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Point de presse de Mme Véronique Hivon, porte-parole du troisième groupe d’opposition pour la famille

Version finale

Le jeudi 11 février 2021, 14 h

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Quatorze heures cinq minutes)

La Modératrice : ...du Parti québécois. Alors, on entendra Mme Véronique Hivon, notre porte-parole en matière de famille.

Mme Hivon : Oui, bonjour, tout le monde. Merci d'être là. Je voulais, bien sûr, réagir à la sortie du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, ce matin. Il nous a annoncé, comme ça, que son plan de déploiement et de développement du réseau ne fonctionnait tout simplement pas. Alors, je ne me souviens pas, comme parlementaire, d'avoir déjà assisté à un tel aveu d'échec avec aucune piste de solution, pour remédier à l'échec, mise de l'avant.

Alors, quand le ministre se défend que ce soit un aveu, en plus, d'impuissance, bien, je pense qu'il doit regarder dans sa propre cour. Parce que ce qu'il fait depuis les dernières 24 heures, c'est de dire : Mon plan ne fonctionne pas, ça ne marche tout simplement pas, et donc il faut en prendre acte. Il faut en prendre acte. Qui est supposé prendre acte de ça quand l'aveu vient du premier responsable de tout, évidemment, le développement du réseau, le ministre de la Famille, qui est en poste, je le rappelle, depuis deux ans et demi?

Donc, il nous aurait dit ça dans les deux, trois semaines, le mois suivant son arrivée en poste, on aurait dit : Bon, bien, il fait un constat puis il veut changer les choses. Là, ça fait deux ans et demi qu'il est là, et, de surcroît, en toute connaissance de cause, six mois après son arrivée au pouvoir, en février 2019, donc ça fait deux ans maintenant, il a dit qu'il allait complètement changer la donne et que, tout l'arriéré des places qui n'avaient pas été développées par le précédent gouvernement, et on parlait de 11 000 places, il allait les concrétiser, lui, en 24 mois. Donc, non seulement il n'a pas du tout fait preuve d'humilité, non seulement il ne voyait aucun problème, au contraire, il se bombait le torse, en disant : Moi, je vais tout régler et, tout ce qui ne s'est pas concrétisé, moi, je vais le concrétiser, les 11 000 places qui ne sont pas encore développées, en l'espace de 24 mois.

Bien, on est 24 mois plus tard, et le constat d'échec, il est total. C'est 2 000 places qui ont été développées. Et ça, c'est sans compter le fait qu'il a annoncé, depuis, qu'il développerait 2 500 nouvelles places, dans un premier appel de projets, et un 2 500 autres places jumelées à ça, qu'il y a un nombre record de fermetures de milieux, de services de garde familiaux, où on en est, donc, à plus de 1 100 milieux familiaux de perte nette, donc des milliers de places de moins. Et puis il y avait déjà 8 000 places en milieu familial qui n'étaient pas comblées, faute d'éducatrices, donc, avant même les fermetures de la dernière année.

Alors, le constat, il est évidemment clair et net. Il est extrêmement désolant. C'est un constat d'échec complet d'un ministre qui était venu dire à quel point ça allait être une grande priorité puis qu'il ne fallait pas s'en faire que le gouvernement mette autant d'argent dans les maternelles quatre ans parce qu'on allait en faire autant pour les CPE.

Bien, aujourd'hui, on voit le compte puis on a un ministre qui se présente devant les médias, devant la population du Québec, complètement impuissant, à nous dire que, même s'il est responsable du bateau depuis deux ans et demi, il n'est aucunement capable de le mener à bon port et il ne sait même pas comment s'y prendre pour y arriver.

Mme Gamache (Valérie) : On parle beaucoup, Mme Hivon, des maternelles quatre ans, puis que la CAQ a beaucoup misé là-dessus, mais est-ce que ce n'est pas aussi que ce régime-là, de CPE, cette façon de fonctionner a mal vieilli?

Mme Hivon : A mal vieilli? Non, je ne pense pas du tout. Écoutez, je suis retournée voir, puis, au début des années 2000, on créait de 8 000 à 9 000 nouvelles places par année avec la même loi, le même système. Donc, pourquoi maintenant le gouvernement actuel, il est incapable d'en créer, des places? Donc, pourquoi la loi, qui est la même maintenant, ferait en sorte que c'est donc difficile, alors que, par année, là, on en créait 8 000 à 9 000, et, lui, en deux ans et demi, c'est 2 000, alors qu'il nous avait dit qu'il en créerait, qu'il en concrétiserait 11 000, plus un 2 000, plus un autre 2 000?

