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Point de presse de Mme Manon Massé, cheffe du deuxième groupe d’opposition, M. Vincent Marissal, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de finances, et M. Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire du deuxième groupe d’opposition

Version finale

Le mercredi 24 mars 2021, 8 h 40

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Neuf heures une minute)

M. Nadeau-Dubois : Merci beaucoup. Bien, d'abord, je veux vous parler ce matin de la saga des masques, qui vient de connaître un nouveau développement, puis ça ne vous surprendra pas que je vous en parle parce que vous savez à quel point, à Québec solidaire, c'est une bataille qu'on mène de manière obstinée depuis des mois. Et là on vient de connaître le dénouement de cette saga.

Pour une deuxième fois cette année, François Legault subit une gifle juridique. C'est exactement la même histoire que dans le cas du couvre-feu et des itinérants. Après avoir ignoré les voix sur le terrain de manière obstinée, bien, il se fait remettre à sa place par un juge. Je ne sais pas, ce matin, si je dois être fâché ou triste. Ça fait un an, un an que les soignantes du Québec demandent qu'on les protège comme du monde, avec l'appui de Québec solidaire. Il y en a 41 000 qui ont attrapé la COVID. Combien on en aurait sauvé si le gouvernement les avait écoutées, au lieu de les ignorer?

Le tribunal a tranché. Le gouvernement avait tort. Maintenant, il ne lui reste plus qu'une chose à faire, présenter ses excuses officielles aux soignantes du Québec pour avoir échoué à sa responsabilité fondamentale de les protéger du virus.

Mme Massé : Bonjour, tout le monde. Demain, c'est jour du budget, et je pense que ce budget aura quelque chose d'historique parce qu'il arrive à un moment donné où la crise sanitaire, qui a tué tellement de monde dans la dernière année, qui n'a malheureusement pas permis aux soignantes d'être protégées, bien, on se retrouve à un budget qui a comme objectif de relancer le Québec. Alors, le gouvernement doit faire le choix de relancer le Québec dans une perspective de s'occuper du monde, les N95 n'est qu'une des démonstrations, de s'occuper du monde et, bien sûr, de relancer dans une perspective de lutte aux changements climatiques. On n'a pas le choix.

Alors, qu'est-ce que... quelles sont nos attentes, quels sont nos espoirs? C'est bien sûr, que cette relance verte et féministe permette, premièrement, de développer de façon importante beaucoup plus de transport en commun, beaucoup plus de mettre sous le giron public le transport interurbain, parce qu'il y a encore des régions extrêmement mal desservies. C'est des exemples où le Québec pourrait passer en mode lutte aux changements climatiques.

Mais aussi une relance verte, parce qu'il est grandement temps de s'occuper des femmes qui s'occupent des soins des personnes, comme, par exemple, nos soignantes, qui s'occupent de nos enfants, comme, par exemple, dans les écoles, les CPE. Il faut que le gouvernement embauche massivement, qu'il dise que ces emplois-là font partie de la relance du Québec, que ce n'est pas une dépense d'investir dans les services publics, mais c'est bien un investissement pour le bien-être collectif.

Et, vous savez, lorsqu'on est devant des situations comme, par exemple, les féminicides qu'on vit à répétition depuis les premières semaines de 2021, ça ne peut pas être que des belles paroles de dire : L'égalité des femmes, c'est important pour nous. Ça doit s'imposer dans des gestes, les gestes budgétaires dont je viens de vous nommer. Et par rapport à la question du féminicide, des gestes clairs que le premier ministre doit poser, en nommant quelqu'un qui va s'en occuper à temps plein, d'ailleurs, ma collègue Christine va déposer une motion là-dessus ce matin, va s'en occuper à temps plein, va avoir les ressources nécessaires.

Quand le premier ministre a voulu respecter son engagement sur le branchement de l'ensemble des foyers du Québec à Internet, il n'a pas hésité un instant à embaucher quelqu'un, à son bureau, qui va faire atterrir sa promesse électorale. Je pense que les femmes méritent, bien, ce n'est même pas une question de mérite, ont le droit que leur gouvernement s'occupe d'elles avec autant d'importance qu'il le fait pour Internet à haute vitesse.

