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Skip Navigation LinksJournal des débats (Hansard) of the Select Committee on the Sexual Exploitation of Minors

Version préliminaire

42nd Legislature, 1st Session
(début : November 27, 2018)

Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version finale du Journal est publiée dans un délai de 2 à 4 mois suivant la date de la séance de la commission.

Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions

Tuesday, January 21, 2020 - Vol. 45 N° 6

Consultations particulières et auditions publiques sur l’exploitation sexuelle des mineurs


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Journal des débats

8 h 30 (version non révisée)

(Huit heures trente-trois minutes)

Le Président (M. Lafrenière) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs ouverte. Je vous souhaite la bienvenue au Centre Pierre-Charbonneau à Montréal pour notre deuxième journée ici. Je demande à toutes personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques, s'il vous plaît.

La commission est réunie afin de procéder aux consultations particulières et aux auditions publiques de la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs. Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des remplacements ce matin?

La Secrétaire : Non, M. le Président, il n'y a aucun remplacement.

Le Président (M. Lafrenière) : Parfait. Alors, ce matin, nous avons le plaisir d'entendre en audition conjointe Mme Ellen Filippelli et Femmes autochtones du Québec. Pour les membres de la commission, je ferai remarquer qu'il y aura une... Vous avez des dispositifs sur vos tables pour entendre la présentation qui sera faite en anglais. Alors, merci beaucoup d'être avec nous. C'est une audition conjointe. Donc, à tour de rôle, vous allez avoir 15 minutes pour nous faire votre présentation. Et par la suite il y aura une période d'échange avec les membres de la commission pour une période de 30 minutes. C'est un échange. On est là pour en savoir davantage. Alors, Femmes autochtones Québec, je vous laisse vous présenter. Vous avez 15 minutes à partir de maintenant pour vous présenter, nous faire un résumé de ce que vous avez à nous dire ce matin. Et surtout, merci d'être avec nous. Merci beaucoup.

Mme Michel (Viviane) : «Kwe». Est-ce qu'on m'entend? Oui?

Le Président (M. Lafrenière) : Oui, très bien.

Mme Michel (Viviane) : «Kwe». (S'exprime dans sa langue). Bonjour, tout le monde. Je pense que vous n'avez pas la traduction simultanée encore. Non? J'ai hâte que vous ayez la traduction simultanée dans nos langues. Je tiens à remercier quand même, puis je me permets, je me donne ce droit de remercier le Créateur de nous avoir réunis puis d'essayer d'apporter, d'éclaircir aussi certains points sur cette situation. C'est important pour nous, en tant que Premières Nations, de souligner le territoire où est-ce qu'on est en visite. Je remercie la nation mohawk et les autres nations qui ont su longer ce vaste territoire non cédé. Merci, M. le Président. Je me présente. Mon nom est Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec. Femmes autochtones du Québec est une organisation représentative des femmes issues de 10 nations du Québec, les Abénaquis, les Algonquins, les Attikameks, les Innus, les Eeyous, les Malécites, les Micmacs, les Mohawks et les Naskapis. Nous avons également...

Mme Michel (Viviane) : ...du Québec est une organisation qui... Femmes autochtones du Québec est une organisation représentative des femmes issues de 10 nations du Québec, les Abénaquis, les Algonquins, les Attikameks, les Innus, les Eeyous, les Malécites, les Micmacs, les Mohawks et les Naskapis. Nous avons également une représentante du milieu urbain, une représentante pour la jeunesse et une représentante pour les aînés. Il est également à propos de mentionner que certaines de nos membres proviennent aussi d'autres Premières Nations du reste du Canada vivant en milieu urbain, à Québec... au Québec, excusez.

Je vais vous présenter les personnes qui m'accompagnent aujourd'hui. Je suis accompagnée de mon analyste juridique politiqueAlexandra Lorange, qui est de la nation Attikamek, et la coordonnatrice promotion à la non-violence, Isabelle Paillé, qui est de la nation abénaquise.

Dans un premier temps, j'aimerais prendre quelques instants pour remercier la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs de nos avoir invitées, mes collègues et moi, à participer aux consultations particulières. Nous avons lu certains mémoires déposés devant vous par différents intervenants et organismes qui ont déjà mis la table sur la problématique de l'exploitation sexuelle des mineurs au Québec. Donc, nous n'allons pas revenir sur certaines notions déjà soulevées par les autres témoins. Nous sommes ici pour vous parler des particularités de l'exploitation sexuelle qui touche les filles autochtones. Bien que certains facteurs tendent à vulnérabiliser les jeunes femmes québécoises à l'exploitation sexuelle, la situation des femmes autochtones se différencie de la population générale puisque celle-ci évolue dans un milieu qui a été grandement bouleversé par les effets de la colonisation. Dans le contexte autochtone, l'analyse des facteurs qui incitent les femmes à se retrouver dans une situation d'exploitation sexuelle ne peut être pas réalisée sans porter un regard sur la violence historique et sociale perpétrée contre les peuples autochtones. Plusieurs conviendront que le processus de colonisation, la mise sur pied des réserves, l'effet patriarcal et infantilisant de la loi sur les Indiens et ses impacts sur les Premières Nations sont à l'origine d'une multitude de maux sociaux qui se sont répercutés à la fois sur les dimensions socioéconomique, culturelle et politique, ainsi que sur l'état de santé physique, mentale, emotive et spirituelle des nations, des communautés, des familles et des individus.

Ainsi, nous aimerions vous exposer sommairement comment le colonialisme et l'institutionnalisation a grandement affecté nos communautés. La période des pensionnats indiens a eu des impacts négatifs importants sur les communautés autochtones. L'objectif du gouvernement fédéral, en créant les pensionnats, était l'assimilation de l'enfant autochtone en le déracinant de sa culture et en l'éloignant de ses parents pour plus de 10 mois par année. Non seulement près de la moitié des ex-pensionnaires ont été victimes de ces vices physiques, psychiques et sexuels graves durant leurs séjours au pensionnat, mais peu sont ceux qui ont pu recevoir des services psychosociaux lors de leur retour en communauté, ce qui a eu pour effet de contribuer négativement à la santé sexuelle intergénérationnelle des communautés. Conséquemment, le traumatisme des pensionnats est souvent lié à une augmentation de l'alcoolisme, de la toxicomanie, des agressions sexuelles, de la violence et du suicide dans les communautés.

Malgré la fermeture des pensionnats indiens, le processus de colonisation des peuples autochtones va s'effectuer par le biais des services de protection de l'enfance qui, selon la Commission de vérité-réconciliation, la CVR, ne font que poursuivre le processus d'assimilation entamé sous le régime des pensionnats. Il est maintenant reconnu que des enfants autochtones au Québec sont surreprésentés dans le système de la DPJ. À titre d'exemple, en 2011, ils étaient 7,5 fois plus susceptibles d'être placés hors de leurs familles que les autres enfants québécois. Pendant longtemps, non seulement les enfants autochtones étaient plus susceptibles d'être retirés de leurs familles, mais ils avaient moins de chances que les autres enfants de retourner dans leurs familles ou d'être placés pour l'adoption, ce qui a eu pour effet de confiner ces enfants dans le système ou de les garder dans des foyers de groupe ou dans des institutions. Nous tenons à préciser ces faits afin de démontrer que cet exode des enfants autochtones vers les pensionnats indiens et le système de la DPJ a eu un impact majeur sur la déstabilisation des structures familiales et psychosociales dans les communautés autochtones qui contribuent aux violences et qui s'y trouvent.

• (9 h 40) •

Ainsi, un bref survol historique explique pourquoi nos filles sont plus à risque d'être recrutées pour l'exploitation sexuelle alors qu'un grand nombre viennent des familles instables et où elles...

Mme Michel (Viviane) : ...dans les communautés autochtones qui contribuent aux violences et qui s'y trouvent. Ainsi, un bref survol historique explique pourquoi nos filles sont plus à risque d'être recrutées pour l'exploitation sexuelle, alors qu'un grand nombre viennent des familles instables et/ou elles auraient été placées par la DPJ. Celles-ci ont souvent un passé lourd, sans oublier que, lorsque certaines d'entre elles quittent leur communauté pour fuir en ville, elles se retrouvent alors isolées et vulnérables. Nombreuses sont les filles qui se font recruter à l'arrêt d'autobus ou à l'aéroport. Elles sont pratiquement ciblées par les proxénètes, qui reconnaissent l'historique de ces vulnérabilités.

L'exploitation sexuelle des filles autochtones revêt plusieurs visages au Québec. D'une part, elle est présente dans les communautés autochtones, on la retrouve surtout dans un contexte de survie, où les services sexuels sont donnés en échange de valeurs pécuniaires, de la nourriture par besoin d'un transport, ou dans un contexte de consommation de drogue ou d'alcool. Mais elle se retrouve davantage dans les villes, où les filles autochtones y sont attirées afin d'y retrouver une vie meilleure. La traite des filles autochtones, selon nous, est un fléau qui prend une proportion grandissante en raison de la demande croissante.

Par ailleurs, nous estimons qu'il y a un lien prépondérant entre le phénomène des filles autochtones disparues et la traite des femmes. Il est maintenant bien connu, et plus particulièrement la mise sur pied sur l'Enquête nationale des femmes autochtones et des filles autochtones disparues et assassinées, que l'ont reconnaît sous l'acronyme l'ENFFADA, qu'il y a eu une surreprésentation des filles autochtones dans l'exploitation sexuelle et la traite humaine au Canada parce qu'elles sont ciblées. Elles sont ciblées par ces types de crime parce que le système du colonialisme a fragilisé son milieu social, son noyau familial et sa santé sexuelle. Les experts s'entendent pour dire qu'il y a de nombreux critères qui vulnérabilisent une jeune fille aux avances d'un proxénète. Or, généralement, ces critères sont souvent présents dans les vies d'une jeune fille autochtone. Par ailleurs, une jeune fille qui se fera hameçonner par un proxénète et qui se fera entraîner dans la traite est vulnérable car elle sera isolée, du fait qu'elle ne fait pas confiance au système de justice, et encore moins aux policiers. D'une part, en raison de la relation historique entre les peuples autochtones et les forces de l'ordre, d'autre part, du fait que les femmes et les filles autochtones vivent toujours de la discrimination, du racisme et des traitements différenciés à l'égard des forces policières. Nous n'avons qu'à nous référer au dernier rapport concernant le SPVM, où l'on conclut que les femmes autochtones sont 11 fois plus interpellées par les policiers que les femmes allochtones. Ou nous n'avons qu'à penser à l'échec du système de justice pour les femmes autochtones de Val-d'Or qui ont dénoncé les abus policiers... et qui ne se sont pas soldés par aucune conclusion favorable envers les femmes autochtones. Par ailleurs, de nombreux témoignages devant l'ENFFADA relatent des expériences sur les relations que celles-ci ou leurs familles entretiennent avec les policiers lorsqu'ils veulent porter plainte pour une fille disparue. Nombreux sont ceux qui se sont fait répondre que leurs adolescentes étaient sûrement en train de consommer ou elles étaient en fugue, alors qu'elles avaient disparu. Ou d'autres, qui ne voulaient juste pas prendre la plainte. Ces témoignages exposent les stéréotypes qui se sont accolés aux femmes et aux filles dans les services publics.

Un autre facteur dans lequel les filles autochtones sont ciblées pour l'exploitation sexuelle est la traite. C'est la demande des clients en raison des stéréotypes hypersexualisés de la femme autochtone. À cet effet, nous voulons reprendre l'analyse historique et sociologique qui a été faite par l'ENFFADA sur le sujet. Il y a eu un catalogage de la sexualité féminine autochtone comme étant indécente et impudique par les responsables gouvernementaux, les forces de l'ordre et les autres autorités coloniales. Ce stéréotype servait et sert encore à excuser la violence que les colons blancs de sexe masculin ont infligée aux femmes et aux filles autochtones. Le mythe de la femme autochtone dite facile est né pour mettre hors de cause les activités sexuelles hors mariage des hommes blancs. En accolant cette étiquette à cette dernière, on pouvait lui faire porter le blâme sur les déviances sexuelles des colons blancs. Cependant... , professeur de littérature anglaise et autochtone à l'Université des Premières Nations soutient que peu importe la façon dont la femme autochtone est caractérisée, qu'on lui donne l'image de la princesse indienne Pocahontas et hypersexualisée, elle demeure réputée accessible aux Européens de race blanche à des fins de consommation. Selon nous, ce sont des stéréotypes qui font en sorte que la demande...

Mme Michel (Viviane) : ...soutient que, peu importe la façon dont la femme autochtone est caractérisée, qu'on lui donne l'image de la princesse indienne Pocahontas et hypersexualisée, elle demeure réputée accessible aux Européens de race blanche à des fins de consommation. Selon nous, ce sont des stéréotypes qui font en sorte que la demande est grandissante pour les femmes autochtones, notamment des touristes, de même que pour les clients qui veulent une sexualité accompagnée de violence. Cette violence haineuse, selon nous, est le résultat du racisme et de la théorie longtemps promulguée au moment de la colonisation qu'est le principe de la supériorité raciale. Ainsi, la femme autochtone est perçue comme un objet de consommation qui peut être rudoyé en toute impunité. Cela vient confirmer ce que de nombreuses femmes et filles savent déjà, c'est-à-dire que le simple fait d'être une femme et une autochtone fait d'elles les cibles.

La question des violences faites aux femmes et filles autochtones constitue selon nous une urgence nationale. Il est important pour sécuriser les filles autochtones de s'attaquer au racisme envers les femmes autochtones de même que les stéréotypes d'hypersexualisation des femmes autochtones. Si on ne veut pas que nos filles tombent dans l'exploitation, il est important qu'elles reçoivent des services pour la guérison des agressions sexuelles. Ainsi, toute la pertinence d'une création des centres de crise pour adresser les traumas intergénérationnels. Il n'existe présentement aucune ressource pour, et par, et avec les autochtones en prévention et en intervention auprès des victimes mineures d'exploitation sexuelle. Ce qui serait souhaitable serait un centre Mamawichita... comme Mamawichita de Winnipeg. Il s'agit d'une maison d'hébergement autochtone spécifique pour les femmes et les filles autochtones qui ont vécu de l'exploitation sexuelle. Selon nous, ce sont ces types de ressources qui peuvent aider les filles à se sortir de l'exploitation sexuelle, car elles feront confiance à ces intervenantes pour les aider à les protéger. Ainsi, nous croyons que les interventions prometteuses pour sortir ces filles mineures de l'exploitation sexuelle résident davantage dans les interventions et le service d'aide des organismes autochtones de soutien plutôt que des interventions de forces de l'ordre et du système de justice. Rappelons-le, la répression de la demande peut être dangereuse auprès des personnes dans l'exploitation sexuelle et la traite.

Il est également important que les services psychosociaux des premières lignes en communauté soient augmentés, qu'il y ait des subventions pour la création d'outils de prévention et d'intervention par et pour les filles autochtones, y incluant l'information sur les lois et les droits en lien de l'exploitation sexuelle, qu'il y ait un financement de projets de sensibilisation pour les communautés sur les agressions sexuelles et le risque d'exploitation sexuelle pour les jeunes filles.

Également, nous tenons à rappeler que la relation des filles et des femmes autochtones avec les forces policières est au centre de l'enjeu des filles et des femmes autochtones disparues ou exploitées sexuellement. Ainsi, si le gouvernement du Québec veut s'attaquer à la question de l'exploitation sexuelle des mineurs, il devra adresser cette faille gigantesque dans le système des forces policières, des forces de l'ordre. Nous tenons toutefois à préciser que des efforts par certains corps policiers ont été effectués dans les dernières années pour s'ouvrir aux besoins des femmes autochtones. Force est de constater que certains partenariats qui ont été créés entre les forces policières et  les organisations autochtones donnent des résultats prometteurs.

Toutefois, il semble que ces avancées, parfois, ne sont tributaires que de la bonne volonté des agents en poste. Il manque, selon nous, la volonté institutionnelle des corps policiers et du ministère de la Sécurité publique à adresser le phénomène du besoin de sécurité des femmes et des filles autochtones au Québec. À cet effet, nous vous avons fait certaines recommandations dans le mémoire en ce qui concerne les forces de l'ordre que nous vous invitons à lire. Nous avons également de nombreuses autres recommandations que nous vous invitons à lire au mémoire, puisque nous ne pouvons vous exposer toutes les problématiques et vous expliquer les recommandations dans les 15 minutes qui nous ont été allouées.

Je veux vous remercier de nous avoir invitées pour le temps que nous avons alloué et que... vous porter à lire notre mémoire. Est-ce que... C'est maintenant? Merci. Thank you.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci, Mme Michel... merci beaucoup. Alors, maintenant, j'invite Mme Ellen Filippelli à se présenter et à faire sa présentation. Vous avez 15 minutes, et il y aura une interprétation simultanée pour les membres de la commission. Mme Filippelli.

• (9 h 50) •

Mme Filippelli (Ellen) : ... Bonjour. Hello. My name is Ellen Filippelli. I'm the coordinator for the Crime Prevention Unit in Kanesatake...

Le Président (M. Lafrenière) : ...simultanée pour les membres de la commission. Mme Filippelli, «kwei».

Mme Filippelli (Ellen) : «Sekoh», bonjour, hello. My name is Ellen Filippelli. I'm the coordinator for the crime prevention unit in Kanesatake.

We work on prevention measures. I thank you very much for you beautiful presentation. Everything that you spoke about is what we are experiencing. But I'm going to talk to you about what we have... what we do through my department. And thank you very much for inviting me. It's a... It was an honor, it was... to be asked to be here. And I apologize that I don't have a political body here representing my community. So, I will do what I can.

(S'exprime dans une langue autochtone) means «They are leaders» in Mohawk. I'm going to give you a brief background on Kanesatake. During the spring of 2004, as I'm sure many of you know, a social upheaval involving our political body and criminal element of Kanesatake, as well as the Mohawk police force, the service ended in a forcible closure of the police station. There was a huge confrontation. And it closed, and, to this date, our police station never reopened. Kanesatake had to depend on the SQ as their outside police agency for public security.

Crime prevention works very well with the SQ, but there's very deep-rooted anger that still resonates amongst those that experienced the crisis of 1990 and, on top of that, with our closing of our police station, they resist the authority of the SQ... or really any authority in Kanesatake. The hate and anger towards police has been passed down to our young, causing them to be rebellious over an event they didn't experience. They didn't experienced it by being there, but they're experiencing it by the stories that the elders are telling them, their parents, their cousins, uncles, aunts, so it's almost like they have that anger and they're carrying it on. Since then, the percentage of criminal activity in Kanesatake has... involving youth has risen. The city of Montréal has become an attraction of a better life for our youth, which, in most of the time, is just an illusion. It leaves them susceptible to becoming lured into the life of human trafficking.

Studies were done to determine the risk factors identified affecting the youth in Kanesatake, and I'm sure it's... what I'm about to say, it's pretty much the same as any other territory. It was drugs, alcohol, school violence, sexual aggression, antisocial behavior, fear of retribution, a lot of bullying, and not just bullying from our youth, but bullying from families, that we have a family that is very strong in intimidation, and that's passed down to their kids, and school drop-out, teenage pregnancies, gang-related activities.