Alors, de toute évidence, il y a eu un dérapage à certains égards. Je vous donne un exemple. Quand les libéraux sont arrivés, ils ont exigé une mise de fonds du milieu, de 50 %, pour pouvoir avoir des places en CPE. Et ça, c'est sûr que ça a eu un effet dévastateur sur le développement du réseau, en plus que le gouvernement libéral privilégiait d'autres types de développement. Bien, le gouvernement actuel, il n'est pas revenu à zéro, comme c'était le cas au début du système. On est toujours encore autour du 25 %. Et donc ça, c'est un frein important.

L'autre élément, c'est qu'on ne tient pas compte des petits milieux où ça ne veut pas dire qu'on est capable de développer un 60 places du jour au lendemain. Il faut tenir compte de ça. Juste les plans d'architecte, à chaque fois, il faut les refaire. Il n'y a pas d'aide, je dirais, proactive qui est donnée. Mais tout ça, ça existait, puis c'est pour ça qu'on était capables de développer le réseau, parce qu'on y croyait, puis on mettait les énergies, puis il y avait des équipes dédiées pour soutenir le milieu. Parce que c'est un fantastique modèle. C'est un modèle qui est là, du milieu, pour répondre aux besoins du milieu.

Bien, c'est sûr que... Là, le ministre, aujourd'hui, ce qu'on a l'impression, c'est que, pour camoufler son échec, bien, il est en train de dire : Ce n'est pas de ma faute, c'est parce que c'est trop compliqué. Comment tu peux, comme ministre, dire : C'est trop compliqué quand, un, on l'a déjà fait puis que ça marchait très bien, puis, deux, c'est toi, le responsable? Donc, si c'est trop compliqué, change les manières de faire puis fais que ce soit moins compliqué.

M. Bellerose (Patrick) : …annoncer une réforme dans la façon d'attribuer les nouvelles places. Il dit : On va enlever des pouvoirs à certaines personnes, sans préciser qui. Avez-vous des craintes sur cette réforme-là qui semble être envisagée?

Mme Hivon : Bien, il faudrait comprendre. Il faudrait comprendre où le bât blesse. Puis j'espère qu'on n'est pas en train de faire un écran de fumée pour masquer la non-proactivité et responsabilité du ministre de la Famille par rapport à ce développement-là. Comment se fait-il qu'en février 2019, en toute connaissance de cause, parce qu'il y avait une pression énorme parce qu'on comparait les deux réseaux, et l'énergie, et l'argent qui était mis dans les maternelles quatre ans, le ministre, je m'en souviens très bien, il était sorti, un matin ici, pour dire : On va en développer puis, tout l'arriéré de 11 000 places, on va développer ça en 18 à 24 mois? Donc, qu'est-ce qu'il ne savait pas maintenant qu'il sait… qu'il ne savait pas à l'époque qu'il sait maintenant? Donc, je pense que c'est une réelle question.

Puis ce qui m'inquiète beaucoup, c'est que, le pouvoir, il l'a tout, là. C'est le ministre. Et là il se présente en nous disant qu'il ne sait pas par quel bout prendre ça, que ça ne marche pas. Il n'y a aucune solution qu'il met de l'avant. Donc, moi, je trouve que ça donne vraiment l'impression de vouloir masquer un échec complet.

Puis l'autre chose que je veux rappeler, c'est que, je veux dire, il crée des places... Une classe de maternelle quatre ans, là, je vous le rappelle, coûte autour de 1 million. Un CPE de 60 places, le développement coûte autour de 800 000 $ à 1 million. Donc, vous avez une classe de maternelle quatre ans pour le prix d'un CPE au complet.

Donc, de toute évidence, c'est une question de volonté politique. La volonté politique n'a pas été mise dans le développement du réseau. Et là le ministre, évidemment, est en mode panique, reddition de comptes, parce qu'il y a 46 000 parents qui attendent, parce que c'est l'hécatombe dans les fermetures de services de garde en milieu familial, parce qu'encore une fois il n'y a pas eu de proactivité pour valoriser la profession, pour soutenir le milieu. Puis là on arrive aujourd'hui puis on nous dit : Ça ne marche pas. Donc, de toute évidence, il ne livrera rien de ce qu'il nous a dit il y a deux ans. Puis, en plus, il arrive les mains vides avec aucune solution.

M. Bellerose (Patrick) : ...outre la mise de fonds dont vous avez parlé, est-ce que vous reconnaissez qu'il y a une bureaucratie trop lourde, une paperasse trop lourde pour mettre en place un CPE...

