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Point de presse de Mme Christine Labrie, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’éducation, M. Alexandre Leduc, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de solidarité sociale, et M. Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire du deuxième groupe d’opposition

Version finale

Le mercredi 10 février 2021, 8 h 20

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Huit heures trente minutes)

M. Leduc : Merci beaucoup. Bonjour, tout le monde.

Évidemment, il nous fallait réagir ce matin à l'annonce d'hier de Mme Guilbault sur la manière dont elle a choisi pour enquêter sur l'affaire Camara avec le juge Dionne. Mme Guilbault dit qu'il faut réparer la confiance. Elle a raison. C'est un immense échec institutionnel qu'on a connu dans les deux dernières semaines : six jours passés en prison, faussement accusé. À chaque jour, on apprend des nouvelles histoires, des nouveaux témoins. Bref, j'ai de la misère à me situer dans sa pensée, dans sa peau, comment il a pu vivre ces événements-là. C'est un cauchemar sans nom. Eh oui, elle a raison, Mme Guilbault, il faut rétablir la confiance.

Maintenant, ce qu'on a constaté, ce qu'on a vu, c'est ce que M. Camara dit, ses avocats disent, il n'est pas satisfait de ce qu'il voit, de ce qu'on lui présente comme façon de procéder. Et, quand on veut réparer la confiance, bien, il faut être à l'écoute, il faut écouter. Et nous, ce matin, on écoute et on aimerait que Mme Guilbault, également, écoute. M. Camara, à travers ses avocats, dit qu'il y a quelque chose de trop opaque dans la méthode qu'elle choisit. Il y a quelque chose d'insatisfaisant. On parle donc de rendre cette enquête-là publique et on parle d'avoir un mandat ou un angle qui va traiter de l'enjeu de profilage racial.

C'est la raison pour laquelle on présente donc ce matin une motion sans préavis qui va reprendre ces deux demandes et qui réclame à Mme Guilbault, en quelque sorte, donc, d'entendre, d'écouter ce que demande la famille de M. Camara, de rajouter le caractère public à l'enquête, de s'assurer que ça soit une enquête publique et de rajouter un aspect sur l'enjeu du profilage racial. Et, vraiment, le cauchemar que M. Camara a connu ne doit pas se reproduire.

La police ne vit pas ses heures de gloire, dans les récentes années, au Québec. C'est un euphémisme de le dire. Et il y a des bons gestes qui se posent, des excuses qui ont été prononcées par la direction du SPVM. On les prend. On trouve que c'était la chose à faire. Cela étant dit, il y a des attentes très grandes. La plupart des Québécois qu'on entend veulent une enquête publique, et nous, on est d'accord avec ça. M. Camara la mérite, et c'est la chose à faire pour la suite des choses. Merci beaucoup.

M. Nadeau-Dubois : Merci, Alexandre. Bonjour, tout le monde.

Je veux, pour ma part, vous parler d'une autre affaire, d'un autre scandale, l'affaire Manoir Liverpool. Ce qui s'est passé au Manoir Liverpool doit avoir le même effet sur la classe politique québécoise que ce qui s'est passé au CHSLD Herron. Il faut que le scandale Liverpool soit aux RPA ce que le scandale Herron a été aux CHSLD privés, c'est-à-dire un signal d'alarme qui appelle au réveil collectif de la société québécoise sur ce qui se passe dans les RPA, sur comment on soigne et on héberge les aînés au Québec.

Il faut absolument mettre fin au far west dans le domaine des RPA. C'est un marché en pleine explosion dans les dernières années. Il y a d'énormes empires immobiliers qui sont en voie de monopoliser ce marché et qui font beaucoup d'argent en hébergeant des aînés à très fort prix. Au lieu de se cacher derrière une enquête interne, Marguerite Blais doit poser des gestes immédiats. Elle doit entamer des actions immédiates pour mettre fin à ce far west dans le domaine des RPA. Il y a, dès maintenant, dès aujourd'hui, deux choses que Mme Blais peut faire, et que je lui demande de faire ce matin.