M. Marissal : Alors, bonjour, merci d'être là. Manon l'a dit, c'est budget demain. Ça fait plus d'un an qu'on se préoccupe, à juste titre, d'un plan de vaccination contre la COVID pour la population en général. Là, c'est le temps d'avoir un plan de vaccination contre un autre mal sournois, je parle ici de l'austérité.

Ça fait des semaines et des mois qu'on le dit, ça fait des semaines et des mois qu'on propose des solutions au gouvernement, qui, malheureusement, à ce jour, ne semble pas vouloir entendre, ne semble pas vouloir sortir de son petit cadre comptable qu'il connaît, qu'il veut absolument respecter, notamment en s'obstinant à ramener l'équilibre budgétaire en cinq ans, ce qui nous mène systématiquement, automatiquement vers une nouvelle ronde d'austérité.

Il n'y a pas que moi qui le dis, les économistes se sont penchés aussi sur la question. Il nous faut de nouveaux revenus, il nous faut un plan de vaccination contre l'austérité pour protéger nos services publics. On l'a vu tous les jours au cours de la dernière année à quel point ces services publics sont dans un état pitoyable. Plus de 10 000 personnes, notamment, sont mortes, plusieurs dans des CHSLD infâmes, des endroits où on n'aurait jamais dû mettre nos personnes âgées.

Alors, il y a des solutions, on en a mises de l'avant. Vous avez peut-être vu hier une sortie commune avec des gens qu'on pourrait appeler des jeunes riches ou de futurs héritiers, héritières, des gens souvent qui ont une fortune familiale, un patrimoine familial, et ces gens de plus en plus nombreux lèvent la main en disant : Nous voulons contribuer davantage, nous voulons faire notre part, il n'est pas normal que nous ne soyons pas mis davantage à contribution dans cette société. Plusieurs se sont levés, d'autres le feront, des gros noms, des gens moins connus. J'espère, sans trop me faire d'illusions, que ça finira par résonner non seulement dans la tête du ministre des Finances, mais de ce gouvernement, qui s'en tient pour le moment à la recette qu'on connaît, qu'on ne veut pas revoir, c'est-à-dire la recette qui va nous mener à des compressions, donc de l'austérité. Merci.

La Modératrice : Merci beaucoup. On va prendre vos questions. Une question, une sous-question.

M. Larin (Vincent) : Peut-être, M. Marissal, pendant que vous êtes là, qu'est-ce que vous pensez du fait que l'argent qui est donné par le MEI comme subventions est pris en compte dans le calcul des primes qui sont versées aux dirigeants d'Investissement Québec, comme M. Leblanc? Vous ne pensez pas que c'est justement de nature à les amener à prendre plus de risques?

M. Marissal : Le monde rêvé de Pierre Fitzgibbon et de son ami Guy LeBlanc, c'est parfait. D'autres appelleraient ça une manigance, hein, c'est parfait. Ils ont mis en place un système avec l'argent public où il sera plus facile de donner de l'argent public dans des prêts pardons, qui est le nouveau nom pour «subventions», et ces gens, donnant l'argent public plus facilement, auront donc droit à leurs bonis à la fin de l'année. Non, mais c'est parfait. C'est génial. Pour les fonds publics puis la population qui demande un réinvestissement, ça s'appelle une manigance, là, puis c'est grossier. Parce que je vous pose une question. Où seront Guy LeBlanc et ses premiers VP, et ses VP dans quatre, cinq, 10 ans au moment où on s'apercevra qu'on ne récupère pas les fameux prêts pardons? Bien, ils seront partis avec la caisse. Je vous dis, c'est parfait.

M. Larin (Vincent) : Selon vous, c'est délibéré, ils font ça dans le but de s'enrichir personnellement?

M. Marissal : En tout cas, le stratagème leur permettra effectivement de s'enrichir, et dans le cas de M. LeBlanc, à plus de 100 % de la rémunération de son prédécesseur.

