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Point de presse de M. Marc Tanguay, porte-parole de l’opposition officielle en matière de justice , et Mme Isabelle Melançon, porte-parole de l’opposition officielle en matière de condition féminine

Version finale

Le mercredi 10 février 2021, 8 h

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Huit heures)

M. Tanguay : Merci beaucoup. Merci d'être présents ce matin. Nous sommes ici ce matin pour parler... pour vous parler des victimes d'actes criminels et de la réforme déposée par Simon Jolin-Barrette, le projet de loi n° 84.

Vous avez eu l'occasion à plusieurs reprises de nous entendre, mais, plus important, d'entendre les victimes prendre la parole pour dire essentiellement, dans le contexte de cette réforme du programme d'Indemnisation des victimes d'actes criminels... pour dire au ministre essentiellement trois choses. De un, on veut être écoutés. Ils sont venus nous le dire, lors des auditions, pendant deux jours et demi. 20 groupes, à vitesse grand V, sont passés devant le ministre et ont, quasi unanimement, tous dit : Vous n'avez pas pris le temps de nous consulter. Et ça, ils le déplorent.

On parle des organismes représentant les victimes, et ces organismes, évidemment, souhaitent une réforme mais veulent que ce soit une réforme, justement, qui va venir bonifier le régime actuel. Donc, manque d'écoute, malheureusement, du ministre Jolin-Barrette.

Deuxième élément, également, le manque de temps pour les organismes qui vivent, sur le terrain, le régime actuel et qui veulent faire des bonifications, qui veulent participer à des bonifications, n'ont pas eu le temps d'analyser de façon complète les tenants et aboutissants d'un projet de loi. Je vous donne une image. Le projet de loi abolit complètement le régime actuel, quelque 60 articles, et a déposé un pavé dans la mare, 190 articles. Des avocates, avocats représentant les victimes, sont venus nous dire : Dans bien des articles, on a de la misère à comprendre l'intention du ministre, et ont ciblé, après analyse, des reculs très, très clairs. Donc, manque d'écoute, manque également de consultation et aussi des reculs, des reculs très clairs.

Vendredi dernier, vous avez vu les trois oppositions, nous y étions, de l'opposition officielle, avec des groupes représentant les victimes, lancer ce message, là, ce cri du coeur là au ministre. Vous aviez notamment… vous avez eu l'occasion de voir M. Éric Boudreault, père de Daphné Huard-Boudreault, assassinée par son ex-conjoint, qui est venu exprimer son cri du coeur à l'effet que le projet de loi n° 84 est un recul, est un recul parce que, sous le projet de loi n° 84, lui n'aurait pas pu être indemnisé, ce qui est le cas à l'heure actuelle.

Vous avez entendu Lau Ga, cette jeune femme qui a été victime de son proxénète — exploitation sexuelle — qui elle, au jour de l'adoption du projet de loi n° 84, n'aura pas droit à une indemnisation. Lau Ga a eu un témoignage excessivement humain et bouleversant. Et l'on ne peut pas, on ne peut pas manquer l'occasion de faire avancer le Québec, de faire en sorte qu'il y ait de véritables gains. Mais, pour ça, le ministre Simon Jolin-Barrette doit consulter, doit écouter et doit travailler en toute ouverture lors de l'adoption de l'article par article.

Hier, on a voulu donner une dernière… une autre occasion au ministre d'écouter ces organismes de défense des droits des victimes, mais à 13 reprises, parce qu'on a déposé 13 motions pour qu'il puisse les entendre, il a fermé la porte, il a voté non. Et là on a commencé l'article par article.

Autre élément qui n'est pas anodin, le ministre a refusé de déposer les amendements qu'il sait qu'il va déjà déposer. Les organismes auraient aimé ça savoir c'est quoi qui se passe dans la tête du ministre, pour pouvoir se préparer. La porte a été fermée également là.

Alors, c'est ce que nous déplorons. Et je pense que cette réforme, 190 articles nouveaux, très complexes, les organismes de défense des victimes, cri du coeur, sont venus dire : Écoutez, on n'a pas le temps, on n'est pas consultés, et il y a de nets reculs. Puis là-dessus, bien, je vous réfère évidemment, notamment, au témoignage bouleversant de M. Boudreault et de Lau Ga. Merci.