D'abord, elle peut annoncer qu'elle embauche immédiatement davantage d'inspecteurs pour aller dans les RPA du Québec s'assurer que, nos aînés, on en prend soin convenablement. Selon des chiffres de juin dernier, il y a, au Québec, sept inspecteurs pour faire le tour des milliers de RPA québécoises. Pour faire une comparaison, il y a, au MAPAQ, 18 inspecteurs chargés seulement du dossier du bien-être animal. Je veux juste répéter pour que tout le monde comprenne bien. Au Québec, on a sept inspecteurs qui font le tour des RPA et 18 au ministère de l'Agriculture pour s'occuper du bien-être animal. Il y en a plus de deux fois plus sur le dossier du bien-être animal que sur le dossier du bien-être de nos aînés dans les RPA. Ça, la ministre, elle n'a pas besoin d'une enquête pour poser ce geste-là. Elle peut me l'annoncer aujourd'hui au salon bleu : On va embaucher plus de monde.

Le deuxième geste qu'elle peut poser, c'est annoncer la fin des visites annoncées de ces inspecteurs en RPA. Vous savez qu'en ce moment il y a de l'inspection, mais les inspecteurs de CISSS et des CIUSSS appellent dans les RPA avant de se présenter. On sait d'ores et déjà que c'est notamment à cause de ça que la direction du Manoir Liverpool a pu cacher les abus dont étaient victimes les aînés dans leur établissement. Ça aussi, Mme Blais n'a pas besoin d'une enquête de deux mois. Elle peut l'annoncer aujourd'hui à l'Assemblée nationale : On va arrêter d'appeler avant d'aller inspecter les RPA du Québec.

Elle peut poser, donc, ces deux gestes immédiats ici et maintenant, mais elle peut aussi faire une annonce. C'est la troisième chose que je lui demande ce matin. Elle peut annoncer dès ce matin qu'elle s'engage à revoir en profondeur l'encadrement des RPA au Québec. M. Paré, le gestionnaire du CISSS qui était responsable du Manoir Liverpool, a, certes, sa part de responsabilité, mais il a quand même dit quelque chose d'intéressant quand on lui a posé la question. Lui, il a dit : C'est un établissement privé, et moi, en termes de leviers, j'avais peu de choses pour intervenir sur le terrain. Et c'est une situation qu'on constate partout sur le terrain au Québec. La ministre Blais doit annoncer qu'elle va revoir au complet l'encadrement des RPA au Québec, et qu'elle va le resserrer, cet encadrement.

Trois gestes, deux très concrets et immédiats, puis une annonce qu'elle peut faire aujourd'hui, et que je lui demande de faire. Je pense qu'il faut apprendre les leçons de l'affaire Liverpool comme on a appris les leçons de l'affaire Herron. Quand on privatise les soins aux aînés, bien, on se lave les mains de notre responsabilité collective de prendre soin des plus vulnérables. Mme Blais doit arrêter de se cacher derrière une enquête publique. Elle doit faire son travail. En fait, elle n'est pas publique, l'enquête… derrière une enquête interne. Mme Blais doit faire son travail. Puis son travail, c'est quoi? C'est prendre soin des aînés au Québec. Merci.

Mme Labrie : Bonjour. Je vais commencer par faire peut-être un petit rappel, là, de l'ampleur de la crise dans les services de garde actuellement.

À l'arrivée au pouvoir de la CAQ, il y avait 42 000 enfants sur la liste d'attente. Le dernier chiffre qu'on a eu, c'était en août dernier, c'était rendu à 46 000. Pour imager l'ampleur de la situation, si on mettait tous ces enfants-là à deux mètres les uns les autres dans une file d'attente, elle s'étirerait de Québec jusqu'à Baie-Saint-Paul.

On a aussi connu la fermeture de nombreux milieux familiaux dans les derniers mois. Dans la dernière année seulement, c'est 5 000 places qui ont été perdues en milieu familial. Ça, c'est des gens qui en avaient une, place, et qui l'ont perdue. C'est des parents qui ne peuvent pas travailler. Il y a des travailleurs essentiels là-dedans. Il y a des pertes de revenus pour ces familles-là. Chaque session, dans ma circonscription, il y a des étudiants qui annulent leur session en soins infirmiers parce qu'ils n'ont pas trouvé de places pour leurs enfants. Donc, ils doivent reporter leurs projets d'études. Ça, là, c'est l'état de la crise.

On a un ministre de la Famille qui a lancé l'automne dernier un appel de projets pour créer des places, un timide appel de projets, de 4 300 places, qui ne permet même pas de remplacer les places fermées dans la dernière année. Pour vous donner une idée, là, en Estrie, il s'est perdu 600 places dans la dernière année, puis son appel de projets prévoit d'en créer 350 environ, alors qu'il y en avait, de la demande, bien avant qu'on perde des places cette année. La réponse du milieu a été magistrale. Des projets pour créer 17 800 places sont prêts à développer sur le terrain.

