'hui, c'était de nous dire : C'est bien beau, là, dire un plan, etc., à long terme, on a besoin de régler le problème à très court terme. Les bébés qui sont là, là, dans un an, là, ils sont déjà à une autre étape de leur vie, il faut s'en occuper maintenant. Alors, on va attendre de voir les mesures très concrètes qui vont être faites dans le budget.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : ...du fait que les... Là, j'avoue que je n'ai pas vu ce matin, là, mais j'ai l'impression que c'étaient majoritairement des femmes qui étaient là, qui étaient à la manifestation. Puis celles qui sont prononcées sur les réseaux sociaux, qui craignent de ne pas pouvoir retourner au travail, c'est majoritairement des femmes. Qu'est-ce que...

Mme Anglade : Qu'est-ce que ça veut dire?

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Oui.

Mme Anglade : Il y a toute la question de la pandémie, là, à... Alors, j'aimerais d'abord dire que... excusez-moi, d'abord dire que, dans les garderies, dehors, il y avait quand même des papas, hein, des papas qui étaient là puis qui disaient justement que les papas ont aussi besoin de se mobiliser par rapport à ça parce que ce n'est pas un enjeu de femmes, c'est un enjeu de société.

Par rapport à la pandémie, on sait que les femmes ont été frappées trois fois plutôt qu'une dans la pandémie, et là ce que l'on voit, c'est un recul. Il y avait une dame aujourd'hui qui me disait : Moi, j'ai été élevée par une mère infirmière qui a travaillé toute sa vie, puis moi, j'ai eu le droit à... j'ai pu avoir les services de garde dont j'avais besoin. Puis là elle dit : L'ironie du sort, c'est que, maintenant, j'ai un bébé, puis je ne sais même pas si moi, la génération qui suit ma mère, je vais être capable d'avoir accès à des services... à des services de garde. Ça, là, cette phrase-là, c'est un recul pour les femmes. Ça illustre le recul pour les femmes. Et je pense qu'il faut en être pleinement conscients puis se dire qu'il va falloir qu'il y ait des mesures très concrètes qui soient présentées dans le budget pour qu'on soit capables d'aller de l'avant.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : ...juste poser une question sur Joliette, sur les dénonciations ce matin de...

Mme Anglade : Ah! sur Joliette.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Sur Joliette, oui, excusez. Celui qui est passé avant vous, le chef du Parti québécois, a évoqué l'idée d'avoir un processus de plaintes distinct pour les autochtones. Est-ce que c'est une idée qui vous apparaît intéressante?

Mme Anglade : Il y a un rapport qui a été présenté, le rapport Viens. Il y a tellement de recommandations à mettre en application. Il y a tout un processus qui a été mis en place pour trouver des mesures bien spécifiques sur l'éducation. Moi, je pense qu'il faut qu'on regarde le rapport puis qu'on mette en place les mesures qui ont été proposées, les recommandations qui ont été proposées.

Est-ce que c'est un processus de plaintes indépendant? Je ne me souviens pas que ça fasse partie du rapport. Puis je peux me tromper parce que ça fait un... je peux me tromper, je pourrais aller le relire, mais je ne me souviens pas que ça fasse partie du rapport. Moi, je pense que c'est ça. Et ce qu'on voit là, ce qu'on voit là, à Joliette, quand on parle de racisme systémique, bien, c'est ça : tant et aussi longtemps que tu ne reconnais pas puis que tu penses que ce sont des problèmes qui sont isolés, bien, tu vas avoir de la difficulté à trouver une réponse à ces problématiques-là.

M. Lacroix (Louis) : Sur les féminicides, Mme Anglade, vraisemblablement, on nous annonce, là, qu'il va y avoir Mme Guilbault et Mme Charest, j'ai l'impression, tout à l'heure, à 9 h 40, que ce sera le sujet de leur intervention. Hier, M. Legault a dit qu'il voulait mettre en oeuvre l'ensemble des recommandations du rapport. Est-ce que c'est suffisant? Est-ce que ça va assez vite? Est-ce que c'est suffisant? Qu'est-ce qu'il faut faire? Parce que, là, on est sept en sept, là, ça n'a pas de bon sens, là.

Mme Anglade : Je ne peux pas vous dire à quel point tout ça me trouble profondément. Vous avez raison de dire «sept en sept». Les recommandations sont essentielles à mettre en place. Il n'y a pas de doute, il faut les mettre en application. Mais maintenant, il y a une urgence d'agir, il y a une urgence d'agir. Ça a pris des mois avant que les organismes communautaires qui connaissent le terrain obtiennent de l'argent. La priorité, aujourd'hui, c'est que, demain, il y a le budget, il faut doubler les sommes rapidement et faire en sorte que ça arrive sur le terrain pour aider les organismes. Il faut qu'il y ait une personne, au gouvernement, qui soit responsable de regarder ce qui se passe puis de s'assurer qu'il y a un travail, un focus sur cet enjeu-là immédiatement.

