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Point de presse de M. Harold LeBel, porte-parole du troisième groupe d’opposition en matière d’emploi, de solidarité sociale et de lutte contre la pauvreté et Mme Catherine Dorion, porte-parole du deuxième groupe d’opposition pour les aînés

Version finale

Le mardi 14 mai 2019, 10 h 30

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Dix heures trente-deux minutes)

Le Modérateur : Donc, on va débuter ce point de presse. Qui vont vous adresser la parole aujourd'hui : M. Stéphane Lacroix, directeur des communications du syndicat des Teamsters; Mme Dorion, députée de Taschereau; et M. LeBel, député de Rimouski. Donc, je laisse la parole à M. Lacroix.

M. Lacroix (Stéphane) : Bonjour, tout le monde. Merci d'être ici ce matin. Mon nom est Stéphane Lacroix du syndicat des Teamsters. Le syndicat des Teamsters, ce matin, prend position, se réunit à l'Assemblée nationale pour demander à la ministre Marguerite Blais, la ministre des Aînés et Proches aidants, ainsi qu'à Mme McCann et au premier ministre Legault, de poser un geste qui va faire en sorte que le quotidien des travailleurs et des travailleuses des CHSLD et des résidences privées pour aînés s'améliore.

Alors, ce qu'on demande ce matin au gouvernement provincial, c'est ni plus ni moins de créer un décret, de mettre en place un décret qui va faire en sorte que les conditions des travailleurs et des travailleuses dans cette industrie-là, dans ce secteur d'activité là, soient équivalentes aux conditions de travail des travailleurs et des travailleuses qui oeuvrent dans le domaine privé.

À titre d'exemple, et c'est un exemple parmi tant d'autres, les préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD privés ou dans les résidences privées peuvent gagner entre 13 $ et 15 $ de l'heure, tandis que les préposés aux bénéficiaires dans le secteur public gagnent autour de 20 $ de l'heure. Donc, cette disparité de salaire là est inacceptable, d'une part; d'autre part, crée une pénurie de main-d'oeuvre, pénurie de main-d'oeuvre qui a un impact sur la qualité des soins qui sont donnés aux personnes âgées, aux aînés qu'on retrouve dans les résidences et dans les CHSLD privés et qui a un impact également sur la santé des travailleurs et des travailleuses.

On demande également au gouvernement Legault de mettre en place, de faire un changement au niveau des ratios résidents-travailleurs, c'est-à-dire qu'il va falloir que le gouvernement se penche sur le nombre de gens qu'on a besoin, qui est décrété pour s'occuper des personnes âgées dans les CHSLD et les résidences privées de sorte que les accidents de travail vont diminuer et que les cas d'épuisement professionnel vont diminuer.

Alors, le syndicat des Teamsters demande au gouvernement aujourd'hui de cesser de faire des consultations d'experts, de cesser de faire des évaluations, des commissions d'enquête ou des commissions parlementaires et de passer à l'action de manière effective, c'est-à-dire de mettre en place un décret qui va normaliser les conditions des travailleurs et travailleuses et qui va également changer le ratio résidents-travailleurs-travailleuses. Alors, voilà.

Le Modérateur : Mme Dorion.

Mme Dorion : Merci. Merci beaucoup. J'aimerais ça qu'on se rappelle tout ce qui s'est fait dans les 15 dernières années, puis on dit : Ah! les Québécois veulent payer moins de taxes, ou on entendait, dans plusieurs médias ou à travers la bouche de plusieurs politiciens : Les syndicats prennent trop de place, ont trop des pouvoirs. C'est ça que ça crée, après 15 ans de ce système-là. Tout le monde connaît quelqu'un qui habite dans un CHSLD ou qui habite dans une résidence pour aînés privée, tout le monde a ça autour de lui, tout le monde a une maman, tout le monde a une matante, tout le monde a un grand-père.

Puis on se retrouve dans une situation où c'est nos propres vies qui se retrouvent finalement attaquées, parce que, quand on sait que les soins ne sont pas suffisants, quand on sait, par exemple, que dans des... quand on a parlé, à un moment donné, de cas de maltraitance, bien, les cas de maltraitance, il y a eu des cas de maltraitance dans des maisons d'hébergement privées, mais c'est le système qui maltraite les employés puis qui rend le monde fou, qui rend les travailleurs fous parce qu'ils n'ont pas de temps, ils ont des tâches qui n'ont pas de bon sens, ça ne finit plus.

Puis on ne sauve même pas d'argent. On a dit : On va sauver en taxes. Ah! bien, c'est ça, l'austérité, hein, ça va être mieux comme ça. Mais on ne sauve même pas d'argent. On utilise des infirmières auxiliaires pour faire le travail de préposé, on utilise des infirmières pour faire le travail d'infirmière auxiliaire. C'est une désorganisation complète, et c'est là que nous a mené tout ce discours-là antisyndical et anti services publics. Ça fait que c'est nos aînés, mais aussi nos enfants, nos jeunes, nos ados, nos malades, tout le monde autour de nous qui en souffre.