Once the risk factors were all identified, the need to bring a crime prevention program to Kanesatake was made priority. The program would be aimed at boys and girls between the ages of 10 and 17, what we call «latchkey children» that's... who would normally go home at the end of the day after school, because their parents... and they'd be alone because their parents are at work. Or there's the single parents' multigenerational families where grandparents are raising the children, so the children may times will just go out and do whatever they want... go out on the street. They don't listen very well to their grandparents. These are, we consider, high-risk homes involving drugs, alcohol and abuse, and abuse, we say, physical, mental and sexual abuse.

The intent was to target our youth engaging in high-risk behavior and preinvolvment in criminal activity. Due to... But due to lack of joint partnership with schools, community services, on and off the territory, the project was literally put on a shelf. Because when I came into the scene, I... they reached up, and they took it off the shelf, and they said: This is what... This is where we ended, OK. So, I started from there...

Mme Filippelli (Ellen) : ...community services on and off the territory, the project was literally put on the shelf, because, when I came into the scene, I... they reached up and they took it off the shelf, and they said: This is what... This is where we ended. OK. So, I started from there.

After years of staying focused on the vision of a better life, which there was a group of people that kept the focus, that kept the vision, all the right partners pulled together and supported the creation of our Youth Will Walk a Path of Good Mind, and that is our crime prevention project, which we eventually renamedShakotihenté:se.

Throughout this journey, Shakotihenté:se established many valuable partners and a large scope of professions such as schools, community services, public safety and security, Montréal human trafficking division, Montréal Native Friendship Centre and the health and social services of Kahnawake and Akwesasne.

This crime prevention project was developed using a blueprint of a project that was created in Albuquerque, in New Mexico. It's... We try to get our children through mentor leadership program, and it has been proven... This program was proven to be very effective on other aboriginal territories, and it's based on traditional aboriginal values: awareness, respect, responsibility for self, family and community.

Shakotihenté:se ...programming consists... we're in the classrooms, we're in outdoor activities where... in the communities doing... We get the children to do service for the community, not just put their hand out and expect something back. And, when we do this, we're teaching our children to take ownership of where they are. And, when they do that, they become more proud of where they are and what they're doing, and they think twice about being destructive and going out on the street and not giving a shit... excuse my language, but not caring about their neighbor.

Our guiding principles are culture and tradition, strength-based approach, experiential learning, engagement with nature, service, ethics, giving back to the community, connection building. Family, community and culture. Those are always three that we instill with our children, family, community, culture.

Just as an example, we have instilled an initiative. It's called Guardians of the Playground. It's with the elementary school. It's an antibullying initiative and it develops and encourages the students to take notice of the actions of self, and others, and their fellow peers. Instead of having the adults tell them, you know: Don't do that, you're doing bad, they're monitoring each other.

A new addition to our school activities is the First Nations emergency social services youth team on the territory. I am also the emergency management coordinator. So, I took that opportunity to go into the schools and bring in the youth emergency management component, which is sponsored by the Canadian Red Cross.

Anticipated outcome is to empower and strengthen their self worth. This will provide the means to take ownership of their community, provide the opportunity to step out of the victim role and take possession of the leadership role.

We always tell the kids: When you walk, you walk proud, you walk with your head up. Look where you're going and see... give yourself a vision, see what you want to do in life and go for it. And you're not going to do it by looking down, you're going to look... you're going to get it when you'll straight.

Our full value commitment is: Be here, be safe, speak you truth, care for self and others, like go and move on, and you set goals. Every youth agrees to uphold this full value commitment. Before they enroll into our program, all our children sign an agreement. They read it, they understand it and they read... and they write it... excuse me, they sign it, because they know they're going to be held accountable for their actions, whether it's negative of positive. We'll address it. We don't let them... We just don't go after what they do wrong, we also reward for all the good that they do. And you'll see a difference in our children when you do do that.

• (9 heures) •

When you walk into our team activity room, the words...


 
 

9 h (version non révisée)

Mme Filippelli (Ellen) :...we just don't go after what they do wrong, we also reward them for all the good that they do. And you'll see a difference in our children when you do do that.

When you walk into our team activity room, the words... value commitment was literally painted on the walls so that when the kids come in here... into that room, they see it, they read it, it's always there for them and it's always a reminder.

What we're about is prevention from the use of substance abuse among our native youth, encouragement, know your options, stand up against peer pressure, development, build confidence, develop leadership abilities, improve social and decision making skills, opportunity to lead a healthy lifestyle and take charge of ones life, action, engage in positive projects that build strength from within. See, every youth that we have, every single one of them, they have it in them to be great. We need to give them the space for their strengths to grow and shine, and, in Shakotihenté:se, they do that. There's no judging and they're free to speak their truth and they understand that. And it's a beautiful project and we're able to do so much. We're behind the scenes, prevention before becomes intervention, and I believe strongly in what we're doing. It's not just... I mean, we've had seven years of this so far and it's proven to work very well.

Our protective factors : Positive influences that focus on the betterment of self others and community, the bonding with family, health beliefs and clear standards, the right to spiritual preference, development of individual characteristics, safe environment to express a sexual preference, opportunities, skills, positive peer group interaction and grounded values. The anticipated outcome with these protective factors is to lessen the crime rate and instill stronger core values.

Crime prevention in Kanesatake, like I've mentioned, we are in our seventh year programming. The Shakotihenté:se team is a familiar trusted service in the circle of youth. So much that they renamed us Shakotihenté:se. We asked them because, at that point, we were just crime prevention. And they sat down and they... the young ones discussed it and they came up with this name. And they were so proud of it. This place was theirs. It's a show of taking ownership of the program.

Pines community and support from the Territories' governing body of the Mohawk Council of Kanesatake is expressed in a positive way through verbal praise and comments on our Facebook page. Working in high schools, providing after school activities that attract the older teenagers can be challenging, but the collaboration with teachers and principals made that challenge easier. Activities are designed to help youth develop their leadership skills, and, when ready, they will mentor the younger ones.

For the past three years, the Shakotihenté:se team has partnered with Montréal's human trafficking division. We've been providing guidance as we become more proactive in a campaign to expose the truth about sexual exploitation of native women and children.

We created a partnership also with Correctional Service Canada for inmates to conduct their community service and to prepare them for early integration into society, a venue to reestablish connection to family, community and culture. The broken lengths project provides inmates the opportunity to make right the wrongs they did on society and mentor the young generations who are venturing down the criminal path. Also, it is... we have started this project in 2016 and there are so many broken families. We need to reintegrate our men. We need to show them their place in our family. And when you do that, the wives will be there to support their men and the children will follow through. We will not have as much issues if we build our families back up again.

Our forward movement... most recent partnerships have been established with the SPVM human trafficking division...

Mme Filippelli (Ellen) : ...to support their men and the children will follow through. We will not have as much issues if we build our families back up again.

Our forward movement most recent partnerships have been established with the SPVM, human trafficking division. The Kahnawake Mohawk territory and... to host a community presentation on human trafficking and prostitution for sexual exploitation, focusing strongly on the links between human trafficking and First Nations, missing women and children. That is going to take place in february. Future endeavors is to establish a commitment between the three mohawk sister reserves to form a resolution to strongly work collaboratively to bring awareness to human trafficking and prostitution for sexual exploitation to First Nations people.

I'd like to thank you for allowing me to express what has been going... what we have been doing on the territory, what we want to see happening, and I thank you for that. (S'exprime dans sa langue). Merci beaucoup.

Le Président (M. Lafrenière) : Thank you so much, Mme Filippelli. Nous allons maintenant passer à la période d'échange avec les membres de la commission. Je dois vous aviser que j'ai déjà sept questions qui ont été enregistrées, alors je vais demander aux membres de la commission d'avoir des questions les plus brèves, et ça va être pour une période de 30 minutes. Alors, député d'Ungava.

M. Lamothe : Bon matin. Bon matin. Mme Michel, vous avez très bien décrit les problématiques que les populations des Inuits ont vécues les derniers 70, 75 ans, peu importe. L'histoire est triste, mais par contre, moi, je suis vraiment positif qu'à un moment donné il y ait de quoi à faire. Il y a des rapports qui ont été soumis au niveau international, avec la déclaration des Nations unies, le rapport vérité et réconciliation. Récemment, au niveau fédéral, les femmes disparues, au niveau provincial, le rapport Viens. Je crois fortement que la table est mise pour créer un rapprochement puis faire en sorte d'améliorer la qualité de vie des autochtones dans leur milieu.

Il y a une façon de le faire, puis je le disais à Mme Paillé tantôt, la seule façon de le faire — puis je parle par expérience, parce que j'ai travaillé huit ans en milieu autochtone, dans des années différentes, de 1989 à 2008, puis je suis encore là aujourd'hui — c'est de créer une communication respectueuse, de confiance, et durable. À partir de là, oui, il y a beaucoup de travail à faire, mais il y a de quoi à faire. Dans les deux sens. Communication, c'est deux sens. Quand on communique, c'est savoir écouter, c'est savoir comprendre, puis c'est savoir parler, puis c'est savoir écouter, mais c'est dans les deux sens, c'est la seule façon de le faire. Puis je peux vous dire que ça marche, puis je suis confiant que notre gouvernement... Moi, je vois des choses concrètes. Je représente le Nunavik puis le territoire cri, puis il y a des choses concrètes qui bougent. Puis je l'ai vue... puis je ne l'ai pas perçue, puis j'ai été policier à la Sûreté du Québec, 30 ans, je n'ai jamais perçue cette volonté-là, tant au niveau policier qu'au niveau gouvernemental, au niveau du ministère de la Sécurité publique, la Santé, ça bouge. Ça fait que, si ça bouge dans le Nunavik, le signal, c'est que ça va bouger partout, puis il y a une volonté de le faire. Puis je le vois, puis je ne suis pas ici pour vous conter des peurs, je le perçois. Puis c'est pour ça que je fais de la politique. Ça fait qu'à partir de là, je suis confiant qu'il y a des choses qui vont changer, puis la façon de le faire, qu'on ait des documents de travail pour travailler ensemble, puis c'est de les appliquer, puis d'y aller un par un, parce qu'on a de l'histoire à remonter, puis il y a du travail à faire.

Moi, la question que je voudrais savoir, si on revient au niveau de l'exploitation sexuelle des mineurs... On a de l'ouvrage à faire là-dessus, c'est certain, vous avez parlé tantôt des possibilités avec les corps de police, puis tout ça, les services sociaux. En attendant que tout se mette en branle, en attendant le rapport qui va être fait, de la commission, puis tout, au niveau des femmes autochtones, au niveau des jeunes dans vos communautés, il y a-tu quelque chose, il y a-tu une prévention qui se fait face à l'exploitation sexuelle des mineurs? Il y a-tu quelque chose qui se fait, présentement?

• (9 h 10) •

Mme Paillé (Isabelle) : Donc, depuis quatre ans, déjà, je donne un atelier en communauté puis partout à travers le Québec où on me demande cet atelier-là. Ça s'appelle Prostitution, exploitation sexuelle, traite, femmes autochtones disparues et assassinées, parce qu'il y a un lien entre les quatre. C'est important de faire la sensibilisation partout, mais je ne vous mentirai pas, là, aujourd'hui encore, on a de la difficulté à parler de violences en tant que telles. Ça fait que ce n'est pas un atelier que tout le monde se garroche puis... dire : Oui, oui, on veut que tu le donnes chez nous, O.K.? On a beaucoup de tabous à passer au travers. Donc, tout ce qui est agression sexuelle et violence, c'est les ateliers de base qu'on donne en communauté, présentement, parce qu'il faut briser les tabous pour être capable d'aller plus loin. Mais oui, ça fait quatre ans que l'atelier, il roule, là, partout à travers le Québec. Puis je dis partout parce qu'en milieu urbain tous les intervenants qui travaillent auprès des autochtones...

Mme Paillé (Isabelle) : ...et violence, ce sont les ateliers de base qu'on donne en communauté présentement parce qu'il faut briser les tabous pour être capable d'aller plus loin. Mais oui, ça fait quatre ans que l'atelier, il roule, là, partout à travers le Québec. Puis je dis partout parce qu'en milieu urbain tous les intervenants qui travaillent auprès des autochtones ont accès aussi à nos ateliers.

Mme Michel (Viviane) : Oups, excusez-moi. Vous savez, c'est rare que je rencontre... parce qu'on fait des présentations un peu partout, dans diverses commissions, c'est rare que je rencontre un «feedback» de ce genre, vouloir travailler, avoir de l'espoir en un changement. Ça fait quand même longtemps qu'on travaille sur les enjeux des femmes autochtones, et on ne peut pas rater la chance, justement, d'exposer les enjeux des commissions, dans des concertations, etc.

Comment Femmes autochtones du Québec travaille, c'est vraiment l'inclusion. Je pense qu'il doit avoir des ententes de partenariat, aussi, à quelque part. Les Premières Nations en général, je parle des 11 nations au Québec, sont vraiment, comme, saturées de se faire déposé un tout cuit, comme ça, que les gens décident pour nous. Si on veut vraiment travailler les problématiques dans quelque thématique qui soit, je pense qu'on doit s'asseoir ensemble, s'entendre. On parle de respect. Merci de revenir avec les valeurs que nous avons. C'est la coconstruction ensemble, la concertation ensemble, et de ne par décider pour nous. Ça, c'est une forme, justement, de bâtir ensemble quelque chose. Pourquoi? Pour, justement, contrer, peut-être, ces thématiques qui détruisent nos jeunes filles. Donc, ça, c'est la façon dont on travaille.

Et, c'est sûr que nous, à Femmes autochtones du Québec, on serait partout, mais je n'ai que 12 employés dans un espace restreint. Et les enjeux sont vraiment flagrants, là, ils sont vraiment énormes. Donc, ça, c'est vraiment, en général, je pense qu'on va travailler aussi un code de partenariat parce qu'il nous faut ça pour que les gens qui nous abordent ou qui veulent travailler sur des problématiques qu'on s'entende, justement, sur une ligne directrice. On travaille de cette façon. Concertation. Ma collègue vous parle de communication. Ça va dans les deux sens. Donc, peut-être que j'ai une petite graine d'espoir avec ce que j'ai entendu ce matin, et je vous remercie.

M. Lamothe : Vous êtes bien gentille. On est d'accord.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Députée de de l'Acadie.

Mme St-Pierre : Merci beaucoup. Ce matin, je pense qu'effectivement vous nous parlez à coeur ouvert, et nous aussi, il faut avoir le coeur ouvert. Et vous avez bien exposé les facteurs de risque, le contexte historique également. Vous avez parlé de différentes recommandations que vous faites. Il y a eu, quand même, le rapport de la commission fédérale qui a été déposé il y a déjà quelques mois avec un rapport spécifique pour le Québec, et certaines de ces recommandations-là se retrouvent dans vos recommandations. Donc, je pense qu'il y a des recommandations qui sont déjà sur la table et qui n'ont peut-être pas nécessairement besoin d'attendre la fin de nos travaux ou le dépôt de notre rapport. C'est un peu le commentaire que je ferais.

Dans les recommandations que vous faites que je trouve intéressantes, il y en a une... en fait, il y en a deux. Il y en a une qui touche la jeune fille qui devrait être, comme, exemptée d'avoir une accusation contre elle si elle est sur un mandat d'arrestation. Donc, c'est un peu le pattern du délateur qu'on amène devant le tribunal, qui va parler contre... bien, qui va expliquer ce qui s'est passé à l'intérieur de la communauté, donc c'est la protection d'un témoin. Ça, je trouve ça bien intéressant. L'autre aspect que je trouve intéressant, et j'aimerais ça que vous élaboriez un peu plus, c'est la question de la maison dont vous avez parlé à Winnipeg, au Manitoba, est-ce que ça fonctionne, est-ce que c'est probant, là, les résultats qui ont été... qui sont constatés dans cette maison-là? Nous en parler un petit peu brièvement parce que je sais que j'ai plein de collègues qui ont des questions.

Tout d'abord, on va parler de la jeune femme qui pourrait être arrêtée... c'est-à-dire, qui ne devrait pas être arrêtée si elle parle de son abuseur, client abuseur.

Mme Lorange (Alexandra) : Oui. On va vous répondre en deux temps, en deux personnes, en fait, selon les expertises. Effectivement, il y a un problème, qui se trouve à la fois en milieu urbain et sur communauté, qui est le fait que, par exemple, une jeune femme peut se trouver avec soit un mandat d'arrestation contre elle, soit certaines accusations, soit pour des délits, méfaits, trafic de stupéfiants, etc, et elle se retrouve dans l'enfer de l'exploitation sexuelle, et donc la crainte qu'elle a au moment où elle s'en sort, et elle se retrouve devant une intervenante. C'est comme ça que nous, on le sait, c'est que ce sont des témoignages des intervenants et intervenantes des organismes...

Mme Lorange (Alexandra) : ...trafic de stupéfiants, etc, et elle se retrouve dans l'enfer de l'exploitation sexuelle. Et donc la crainte qu'elle a, au moment où elle s'en sort, elle se trouve devant une intervenante, c'est comme ça que, nous, on le sait, c'est que ce sont des témoignages des intervenants et intervenantes des organismes qui veulent accompagner donc cette jeune femme, cette victime d'exploitation sexuelle, en disant : Tu dois porter plainte, tu dois témoigner. C'est le moyen de te protéger également et de te sortir de cet enfer-là. Et la jeune victime déclare : Bien non, parce que je sais qu'il y a un mandat d'arrestation, je sais que j'ai des accusations contre moi, et elle a peur que ça se retourne contre elle.

Et pourquoi elle a cette crainte-là? D'une part, parce que c'est fondé, on a vu des gens se retrouver... donc d'être détenus, suite au dépôt d'une plainte pour exploitation sexuelle, cette personne-là, dans le système, ça sort qu'il y a un mandat d'arrêt, et on lui dit : Bien, si vous voulez bien passer par ici, s'il vous plaît. Et, d'autre part, ce qu'on remarque essentiellement, c'est que la bonne volonté de bien faire les choses et donc de sécuriser cette jeune victime dépend, malheureusement, pour l'instant, de l'agent de police qui la reçoit, que ce soit au poste de quartier, quand on est en milieu urbain, ou au poste régional, quand on est sur le territoire, et donc de l'espèce de pouvoir discrétionnaire, en fait, de ce policier-là, qui est un pouvoir réel, pouvoir discrétionnaire documenté, de dire : Bien non, je n'effectuerai pas ce mandat d'arrestation, je vais vouloir travailler avec toi. Mais ne disparais pas, là, on va essayer de trouver des solutions intelligentes ou de simplement s'asseoir sur le règlement et dire : On va te mettre en détention.

Ce n'est pas une solution structurelle pour l'instant, qui est proposée, où est-ce... et c'est cela la recommandation de Femmes autochtones du Québec de dire que la solution, elle doit, à ce moment-là, venir aider les femmes autochtones, et que ce ne soit pas donc de la discrétion de l'agent de police qui reçoit la femme au poste de quartier ou au poste régional, mais bien une solution structurelle où est-ce que c'est dans les directives aux agents de police de dire : Bien, s'il y a une femme autochtone qui se présente devant vous, si elle dépose plainte pour une question d'exploitation sexuelle, ou vous voyez que c'est ça, la problématique, dont elle vient vous parler, et, s'il y a un mandat d'arrestation ou des accusations contre elle, s'il vous plaît, protégez-la, travaillez avec elle, à plus forte raison, s'il y a une intervenante sociale dans le dossier, qui l'accompagne, il y a moyen de créer toute une équipe et de travailler en partenariat social, légal ou policier pour sécuriser cette victime et faire en sorte qu'il y aura un cheminement de réhabilitation qui va inclure le fait de concrétiser le mandat d'arrestation éventuellement, ou quelque chose comme ça.