Et ça rappelle également tout l'enjeu de la question de la santé mentale. Ça fait six mois qu'on dit que des services universels devraient être accordés pour des enjeux de santé mentale. Ça touche également nos hommes, ça touche également la violence conjugale, et ça, c'est notre capacité à anticiper. Lorsqu'on était là, il y a six mois, puis on disait : Il faut le faire maintenant parce qu'on voit qu'il y a un iceberg... Puis on le voit, là, ça s'en vient, puis ça va nous frapper. C'est en train de nous frapper maintenant. Donc, il faut que le gouvernement se rende compte de la situation puis agisse. Alors, je m'attends aussi, en matière de santé mentale, qu'il y ait des mesures très fortes dans le budget.

M. Lavallée (Hugo) : ...M. Legault disait : Bien, ça peut peut-être être rentable si les joueurs millionnaires viennent payer des impôts au Québec. Est-ce que vous croyez à ça que ces joueurs-là, à mi-temps, vont venir ici payer des impôts?

Mme Anglade : Bien, écoutez, moi, je vous ai dit ce que je pensais. Je le pensais hier. Dans toutes les priorités que nous avons, puis on va voir comment le budget va être décliné demain, dans toutes les priorités que nous avons au Québec, je ne suis pas certaine qu'investir l'argent de l'État là-dedans soit une priorité. Encore une fois, je n'ai pas vu le détail du projet, donc...

M. Lavallée (Hugo) : ...la logique du premier ministre.

Mme Anglade : Honnêtement, là, j'ai de la difficulté à voir comment ça pourrait être une priorité du gouvernement, mais...

M. Larin (Vincent) : Juste une dernière, sur les emplois payants. On apprend que les prêts qui sont donnés par le REI, entre autres, sont pris en compte dans la nouvelle grille de rémunération, là, sont pris en compte dans le calcul des primes de rendement des hauts dirigeants d'IQ. Est-ce que ce n'est pas de nature à leur donner envie de prendre un peu plus de risques?

Mme Anglade : Bien, ne trouvez-vous pas ça particulier et choquant, jusqu'à un certain point, qu'il y a des salaires qui passent de 500 000 $ à 1 000 000 $ dans un contexte de pandémie aujourd'hui au gouvernement? Je veux dire, il y a vraiment des questions qui se posent par rapport à ça, là, en termes de priorités du gouvernement. On nous dit : On veut créer des emplois payants, alors qu'on sait que l'enjeu c'est vraiment toute la question de la pénurie de main-d'oeuvre, et on offre des salaires qui sont énormes, qui relèvent de l'État, qui sont énormes dans un contexte de pandémie, en prenant de l'argent, en essayant de faire fructifier de l'argent de l'État. Moi, je pense qu'il y a de sérieuses questions qui se posent par rapport à ça.

La Modératrice : Merci. On va passer en anglais.

Mme Senay (Cathy) : Good morning… There is an emergency right now. Manon Massé, yesterday, said that the Government should put a person in charge. It can be a minister of something, but things have to be moving very fast. What do you think?

Mme Anglade : It's an emergency. It's a significant emergency. Back six months ago, we said we were going to be facing a wall very soon because of mental health and all kinds of consequences. What we're seeing right now is those consequences. And because people are now relaxing the measures, some violent people are going to feel that they're losing control and they're going to act like we've been seeing the last seven weeks. So, in order to solve the problem, more money quickly to the organizations that know how to act, but at the same time you need to have somebody following the ball, and making sure that we're not losing track, and that somebody is focussed.

So, as the... «le ministère exécutif», the executive Ministry, there needs... I think it's great recommendation that comes from the report. There is a report that was presented in December. One of the recommendations is exactly to do that. This person has to be in place now, this person has to be given the money now and this person has to follow all the... where the money goes and how we support the people. It's an emergency.

Mme Senay (Cathy) : ...priority has to be in this project now, and we want to set a clear vision of what the priorities are.

Mme Anglade : There's no question about that. Tomorrow, the budget is a test of the vision of the Government. What is the future? What is it that they see? It's a test for their vision. And again, this question is important. This question is urgent. But, underlying this, there are a lot of people suffering from domestic violence. We don't see them, but they are there. And the whole question around metal health. We've been saying this for six months now, universal support for mental health is critical.

Mme Fletcher (Raquel) : Speaking of the budget, obviously we're... What would like to see in the budget tomorrow in terms of the economy and trying...

Mme Anglade : In terms of the economy, what is the vision? What is it that... The vision cannot simply be : I'm going to support one company at the time and make business deals. The Government is not a bank. That's not how the Government operates. So, what is it that they're going to focus on? If they're focussing on advanced manufacturing, artificial intelligence, technology, these are all the things that were put in place by the previous... the Liberal government before. I haven't heard anything that is new in terms of economy and what is it that they're going to be focussing on.

Worst than that, they're talking about paying jobs. The issue right now is not paying jobs, the issue right now is that we're missing people. And back in 2018, François Legault was saying : I don't think, like, the manpower shortage is an issue, I think, really, it's paying jobs. And he's still repeating this today. I hope that tomorrow, in the budget, we see something different focusing on the lack of resources that we have everywhere, in the economy, of course, but also in terms of services.

