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Conférence de presse de Mme Manon Massé, cheffe du deuxième groupe d’opposition et M. Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire du deuxième groupe d’opposition

Version finale

Le mardi 26 janvier 2021, 11 h

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Onze heures trois minutes)

Mme Massé : Oui, bonjour, tout le monde. Je ne sais pas si ça fait le même effet, mais je suis tellement contente de vous voir en personne, pas dans une petite case, vraiment contente de commencer cette nouvelle session, cette nouvelle année, d'ailleurs, avec vous. Je vous en souhaite une bonne, la meilleure possible, en se souhaitant collectivement qu'on aura atteint des plateaux où on pourra se retrouver tout le monde ensemble parce qu'on est des êtres de socialisation. Alors, écoutez, non, je ne suis pas venue pour vous raconter ça ce matin, mais je suis quand même très heureuse d'être là avec vous.

Vous savez, notre première priorité de la session parlementaire, puis d'ailleurs c'est la priorité numéro un de tout le Québec, c'est la situation d'urgence dans laquelle on se retrouve, la situation d'urgence dans laquelle se retrouvent nos hôpitaux. Dans les dernières semaines, les Québécois et Québécoises ont fait des efforts incommensurables pour essayer de faire leur bout du contrat moral. Et, oui, la contagion a baissé, c'est un fait, à l'heure où on se parle. Mais, sur le terrain, dans nos hôpitaux, la pression, elle, elle ne baisse pas aussi vite. Il manque encore des milliers de bras. Nos soignantes continuent de tomber au combat. Le délestage continue puis laisse tomber des patients et des patientes.

Pendant que le premier ministre demande au monde d'en faire plus, son gouvernement, lui, n'en fait pas assez. Il laisse des ressources essentielles sur la table. Et ça, ça n'a plus de bon sens, ça ne peut plus durer. Il refuse d'amener des renforts qui vont… qui pourraient faire toute la différence sur le terrain. Le monde sur le terrain nous le disent, qu'ils ont besoin d'aide, qu'ils ont besoin de soutien, qu'ils ont besoin de renfort.

Alors, j'ai beaucoup de respect pour M. Legault, mais ce n'est plus en jouant son rôle de bon père de famille qu'on va sortir le Québec de la situation. Ce qu'on a besoin présentement, c'est un commandant qui dit au privé, aux entreprises privées : Aïe! gang, on est en guerre, puis il est temps que vous fassiez votre effort vous aussi.

M. Nadeau-Dubois : C'est dans esprit-là, la semaine dernière, ou il y a deux semaines, en fait, que Québec solidaire, vous en avez été témoins, a levé le voile sur le fait qu'il y a encore beaucoup de capacités médicales qui ne sont pas utilisées, des capacités médicales dans les cliniques privées. Aujourd'hui, on fait une deuxième proposition qui va dans la même direction. Tout le monde le sait, là, ce n'est pas un secret, le talon d'Achille principal du réseau de la santé, à l'heure actuelle, c'est le manque de personnel. Il faut ajouter des bras à notre effort de guerre contre la pandémie.

Et il n'y a pas 45 solutions. On ne peut pas faire pleuvoir des inhalothérapeutes, on ne peut pas faire sortir de terre des infirmières, on ne peut pas en former non plus en quelques semaines à peine. Mais ce qu'on peut faire, c'est mieux utiliser les ressources qu'on a déjà, c'est mettre à contribution tout le monde de manière équitable. Et pour faire ça, bien, il faut impérativement mettre fin à l'hémorragie de personnel du public vers les agences privées de placement.

Il y a énormément de voix sur le terrain qui le disent, je pense notamment au Dr Marquis, à Maisonneuve-Rosemont, qui a lui-même sonné l'alarme il y a quelques semaines sur cette question-là, on ne peut plus tolérer que des milliers d'employés de notre réseau public quittent vers des agences de placement. C'est ce que demande Québec solidaire aujourd'hui. Il est temps de mettre fin au buffet à volonté des agences de placement. La CAQ doit adopter un décret pour mettre au pas les agences privées dans le réseau de la santé. C'est essentiel.

Concrètement, ce décret-là doit faire deux choses. Premièrement, mettre fin au phénomène de «cherry picking» auquel se livrent les agences privées. Il faut obliger les agences de placement privées à assurer une continuité de service dans les établissements de santé. Ce doit être une condition quand un établissement de santé public signe un contrat avec une agence. Les agences doivent fournir du personnel quand nos hôpitaux en ont besoin, pas juste quand ça fait leur affaire, y compris le soir, y compris la nuit, y compris la fin de semaine.

Cette obligation-là, là, cette obligation d'assurer une continuité de service, elle figure déjà dans les contrats que signe le réseau de la santé avec les entreprises de services ambulanciers. Alors, si on l'exige pour ces entreprises-là, on a le pouvoir de l'exiger également pour les agences de placement de personnel. Quand on laisse, comme en ce moment, là, les agences privées faire la fine bouche et choisir seulement les meilleurs quarts de travail, bien, qui est-ce qui se ramasse avec le temps supplémentaire? Les soignantes du réseau public, qui sont déjà exténuées.

Deuxièmement, ce décret doit imposer des contrats d'une durée d'un mois minimum pour le personnel des agences de placement. Pourquoi? Bien, parce qu'après 10 mois de pandémie il y a encore des infirmières et des préposés qui changent de lieu de travail à chaque jour, il y a encore du déplacement de personnel. Les agences de placement en sont en partie responsables, et c'est un risque de contagion évident en plus de déstabiliser les équipes de travail puis d'alourdir la charge du personnel de la santé dans le réseau. Parlez à n'importe qui sur le plancher d'un hôpital ou d'un CHSLD, et ils vont vous le confirmer. Il faut de toute urgence stabiliser le réseau de la santé puis arrêter d'agir à la petite semaine. Mettre au pas les agences privées de placement de personnel, c'est une des manières d'y arriver.

Troisièmement, pour freiner cette hémorragie de personnel du public vers les agences privées, on demande à la CAQ d'envoyer un signal fort qu'il va faire le ménage dans les conditions de travail et que le gouvernement va les améliorer significativement, notamment sur le plan des horaires de travail puis de la charge de travail. Parce qu'en ce moment notre réseau public est enfermé dans un cercle vicieux infernal. Plus les conditions de travail sont pénibles, plus il y a de travailleurs qui désertent vers les agences, et plus il y a de travailleurs qui quittent, bien, plus on a besoin des agences pour les remplacer, et ça instaure un cercle vicieux absolument infernal. Il faut casser ce cercle vicieux là parce qu'en ce moment tout le monde y perd, tout le monde est perdant. Le réseau manque de personnel, les équipes de soins sont constamment déstabilisées, constamment exténuées, et on envisage encore, au moment où on se parle, des scénarios de triage avancé tragiques.