Et donc il y a moyen, d'un point de vue structurel, d'imaginer une solution probante pour cette victime qui va permettre à la fois de lutter contre l'exploitation sexuelle et les problèmes systémiques qui touchent les femmes autochtones sans déboîter, pardonnez-moi l'expression, tout le système puis dire : On va faire fi des accusations. Donc, c'est un peu ce qu'on imaginerait que cette solution-là soit systémique parce qu'à problème systémique, solution systémique. Donc, que cette solution soit systémique, quand arrive le cas d'une fille autochtone, et non pas simplement tributaire du pouvoir discrétionnaire de l'agent de police qui la reçoit. Est-ce que ça répond à votre question? Je parle toujours très longtemps.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci.

Des voix : ...

Mme Paillé (Isabelle) : Le Centre Ma Mawi Wi Chi Itata à Winnipeg existe depuis plusieurs années, et un des services, lesquels ils offrent, c'est qu'ils ont créé une maison d'hébergement spécifique pour les jeunes filles qui sont sorties de l'exploitation sexuelle. Donc, certaines ont des enfants et vivent à même la maison d'hébergement. Donc, on n'a pas de spécificité d'âge, ça veut dire que, s'il y a une fille de 14 ans, qui veut aller dans cette maison-là, peut aller dans cette maison-là. Il faut savoir que le Manitoba est une des provinces, à travers le Canada, qui travaille le plus au niveau de l'exploitation sexuelle, puis, eux autres, ils ont des millions comme budget associés à cette problématique-là depuis comme 15 ans, déjà. Donc, il faudrait...

Mme Lorange (Alexandra) : Je vais juste faire une précision, c'est que le Native Women Shelter, entre autres, de Montréal, comme plusieurs autres foyers pour femmes autochtones, n'accepte pas les mineurs seuls. Ils vont accepter les enfants s'ils sont avec leur mère, mais une jeune fille de 14 ans ne peut pas se présenter seule au «shelter». Excuse.

• (9 h 20) •

Mme Paillé (Isabelle) : Donc, c'est ça. Donc, un des services qu'ils offrent, c'est ça, et ça fonctionne, je veux dire, ils nous ont dit, puis vous pouvez voir sur leur site Web aussi, qu'il y a au-dessus de 80 % des filles qui sont passées par...

Mme Lorange (Alexandra) : ...une jeune fille de 14 ne peut pas se présenter seule au «shelter». Excuse.

Mme Paillé (Isabelle) : Donc, c'est ça. Donc, un des services qu'ils offrent, c'est ça, et ça fonctionne. Je veux dire, il y a... ils nous ont dit, puis vous pouvez voir sur leur site web aussi qu'il y a au-dessus de 80 % des filles qui sont passées par leurs maison d'hébergement spécifique pour cette problématique-là ne sont pas retournées en exploitation sexuelle. Puis, en plus, elles ont eu un suivi à même la maison à très long terme pour guérir de tous les chocs post-traumatiques qu'elles ont.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Député d'Hochelaga-Maisonneuve.

M. Leduc : Merci. Merci d'être là aujourd'hui, c'est très apprécié. Hier, on a reçu un groupe qui s'appelle la CLES, vous connaissez peut-être, et c'était le premier groupe, à ma connaissance, qui utilisait le terme «racisme» dans le cadre de ces audiences. Vous l'avez repris aujourd'hui. J'aimerais ça vous entendre développer un peu. En quoi l'industrie du sexe est raciste selon vous?

Mme Lorange (Alexandra) : Je vais essayer d'être... faire une synthèse. Il est documenté, donc, il y a des études qui ont été sorties et des publications faites sur tout le mythe de la femme autochtone, qui est une espèce de fantasme, semble-t-il, un de plus. Mme Michel a cité le rapport final de l'ENFFADA, on le cite également, avec la citation précise dans notre mémoire, où, justement, l'exploitation, quand on dit qu'elle est raciste, c'est que sont prisées ces femmes autochtones qui sont dans l'enfer de l'exploitation sexuelle, et surtout les filles. Comme quoi les... Et donc, le mythe, en fait, donc, ce fantasme, c'est que la file autochtone, premièrement, elle est assez facile, elle accepte un peu n'importe quoi, et, surtout dès un très jeune âge. Donc, ces filles-là sont prisées dans toute la question de l'exploitation sexuelle et de la traite.

Et donc voilà. C'est pour ça qu'on dit que l'exploitation sexuelle, elle peut être raciste, parce que c'est une race très particulière qui va être en demande. Et le fondement de ce fantasme-là, tel qu'il est documenté, viendrait du fait qu'au moment de la colonisation les femmes... le fait que le catholicisme et tout le christianisme n'étant pas instaurés en Amérique du Nord, dans nos croyances de départ. Les... Et le fait aussi que les mariages se fassent de manière officielle, certes, là, c'est documenté, notamment, je vous réfère aux recherches de Marie-Pier Bousquet là-dessus. Mais que, dès le moment où une fille est nubile, elle peut être mariée, donc, les mariages se faisaient assez jeunes, et, en raison des problèmes de famine, etc, qu'il pouvait y avoir sur territoire, il pouvait arriver qu'une femme... que deux femmes se retrouvent avec un homme, un chasseur, parce que, s'il était très doué pour la chasse, il devait les nourrir, et l'homme avait toujours une responsabilité de nourrir la femme qui était... avec qui il partageait sa vie. Et donc, cet espèce de fantasme du colon catholique qui débarque et qui voit que les femmes sont plus libres qu'elles ne l'étaient eu Europe, ça vient... ça serait le fondement de ce racisme de l'exploitation sexuelle. Voilà.

Mme Paillé (Isabelle) : ... J'ai aussi... on voit énormément, à Montréal, puis des grands centres urbains, le complexe du syndrome de Pocahontas. Il y a des demandes spécifiques. Vous savez que, pour les jeunes filles en exploitation sexuelle, on peut les commander comme une pizza, O.K., et les filles autochtones, on les demande habillées en Pocahontas. Donc, oui, il y a du monde déviant qui ont besoin de vivre le syndrome de John Smith. Donc, c'est une des preuves flagrantes du racisme et des préjugés qui se perpétuent.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Députée de Marie-Victorin.

Mme Fournier : Merci beaucoup, mesdames, pour votre présentation. Tantôt, on parlait d'espoir, et moi aussi j'aime bien l'espoir, je suis une éternelle optimiste, mais je dois vous dire, quand je vous ai entendue, Mme Michel, que j'étais plutôt découragée parce qu'on sait à quel point ce phénomène d'exploitation des filles et des femmes autochtones a été mis au jour dans les dernières années. Mais, ce que vous nous avez dit dans votre présentation, c'est que le phénomène, en fait, serait en augmentation. Vous avez dit que la demande était croissante. Vous parliez, bon, des stéréotypes qui s'ancrent dans un mythe assez lointain dans notre histoire, mais est-ce qu'il y a d'autres facteurs qui peuvent expliquer cette demande croissante, parce que ça me renverse, en fait, de voir que ça continue, puis de plus belle?

Mme Lorange (Alexandra) : ... phénomène qui explique la demande croissante, il y a cette... le fait qu'on en parle de plus en plus...

Mme Fournier : ...qui peuvent expliquer cette demande croissante, parce que ça me renverse, en fait, de voir que ça continue, puis de plus belle.

Mme Lorange (Alexandra) : ...phénomène qui explique la demande croissante, il y a cette... Le fait qu'on en parle de plus en plus vient aussi confirmer tous les problèmes systémiques qui touchent les peuples autochtones au Canada, et plus particulièrement au Québec, dans le cas qui nous occupe. Du côté des exploiteurs, c'est documenté... des exploitants, que plus la personne va être en situation de vulnérabilité, plus elle est facile à exploiter. Et donc, quand on dit que la demande est croissante, c'est que l'offre, elle est là, en ce sens que les filles, elles sont en grande situation de vulnérabilité. De la prostitution de survie, il y en a pour des raisons systémiques. Je vous réfère au dernier rapport de la reporteuse spéciale de l'ONU sur le logement, qui est sorti en 2019 et qui établit clairement que les problèmes de logement dans les communautés autochtones au Québec, et au Québec, je le souligne, viennent ajouter à la situation de vulnérabilité des femmes et des filles autochtones — ce sont ses mots — et donc fragilisent toute leur situation familiale et les rendent encore plus vulnérables aux problèmes de violence familiale, aux problèmes d'exploitation sexuelle, aux problèmes de prostitution de survie, parce que n'ayant pas de logement dans les communautés, elles essaient de se trouver une chambre pour la nuit au sein de la communauté ou elles vont descendre en ville, en milieu urbain, donc descendre dans le sud à partir du territoire pour essayer de survivre. Et donc tout ça crée une offre par pure survie, et le marketing étant ce qu'il est dans toutes les sphères de la vie, offre, demande vont de pair. Donc, la demande augmente en fonction également de l'offre, malheureusement.

Donc, c'est pourquoi aussi vous remarquerez, dans nos recommandations, qu'on essaie de travailler des deux côtés, à la fois, donc, dans la mise en oeuvre efficiente des articles du Code criminel tels qu'ils sont écrits, on ne propose pas de modification législative à cet effet-là, mais également dans toute la prévention. Donc, travailler à la fois en amont et en aval, donc à la fois sur la victime, ou la potentielle victime, et le potentiel délinquant.

Mme Paillé (Isabelle) : Donc, il y a 15 ans, l'exploitation sexuelle pouvait se résumer à ce qui se passait en milieu urbain qui était connu, O.K.? Il y a les médias sociaux qui ont déclenché une vague, maintenant, c'est facile de se trouver du monde. Facebook est un grand fléau parmi nos communautés. Tous nos jeunes, à la naissance, viennent au monde avec un Facebook, O.K., donc, c'est... puis on écrit tout sur nos Facebook, comme un million d'autres jeunes à travers le Québec, O.K.? Donc, on écrit si ça ne va pas bien, on écrit qu'on a besoin de sortir de la ville. Donc, c'est facile... tu sais, quand on dit qu'une fille autochtone, c'est une cible, c'est facile de savoir laquelle a le plus besoin de sortir de là ou de changer de ville, qui a besoin d'un... Tu sais, j'ai aimé la présentation de Mme Filippenni, qui disait qu'on a un «broken link», O.K., on a un lien qui est cassé.

Maintenant, ça, c'est une des raisons pour lesquelles on va aller plus facilement vers un ailleurs, donc une promesse. Donc, quand on parle, par exemple, dans le mémoire, du petit copain, là, O.K., c'est une des choses, parce qu'on va essayer de combler ce manque-là. Donc, présentement, le fléau est rendu que j'ai des femmes en communautés qui ont une vie tranquille et qui sont envahies par les gens de la ville, là. Il y a des gens de la ville, des prédateurs de la ville, des agresseurs qui vont dans les communautés, puis disent : O.K., moi, je cherche une fille, là. J'ai entendu dire qu'il y avait une telle Mélanie ici. Pouvez-vous me donner... me dire où est-ce qu'elle reste, puis... Donc, j'ai les gens de la ville maintenant qui se déplacent puis qui vont chercher directement les filles à même la communauté. Ça fait que ce n'est pas juste : Je vais te payer ton billet d'autobus puis je t'attends à la gare, là. On est à une coche de plus encore. Donc, plus ça va et plus les risques sont énormes.

• (9 h 30) •

Mme Lorange (Alexandra) : Puis il y a une raison — je fais juste préciser — il y a une raison très pragmatique du fait que Facebook soit autant prisé. Il faut débarquer dans le nord, puis pas besoin d'aller très loin, là, même dans les communautés attikameks, pour constater...


 
 

9 h 30 (version non révisée)

Mme Paillé (Isabelle) : ...sont énormes.

Mme Lorange (Alexandra) : Puis il y a une raison — je fais juste préciser — il y a une raison très pragmatique  du fait que Facebook soit autant prisé. Il faut débarquer dans le nord puis pas besoin d'aller très loin, là, même dans les communautés attikameks, pour constater que, dès lors qu'on passe un certain kilomètre, là, sur l'autoroute, sur la route, même, on n'a plus de réseau. Et donc, le seul moyen de communiquer avec le monde extérieur, c'est de ramasser dans une maison privée ou au bureau du conseil de bande, quelque chose, puis dire : C'est quoi, ton code pour le Wi-Fi?

Et, donc, on ne peut pas texter, on ne peut pas appeler, mais, en revanche, les jeunes peuvent, passez-moi l'expression, se «Facebooker». Et donc, même pour avoir été intervenante en milieu universitaire, parfois pendant les vacances, que ce soit l'hiver ou l'été pour rejoindre les étudiants universitaires, il faut utiliser Facebook, parce qu'ils n'ont pas le téléphone. Donc, on pourrait facilement dire : Oui, mais on pourrait faire de la prévention puis dire aux jeunes d'utiliser moins Facebook. Bien non, c'est ça, leur lien avec le monde extérieur. Ils ont besoin... Les réseaux sociaux ont ouvert cette possibilité du lien avec le monde extérieur, mais, en réalité, également a ouvert un paquet de problèmes. Viviane, tu voulais dire...

Mme Michel (Viviane) : Oui, je voulais rajouter quand même... Lorsqu'on parle, justement d'augmentation d'exploitants... d'exploitation sexuelle des mineures est en augmentation. Ça, ça prouve qu'on n'a pas encore travaillé la problématique. On n'a pas encore de plan d'action pour, justement, travailler cette problématique. Évidemment, elle est peut-être décourageante, mais il y a d'autres enjeux aussi, mais, en même temps, ma collègue ici, ma soeur ici, à côté, qui est Mohawk, nous arrive déjà avec quelque chose de concret.

Imaginez-vous qu'il y a 54 communautés au Québec. Si 54 programmes de ce genre seraient existants, et n'excluons pas la population urbaine, O.K., les grandes villes : Montréal, Val-d'Or, Québec, Trois-Rivières, Sept-Îles et n'oublions pas aussi, à partir aussi d'où est-ce qu'il y a de l'exploitation minière, toutes ces genres d'exploiteurs de la planète — je les appelle «les destructeurs de la planète» — qui font une augmentation de ce genre. Si nous, en tant que Première Nation, on avait cette belle opportunité, de retravailler nos valeurs comme elle l'a si bien présenté, je pense que le taux d'exploitation sexuelle baisserait, ça, c'est sûr.

On a fait , Femmes autochtones du Québec, des ateliers avec des jeunes femmes sur, justement, l'exploitation sexuelle des mineures et la traite. Je porte fièrement le tee-shirt. Je suis fière d'être femme autochtone et je ne suis pas à vendre. Ça a été une belle rencontre avec les jeunes, parce qu'on a parlé les faits, on a parlé de l'impact, on a parlé... on leur a donné l'information sur ... autant sur les lois d'immigration, etc., parce qu'on perd des jeunes filles

Tout à l'heure, ma collègue vous a dit que ça peut être des éléments déclencheurs. Sur les femmes autochtones disparues, assassinées. Elles sont importées ailleurs aussi, je suppose. C'est important que je suppose, mais en lien encore avec la traite des femmes. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Il nous reste très peu de temps. C'est super intéressant, on va tenter d'aller rapidement. Alors, députée de Les Plaines.

Mme Lecours (Les Plaines) : Oui, merci beaucoup, M. le Président. Vous venez d'ailleurs d'expliquer... de donner des volets de réponse à certaines de mes questions, mais il y en a une que je vais me perttre de poser à ce moment-ci. Dans votre présentation, vous avez... parce que moi aussi, je joins ma voix à celle de mon collègue d'Ungava, comme quoi qu'il y a de l'espoir. Il faut regarder en avant, hein? Et ça va être certainement aussi la création de liens solides, et de d'ouverture, et de confiance qui va nous amener un step plus loin.

Vous avez dit, dans votre présentation, que certains partenariats qui ont fonctionné. J'espère qu'ils fonctionnent encore. Est-ce qu'on... Quels sont-ils et est-ce qu'on peut faire, je m'excuse de l'expression, surfer sur des initiatives qui fonctionnent bien?

Mme Lorange (Alexandra) : Il y a un protocole qui a été signé avec le... entre le SPVM et le réseau à Montréal. Maintenant, à savoir qui qui est signataire, etc., on va mettre... tout ce qui va être administratif, on va le mettre de côté ce matin. Notre protocole établissait une collaboration. Les points sur lesquels la collaboration a fonctionné ont montré des résultats intéressants. Notez ici que je ne dis pas «probants», je dis intéressants. Je pense qu'il y a encore tout un travail à faire...

Mme Lorange (Alexandra) : ...le protocole établissait une collaboration. Les points sur lesquels la collaboration a fonctionné ont montré des résultats intéressants. Notez ici que je ne dis pas «probants», je dis intéressants. Je pense qu'il y a encore tout un travail à faire.

Le meilleur exemple qu'on peut donner d'amende honorable, ça a été ce que la GRC a proposé suite au rapport de l'ENFFADA. La GRC a fait amende en disant : On en a manqué une, on en échappé une. Comment est-ce qu'on peut travailler avec les groupes autochtones en collaboration, etc.? Et je ne vous dirai qu'une chose fort simple, qui est — et votre collègue l'a dit plus tôt ce matin — la collaboration et la confiance mutuelle.

Ce n'est pas juste de nous dire, comme avec un autre corps policier sur... provincial québécois, que je ne nommerai pas, qui établi clairement, chaque fois qu'on se rencontre : Si vous avez des problèmes, appelez-nous. Non. La GRC nous appelle. Quand on parle de collaboration mutuelle, c'est comme ça que ça se concrétise. Ce n'est pas juste de dire : Alors, nous, madame, vous avez des problèmes, vous pouvez m'appeler. Non. C'est de dire : Madame, j'ai un problème, je peux-tu vous appeler? Bien oui! De là à vous donner des exemples très précis, je vais laisser ma collègue Isabelle vous répondre.

Mme Paillé (Isabelle) : On a avec... Je forme aussi tous tous les intervenants à travers le Québec, donc les corps policiers aussi, tout ce qui a lien avec l'exploitation sexuelle, la réalité des autochtones et tous les sujets sur lesquels ils veulent bien aborder.

Avec la GRC, on a une entente avec un agent de la GRC. On a un bon partenariat. Il m'appelle quand il cherche une fille. Moi, je l'appelle quand je cherche une fille. Donc, ça va dans les deux sens. Quand qu'on parlait de communication, c'est ça. Les crimes majeurs avec l'équipe de Dominic Monchamp... J'ai travaillé ces dernières années avec Les Survivantes, Diane puis Josée, pendant longtemps, la clé...

Une voix : Le SPVM aussi...

Mme Paillé (Isabelle) : ...le SPVM, la liaison autochtone, que je vous suggère fortement de mettre comme recommandation, puis ça nous prendrait 10 intervenants de liaison autochtone à la SPVM, au lieu de juste une seule qui fait du 24/7 par coeur, et non pas par paie. C'est superimportant. Les partenariats, il y en a avec différentes organisations. Il y en a, ça fonctionne, c'est juste qu'on n'a pas le financement qui est récurrent par rapport à ça, et ça, c'est une énorme problématique.

