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Point de presse de M. Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire du deuxième groupe d’opposition, et Mme Émilise Lessard-Therrien, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’affaires municipales

Version finale

Le mardi 23 mars 2021, 11 h 15

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Onze heures dix-neuf minutes)

La Modératrice : Bon matin. Bienvenue à ce point de presse de Québec solidaire. Prendra la parole tout d'abord Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec solidaire, suivi d'Émilise Lessard-Therrien, députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue. Merci.

M. Nadeau-Dubois : Merci beaucoup. Bonjour. Bonne semaine. Il y a un an, le 21 mars 2020, le gouvernement a suspendu par décret les conventions collectives dans le réseau de la santé. Sur le terrain, là, tout le monde connaît le fameux arrêté 007. C'était censé être une mesure temporaire pour répondre à urgence, et puis, un an plus tard, c'est devenu la norme, une norme qui sert à traiter les soignantes du Québec comme de la chair à canon.

En maintenant ce décret-là malgré l'apaisement de la crise, la CAQ crée beaucoup plus de problèmes qu'elle en règle : ça empire la crise de main-d'oeuvre dans le réseau de la santé; les conditions autoritaires qui règnent dans nos hôpitaux, dans nos CHSLD, bien, ça pousse les soignantes à quitter le réseau public en masse; ça alimente l'explosion des agences de placement privées; bref, ça fragilise encore plus un réseau qui est déjà tellement fragile.

Imaginez de quoi ça va avoir l'air cet été : le personnel d'agences, qui n'est pas soumis à l'arrêté 007, va pouvoir prendre des vacances; nos hôpitaux vont perdre leurs béquilles; c'est encore une fois les soignantes du public qui vont écoper.

Il faut briser ce cercle vicieux là. Le ministre de la Santé doit mettre fin au décret 007 qui suspend les droits des soignantes. Il doit s'asseoir avec elles puis trouver une nouvelle entente pour leur permettre d'avoir des vacances tellement méritées cet été.

Dans les dernières semaines au Québec, tout le monde a eu des assouplissements, même les gens de Montréal en zone rouge ont vu leur quotidien s'améliorer un peu, tout le monde, sauf les femmes qui le méritent le plus, celles qui sont au front depuis le début de la pandémie pour nous défendre contre le virus. Je pense que le ministre de la Santé a perdu le sens des priorités, puis sa priorité en ce moment, ça devrait être de prendre soin des hommes et des femmes, surtout des femmes, qui se tuent pour nous en première ligne de la pandémie.

Si ce décret-là est maintenu, là, l'hémorragie va continuer dans le réseau de la santé, notre réseau va continuer à s'affaiblir, et les conséquences vont être très graves, surtout, surtout dans les régions du Québec où le réseau est encore plus fragile. Économiser sur les conditions de travail des femmes qui travaillent dans le réseau de la santé, ça nous dessert, collectivement, et ça nous dessert surtout dans les régions du Québec. Et pour vous parler de ça, je vais laisser la parole à ma collègue Émilise.

Mme Lessard-Therrien : Bonjour. En effet, comme Gabriel l'a dit, ne pas investir dans les conditions de travail de nos soignantes, ça a un coût, puis en Abitibi-Témiscamingue, ça nous frappe de plein fouet. Les chiffres, ils ne peuvent pas être plus clairs : 37 millions de dollars dépensés en main-d'oeuvre indépendante en 2019-2020; ça pourrait grimper à 50 millions cette année. Il y a certains départements qui fonctionnent à 30 % de main-d'oeuvre indépendante, nos services tiennent à un fil, et le recours aux agences nous coûte, collectivement, une fortune.

La semaine passée, j'ai déposé une motion demandant à la CAQ de reconnaître la crise en Abitibi-Témiscamingue, et le gouvernement l'a battue sans explication. Ça en dit long sur la déconnexion du gouvernement de ce qui se passe sur le terrain, dans nos régions.

La CAQ nous dit que la situation de pénurie est partout pareille, mais ce n'est pas vrai. Chaque région a ses particularités, ses enjeux singuliers qui doivent être adressés, reconnus et solutionnés. Et le dénominateur commun que tous ont, c'est les conditions de travail des soignantes, et c'est pour ça qu'il faut y investir massivement. Sinon, l'hémorragie se poursuit, et nos soignantes migrent vers les agences.