Mme Melançon : Bonjour, tout le monde. Alors, comme vous savez, les principales victimes du projet de loi n° 84, les victimes d'actes criminels, bien, ce sont majoritairement des femmes. On le sait, les victimes de violence conjugale, victimes, bien sûr, de violence sexuelle, sont en très large majorité des femmes. Et dans sa réforme actuellement, Simon Jolin-Barrette, dans sa précipitation, parce que c'est de ça dont il est question, hein, une précipitation, on ne veut pas écouter les victimes, on ne veut pas écouter les groupes, bien, dans cette précipitation-là, bien, ces femmes-là qui sont déjà victimes vont être encore plus vulnérables avec le projet de loi n° 84. Et c'est ce qui est terrible dans ce qui est en train de se produire actuellement.

Il n'y aura pas de rétroactivité, bien sûr, pour les victimes d'exploitation sexuelle. Le projet de loi va couper la durée des indemnisations des victimes. Une femme sans emploi n'aura pas le droit d'être indemnisée, ne sera pas indemnisée. Mais vous le savez, là, ce n'est pas à vous que j'ai à faire cette démonstration-là. Une femme victime, malheureusement, de violence conjugale, bien, c'est une femme qui a été isolée, c'est une femme… La plupart du temps, là, c'est comme ça que ça commence, c'est comme ça qu'on nous apprend c'est quoi, la violence conjugale : la femme rentre moins au travail, la femme laisse son travail, la femme ne voit plus ses amis, la femme ne voit plus sa famille, le compte conjoint est rendu au nom du conjoint, la femme n'a plus d'argent. La femme se dit : Je ne peux pas partir, je ne suis pas capable de partir puis de trouver un loyer avec mes enfants. Bien, cette même femme là qui est victime de violence conjugale, où son mari va lui dire : Je vais te tuer, bien, elle va rester à la maison parce qu'elle va avoir peur. Non seulement elle est victime à la maison, mais on ne reconnaîtra plus son droit à être indemnisée. C'est ça qu'on décrie aujourd'hui.

Quand je vois le ministre Simon Jolin-Barrette s'entêter, ici, et être dans la précipitation... On se rappelle, là, il a une feuille de route, Simon Jolin-Barrette, dans la précipitation. On se rappelle du PEQ, on se rappelle des 18 000 dossiers, on se rappelle des étudiants qu'il voulait retourner. On se rappelle de ça. Mais là, là, il est question de victimes. Il faut simplement, comme les groupes le demandent, prendre le temps de bien faire les choses pour s'assurer de ne pas reculer.

Ce que je ne comprends pas, dans tout ça, c'est où est Isabelle Charest. Est-ce qu'Isabelle Charest est d'accord avec ce qui est en train de se produire actuellement? Elle a été très silencieuse. Elle n'a pas été capable de répondre à ma question la semaine dernière en Chambre. Prête à des amendements, c'est une chose, là. Mais je pense qu'on doit revoir, actuellement, la façon de faire pour un projet de loi aussi important que défend mon collègue Marc.

Je vous parlais de la vulnérabilité. Honnêtement, ce projet de loi là va laisser trop de femmes. On est d'accord, on est d'accord à revoir l'IVAC. On est d'accord avec une réforme. Mais cette réforme-là ne doit pas se faire sur le dos des femmes vulnérables. Voilà. Merci.

La Modératrice : On est prêts à prendre les questions.

M. Laforest (Alain) : Peut-être, Mme Melançon, sur un autre dossier, là. Vous avez des enfants, la relâche s'en vient. On voit l'arrivée de nouveaux variants, là, entre autres en Ontario. Est-ce que vous croyez que la Santé publique et le gouvernement devraient mettre des frontières entre l'Ontario... des barrages entre l'Ontario et le Québec pour éviter que les gens circulent durant les semaines de relâche?

Mme Melançon : Bien, actuellement, là, on a beaucoup de questions. On a posé beaucoup de questions aussi. Je pense que ce qu'on demande actuellement au gouvernement, ce sont des décisions claires pour éviter la confusion. Parce que, là, on est revenus avec le code de couleurs, hein, la zone jaune, la zone rouge. On a droit à quoi? Là, on annonce qu'avec la semaine de relâche on peut avoir autre chose. On est d'accord que ce ne soit pas mur à mur. Mais une chose est nécessaire, M. Laforest, c'est que ce soit très, très clair, pour que les Québécois et les Québécoises puissent bien comprendre quelles sont les directives, qu'est-ce qu'on demande aux gens et qu'est-ce qu'on doit faire ou qu'est-ce qu'on a le droit de faire ou de ne pas faire. Parce que durant la semaine...