On demande un financement, qui nous est admis une année. Ça ne paie pas les salaires, ce qui est superproblématique parce que toutes les organisations autochtones concernant l'exploitation sexuelle des mineurs devraient avoir une ressource, un poste spécifique à temps plein pour la problématique de l'exploitation sexuelle des mineurs chez les autochtones. Ils ont besoin de formation. Tous les intervenants ont besoin de formation sur ces problématiques-là. Il y a des intervenants encore, que ce soit en communauté ou en milieu urbain, qui ont peur d'aborder ces problématiques-là.

Moi, j'ai besoin de survivantes qui travaillent sur cette problématique-là parce que c'est les expertes sur le terrain. Il ne faut pas se cacher qu'elles s'en sont sorties, elles savent comment ça marche, c'est les expertes, donc pas quelqu'un qui sort de l'université, obligeamment, là, pour dire : O.K., bon, c'est une fille avec un bac qu'on veut qui travaille sur cette problématique-là. Ce n'est pas ça. Ce n'est pas comme ça. Parce que c'est du monde de terrain dont on a besoin pour travailler cette problématique-là. Désolée, je m'emporte quand on aborde ces...

Le Président (M. Lafrenière) : ... Superintéressant. Merci beaucoup. Députée de Notre-Dame-de-Grâce, de façon très brève, s'il vous plaît.

Mme Weil : Oui, merci. C'est extraordinaire. Et je ferais peut-être un commentaire, je peux me permettre, quand on va préparer le rapport, on va faire de la cocréation parce qu'évidemment ce que vous dites, votre message, c'est : Vous connaissez le domaine, c'est à vous d'avoir voix au chapitre. Alors, c'est sûr qu'il y aura une rétroaction avec beaucoup d'experts qu'on a connus, mais ça va être très important parce que c'est vrai, c'est un milieu complexe avec des particularités que vous connaissez tellement mieux que tout autre.

My question will be, actually, for Mrs. Filippelli, and I'll speak in English with you. First, I just want to say how extraordinary your project is, how inspiring it is, how you are so inspiring. And I hope that you bring... that by working in the community for the community, and bringing these young people changing their mentality and making them feel that they are part of the community. And you say that you're going to be... And you have good relations with the police forces, that's good to hear.

• (9 h 40) •

As you approach the next phase, because you talked about... now, you're going to be looking into the whole issue of sensitizing young people to sexual exploitation, my thought was that some of those... it's clear that I think that the success...

Mme Weil : ...with the police forces. That's good to hear. As you approach the next phase, because you talked about : now, you're going to be looking into the whole issue of sensitizing young people to sexual exploitation, my thought was that some of those... it's clear that I think that the success you've had with your program is because there's a sense of community at the base, that these young people, even though they hurt and they've been angry, they have a sense of community. We don't get that sense, of course, in the broader community, because there's many communities, and, you know, well, there's a large metropolitan area, etc. Do you think that, as you embark on this phase with the experts all around you and that you want to work with other first nations, that that will be an element of strength in terms of reaching out now? Because the predators are not part of the community, as we've just heard, right, they come from everywhere, so it's harder to work on that part of it. So, I guess a lot of the folks will be on prevention and how to get them out of it, and, with examples from Winnipeg, etc., having special places. But I just wanted to see what if... your thoughts about that, that it is that sense of community that has made you have this kind of incredible success after what, five years of six years of the program.

Mme Filippelli (Ellen) : Yes. After seven years, it's not easy, it was a struggle. I mean, if... it wasn't political, it was... Other community members who might have considered crime prevention as... Oh!As they said, we were making our future police officers, you know, future crime prevention. And it's like... And that's a bad thing? What's wrong with that? But, you know, there was that resistance. But we... they have an incredible team of three, you have a big team. You have 11, I have three. And yes, there's a huge sense of community ownership of what... We own that place, we do. If there's garbage on the side of the road, we'll grab off the kids and round them up, and let's go, let's go pick it up. We're not going to say : Well, who dit it? No, later. It's not going to pick up the garbage, right? Not to say that we're going to use our kids like that, but we're going to tell them : You know, just take ownership of where you are., it's... They'll follow. You know, the other ones will come up, they're just lagging behind. The kids that are here now... We got a group of 40 kids who come into our... We have 55 kids in the elementary schools, we have another 30... I know it's not a lot, but it's in the high schools. Then, we have... We don't... Our facility isn't large enough.

We need the support, we need the dollars, it's just not there. We asked... We're always asked to put in a proposal, and I said : You know, I'm so tired of these proposals. You know we need core funding. That's all there is to it. Just give us our dollars. We gave you the stats already, we gave you the results, we're doing... we're making the results, we're showing it too, that it's working. Just give us the money, stop making us jump through hoops, it's just maddening. And it does work, and yes, it starts with ownership of your community.

Thanks to — I'm being sarcastic — the Government for decriminalizing marijuana, my territory now has over 30 marijuana pot shacks. That... You know how many people come in our territory every day now? Before that happened, we knew every car on the territory pretty much, we knew who was driving what car. Now, no idea who's on the territory. Not scary, because, just like what you said, there's people coming in to get our kids now. Now, we just... they just humped our job a lot... I mean, a lot more. We're dedicated with their... you know, for the long run, we're not going to stop. But we need the backing of the Government. I have the backing of the other communities. Our sister communities are just awesome. I have backing of the police force, «centre jeunesse», we have that, it's the Government. The Government needs to... Enough with the surveys and enough with the... This is wonderful, this... you know. But, like, let's move into action now. That's what we need, and I think you all agree, specially the ones that are on the ground. I hope... Did that answer?

Le Président (M. Lafrenière) : Merci.

Mme Weil : Yes, and congratulations one more time...

Mme Filippelli (Ellen) :Thank you.

Mme Weil : ...because it was beautiful.

Le Président (M. Lafrenière) : Très brièvement, parce qu'il nous restait une dernière question, très brièvement.

Mme Weil : Non, non, c'est... les remercier. Merci, tout le monde...

Mme Filippelli (Ellen) : ...you know, but, like, let's move into action, now. That's what we need, and I think you all agree, especially the ones that are on the ground. I hope... Did that answer...

Le Président (M. Lafrenière) : Merci.

Mme Weil : Congratulations one more time, because...

Une voix : Thank you.

Le Président (M. Lafrenière) : Très brièvement parce qu'il nous resterait une dernière question. Très brièvement.

Mme Weil : Non, non, c'est de les remercier. Merci, tout le monde.

Mme Michel (Viviane) : Je veux juste rajouter un commentaire. J'adore l'énergie que j'ai à côté, vraiment, là, avec mon équipe, évidemment. Ça, c'est une des particularités, aussi, chez les Premières Nations. Vos besoins et nos besoins sont vraiment différents. Nos solutions sont vraiment différentes, elles sont adaptées à nos réalités et elles sont adaptées à nos nations. Et, si on veut un réel changement, si on veut un réel plan d'action... Puis arrêtez de soumettre des projets. Les projets, c'est trop à court terme. On entend, ma collègue, ici, à côté, ma soeur, à côté... Est-ce qu'on peut parler des programmes... des programmes à long terme, je pense... et avec financement adéquat? Parce qu'il y a une réalité chez les premières nations, O.K.? Vous avez le provincial et le fédéral quand on parle de financement.

Le financement fédéral est toujours sous-financé. Ça fait qu'il y a toujours un gros écart. Je veux juste donner un exemple concret, pour avoir ouvert une maison d'hébergement régionale dans ma communauté... je suis de la nation innue, neuf communautés... on parle de régionales... on avait un financement de 143 000 $, quatre intervenantes, une directrice, et il faut faire marcher. La maison de la ville d'hébergement pour femmes victimes de violence, 450 000 $. Juste pour vous montrer l'écart fédéral, financement fédéral et financement provincial. En même temps, si on veut vraiment travailler ensemble sur l'exploitation sexuelle des mineurs parce que c'est vraiment un enjeu majeur, puis qui progresse encore en haute, ça prend une volonté politique aussi, la volonté politique et vraiment la volonté décisionnelle à vouloir travailler à vouloir améliorer la condition des vies de nos jeunes filles autochtones. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. De façon très, très, très brève, député de Sainte-Rose, pour terminer.

M. Skeete : Oui. Je m'en occupe. Merci beaucoup, M. le Président, je vais être très bref. My question is for you, proud representative of Kahnawake. I had the privilege of meeting the Grand Chief and the Band council last year. Some of the great initiatives are going on, so I just want to say, you know, I'm not surprised that you guys are doing very well here. Quick question, does... specifically in terms, you know, exploitation of miners… does language play a role? The fact that you guys are an Anglophone community, you speak English, does that increase your vulnerability, does that increase the likelihood of exploitation, does it... is it a disadvantage... any way? Do you have access to documentation and information in English? Can you just give me a quick overview of that, please?

Mme Filippelli (Ellen) : Yes. It's always a challenge to get documents in Québec in English. It is, but it's changing a lot. There are a lot of departments that are being... that accommodate, that translate. I wish that there would be more availability founding for translation. That would ease up a lot. But the majority of people on the territory are trilingual. They speak English, French and Mohawk, and there is a lot of Mohawk courses going on now, and our language is coming back to life. But yes, it is a challenge, in Québec, to get English documents.

The speakers, thought, like Josée and Diane, they were fabulous, they... their whole team, when it came from Montreal, they... like this, English to French, you know? It was fabulous to see. So, I'm... Because we do have French people on the territory, and my staff is all bilingual, so they... we... But our children, the ones that use to come to us, are English. The adults, the older women who are French, we accommodate them.

M. Skeete : My question, specifically, is : does language increase your vulnerability or is it... are you just as vulnerable in any way?

Mme Filippelli (Ellen) : Well, I see that as...

M. Skeete : It's not an issue?

Mme Filippelli (Ellen) : No, no.

M. Skeete : O.K. Thank you.

Mme Filippelli (Ellen) : Because a pretty girl, whether they speak... I don't think they're going after them because they speak a language. You know, I don't think a pretty young... woman, she could have her tongue cut out, but I don't think that is what they are after. I think it's, you know, the body, the sex that they're after. So, they're just… No difference.

Mme Lorange (Alexandra) : On me dit que j'ai droit à une minute. Je vais essayer...

Une voix : ...

• (9 h 50) •

Mme Lorange (Alexandra) : Merci. La... On...

Mme Filippelli (Ellen) : ...she can have her tongue cut out, and I don't think that's what they're after. I think it's, you know, the body, the sex that they're after. So, they just know the difference.

Mme Lorange (Alexandra) : On me dit que j'ai droit à une minute. Je vais essayer... Merci. On constate que la... Les études constatent que la langue ne vient pas ajouter à la question de l'exploitation raciale, comme on en parlait tout à l'heure avec votre collègue M. Leduc. Mais la langue cause un problème quand vient le temps de la prévention et de la guérison parce que la plupart des programmes provinciaux sont unilingues francophones, et les documents à remplir, que ce soit le formulaire de l'IVAC, par exemple, tout est en français, et c'est un des problèmes qui a été documenté. Notamment, je vous réfère à la commission Viens par rapport à ça, où un des appels à l'action, qui doit être mis en place très rapidement, et la possibilité d'accès aux formulaires, aux programmes et, en fait, toute la documentation qui émane du gouvernement québécois dans les deux langues officielles du Canada, et ce, avec égard à toute visée politique d'indépendantisme, ou quoi que ce soit, les deux langues ne sont... les documents ne sont pas disponibles dans les deux langues. Et donc, quand on se retrouve avec une victime...

Au même titre que, par exemple, la communication avec les agents de police sur le terrain, que ce soit les agents du SPVM... En ville, en milieu urbain, Montréal, on aurait tendance à penser qu'ils sont tous bilingues. Ce n'est pas le cas. Ou encore, sur le territoire québécois, les agents de police de la Sûreté du Québec, c'est très difficile de trouver quelqu'un qui parle anglais. Et donc le lien avec les victimes est très difficile à établir, entre les programmes de prévention, les programmes de guérison, les forces policières et la victime, que ce soit pour toutes les communautés anglophones sur le territoire. C'est ce qu'on se fait dire de la part des intervenants. Voilà, donc c'est à ce niveau-là que ça vient fragiliser le lien.

Le Président (M. Lafrenière) : 15 secondes.

Mme Paillé (Isabelle) : 15 secondes?

Le Président (M. Lafrenière) : Pour une durée de deux minutes, allez-y.

Mme Paillé (Isabelle) : O.K., 15 secondes. Donc...

Mme Filippelli (Ellen) : Sorry... for that, yes. If you consider they're vulnerable, that becomes an issue. But we're fortunate for... some of our police officers do... are bilingual. But, yes, a lot of times, they're not.

Mme Paillé (Isabelle) : C'est important de mentionner qu'à travers le Canada nos filles se font balancer d'un bord à l'autre, O.K., pour la traite, là, donc l'exploitation des mineures, sont voyagées d'un endroit à l'autre. Quand les filles parlent juste en français dans l'Ouest, elles n'ont pas de contact, donc c'est beaucoup plus difficile de dire : Écoutez, j'ai besoin d'aide. Donc...

Mme Lorange (Alexandra) : Puis l'inverse est aussi vrai.

Mme Paillé (Isabelle) : Puis l'inverse est aussi vrai.

Mme Lorange (Alexandra) : Quand une fille de l'Ouest débarque, puis que les gars... les forces policières ne parlent pas anglais, c'est beaucoup plus difficile de la reshipper. Voilà.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup pour votre contribution. Je vous avais fait une promesse que c'était une rencontre, et pas la seule rencontre. On s'est revus. Alors, merci pour votre contribution.

On suspend quelques instants. Merci.

(Suspension de la séance à 9 h 53)


 
 

10 h (version non révisée)

(Reprise à 10 h 1)

Le Président (M. Lafrenière) : Alors, je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants d'En Marge 12-17 et aux représentants de la Maison Kekpart. Je vais débuter en m'excusant, en vous disant qu'on a un petit retard, mais, vous savez, c'est ça, une commission à l'écoute, alors on s'ajuste. Alors, je m'excuse pour le petit délai, on a un retard de 30 minutes pour le moment. Je vous rappelle que vous allez disposer de 15 minutes par groupe pour faire votre exposé. Et, par la suite, de façon combinée, il y aura une période d'échange, pas de question, une période d'échange avec les membres de la commission pour une période de 30 minutes.

Alors, j'inviterais les gens d'En Marge 12-17 à faire leur présentation, à se présenter, à nous faire leur bref exposé pour une période de 15 minutes et, par la suite, ce sera des gens de la Maison Kekpart. Merci d'être avec nous. Merci beaucoup.

Mme L'Espérance (Marie-Noëlle) : Alors, bonjour à tous. Merci de nous avoir invités, ce matin, à vous partager sur la question de l'exploitation sexuelle. Je m'appelle Marie-Noëlle L'Espérance. Je suis à la direction de l'organisme En Marge 12-17, et je suis accompagnée de Mme Mélissandre Gagnon-Lemieux, notre intervenante spécialisée en exploitation sexuelle, attitrée au projet Sphères, qui m'accompagne. Donc, pour débuter, je voulais vous mentionner que nous avons remis un document, un document qui s'attarde aux questions de la prévention, de l'intervention pendant l'intervention, je viens de me répéter, mais pendant l'exploitation et enfin à la sortie. Pour répondre aux questions que nous avons reçues avant de venir, nous allons vous présenter sous l'angle jeunesse et l'angle parent. Donc, ultérieurement, vous pourrez peut-être regarder notre document qui va reprendre, dans un autre format, les mêmes interrogations qu'on vous présente ce matin.

Donc, en débutant, je voulais vous prendre quelques minutes juste pour vous mettre la table, parler d'En Marge 12-17, donc notre organisme, situé au centre-ville de Montréal, tout près de Radio-Canada, intervient depuis 1992, auprès des jeunes qui se retrouvent en situation de rue dans le dessein d'offrir l'accueil et l'hébergement et un soutien à leur entourage. Donc, au niveau de la question de l'exploitation sexuelle, nous avons une approche globale sur la question, dont le travail de rue qui nous permet de rejoindre les jeunes directement dans les milieux, également, faire de la liaison avec d'autres endroits comme les centres jeunesse situés sur l'île de Montréal. Également, nous avons une maison d'hébergement qui fonctionne en 24/7, 365 jours par année, parce que nous voulons être présents lorsqu'il y a une situation d'urgence. Donc, les jeunes peuvent débarquer, venir à notre ressource, mettre en sécurité et, à ce moment-là, bien, évidemment, on peut payer le taxi ou le transport.

Et également nous avons un soutien aux parents, donc une ligne d'intervention dédiée aux parents et également différents ateliers et groupes de soutien, parce que la question de l'exploitation sexuelle touche évidemment les jeunes victimes, mais surtout les parents qui vivent, au travers de leurs jeunes, les grandes difficultés auxquelles ils font face. Enfin, nous pouvons, depuis quelques années, travailler dans une deuxième ligne, c'est-à-dire une intervention continue, grâce au soutien de Mélissandre et au projet Sphères, on pourra y revenir un petit peu plus tard dans la présentation.

Alors, pour répondre aux questions sur l'intervention auprès des jeunes et des parents, nous vous apportons notre expérience, c'est une opinion clinique à partir des constats que nous avons dans notre travail. Et je voulais débuter, en mettant une petite mise en garde, nous vous apportons un angle d'intervention. Par contre, on parle d'exploitation sexuelle chez les mineurs, et nous allons nous attarder aux mineurs. Il faut regarder peut-être dans un autre temps, et je sais que d'autres experts vous ont déjà un peu parlé de la question, la question des proxénètes. Et les proxénètes ne sont pas tous l'image des criminels, c'est parfois des jeunes qui ont aussi des difficultés qui les amènent à adopter ce mode de vie, mais également, oui, des agresseurs et, oui, des personnes qui sont récidivistes. Également, l'exploitation sexuelle implique des clients...

Mme L'Espérance (Marie-Noëlle) : ...et les proxénètes ne sont pas tous l'image des criminels, c'est parfois des jeunes qui ont aussi des difficultés qui les amènent à adopter ce mode de vie, mais également, oui, des agresseurs et, oui, des personnes qui sont récidivistes. Également, l'exploitation sexuelle implique des clients. Nous ne parlerons pas des clients, mais il faut impérativement aborder la question des clients parce qu'il y a une demande pour les mineurs. Et quand on parle d'exploitation sexuelle, on amène des notions de consentement éclairé, de violence large des personnes, mais c'est qu'il y a une demande et c'est la raison pour laquelle c'est lucratif. Malheureusement, on n'aura pas le temps d'en parler aujourd'hui.

Donc, sans plus tarder, je vais déjà passer la parole à Mélissandre qui va aborder la question du soutien aux jeunes.

Mme Gagnon-Lemieux (Mélissandre) : Merci. Donc, je vais vous faire un portrait de la situation au niveau des jeunes. Donc, les jeunes en contexte d'exploitation sexuelle, on peut voir plusieurs traits communs, dont, par exemple, les carences affectives, une recherche d'attention, d'amour puis de reconnaissance. On constate aussi qu'ils ont souvent un grand vide à combler puis qu'ils vivent leurs émotions de façon intense, ça fait qu'ils ont une difficulté à gérer ces émotions-là, puis on constate qu'il y a une grande méconnaissance au niveau de la sexualité aussi. Ça fait qu'au cours des années, avec En Marge, on a pu avoir toutes sortes de jeunes qui viennent fréquenter la ressource, puis au niveau des jeunes qui sont victimes d'exploitation sexuelle, on a pu dresser quatre profils.