Ça fait que j'aimerais qu'on ait cette conscience-là. Les Teamsters sont là aujourd'hui puis ils font un excellent travail syndical, et il y a d'autres syndicats qui vont devoir se lever et se prendre en main, parce que c'est tous les services publics et tous les soins en général à la société québécoise qui sont attaqués, et c'est tout le monde que ça attaque.

Le Modérateur : M. Harold LeBel.

M. LeBel : Merci. Quoi rajouter? La situation des aînés, moi, je ne juge pas de la mauvaise foi des gens. Je pense que tout le monde veut aider, mais il faut vraiment une grande prise de conscience nationale sur ce qui se passe avec les aînés au Québec. Ce qu'on entend là, c'est un cri du coeur, donc, pas juste du syndicat, mais de tous les travailleurs qui sont là derrière, qui prennent soin des aînés puis qu'à un moment donné ils sont débordés, parce que les ratios ne sont pas corrects. Puis les parents qui viennent voir leurs aînés, ils viennent qu'ils perdent patience. C'est ça, la situation, là, dans les résidences. Il y a les gens... la tension est très forte parce que le personnel n'est pas capable de livrer, ils ne sont pas assez, puis les... puis personne ne veut aller dans ces métiers-là, les salaires sont... les conditions de travail ne sont pas bonnes. Ça fait que la pression monte de plus en plus.

La population vieillit, on le sait. Moi, dans mon coin, une personne sur quatre a 65 ans et plus dans le Bas-Saint-Laurent. Imaginez, au Québec, on va arriver à ça dans 10 ans. Ça fait que c'est sûr qu'il faut se virer de bord, il faut s'organiser autrement. Ça fait que moi... que ça vienne des syndicats, que ça vienne des gestionnaires, puis l'ensemble des syndicats. Après-midi, on en rencontre d'autres du secteur public. Il faut une grande prise de conscience nationale, il faut s'occuper de nos aînés puis il faut leur livrer des soins qui correspondent à ce qu'ils ont droit. Puis ça, c'est les préposés... ils travaillent fort là-dessus. Il faut améliorer les conditions de travail, sinon on va manquer de monde demain matin pour prendre soin des aînés.

Moi, c'est le message que je veux donner ici. Il faut une grande prise de conscience nationale, d'aider les gens qui s'occupent de nos aînés, on va avoir de besoin de plus en plus dans l'avenir. Merci.

Le Modérateur : Merci beaucoup. On va prendre les questions. Mme Porter du Devoir.

Mme Porter (Isabelle) : Oui, bonjour. Moi, j'aurais une question peut-être pour certains d'entre vous, là, qui êtes dans ces situations-là au jour le jour. Une question qu'on peut se poser, étant donné que les salaires sont quand même plus intéressants dans le secteur public puis qu'il y a beaucoup de postes qui s'ouvrent dans le secteur public, pourquoi ne pas tout simplement aller travailler dans le secteur public plutôt que de demander, mettons, un décret pour augmenter les salaires, tout ça? Je ne sais pas si certains d'entre vous pourraient témoigner ou...

M. Lacroix (Stéphane) : Il y a effectivement deux secteurs, secteur public, secteur privé. Moi, je pense que c'est un faux débat, dans la mesure où y a-t-il deux catégories de travailleurs et travailleuses au Québec : celles et ceux qui travaillent dans le privé et celles et ceux qui travaillent dans le public? On a autant besoin du privé qu'on a de besoin du public. Donc, si tel est le cas, et c'est démontré, bien, il faut offrir les mêmes conditions de travail aux gens qui oeuvrent dans un secteur par rapport à l'autre secteur.

Alors, je pense qu'à quelque part la question est pertinente, mais je pense, c'est un faux débat, dans la mesure où si les gens veulent travailler dans le privé pour une raison x, y, z, tant mieux. Mais pourquoi sont-ils payés 5 $ de moins de l'heure que ceux qui travaillent dans le public? Alors, voilà, moi, c'est la réponse que j'ai à vous offrir.

M. LeBel : Mais on a besoin des résidences privées. On a besoin de ces résidences-là. Le public n'arrivera pas à offrir la place pour tous les aînés. Ça fait qu'on a besoin des résidences privées, on a besoin que ce soit des services de qualité, on a besoin aussi que les gens qui travaillent dans ces résidences-là aient des conditions de travail qui sont humaines, là, puis qui fait en sorte qu'on donne des bons services. Mais on a besoin de nos résidences privées.

Mme Porter (Isabelle) : Sur un autre sujet, donc, comme vous le savez, ce matin, il y a trois ministres du gouvernement qui ont annoncé la création d'un comité d'experts pour élaborer une politique d'hébergement dans les soins pour personnes âgées. Je souhaiterais savoir, bien, ce que vous pensez de ça. Est-ce que c'est une bonne chose, c'est une bonne stratégie?

M. LeBel : Bien, moi, ça fait peut-être cinq ou six ans que je suis porte-parole du dossier des aînés. J'ai vu des tournées de députés dans les CHSLD pour aller voir les bonnes méthodes. J'ai vu un forum à Montréal pour analyser les bonnes méthodes. J'ai vu, ici, à côté, un ministre inviter les gens à venir manger de la bouffe de CHSLD pour montrer que c'était bien. J'en ai vu, des affaires, là, des comités de créés, des comités de parlementaires, des comités, des comités, des comités.