M. Laforest (Alain) : ...l'Ontario, ça ne vous inquiète pas outre mesure? Là, on sait que Toronto est pris avec énormément de variants, il y a une transmission communautaire, les cas ne sont pas détectés. Est-ce que le gouvernement, selon vous, devrait imposer une limite de circulation entre les deux provinces, comme ça s'est fait dans l'Est?

Mme Melançon : Bien, je vous dis que, très honnêtement, là, des variants, il y en a aussi en Abitibi. On l'a vu ce matin. Il y en a aussi à Montréal. Il y en a dans différentes régions. Moi, je pense qu'on va devoir éviter qu'il y ait trop de circulation d'une région à l'autre. Je pense que ça, là, c'est clair. Parce que, vous le savez, la semaine de relâche, les gens vont peut-être vouloir se promener. Il faut éviter ça.

Puis je vous rappellerai que, sur une histoire plus personnelle, vous le savez, pour moi, tout ce qui s'appelle le délestage, tout ce qui s'appelle la suite, là, de tout ça, moi, ça me touche personnellement, vous le savez, avec mon histoire... l'histoire de mon fils. Alors, ce que je demande au gouvernement, c'est, bien sûr, d'avoir rapidement, là, quelque chose de clair, éviter la confusion puis éviter, justement, que, d'une région à l'autre, on puisse propager le virus.

M. Lacroix (Louis) : Donc, ça passe par des barrages, j'imagine, parce que... pour éviter...

Mme Melançon : Bien, honnêtement, ce sera à eux de répondre à ça, là.

M. Lacroix (Louis) : Non, mais vous avez le droit de donner votre avis quand même, là.

Mme Melançon : Bien sûr.

M. Lacroix (Louis) : Alors, est-ce que vous seriez d'accord avec des barrages, par exemple, ou encore l'interdiction de location de chalets dans certaines régions, etc.?

Mme Melançon : Bien, moi, là, ce que je demande aujourd'hui, c'est d'éviter qu'il y ait de la confusion. Si ça prend des barrages, s'il faut éviter que les gens passent d'une région à l'autre, bien, qu'on le fasse, mais que ce soit clair puis que ce ne soit pas dit : Bien, on recommande fortement. Non, non. On dit oui ou on dit non. Il faut que ce soit clair.

M. Larin (Vincent) : Mme Melançon, ce n'est pas la première fois qu'on remet en question le leadership de Mme Charest. Est-ce que c'est encore un exemple, aujourd'hui, qu'elle n'a pas vraiment une voix au sein du Conseil des ministres?

Mme Melançon : Bien, très honnêtement, vraiment, je travaille avec Isabelle Charest. Vous le savez, on a un groupe transpartisan, on a présenté, le 15 décembre dernier, un rapport important sur les violences sexuelles puis la violence conjugale. En groupe de quatre femmes, là, je vous le dis, c'est agréable de travailler avec Isabelle Charest. Là où je m'interroge, c'est lorsqu'on est à parler du projet de loi n° 84, quand on est dans le projet de loi n° 59 aussi puis que, là, on se demande : Comment ça, il n'y a pas eu... avec M. Boulet, là, comment ça il n'y a pas eu d'ADS, comment ça qu'Isabelle Charest n'a pas levé la main? Moi, je suis en train de me demander véritablement si les comités ministériels fonctionnent véritablement, si Isabelle Charest est capable de se lever dans ces comités-là puis de faire entendre la voix des femmes.

M. Larin (Vincent) : ...hommes, sur ce comité-là, que Mme Charest a de la difficulté?

Mme Melançon : Non, non, pas du tout. Non, non, non, pas du tout.

M. Larin (Vincent) : ...bien avec les femmes?

Mme Melançon : Non. Bien, c'est parce qu'en groupe de quatre, comme on travaille, nous, ça va très, très bien. Mais je n'irai pas...

M. Larin (Vincent) : Mais c'est quoi, le problème avec les comités ministériels dans ce cas-là?

Mme Melançon : Bien, c'est parce qu'à chaque fois que les femmes sont mises en cause ou à chaque fois qu'on arrive avec une législation... avec un projet de loi sur lequel les femmes sont laissées de côté, moi, je pose la question : Elles sont où, les filles? Qui, qui prend la part des femmes? Isabelle Charest, clairement, ne le fait pas autour de la table du Conseil des ministres.