Hier, j'ai demandé au ministre Lacombe d'autoriser davantage de projets. Sa réponse a manqué totalement de compassion envers toute la détresse financière et psychologique des familles qui n'ont pas de place en ce moment ou qui ont perdu la leur. Il trouve des prétextes futiles pour refuser d'autoriser davantage de projets, alors que la crise, elle est majeure, et que, sous leur gouvernement, elle s'est accentuée et elle s'accentue encore de jour en jour. De toute évidence, la CAQ manque actuellement de volonté politique pour répondre aux besoins des familles et aussi du marché du travail, parce qu'on s'entend qu'il y a des impacts économiques majeurs à cette crise-là. Et, s'ils veulent faire la preuve du contraire, moi, j'ai trois demandes très, très spécifiques à leur faire.

D'abord, de mettre à jour et de rendre publique l'évaluation des besoins sur tout le territoire du Québec pour tenir compte des fermetures qui ont eu lieu dans les derniers mois. La dernière mise à jour à laquelle on a accès, c'est l'évaluation qui a été faite en 2019.

Ensuite, je leur demande d'autoriser tous les projets déposés qui passent le test de l'évaluation, et ce, jusqu'à ce que la demande soit comblée pour les territoires où se situent ces projets-là.

Et, troisièmement, je leur demande de lancer un appel de projets dans tous les territoires qui étaient exclus jusqu'à maintenant, et il y en a beaucoup. Notamment, la région de Montréal et de Laval était exclue. Le Saguenay—Lac-Saint-Jean au grand complet était exclu. Limoilou était exclu. Plusieurs territoires en Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine étaient exclus. Donc, ce sont des territoires qui n'ont pas pu déposer de projets, et pour lesquels la demande, elle est aussi très grande. Ce sont des régions qui ont aussi connu des fermetures dans les derniers mois. Et, jusqu'à maintenant, hier, en tout cas, le ministre n'a pas démontré aucune ouverture à combler les besoins de ces régions-là.

Mme Gamache (Valérie) : Mme Labrie, puisque vous êtes là, concernant les bulletins puis, bon, toute la question de la pondération également de ces bulletins-là, vous avez eu une rencontre hier avec M. Roberge. Il a sa propre compilation des notes. Est-ce que ça vous a satisfait, ce qu'il vous a présenté hier?

Mme Labrie : Il avait des données très décevantes, je dois dire, qui ne faisaient que dresser un portrait global de la situation du Québec, alors qu'on aurait besoin d'entrer dans les détails.

Par exemple, il était incapable de nous dire s'il y avait un écart dans les taux de réussite entre les milieux favorisés et défavorisés, entre la région de Montréal, qui n'est pas retournée en classe ce printemps, et les autres régions, pas de données sur l'écart entre les garçons et les filles au niveau de la réussite, pas de données sur les écarts entre les écoles privées et les écoles publiques.

Donc, ce sont des éléments d'information dont on aurait besoin. Il avait seulement des données sur les taux de réussite. Donc, ça veut dire qu'il est seulement en mesure de savoir les élèves qui passent ou qui ne passent pas jusqu'à maintenant. Je pense que la réussite éducative, ça s'évalue par d'autres critères que celui-là. On n'a aucune idée en ce moment de quel est le portrait. Est-ce qu'il y a une diminution des moyennes, par exemple? Est-ce qu'il y a une augmentation de l'écart type par rapport à la moyenne? C'est des informations que le ministre n'avait pas.

Mme Gamache (Valérie) : Donc, est-ce qu'il sera capable de prendre des décisions, notamment quand on parle de pondération des bulletins, face aux éléments sur lesquels il peut se baser?

Mme Labrie : Je trouve qu'il est très très mal équipé pour prendre ces décisions-là en ce moment. C'est un problème récurrent, le manque de données, dans le réseau de l'éducation. Puis d'ailleurs, pour avoir ces données-là que… Je vais le laisser lui-même les présenter. Vous pourrez lui poser toutes vos questions. Mais il s'est basé sur un échantillon. Il était incapable, là, d'obtenir les données pour l'ensemble du réseau.