M. Larin (Vincent) : ...stratagème...

M. Marissal : C'est facile d'investir l'argent des autres, hein? C'est notre argent.

M. Larin (Vincent) : Vous parlez de stratagème. C'est quand même grave, là, comme accusation, M. Marissal. Puis, selon vous, c'est délibérément dans le but... Ils font ça dans un intérêt personnel?

M. Marissal : Le gouvernement, M. Fitzgibbon, M. Legault, ne se cachent pas pour dire qu'ils veulent absolument hausser la rémunération de tous ces gens-là pour avoir supposément les meilleurs. Et ils se sont donné les moyens de le faire. Le fait est que ces gens-là vont pouvoir beaucoup plus facilement distribuer l'argent public. D'ailleurs, M. Fitzgibbon ne s'en prive pas, là. Depuis quelque temps, je pense qu'il s'est fait imprimer une nouvelle série de chèques, là. Puis est bien, bien, bien pressé d'aller les distribuer, mais c'est notre argent. Et ces gens-là ne seront plus là quand viendra le temps de régler... de donner des comptes à la population.

Des voix : ...

M. Lavallée (Hugo) : Mais si ce n'est pas des subventions, les prêts pardonnables, comment on fait pour aider les entreprises?

M. Marissal : Bien, de un, il y a des entreprises qui n'ont pas besoin d'aide, là? Il y a des entreprises qui n'ont même rien demandé puis qui ont eu de l'argent du gouvernement. C'est quand même extraordinaire. Moi, je pense, et on l'a dit souvent, que, quand on doit absolument intervenir, on doit prendre une prise de participation. On doit avoir des retours.

Regardez ce qui se passe en ce moment avec le projet de baseball, le stade de baseball. M. Fitzgibbon nous dit : «C'est un projet économique. C'est un projet d'entreprise comme les autres. Alors, je l'étudie comme les autres». Le baseball majeur, ce n'est pas une OBNL, là. Il n'y aura pas de GoFundMe pour le baseball majeur, là. Ça va bien, le baseball majeur, là. Ils font des profits à coup de milliards. Pourquoi diable le gouvernement qui n'est pas capable d'investir dans les services publics puis de régler avec sa propre fonction publique mettrait de l'argent dans une opération baseball?

Alors, excusez-moi, mais je capote un peu, là. J'ai l'impression que je me suis fait mettre de force dans un cinéma pour voir un vieux mauvais film qu'on a déjà vu. Et là ce gouvernement va se faire prendre encore une fois par les charmeurs de serpents qui vont nous dire que Montréal ne peut pas exister sans une équipe de baseball. C'est grossier, là. C'est cousu de fil blanc, cette histoire de baseball là. Puis M. Fitzgibbon nous dit : «J'amène tous les entrepreneurs voir M. Legault, le premier ministre». Il a pris M. Bronfman, M. Boivin par la main et les a amenés au premier ministre. Bien, c'est dommage que les gens qui négocient les conventions collectives de nos fonctionnaires n'aient pas les mêmes accès. Mais ce n'est pas vrai que tout le monde a le même accès au premier ministre, là, c'est faux de dire ça.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Vous avez convoqué le ministre pour le manque de vision de son budget, qui n'est toujours pas déposé. Avez-vous eu un accès exclusif ou vous avez des visions du futur?

M. Marissal : J'ai une petite expérience dans le domaine et surtout plusieurs contacts privés et publics avec le ministre, qui me laissent croire que... Disons que je ne retiens pas mon souffle pour demain. J'ai eu des conversations avec le ministre, vous savez, je la sors souvent, celle-là, quand je lui dis : Il y a des ressources disponibles, il suffirait notamment d'imposer davantage les riches. Le ministre me répond de but en blanc : Je ne peux pas faire ça, Vincent, il n'y a pas de riches au Québec. Alors, je m'avance un peu en pensant que, demain, il n'y aura pas de révolution fiscale au Québec.

