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Point de presse de M. Vincent Marissal, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de finances

Version finale

Le lundi 15 février 2021, 10 h 30

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Dix heures trente-deux minutes)

La Modératrice : Alors, bonjour à tous. Bienvenue à ce point de presse du député de Rosemont et responsable pour Québec solidaire en matière de fiscalité et de services publics, Vincent Marissal. On va commencer avec une petite déclaration puis on va prendre les questions ensuite.

M. Marissal : Merci. Bonjour. Merci d'être là. Certains diront qu'on est en avance dans la saison prébudgétaire, mais, en fait, on prend de l'avance parce qu'on a des propositions, et une proposition-phare qui est audacieuse, qui commence à mûrir dans l'espace public. Je parle évidemment d'un impôt de pandémie, c'est-à-dire d'aller chercher de l'argent là où il y en a. Et il y en a dans certains endroits, notamment des entreprises très profitables, de grandes entreprises, soit d'entreprises québécoises, soit multinationales.

C'est quelque chose qui heurte un peu le conservatisme fiscal du ministre des Finances, Eric Girard, quelque chose dont je discute avec lui depuis quelque temps. La première fois que je lui ai suggéré ce genre de chose, notamment d'imposer les gens les plus riches, les grandes fortunes, il m'a répondu : Vincent, je ne peux pas faire ça, parce qu'au Québec, des riches, il n'y en a pas. Je ne suis pas d'accord avec lui. La dernière fois que je lui ai parlé, il y a une dizaine de jours, dans sa consultation prébudgétaire, j'ai senti une certaine ouverture au moins à en discuter. Je salue l'ouverture parce qu'au moins il a posé des questions plutôt que de se borner à dire : Ça n'existe pas, ce sont des chimères.

Il y a effectivement des contribuables qui sont très, très riches, mais le point, aujourd'hui, n'est pas ça. Le point, aujourd'hui, c'est les entreprises, les corporations qui ont très bien tiré leur épingle du jeu. Et il ne s'agit pas de punir personne, ici, mais de profiter, si je peux m'exprimer ainsi, de la pandémie pour établir un certain équilibre fiscal.

Il y a des entreprises, on va se le dire, des supermarchés, par exemple, Metro, Dollarama, mais aussi des multinationales, comme Walmart, qui ont fait beaucoup d'argent, qui ont profité, en quelque sorte, de la conjoncture, ils sont restés ouverts. Les gens avaient de l'argent des programmes notamment du gouvernement fédéral, les gens avaient plus de temps pour cuisiner, par exemple, c'est connu, ça a été dit, ça a été redit. Alors, il s'agit d'aller récupérer une partie de l'argent que ces entreprises ont pu engranger.

Et puis je dis que je m'y prends tôt, oui, c'est vrai, parce que j'aimerais que la discussion se poursuive. J'aimerais qu'on arrive à avoir des discussions sérieuses là-dessus, notamment avec le ministre des Finances, mais dans l'espace public, pour qu'on soit capables d'en discuter. Vous avez peut-être vu encore, en fin de semaine notamment, Radio-Canada avait un très long papier sur une nouvelle taxation chez les entreprises qui ont fait de l'argent, chez les contribuables très riches, les grandes fortunes.

Alors, moi, j'aime cette ébullition, là, intellectuelle autour de la fiscalité, là, ça va nous faire du bien d'avoir des bonnes conversations là-dessus, et c'est la proposition que l'on fait, d'aller chercher, donc, de l'argent là où il y en a. Je suis prêt à prendre vos questions.

Mme Gamache (Valérie) : Je veux juste bien comprendre, là, votre concept jusqu'au bout. Une fois qu'on est allé chercher cet argent-là, est-ce qu'on le redonne à des commerces ou d'autres secteurs d'activité de commerces au détail qui ne vont pas bien ou on prend cet argent-là puis on l'investit dans le réseau de la santé, par exemple?

M. Marissal : On peut faire les deux. On a ce qu'on appelle au Québec le fonds consolidé, là, l'argent s'en va là, de différentes sources, puis il y a un entonnoir qui fait qu'à la fin ça arrive, là, dans ce qu'on appelle le fonds consolidé, le grand, grand, grand tiroir, finalement, dont dispose le ministre des Finances. Mais on ne se cachera pas qu'il y a des priorités, là. Le système de santé, on le sait, on l'a vu, tombe en ruine. On a aussi des obligations, je crois, morales, envers les infirmières, envers les enseignantes. On leur a fait des promesses, on est en train de renier ces promesses-là.