M. Laforest (Alain) : M. Nadeau-Dubois, le premier ministre, hier, a commencé à préparer le terrain, là, pour la semaine de relâche en disant qu'on allait augmenter les mesures. Selon vous, est-ce qu'on doit mettre des barrages, entre autres, pour les régions, pour les protéger, mais surtout entre le Québec et l'Ontario, là? Parce qu'il y a eu des variants qui se sont déplacés, semble-t-il, par transmission communautaire, là, ce n'est pas encore très clair, et qui pourraient venir de l'Ontario. Vous vous situez où, à Québec solidaire, par rapport aux barrages puis par rapport aux frontières avec les autres provinces?

M. Nadeau-Dubois : Le statu quo est impossible. On ne peut pas vivre une semaine de relâche sans qu'il n'y ait aucun contrôle, aucun encadrement des déplacements interrégionaux, et j'inclus là-dedans les déplacements entre l'Ontario et les régions limitrophes au Québec. Il faut trouver une solution. Les barrages policiers, c'est une option. Mais, s'il manque de policiers, moi, j'invite le gouvernement du Québec à faire preuve d'originalité. Est-ce que ça pourrait être des points de contrôle par des employés de la Santé publique, par exemple, ou de d'autres agences publiques?

Moi, je pense que, là, on est en temps de crise. Il faut réfléchir en dehors des sentiers battus. Et, si Mme Guilbault dit : On manque de policiers, bien, il y a d'autres solutions. Moi, je refuse de croire qu'il n'y a pas de solution. Je refuse de croire qu'on va vivre une semaine de relâche avec des familles qui se promènent partout, au Québec, de zone orange en zone rouge… et amener le virus avec elles. C'est tout simplement inimaginable pour moi.

Et je ne peux pas m'empêcher, quand même, de rappeler que, dès que le premier ministre a annoncé des assouplissements régionaux dans les mesures de confinement, à Québec solidaire, dès ce matin-là, on l'a dit, qu'il fallait faire quelque chose au niveau des déplacements interrégionaux. Ça a pris une semaine de délai pour que la CAQ réalise son oubli. Mieux vaut tard que jamais. Mais là, maintenant, la semaine de relâche, c'est l'échéance absolue pour trouver une solution.

M. Larin (Vincent) : …le gouvernement ne fait plus confiance à la population?

M. Nadeau-Dubois : Est-ce que le gouvernement...

M. Larin (Vincent) : Parce que, là, je veux dire, on parle de barrages pour éviter les déplacements en région, le couvre-feu. Il y avait une manifestation en fin de semaine pour décrier la gestion policière de la crise. On est beaucoup dans l'approche coercitive. Est-ce que le gouvernement n'a plus confiance en les Québécois pour simplement respecter les consignes sanitaires, vous trouvez?

M. Nadeau-Dubois : Je pense que le gouvernement s'est coupé d'une bonne partie de la société québécoise dans sa gestion de crise. Le gouvernement s'est coupé des syndicats, des travailleurs, travailleuses de la santé, notamment en balayant du revers de la main leur demande d'être mieux protégés sur le terrain, dans les hôpitaux et les CHSLD. Il s'est coupé d'une partie du milieu communautaire en ignorant leurs demandes. Il s'est coupé des partis d'opposition en refusant de dévoiler les avis de la Santé publique, en refusant de les rendre publics.

Et cette attitude de gestion de crise, dans un bunker ultracentralisé autour du premier ministre et de ses conseillers en communication, ça a eu un impact sur la confiance des gens puis sur l'adhésion des gens envers la Santé publique. Et je pense qu'en vue d'une... Bien, d'abord, la deuxième vague n'est pas terminée. Puis, en vue d'une potentielle troisième vague, il faut que le gouvernement refasse ses devoirs sur le plan de la transparence et de l'écoute. Quand on n'écoute pas la population, quand on n'écoute pas ce qui se passe sur le terrain, oui, on abîme la confiance et on abîme l'adhésion des gens.

M. Bergeron (Patrice) : …vous avez déjà évoqué un resserrement éventuel. Vous avez parlé, donc, de plus d'inspecteurs. Mais à quoi pourrait ressembler un encadrement plus serré, sur le plan législatif, des résidences pour personnes âgées? Parce qu'il s'agit effectivement d'établissements privés. C'est comme des gros blocs appartements, mais avec des personnes âgées, là.