M. Pilon-Larose (Hugo) : M. Nadeau-Dubois, concernant le jugement du juge Bouvier, est-ce que ça ébranle votre propre confiance envers l'INSPQ et ses experts?

M. Nadeau-Dubois : D'abord, il faut rappeler quelque chose qu'on sait depuis la semaine dernière en vertu d'une demande d'accès à l'information qui a été rendue publique que, depuis le mois d'avril, le ministre de la Santé a sur son bureau les avis scientifiques indépendants des experts scientifiques en matière da santé et sécurité au travail, l'IRSST, qui recommandaient, eux, le port du N95. Donc, le débat ici, là, ce n'est pas entre la science ou pas la science, il y avait deux avis scientifiques sur le bureau du ministre, et le ministre a fait un choix politique de trancher en faveur d'un avis plutôt que l'autre et il a choisi l'avis le moins prudent des deux. Il a enfreint le principe de précaution, c'est un choix politique, et c'est à lui et non pas à l'INSPQ de fournir des explications aux Québécois puis aux Québécoises sur pourquoi le Québec est un des endroits au Canada où on a le plus mal protégé les femmes qui se battent contre la pandémie.

M. Pilon-Larose (Hugo) : Il n'en reste pas moins, qu'est-ce que ça dit sur l'INSPQ? C'est quand même eux, là, qui ont été amenés par le tribunal, qui se font dire : Bien, il ne fallait pas trop se fier sur votre avis, finalement.

M. Nadeau-Dubois : Dans une pandémie, la science bouge. Dans une pandémie, la science avance, et souvent même à tâtons, puis c'est normal. Le rôle du...

M. Bergeron (Patrice) : ...

M. Nadeau-Dubois : J'y viens, j'y viens. Le rôle du gouvernement, c'est de considérer l'ensemble des avis scientifiques crédibles et de trancher politiquement. François Legault ne cesse de se vanter du fait que, lui, il regarde ça puis il tranche. Dans le cas du N95, il y avait deux avis scientifiques. Ce que le juge nous dit, c'est que l'avis de l'INSPQ était moins bien avisé que celui des experts en santé et sécurité au travail de l'IRSST. Qui a pris le choix politique de trancher en faveur de l'option la moins prudente, plutôt que la plus prudente? C'est le ministre de la Santé et le premier ministre. C'est eux qui sont imputables de cette décision-là. Pas l'INSPQ, qui a fait son possible avec les informations dont il disposait.

M. Bergeron (Patrice) : Donc, les Québécois doivent accepter que l'INSPQ tâtonne dans ses avis, puis qu'on reçoive ça, puis que, tout à coup...

M. Nadeau-Dubois : Bien, la science... Partout dans le monde, la science, sur, par exemple, les modes de transmission du virus, a évolué. Moi, ce que je constate, c'est que les autorités québécoises ont été en retard, à plusieurs reprises, sur plusieurs de ces évolutions scientifiques. Mais la décision politique de mal protéger les soignantes, elle a été prise par Christian Dubé, Danielle McCann et François Legault. C'est ces gens-là qui doivent rendre des comptes, c'est ces gens-là qui doivent s'excuser.

Moi, je ne pense pas que l'INSPQ se lève, un matin, en disant : On va mal protéger le monde. Je pense qu'ils ont fait ce qu'ils pouvaient avec les informations qu'ils avaient. Mais je répète, il y avait sur le bureau du ministre de la Santé un avis divergent, tout aussi crédible, des experts en santé et sécurité au travail. Cet avis a été ignoré. Ça, c'est un choix politique.

M. Pilon-Larose (Hugo) : Mme Massé, sur la question des trop nombreux féminicides qu'on a depuis le début de l'année, puis je fais appel à votre expertise, justement, par le passé, vous avez travaillé dans des centres pour femmes. Qu'est-ce que la société civile, là, collectivement, peut aussi faire pour venir supporter, peu importe l'action gouvernementale qui est prise, pour combattre les féminicides? En tout cas, individuellement et, donc, collectivement, qu'est-ce qu'on peut faire pour supporter le gouvernement là-dedans?