Les seuls qui s'en tirent bien dans la situation en ce moment, là, les seuls qui tirent leur épingle du jeu, c'est les agences privées, qui vont faire des profits records cette année en louant des infirmières 150 $ de l'heure au réseau public. Je vous rappelle que, selon les données du mois de décembre du ministère de la Santé et des Services sociaux, le Québec achète deux fois plus d'heures aux agences de placement depuis le début de la pandémie. C'est ça que je veux dire quand je parle d'hémorragie. L'estimation du ministère en date de décembre, là, c'est que 14 millions d'heures... 13,6 millions d'heures, pour être exact, vont être achetées aux agences de placement dans la... ont été achetées aux agences de placement dans la dernière année. Ça, c'est l'équivalent de 7 500 postes à temps plein. C'est énorme. C'est beaucoup trop. Ça déstabilise nos hôpitaux et nos CHSLD.

Donc, oui, on a un gros problème de main-d'oeuvre, c'est vrai, mais c'est notamment parce que, depuis 10 mois, le réseau public finance sa propre compétition. Le gouvernement finance, avec des fonds publics, des entreprises qui drainent le réseau de son personnel pour mieux lui relouer en faisant un profit au passage. C'est juste insensé. Avec Québec solidaire, après la pandémie, nous allons proposer que les agences de placement soient abolies. La solution à terme, là, c'est ça, c'est l'abolition des agences de placement. Ça n'a pas sa place dans un réseau de santé public.

En attendant, il faut, au moins, les empêcher de nuire à notre effort contre la COVID-19, et c'est la proposition qu'on fait aujourd'hui, un décret d'urgence pour mettre au pas les agences privées et, au moins, s'assurer qu'elles ne nuisent pas à notre lutte contre la pandémie. Je pense que c'est une question de gros bon sens.

On a tous vu, d'ailleurs, la nouvelle publicité du gouvernement où on voit une infirmière exténuée qui demande aux gens de respecter les règles et elle demande aux gens surtout de ne pas faire d'exception aux règles. Mais le gouvernement de la CAQ doit être cohérent et arrêter de faire des exceptions avec le privé en santé, arrêter de faire des exceptions pour les cliniques privées, notamment les cliniques esthétiques, et arrêter de faire des exceptions avec les agences de placement privées. C'est bien et c'est correct de responsabiliser les individus. Ce qu'on demande, aujourd'hui, au gouvernement, c'est de prendre ses responsabilités à lui. Être dur avec les itinérants, c'est facile, c'est des gens sans défense. Être dur avec le réseau privé, avec les entreprises privées, c'est moins dans les habitudes de François Legault, mais c'est pas mal plus efficace pour lutter contre la pandémie. Et qu'on soit de droite ou de gauche, en temps de crise, je pense que c'est la chose à faire. Merci.

Le Modérateur : Nous en sommes maintenant à la période de questions. Je cède la parole à Claudie Côté, TVA.

Mme Côté-Chabot (Claudie) : Bonjour à vous. Bon, vous avez dit, votre priorité numéro un, c'est la situation d'urgence sanitaire qu'on vit à l'heure actuelle. J'aimerais vous entendre sur l'après-8 février. Là, il y a beaucoup de spéculations. Est-ce qu'on devrait, oui ou non, moduler les mesures en fonction des régions? Selon vous, quels devraient être les critères, là, pour jeter un peu de leste sur les mesures sanitaires?

M. Nadeau-Dubois : Les mesures mur à mur sont rarement une bonne chose sur un territoire aussi vaste que le territoire québécois. Moi, j'invite le gouvernement à tenir compte des appels qui viennent de plusieurs régions en ce moment. Je parlais, ce matin, à ma collègue Émilise Lessard-Therrien, qui est députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue, et c'est ce qu'elle nous disait aussi, là, il faut que la CAQ tienne compte des réalités régionales. Moi, j'ai été content d'entendre le directeur national de la santé publique dire exactement ça hier, qu'ils envisageaient de moduler par région. Je pense que c'est une bonne nouvelle.

Mme Côté-Chabot (Claudie) : J'aimerais aussi vous entendre sur la vente de produits essentiels, là. Il semble y avoir, bien, certaines incohérences, difficultés pour les Québécois qui veulent acheter, par exemple… On parlait souvent des mitaines, là, c'est l'exemple qui est donné. Est-ce que, là aussi, le gouvernement devrait revoir sa liste de produits essentiels? Est-ce qu'on devrait faciliter la vente de certains produits?

M. Nadeau-Dubois : Moi, j'ai entendu, plus tôt aujourd'hui, le ministre Fitzgibbon dire qu'il faisait confiance aux entreprises pour déterminer ce qui essentiel ou pas. C'est très révélateur comme déclaration. De toute évidence, ce gouvernement-là a une confiance infinie pour le secteur privé. C'est au gouvernement de prendre ses responsabilités puis de donner des règles claires.

Et il y a une chose qui m'apparaît évidente, c'est que, si on prolonge les mesures après le 8 février, il va falloir tenir compte des besoins des gens. Mais je ne ferai pas avec vous ce matin une liste de ce qui est essentiel ou pas. Ce que je pense, c'est que c'est la responsabilité du gouvernement de faire cette liste, pas au secteur privé.

Le Modérateur : Hugo Pilon-Larose, La Presse.

M. Pilon-Larose (Hugo) : Bonjour. Concernant la rentrée parlementaire, qui est supposée se tenir la semaine prochaine, êtes-vous confiants que la période de questions pourra avoir lieu au salon bleu? Est-ce que, pour vous, c'est un must que ça commence la semaine prochaine?

M. Nadeau-Dubois : Moi, je pense que la démocratie ne peut pas être une des victimes de la pandémie. C'est dans cet esprit-là que je négocie avec mes homologues leaders parlementaires. Je pense que les Québécois ont des questions, ils s'attendent à ce que l'opposition joue son rôle démocratique. Il va falloir trouver une manière de faire fonctionner l'Assemblée nationale pour qu'on joue ce rôle, les oppositions et les représentants des médias, et je pense qu'un scénario 100 % virtuel ne le permettrait pas. Je pense qu'il va falloir trouver une formule hybride avec certaines activités en présentiel, certaines activités en virtuel. Je pense qu'on est capables de se parler, entre partis politiques, on est capables de trouver une solution qui va bénéficier à la démocratie québécoise. Mais, bien sûr, tout ça va se faire en fonction des consignes de la Santé publique, parce que, ça, c'est une règle d'art qu'il ne devrait pas y avoir d'exception pour les politiciens. Donc, on va suivre la Santé publique sans sacrifier la démocratie.