M. Larin (Vincent) : ...c'est un «boys' club», le Conseil des ministres?

Mme Melançon : Bien, je l'ai déjà dit. J'ai déjà dit que le gouvernement de la CAQ, c'était un «boys' club».

M. Bergeron (Patrice) : Tout le monde sait que le régime de l'IVAC doit être réformé et... Mais la question que beaucoup de gens se posent... Et on sait depuis longtemps que ça doit être réformé, mais on sait que le gouvernement libéral a été en place 2003 à 2012, 2014 à 2018. Pourquoi ça a tant tardé? Pour ça n'a pas été une priorité gouvernementale sous le Parti libéral?

M. Tanguay : Vous savez, ce qui est important, c'est de regarder la réforme qui est sur la table aujourd'hui. À l'époque... Puis le propos n'est pas de refaire le bilan. Beaucoup de mesures avaient été faites qui n'étaient pas des mesures nécessairement législatives, des mesures administratives. Je vous donne un exemple, le rapport de la Protectrice du citoyen, en 2016, qui disait : Le service aux victimes offert par l'IVAC est déficient. Bien, il y avait eu des directives qui avaient été données et il y avait eu des corrections qui avaient été faites.

Et aujourd'hui vous avez une réforme déposée par Simon Jolin-Barrette qui, en termes de manque d'humanisme, est un récidiviste. Après le PEQ, ce sont les victimes aujourd'hui qui font les frais de ce manque d'humanisme de Simon Jolin-Barrette. Elles sont venues crier haut et fort, elles en veulent une, réforme, c'est très clair. Mais certaines sont même venues dire : Écoutez, avec ce que vous proposez, on serait mieux de ne pas avoir de réforme. Nous du Parti libéral, nous croyons qu'il est à propos d'avoir une réforme. Mais je vais vous donner des exemples tangibles.

Pourquoi faire en sorte qu'une femme à la maison, qui est victime de violence conjugale, qui n'a pas de revenus... Vous savez que la réforme de Simon Jolin-Barrette va venir annuler le fait qu'elle pourrait percevoir 90 % du salaire minimum? Si elle n'a pas de revenus, elle aura zéro puis une barre. Pourquoi annuler chez des victimes, puis Marc Bellemare est venu nous le dire, la possibilité d'avoir une rente viagère? Il a donné l'exemple d'une femme qui travaille dans un restaurant, qui est agressée à sa maison et qui bénéficie aujourd'hui, en vertu du régime actuel, d'une rente viagère, parce que c'est justifié, parce que, pour sa réinsertion, pour qu'elle puisse s'en sortir, elle a besoin de cela. Bien, avec la réforme, on fait une croix là-dessus. Ce sera cinq ans minimum. Après cinq ans, vous vous débrouillez.

Alors, en fin de compte, quand on regarde ça, oui, il y a une réforme, mais on ne peut pas agir de cette façon-là. Et honnêtement, hier, là, Dominique Anglade a interpellé le premier ministre. Vous avez vu l'échange. Vous avez vu l'échange. Ai-je besoin de souligner le manque de compassion, dans ce dossier-là aussi, du premier ministre Legault? Il était clair qu'évidemment il revenait sur le passé, il revenait sur une ritournelle politique et partisane. Les victimes qui écoutaient ça, là, ce n'est pas ce qu'elles veulent entendre de leur premier ministre.

Alors, il est toujours temps pour le ministre de faire en sorte de prendre le temps de consulter. Les organismes sur le terrain nous le disent. Puis, encore une fois, s'il y en a qui plaident pour une réforme puis une bonification, c'est bien eux. Bien, il faut les écouter puis il faut faire preuve d'humanisme, ce qu'on n'a pas.

Mme Gamache (Valérie) : M. Tanguay, vous parlez de la réforme Jolin-Barrette, de son manque d'humanisme, de sa précipitation. Si c'était un autre ministre qui portait ce dossier-là, avez-vous l'impression que ça serait plus facile de le faire avancer? Parce qu'on dirait que vous mettez beaucoup l'accent sur Simon Jolin-Barrette dans ce dossier-là. Est-ce que c'est l'interlocuteur, le problème?