Mme Massé : Bien, je vous dirais que, bien sûr, que tout le monde a un rôle à jouer, et particulièrement les hommes. Je pense qu'il faut que vous vous parliez entre vous. Je pense que vous devez apprendre à détecter la différence entre une chicane de couple et de la violence. Et ça, là, vous savez quoi? Les groupes de femmes, ça fait des années qu'on donne des formations là-dessus, qu'on explique, qu'on étire les concepts, qu'on essaie d'expliquer c'est pourquoi. Et pour moi, je ne peux pas le détacher, je ne peux pas le détacher... c'est pourquoi le gouvernement ne peut plus s'en tenir à des paroles. C'est assez.

La façon de le faire... Des plans d'action pour lutter contre la violence conjugale ou les violences sexuelles, ça fait au moins 30 ans qu'il y en a, au moins 25 ans qu'il y en a. L'enjeu, c'est qu'au gré des budgets d'austérité on coupe dans les ressources, que ce soient les ressources pour les femmes ou pour les hommes, d'ailleurs. Au gré du gouvernement en place, comme le dernier, on retarde le dépôt de plans d'action, de mises en oeuvre, de stratégie. C'est pour ça que ça prend quelqu'un qui s'en occupe à temps plein et c'est pour ça que la solution, puis je ne l'ai même pas inventée, là, c'est le comité qui a été mis sur pied pour justement essayer de faire en sorte que les violences faites aux femmes, on ait un impact réel, et c'est de dire : Bien, il faut que le premier ministre prenne ça à bras le corps.

M. Carabin (François) : Comment vous l'expliquez, vous, Mme Massé, cette vague de féminicides? On en avait eu une, je crois, à la fin 2019 aussi. Est-ce que c'est symptomatique d'un phénomène plus vague ou est-ce que ça se fait en vase clos tout le temps?

Mme Massé : Oh non, ça ne s'inscrit pas en vase clos, loin de là. C'est malheureusement une histoire qui se répète. Là, c'est l'accélération. Tu sais, je veux dire, bon an mal an, c'est une femme par mois qui se fait tuer par un conjoint ou un ex-conjoint depuis des années. Là, il y a une accélération. Je suis convaincue que la pandémie joue pour quelque chose. Le confinement ou peut-être plus, à ma connaissance du dossier, le déconfinement. Le confinement, le conjoint violent avec toute la latitude de pouvoir avoir le pouvoir sur sa relation avec sa conjointe. Mais là, si on retourne travailler tranquillement, si on est rappelé... donc on sort de la maison, on se met, comme femme victime de violence, à risque avec notre conjoint violent. Bref, je pourrais vous en parler des heures. Mais ce que je veux vous dire, c'est qu'inévitablement le gouvernement doit reconnaître qu'il y a une crise présentement et que, si le Québec est cohérent, c'est féminicide zéro.

M. Pilon-Larose (Hugo) : Est-ce que les employeurs... parce que le ministre Boulet présentement, dans la réforme des normes de santé et sécurité du travail, inscrit le principe de violence conjugale. Est-ce que les employeurs ont un rôle à jouer... les femmes qui retournent tranquillement pas vite sur le marché du travail, pour être des... je ne sais pas, moi...

Mme Massé : Accompagner.

