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Point de presse de Mme Ruba Ghazal, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’environnement

Version finale

Le lundi 2 décembre 2019, 11 h

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Onze heures quatre minutes)

Mme Ghazal : Merci. Alors, bonjour, tout le monde. Comme vous le savez, la COP débute aujourd'hui. Donc, elle va durer pendant deux semaines. Moi, je vais y aller la semaine prochaine, en même temps que le ministre Benoît Charette.

On le sait tous, la CAQ a un immense déficit de crédibilité quand il s'agit d'environnement, de lutte aux changements climatiques. Et, moi, ce que j'ai envie de faire aujourd'hui, c'est de demander au ministre Charette de saisir l'opportunité de sa présence à la COP et aussi du fait que le plan de lutte aux changements climatiques qu'il doit présenter n'est pas encore présenté, donc de saisir cette opportunité pour augmenter sa crédibilité en matière d'environnement. Et c'est pour ça que j'aurai trois demandes à lui faire.

Mais, tout d'abord, avant de vous parler de ces demandes-là, la semaine passée, il y a eu un rapport du programme des Nations unies sur l'environnement, qui a publié, en fait, où est-ce qu'on en est en matière d'émissions de gaz à effet de serre. Donc, ce qu'on voit ici en rouge, c'est les gigatonnes de gaz à effet de serre émises, mondiales. Ça, c'est en date d'aujourd'hui, ce qui a été émis jusqu'à maintenant. Et, si on continue la tendance actuelle, bien, on voit qu'on ne s'en va pas vraiment dans la bonne direction, ça continue à augmenter. On a ici les émissions si les États respectaient les objectifs de l'accord de Paris. Et, si on écoute ce que les scientifiques nous disent, où il faut que le réchauffement climatique soit de 2 °C et même de 1,5 °C d'ici 2100, bien, ils disent que les émissions de gaz à effet de serre ne devraient pas aller vers là, mais plutôt ici. Ça, c'est pour le 2°, et ça, c'est pour le 1,5°.

Maintenant, ce que j'ai fait. Évidemment, le programme des Nations unies n'a pas mis les chiffres du Québec, et j'ai ajouté ceux du Québec. Donc, on voit les émissions en date d'aujourd'hui et on voit la tendance actuelle. Elle s'en va vers le haut. Mais, si on veut atteindre les objectifs du gouvernement pour limiter le réchauffement climatique, si le Québec veut être un leader et contribuer à limiter le réchauffement climatique, bien... Le gouvernement a dit : Nous, on veut réduire nos émissions de gaz à effet de serre, d'ici 2030, à 37,5 %. Donc, ça, ça veut dire qu'il faut être là, et même, jusqu'en 2050, d'atteindre la carboneutralité. Donc, on voit qu'on ne s'en va pas vers la bonne direction. Le plan du gouvernement n'est pas là encore. Et c'est pour ça que j'aurai ces demandes-là.

Donc, la première chose importante, c'est que le gouvernement vient... Le ministre a déposé un projet de loi, le projet de loi n° 44, qui est en train de totalement chambouler la gouvernance climatique. Et il y a beaucoup de choses inquiétantes qu'on va avoir la chance d'en parler à l'hiver prochain, mais il y a un élément important que je lui demande tout de suite de mettre, c'est un outil important, le budget carbone. C'est quoi, le budget carbone? Il faudrait qu'on se mette dans la tête de gérer les émissions de gaz à effet de serre de la même façon qu'on gère les finances publiques, qu'on gère l'argent des Québécois. C'est-à-dire qu'au lieu de se dire : Bien, on se fixe des objectifs à très, très long terme, en 2030, on va réduire de 37,5 %, bien, par exemple, c'est comme si on se disait : On va réduire les coûts, mais on ne se met pas d'objectif de limite chaque année, combien d'argent ou combien, dans ce cas-ci, d'émissions de gaz à effet de serre on peut émettre. Donc, il faut faire une limite, et, pour ça, ça prend un outil qui est utilisé en Grande-Bretagne, qui est le budget carbone. Et il y a une opportunité pour que le ministre le mette dans son projet de loi si on veut vraiment être sérieux puis atteindre notre objectif.