M. Nadeau-Dubois : C'est un vaste dossier. Je pourrais vous faire une très longue réponse, mais il y a...

Une voix : ...

M. Nadeau-Dubois : Oui, c'est ça. C'est toujours un défi pour moi, puis ce n'est pas parce que... c'est parce que j'ai toujours beaucoup de choses à dire.

D'abord, sur la question des embauches, les embauches en RPA sont très peu réglementées à l'heure actuelle. Sur la question des salaires, les salaires sont très peu réglementés dans les RPA. Le recours aux agences de placement est très peu réglementé. Les RPA font un grand recours aux agences de placement, ce qui provoque, devinez quoi, du déplacement de personnel d'un établissement à l'autre, et ce qui peut contribuer à la transmission du virus. Sur le plan des soins, également, il faut savoir que, dans une RPA, il peut y avoir toutes sortes de choses, hein?

Donc, par exemple, au Manoir Liverpool, il y avait des places et des chambres, disons, de RPA classiques, mais il y avait aussi des places qui étaient achetées par le public puis qui étaient des places de ressources intermédiaires. Il faut comprendre que, pour le personnel, pour les préposés, dans ces RPA-là, souvent, ces employés-là ne savent même pas dans quelle chambre ce sont des résidents de RPA et dans quelle chambre ce sont des résidents de RI. Donc, comment savoir quels soins donner à quelles personnes? Comment savoir comment approcher chacun de ces aînés-là?

Le milieu des RPA, là, c'est un far west, c'est le bordel, et il faut mettre de l'ordre là-dedans, parce qu'en ce moment on vit une explosion du domaine des RPA. Il y a de très puissantes corporations immobilières qui ont flairé la bonne affaire et qui se sont lancées dans la construction d'empires immobiliers de RPA, et tout ça se fait avec très peu de réglementation gouvernementale.

M. Lacroix (Louis) : M. Legault a laissé planer...

M. Nadeau-Dubois : J'ajoute un dernier exemple, les loyers. Les loyers, en RPA, sont très peu réglementés. D'ailleurs, si le RPA a été construit dans les cinq dernières années, et il y en a beaucoup, des RPA récentes, au Québec, flambant neuves, devinez quoi, il n'y a aucune restriction pour l'augmentation des loyers.

M. Lacroix (Louis) : M. Legault avait laissé planer, quand il y a eu l'histoire de Herron, à Montréal, la possibilité de privatiser, entre autres, les CHSLD conventionnés.

M. Nadeau-Dubois : Nationaliser.

M. Lacroix (Louis) : De nationaliser, excusez-moi.

M. Nadeau-Dubois : Là, j'aurais fait une longue réponse.

M. Lacroix (Louis) : De nationaliser, une excellente question, d'ailleurs, qui avait été posée par je ne rappelle plus qui. Alors, est-ce que c'est... Depuis ce temps-là, on n'en a pas entendu parler. Est-ce que ça...

M. Nadeau-Dubois : Bien, vous parlez de ma question en Chambre, bien sûr, sur la nationalisation? Non, mais, quant à se lancer des fleurs, on est tous capables.

M. Lacroix (Louis) : …en premier.

M. Nadeau-Dubois : Alors, je pense que cette crise-là doit nous faire apprendre la leçon. Le soin des aînés, au Québec, c'est trop important pour être laissé au secteur privé. C'est vrai pour les CHSLD privés et c'est vrai pour les RPA. Il y a des RPA, là, où c'est presque juste des blocs appartements, mais il y a aussi des RPA où on donne des soins de santé à nos aînés. Au Québec, on a fait le choix que la santé, c'était public. Je ne comprends pas pourquoi on laisse le secteur privé s'emparer de cette partie-là des soins aux aînés au Québec. Et le Manoir Liverpool est un cas d'école en quoi le privé est un problème. Pourquoi? Parce que ça fait en sorte que le gouvernement… même pas, que, comme société, collectivement, on se décharge de notre responsabilité de protéger les aînés les plus vulnérables.

M. Bergeron (Patrice) : Le président du regroupement des RPA dit que, bon, il s'en est fermé beaucoup dans les dernières années. Il s'est perdu beaucoup, beaucoup de places. Puis il n'y a plus de développement parce qu'il disent qu'ils perdent de l'argent à cause du niveau de soins qui augmente constamment. Donc, ce n'est plus payant. Donc, il n'y a plus d'investissement. Ce n'est pas si payant qu'on veut le laisser croire, par exemple.