M. Pilon-Larose (Hugo) : Oui, c'est ça.

Mme Massé : Tout le monde a un rôle à jouer, 50 % de la population du Québec est plus à risque du seul fait qu'elle est une femme. Moi, il me semble qu'un plus un égale : «Let's go», on bouge, hein? Et c'est un ensemble de tout. Vous parlez des employeurs, bien sûr, ça prend une sensibilité des employeurs. Pourquoi? Parce que c'est compliqué de se sortir de ces relations-là, ça nous met en danger, vous le voyez, et, en plus, bien, quand il est le temps de enfin de se reprendre en main, si on a eu la chance d'être dans une maison d'hébergement où des féministes vont nous accompagner, des femmes vont nous accompagner à se sortir de ça, on se retourne de bord, puis là il y a une crise du logement. Puis en plus, bien, on s'est appauvri. Les femmes, généralement, s'appauvrissent lorsqu'elles quittent. Lorsqu'elles quittent, elles quittent souvent avec les enfants. Elles s'appauvrissent encore plus, puis là, ah!, il n'y a pas de logement. Il n'y a pas de logement social. Depuis que la CAQ est là, il n'y a pas une unité de plus de logement social prévue dans les budgets. Oui, mes attentes sont élevées pour demain, pour protéger les femmes. Ça ne peut pas être que des paroles. Et vous allez le voir tantôt, le gouvernement va déposer une motion. Encore là, les voeux, les souhaits sont là. Ce que ça prend maintenant, c'est la reconnaissance qu'il y a une crise puis des actions concrètes. Puis j'en propose une fort simple.

M. Bergeron (Patrice) : La cheffe de l'opposition officielle tout à l'heure a dit : «Oui, mais on l'a dit il y a six mois qu'il y avait une crise en santé mentale». Et vous aussi, vous avez parlé de cette crise-là en santé mentale. Le gouvernement n'a tout simplement pas pris au sérieux ce problème-là de violence envers les femmes. Et c'est pour ça que ça arrive. Est-ce que c'est la même conclusion que vous tirez?

Mme Massé : Bien, j'ai dit que la pandémie a un rôle à jouer. C'est clair. On dit depuis longtemps que le sous-financement des services publics, dont notamment de la santé mentale, on le dit depuis longtemps, on l'a dit durant l'automne et on continue de le dire, c'est clair que ça a un impact. Mais honnêtement, là, moi, être Mme Anglade, je me garderais une petite gêne. Je me garderais vraiment une petite gêne. Les budgets d'austérité, là, des 15 dernières années, particulièrement des années de M. Couillard, elle était, il me semble, ministre au Conseil des ministres.

Si on veut enrayer, et c'est l'objectif de Québec solidaire, ce n'est pas juste de faire en sorte qu'il y ait deux, trois claques de moins qui se donnent, là, il y a des meurtres de femmes, si on veut enrayer ça, la façon de le faire, un, c'est d'avoir, premièrement, actuellement, là, c'est de reconnaître la crise, d'agir là-dedans, d'avoir une vision à long terme. Et là-dessus, le Parti libéral devrait se garder une petite gêne.

M. Bergeron (Patrice) : Est-ce que la médiatisation est un problème selon vous? Parce que pour le moment, il n'y a pas de suicide. On sait que, nous, on a un code de ne pas rapporter. Et là, actuellement, là, on en parle à toutes les semaines. On n'a pas le choix, là. Regardez, là, on a... Il faut quand même aborder l'enjeu. Mais est-ce que ça ne cause pas une réverbération qui est néfaste? Ça ne peut pas porter des gens vers certaines solutions absolument funestes, là?

Mme Massé : Est-ce que le fait que vous dévoilez quand il y a des meurtres qui ne sont pas des féminicides entraîne plus de meurtres? Moi, je n'ai pas d'études qui me disent ça. Par contre, vous avez une responsabilité pour ne pas banaliser, je pense. Déjà on a fait un gain, là. Il était une époque où on parlait de chicanes, on parlait de... Comment... J'en oublie le terme parce que je ne veux pas m'en rappeler. Là, de ce temps-là, c'est drame, drame familial, drame conjugal. Ce n'est pas un drame. Oui, c'est un drame, mais, je veux dire, c'est un meurtre. Appelons un chat un chat. Mettons ça dans la face du monde puis disons... Bien, rappelons, s'il faut le faire, que les meurtres, c'est criminel. Pas le droit de faire ça dans une société.

La Modératrice : Dernière question.

M. Carabin (François) : Une demande hier d'instaurer rapidement un secrétariat pour lutter contre les violences conjugales. Qu'est-ce que la ministre de la Condition féminine ne peut pas faire actuellement qui serait accompli par un secrétariat?