Mais effectivement il y aura aussi des secteurs de l'économie qui auront besoin d'aide. Je pense, par exemple, puis on l'a beaucoup dit, puis malheureusement ça ne percole pas beaucoup, mais la culture, qui est peut-être l'enfant pauvre des enfants pauvres, ces gens-là ont été abandonnés, et la plupart n'ont même pas le droit de se qualifier à aucun programme. Mais il y a d'autres priorités aussi : le logement social, les places en CPE. Vous avez vu, la semaine dernière, le ministre de la Famille a admis qu'il y avait un problème avec le développement des places en garderie. C'est un vaste programme, je suis conscient, mais c'est pour ça qu'on propose d'aller chercher des sous et d'y aller en priorité avec les entreprises qui sont en bonne situation financière.

M. Laforest (Alain) : Demain, le premier ministre va annoncer possiblement des mesures plus contraignantes, là, pour les semaines de relâche. Quelles sont vos appréhensions, vos craintes par rapport à ces nouvelles-là qui pourraient tomber demain?

M. Marissal : Bien, mes craintes et mes appréhensions sont celles, je vous dirais, dans ma réponse, là, d'instinct, celles d'un père de famille. Ça commence à être rude sur tout le monde, là, la pandémie. Je le vois, moi, avec la famille, avec les grands-parents, par exemple. On va devoir faire des efforts immenses pour continuer de garder le contact avec ces gens-là qui sont isolés, qui sont souvent même un peu montrés du doigt parce que plus de 70 ans, ils sont à risque de développer la maladie.

Moi, ce que je crains beaucoup, c'est une espèce de repli chez des gens qui étaient déjà très seuls. Par exemple, dans ma circonscription, il y a une proportion alarmante de gens qui vivent seuls. Et je peux même aller plus loin, des gens qui vivent seuls, la majorité sont des femmes, la majorité sont des femmes qui ne sont pas riches. Et il y a, dans cette majorité, une bonne proportion de femmes pauvres et malades. Ces gens-là étaient déjà isolés avant. Moi, je m'inquiète beaucoup de ça.

Pour le reste, je pense que ce n'est pas le temps de baisser la garde. Aussi dur que ça puisse être, on a besoin encore, je pense, de donner un effort. Ce n'est pas le temps de se faire des partys. Il y a eu une tergiversation épouvantable notamment sur les gens, là, qui voyageaient, qui reviennent de vacances. Alors, effectivement, je pense qu'on va devoir encore se discipliner pendant quelques semaines, peut-être quelques mois.

Mme Gamache (Valérie) : Il y a toute la notion des barrages aussi, dont le gouvernement n'a pas l'air chaud. Est-ce que, selon vous, ce serait quelque chose avec lequel on devrait aller de l'avant pour, justement, en prévision des semaines de relâche, éviter, là, que ça se promène un petit peu partout?

M. Marissal : Si la démonstration est faite effectivement qu'il y a un problème et que des gens, en toute impunité, loueraient, par exemple, des chalets en gang. Mais, à ce jour, il semblerait que la discipline est quand même assez bonne, et les locateurs de chalet n'ont pas tellement intérêt non plus à jouer avec ça, ils posent beaucoup de questions. Bon, après, des tricheurs, malheureusement, il y en aura toujours, c'est plate de même, c'est la nature humaine qui fait ça. Mais, moi, j'ai tendance à faire confiance à la population. Évidemment, d'une région à l'autre, là, quand ça tient à une ligne fictive entre une ville et une autre, il faudrait effectivement s'organiser pour que la zone rouge ne débarque pas dans tous les restaurants de la zone orange. Mais, là encore, moi, j'ai tendance à faire confiance.

M. Laforest (Alain) : Vous avez probablement lu l'histoire du bureau d'enquête, ce matin, concernant le bar ouvert de la première vague. Comment vous trouvez ça qu'au gouvernement, entre autres, on ne sait pas où est allé l'argent puis à qui?

M. Marissal : Bien, on le dit depuis, en ce qui me concerne, depuis l'été dernier, quand on a vu passer les premiers décrets de contrats de gré à gré, certains contrats de gré à gré sur des périodes de 10 ans. 10 ans, c'est quand même totalement hors norme. On a sonné l'alarme tout de suite en disant : Un instant, là, la pandémie, là, ce n'est pas justement un bar ouvert puis ce n'est pas un chèque en blanc pour donner des contrats de gré à gré, là, à toutes sortes d'entreprises qui, certaines, ne semblent pas tout à fait d'ailleurs se qualifier, selon ce que j'ai lu ce matin.