M. Tanguay : Bien, écoutez, Simon Jolin-Barrette, vous savez, jusqu'à maintenant, comme leader, a fait quatre bâillons. Simon Jolin-Barrette, vous avez vu son entêtement sur le PEQ. Quand je dis que c'est un récidiviste en matière d'humanisme, on a à travailler dans une réforme excessivement humaine, excessivement importante, qui change la vie des gens, qui va décider si on vous maintient ou pas dans l'indigence ou dans un… social par une réforme, et, force est de constater, écoutez, on fonctionne à la vitesse grand V, les organismes ont de la misère à suivre, ne sont pas écoutés. Alors, moi, je constate ce que Simon Jolin-Barrette a mis de l'avant comme réformes : des reculs. Puis je constate son entêtement. Hier, on a commencé l'article par article. Imaginez-vous donc, on n'a pas entendu de façon suffisante les organismes, puis Simon, il rédige la loi, puis on passe au vote, puis ils sont majoritaires.

M. Bergeron (Patrice) : …comment vous l'expliquez, vous, le grand V, justement, la vitesse grand V? Pourquoi il faut aller si vite que ça, là? Qu'est-ce qui presse tout à coup, là?

M. Tanguay : Vous pourrez lui poser la question. On n'est pas capables, justement, de voir la logique. Puis vous posez une excellente question. Vous savez que toute réforme peut être rétroactive. Toute réforme. Si on prend le temps de bien penser, la réforme peut être en vigueur pour le passé et faire en sorte qu'il y ait des personnes… Là, à l'heure actuelle, Lau Ga, elle a cessé d'être victime de son proxénète, début 2020. Il n'y a pas de rétroactivité. On l'a demandé autant comme autant. Si Simon Jolin-Barrette voulait entendre raison, être humain, il dirait : Inquiétez-vous pas, Lau Ga, elle sera indemnisée quand on sera à l'article… La porte est fermée. Puis hier, le premier ministre Legault a entériné ce manque d'humanisme là, malheureusement, puis honnêtement c'était triste. Quand on pense aux victimes, là, qu'on a entendues, c'était triste. Puis celles qui étaient à nos côtés, des trois oppositions, vendredi matin, là, sont déboussolées par ça puis ne se l'expliquent pas.

M. Carabin (François) : M. Tanguay, l'avocate de Mamadi Camara estime que l'enquête mandatée hier par Québec pourrait être trop opaque. Est-ce que c'est un avis que vous… En fait, est-ce que… Quels sont les angles morts potentiels que vous voyez dans cette enquête?

M. Tanguay : Bien, écoutez, nous voulons qu'il y ait enquête complète. Nous voulons nous assurer que toutes les questions soient posées et que l'analyse soit faite. Nous voulons que ce soit fait dans un délai qui soit rapide et nous voulons que le rapport soit rendu public.

Lorsqu'on a su, hier… Donc, oui, il y aura enquête au niveau de la police. Et on a vu le communiqué de presse du DPCP, qui est indépendant. Mais le DPCP dit : Moi, je vais collaborer puis je vais communiquer à la personne qui a été nommée, je vais communiquer mon analyse interne. Bien, on veut deux choses : que l'analyse, tant au niveau de l'enquête policière et du DPCP, on veut, on exige et on espère qu'elle sera complète, qu'elle sera rapide et que l'on aura accès. Déjà, on nous a dit : Le rapport va être rendu public en tout ou en partie. Et puis là il y a des critères, évidemment, pour protéger les renseignements personnels et pour ne pas nuire à d'autres enquêtes. Bien, on a hâte de voir, mais il va falloir que ce soit fait de façon complète, rapide et que ce soit rendu public.

Et vous me permettez juste de bifurquer là-dessus. Ce n'était pas acceptable, la réponse de Simon Jolin-Barrette. Vous allez me dire : Vous êtes encore sur le cas de M. Simon Jolin-Barrette. Mais, que voulez-vous, il s'occupe de justice. Il s'est levé en Chambre la semaine passée, quand je lui ai posé la question, puis il a dit : Écoutez, DPCP, qui doit être indépendant mais qui peut faire l'objet de vérification, il a dit, moi, comme ministre, j'ai appelé le DPCP, j'ai posé toutes les questions puis je me me déclare satisfait. Il n'a rien à se reprocher. Ce n'est pas à lui à faire ça. Le politique n'a pas à mettre son nez là-dedans. Ça prend une enquête véritable, indépendante, complète.