Le premier, c'est l'histoire familiale où certains jeunes ont vu leur mère exercer le travail du sexe comme une activité économique, ou dans un contexte de narcoprostitution. Ça fait que pour ces jeunes-là, ça devient un peu un contexte normalisé et banalisé. Donc, ils peuvent... ça représente un moyen accessible pour eux de subvenir à leurs besoins.

On a aussi le profil mode de survie où là il s'agit plus d'un contexte d'itinérance épisodique comme, par exemple, la fugue où les échanges sexuels deviennent une activité pour subvenir à leurs besoins.

Il y a l'aventure où on rencontre des jeunes qui peuvent avoir eux-mêmes abordé un proxénète pour leur demander de travailler, où là le mode de vie est vraiment attrayant, puis qu'ils voient une façon facile de faire de l'argent puis qui ne voient pas nécessairement les conséquences à long terme.

Et je termine avec l'aventure où là... avec les leurres amoureux et dépendances où là, c'est des jeunes qui auraient développé une relation amoureuse avec leur proxénète puis qui se croient dans une relation privilégiée.

Pour chacun de ces profils-là, même s'il y a des points communs, ce qui est important, c'est qu'il faut des interventions adaptées pour chacun des jeunes, puis c'est vraiment du cas par cas. En fait, ce qu'on propose, c'est vraiment une écoute, un non-jugement, puis c'est en créant le lien et en écoutant le jeune qu'on va pouvoir savoir c'est quoi la réelle intervention qu'on peut lui apporter.

Au niveau de la prévention... La prévention, c'est vraiment quelque chose d'important, c'est le début de tout, en fait. C'est vraiment important d'agir en amont. Ça fait que, pour ça, on recommande de développer des ateliers d'éducation offerts aux enfants dès la petite enfance pour apprendre des notions de consentement, d'accomplissements personnels et d'utilisation des réseaux sociaux, comme, par exemple, miser sur un développement de l'estime de soi puis des satisfactions personnelles autres que matérielles, d'aider son jeune à découvrir des loisirs, des choses qui l'intéresse pour pouvoir être capable d'aller cherche une gratification autre que dans l'apparence et le matériel.

Les réseaux sociaux, comme on l'a déjà dit sûrement auparavant, c'est vraiment une méthode de recrutement. Les jeunes mettent leur vie là-dessus, c'est un livre ouvert. Donc, si les parents, les intervenants peuvent accompagner les jeunes à savoir comment utiliser ces réseaux sociaux là puis qu'ils comprennent que, dans le fond, il y a des conséquences à ça puis que ça peut être attrayant pour les recruteurs.

Le pendant l'exploitation sexuelle. Bien, développer des maisons d'hébergement qui offrent des répits puis des séjours à moyen terme, augmenter le travail de proximité puis les ressources spécialisées dans les organismes communautaires pour rejoindre et soutenir les jeunes à risque ou impliqués dans une dynamique d'exploitation sexuelle, prévoir des ressources nécessaires pour assurer la concertation des acteurs et des formations des équipes. En gros, une bonne collaboration, là, ça nous permet non seulement un dédoublement des services... d'éviter un dédoublement des services puis des interventions, mais aussi d'éviter des jeunes de se répéter puis de se répéter pour faire ressurgir un trauma qui pourrait être évité.

Une bonne concertation, ça peut permettre une entrée programmée de plusieurs acteurs selon leurs besoins exprimés puis selon le rythme des jeunes. Par exemple, quand j'accompagne un jeune dans le projet Sphères, il peut... avec la création de liens puis l'écoute, il peut ressortir qu'il va avoir besoin d'avoir un dépistage, d'aller rencontrer un médecin, une infirmière. J'ai la clinique des Jeunes de la rue qui est un collaborateur vraiment important. Je peux les appeler, on va prendre un rendez-vous, le jeune va pouvoir être accompagné et avoir un suivi là.

Un autre exemple aussi, il y a des questions au niveau de la cour, la peur des représailles, vouloir porter plainte. On a le projet Les Survivantes, on a aussi l'équipe intégrée puis les CAVAC qui sont là pour pouvoir accompagner le jeune puis nous soutenir. Puis au niveau du suivi thérapeutique, depuis peu, on a Marie-Vincent qui sont nos partenaires dans le projet. Donc, un coup de fil, on fait une demande puis le jeune va pouvoir être suivi au niveau d'une thérapie.

• (10 h 10) •

On a aussi offrir un lieu sécuritaire et sécurisant, qui est super important, comme En Marge. Les jeunes, quand ils sont victimes d'exploitation sexuelle, ils peuvent vivre toutes sortes de choses. Ils peuvent se mettre en danger. Donc, ils ont besoin d'un lieu où aller se réfugier. On a même la possibilité de faire un code d'urgence avec eux pour qu'ils puissent l'utiliser puis avoir un sentiment de sécurité...

Mme Gagnon-Lemieux (Mélissandre) : ...d'une thérapie. On a aussi offrir un lieu sécuritaire et sécurisant, qui est superimportant, comme En Marge. Les jeunes, quand ils sont victimes d'exploitation sexuelle, ils peuvent vivre toutes sortes de choses. Ils peuvent se mettre en danger. Donc, ils ont besoin d'un lieu où aller se réfugier. On a même la possibilité de faire un code d'urgence avec eux pour qu'ils puissent l'utiliser puis avoir un sentiment de sécurité.

Ça fait que ce qui est important, c'est vraiment que le jeune, il sente qu'il y ait... qu'il se sente en sécurité, puis confiant, puis être... Avoir une référence personnalisée, ça fait vraiment toute la différence. Que moi, je dise au jeune : Viens, j'ai une personne à te présenter, tu vas voir, ça va bien aller, elle va pouvoir être là, c'est un atout vraiment majeur.

Puis, pour la sortie d'une dynamique d'exploitation sexuelle, je tiens à vous dire que, pour moi, le terme «sortie», c'est relatif, dans le sens où ça peut prendre vraiment un certain temps avant qu'il y ait une sortie réelle. Ça dépend vraiment du jeune, du rythme puis de son parcours. Donc, le temps nécessaire à cette transition-là peut prendre vraiment du temps, puis il peut avoir une remise en question, dû à... qu'il faut qu'il aille valider certaines choses, des questions au niveau de l'argent, la peur. Ça fait que c'est l'accompagnement de ces jeunes-là à travers ce passage-là que l'intervenant, avec de l'écoute, de pouvoir susciter l'ambivalence, qui va faire toute une différence puis qui peut aider le jeune.

Donc, ce qui est important aussi, c'est qu'un changement, il est significatif quand il est volontaire par le jeune, puis quand c'est ancré dans une perspective de vie. Donc, c'est vraiment au niveau du rythme, puis il peut avoir plusieurs allers-retours, mais le fait de pouvoir l'accompagner est très important.

Ça fait que je vais laisser la parole à ma collègue pour le volet parents.

Mme L'Espérance (Marie-Noëlle) : Alors, comme vous venez de le voir quand même brièvement, il y a plusieurs raisons, donc plusieurs profils, pour les jeunes qui se ramassent dans une situation d'exploitation sexuelle. C'est idem pour les parents.

Les parents, c'est vous puis c'est moi. Donc, c'est des personnes bien nanties, des personnes avec différentes difficultés. Les parents, c'est tous les parents qui peuvent être un jour ou l'autre impliqués dans une situation d'exploitation.

Ce que nous voyons chez les parents, c'est quand même une situation d'isolement, isolement, parce qu'il y a de la stigmatisation. C'est plus facile mettre une photo de notre voyage à Cuba sur Facebook que de dire : Oh! je viens d'apprendre que ma fille fait des sites pornos.

Donc, le parent a besoin d'être soutenu et être écouté, particulièrement dans une situation où il y a le dévoilement ou la découverte d'une dynamique. Ça viendra toucher toutes les valeurs, tous les fondements qu'on croyait avoir établis.

Donc, à cet effet, nous vous présentons deux recommandations. D'une part, toujours au niveau de la prévention, il est important de construire une relation parent-enfant, et, à cet effet, on peut développer des ateliers qui s'adressent directement aux parents, mais très tôt dans l'enfance, pour que les parents puissent avoir des habiletés de communication, travailler sur peut-être des gestions de crise, mettre des limites, etc. Il est important de voir que, lorsqu'il y a une crise à l'adolescence reliée à l'exploitation sexuelle, ça ne sera pas à ce moment-ci qu'on va apprendre à mettre des règles, et, s'il y avait un environnement un peu plus laxiste à la maison, ça va être très difficile de ramener la situation.

Nous parlons d'habiletés parentales et non de compétences parentales, et c'est un terme auquel nous tenons parce que nous croyons qu'à la base, probablement, la plupart des parents sont déjà avec une certaine compétence, et tous ceux ici qui sont parents, vous savez qu'on n'a pas de livre à la naissance, qui nous aide réellement à comprendre notre enfant, qui sera unique, et nous sommes uniques. Donc, de développer à partir des défis du parent et de l'emmener à travailler à partir de ses propres besoins va être probablement un gage de succès pour le parent.

Également, durant une situation d'exploitation sexuelle, bien, le parent aura certainement besoin d'échanger, de ventiler, de trouver une écoute et un accueil non jugeant. À cet effet, ce que nous travaillons à En Marge et particulièrement grâce au projet Ensemble, nous avons une intervenante dédiée, que j'aurais aimé que vous rencontrez — elle est dans la salle, mais on ne pouvait pas être plus que deux — pour travailler auprès des parents et apporter cette écoute.

Nous avons également des ateliers, dans le cadre des groupes de soutien, qui peuvent être dédiés à des questions qui touchent l'exploitation sexuelle, parce que les parents ont beaucoup de questions. Et nous croyons que les groupes de soutien entre parents doivent quand même avoir une approche professionnelle parce qu'on veut éviter que les parents vont entre eux augmenter le sentiment de détresse ou se faire peur. Une situation qui touche un jeune ne va pas nécessairement toucher l'autre jeune. Donc, c'est à cet effet qu'il y a une animation dans le cadre des groupes de parents.

Également, travailler auprès des parents, nous croyons que, très largement, nous devons offrir des soutiens aux parents, et que ça doit être accessible. Accessible, ça veut dire être partout, dans différents milieux, parce qu'on...

Mme L'Espérance (Marie-Noëlle) : ... il y a une animation dans le cas des groupes de parents.

Également, travailler auprès des parents, nous croyons que... très largement, nous devons offrir des soutiens aux parents et que ça doit être accessible. Accessible, ça veut dire être partout, dans différents milieux, parce qu'on le voit que des parents, avec les rythmes de la vie active, professionnelle... c'est parfois difficile de se déplacer le soir et encore plus s'il y a une grande distance pour aller chercher un soutien ou un accueil, etc. Donc, à ce moment-là, l'intervention auprès des parents se doit d'être répandue à différents milieux, différents... Alors, voilà.

Et également je pourrais ramener la notion de partenaire parce que la relation avec différents partenaires va nous permettre d'intervenir auprès des parents, par exemple, par la référence. Un peu comme disait Mélissandre tantôt pour l'intervention auprès des jeunes, quand on lui présente une ressource, bien, ça va aider à ce que cette personne-là aille chercher de l'aide. Bien, c'est la même chose au niveau des parents. Donc, à ce moment-là, de travailler avec des partenaires qui peuvent nous envoyer directement des parents ou on peut se déplacer... va créer un élément important pour rendre accessibles les services.

Donc, je vais regarder le temps qui nous reste. Oh là là! Que ça passe vite, le 15 minutes! Donc, bien, je vais déjà aller au niveau de notre petite conclusion. On aura le temps de parler dans les questions, si vous voulez.

Alors, à ce moment-là, ce que je voulais ramener, en terminant... C'est sûr que ce qu'on vous présente brièvement... l'intervention auprès des jeunes prend du temps, prend du temps, comme elle le mentionnait, la notion de sortie... Ce n'est pas des résultats à court terme qu'on doit viser si nous voulons mettre fin à une dynamique d'exploitation. C'est tout un programme, et nos collègues précédents l'ont mentionné, il faut prendre le temps et, pour ça, il faut investir, investir pour permettre un changement significatif chez les jeunes, investir pour travailler en collaboration et en concertation. Il faut mieux se connaître, mais il faut également connaître le mandat respectif de chacun, et c'est important de reconnaître l'expertise de nos collègues pour arriver à une action concertée qui porte ses fruits.

À ce moment-là, c'est sûr qu'il y a différents programmes de financement qui permettent des campagnes de sensibilisation, qui permettent des actions très précises. Et, oui, c'est tout à fait génial, ça permet de développer un angle, mais, si on veut des résultats à long terme pour travailler sur l'exploitation sexuelle, il faudra mettre les ressources nécessaires pour y arriver. Alors, voilà. Je passe ma parole déjà à nos collègues.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. J'invite maintenant les représentants de la Maison Kekpart  à se présenter et à faire leur exposé. Merci d'être là.

M. Desjardins (Richard) : Bonjour à tous. Richard Desjardins, directeur général de la Maison Kekpart depuis 29 ans. Je suis intervenant social de formation. Moi, j'ai commencé à travailler en prévention de l'exploitation sexuelle en République dominicaine, pas au Québec, mais en République dominicaine. On sait ce qui se passe en République dominicaine avec le crime organisé, mais ça n'a pas tellement changé, en 1987‑1988, c'était la même chose. Le crime organisé n'était pas en République dominicaine, mais tous ceux qui profitaient de ces jeunes femmes là, c'étaient des Québécois. Puis on était une équipe multisectorielle, dont un médecin, une infirmière, une nutritionniste et moi-même, qui se promenait dans les différents ghettos de Boca Chica, Santo Domingo, pour faire de la prévention avec un pénis en bois puis avec des condoms, puis un petit Blanc, là, tu sais, dans la place, ça fait que c'est assez particulier.

Quand je suis arrivé au Québec, je me suis retrouvé dans le quartier Saint-Michel, avec les gangs de rue, et puis, par la suite, la Maison Kekpart, à partir de 1991, nous, on développé en 1999, un projet qui s'appelle Sans proxénète ni escorte. Puis là, bien, avec le taux de fréquentation de jeunes filles qui se dévoilaient devant nous, nous a permis de travailler avec eux puis de mettre en place un programme qui a été financé, tant par le fédéral, que le provincial, et jamais par le municipal.

• (10 h 20) •

Bon. À ma droite, j'ai Tanya Brunelle, qui est la coordonnatrice de SPNE, mais aussi intervenante dans les écoles en prévention de la prostitution juvénile, mais aussi en intervention. Et puis, moi, j'ai comme trois, quatre chapeaux aujourd'hui, on a... je suis D.G. de la Maison de jeunes, mais je suis fiduciaire aussi d'un programme de prévention jeunesse financé par Québec, qui était financé par Québec. C'est un plan de cinq ans et il a été réduit à trois ans, il a terminé le 1er septembre dernier. Et puis les permanents qui travaillaient sur ce programme-là ne travaillent plus...

M. Desjardins (Richard) : ...jeunesse financé par Québec... qui était financé par Québec. C'était un plan de cinq ans, et il a été réduit à trois ans. Il a terminé le 1er septembre dernier. Et puis les permanents qui travaillaient sur ce programme-là ne travaillent plus pour ce programme-là.

Et puis aussi, comme père de famille de quatre jeunes femmes, maintenant trois, et du fondateur aussi du projet Sans P ni E.

Tout d'abord, j'aimerais... Nous remercions nos nombreux partenaires. J'aimerais remercier la police de Longueuil pour l'aide et le support financier. Pas juste le support moral, mais support financier. Et ils font des activités pour nous, pour le financement dans la cause pour la lutte à l'exploitation sexuelle des mineurs. J'aimerais aussi remercier personnellement tous les organismes qui viennent en aide aux victimes et à leurs familles.

N'oublions pas les familles, les parents, les jeunes, qui vivent souvent de la solitude, la peur, les préjugés et la honte. Je suis moi-même père de quatre filles, et maintenant trois. Kim est décédée, donc, ma plus jeune, qui est décédée le 6 décembre 2018 des conséquences de l'exploitation sexuelle et d'une surdose. Je suis bien placé pour vous sensibiliser sur la réalité terrain de l'exploitation sexuelle, comme père. Comme père.

J'aimerais remercier aussi Martin Valiquette, antigang de Longueuil, qui nous a supportés au niveau familial et au niveau professionnel. Puis j'aimerais remercier Diane Veillette, qui a fait un travail exceptionnel avec Kim, puis ça... Sans sa présence, elle serait décédée plus tôt, avec tout ce qu'elle a vécu. Puis je n'entrerai pas dans les détails. Une victime, tout ce qu'elle vit dans une année, et dont les parents, les amis... Souvent, on dit : Cordonnier mal chaussé, mais en voici un. Et puis en travaillant... mais femme et moi, on a toujours gardé espoir en Kim.

La Maison Kekpart existe depuis 1981... depuis 1981. Depuis le 7 mars 2017, nous sommes mandataires et fiduciaires du programme Prévention jeunesse. Kekpart est interpelé... et sensibilisé à la cause de l'exploitation sexuelle des mineurs. Depuis 19 ans, Kekpart tient des ateliers de sensibilisation préventifs et éducatifs afin d'éviter à des jeunes filles, garçons fragilisés par différents événements de leur vie de tomber dans une spirale qui peut les entraîner très loin. De plus, à travers nos nombreux programmes, c'est plus de 5 000 jeunes qui y participent annuellement et qui sont sensibilisés et dépistés par nos projets. Plus de 250 jeunes participent quotidiennement à l'ensemble de nos programmes préventifs et éducatifs.

À cet effet, nous souhaitons que les organismes communautaires puissent offrir aux adolescents plus de services de façon soutenue et continue, que ces organismes communautaires continuent d'être supportés et considérés par les différents partenaires du réseau. Il faut plus de sensibilisation et de prévention dans les écoles primaires et secondaires. Les intervenants en prévention doivent être plus présents sur le terrain, surtout plus nombreux afin de pouvoir appuyer les écoles, les municipalités aux prises avec le phénomène de l'exploitation sexuelle et des gangs de rue.

Que les organismes et leurs partenaires soient reconduits et appuyés par le gouvernement dans l'exécution de nos mandats, le tout à moyen et long terme... En 2016, le ministre de la Sécurité publique de l'époque et la ministre déléguée à Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, de la Santé publique et aux Saines habitudes de vie annonçaient l'octroi d'une aide financière pouvant atteindre jusqu'à 650 000 $. Cette subvention a été réduite à 375 000 $ et est terminée, comme je vous ai dit tantôt plus tôt, le 1er septembre 2019.

Afin de lutter contre l'exploitation sexuelle des jeunes filles sur le territoire de l'agglomération de Longueuil, le programme Prévention jeunesse visait à appuyer et soutenir les milieux afin qu'ils puissent renforcer leur capacité à se mobiliser pour contrer un phénomène qui met en danger la sécurité de nos jeunes. En septembre 2019, le programme triennal 2016‑2019 de financement en prévention de l'exploitation sexuelle des mineurs a pris fin. Pour... ses intervenants, la prévention et les...

M. Desjardins (Richard) : ...les milieux afin qu'ils puissent renforcer leurs capacités à se mobiliser pour contrer un phénomène qui met en danger la sécurité de nos jeunes. En septembre 2019, le programme triennal 2016‑2019 de financement en prévention, de l'exploitation sexuelle des mineurs a pris fin. Pour Kekpart et ses intervenants, la prévention et les services aux jeunes demeurent notre priorité. Il est donc impérieux de renouveler ce programme le plus rapidement possible. Je vais passer le...