Chez nous, parce que j'aime bien revenir à l'Abitibi-Témiscamingue, c'est ma région, le CISSS, il est tellement dans l'urgence qu'il est obligé d'accepter toutes les conditions des agences privées. Ça coûte un bras puis une jambe, et ça, c'est de l'argent qu'on pourrait donner pour les meilleures conditions de travail dans la santé... pour notre personnel en santé.

La pandémie va finir par passer, mais la crise en Abitibi-Témiscamingue, elle, va continuer de s'amplifier si on n'agit pas sur les conditions de travail pour attirer, retenir les nouvelles professionnelles et donner des solutions structurantes, spécifiques à l'Abitibi-Témiscamingue. On a vécu des ruptures de service dans les dernières années, notamment dans les unités de mère-enfant, et, si la CAQ ne reconnaît pas le problème, on va en vivre d'autres. Ça ne serait jamais toléré à Québec ou à Montréal. Pour un gouvernement qui fait semblant d'être le gouvernement des régions, c'est inacceptable.

La Modératrice : On va prendre vos questions. Une question, une sous-question, s'il vous plaît.

M. Laforest (Alain) : J'aimerais ça, vous entendre, M. Nadeau-Dubois, concernant le dossier Thouin. Qu'est-ce que vous en pensez? Qu'est-ce que le premier ministre devrait faire?

M. Nadeau-Dubois : Il y a beaucoup de gens qui ont voté pour la CAQ en 2018 parce qu'ils voulaient se débarrasser des magouilles libérales. Ces gens-là doivent être de plus en plus déçus parce que, chaque jour qui passe, le parti pour lequel ils ont voté ressemble de plus en plus au Parti libéral dont ils voulaient tant se débarrasser. C'est le cas de M. Thouin, c'est l'affaire Fitzgibbon, c'est le bris de la promesse sur le salaire des députés. Chaque jour qui passe, la CAQ ressemble de plus en plus aux libéraux.

M. Robillard (Alexandre) : Est-ce que monsieur… Parce que les libéraux demandent le retrait de M. Thouin du caucus puis aussi, évidemment, qu'on lui retire ses fonctions d'adjoint parlementaire. Qu'est-ce que vous pensez de cette demande-là?

M. Nadeau-Dubois : Je pense que l'éthique, ce n'est pas le dossier sur lequel les libéraux ont le plus de crédibilité. Je prends note de leur proposition, mais je pense que les Québécois savent de quel bois ce parti-là se chauffe sur le plan de l'intégrité.

M. Robillard (Alexandre) : Et donc cette réponse-là, ça dit quoi sur ce que Québec solidaire pense de la situation que le gouvernement doit gérer dans le cas de M. Thouin?

M. Nadeau-Dubois : Bien, je pense que c'est un test éthique pour François Legault, qui a fait son pain, son beurre et sa confiture, dans l'opposition, en étant le chevalier des moeurs politiques, en promettant de tourner la page sur les années sombres du Parti libéral. Dans la dernière année, il a protégé le seul ministre de l'histoire du Québec — ce n'est pas rien — à avoir été blâmé deux fois et, là, avoir une quatrième enquête sur lui. Ça, c'était déjà un test, puis ce premier test là a été lamentablement échoué par François Legault. Là, c'est un deuxième test. J'ai bien hâte de voir ce qu'il va faire dans cette affaire-là.

M. Robillard (Alexandre) :  Et vous, vous demandez… Qu'est-ce que ce serait, le seuil de réussite du test de la CAQ dans le cas de M. Thouin?

M. Nadeau-Dubois : Bien, j'ai pris connaissance de la proposition du Parti québécois, qui proposait de lui retirer les fonctions d'adjoint parlementaire. Ça me semble être le strict minimum. La balle est dans le camp de François Legault, à voir ce qu'il va faire avec un député qui, de toute évidence, ne s'enfarge pas beaucoup dans les principes éthiques.