M. Pilon-Larose (Hugo) : Sur votre annonce...

Mme Massé : Si vous permettez. Le bureau du leader, effectivement, fait... font leur travail — les bureaux de leader. Mais je peux vous dire que c'est aussi une question dans laquelle on a été clairs et fermes, lors de nos discussions avec le bureau du premier ministre, c'est-à-dire qu'il ne faut pas que ça devienne une façon simple, pour le gouvernement de la CAQ, de faire disparaître d'un coup de baguette les oppositions. Au contraire. On l'a démontré, cet automne, que c'était possible en respectant à la lettre la Santé publique. Si la Santé publique nous dit qu'il faut rajouter des Plexiglas, on va le faire. Mais je pense que la démocratie ne peut pas disparaître.

M. Pilon-Larose (Hugo) : Concernant votre annonce du jour, vous avez décrit le cercle vicieux de l'utilisation des agences de placement pour les infirmières en disant qu'au cours de la dernière année, donc, si j'ai bien noté, c'est l'équivalent de 7 500 postes à temps plein, là, vraiment, qui ont été utilisés avec...

M. Nadeau-Dubois : En termes d'heures de travail ajoutées, oui.

M. Pilon-Larose (Hugo) : En termes d'heures de travail ajoutées, exactement. Est-ce que votre décret... Avez-vous l'assurance que le décret d'urgence que vous souhaitez que le gouvernement adopte ne pourrait pas créer davantage de nuisance? C'est-à-dire est-ce que, si on adopte un décret comme ça, on va vraiment ravoir 100 % des infirmières qui travaillent en agence ou est-ce qu'il n'y en a pas un nombre qui pourraient dire : Bien, moi, je vais aller faire autre chose dans la vie, à ce moment-là?

M. Nadeau-Dubois : Bien, l'objectif de notre décret, j'ai pris la peine de le préciser. Tu sais, nous, notre... Je reprends. Nous, notre proposition, à terme, lorsque la crise va s'être apaisée, c'est l'abolition des agences de placement. C'est une distorsion dans notre système de santé qui ne sert personne, sauf les propriétaires d'agences. Mais ça, demain matin, là, ce n'est pas le temps de faire ça parce que ça va bouleverser les équipes de travail sur le plancher des hôpitaux. Donc, l'objectif de notre décret, c'est au moins d'égaliser la situation entre les agences de placement puis le réseau public.

M. Pilon-Larose (Hugo) : La question est exactement ça. Si on égalise la situation, est-ce qu'il y a des infirmières qui vont dire : Bien, moi, rendu là, j'ai quitté le réseau public pour ne plus vivre ça, je vais aller faire autre chose?

M. Nadeau-Dubois : Oui. Moi, je pense qu'en répartissant mieux la charge de travail tout le monde va s'en sortir gagnant. Je ne pense pas qu'on va assister à un exode si on va dans ce sens-là.

D'ailleurs, la demande qu'on fait aujourd'hui au gouvernement du Québec, la proposition qu'on formule, ça fait des mois que les travailleurs, travailleuses sur le terrain la réclament. Ça fait des mois que les infirmières, que les inhalothérapeutes, que les préposés le disent : Aidez-nous à travailler ensemble, aidez-nous à travailler avec la main-d'oeuvre qui vient des agences de placement plutôt que l'une contre l'autre, parce qu'en ce moment, quand il y a du temps supplémentaire obligatoire, c'est toujours les mêmes qui écopent. En répartissant mieux la charge de travail, on va pouvoir... on va soulager, je pense, l'ensemble du réseau puis on va soulager tout le monde.

Par ailleurs, j'attire votre attention sur le troisième élément dont je vous ai parlé. On ne peut pas adopter ce décret-là sans améliorer de manière générale les conditions de travail. Ça tombe bien. Il y a des négociations en ce moment même entre le gouvernement et les syndicats dans le réseau de la santé. Donc, nous, ce qu'on demande, c'est un décret pour freiner l'hémorragie et, en parallèle, un signal clair envoyé au monde que les conditions générales vont s'améliorer pour tout le monde.

Et je pense qu'en agissant comme ça, on pourrait dire la carotte et le bâton, bien, on va être capables de mieux utiliser le personnel dans le réseau de la santé, parce que, moi, ça fait deux semaines que je suis sur le téléphone à parler, notamment, à des médecins sur le plancher des urgences, et ce qu'ils nous disent, c'est : L'explosion des agences dans le réseau, ça nous empêche de faire notre travail. Ça crée énormément d'instabilité dans les équipes. C'est pour ça qu'on demande un mois minimum pour le personnel d'agences dans un même établissement, parce que ça bouleverse toujours les équipes de travail. Vous avez toujours du nouveau monde qui se présente le matin pour travailler. Il faut, à chaque fois, reprendre la formation, à chaque fois, réorganiser le travail. Puis, en plus, ça fait porter le fardeau de la crise sur le personnel qui reste dans le réseau public.

Dans le fond, en ce moment, on désincite les gens à rester dans le réseau public avec le fonctionnement actuel. Ça fait que le gouvernement est artisan de son propre malheur en finançant sa propre compétition.

Le Modérateur : Mylène Crête, Le Devoir.

Mme Crête (Mylène) : Sur un déconfinement modulé en fonction des régions, comment est-ce que ça devrait fonctionner, selon vous? Quelles mesures est-ce qu'on peut appliquer où?

M. Nadeau-Dubois : Moi, je ne m'improviserai pas directeur national de la santé publique pour dire exactement dans quelle région il devrait y avoir quelle mesure. Ce que je pense, par contre, c'est que le mur-à-mur, dans un territoire aussi vaste que le Québec, ce n'est pas viable. C'est une situation qui évolue rapidement, il faut que la Santé publique et que le gouvernement du Québec s'adaptent. Puis moi, ce que j'ai entendu dans les dernières heures, c'est que c'est ce qu'ils envisagent de faire. Donc, c'est une bonne nouvelle.

Mme Crête (Mylène) : Sur la levée du couvre-feu, là, qui était initialement prévue le 8 février, est-ce que vous pensez que c'est une bonne idée de le lever comme ça à cette date-là? Parce que s'il y avait une autre flambée, est-ce que même le gouvernement pourrait reprendre une mesure comme ça pour limiter la propagation du virus? À un moment donné, les Québécois vont se tanner, là.