M. Nadeau-Dubois : Bien, d'abord, dans le domaine des RPA, il faut bien faire attention, hein, il y a plusieurs types de RPA. Il y a, en ce moment, dans plusieurs régions, en effet, des fermetures de petites RPA, surtout des RPA tenues par des familles particulières ou des RPA qui sont des OBNL. Ça, c'est vrai que, dans plusieurs régions, il y a ce problème-là. Mais, pendant ce temps-là, les grands empires des RPA, les Chartwell, Cogir, Réseau Sélection et Groupe Maurice de ce monde, ces entreprises-là, elles sont en explosion.

Donc, attention quand on dit que les RPA ont besoin d'aide, les petites RPA familiales ou sans but lucratif, peut-être, mais les énormes empires immobiliers, comme Chartwell, pas du tout. Et, surtout, je répète ce que je vous ai dit hier, si on souhaite augmenter le crédit d'impôt aux aînés pour aider les aînés qui font le choix de rester à domicile, c'est très bien. À Québec solidaire, on ne va jamais être contre le fait d'encourager le maintien à domicile des aînés. Mais attention à ne pas subventionner indirectement les grands empires des RPA comme ça.

Et c'est quoi, la manière de s'assurer que ça n'arrive pas? Bien, c'est — je reviens sur ce que je vous ai dit aujourd'hui — d'instaurer une réglementation claire des RPA, notamment sur la question des loyers, parce que, si vous écoutez les déclarations des représentants des grandes RPA, ils ne s'en cachent même pas, ils disent : On a besoin d'augmenter les loyers, mais les aînés sont trop pauvres, donc augmentez le crédit d'impôt, comme ça, ça va donner aux aînés les moyens de nous payer des loyers plus élevés. Il faut quand même être un peu culotté, là.

La Modératrice : On va passer en anglais, s'il vous plaît.

M. Laforest (Alain) : Juste une petite dernière. M. Leduc, il est seul sur le coin de la porte.

M. Leduc : Il y avait l'air d'avoir un party. On n'était pas invité, là…

M. Laforest (Alain) : Je ne sais pas si ma question est excellente, mais je vais vous la poser quand même. Concernant le profilage racial, pourquoi aller dans cette direction-là, selon vous?

M. Leduc : Je pense que je comprends mal votre question.

M. Laforest (Alain) : Vous avez demandé une enquête publique concernant ce qui s'est passé à Montréal, l'affaire Camara. Pourquoi inclure le volet du profilage racial?

M. Leduc : Bien, parce qu'on ne peut pas faire autrement. On n'est pas en train de décider d'avance s'il y a eu ou pas du profilage racial. On est en train de constater que beaucoup de personnes se posent la question. On se pose la question, nous aussi, et c'est quelque chose d'assez sain dans une démocratie, surtout si on veut rétablir la confiance d'une institution qui est en situation d'échec à plusieurs égards. Posons-nous la question. Enquêtons avec cet angle-là. N'évacuons pas, d'emblée, cette question-là. Qu'elle soit une partie prenante de l'enquête. On verra le résultat. S'il n'y en a pas eu, de profilage racial, tant mieux, mais ne cachons-nous pas la tête dans le sable, là. C'est un enjeu central. C'est un enjeu important de l'enjeu de la police au Québec. Puis, dans cette situation-là, comme beaucoup d'autres intervenants, la question se pose.

La Modératrice : On va passer en anglais.

Mme Senay (Cathy) : Ms. Labrie, the Education Minister is set perhaps to speak today or soon about what's the weight he will give to the first report card. We know a bit about the failure rate from different media yesterday, high school students. The failure rate for mathematics is 20%. French is quite high too. Do you have the impression that the Education Minister's role is to dedramatize the situation to parents? Some of them are panicking right now.

Mme Labrie : Well, what I can say for the moment is that the data of the Minister, it's not the same portrait that we have heard about in the last days. It's not the same portrait of the situation. So I will let the Minister himself present his data, but his portrait is not as...

Mme Senay (Cathy) : Accurate, his portrait is more positive than what the situation is?

Mme Labrie : His portrait is very positive, yes. His portrait is positive, but there is a lack of analysis in his portrait. We don't have the portrait between the regions and Montréal. We don't have the portrait for private schools and public schools, for example. We need more data that what he has for the moment, and we ask him for more data, but it will take a few weeks more.