Mme Massé : La ministre de la Condition féminine est ministre responsable d'un secrétariat. Donc, sa job, c'est d'aller convaincre chacun de ses collègues qu'il faudrait bien qu'il fasse quelque chose pour l'emploi, pour l'éducation, pour la santé, pour... O.K., pour tout. Les violences faites aux femmes, ça tue. Féminicide zéro, ça veut dire quoi? Ça veut dire que le gouvernement prend acte de ça, reconnaît qu'il y a une crise et dit : On prend tellement ça au sérieux qu'on va se donner les moyens. Puis ça commence par quoi? Bien, s'assurer qu'il y a quelqu'un que c'est sa job à temps plein, que c'est directement branché au bureau du premier ministre. Pourquoi? Bien, parce qu'on sait comment ça marche, ces partis-là, c'est le bureau du premier ministre qui calle la shot. Bien là, il faut qu'il calle la shot, parce que c'est assez, les féminicides au Québec.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Une petite dernière sur Joliette, les trois femmes ce matin qui dénoncent encore des mauvais traitements à l'hôpital. Avant vous, le PQ a mis au jeu une proposition pour qu'il y ait un système de plainte séparé pour les autochtones. Est-ce que vous seriez en faveur de ça? Est-ce que c'est une bonne solution, selon vous?

Mme Massé : Bien, moi, je pense que toute la sécurisation culturelle, là, on voit qu'on a beaucoup de rattrapage à faire. Ça part de loin. Le racisme systémique est imprégné, et les autochtones — parce que rappelons-nous Val-d'Or — n'ont pas le sentiment d'être en sécurité avec le système policier, avec le système judiciaire, avec le système de santé. C'est évident que pour reconstruire la confiance, il faut qu'on se donne les moyens. Et moi, je suis totalement prête à regarder ça pourrait vouloir dire quoi, un système de dénonciation, de plainte dans lequel ils sentent, elles sentent qu'elles vont être crues, que leurs demandes vont cheminer et aboutir à quelque chose. Moi, je suis prête à regarder ça.

La Modératrice : On va passer en anglais, s'il vous plaît.

M. Giroux (Stéphane) : Good morning, Mme Massé. To continue with the talk that you're talking about, do you think that the CAQ Government should have known before, as it was putting in place the measures of the pandemic... they should have known better about the dangers of violence against women? Was this completely overlooked in their strategy?

Mme Massé : You know what? When the Prime Minister, the Premier began to talk with us, the Opposition, the first week of the... «la déclaration de la crise sanitaire», the first or second thing that I told him, it's : it has to be important that the Government put money to prevent this kind of situation. So, he knew it, I tell him... I told him. But now, I mean, it was last year... now, we are in an acceleration of crimes, of «meurtres»…

Une voix : Murders.

Mme Massé : …murders, an acceleration of murders of women so, I think that the Prime Minister, the CAQ have to recognize that we are in a crisis, and then do what has to be done. It's put someone who her only job would be… going to be to take care of women and to be sure that the plan to eradicate violence against women will be applied. So, that's what he has to do.

M. Giroux (Stéphane) :Question in English for Mr. Nadeau-Dubois. Yesterday, the Government announced it would allow high schools to once again welcome students, secondary III, IV and V. And today, we find out… in the English community, there's a huge pushback from parents, teachers, who say : No, we don't want that. What's your reaction?

M. Nadeau-Dubois : You know, we're not against having kids back in school full-time, but in order for this to work, the Government has to make the schools safe. And the Government, especially Mr. Roberge, did not do all that needed to be done in order to make the schools safe. For example, on the issue of ventilation, it is a total scandal that, on March 23 or 24, this is not solved yet. So, I understand the parents and the communities that worry about the safety of our schools, because Mr. Roberge has overlooked a lot of measures that could have made our schools safer for children.

M. Authier (Philip) : Can I get your reaction on the decision of the Administrative Tribunal on the N95 masks? In French, you were saying that it… there was clearly a political decision involved there.