Là, on parle d'un comité... puis les experts qui sont là, c'est bien, là, j'ai vu, c'est des super de personnes. Bon, un rapport en 2020, un plan d'action en 2021. Dans le fond, ce qu'on est en train de préparer, c'est la plateforme électorale du prochain mandat, là, tu sais. Ça fait que ce que je trouve, c'est que, pendant ce temps-là, sur le terrain, on a besoin d'action rapide, et je ne comprends pas qu'on repousse. C'est toujours des comités, des comités. Ça fait que moi, je ne juge pas de la... tu sais, je pense que ces gens-là sont de bonne foi, j'espère qu'ils vont nous déposer un rapport qui a du bon sens, mais on est encore dans les comités.

Et quand j'ai regardé la composition du comité — c'est une observation — c'est beaucoup Montréal, Québec. Les aînés qui vivent en région périphérique, ils ont des situations bien différentes. Quand tu es aîné sur la Côte-Nord, des résidences, c'est plus rare, c'est plus le maintien à domicile. Quand tu es aîné en Gaspésie, c'est... Bien, moi, tout ce que je voudrais, dans leur comité, au moins, qu'ils prennent compte des réalités des aînés partout au Québec.

Mme Dorion : Bien, c'est comme aussi s'il n'y avait pas eu... Un cri du coeur comme aujourd'hui, il y en a eu plein, là. Il y en a eu des tonnes, on en a eu régulièrement. Moi, ça ne fait pas si longtemps que ça que je suis en politique, ce n'est pas comme Harold, puis déjà je m'occupe des aînés, puis je le vois déjà, sans arrêt, il y a du monde partout sur territoire qui se lève, qui dépose des mémoires, qui font des conférences de presse comme ça. Il y en a qui sortent des livres anonymes parce qu'ils ont peur de se faire mettre dehors de l'hôpital où ils travaillent. Il y en a... Tu sais, le monde se mobilise sur le terrain. Les gens qui travaillent auprès des aînés sont tous là en train de nous dire, depuis des années : On a besoin de soins, on a besoin d'êtres humains, on a besoin de ratios qui ont du bon sens, on a besoin de pouvoir prendre le temps de prendre soin. Sinon, au lieu de soigner, on tombe malade, puis tout le monde est malade, puis on perd de l'argent en plus, puis c'est...

Bon, ça fait que tout est là déjà. Pourquoi est-ce qu'on achète du temps, on ralentit encore? On vient d'annoncer qu'il y a plus de surplus que prévu. C'est un enjeu national urgent, puis je ne sais pas si c'est parce qu'on parle des aînés, on dit : Ah! ce n'est pas grave. Je ne sais pas c'est quoi, la raison pour laquelle on ne fait pas ça maintenant, mais là le blabla, c'est assez, là. À un moment donné, là, il faut des actions, là. C'est ça, l'idée d'un gouvernement, c'est qu'il agit. S'il n'est pas capable, il y a un problème.

M. Lacroix (Stéphane) : Bien, nous, au syndicat des Teamsters, on n'est pas contre la vertu, là. Je veux dire, c'est bien que le gouvernement mette en place des mesures pour mieux accueillir les gens dans les CHSLD ou autres, là. Je veux dire, c'est formidable, sauf que moi, ça fait 20 ans que je fais mon métier, ça fait 20 ans que les problèmes, les enjeux que vivent mes confrères et consoeurs dans les CHSLD puis dans les résidences privées sont connus, sont documentés, sont réfléchis, et que les solutions sont connues également, puis il n'y a rien qui s'est passé, concrètement, rien.

Ça fait que là, là, l'époque des experts, puis des commissions parlementaires, puis des évaluations, puis on va parler à Pierre, Jean puis Jacques pour essayer de comprendre ce qui se passe dans les CHSLD, c'est terminé. Là, il faut agir. Il faut agir maintenant, puis incidemment, nous, là... moi, le message que je lance à la ministre Blais, là, c'est : Venez rencontrer nos préposés aux bénéficiaires, venez rencontrer nos infirmières et infirmiers auxiliaires. On va s'asseoir avec vous, là, on va vous le dire, là. En 15 minutes, on va vous le dresser, le portrait; puis 15 minutes plus tard, on va vous le rédiger, votre projet de loi; puis 15 minutes après, ça va être fait, ça va être réglé de même.

Mais là il faut qu'il y ait un courage politique qui s'installe, il faut qu'il y ait de la vision, il faut qu'il y ait du leadership. C'est ce qu'on demande au gouvernement Legault en ce moment. Et j'espère... Et c'est formidable, ce qu'ils ont fait, là, ce matin. L'annonce, c'est formidable, mais là il faut aller plus loin, il faut agir concrètement sur le terrain.

Le Modérateur : Est-ce qu'il y avait d'autres questions? Merci beaucoup.

Des voix : Merci.

(Fin à 10 h 43)

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