M. Nadeau-Dubois : Je ne suis pas sûr de comprendre votre question exactement.

Mme Crête (Mylène) : C'est : Si on lève le couvre-feu le 8 février, c'est difficile de le reprendre par la suite, si jamais il y avait une autre flambée de cas de COVID-19.

M. Nadeau-Dubois : Le manque de transparence de la CAQ fait en sorte que, moi, je n'ai pas accès à des données qui me permettent de dire s'il faudrait ou non prolonger le couvre-feu après le 8 février. Ce que je sais, par contre, c'est que c'est primordial qu'on conserve l'adhésion des gens. Il faut que les gens croient à l'effort de guerre et sentent que cet effort de guerre, il fonctionne. Donc, quelle que soit la décision sur le couvre-feu après le 8 février, cette décision-là doit être mieux expliquée que la dernière fois et mieux justifiée scientifiquement que la dernière fois.

Parce que j'attire votre attention quand même sur un certain paradoxe. Quand on a annoncé le couvre-feu, on nous a dit : On n'a pas de preuve scientifique que ça va fonctionner, et, quelques jours plus tard, on nous dit qu'on a des preuves que ça fonctionne. Ce n'est pas très cohérent comme message. Ce qu'on demande, c'est que peu importe ce qui se passera après le 8 février, il faut que ça soit bien expliqué de manière transparente puis en s'appuyant sur la science.

Mme Crête (Mylène) : Merci.

Le Modérateur : Olivier Bossé, Le Soleil.

M. Bossé (Olivier) : M. Nadeau-Dubois, vous le dites, vous-même vous avez demandé des preuves que le couvre-feu, ça donne quelque chose. On vous a rétorqué que dire ça, c'est tomber dans le jeu du complot ou... Est-ce que vous avez des réponses sur le couvre-feu? Est-ce qu'aujourd'hui vous êtes à mieux de dire : Bien, il y a des preuves qui appuient ça?

M. Nadeau-Dubois : D'abord, il y a des données... il existe des données scientifiques préliminaires, certes, mais quand même, qui permettent d'évaluer l'efficacité de certaines mesures de confinement. D'ailleurs, dans la lettre ouverte que Manon et moi, on a signée, on faisait référence à une de ces études-là qui est parue dans la revue Nature. Donc, ce n'est pas vrai qu'il n'y a aucune indication scientifique, nulle part sur la planète, de qu'est-ce qui fonctionne et qu'est-ce qui ne fonctionne pas.

Moi, ce à quoi je m'attends comme responsable en matière de santé pour Québec solidaire, c'est que la prochaine fois qu'on fasse une annonce sur le couvre-feu, ce soit plus clair exactement sur quel raisonnement scientifique on s'appuie, parce que l'argument de la communication, l'argument de dire : Ça va envoyer un signal, il est valide, mais il est incomplet. Je pense que les décisions politiques doivent s'appuyer sur la science.

Et moi, je m'attends à ce que le gouvernement fasse un effort supplémentaire pour mieux expliquer scientifiquement ses décisions, tout en sachant qu'il n'y a pas de recette parfaite, qu'aucun pays n'est arrivé à la recette miracle pour lutter contre la COVID. Il y a quand même des travaux scientifiques sur ces questions-là. Puis moi, je m'attends à ce que le gouvernement, par respect pour l'intelligence des Québécois et des Québécoises, explique mieux ses décisions.

Mme Massé : Et peut-être que je rajouterais là-dessus… Il y a notamment des données sur les relations entre les corps policiers et les itinérants, itinérantes, qui s'appelle le profilage social. Ça, ça a été démontré. Et, depuis deux semaines et demie maintenant, on demande clairement au premier ministre d'exclure les itinérants, itinérantes du décret sur le couvre-feu parce que ça fragilise cette population particulièrement vulnérable.

Alors, je ne voudrais pas que ma société fonctionne dans du deux poids, deux mesures. Si, effectivement, et Gabriel l'a dit, par rapport au couvre-feu, il y a une poursuite quelconque, il va falloir bien saisir… il va falloir que ce soit argumenté, et ça sera la seule façon d'avoir une adhésion, vraiment, de la population.

M. Bossé (Olivier) : Vous disiez tantôt que les seuls gagnants, ce sont les propriétaires des agences privées. Je voudrais vous dire que les infirmières qui sont au privé, elles sont gagnantes aussi parce qu'elles ont les horaires qu'elles veulent, alors que, là, vous dites : Il faut les punir d'être allées au privé.

M. Nadeau-Dubois : Quand on parle aux gens qui font le choix d'aller vers les agences privées, ce qu'ils nous disent, c'est que ce n'est pas un choix facile, parce que, oui, il y a plus de flexibilité au niveau des horaires en agence, mais il y a moins d'avantages sociaux. Donc, quand les gens quittent vers les agences, ce n'est pas pour abandonner le public parce qu'ils n'y croient plus, c'est parce que les conditions sont tellement difficiles que ça devient une bouée de sauvetage. Ça fait que, pour que cette bouée de sauvetage.

Ça fait que pour que cette bouée de sauvetage là devienne moins attrayante, la solution, c'est de calmer la tempête dans le réseau puis envoyer un signal, pendant qu'on est en négociation, qu'on va améliorer les conditions, qu'on va donner un break à ces femmes-là, qu'on va leur permettre une charge de travail plus humaine. Bien, c'est une manière de rendre moins attirantes les agences de placement.

Et l'autre partie de ma réponse, ce serait de vous dire : C'est quoi, l'alternative? Est-ce que l'alternative, c'est de continuer l'hémorragie? Est-ce que l'alternative, c'est de continuer à perdre du monde vers des agences privées?

Les agences privées sont mortes de rire. Plus les gens sont en détresse, plus leur modèle d'affaires est attirant, puis plus ils font du profit. Puis c'est qui qui paye pour ça? C'est les travailleuses puis c'est les contribuables qui financent, par leur argent, la compétition au réseau public. C'est une logique complètement viciée, et il faut la briser. D'ailleurs, le ministre de la Santé ne nie pas que les agences de placement sont un problème, hein? La dernière fois, il a utilisé l'expression «mal nécessaire». Tout le monde sait que c'est un problème.

Là, qu'est-ce qu'on fait? Nous, on fait une proposition sérieuse aujourd'hui, applicable demain matin, qui permettrait de donner un peu d'air aux soignantes qui sont au milieu de la tempête dans notre réseau de la santé. Puis ces femmes-là en ont besoin. Parce que, oui, il y a une baisse de cas, mais on n'est pas sortis des turbulences dans le réseau de la santé. La situation reste critique et elle va l'être un bon moment. Puis par ailleurs, même quand le taux d'hospitalisations va continuer à descendre, nos hôpitaux, là, on ne les fermera pas pour donner des vacances à tout le monde, là. Il va falloir rattraper toutes les chirurgies, notamment, qui ont été délestées. Les gens dans le réseau de la santé, ces femmes-là, là, elles ne sont pas sorties du bois. Il faut les aider. Et la proposition qu'on fait aujourd'hui, c'est en pensant à elles puis en pensant aux gens qui ont des chirurgies délestées puis qui espèrent un réseau de la santé fonctionnel quand la crise va s'apaiser.