Mme Senay (Cathy) : On the Liverpool saga, yesterday, Mr. Dubé said he is basically asking for an independent inquiry. So it's not an internal one, it's an external one. Don't you think that it's enough because the CISSS has done its investigation already? So now we're doing a second investigation. But you believe that the Manoir Liverpool's story should shake things up with private residences for seniors?

M. Nadeau-Dubois : The Liverpool saga has to be the equivalent of the Herron saga last spring. It has to be a wake-up call. It has to be a collective wake-up call about why have we left the care for elderly people massively to the private sector in the last years, in the last two decades. We're not against an independent inquiry, but there are immediate actions that Mme Blais can do right now.

First action she can do this morning, she can tell me she will hire more inspectors for private residences. People don't know, but there are, at the moment, only seven inspectors. Those are the numbers from last June. Last June, there were only seven inspectors for all Québec in terms of inspecting private residences for elderly people. There are more than twice as much at the Agricultural Ministry for animal welfare. There are 18 of them for animal welfare. That number alone should shock us. And Mme Blais should say : Well, I don't need a public inquiry to know it's not some... It should not be like that. She has, today, to announce she will hire more inspectors for private residences.

The second thing she can do is say : Well, we will stop calling the residences before we inspect, because we already know that it was one of the ways the management of the Liverpool Manoir was able to hide the problems in their residence.

So hire more inspectors and stop calling before you go in and inspect, those are two concrete things Mme Blais can announce today.

Mme Fletcher (Raquel) : …is about March break. You guys have been calling for checkpoints. Yesterday, you heard the Premier speak about March break. It's still very unclear what his plan is. He says he wants to bring in more measures, but, at the same time, some red zones might go to orange. What did you make of his messaging yesterday about his concerns about March break?

M. Nadeau-Dubois : I don't understand why it took so long for Mr. Legault to get to that conclusion. The next morning after he announced that there would be a regional flexibility around confinement measures, Québec solidaire said, that morning, you know, you can't do a difference between regions and put no control at all on the movements between the regions.

And, for us, spring break is the absolute, absolute delay to announce measures to control transportation between regions, and that includes transportation between Ontario and regions of Québec that are on the border with Ontario. And, if Mme Guilbault says there's not enough police, there are other options on the table. We could ask for Public Health agents to do those checkpoints. We could ask other agents of the State.

So we have to think outside the box. We have to find solutions. Police checkpoints are, of course, one of the options, but there are other options. The only option which should be eliminated is the status quo, because we cannot have a spring break that will be the launchpad of a third wave of the pandemic.

Mme Johnson (Maya) : And what about the strategy of preparing Quebeckers for the possibility that there could be more measures? Just in terms of the delivery, we're not ruling it out, what do you make of that? Why not just announce the measures right away?

M. Nadeau-Dubois : Well, I think Mr. Legault realizes that he forgot something last week when he announced that there would be a flexibility between regions. He realized that he forgot the critical issue of the transportation between the regions. So, now, he's preparing public opinion to announce what he should have announced last week, which is : There will be rules about the transportation between regions.

Mme Johnson (Maya) : And one final question, just about the inquiry that will be launched into the Camara case, what are you hoping to see come out of the inquiry? And do you have confidence that it could potentially address the issue of racial profiling or the possibility of systemic racism?

M. Leduc : I don't want to conclude myself about an inquiry that is about to start. So let the inquiry start, and we'll see what are the conclusions. What I'm sure, though, is it needs to talk about racial profiling. It's a big issue in the police institution in Québec, in Montréal. I guess, even the CAQ Government recognizes it. And I'm pretty sure there'll be a big chapter on it in the famous «livre vert», the green book we're waiting for, maybe in May. There will be something about racial profiling. Otherwise, it will be a wrong paper to read.

It's an essential issue. Let's not fear it, let's not hide from it. Let's confront it, let's talk about it. And I think it's the same thing to do in a democracy, to ask those questions, to get an inquiry to ask those questions and to be public about it. That was not the case within the «livre vert». It wasn't a public reflection, a public discussion. Let's be public about it for the inquiry about Mr. Camara's incident.

La Modératrice : Merci beaucoup.

M. Leduc : Bonne journée, tout le monde.

(Fin à 9 h 2)