Mme Brunelle (Tanya) : Merci. Je vais essayer de ne pas me dédoubler parce que je crois que Mélissandre et chez En Marge on se rejoint beaucoup dans nos approches, dans nos façons d'accueillir, aussi, nos jeunes victimes. Donc, je suis Tanya Brunelle, intervenante à la jeunesse à la Maison Kekpart et je suis coordonnatrice du projet Sans proxénète ni escorte qui est présenté, là, dans les écoles secondaires.

Donc, comme Richard l'a dit, depuis 1999, ce projet-là tourne dans les écoles. On le sait, que la prévention, l'éducation, c'est vraiment, vraiment essentiel pour nos jeunes. On l'a mentionné, mes collègues ici l'ont fait, les jeunes et les familles doivent être accompagnées, sensibilisées, éduquées afin d'augmenter les facteurs de protection et réduire les risques d'exploitation. Le recrutement s'effectue souvent de façon amicale et subtile. Les jeunes qui sont plus à risque sont plus vulnérables et ne se rendront pas toujours compte dans quelle spirale ils sont en train de tomber, hein? Donc, en éduquant, en les sensibilisant, en offrant des programmes de prévention adéquats, bien, on peut faire en sorte que ces jeunes victimes-là pourront reconnaître les signes, puis, bien, espérer qu'elles puissent agir, là, de façon, là, adéquate devant des situations potentiellement dangereuses.

On doit investir dans l'avenir de nos garçons. Il faut les valoriser, il faut avoir des programmes personnalisés pour eux. On l'a dit chez En Marge, là, nos garçons, là, ce sont des victimes, eux aussi, malheureusement, souvent. Ils sont manipulés aussi dans ce monde-là. Il y a un appât, il y a un attrait du gain au niveau des gangs de rue, au niveau de l'exploitation sexuelle, qui est puissant. Il faut défaire ça, il faut semer des petites graines d'incertitude, il faut amener l'ambivalence, il faut leur jouer dans la tête, O.K., autant à nos jeunes hommes qu'à nos jeunes filles.

Un des principaux enjeux, on l'a nommé, je vais le nommer encore, c'est le financement qui diminue puis la demande qui est grandissante, la demande de service. Les intervenants des divers milieux sont débordés par les demandes de soutien et d'accompagnement, puis le manque de problèmes... de financement, pardon, récurrent a des répercussions et des impacts tant au niveau de la disponibilité des intervenants terrain ainsi que les ressources. La situation est encore plus dramatique quand on cherche un hébergement vers qui référer nos jeunes. On est chanceux, on a En Marge qui est là 365 jours par année, qui accepte nos jeunes en fugue. On est chanceux, à Longueuil, on a le 2159, mais ils n'ont pas beaucoup de places financées. On a besoin d'hébergement adapté pour ces filles-là, pour ces garçons-là.

On doit travailler avec eux dans... avec, à leur rythme, dans le respect, la considération, en leur laissant le temps de se déposer. Il faut favoriser une approche bienveillante, centrée sur les victimes. Elles ont des besoins de protection et de sécurité, et c'est seulement lorsque ces besoins seront apaisés et pansés qu'elles pourront commencer à peut-être essayer de sortir du milieu et de se reconstruire.

Avec l'aide des partenaires du réseau, la prise en charge rapide et concertée nous permet d'établir des liens solides et de favoriser des interventions efficaces et profitables aux jeunes et aux intervenants du milieu. Nous, on offre nos ateliers dans 9 écoles de la commission scolaire Marie-Victorin, deux des Patriotes, on est chanceux, on est sollicités par les écoles, mais je vous avoue qu'on est un peu essoufflés aussi par la demande. On a besoin de support. Notre organisme propose de l'accompagnement personnalisé, on fait des références personnalisées nous aussi. Je n'envoie pas quelqu'un au 2159, j'envoie quelqu'un rencontre Élisabeth du 2159. Je fais des références. Les partenaires, on se connaît, on se concerte, on essaie d'avoir la même ligne de pensée, le même corridor de services.

L'éducation, la prévention essentielles doivent être faites de façon précoce, concertée et systématique dès la petite enfance. Nous devons éduquer nos jeunes dans le respect de soi et de l'autre, leur intimité, des relations amoureuses saines et sécuritaires. Ils doivent être sensibilisés et informés sur des sujets qui les interpellent et auxquels ils s'identifient. Puis, des fois, dans mes ateliers, je vais loin dans mon langage, je suis crue avec mes jeunes parce que c'est ça qu'ils ont envie de se faire dire. Ils ont envie de... ils ont envie qu'on les comprenne, ils ont envie qu'on les écoute, puis de... Ce n'est pas une conférence, que je donne, c'est un échange que je fais avec les étudiants. On discute ensemble. On doit les écouter sans les juger, les soutenir dans leurs... démarches, pardon, mettre en place des scénarios de protection afin de créer un réseau social et communautaire autour des jeunes victimes et vulnérables. Accueuil, considération, respect, c'est essentiel pour que les jeunes se sentent en confiance et en sécurité. Ça va vite, ça va vite. Richard...

• (10 h 30) •

M. Desjardins (Richard) : Comment favoriser un consortium de service et des ressources appropriées et adaptées centrées sur les besoins de la victime dans le but de créer et entretenir un climat de confiance entre la victime et les partenaires? Pas toujours facile. Ça prend du temps, ça prend de l'écoute, ça prend de l'accompagnement. Le bon moment...


 
 

10 h 30 (version non révisée)

M. Desjardins (Richard) : ...comment favoriser un consortium de services et des ressources appropriées et adaptées, centrées sur les besoins de la victime dans le but de créer et entretenir un climat de confiance entre la victime.» Pas toujours facile. Ça prend du temps, ça prend de l'écoute, ça prend de l'accompagnement, le bon moment, et puis ces jeunes-là ont besoin d'un lieu aussi, puis le lieu est important, puis on doit se choisir... nous, on est chanceux, on est quand même ouverts cinq jours/semaine, 12 heures par jour, de neuf à neuf, du lundi au vendredi. Ça fait qu'on a une... C'est assez large, là, comme ouverture, où les jeunes, non scolarisés et scolarisés, peuvent utiliser nos services. Il est nécessaire pour les intervenants du milieu de connaître les différentes ressources, parce que, souvent, les intervenants des ressources à Longueuil ne connaissent même pas ce qui se passe dans leur ville, dans les autres organisations communautaires, les projets ou les difficultés qu'ils peuvent vivre...l'ensemble des partenaires, afin de créer des références personnalisées selon les besoins de jeunes qu'ils accompagnent. Les gestionnaires doivent disposer des moyens financiers afin de libérer leurs intervenants et de leur offrir des formations et les outils nécessaires pour mieux intervenir auprès des victimes. Les victimes devraient avoir accès à du soutien et de l'accompagnement à toutes les étapes de leur cheminement, et ce, peu importe s'ils sont prêtes ou prêts à sortir du milieu ou pas ou bien s'ils souhaitent dénoncer leur proxénète ou non. Ils doivent être respectés, accompagnés, soutenus dans leur cheminement et décisions.

Mme Brunelle (Tanya) : Je vais faire rapidement. Dans le fond, quel suivi est possible lorsqu'ils atteignent 18 ans? Bien, notre organisme est ouvert aux 12-18 ans et leur famille. On offre des services gratuitement sur une base volontaire. Lorsqu'ils deviennent adultes, ils ont le choix de poursuivre et de garder un lien avec nous, justement par les références personnalisées. Par contre, il faut assurer la continuité des services, et on doit les diriger justement vers nos partenaires, vers les autres ressources qui sont mandatées puis qui ont justement les outils puis les compétences nécessaires, là, pour apaiser puis poursuivre le cheminement, là, avec ces jeunes victimes là. Ce filet de sécurité là est supporté par un réseau de partenaires à qui nous pouvons référer les jeunes qui dépassent justement les limites de notre mandat. On a-tu encore du temps?

Le Président (M. Lafrenière) : 35 secondes.

Mme Brunelle (Tanya) : Eh, Seigneur! Bien, je pense que vous comprenez que la prévention, l'éducation, la sensibilisation, ça nous tient à coeur. On est quatre, ici, mais on est des centaines, justement, juste sur notre territoire. J'inclus Longueuil dans Montréal, parce que nous, nos jeunes traversent d'un métro à l'autre, on a besoin de vous. Merci de nous avoir entendus, merci d'être sensibles, et puis, bien... C'est ça. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup de vos présentations. Ça va être à mon tour de vous remercier aussi. J'ai eu la chance de vous voir sur le terrain, dans deux périodes de ma vie. Comme policier, j'ai vu En Marge, comme député su la Rive-Sud, j'ai rencontré les gens de Kekpart, alors je peux témoigner de ce que vous faites sur le terrain. Bravo! Merci. Et, Richard, je veux te dire que lorsqu'on a commencé cette commission-là, on s'est fait une promesse, de ne jamais oublier les victimes et les proches, c'est pour ça qu'on est ici, on n'oublie pas. Merci. Première question, députée de l'Acadie.

Mme St-Pierre : Merci, M. le Président. C'est un témoignage, M. Desjardins, qui nous a vraiment brisé le coeur, et je pense que vous savez qu'on est vraiment de tout coeur avec vous, je pense que vous le comprenez, et j'espère qu'on pourra, à la mémoire de Kim, apporter des solutions qui seront pérennes, et qu'on finisse un jour par voir la lumière au bout du tunnel. Je suis très impressionnée par tout ce qui est fait sur le terrain, par tous les organismes que vous venez de nous exposer pour aider les victimes d'exploitation sexuelle à sortir de cet enfer. Mais, malheureusement, il faut faire plus.

Je sais que mon président de commission est un homme qui a du coeur et que cette histoire d'abandon de financement ne peut pas être liée à une conjoncture budgétaire, d'équilibre budgétaire, c'est impossible, alors j'espère qu'on vous a donné des raisons. Et si on ne vous a pas donné de raison, moi, je compte, puis je n'ai pas le goût de la partisanerie, absolument pas, mais je compte vraiment sur la volonté du gouvernement pour vraiment corriger le plus rapidement possible cette situation.

Vous nous avez parlé des victimes, on a entendu beaucoup parler des victimes, et ce n'est pas un reproche que je veux vous faire, mais je veux juste vous dire que moi, il faut que je comprenne aussi, ce client abuseur qui est un pédophile qui cherche la jeune... la chair fraîche, qui brise des vies et qui semble être complètement en dessous de notre radar, je veux, dire, on dirait qu'on n'est pas capables — excusez-moi — de le pogner... Est-ce que vous avez... Dans les rencontres que vous faites, ces jeunes filles et ces jeunes garçons là vous parlent de ces clients-là, c'est... est-ce qu'elles savent... est-ce qu'elles sont capables de nous dire comment on...

Mme St-Pierre : ...capable de le... excusez-moi, de le pogner. Est-ce que vous avez des... dans les rencontres que vous faites, ces jeunes filles et ces jeunes garçons-là vous parlent de ces clients-là, ces... Est-ce qu'elles savent... est-ce qu'elles sont capables de nous dire comment on pourrait mettre la main dessus puis le mettre sur le banc des accusés, puis l'humilier? On nous parlait hier de ce qu'on a fait dans l'alcool au volant. Moi, je vois... Je verrais un grand panneau, là, puis mettre des grands noms, là, au pont Jacques-Cartier, puis ceux qui se sont fait pogner cette semaine, là, tu sais. Je veux dire, il faut qu'on aille là.

Qu'est-ce que vous nous suggéreriez? Vous avez dit que vous ne voulez pas en parler, du client abuseur, mais nous, on a besoin de vous entendre là-dessus, parce que vos... les victimes en parlent de ce client-là. Alors, vous avez la parole, tout le monde, là.

Mme L'Espérance (Marie-Noëlle) : En fait, ce n'est pas parce qu'on ne veut pas nécessairement en parler, c'est que ce n'est pas notre expertise. Nous travaillons directement en concertation avec d'autres intervenants et... auprès des jeunes et auprès des familles. Nous ne recevons pas des clients. Par contre, c'est un angle important, là, dans l'intervention, je suis tout à fait d'accord avec vous.

Ce que parfois, on reçoit comme commentaire, c'est : On ne le savait pas, ou on va voir...  Bien, on ne dit pas qu'on est mineur ou on peut cacher certaines informations. C'est des choses auxquelles on y croit plus ou moins, là, parce que, tu sais, tu as beau être très maquillée ou être très bien habillée, une jeune fille a l'air d'une fille, là. Donc, il y a peut-être cette question-là, qui pourrait être regardée : comment est-ce qu'on recherche cette chair fraîche, là, c'est assez cru à dire, et nos collègues juste avant nous vous parlaient aussi de la recherche de certaines communautés. Donc, il y a cet attrait-là. Donc, c'est peut-être des goûts déviants au niveau sexuel qu'on pourrait regarder.

Les jeunes filles, il y a un beau travail à Montréal, «un beau», entre guillemets, là. C'est possible de travailler dans la grande région de Montréal, mais il y a aussi des jeunes qui sont délocalisés. Un, c'est plus facile d'isoler une personne, exemple, francophone quand on l'envoie travailler dans un environnement anglophone, mais aussi, il y a une demande pour ce côté un peu exotique. Donc, c'est un angle... Moi, je me questionnerais, oui, d'un point de vue criminel, mais aussi d'un point de vue sexologique. Je pense qu'on fait face à des personnes qui ont des déviances et c'est un angle important à regarder pour considérer la notion des clients.

Je ne sais pas si tu as quelque chose à ajouter de... certaines confidences de jeunes...

Mme Gagnon-Lemieux (Mélissandre) :  Bien, j'ai le goût de dire que les jeunes, lorsqu'ils m'en parlent, c'est M. Tout-le-monde. C'est... Il n'y a pas de particularités; il y en a des très gentils, il y en a de moins gentils. Je ne sais pas si vous avez eu la chance de voir le documentaire Picbois, où ils nomment que c'est difficile d'aller chercher des clients puis que ce n'est pas facile de savoir pourquoi ils sont là.  C'est ça, le fléau. C'est qu'on a de la misère à savoir c'est quoi, puis les jeunes, ils sont là pour répondre à la demande.

Donc, ils ne prennent pas nécessairement les informations nécessaires puis ils n'ont pas nécessairement envie de nous en parler après, parce que ça fait partie de leur trauma aussi, ça fait partie de plein de choses. Donc, je n'ai pas la chance de pouvoir les questionner à ce niveau-là, mais clairement qu'il faut s'y attarder.

Mme St-Pierre : Dernière question pour l'organisme Kekpart. Je remarque qu'avec vos... tout ce que vous nous avez donné comme documentation, il y a une importance de garder le jeune occupé, de lui faire faire des choses qui vont l'intéresser, jouer à des cliniques de cinéma, de vidéos, de... Ça fait partie du bagage aussi qu'il faut leur donner lorsqu'on intervient auprès de ces jeunes-là.

M. Desjardins (Richard) : Bien, c'est pour ça que les cinq programmes que vous avez entre les mains, c'est 250 jeunes par semaine qui participent. On a parti aussi une maison pour les enfants 6-11, pour prévenir encore davantage puis augmenter leur estime de soi. Plus que la jeune fille a une estime grande, moins qu'elle va devenir victime. Ça fait qu'il faut continuer à travailler sur des réalisations, sur une perception de soi qui va l'amener à se développer naturellement.

Mais, c'est... c'est beaucoup de travail, hein? 250 jeunes par semaine, là, c'est énorme. Nous, on n'est pas... on n'a pas de maison d'hébergement, c'est des programmes puis c'est de jour et de soir, parce qu'on a deux programmes, là, en persévérance scolaire puis en raccrochage scolaire, le mercredi, jeudi, vendredi, avec des protocoles d'entente signés par la commission scolaire Marie-Victorin, qui nous envoie des jeunes de différentes écoles secondaires de la ville de Longueuil.

Mme Brunelle (Tanya) : J'aimerais peut-être...

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup.

• (10 h 40) •

Mme Brunelle (Tanya) : J'aimerais peut-être juste ajouter que, dans le fond, c'est pour meubler les heures où les jeunes sont seuls. Ils finissent le secondaire à 15 heures. Souvent, les parents vont travailler jusqu'à 20, 21 heures, donc le 15-21 heures où les ressources sont ouvertes puis qui offrent des ressources destinées à la jeunesse fait en sorte que...

Le Président (M. Lafrenière) : ...merci beaucoup.

Mme Brunelle (Tanya) : J'aimerais peut-être juste ajouter que, dans le fond, c'est pour meubler les heures où les jeunes sont seuls. Ils finissent le secondaire à 15 heures, souvent, les parents vont travailler jusqu'à 20, 21 heures, donc le 15-21 heures où les ressources sont ouvertes puis qui offrent des ressources destinées à la jeunesse fait en sorte qu'il y a un petit moins de jeunes, là, qui vont traîner dans les rues puis peut-être, là, justement, là, tomber sur des situations, là, plus ou moins intéressantes, là.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Vous avez fait référence tout à l'heure au... bien, Picbois, Trafic. On l'a non seulement écouté, on a reçu les gens qui étaient... qui ont produit ça. Alors, merci beaucoup d'y faire référence, ça a été très intéressant.

Mme L'Espérance (Marie-Noëlle) : ...

Le Président (M. Lafrenière) : Oui.

Mme L'Espérance (Marie-Noëlle) : J'ai envie, en fait, de reprendre leur exemple au niveau des différentes occupations. Également, dans une pensée vers une sortie d'exploitation sexuelle, on s'inscrit... on parle toujours des mineurs, hein, ici, et on s'inscrit également dans des changements à l'adolescence et dans une transition à la vie adulte. Donc, tous les jeunes ont besoin de passer par ces étapes-là, tous les jeunes confondus. Et, à ce moment-là, il faut apprendre qui on est, il faut apprendre qu'est-ce qu'on veut faire dans la vie. Qu'est-ce que... C'est quoi nos projets futurs? Dans quoi on est bon? Qu'est-ce qui nous apporte cette adrénaline? Donc, la découverte de soi est essentielle. Il faut panser ses plaies, mais il faut se découvrir. Et une des actions du projet Sphères, que Mélissandre va porter beaucoup, c'est de permettre aux jeunes de vivre des expériences positives en dehors du mode de vie du travail du sexe.

Et ce qu'on n'a pas beaucoup abordé tantôt, mais on faisait référence, entre autres, au Facebook, à toute la matérialisation, nos satisfactions personnelles viennent du regard de l'autre, du nombre de «j'aime» de «like», et ça, dès la très, très petite enfance. On s'inquiète beaucoup de l'image perçue. Mais cette image perçue doit se construire à partir de quelqu'un, et ce quelqu'un-là doit être bien dans sa peau également. C'est un outil de prévention, mais également de réhabilitation.

Dans la transition à la vie adulte, il y aura aussi d'autres éléments difficiles parce que nos amis vont être probablement issus de ce milieu-là. Nos activités de loisirs sera probablement la consommation de drogues, parce qu'on s'entend que, dans une dynamique d'exploitation, ce n'est pas facile, donc la drogue aide à passer au travers, et apprendre à faire d'autre chose, c'est tout un apprentissage.