Le deuxième élément, le plan de lutte... en fait, ils appellent ça le Plan d'électrification et de changements climatiques, que le ministre doit soumettre sous peu. Bien, il devrait être vérifié par un expert indépendant parce que, là, il va y avoir une liste de mesures qui vont être mises en place, et c'est le gouvernement qui nous dit que ça va nous permettre d'atteindre les objectifs. Maintenant, ce qu'il faut, c'est que chacune des mesures dans ce plan-là soit évaluée par un expert indépendant, neutre, qui nous dise que : Est-ce que c'est vrai que ça va nous permettre d'atteindre la bonne trajectoire et non pas continuer comme aujourd'hui?

Troisième demande que je lui fais, c'est : Aucun soutien public à l'industrie des énergies fossiles et aux infrastructures qui les soutiennent. On le sait, par exemple, il y a le projet de GNL Québec. Le gouvernement a fait un pas où il a accepté notre motion qui dit : Pas d'argent du Fonds vert ne doit aller dans ce projet-là. Eh bien, il doit faire un pas de plus et dire : Aucun fonds public ne doit aller dans un projet qui n'a aucun sens, qui est totalement absurde dans cette ère de lutte aux changements climatiques, même chose pour toute l'industrie des énergies fossiles.

Dernier élément que je veux ajouter. Vous savez, la COP a lieu à Madrid. Et donc j'ai beaucoup réfléchi. On a réfléchi est-ce qu'on y va, sachant que le gouvernement de Madrid a mis en prison des élus démocratiques catalans, qui sont aujourd'hui en prison. Et finalement ce que j'ai décidé de faire, c'est que, tout de suite après la COP, j'irai passer quelques jours en Catalogne pour parler avec nos alliés, les gens... en fait, pas nos alliés. Nous, nous sommes leurs alliés. C'est les gens qui luttent, des mouvements indépendantistes, des gens de la société civile, des partis indépendantistes, que je vais rencontrer.

Et en même temps aussi je vais profiter de mon séjour pour aller porter des messages de solidarité que je suis en train de recueillir cette semaine de la part des Québécois... et aller les porter en main propre aux prisonniers catalans. Il y a eu discussion pour qu'on les rencontre. Et je vais avoir cette... répondre à l'appel qui est lancé par le peuple catalan et aller rencontrer notamment ces prisonniers politiques pour leur remettre ces messages en main propre. Merci.

Mme Gamache (Valérie) : Quelques questions. Tout d'abord, vous avez parlé de GNL Québec. Vous avez obtenu l'assurance que le gouvernement n'investirait pas d'argent du Fonds vert. Le Fonds vert, par le p.l. n° 44, est appelé à se modifier. Est-ce que vous avez l'impression que le gouvernement pourrait détourner sa promesse ou se détourner de cet engagement-là?

Mme Ghazal : Bien là, c'est une motion qui a été votée. On ne l'a même pas appelé Fonds vert. On l'a appelé comme le nouveau terme, qui est le FECC, donc c'est le Fonds d'électrification et de changements climatiques. Et c'est ce qui a été marqué dans la motion, que cet argent-là ne devrait pas aller là-dedans. Maintenant, c'est une motion qu'il a votée en Chambre, ce n'est pas un ordre. Mais, moralement, il ne devrait pas y avoir d'argent là-dedans, sauf que ça, c'est juste du Fonds vert. Il pourrait décider, par le biais de toutes sortes de façons, de financer ce projet-là. Les évaluations environnementales ne sont pas encore complétées. Il faut attendre de les compléter.

Malheureusement, le gouvernement n'a pas voulu faire ça en un seul tout parce que c'est un projet immense, énorme, gazoduc GNL, qui va avoir des impacts immenses. En séparant, c'est peut-être parce qu'il a un préjugé favorable envers ce projet. Il veut qu'il ait lieu. Donc, aucun argent des Québécois ne doit financer une énergie fossile. Le gaz naturel, c'est une énergie fossile. Et, si on veut être sérieux, puis arrêter d'aller là, puis qu'on veut vraiment atteindre nos objectifs, il faut que ça reste dans le sol.

Mme Gamache (Valérie) : Quelle image donnera le Québec à la COP25 dans les deux prochaines semaines?