M. Authier (Philip) : As we enter the budget tomorrow, what would you say is the state of... what is the state of Québec's finances? We're probably heading for record deficits, record spending, historic even. Are you concerned about the long-term future of Québec's finances?

Mme Anglade : I think we have no choice but to consider that what we are facing today is a significant, dramatic situation. I mean, the pandemic is going to have a huge impact on Québec finances. But, at the same time, we need to focus on the people, we need to focus on the services that we're going to give to the people, we need to focus on allowing our entrepreneurs to really have their initiative.

So, Carlos Leitão said last week, you know, he's not so much concerned about, like, recovering and making sure that we balance the budget in the next five years. I totally agree with that statement. I think we need to make sure that we have a clear vision and a clear path of what kind of Québec we want to have in the future. And then things will... the budget should follow that, should fall into place. So, of course, it's going to have a dramatic impact on the budget, that's what we expect. But, more than that, we expect to know where the money is going to go, where is it that they're going to be focusing the spending of the State. That's really critical for us.

M. Authier (Philip) : Thank you.

M. Bossé (Olivier) : Mme Anglade, moi, j'en aurais une petite dernière.

Mme Anglade : Allez-y donc.

M. Bossé (Olivier) : Vous dites... en fait, je veux savoir, est-ce que vous imputez une partie de la responsabilité des drames des dernières semaines au manque d'action et d'investissement en santé mentale du gouvernement?

Mme Anglade : Non, ce que je dis...

M. Bossé (Olivier) : ...

Mme Anglade : Et voilà. Ce que je dis, c'est que la raison pour laquelle, il y a six mois, il y a six mois maintenant, même plus que ça, peut-être sept mois, on disait qu'il fallait tout de suite ouvrir le système, pour la santé mentale, c'est parce qu'on voyait venir la situation. On s'est dit tout de suite en partant : Il va y avoir des conséquences énormes d'un point de vue santé mentale. Il y en avait déjà avant, des problèmes en santé mentale, mais la pandémie va les accélérer. Et ce que l'on constate aujourd'hui, c'est une des conséquences de ça. Je veux dire, les gens ne se lèvent pas le matin puis ils donnent des coups à leur conjointe parce qu'ils vont bien dans leur tête. Il y a de véritables enjeux de santé mentale, et là ce que l'on voit c'est la conséquence.

Donc, s'ils ne l'ont pas vu il y a six mois puis ils se disaient : Bien, ce n'est peut-être pas nécessaire d'avoir tellement d'argent d'investi en santé mentale, bien, j'espère qu'ils le voient aujourd'hui parce qu'il y a une urgence d'agir. Puis je le comprends, nous, on a fait une proposition qui coûtait 300 millions. Bien, ce serait 300 millions drôlement bien investis, drôlement bien investis pour s'assurer que chaque Québécois puisse avoir accès à de l'aide en santé mentale si le besoin s'en fait sentir. Et il se fait sentir évidemment. Et en passant, pour ces projets-là, on peut avoir une enveloppe spécifique pour traiter de violence conjugale, s'occuper des hommes violents. Je veux dire, il y a des choses que l'on peut mettre en place spécifiquement pour cet enjeu.

M. Giroux (Stéphane) : Mrs. Anglade, do you feel comfortable with the decision of the court to give nurses N95 masks when the judge gets to overrule scientific evidence already presented by the Government?

Mme Anglade : Sorry, I didn't get the last part of... Do I feel confident...

M. Giroux (Stéphane) : The judge intentionally overruled the scientific opinions of the...

Mme Anglade : Well, he did not overrule all scientific opinions. He has... There were a number of experts that were interviewed, some of them from the INSPQ, some of them not from the... There were a number of experts. And based on what he heard, he made his decision. So, I think there is a question around the INSPQ. But more largely, when you are the Government, you have the INSPQ, you have Public Health, you have other experts that you can call and make sure that, you know, that they know what they're talking about. You can surround yourself with the best brains that we have, because we don't know how to handle a pandemic of such a level. You can do that.

Premier Legault has said that he's gone even beyond that. Well, all I'm saying is for months we've been saying that there were issues. Despite what the INSPQ was saying, we were saying there are issues. Employees were saying that. And now, the judge has ruled. So, in a pandemic like this one, the responsibility of the Government is to make sure that they have an open mind, and they consult as many experts as they can.

M. Giroux (Stéphane) : Do you think they saved money rather than care for the health of the health workers when that decision was taken by the Government last spring?

Mme Anglade : I think there is clearly a... comment on appelle ça, un aveuglement volontaire?

M. Giroux (Stéphane) : ...

Mme Anglade : Thank you. I think there's an element of that because, when I hear the Premier say: We never had a problem in terms of protection equipment, it's not true. It's not true. You know that. I know that. People on the ground know that. The judge is saying that. Everybody knows except the Premier? So, how do you call that?

M. Giroux (Stéphane) : Willful blindness.

Mme Anglade :Thank you. Willful blindness. Willful blindness.

(Fin à 9 heures)

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