Également, rendu à la vie adulte, se loger. Bien, dans une dynamique d'exploitation, l'argent vient, entre guillemets, facile, parce que ce n'est pas facile ce que font les jeunes, mais il y a beaucoup d'argent. Donc, quand on retourne vers un travail de commis dans une institution ou une banque... même pas une banque, mais au salaire minimum, au dépanneur, c'est très difficile d'arriver. Également, le logement, quand on sort d'une dynamique d'exploitation, le logement, c'était des Airbnb ou c'était le logement d'un proxénète, surtout dans une dynamique de relation amoureuse, donc il faut retrouver un logement. Et, à ce moment-là, il faut le payer ce logement, il faut de l'argent. Donc, vous voyez le cercle que ça peut amener?

Alors, tous les ateliers comme font la Maison Kekpart ou les découvertes que, dans le projet Sphères, on vise à permettre aux jeunes, sont essentiels pour entamer un changement significatif.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. On va continuer notre défi. Il nous reste encore sept questions en peu de temps. Alors, député d'Ungava.

M. Lamothe : Je vais être court, je ne prendrai pas beaucoup de temps. M. Desjardins, c'est... je n'ai pas trouvé le mot exact, là, pour votre témoignage, c'est touchant puis... Il y a deux organismes qui sont venus ici hier puis ils ont parlé de campagnes de sensibilisation. Puis moi, je crois beaucoup à ça. Puis il y en a une... je ne me souviens plus quel organisme qui a fait un parallèle avec l'alcool au volant, puis tout ça, tu sais, c'est du long terme, puis eux autres disaient que ça prendrait un porte-parole masculin. Puis je suis convaincu que vous seriez un très bon porte-parole. Ça fait que je ne sais pas la façon de le faire, je ne sais pas, les organismes, c'était qui, puis la façon de tout ça, mais vous êtes une personne très crédible puis sûrement un très bon père de famille, je ne vous connais pas, mais vous avez l'air, puis je pense que ça serait à prendre en considération vu que le dévouement que vous faites, local, au niveau provincial. Je crois à ça aussi, que le porte-parole masculin, là, aurait une crédibilité, je n'ai rien contre les femmes, loin de là, croyez-moi certain, mais, par contre, ça a été apporté par des femmes qui étaient ici de différents organismes, puis vous seriez très crédible pour une campagne de sensibilisation provinciale. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Député de Viau.

M. Benjamin : Merci, M. le Président. Donc, merci, M. Desjardins. Donc, merci pour les jeunes de Saint-Michel, merci pour les jeunes de Longueuil, merci pour les jeunes de partout que vous avez aidé à sauver. J'aimerais... Et moi aussi, je trouve, comme ma collègue de l'Acadie, je trouve ça préoccupant, c'est-à-dire, dans un contexte actuel, d'entendre d'un projet qui n'a pas été renouvelé... J'aimerais vous entendre sur ce projet-là. Quel est ce projet? Parlez-nous de ce projet.

M. Desjardins (Richard) : Prévention jeunesse a été mis en place après Mobilis au Québec, puis, lui, Prévention jeunesse, c'est un consortium...

M. Benjamin : ...d'entendre un projet qui n'a pas été renouvelé. J'aimerais vous entendre sur ce projet-là, quel est ce projet, parlez-nous de ce projet.

M. Desjardins (Richard) : Prévention jeunesse a été mis en place après Mobilis au Québec. Puis, lui, Prévention jeunesse, c'est un consortium d'organismes communautaires et d'institutionnels qui... il y a deux buts, un, c'est l'intervention, l'autre, c'est la direction, puis Tanya fait partie du comité d'intervention, nous, on fait partie... moi, je fais partie du comité de direction. Puis on est des décideurs, puis ce programme-là, Prévention jeunesse, nous recevons annuellement une subvention de 125 000 $ annuelle et, nous, Maison Kekpart, on est fiduciaire, on reçoit les argents et on les redistribue. Et le comité avec les différents partenaires décident comment l'argent va être redistribué aux organismes communautaires, ça, c'est la première chose.

La deuxième, ce qu'il faut savoir, c'est que, sur le 125 000 $, il y a seulement deux organismes communautaires financés par Prévention jeunesse, par le ministère de la Sécurité publique. Puis, dans ce programme-là, le ministère ou le gouvernement, à l'époque, ont imposé une coordination, temps partiel ou temps plein — là, dans nos cas, ils ont décidé temps plein — qui prend une bonne partie du financement, ça fait que, nous, quelque part, on espère, pour 2020‑2021, on va recevoir 30 000 $. Et puis Le 2159, maison d'hébergement pour quatre places, va recevoir 30 000 $. Mais, pensez-y, là, 30 000 $, c'est impossible de faire les interventions, la prévention, la sensibilisation dans nos écoles comme une ville comme Longueuil, là, ça ne paie même pas un salaire, ça fait qu'il faut être créatif. Puis il y a des députés qui nous aident beaucoup à ouvrir des portes et à faire du financement aussi pour nos organisations, pour redistribuer ces argents-là par la suite, avoir plus d'organismes qui viennent en aide et d'intervenants qui feraient des actions sur le terrain.

M. Benjamin : Je salue le travail de ces députés-là et je suis prêt à me joindre à ces députés-là pour encourager, en fait, le gouvernement à être cohérent. Je pense que le débat qu'on a actuellement, qu'on a, depuis plusieurs mois au Québec, nécessite qu'il y ait de la cohérence et, pour moi, c'est un enjeu de cohérence. Merci encore pour le travail que vous faites.

Ma deuxième question pour En Marge 12-17, donc j'ai beaucoup aimé vos recommandations, et il y a une recommandation qui me touche en particulier, c'est la recommandation 2. La recommandation 2, c'est la première fois que, dans le cadre de ces travaux-là, on en parle, souvent, on dit qu'il faut aborder cette question-là en très bas âge, mais, vous, vous dites : «Il faut accorder un soutien professionnel dès la naissance de l'enfant et se basant sur le développement de leurs habiletés et en éducation.» J'aimerais peut-être vous entendre sur cette recommandation-là en particulier.

Mme L'Espérance (Marie-Noëlle) : Oui. On fait, au niveau de la prévention, le plus tôt sera le mieux, il faut savoir que les valeurs adoptées, les valeurs familiales le seront dans la petite enfance. Donc, c'est, avant cinq ans qu'on dit souvent tout se joue, ce n'est pas une peine perdue, hein, on travaille auprès des jeunes, mais il faut savoir qu'il y a beaucoup de bases familiales qui vont se mettre dans ces moments-là. Également, nous voulons rompre avec le cycle de la pauvreté qui se perpétue sur une génération à une autre génération. Donc là, on n'est pas ici pour parler de la protection de la jeunesse, mais vous l'avez vu probablement, comme quoi qu'il y a des enfants issus de la protection de la jeunesse. Ensuite, quand ils deviennent eux-mêmes parents, ils ont encore des lacunes affectives qui ressortent et, à ce moment-là, c'est la même chose au niveau de la pauvreté systémique dans certains quartiers et environnements de Montréal. Et c'est pour ça que nous voulons briser ces difficultés-là qu'à la base des personnes vont commencer à porter et qui vont venir teinter.

• (10 h 50) •

Également, quand je parlais tantôt de la crise à l'adolescence, autant la crise avec un ado, qu'une situation d'exploitation sexuelle, il y a beaucoup de choses qui peuvent être mises de l'avant. Et nous ne voulons pas aborder les parents sous l'angle de la culpabilité, c'est pour ça qu'on ne parle pas nécessairement de développer les compétences, en disant qu'avant on n'était pas compétents, maintenant, on va l'être, mais il y a de ces habiletés de communication et de rôle d'éducateur à mettre de l'avant. Également, on a souvent des dichotomies d'intervention, on se dit, comme parents, on est dans la pensée positive, on veut...

Mme L'Espérance (Marie-Noëlle) : ...disant qu'avant on n'était pas compétents, maintenant, on va l'être. Mais il a de ces habiletés de communication et de rôle d'éducateur à mettre de l'avant.

Également, on a souvent des dichotomies d'intervention, on se dit... comme parent, on est dans la pensée positive, on veut tout accorder à notre enfant, ou on est dans le contrôle, non, on va mettre nos limites. Parfois, c'est une question d'éducation, une question d'identité culturelle. Mais il y a... entre les deux, il y a des façons d'être. Et ce n'est pas facile, être parent, hein, mais il y a... entre les deux, de trouver un juste milieu qui va être utile, que le parent pourra mettre de l'avant et qui mettra des bonnes bases au niveau de la communication et des limites pour leur enfant. Parce que, rendu à l'adolescence, dans une situation d'exploitation, et je me répète un peu, mais ce n'est pas à ce moment-là qu'on va regarder... mettre des limites, parce que l'enfant ne va pas reconnaître, et ça va venir exacerber les tensions de la crise à ce moment-là. Également, dans un contexte, exemple, de surveillance, quand on parle des réseaux sociaux, entre autres, ils sont présents. Donc, si on met un grand contrôle à la maison, bien, les jeunes vont aller en cachette chez l'ami, chez le voisin, chez le cousin, et à ce moment-là on n'aura pas de contenu sur lequel qu'on va pouvoir travailler et éduquer notre enfant. Donc, c'est préférable, par exemple, d'opter pour la supervision. Qu'est-ce que tu fais? Qu'est-ce que tu cherches derrière ça? Qu'est-ce que ça t'apporte? Et lorsque le premier message, on pourrait dire suspect, arrivera d'une personne, donc, exemple, une demande d'ami de quelqu'un qu'on ne connaît pas, d'envoyer des photos sexy ou tout autre type de racolage qu'on peut voir sur les réseaux sociaux, bien, le parent deviendra aussi l'allié de l'enfant.

Et enfin, on a parlé de moyens de protection, des facteurs de protection, par mes collègues de la Maison Kekpart, le parent est un pilier pour passer au travers d'une situation d'exploitation sexuelle. Également, le parent va garder ses yeux de parent face à son enfant, et cet enfant auquel... qu'on va voir une étiquette de jeune victime, comme on parlait de la transition à la vie adulte, va passer au travers, avoir des passages, avoir des allers-retours, et ils ont besoin de sentir qu'il y a un environnement, qu'il y a une personne à qui qu'ils peuvent se confier, qu'il y a une personne qui sera avec eux. Quand il n'y a personne, c'est sûr que les intervenants vont faire ce travail, mais on recommande fortement un lien avec l'entourage, idéalement les parents. Quand les parents ne sont pas dans un environnement, ça pourrait être, des fois, un oncle, une tante ou un grand-parent très significatif qui pourra garder ce lien-là. Également, on n'a pas beaucoup abordé les situations qui peuvent être très dangereuses. Donc, oui, on peut, comme on disait, mettre des cotes d'urgence au niveau de l'intervention, mais également c'est de donner des nouvelles... de sentir qu'il y a quelqu'un qui nous attend, qui cherche notre bien-être, va être également un outil pour passer au travers, donc on parle quand même de passage, donc, pour affronter ces situations-là.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Député d'Hochelaga-Maisonneuve.

M. Leduc : Merci, M. le Président. Tout d'abord, toutes mes sympathies, M. Desjardins. Merci pour votre témoignage. Deux rapides questions, une première en lien avec la recommandation no°7 d'En Marge 12-17, où vous recommandez d'investir dans un programme visant la transition dans une perspective de changement de mode de vie, en offrant le temps et les ressources nécessaires pour permettre un cheminement significatif. J'aurais aimé ça, vous entendre plus. Est-ce qu'on parle ici de logement, de programme de retour aux études? Et surtout, quand on parle de ressources, il y a toute la thématique de la pauvreté qui, souvent, ramène des jeunes dans la prostitution. Qu'est-ce qu'on pourrait faire, par rapport à ça? Est-ce qu'il pourrait y avoir des prestations spéciales d'aide sociale, je ne sais pas, je lance l'idée? Et finalement l'autre question rapide, qui s'adresse finalement aux deux groupes : On a peu évoqué la question des parents. Ça commence à être traité un peu, hier, puis avec vous aujourd'hui. Qu'est-ce qu'on peut faire d'autre? Parce que, là, on comprend qu'il y a déjà des groupes d'animation, de soutien. Qu'est-ce qu'il est possible d'imaginer comme déploiement de ressources pour les parents qui vivent avec un enfant dans une situation d'exploitation sexuelle?

Mme Gagnon-Lemieux (Mélissandre) : Bien, en fait, le projet Sphères, en ce moment, c'est un peu ça qu'on fait, on essaie de permettre aux jeunes de trouver autre chose, de voir qu'il existe autre chose dans la vie, en leur faisant découvrir des ressources, des activités et des loisirs. Pour ça, ça demande énormément de temps, parce que, souvent, on arrive avec des jeunes qui ne se connaissent pas du tout, qui ont beaucoup de traumas puis qui doivent essayer plein de choses pour savoir ce qu'ils aiment, ce qu'ils n'aiment pas. Puis ça peut vraiment être autant se trouver un emploi, que d'aller faire du «go-kart» parce qu'elle aime l'adrénaline, que d'aller faire un atelier de cuisine. Ça peut vraiment être varié et ça demande du temps. On est quatre intervenants, dans le projet Sphères, on a au-dessus d'une trentaine de jeunes, donc faites le calcul, ça ne laisse pas... on a cinq jours dans une semaine où est-ce qu'on travaille. Donc, on a besoin de temps. Puis, au niveau aussi... Bien, de l'argent, parce que pour faire des activités, pour pouvoir amener ces jeunes-là à se découvrir, puis tout ça, bien, ça demande de l'argent. Puis il faut un endroit aussi, pour ces jeunes-là, vers l'âge de 18 ans, où est-ce qu'ils peuvent être stables, où est-ce qu'ils peuvent se nourrir. Parce que ça aussi, ça fait partie des besoins de base d'un jeune, puis, pour pouvoir l'amener à se découvrir, bien, il faut que ces besoins de base là soient remplis...

Mme Gagnon-Lemieux (Mélissandre) : ...aussi, bien, de l'argent, parce que pour faire des activités, pour pouvoir amener ces jeunes-là à se découvrir, puis tout ça, bien, ça demande de l'argent. Puis il faut un endroit aussi pour ces jeunes-là, vers l'âge de 18 ans, où est-ce qu'ils peuvent être stables, où est-ce qu'ils peuvent se nourrir parce que ça aussi ça fait partie des besoins de base d'un jeune. Puis, pour pouvoir l'amener à se découvrir, bien, il faut que ces besoins de base là soient remplis. Donc, nécessairement, ça demande ça.

Mme L'Espérance (Marie-Noëlle) : Et je vais renchérir sur l'exemple des ressources. Par exemple, quand on arrive au niveau du logement, En Marge, nous avons cinq logements sociaux. Cinq. Vous pouvez deviner qu'il y a un petit peu plus de demandes que ça. Apprendre à être en logement, donc faire de la cuisine, faire un budget, trouver un emploi, retourner à l'école... Parce qu'on ne l'a pas abordé, mais il y a toute la question des difficultés scolaires qui viennent, donc, par exemple, c'est de payer l'inscription au cégep. Pour un jeune, ça peut être un élément... Si on le regarde dans un angle collectif de société, l'inscription au cégep d'une personne, c'est minime comme ressource financière. Quand on regarde sur l'angle de la personne à qui qu'on a donné ce coup de pouce là, ça va être majeur, l'impact que ça va avoir. Donc, oui, des... ça peut être des bourses pour le retour à l'école, ou des prestations spécifiques, ou des per diem pour aider à faire autre chose. On parle vraiment de mode de vie parce qu'il y a toute la question, peut-être, derrière le glamour, l'argent facile... et on veut que la personne se définisse autrement pour faire un changement. Alors, il va falloir prendre le temps.

Également, au niveau des questions de traumas vécus, de tous les sévices que la personne va avoir vécus, bien, à ce moment-là, il faut lui donner le temps de se panser ses plaies, de prendre... de se reconstruire comme personne. Et, à ce moment-là, le programme devra offrir un soutien continu. L'investissement qui est fait dans le cadre du projet Sphères, dont disait Mélissandre, est majeur. Quand on a cette jeune fille, par exemple, qui peut être... voir un éducateur au centre jeunesse, mais avoir un soutien continu avec Mélissandre, qui devient cette personne-là avec qui qu'elle va faire des codes d'urgence, avec qui qu'elle va avoir cette réflexion et travailler ses ambivalences face à sa situation, bien, c'est un investissement à long terme. Mais elle va avoir besoin probablement d'une thérapie, comme avec la Fondation Marie-Vincent. Elle devra avoir un soutien des... Nos deux survivantes, je pense au projet porté par Josée et Diane, dont on a déjà largement parlé, qui font un travail exceptionnel. Mais c'est des ressources investies qui sont majeures, mais qui sont essentielles si on veut accompagner chaque personne.

Donc, on ne peut pas faire une analyse basée sur des résultats traditionnels parce que c'est sûr que ça coûte cher comme programme. Et, à ce moment-là, j'appuie tout à fait mes collègues ici parce que, souvent, c'est soit... Il faut faire un choix, soit de l'intervention, ou soit de la coordination, ou soit de la concertation parce qu'on n'a pas l'investissement pour se mettre ensemble, alors que c'est en travaillant tous ensemble qu'on a des résultats significatifs.

Je vous laisse pour la deuxième partie de la...

Des voix : ...

M. Desjardins (Richard) : C'est évident, pour le support parental... Nous, on n'a pas trouvé grand-chose comme support parental, là. Ça n'a pas été facile. Puis, en étant dans le milieu, avec les contacts que j'avais, avec les ressources environnantes... C'est très, très, très difficile à intégrer des intervenants parentaux. Puis nous autres, on en fait beaucoup, à quelque part, là, au niveau... pour plus 12-17, on...

Moi, Kim est décédée à 24 ans, ça fait qu'on a été sept ans avant dans le tourbillon, là. Je ne sais pas si vous savez, là... tourbillon du proxénète, mais le tourbillon aussi de son dealer qui cognait à la maison, de déménager, d'être victimes d'intimidation, puis etc. Puis, en même temps, je disais toujours : Tu sais, avec la consommation, Kim est devenue menteuse, voleuse puis très manipulatrice. Ça fait que ça, c'était difficile dans le quotidien, en plus de nos jobs, à mon épouse et à moi, de gérer tout ça dans le quotidien. Puis on se disait : Il faut se tenir, il faut se tenir, tu sais.

• (11 heures) •

Puis le support de parents, c'est encadrer un parent et d'être capable que le parent dise non à son enfant. Tu sais, c'est un besoin essentiel, si vous voulez garder... pas le contrôle, là, mais une relation plus facile, plus harmonieuse. Parce qu'en sept ans... c'est particulier. Ça ne s'explique pas, ça se vit. Puis les gens...


 
 

11 h (version non révisée)

M. Desjardins (Richard) : ...plus facile, plus harmonieuse, parce qu'en sept ans, c'est particulier. Ça ne s'explique pas, ça se vit, puis les gens...

Mme Brunelle (Tanya) : Bien, je pense que c'est bien résumé puis je pense qu'En Marge l'a bien dit, ça prend beaucoup de support, ça prend un réseau justement pour supporter ces familles-là. Il y a des beaux ateliers qui sont faits chez En Marge. J'ai vu des photos, j'ai vu des projets réalisés, ça fait longtemps qu'ils tiennent ces projets-là. Mais je pense qu'il y a d'autres organismes qui bénéficieraient d'offrir ces services-là aux parents. Mais, encore là, on a besoin d'outils, on a besoin de formation, on a besoin de temps, puis les gestionnaires doivent pouvoir dégager leurs intervenants pour qu'ils puissent justement être formés par des intervenants de chez En Marge, par exemple, justement en lien avec l'accueil des parents, puis le support, et tout ça.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Question très, très courte, députée de Marie-Victorin.