Le Modérateur : Valérie Gamache, Radio-Canada.

Mme Gamache (Valérie) : J'aimerais ça, vous entendre sur les mesures à prendre envers les voyageurs qui voyagent à des fins de plaisir et d'agrément. On comprend qu'actuellement… le premier ministre Trudeau n'a pas, encore aujourd'hui, fait d'annonce en ce sens-là. Premièrement, qu'est-ce que vous attendez, peut-être, du fédéral, là-dessus? Mais surtout, devant le fait que ça ne semble pas avancer de ce côté-là, qu'est-ce qu'on fait au Québec?

Mme Massé : Bien, écoutez, on a, encore là, un exemple où M. Legault souhaite, demande, implore le gouvernement Trudeau d'agir, alors que… Bien, il pourrait, par exemple, au-delà de dire : Bien, vous savez, les voyages non essentiels, vous devriez les éviter, ce n'est pas une bonne idée, qui est quand même un discours qu'on entend depuis quelque temps, il pourrait, par exemple, donc, je vous donne un exemple, dire : Bien, nous, au Québec, on veut même envoyer un signal fort, ce qu'on souhaite, c'est que... Ce qu'on souhaite, c'est-à-dire que le gouvernement avance cette idée, de dire : Toutes les entreprises aériennes ou agences de voyages qui, elles, ne semblent pas tenir compte de cet avis fait par la Santé publique et par le gouvernement du Québec parce qu'elles offrent des forfaits vacances pour la semaine de relâche qui s'en vient, qu'elles offrent des combos réduits pour attirer les gens dans leurs voyages non essentiels… bien, je pense que le gouvernement du Québec, sous toute sa légitimité, de compétence, au Québec, devrait dire : Bien, nous, là, ça, ce n'est pas accepté. On interdit la promotion des voyages dans ces entreprises-là. On interdit les combos. Et, en fait, ce qu'on dit aux Québécois et Québécoises, mais surtout aux entreprises : Bien là, vous ne ferez pas exprès pour ramener le monde en vacances.

Ça fait que ça, tu vois, c'est un geste que pourrait poser le gouvernement du Québec, qu'il aurait pu poser, et qu'on souhaite qu'il pose, parce que les semaines de relâche s'en viennent, et on pense que ça, c'est possible, pas juste attendre après M. Legault, mais agir sur notre propre base.

Mme Gamache (Valérie) : Et cette semaine de relâche là, est-ce qu'il faut l'annuler?

Mme Massé : Bien, écoutez, on le sait, comment toute la situation concernant nos enfants est très préoccupante, comment les impacts de cette pandémie-là… a eu des impacts sur nos enfants, etc., sur nos familles, tout ça. La santé mentale, c'est quand même quelque chose d'important. À cette étape-ci, moi, je n'ai pas de données à l'effet qu'il faudrait abolir la semaine de relâche, au contraire. Mais, ceci étant dit, je pense que le gouvernement du Québec, en matière de déplacements à l'extérieur du Québec, pourrait agir notamment sur les agences et les compagnies aériennes de la façon dont je vous l'ai dit.

M. Nadeau-Dubois : Et moi, j'ajoute sur la semaine de relâche… Bon, il faut quand même se rappeler, la semaine de relâche, ce n'est pas seulement une pause pour les enfants, hein? C'est aussi une pause pour les enseignantes, des enseignantes qui sont, elles aussi, exténuées, fatiguées, notamment parce qu'elles ont maintenant un fardeau supplémentaire, celui de gérer des mesures sanitaires dans leurs classes. Je pense que ces femmes-là méritent cette semaine pour reprendre leur souffle et, je pense, ça doit faire partie des critères pour prendre cette décision-là. Elles méritent une semaine pour reprendre leur souffle. Puis également ce n'est souvent pas une semaine de congé, hein, pour les enseignantes, c'est souvent une semaine pour faire de la préparation pour le reste de l'étape. Donc, moi, je pense également à ces femmes-là puis je pense qu'elles méritent de souffler un peu.

Le Modérateur : Geneviève Lajoie, Journal de Québec.

Mme Lajoie (Geneviève) : Bonjour. Vous avez dit... vous vous êtes montrés heureux, tout à l'heure, que le gouvernement, justement, se montre ouvert à faire... voyons, excusez-moi, à faire en sorte que certaines régions puissent peut-être avoir moins de mesures après... à moduler, finalement, c'est le mot que je cherchais, à moduler en fonction des régions les mesures sanitaires après le 8 février. Mais justement qu'est-ce qui doit être d'abord rouvert? On doit alléger quoi exactement d'abord?

M. Nadeau-Dubois : Je n'ai pas les compétences des responsables de la Santé publique pour faire cette liste-là. Ce que je pense, c'est que le mur-à-mur sur un territoire aussi grand que le territoire québécois, ça peut faire un temps, mais qu'inévitablement, à terme, ça crée des déséquilibres puis des iniquités pour certaines régions. Donc, moi, je ne m'improviserai pas dessinateur de mesures de confinement, là, je fais confiance à la Santé publique pour faire ça. Mais le principe de base, c'est que, là, il y a des régions qui appellent à cette flexibilité, qui appellent à cette intelligence pour dire : O.K. est-ce qu'on peut voir comment moduler selon les régions?

Moi, aux dernières nouvelles, ce que j'ai entendu, c'est que cet appel est en train d'être entendu par le gouvernement. Puis, oui, c'est une bonne nouvelle. Je pense que c'était la moindre des choses. Puis on ne va pas se cacher de dire qu'on est d'accord avec le gouvernement quand on trouve qu'ils font... quand ils font du bon travail. Puis, là-dessus, de montrer cette ouverture-là envers les régions du Québec, je pense que c'est une bonne décision.

Mme Lajoie (Geneviève) : Mme Massé, vous avez parlé, donc, de punir, d'une certaine façon, les... ou en tout cas d'interdire la promotion des combos dans le Sud pour la semaine de relâche, donc punir un peu, d'une certaine façon, les agences de voyages puis les compagnies aériennes qui se livreraient à ça. Mais de quelle façon le gouvernement pourrait faire ça?