Mme Hivon : Bien, c'est ça, en fait, que je m'explique mal, comment, où, je dirais, on s'est perdu, parce que ce n'est pas la loi qui fait en sorte qu'il y a cette lourdeur-là. Ça fait que je demandais des exemples. Puis, par exemple, à chaque fois qu'il y a un petit dépassement, maintenant, on demande une justification. Donc, on va renvoyer parce que, par exemple, on n'a pas assez d'espace pour mettre une deuxième toilette, là. C'est vraiment des choses de base, des besoins de base pour les enfants. Bien là, il va falloir retourner. Là, le ministère va demander des nouveaux plans d'architecte.

Puis évidemment que ça n'a pas de sens. On devrait avoir des plans types, soutenir le milieu au maximum, voir que, dans les régions, comme la Gaspésie, où il y a des besoins énormes, ce n'est pas la même réalité qu'en plein coeur de Montréal ou de Laval, d'avoir, comme je vous disais, une équipe dédiée, comme ça existait vraiment, qui accompagne, qui prend par la main.

Parce que c'est un modèle qui marchait superbien. Ça fait que c'est ça aujourd'hui que je me dis. Comment ça se fait que le ministre se présente puis il n'a même pas... il dit que c'est trop lourd, ça ne marche pas, puis tout ça, mais il n'a même pas les pistes de solution? C'est juste entre ses mains et à lui de dire : On va exiger moins d'allers-retours, on va être plus flexibles pour les plans, on va baisser la mise de fonds, on va accepter des projets plus petits plutôt que de dire : Il faut que ça soit minimum tant de places. Donc, c'est juste ça qu'on veut. Puis, ça, il n'y a rien qui l'empêche dans l'état actuel. C'est entre les mains du ministre.

Ça fait que c'est pour ça que je vous dis que, de toute évidence, il y a une stratégie aujourd'hui pour essayer que le ministre s'en sorte, face à son échec, en essayant de rejeter ça, mais je ne sais pas sur qui puis sur quoi, quand c'est lui qui a tous les pouvoirs. Mais, de penser qu'il va faire un écran de fumée, en disant : C'est la méchante bureaucratie, quand c'est à lui de changer tout ça puis qu'il est en poste depuis deux ans et demi... Bien, je pense que poser la question, c'est y répondre. On a voulu faire une manoeuvre pour essayer de se sortir d'un engagement qui n'a tout simplement pas été tenu.

Mme Gamache (Valérie) : ...est-ce que c'est qu'on a tenté d'uniformiser, à un moment donné, le réseau? Est-ce que c'est ça qui a mené un peu à l'échec?

Mme Hivon : Écoutez, il y a eu beaucoup de changements qui n'ont pas été heureux, là. C'est sûr qu'au gouvernement libéral on est arrivé avec une mise de fonds de 50 % parce qu'on n'y croyait pas. Donc, ce n'est pas là-dedans qu'on voulait miser. Donc, comment tu fais pour faire des choses pour que ça se développe moins bien? Bien, tu mets des bâtons dans les roues, tu peux uniformiser, tu peux dire que, là, on va exiger plus de détails, des plans d'architecte qui vont être plus compliqués. Donc, tu sais, il y a toutes sortes de raisons dont les gens du milieu pourraient vous parler.

Mais ils n'arrêtent pas de faire des suggestions au ministre. Je veux dire, moi, j'en ai une, liste de suggestions qui me sont données. C'est évident que les acteurs du réseau des services de garde à la petite enfance les font, ces suggestions-là. Je sais qu'elles sont faites au ministre. Donc, comment se fait-il qu'aujourd'hui il n'arrive pas en disant : J'ai, sur ma table à dessin, plein de propositions intéressantes qui viennent de l'association, par exemple, des centres de la petite enfance, je suis en mode solution, on va faire ci, on va faire ça, puis qu'il nous dit simplement : Ça ne marche pas, puis, deux ans après, deux ans et demi après que je sois là, bien, je vais commencer à regarder ça?

Je veux dire, moi, j'en entends parler, de tout ce qui pourrait être fait pour que ce soit plus rapide, plus facile, qu'on soit plus réactifs, proactifs, qu'on soit capables de développer dans une région, pas de manière uniforme avec un grand centre. Donc, comment ça se fait que, si tout ça est véhiculé depuis des mois et des mois, le ministre ne soit pas capable de nous en parler?

Bon, bien, merci de votre écoute.

La Modératrice : Merci.

(Fin à 14 h 17)

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