M. Robillard (Alexandre) : Et est-ce que la CAQ aurait dû voir ça, quand ils ont choisi M. Thouin comme candidat?

M. Nadeau-Dubois : Je ne connais pas le processus de sélection des députés à la CAQ. Il paraît qu'il est… Il paraît, c'est la rumeur qui court, qu'il est assez centralisé autour de François Legault et de sa garde rapprochée. Donc, j'aimerais bien que ces gens-là nous disent s'ils étaient au courant et si ça a pesé dans la balance de sélectionner M. Thouin comme candidat.

Nous, à Québec solidaire, on a des investitures. On est un parti démocratique. Donc, les candidats doivent répondre aux questions des membres quand ils souhaitent porter les couleurs de Québec solidaire.

À la CAQ, ça fonctionne plus comme une entreprise, hein, dont le P.D.G. est M. Legault. Il sélectionne lui-même, à la main, les candidats, les candidates. Je me demande s'il savait quel genre de candidat il sélectionnait en sélectionnant M. Thouin.

M. Laforest (Alain) : Alexandre Cloutier est en conférence de presse actuellement, là, concernant l'éthique académique avec l'histoire de l'Université d'Ottawa. C'est quoi, vos conclusions? Vous vous attendez à quoi de ce rapport-là, de ce comité-là?

M. Nadeau-Dubois : Bien, c'est ça, la conférence de presse, vous mentionnez, est en cours, là, donc, je ne sais pas ce qui est en train d'être présenté, mais, sur le plan des attentes, vous posez une bonne question. Moi, je m'attends à ce qu'on prenne au sérieux la question de la liberté académique et qu'on l'aborde avec toute la profondeur que cet enjeu-là mérite. Ce qui implique notamment les menaces à la liberté académique qui proviennent de la présence grandissante du secteur privé dans les universités puis ce qui implique également l'enjeu de l'accessibilité aux études. Parce que la liberté académique, si nos universités ne sont pas accessibles à tous les Québécois et Québécoises, c'est une liberté très restreinte. Pour que ce soit réel, la liberté académique, il faut que nos universités soient démocratisées puis que tout le monde puisse aller à l'université. Parce que, si c'est seulement une minorité de jeunes qui peuvent aspirer à entrer à l'université, c'est une liberté qui est bien factice.

Mme Prince (Véronique) : Concernant l'autonomie, justement, des universités puis la liberté d'expression, je comprends que la ligne est mince… pas la franchir, mais est-ce que quand même la ministre de l'Enseignement supérieur, ou ce comité-là, a une responsabilité d'envoyer un message, ou des balises, ou un cadre par rapport à ça?

M. Nadeau-Dubois : Le milieu universitaire, je le connais bien, puis il y a un consensus très fort dans le milieu universitaire sur l'importance de la liberté académique puis de l'autonomie des universités. C'est un consensus historique qui unit les administrations, les professeurs, les chargés de cours, les étudiants, les étudiantes, le personnel de soutien. Tout le monde défend cet idéal d'une université qui peut faire avancer la science, qui peut faire avancer la pensée critique sans ingérence politique, sans ingérence économique. Ça, c'est un projet qui est dans l'ADN des universités au Québec.

Donc, moi, je pense que le milieu universitaire a un consensus sur cette question-là. Ce qu'il faut, c'est aborder cet enjeu-là avec tout le sérieux qu'il mérite, toute la profondeur qu'il mérite. Et il ne faut pas que ce soit des controverses médiatiques passagères qui dictent l'ordre du jour de ce comité-là, ce doit être les enjeux de fond.

M. Larin (Vincent) : Est-ce qu'on devrait mettre de l'argent public dans la construction d'un stade de baseball à Montréal?

M. Nadeau-Dubois : Moi, je suis un fan de sports, je suis un fan de hockey, je suis un fan de baseball. J'aime le baseball, j'aimerais que le baseball revienne à Montréal, mais je pense que, dans une situation où les finances publiques sont aussi serrées, s'il faut mettre de l'argent en sports et loisirs au Québec, il faut le mettre pour encourager les petits gars puis les petites filles à pouvoir pratiquer le sport qui les passionne, pas à investir dans des infrastructures pour des ligues qui sont milliardaires.