M. Nadeau-Dubois : Yes, so we now know. It's been made public last week that, since April… there are two official scientific recommendations on the table of the Government since last April. One of them recommended for health care workers to wear N95. Another one recommended that the N95 would be forbidden, not only not recommended, forbidden in our hospitals in Québec. The Government had those two scientific recommendations, of two very credible institutes. They made a political decision in favor of the less careful recommendation. They did not apply the precaution principle. That is a political decision. Mme McCann, Mr. Dubé and Mr. Legault should apologize to healthcare workers of Québec for failing their responsibility to protect them.

La Modératrice : Est-ce qu'il y a une autre question?

Mme Senay (Cathy) : Yes. Your expectations for the budget tomorrow. It should be a feminist and a green budget. Why is that so crucial for Québec…

M. Nadeau-Dubois : This pandemic and the economic and social crisis it has provoked, it touched everyone, but the worst impacts were lived by women. This budget has to propose an economic recovery to heal that wound. There should be strong measures in favor of a real equality between men and women, and we should also remember that the next crisis — and it's not the next one, because we are already into it — is the climate crisis, and that budget should put strong measures for an economic recovery that launches us into the 21st century, and that means a green and fair economy.

Mme Senay (Cathy) : And regarding … N95, it took a judge decision to clear this out… in this for more than a year now, and so does that give you… that a public independent commission is the only way to go to the bottom of this?

M. Nadeau-Dubois : Well, first of all, it's the second judiciary humiliation of François Legault. The first one was with the curfew, that's the second one since the beginning of the year, and it's the same story. People on the ground, frontline workers were saying it. The Coalition avenir Québec thought they knew better, they didn't listen. Now, a judge just proved that they were wrong to do so. And your question was…

Mme Senay (Cathy) : Well, is that…

M. Nadeau-Dubois : Yes.

Mme Senay (Cathy) : That when you have a wrong decision and basically going back to procedural mask versus the N95 mask, a judge is going… is making it clear, right?

M. Nadeau-Dubois : It's once again a demonstration that we need a public enquiry. People have the right to know. Health line workers who have dyed fighting that virus deserve, in respect to their memory, that we go to the bottom of those issues and we find the real answers to why that this government failed to protect them.

La Modératrice : Dernière question.

Mme Fletcher (Raquel) : Just one last question. I would just like to ask Manon Massé the same question as Mr. Nadeau-Dubois about the budget and the importance of not just it being a cabinet budget, but that it's really addressing the issue of violence against women. What kind of things would you like to see come out of that budget tomorrow addressing violence and homicides against women?

Mme Massé : Je vais la reformuler en français. Tu me diras si j'ai... C'est que, dans le fond, qu'est-ce qu'on s'attend dans le budget de... Non?

Mme Fletcher (Raquel) : Non. Qu'est-ce que vous voulez?

Mme Massé : Qu'est-ce qu'on veut?

Mme Fletcher (Raquel) : Oui.

Mme Massé : When we say we want a green and a feminist budget, it's because we need that this budget will, let's say, have a perspective of employed more people to help.

Mme Fletcher (Raquel) : Mais concernant la violence contre les femmes.

Mme Massé : Oh! I'm sorry. I'm sorry. It's hard when I can't see on your... For tomorrow? Just let's say, the social housing, just an example. Social housing, since the CAQ… avenir Québec is at the government, they don't bring any new unity of social housing. I mean, when you are a victim, you need to have another place to stay. And we are in a housing crisis... housing crisis. So, where are the women going to turn themselves to find a place if this Government refuses to put more units of social housing? This is an example. Other example. We know that the plan, the plans, I can put an s because there's a lot of plans tabled in the last two years, needs money to be able to apply what's in these plans. What I suggest, simple, it's the Prime Minister brings someone and a cabinet around him, to be sure that the violence against women will be a real, a real objective in the next few days. So, this is a way to, I hope, that the feminicides will stop in Québec.

La Modératrice : Merci beaucoup.

(Fin à 9 h 36)