La Modératrice : Une dernière, puis on va y aller en anglais.

Mme Gamache (Valérie) : ...juste sur les fusillades de Montréal, bon, il y a eu encore cette fusillade, cette jeune adolescente. Qu'est-ce que vous souhaitez voir mis en place?

M. Tanguay : Écoutez, moi, dans mon comté, dans Rivière-des-Prairies, on en a eu, des fusillades. J'ai parlé au directeur de mon poste de quartier, on a parlé aux élus. On a eu, vendredi... je ne pense pas que c'est sorti public, mais vendredi, pendant deux heures, il y avait Caroline Bourgeois, qui est notre mairesse d'arrondissement, qui s'occupe également... au niveau de l'île de Montréal, dans l'administration Plante, qui s'occupe de la sécurité, s'occupe du SPVM, on a eu une rencontre des organismes communautaires, des trois paliers d'élus et du SPVM, puis on s'est concertés pendant deux heures pour dire : Qu'est-ce qu'on peut faire?

Je pense, ce que je souhaite, c'est qu'il y ait une réflexion mais qu'il y ait des actions en amont, pas juste une répression policière. Mais, en amont, ce qu'on a de besoin pour mon comté, pour Rivière, là, ça prend des organismes comme, je vous le nomme, Équipe R.D.P. Équipe R.D.P., je suis en contact avec eux, c'est des intervenants de rue qui sont capables d'aller voir les jeunes, les moins jeunes, qui ont une approche, capables de comprendre le phénomène, entre autres, de gangs de rue parce que les intervenants sont déjà passés par là. Alors, on va les épauler, on va les outiller. Oui, le SPVM fait partie de la solution, mais les organismes communautaires puis les élus... Et je pense qu'on est rendus là.

Puis d'autres collègues, Frantz Benjamin, entre autres, les collègues également de tout l'Est, là, auront une réflexion pour qu'il y ait, je pense, l'opportunité d'avoir une réflexion puis des pistes d'action communes. Parce que c'est un phénomène sur lequel il faut travailler en amont.

M. Laforest (Alain) : ...Toronto, là. Le phénomène des gangs de rue, c'est très Toronto. Mais là, Montréal, les fusillades, il y en a à répétition, là.

M. Tanguay : Écoutez, c'est très, très, très préoccupant.

M. Laforest (Alain) : Avant, c'était l'exception, là, c'est presque devenu la normale.

M. Tanguay : C'est très préoccupant. Et je vous dirais aussi qu'historiquement il y a des hausses et il y a des baisses. Là, on est dans une hausse. Oui, il y a le contexte de la COVID, et tout ça, mais il y a des phénomènes nouveaux que nous devons documenter, étudier et comprendre. Et je donnais l'exemple d'Équipe R.D.P., qui connaissent, sur le terrain, ce qui se passe, quels sont les phénomènes, les phénomènes de gangs de rue qui évoluent également. Alors, il faut travailler, puis c'est le tissu communautaire, avec la police, mais il ne faut pas que l'approche soit uniquement répression, parce qu'il faut aller à la source, à la racine.

La Modératrice : En anglais.

Mme Senay (Cathy) : …this, what happened in Saint-Léonard and this killing of a 15 year old teenager. The mayor of Montréal, Valérie Plante, has just said that the SPVM will put in place a squad for firearms, active firearms, within two weeks. Is it about time that we have a squad like this?

M. Tanguay : I think that it's very, very important to have the SPVM in action. So, I think that it's a good news. But it's just part of the solution, that being said, it's just part of the solution. You can have repression, you can have a special squad to intervene on the field, but also you have, at the root of these phenomenon's, at the root of these problems... we have to work. We have to work with the local organization, with the volunteers, with those who are, I should say — I put it in these words — specialists regarding this phenomenon of street gangs. And it's important, yes, to intervene with the SPVM. So this is a good news, but, at the end of the day, we have to have a larger thinking and to act at the root of the problem, which is with our kids and this street gangs phenomenon.

Mme Senay (Cathy) : You talked about phenomenon's. It's way easier for a young adult, a teenager, to buy a legal arm, a legal firearm. And on the Web, there are lots of different options. What… to counter that?

M. Tanguay : Sorry?

Mme Senay (Cathy) : What can you do to counter that, this phenomenon of having legal firearms available, easy to buy? And it gives, like, a young adult, like… you know, like, a vibe.