Mme Ghazal : Bien, justement, c'est qu'on a une opportunité de démontrer une image de leader. Mais en ce moment M. Charette ne peut pas aller à la COP et se péter les bretelles en disant que nous, on est des leaders parce qu'on a l'hydroélectricité et parce que, par exemple, on participe à la bourse du carbone, etc., parce qu'il suffit juste de montrer ça à n'importe qui et de voir qu'on ne peut pas se targuer d'être des leaders. Les faits, les chiffres le démontrent. Et le gouvernement est arrivé en campagne électorale les mains vides. Et, jusqu'à aujourd'hui, plus d'un an plus tard, on n'a toujours pas de plan d'action. Là, il va le déposer maintenant.

Donc, s'il veut vraiment être un leader, moi, je lui dis d'arriver avec le budget carbone, ce que je viens de mentionner. C'est un outil qui est déjà utilisé. S'il va à la COP puis il en parle, je lui conseille aussi d'en parler avec les gens qu'il va rencontrer, les élus des autres pays, et d'en apprendre plus sur cet outil-là, qui est de plus en plus utilisé, pour vraiment être sérieux puis arriver à nos objectifs. Donc, le budget carbone, s'il arrive avec ça, là, il y aurait une augmentation de crédibilité.

Mme Gamache (Valérie) : Est-ce que M. Legault aurait dû se rendre à Madrid pour cette rencontre-là?

Mme Ghazal : Bien, c'est sûr que le plus important, si on veut montrer que la lutte aux changements climatiques est vraiment le défi de notre siècle, que c'est extrêmement important, puis qu'on est sérieux... Oui, bien sûr, surtout, le premier ministre devrait être là pour montrer à quel point c'est important parce qu'on ne peut pas juste parler... d'un côté, dire : On est les leaders, on a l'hydroélectricité, on est très, très bons, regardez, quand on se compare, on se console... C'est souvent ça, ce que le premier ministre nous dit. Bien, s'il est vraiment sérieux, puis il veut être un modèle, puis montrer la voie, bien, au moins, s'il y allait puis qu'il apprenait, par exemple, pourquoi un budget carbone... En tant que comptable, moi, je n'ai pas besoin d'expliquer à M. Legault c'est quoi, un budget, dans la vie, mais je me dis : Il devrait peut-être, en tant que comptable... Puis, s'il veut que ça soit sérieux, les émissions de gaz à effet de serre devraient être traitées de la même façon. Ça fait qu'il aurait pu aller là-bas en apprendre davantage puis amener ça ici.

Mme Gamache (Valérie) : Dans un autre dossier, projet de loi n° 34. On est à quelques jours de la fin de la session. Il n'y a qu'une seule rencontre de prévue pour étudier le projet de loi article par article. Avez-vous l'impression qu'on s'en va droit vers un bâillon?

Mme Ghazal : Écoutez, moi, j'ai déposé en Chambre une motion demandant au gouvernement de continuer, que les oppositions et tout le monde, on continue à faire notre travail jusqu'au bout, parce qu'il y a énormément d'éléments importants et qui vont avoir des impacts durables sur les tarifs d'Hydro-Québec, et non pas de faire un bâillon, et le gouvernement a voté contre cette motion. Donc, ça, ça veut dire... Le message est clair. On arrête de travailler puis nous, on a fait notre tête sur ce projet de loi là, même si pas juste les partis d'opposition, tous les experts, les grands consommateurs industriels, qui ne sont pas souvent nos alliés, les gens qui protègent les consommateurs, là, domestiques, tous ces gens-là, tout le monde est contre ce projet de loi là parce qu'il est totalement illogique et totalement déconnecté de la réalité. Mais le gouvernement va aller de l'avant, et c'est vraiment, vraiment dommage. On aura fait tout...

Mme Gamache (Valérie) : Avez-vous fait votre deuil, à quelque part, de cette bataille-là?

Mme Ghazal : Non, non, non. Nous, on continue. Comme vous dites, là, il y a une rencontre. On continue jusqu'au bout. On n'arrête jamais. Jusqu'à la dernière seconde, je garde espoir. Même s'il y a un bâillon, il y a même des amendements qu'on peut amener, et ils sont déjà prêts. Je suis prête à mener la bataille jusqu'au bout parce que c'est vraiment un sujet beaucoup trop important et qui va durer pendant de très longues années. De mettre la Régie de l'énergie... comme ça, là, de l'affaiblir à ce point-là, le chien de garde des consommateurs, pendant cinq ans, c'est vraiment un manque de transparence flagrant.

Mme Gamache (Valérie) : Merci beaucoup.

La Modératrice : Merci.

(Fin à 11 h 15)

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