Donc, non, je pense que des subventions publiques à des entreprises profitables, comme des équipes de sport professionnel, je ne pense pas que c'est la bonne décision. Il faut investir en sports puis en loisirs, mais il faut investir sur le terrain pour que nos jeunes puissent pratiquer le sport qui les passionne, pas donner des cadeaux à des entreprises qui font des profits.

Des voix :

Journaliste : C'est à toi. Vas-y.

M. Larin (Vincent) : Mais qu'est-ce que ça dit, la démarche de M. Bronfman, le timing qu'il a choisi pour s'inscrire au Registre des lobbyistes pour entamer ces démarches-là?

M. Nadeau-Dubois : Bien, monsieur... Qu'est-ce que ça dit de sa démarche à lui?

M. Larin (Vincent) : Oui. Est-ce que vous trouvez ça un peu à la foire? Est-ce que vous trouvez ça broche à foin? Est-ce que vous pensez vraiment que ça peut se rendre...

M. Nadeau-Dubois : D'abord, là, c'est devenu un modus operandi pour les promoteurs dans le domaine du sport professionnel de demander aux fonds publics de contribuer. Ça a donné lieu à des scandales épouvantables aux États-Unis, où des municipalités et des États se sont saignés à blanc pour dérouler le tapis rouge pour des équipes de sport professionnel.

Donc, moi, je ne suis pas surpris, bien honnêtement, que M. Bronfman fasse la démarche. C'est rendu dans le mode... C'est rendu dans le mode d'emploi des promoteurs en sport professionnel que de demander de l'argent public. Moi, ce que je demande au gouvernement du Québec, c'est de se tenir droit, de dire à M. Bronfman : On en pleine crise économique, en pleine crise des finances publiques. Chaque dollar de fonds publics est précieux. Il faut faire des choix.

M. Laforest (Alain) : Mais on l'a fait pour le Centre Vidéotron.

M. Nadeau-Dubois : Et ce fut une grave erreur.

Mme Crête (Mylène) : Les procureurs demandent au gouvernement...

M. Nadeau-Dubois : Bien, en fait, parlons-en du Centre Vidéotron, parce que c'est un dossier que j'aime bien. On a investi combien de centaines de millions dans le Centre Vidéotron dans l'espoir d'attirer les Nordiques de Québec? On attend toujours la mise au jeu du premier match des Nordiques.

Mme Crête (Mylène) : Les procureurs disent que c'est urgent de nommer un nouveau Directeur des poursuites criminelles et pénales. Êtes-vous d'accord avec ça?

M. Nadeau-Dubois : Oui, on pense que c'est une... c'est important de procéder rapidement.

Mme Crête (Mylène) :Pourquoi c'est aussi long?

M. Nadeau-Dubois : Pardon?

Mme Crête (Mylène) :Pourquoi c'est aussi long?

M. Nadeau-Dubois : Je n'ai pas de réponse à cette question-là. Je ne le sais pas, pourquoi les délais sont aussi long que ceux-là. Malheureusement, je n'ai pas...

M. Laforest (Alain) : La hausse des variants, là, entre autres, là, ce qu'on voit en Outaouais, Saguenay—Lac-Saint-Jean, où il y a un risque que ça repasse au rouge, le Bas-Saint-Laurent aussi, là, c'est inquiétant. Est-ce qu'on a déconfiné trop vite?

M. Nadeau-Dubois : Dès le lendemain du déconfinement, à Québec solidaire, on l'a dit clairement, là, il y a un pari. Le gouvernement du Québec fait un pari. Ce pari-là, c'est que la vaccination va progresser plus rapidement que les variants. Moi, je souhaite qu'on le réussisse, ce pari-là, mais il est risqué, il est certainement audacieux. Et c'est très inquiétant de voir, dans ces régions-là, les variants gagner du terrain. Ça m'inquiète beaucoup. Moi, j'invite le gouvernement à être très attentif puis à ne pas hésiter à prendre des décisions difficiles, si jamais on se rend compte que, dans certaines régions, cette course-là, on est en train de la perdre.

La Modératrice : Une dernière question en français? Merci. Y a-tu des questions en anglais? Bonne journée.

M. Nadeau-Dubois : Bonne journée.

(Fin à 11 h 34)