Mme Massé : Il peut le faire par décret. Il peut le faire par décret. C'est-à-dire toute la question de protection du consommateur, et tout ça, c'est vraiment de compétence du Québec. Alors, il pourrait tout simplement décréter qu'avec, bien sûr, et ça on vous le dit souvent, des balises claires, je ne sais pas, des... pas juste une question de dates, mais sur quel... à partir de quel moment il pourrait lever cette mesure-là. L'idée, ce n'est pas de le faire ad vitam aeternam, là. On le sait, qu'il y a des moments clés qui s'en viennent, dont, notamment, la semaine de relâche. Il pourrait, dans le cadre de ces deux semaines là, dire : Bien, c'est interdit. Et ça se fait par décret.

Mme Lajoie (Geneviève) : Peut-être juste une précision. Vous ne vouliez pas, vous, M. Nadeau, tout à l'heure, Nadeau-Dubois, tout à l'heure, nommer les biens essentiels, là, qui devraient peut-être être disponibles pour les Québécois. Mais est-ce que vous admettez tout de même que les vêtements pour enfants devraient être dans les biens essentiels?

M. Nadeau-Dubois : La logique élémentaire serait de dire : Plus les mesures s'étendent dans le temps, plus c'est possible que des gens aient besoin de certaines choses. Parce que se priver de faire certains achats pendant deux semaines, ce n'est pas la même chose que se priver de faire ces achats-là pendant deux mois. Donc, ça, je pense que c'est une logique élémentaire.

Donc, moi, je m'attends à ce que, si on prolonge les mesures après le 8 février, on applique cette logique-là puis qu'on refasse l'exercice pour voir : O.K., là, ça fait maintenant un mois, qu'est-ce qu'on peut faire entrer dans le panier des biens essentiels? Je pense que c'est une question de logique, mais c'est aussi une question d'être connectés sur les gens puis sur leur réalité.

Des fois, il y a certains achats qui peuvent attendre, des fois, c'est plus compliqué. Je pense que les vêtements pour enfants, c'est un bon exemple, là. Puis moi, j'invite le gouvernement à se mettre dans les souliers d'une famille normale, qui a des besoins normaux, puis de moduler la chose pour que ce soit réaliste pour les gens puis que ce soit applicable.

Après ça, moi, je suis aussi conscient de l'importance de conserver une équité entre les grands détaillants puis les petits commerces indépendants. C'est notamment pour ça qu'on a établi cette liste-là, et il faut que ça fasse aussi partie des critères. Il faut que ce qui est bon pour pitou soit bon pour minou, puis que ce qui est fermé à un endroit ne soit pas disponible ailleurs. Donc, ce n'est pas une équation simple à résoudre, je le reconnais, mais là il faut penser aux familles ordinaires, qui ont des besoins normaux, et si on prolonge après le 8 février, refaire l'exercice pour s'assurer que ce soit logique, là. Puis, oui, les vêtements pour les enfants, c'est un exemple de biens où, là, plus le temps s'allonge, plus ça peut devenir compliqué pour les familles, là.

M. Bergeron (Patrice) : Si vous me permettez, maintenant, une question, Patrice Bergeron de LaPresse canadienne, avant qu'on passe en mode virtuel, concernant, donc, la possibilité que le Parlement ne siège qu'en virtuel, qu'est-ce que vous avez compris de la recommandation de la santé publique, qui, apparemment, suggérait, donc, que ce soit uniquement virtuel? Et quel est l'état actuel des négociations qui sont faites entre les leaders?

M. Nadeau-Dubois : Bien, en effet, là, on a reçu cette recommandation de la part de la Santé publique au tout début de janvier, là, la première semaine de janvier, puis, à ce moment-là, on a pris la décision, les quatre formations politiques, que les travaux parlementaires, pour le mois de janvier, seraient en virtuel. C'est pour ça que les commissions parlementaires, dans les dernières semaines, se sont tenues de manière virtuelle. Donc, la recommandation à cet effet-là, elle a été suivie.

Maintenant, la situation a beaucoup évolué depuis, pour le mieux, même si on ne se... Même si l'optimisme est prudent, il y a quand même eu une amélioration, le développement technologique s'est poursuivi à l'Assemblée. Donc, on continue d'avoir des discussions avec la Santé publique pour voir maintenant, en fonction de la nouvelle situation épidémiologique, en fonction des nouvelles capacités technologiques de l'Assemblée nationale, qu'est-ce qu'on peut faire en virtuel puis qu'est-ce qu'on peut faire en présentiel en ajoutant des mesures sanitaires. Moi, je ne vis pas dans un monde où il y aurait deux possibilités, soit du 100 % virtuel soit du «business as usual». Je pense qu'il y a entre les deux toute une série de scénarios qui sont possibles.

Puis, nous, on va faire preuve de la flexibilité maximale pour permettre de trouver un scénario où on a un bel équilibre entre le respect des directives de la Santé publique puis le fonctionnement de la démocratie québécoise. Puis moi, je suis convaincu qu'on va arriver à une entente, je suis confiant qu'on va arriver à trouver cet équilibre-là, notamment parce que la Santé publique nous a assuré qu'elle allait nous accompagner dans ce travail-là pour qu'on trouve le meilleur scénario possible.

M. Bergeron (Patrice) : Concernant enfin la question du décret sur les agences, est-ce que vous avez vérifié la validité juridique d'un tel décret qui pourrait être par exemple contesté?

M. Nadeau-Dubois : Tout à fait. Dans le fond, il y a deux éléments clés dans ce décret qu'on demande au gouvernement du Québec. Le premier élément, c'est d'étendre l'obligation d'assurer une continuité de services aux agences privées. Donc, en ce moment, cette obligation d'assurer une continuité de services, cette obligation-là pèse uniquement sur les épaules du personnel du réseau public. Nous, on dit : Cette obligation-là doit être étendue à tout le monde, elle doit figurer dans les contrats que signe le réseau public avec les agences de placement. La raison pour laquelle on est confiants que c'est tout à fait légal et constitutionnel, c'est que dans les contrats signés entre le réseau public et les entreprises de services ambulanciers, cette condition-là, elle est là. Évidemment, on n'accepte pas que les entreprises privées de services ambulanciers choisissent les quarts de travail où elles fournissent des ambulances. Ce serait absurde de leur permettre cette flexibilité-là. Ce serait absurde de leur permettre ce «cherry picking»-là au niveau des horaires. Donc, nous, on dit : Si c'est légal, et légitime, et normal de le faire pour les ambulanciers, faisons-le pour les agences de placement. Donc, c'est légal, c'est une pratique qui existe. C'est juste une question de volonté politique puis de compassion à l'égard des femmes qui sont sur le terrain.