Mais il va falloir faire la lumière là-dessus, il va falloir remettre les compteurs à zéro, là, regarder, dans chaque contrat, pourquoi on a donné ces contrats-là. Est-ce que, d'abord, on en a eu pour notre argent? Est-ce que la marchandise qui a été livrée était la bonne? Quand on donne un contrat de gré à gré, ça doit être l'exception, pas la règle. Je comprends qu'il y a une pandémie puis qu'à un moment donné il fallait des masques…

M. Laforest (Alain) : Est-ce que la pandémie justifie tout?

M. Marissal : Non, absolument pas, c'est ce que je dis, la pandémie a le dos très large. Et la pandémie, à ce que je sache, fait beaucoup de dégâts, mais elle ne devrait pas avoir altéré le bon jugement et la responsabilité du gouvernement en matière de finances publiques. On a vu les contrats, comme je vous dis, dans le domaine de la santé, sur 10 ans. 10 ans, c'est tout un bail, là. C'est long, 10 ans, dans un contrat de gré à gré. C'est du jamais vu. Alors, pourquoi, 10 ans... dans la précipitation, est-ce qu'on a mis 10 ans? Un an aurait été suffisant, quitte à le renouveler, là. C'est pour ça que je dis qu'il faut faire attention à ce genre de choses.

La Modératrice : On va passer aux questions en anglais.

Mme Fletcher (Raquel) :Yes, just to start, can you tell us what… summarize your recommendations for the budget in English?

M. Marissal : Sure. Of course, as always, we have many, many, many demands and many priorities, but we are focussing on one of these, which is pandemic taxes that we should put in place to get back some money to the rich corporations that have made money during the pandemic in order to reinstate a kind of fiscal balance. You did good during the pandemic, good for you, but it's a matter of justice, of fiscal justice to give back a bit of this money to the community. And we need this money badly.

Mme Fletcher (Raquel) : The coroner's inquest into what happened at the residence Herron began this morning. Can you tell us what your expectations are, what your feeling was this morning when you saw that get on the way?

M. Marissal : Well, I happen to trust the coroner and the Office of the coroner. I think that they have to do this. I think they have to do this in an independent way. I understand that there might be a problem with the police investigation and the follow-up on this. I mean, if it is a real problem, we can hold the public inquiry with the coroner for a few weeks. I don't see that it's such a big problem. The most important thing here is to make sure that we go all the way in this investigation, and we make sure that we understand, at the end of the day, what exactly happened and the responsibility of everybody involved, including the public services and the health services.

Mme Senay (Cathy) : M. Marissal, I would like to hear you about what the group of Luc Godbout proposed, just a few days ago, that they believe that we should not increase… well, we should increase the consumption taxes, the percentage, for example, the TVQ, instead of increasing «les impôts», the income tax. What do you think about that, since young people, younger generations, young x, y are dealing with the aging of the population, but also the huge impacts of the recession because of the pandemic? What should be fair now that we're facing that recession?

M. Marissal : Well, the problem I see with the sale tax in Québec is it's already at 10%. The problem is, when Stephen Harper cut the federal tax from 7% to 5%, that was a big mistake. And we're still living with this mistake. And no government in Ottawa will have the courage, especially a minority government, to go back on this and to put this tax back to 7% or 8%. So, for Québec, I mean, the tax is already at 10%, and people are paying for this tax every time you buy something taxable. So, I do prefer to go to the rich corporations with a pandemic tax, temporary pandemic tax to get some money right here, right now, with the corporations that have made money, instead of increasing a tax that is already at 10% in Québec.

Mme Senay (Cathy) : Because how do you perceive the impact of... you have the aging population, but then the recession, the pandemic on young generations? How do you see this, the cleavage, like, the fact that they'll have to deal with this huge debt on the federal and the provincial scenes, they'll have to deal with deficit for generations? So, how do you see this? How Mr. Girard has to tackle that problem as soon as possible?

M. Marissal : Well, the simple question... the easiest answer, I mean, for your question, is : We need money and we need it right now. We are in a deficit about $15 billions to $18 billions just for this year. So, somehow, we need to find new sources of money. I am more than ready to have this debate with Mr. Girard and others after the pandemic, about a new balance and a new deal, a new fiscal deal, but at some point, you know, people who have money should pay more. And that's the way our system works. Because we are talking here about equity between generations, but I don't feel that the oldest generation has been respected. The way we treated them in CHSLDs and with the healthcare system, I think they have been abandoned, mostly. So, there's a debate...

Mme Senay (Cathy) : ...young generations, trying to find jobs and stay at their homeplace, not going back to their parents.

M. Marissal : And they will eventually need healthcare, and a pension plan, and so on. That's why I'm saying I am more than willing to have this debate. But let's face it, right now, we have a real and urgent problem with the pandemic, and we have to find solutions for the short term, and then we can have this debate.

Mme Senay (Cathy) : Thank you. Merci.

La Modératrice : Merci.

(Fin à 10 h 48)


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