M. Tanguay : So, you are providing us with a very good example regarding the fact that it's a phenomenon with multiple factors. So, the access of legal arms is part of the problem, but also to make sure that our kids, our youth will be able to see a bright future. And, for doing that, it's not a police officer who will help you to see that you can have a good life, a bright future. And be involved with criminal activities, it's a nightmare for you, first, and, after all, for the rest of the people around you and the community. So, it's part of the solution, but again we have to act on multiple factors.

Mme Johnson (Maya) : Bonjour.

M. Tanguay : Bonjour.

Mme Johnson (Maya) : So, yesterday, we heard the Premier suggest that there will be additional measures for spring break. What exactly are you expecting?

M. Tanguay : ...spring break with respect to the COVID? OK. I think that it's very, very important for the Prime Minister to make his decision quickly, based on the scientifical evidence, and to make sure, this is a very, very important part, that it's going to be clearly expressed, clearly stated to the population that : Here what's the plan, here are your obligation as a citizen, and to make sure that people will understand and that it's going to be crystal clear for everyone in order to make sure that we will not see again this catastrophe during the spring break of last year.

Mme Johnson (Maya) : So, in other words, not to simply make a suggestion and say : We recommend that you don't travel between regions, but to make the rules clear...

M. Tanguay : Clear to everyone, without any doubt, and : Here is what you have to say... And if there are things... So it's very important that the message should be as clear as possible, as strongly stated as possible and making sure... And it's, at the end of day, its responsibility to make sure that people will follow the rules. But, first of all, they have to make it clear and they have to communicate it in a fashion that people will understand what is required from them.

Mme Johnson (Maya) : So do you think there should be checkpoints between regions?

M. Tanguay : It's for him to decide this. It's for him to... base on the evidence that is presented by Mr. Arruda and his team. And it goes also for the rest of the population, it goes with respect to the transparency, transparency on which factors, analyses, report, scientifical reports Mr. Legault is basing his decision.

We are asking for a long time more transparency, to publicize the facts on which he's basing his decisions. And it's up to him to decide, yes or no, with respect to what you're suggesting. And if he decided to go ahead with this, he has to make it clear.

Mme Fletcher (Raquel) : On Bill 84, I'm surprised to hear your criticism... Not that I'm surprised to hear your criticism, but I think that the Minister, the way that he presented his ideas, and he also, you know, released at the press... released about the specialized tribunal, the way that he communicated that was : All the parties are on board, we had these reports, we had an expert report, we had a transpartisan committee look into this and we're all on the same page. But you're saying that is not the case.

M. Tanguay : You're talking about which topic?

Mme Fletcher (Raquel) : Bill 84.

M. Tanguay : Bill 84. OK. Bill 84, clearly, the Minister Simon Jolin-Barrette, he has to work more closely with the organizations on the field, organizations, lawyers who are representing the victims. And the strong message that we receive, it's that they have not been consulted for the drafting of this Bill 84. Till this day, there's a lot of issues, very, very important issues with… regarding this Bill 84, and he's not listening. Simon Jolin-Barrette, as we saw in the PEQ, is a recidivist in terms of lacking humanism. He has to respect the organizations that are on the field, representing the victims, he has to talk with them, he has to make sure that he will be correcting his bill, who includes a lot of drawbacks with respect to compensations. It's very important.

Mme Fletcher (Raquel) : You mentioned specifically domestic or sexual violence. And, before Christmas, there was this huge committee that did a lot of work... expert committee that, you know, brought recommendations. So why is this coming up? Why do you feel like the Minister is not taking that into consideration? Because there was a lot of work done on behalf of all the parties. Shouldn't everyone be on the same page now?

M. Tanguay : Yes, but that's what was expected, with respect to this committee and with respect to this report, that the Government, being part of the process, will be on board with respect to the conclusion of that report. And again, I have to pinpoint the example of Lau Ga. She was a victim, but, regarding the fact that they will not have retroactivity, she will not be compensated at the end of the day.

So, the Government has to be really transparent and he has to present a reform that will be something even better for the victims in terms of compensation. But we can see that, for instance, this report, we need to address this and again, Simon Jolin-Barrette has to listen and has to make sure that this reform will be a good one, because, as we speak, there's too many red flags on this.

La Modératrice : Merci beaucoup.

M. Tanguay : Merci.

(Fin à 8 h 30)

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