Deuxième élément de notre décret, c'est l'obligation d'avoir des contrats d'une durée d'un mois. Donc, ce qu'on souhaite éviter, c'est quoi? C'est le roulement infernal qu'on voit actuellement dans le réseau de la santé, où des gens vont travailler un jour ici, un jour là, puis ça bouleverse constamment les équipes de travail. Ça rend le travail très compliqué sur le terrain. Nous, on dit : Si les agences veulent fournir du personnel, qu'elles le fassent, mais qu'elles le fassent pour des durées minimales d'un mois. C'est des obligations qui existent déjà dans certains contrats entre certains CISSS, CIUSSS et certaines agences de placement, sauf qu'en ce moment ce n'est pas obligatoire. Donc, certains CISSS, certains CIUSSS inscrivent cette obligation-là dans les contrats qu'ils signent avec des agences, mais pas tout le monde. Nous, on dit : Il faut, par décret, que ce soit obligatoire. Vous signez un contrat, c'est pour un mois. Ça suffit, les portes tournantes entre les hôpitaux puis entre les CHLSD.

Donc, c'est des dispositions qui existent déjà ailleurs. Elles sont légales, elles sont constitutionnelles, elles sont solides.

Le Modérateur : Et, avant de passer à l'anglais, maintenant, une question virtuelle de notre collègue François Carabin, du Journal Métro, à Montréal.

M. Carabin (François) : Oui, bonjour à vous deux. Merci de prendre mes questions. J'aimerais vous entendre, je ne sais pas si ça serait Mme Massé ou M. Nadeau-Dubois, sur les demandes de l'alliance des professeurs de Montréal. Ce matin, vous avez peut-être vu qu'ils réclament le départ du ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge. Faites-vous partie de ceux qui pensent également que M. Roberge a fait son temps comme ministre de l'Éducation?

Mme Massé : Bien non. Écoutez, ça, ça sera au premier ministre de considérer si son ministre fait de façon satisfaisante sa job ou non. Mais il y a une chose qui est évidente, c'est que la relation de confiance entre le ministre de l'Éducation et les gens sur le terrain, les profs, plusieurs directions aussi, ça, là, ça ne passe plus.

Alors, il y a tout un travail qu'il a à faire, M. Roberge, pour retrouver la confiance des enseignantes. Puis je pense qu'entre autres ça réside dans le fait que, vous savez, le réseau de l'éducation, ça fait quand même un bout, là, qu'on sait qu'il est en déficit de ressources humaines, au niveau des bâtiments, on en passe, bon, etc. Et, au moment où les enseignantes, notamment, levaient le flag pour dire au gouvernement : Vous devez nous aider à reconstruire notre réseau de l'éducation, bien, la lubie du ministre Roberge, c'étaient les maternelles quatre ans, c'était la gouvernance des commissions scolaires, alors que les profs sur le terrain disaient : Non, nous, ce qu'on a besoin, c'est de professionnels qui nous accompagnent, ce qu'on a besoin, c'est de pouvoir faire notre job adéquatement.

Alors donc, je pense qu'il y a un travail de confiance qui est brisé. Et là, bien, c'est au premier ministre d'évaluer si, effectivement, c'est raccommodable, cette affaire-là, là.

M. Carabin (François) : Merci. Et, sinon, j'aimerais revenir sur un autre sujet. Vous faisiez, avant les vacances, beaucoup référence à la santé mentale des Québécois. Vous avez fait plusieurs demandes sur ce sujet-là. Maintenant qu'on sort, là, d'un mois et plus de confinement, quel portrait faites-vous de la santé mentale des Québécois?

M. Nadeau-Dubois : Moi, je ne suis ni psychologue ni travailleur social, mais je sais lire, et les statistiques que je lis, elles sont encore extrêmement inquiétantes. Et je pense qu'il faut se mettre les yeux devant les trous, là. Les conséquences de cette pandémie sur la santé mentale des Québécois et des Québécoises, elles ne vont pas s'évanouir au moment où les mesures de confinement vont tomber. Les pots cassés, on va devoir les réparer dans les prochaines années, pas seulement dans les prochaines semaines.

Et, en ce moment, on a un gouvernement qui, d'une part, joue encore sur les mots et refuse de reconnaître qu'il y a une crise de santé mentale et, d'autre part, propose, comme remède à cette crise qu'ils ne reconnaissent pas, des choses qui sont sympathiques puis qui ne sont pas nuisibles mais qui ne sont pas à la hauteur de la situation. Mettre au coeur de notre approche les fameux autosoins, là, dont on commence à apprendre l'existence dans l'espace public, c'est essayer de guérir un cancer avec de l'homéopathie, là. Ça ne marchera pas. Il faut un remède à la hauteur du mal, et ça, ça veut dire un chantier urgent d'embauche massive de ressources dans le secteur public, de psychologues dans le réseau public, de professionnels dans le réseau public pour faire baisser les listes d'attente.

Quand vous parlez aux gens sur le terrain, là, ce que les psychologues vous disent, là, c'est qu'en ce moment on leur fait faire des téléphones pour conseiller aux gens de s'inscrire sur la plateforme Web du gouvernement. Et c'est pratique pour le gouvernement parce qu'à partir du moment où les gens ont reçu ce coup de téléphone ils ne sont plus officiellement sur la liste d'attente. Pourtant, ça ne veut pas dire que ces gens-là vont mieux.

Donc, cette approche-là, elle est à revoir. Il faut que l'embauche de ressources en santé mentale dans le réseau public, ce soit une priorité nationale pour 2021 et pour les années subséquentes. Et on ne fera pas de raccourci là-dessus. On n'y arrivera pas sans embauche massive.

Le Modérateur : Nous en sommes maintenant aux questions en anglais, avec Maya Johnson.

Mme Johnson (Maya) : Hello. You said that wall-to-wall measures are really a good idea for a territory as vast as Québec…

M. Nadeau-Dubois : A bad idea.

Mme Johnson (Maya) : It's a bad idea, you're saying. But how, then, do you deal with the problem that's created when people from one zone then travel to another region and then create outbreaks there?

M. Nadeau-Dubois : It's a very good question. I don't think it is possible to have a regional flexibility without addressing the question of the transportation between the regions. I think those two issues have to be taken together. So, if we want to have a multilevel approach, a regional approach, the Government needs also to think about what should be restricted in terms of going from a region to another. I think it's a pretty simple logic that, if you want to make certain differences between the regions, well, then, you should give very clear and coherent indications to the population about what… How do you say «déplacements»? I'm looking for that word, «déplacements».

Mme Johnson (Maya) : I'm thinking, moving around.

M. Nadeau-Dubois : Moving around. So, if you want…

Mme Johnson (Maya) : I can't think of one term specifically.

M. Nadeau-Dubois : It's not transportation. It's a bit too technical. But if you want to have a multilevel approach and a regional approach, you have also to give very clear and coherent indications to the people about how can they move around and how can they move across the territory.

Mme Johnson (Maya) : Do you have any suggestions?

M. Nadeau-Dubois : It's not my job to do that specific plan. I don't have the competences to do it. But I do hear, I do hear the calls of the civil society and the elected officials in a lot of Québec regions. I was talking to my colleague, Émilise Lessard-Therrien, just a few minutes ago about that, and it is one of the regions where people are looking towards the Government, and they are expecting an approach that will, you know, take in consideration their reality. And their reality is different from the reality of another region. And I think, in a so vast territory as Québec, now that the stats are little bit better, it's a good thing to have that flexibility about the regions.

Mme Johnson (Maya) : Yesterday, Paul St-Pierre Plamondon criticized the Government's communication strategy. He even went so far as to call it propaganda. Where do you stand on that?

M. Nadeau-Dubois : Well, you know, when I was talking about the importance of having the National Assembly working and doing its job in the next weeks, it's a way for us to say that we also think that democracy is important, and that the counterbalance of power is important, especially, especially in a crisis such as this one.

But, you know, I think Québec solidaire has been able, in the last weeks, to do its job. I think we were able to do our job as an Opposition. We were the first to put the finger on the problem of private clinics still operating business as usual. We have a very good, I think, and concrete proposition today also. So I think it's possible for Oppositions to play a role. I think it's possible for us to have a contribution to the public debate. It's a challenge because of the unusual circumstances, but I don't think it's impossible for us to do our job and to have a presence in the public debate.

Le Modérateur : Maintenant, question pour Cathy Senay, CBC.

Mme Senay (Cathy) :Prime Minister… Well, good day, first of all. Prime Minister Justin Trudeau was just holding a press conference and he's not ready yet to impose more restrictions for travellers, for nonessential trips. Looking at the situation with the variant coming to Canada, how do you think Québec should fight, like, the fact that nonessential travellers, perhaps, are coming back and they are infected by COVID-19? So, what Legault should do today?

M. Nadeau-Dubois : Well, we were not able to watch Mr. Trudeau's press conference for very obvious reasons, but… And I think we expect the federal Government to do something about this, and to give clear indications to people, and to say what is forbidden and what is permitted. But it's beginning to be a habit, from Mr. Legault's part, to just pray for the federal Government to solve the problems.

First, I hope it will help him realize the limits of being only a province, but secondly, I think he has more power than he thinks to solve that problem. For example, he could get tough on airline companies and on travel agencies, to ask them to stop promoting behaviors that are clearly discouraged by the Public Health authorities. Right now, you have businesses doing promotion and trying to encourage people to travel, so that means encouraging actively people to do something that public authorities are saying we should not do.

So, once again, Mr. Legault is very tough on ordinary people, but he seems more hesitant when it comes to getting tough on private companies that are not contributing to our collective efforts.

Mme Senay (Cathy) : Yesterday, we learned that the SQ will now have the responsibility of double-checking the quarantine of travelers coming back, helping the federal authorities that are in charge already. They are having robocalls, they are having this form that you have to fill every day when you're coming back. Do you think it's a good thing or, like definitely, the federal is not doing what it should be doing now?

M. Nadeau-Dubois : Well... I mean, it's better than nothing, but it's not enough, and we're seeing it. Health, you know… Public Health authorities in Québec, in Canada and all over the world are deeply concerned by this new variant of the virus. So that brings a lot more attention on the issue of non-essential travels. And we know one thing for sure, the actual model of running behind the people when they come back from a non-essential travel, that model does not work.

Mme Senay (Cathy) : It's not strict enough?

M. Nadeau-Dubois : It's just not working. We've seen hundreds of personal stories where people say they haven't been called or they've been called on their cellphones. I mean, calling someone on a cellphone in 2021 is not a very effective way to make sure they stay at home.

Le Modérateur : J'ai maintenant une toute petite dernière question en anglais de Raquel Fletcher, en mode virtuel, de Global.

Mme Fletcher (Raquel) : Bonjour. Good morning. My first question is about the return to session next week, on February 2nd. What are you envisioning or what would your ideal be in terms of a combination between in person question period or in person committees and virtual committees? What are you hoping that looks like starting next week?

M. Nadeau-Dubois : Hello to the dog who is accompanying you to the press conference.

Mme Fletcher (Raquel) : Sorry. She's always quiet until I have to ask a question, and then she is not.

M. Nadeau-Dubois : I have the same problem with my cat but it's more a visual problem than a sound problem. But to answer your question, I do not… I refuse to think that there are only two scenarios, a scenario where the Assembly would be 100 % virtual and a scenario where the Assembly would work business as usual. I think there are a multiplicity of scenarios. We could do some things, for example, some activities in parliamentary commissions on a virtual platform. We could do some other activities, for example, the question period, in presence. And we are, right now, in a very positive and constructive dialogue with the public health authorities and Mr. Arruda himself to find that middle ground, to make sure that democracy will work, but public health authorities will be comfortable with the way it works.

So, I am confident that we will reach an agreement. I think we are on a good track and we are exploring a lot of scenarios. And we should be able to have a definitive answer in the next days, because we hope to get back to work here as soon as next week.

Mme Fletcher (Raquel) : My second question is about the February 8th date. I know that you've said on a couple occasions that you don't have the data and the stats that you would like, the transparency you would like from the Government. That being said, we do see the numbers going down. What would you like to hear from the Government, on February 8th, to determine whether or not the curfew and the other measures should continue? Do you follow my question? Like, what do we need to know on February 8th? What are you hoping to hear as a justification for either one of those decisions?

M. Nadeau-Dubois :You know, what we expect from the Government of the Coalition avenir Québec is to be clearer that time than last time. What we expect them to do is to justify their decisions with scientific data. There is no perfect recipe, but there is scientific data that is available to justify some decisions and others. And I think it's a very simple thing to ask, as an Opposition party, in the middle of such a crisis, for the political decision to be motivated by scientific reasoning and scientific data. I think it is not an exaggerated expectation. I think it's completely normal. And we've seen countries all over the world work in such a way. So, whatever they decide to do with the curfew, it needs to be better explained than last time and it needs to be backed by scientific data.

Le Modérateur : C'est ce qui met fin à cette conférence de presse. Je vous remercie, tous les deux.

(Fin à 12 heures)

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