Mme Fournier : Oui. Bien, d'abord, permettez-moi de vous dire... de vous remercier pour vos présentations. Particulièrement la Maison Kekpart, on voit tout ce que vous faites pour les jeunes de Longueuil. Alors, un immense merci. Puis à vous, M. Desjardins, merci de ne surtout pas lâcher malgré tout, puis je pense qu'on va mener nos travaux à la mémoire de Kim et de toutes les autres qui, malheureusement, n'ont pas réussi à se sortir de ce fléau.

Je veux revenir justement sur ce que vous disiez dans votre présentation. Vous disiez que l'une des problématiques était de constater que, trop souvent, les différents acteurs du terrain ne savaient pas nécessairement ce qui se passait. Alors, ça témoigne en fait du besoin criant de concertation, puis, lorsque vient le temps justement d'analyser un programme comme Prévention jeunesse Longueuil, j'aurais aimé que vous nous parliez justement des effets bénéfiques que vous avez pu voir sur la communauté durant les trois années où le programme a eu cours.

M. Desjardins (Richard) : Ça commence toujours par le lien de confiance qu'on doit créer avec nos partenaires. Entre le communautaire puis l'institutionnel... C'est deux mondes, hein? Puis aujourd'hui je peux dire que le travail qui est fait, qui a été fait, ça a porté fruit pas juste aux gens alentour de la table, mais ça a fait des enfants, ça a fait des petits à l'extérieur des tables de concertation aussi. Puis on s'est limités par année, au niveau de l'intervention, le comité d'intervention puis le comité de direction multi, à Longueuil, on s'est limités à peu près à huit rencontres chaque pour que ce soit efficace puis qu'on soit dans notre milieu pour intervenir dans notre milieu. Ça fait que... Puis, avec nos différents partenaires... C'est sûr que, moi, ça fait 29 ans que je suis à Longueuil, hein? 29 ans, tu en crées, des liens avec les policiers. Puis la mentalité a changé aussi beaucoup. Moi, j'ai eu un père policier, je sais c'est quoi, là. On a eu beaucoup de plaisir.

Puis, d'un autre côté, on voit les résultats de travailler ensemble, de diffuser l'information, parce que les jeunes vont pas mal tous à la même place, hein? Tous, la gang, là, ça se promène. Longueuil, c'est une grande ville, mais en même temps on sait pas mal où ils sont, les jeunes, qui ils fréquentent, qui qu'ils ne devraient pas fréquenter, puis on est capables de s'échanger de l'information et à garder cette information-là confidentielle. Au moment où on décide de la divulguer, c'est parce qu'on a fait nos... on a travaillé avant de la divulguer avec nos différents partenaires qui siègent sur les deux tables. Il y a des organismes qui ne veulent pas diffuser... qui ne veulent pas partager leur information, hein? Et puis c'est correct, là, on respecte ça, là. Ils sont à la table puis ils parlent de leur réalité quotidienne avec leurs jeunes. Nous autres, la démarche, elle est plus loin que ça, à quelque part.

Mme Gagnon-Lemieux (Mélissandre) : Pour ajouter quelque chose pour aller dans la même direction, nous autres, dans le projet Sphères, il y a quelques années, quand ça a commencé, autour de la table, on est les centres jeunesse de Montréal, le centre jeunesse anglophone, L'Anonyme, qui est un autre organisme communautaire, et nous. La première année n'a été que de — et le SPVM, bien entendu — de se parler puis de s'entendre, institutionnel, communautaire, qu'on... on porte chacun nos chapeaux, mais qu'on puisse travailler ensemble, puis maintenant il y a encore des défis, il y en aura toujours, mais le travail qui est fait... C'est beau de pouvoir dire à un jeune : Attends, laisse-moi appeler ta TS, parce que mon collègue du centre jeunesse m'a donné le numéro. On va s'asseoir ensemble, on va trouver une solution, tu pourras venir faire un tour à En Marge. Attends, on va appeler. Ça fait vraiment une différence, cette concertation-là, puis le fait que tout le monde est plus ouvert puis s'assoit pour pouvoir collaborer ensemble, c'est un atout majeur.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. En 2 min 10 s, collègue de Gaspé.

Mme Perry Mélançon : Merci, M. le Président, puis naturellement je joins ma voix, là, à mes collègues pour dire que ça prend énormément de dévouement...

Mme Gagnon-Lemieux (Mélissandre) : ...cette concertation-là. Puis le fait que tout le monde est plus ouvert puis s'assoit pour pouvoir collaborer ensemble, c'est un atout majeur.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. En 2 min 10 s, collègue de Gaspé.

Mme Perry Mélançon : Merci, M. le Président. Puis naturellement je joins ma voix, là, à mes collègues pour dire que ça prend énormément de dévouement puis de courage pour continuer à vous impliquer dans cette cause-là.

On parlait justement de coordination puis de concertation, donc c'était vraiment ça mon point aussi que je voulais apporter. Vous travaillez énormément tous les organismes ensemble, vous vous référez entre vous, donc je pense que vous êtes bien placés pour nous dire de quelle manière... est-ce que ça pourrait être appliqué de manière plus uniforme peut-être même à l'échelle du Québec? Il y a beaucoup de belles initiatives qui sont développées dans certains endroits mais qu'on ne connaît pas ailleurs puis qui ne sont pas reprises. Puis comment est-ce qu'on pourrait mieux coordonner toutes ces initiatives-là, finalement, qui sont prises en charge par souvent des organismes comme vous?

Mme L'Espérance (Marie-Noëlle) : Oui, certainement. Je crois que, comme l'exemple du projet Prévention jeunesse, on parle... au projet Sphères, il y a pareil dans le coin de Québec avec nos collègues du PIPQ. Ce genre de projet là marche et peut être fait à la couleur des partenaires locaux. Donc, à ce moment-là, on devra toujours prendre un temps pour mettre sur pied des ententes de fonctionnement et des ententes au-delà d'un document officiel, là, c'est de se comprendre. Qu'est-ce que vous faites? C'est quoi, votre mandat? Qu'est-ce que je fais? C'est quoi, mon mandat? Comment est-ce qu'on est capables de se rallier? Et qui sont les acteurs que nous avons en place pour travailler ensemble? Et, oui, ça peut s'exporter. Par exemple, au niveau de nos groupes parents, au printemps, on était à Laval avec les centres jeunesse de Laval, il y a un organisme communautaire de Laval, le TRIL, pour qu'ils puissent eux-mêmes coanimer les groupes par la suite. Parce qu'En Marge, on ne peut pas être partout. Donc, ça nous fait plaisir de les soutenir et que, par la suite, ils peuvent eux-mêmes réaliser ces projets-là. Et ça va très bien fonctionner parce que ça va être des partenaires locaux de la région de Laval qui vont y travailler. Alors, c'est juste de prendre le temps de le faire.

Et je reviens aussi sur toujours l'analyse des programmes, les activités de concertation, de développement de projets ne sont pas des activités qui paient en termes de stats et en termes de résultats, et c'est malheureusement souvent cet angle-là qu'on veut couper dans le financement. Mais, pendant que les gens sont sur place à discuter, oui, ça va prendre des salaires, ces personnes-là... on a beau être très impliqués et faire beaucoup plus d'heures de manière bénévole, bien, c'est quand même des salaires d'intervenant. Mais quand l'intervenant, il est là, il n'est pas en intervention.

Donc, comme disait ma collègue, en effet, il faut avoir du temps d'intervention qui est dégagé, où est-ce que l'intervenant pourra jouer pleinement son rôle, et en parallèle du temps de concertation et de développement. Il y a quand même des belles initiatives qui existent, des rencontres avec un colloque organisé, qui ramènent les personnes de différentes régions. Mais, par la suite, je suis convaincue qu'on est capables de développer des actions concertées avec les partenaires locaux dans plusieurs coins de la province du Québec.

Le Président (M. Lafrenière) : Encore une fois, merci beaucoup pour votre contribution à nos travaux.

Je suspends quelques instants pour laisser le prochain groupe prendre place. Merci infiniment.

(Suspension de la séance à 11 h 8)

(Reprise à 11 h 14)

Le Président (M. Lafrenière) : Alors, je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants du Conseil québécois LGBT et je vais faire la même chose que j'ai faite au dernier groupe, je vais m'excuser pour notre retard. Mais vous voyez qu'on est une commission à l'écoute, alors s'il faut déborder, on déborde, ça ne coupe en rien le temps qu'on a pour vous entendre aujourd'hui. Votre présence est très importante pour nous, merci d'être là. Alors, vous disposez de 20 minutes pour faire votre présentation, c'est une présentation seule, par la suite, il y a une période d'échange avec les membres de la commission. Merci, merci de votre patience, et je vais vous inviter à vous présenter et à commencer votre exposé. Merci beaucoup d'être là.

Mme Boisvert (Marie-Pier) : Merci beaucoup. Est-ce que c'est correct, le son? Donc, mon nom est Marie-Pier Boisvert, je suis la directrice générale du Conseil québécois LGBT. Je devais être ici avec mes collègues...

Le Président (M. Lafrenière) : ...membres de la commission. Merci, merci de votre patience, et je vais vous inviter à vous présenter et à commencer votre exposé. Merci beaucoup d'être là.

Mme Boisvert (Marie-Pier) : Merci beaucoup. Est-ce que c'est correct, le son? Donc, mon nom est Marie-Pier Boisvert, je suis la directrice générale du Conseil québécois LGBT. Je devais être ici avec mes collègues

de Fierté Montréal, mais qui n'ont pas pu être là, finalement, donc j'ai une présentation assez courte.

Donc, en fait, à titre de regroupement qui unit presque 40 organismes et associations LGBT partout au Québec, le Conseil québécois LGBT est fier d'avoir été invité par la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs pour se prononcer sur certains enjeux particuliers touchant sa communauté. La mission de notre organisme est de défendre les droits collectifs des personnes LGBTQ+ au Québec, et nous avons donc participé à faire évoluer les lois, les règlements et les politiques de notre belle province depuis maintenant 25 ans. Nous avons collaboré et collaborons toujours avec le secrétariat à la condition féminine du Québec et le ministère des Femmes et de l'Égalité des genres à Ottawa, pour faire de la recherche sur les violences particulières qui touchent les communautés LGBTQ+, en plus de former et informer la population québécoise sur ces enjeux.

Nos recherches se sont toutefois toujours portées sur des personnes adultes, et c'est seulement en collaboration avec des organismes spécialisés sur les enjeux jeunesse, particulièrement la Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+, que nous arrivons à être informés sur les particularités de cette population. Cela dit, même la coalition n'a que très peu d'information sur le sujet qui intéresse la commission aujourd'hui. Donc, ma présentation fait état de connaissances fort limitées en la matière, non pas parce qu'il n'y a pas de mineurs LGBTQ+ qui sont victimes d'exploitation sexuelle ou qui font du travail du sexe, mais parce qu'il n'existe que très peu de recherches sur le sujet, et, si elles existent, nous n'avons pas eu accès à ces recherches dans le temps limité qui nous était imparti. Nous vous remercions toutefois de votre confiance et espérons vous aiguiller dans une direction qui permettra une prise ne compte adéquate et respectueuse des personnes LGBTQ+ dans votre rapport.

En amont de la consultation, nous avons reçu plusieurs questions de la commission, auxquelles nous espérions tenter de répondre. Donc, il y en avait quatre : Quel portrait faites-vous de l'exploitation sexuelle des personnes mineures dans la communauté LGBT? Comment faire en sorte que les mesures de sensibilisation et de prévention rejoignent les garçons victimes d'exploitation sexuelle? Comment lutter contre la demande de services sexuels dans la communauté LGBT? Et comment les services destinés aux victimes pourraient-ils mieux rejoindre les garçons et les jeunes de la communauté LGBT?

Quelques éléments devraient être notés quant à l'ensemble des questions, avant que je réponde à chacune des questions, une par une. Je voulais aussi un peu parler du document de consultation qu'on a reçu par courriel. En effet, nous avons été déçus de constater que la formulation même des questions présuppose certaines choses sur les personnes LGBTQ+, leurs préférences et leurs comportements sexuels. On ne peut mettre toute la communauté LGBTQ+ dans un seul bateau. Si les statistiques sur les violences sexuelles subies par les adultes peuvent nous démontrer quelque chose, c'est bien que les réalités varient énormément entre les femmes cisgenres lesbiennes, les hommes cisgenres gais, les personnes bisexuelles, les personnes trans, qu'elles soient LGB ou non, et les personnes queer. Vos questions mettent de l'avant... mettent l'accent sur la situation des garçons, ce qui est très important, on s'entend, mais ça sonne comme si les hommes qui abusent... non, pardon, ça sonne comme s'il s'agissait nécessairement de garçons gais, bisexuels, trans ou queer lorsqu'ils vivent une exploitation de ce type, ou comme si les hommes qui abusent des garçons sont nécessairement gais ou bisexuels. Or, il s'agit d'un amalgame d'enjeux entre homosexualité et pédophilie.

Qui plus est, dans votre document, vous mentionniez que, et là, c'est à la page 8, si vous voulez regarder : «Des minorités sexuelles — et là je cite — des minorités sexuelles transgenres non binaires, etc., peuvent aussi devenir victimes d'exploitation sexuelle. Pour certaines personnes, la vulnérabilité découle des coûts associés aux chirurgies de réassignation sexuelle.» Fin de la citation. En dehors du fait qu'il n'y a pas de référence qui est associée à cette affirmation, donc je trouve ça assez problématique, je veux également rectifier les faits. C'est vrai que certains jeunes vont chercher à avoir du soutien social ou financier pour faire leur transition, qu'elle soit légale ou médicale, parce que les deux sont associées à des coûts, mais ce n'est pas la transition elle-même qui cause la vulnérabilité. C'est plutôt que les jeunes font la recherche d'un bien-être dont ils ont été tant privés, et ça, ça peut passer par le désir de transition, mais, si on le nomme comme une cause, c'est comme si on généralisait sur des parcours qui sont beaucoup plus complexes.

• (11 h 20) •

Donc, pour focuser maintenant sur la question un, quel portrait on fait de l'exploitation sexuelle, d'emblée, lorsqu'on parle vraiment de la seule idée de l'exploitation sexuelle des mineurs, on doit considérer, en premier lieu, que l'augmentation des facteurs de vulnérabilité pour les jeunes LGBTQ+...

Mme Boisvert (Marie-Pier) : ...pour focusser maintenant sur la question 1, quel portrait on fait de l'exploitation sexuelle. D'emblée, lorsqu'on parle vraiment de la seule idée de l'exploitation sexuelle des mineurs, on doit considérer, en premier lieu, que l'augmentation des facteurs de vulnérabilité pour les jeunes LGBTQ+, survient lorsque ceux-ci sont en questionnement sur leur orientation sexuelle, donc on parle vraiment début de l'adolescence ou leur identité de genre, ça, généralement, c'est beaucoup plus tôt, donc vraiment dans l'enfance, et que ces enfants-là sont aux prises avec un entourage qui est fermé, voire violent, vis-à-vis de qui ils sont lorsqu'ils en parlent ou lorsqu'ils sont forcés d'en parler. Parfois même, ils n'en parleront pas du tout, mais, comme disait ma collègue qui était ici tantôt, les valeurs familiales, ça s'implante très rapidement puis, si on entend très rapidement, dans notre enfance : Maudit tapette. N'agis pas comme une fille, machin, ça s'implante, et on sait que donc il y a des jeunes qui ne parleront pas nécessairement de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, mais qui vont tenter de fuir quand même leur situation familiale.

Donc, de manière générale, comme j'ai dit un peu tantôt, nous ne savons pratiquement rien sur l'exploitation sexuelle des mineurs LGBTQ+, notamment parce que personne ne s'y est vraiment intéressé jusqu'à maintenant, ce qui alimente les préjugés, les présupposés sur ces jeunes et ces enfants. Nous savons par contre que certains de ces jeunes fréquentent les organismes LGBTQ+ jeunesse, mais on voit qu'ils parlent de leur situation seulement si la confidentialité est garantie et qu'ils savent que leurs confidences vont être reçues sans jugement aussi. On sait aussi que les jeunes LGBTQ+, lorsqu'ils sont victimes d'exploitation sexuelle, font partie de réseaux qui sont différents de ceux dont on entend parler généralement et dans des espaces qui sont spécifiques aussi aux communautés LGBTQ+, en dehors donc de ce que vous pouvez imaginer qui se fait avec les jeunes filles pendant la formule 1, par exemple. Ça ne veut pas dire par contre qu'il n'y a pas de fille LGBTQ+ parmi les filles qui sont exploitées pendant la formule 1, je ne veux pas que vous pensiez ça, mais on se questionne en fait, comme vous, à savoir pourquoi des jeunes se retrouvent dans ces situations-là au-delà du rejet de leur entourage vis-à-vis de leur identité ou de leur orientation.

On croit qu'une meilleure compréhension de ce «pourquoi» aiderait à la prévention en amont, là où on peut avoir le plus grand impact. Mais, à notre connaissance, il n'y a jamais eu de recherche québécoise publiée sur les jeunes LGBTQ+ en situation d'exploitation sexuelle. Mais, si vous souhaitez qu'une telle recherche voie le jour, nous vous recommandons qu'un partenariat de recherche soit créé entre la Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+ et, idéalement, la Chaire de recherche sur l'homophobie de l'UQAM. Bon. Évidemment, ça ne se crée pas en criant ciseau, là, ce genre de partenariat là, ça prend de l'argent, mais c'est une proposition que je vous fais. Pour focusser... il y a deux questions qui touchent les garçons, donc je voulais les adresser ensemble, c'est clair pour le conseil puis pour ses partenaires que l'exploitation sexuelle des jeunes garçons est organisée différemment que celle visant les jeunes filles.

À ce sujet, nous vous recommandons de consulter l'organisme REZO, ici, à Montréal — REZO, ça s'écrit r-e-z-o — et ils ont un programme, en fait, qui s'appelle le programme Travail du sexe, qui existe depuis 1998, et qui permet parfois, ce n'est pas la clientèle visée, mais ça permet parfois d'atteindre des personnes mineures, des garçons. Nous croyons que l'expertise de REZO permettrait mieux de comprendre de quoi les garçons ont besoin pour être mieux rejoints, en parlant directement avec des jeunes qui ont commencé le travail du sexe avant d'avoir 18 ans. Nous souhaitons également vous prévenir que nous croyons que des programmes de prévention et de services élaborés, sans la collaboration de survivants ou de jeunes adultes qui font le travail du sexe, seront assurément inefficaces.

Ensuite, la dernière question, c'était comment lutter contre la demande de services sexuels dans la communauté LGBT. Je voudrais rajouter la demande de services sexuels à l'égard des mineurs dans la question, parce que, nous, en ce qui concerne les demandes entre adultes, nous n'allons probablement jamais lutter contre la demande de services sexuels entre adultes, parce que nous ne faisons pas l'amalgame entre le travail du sexe et l'exploitation sexuelle des mineurs, et nous sommes un organisme qui défend les droits de toute la communauté LGBT, y compris les travailleuses et travailleurs du sexe. Mais, si on discute de la lutte contre la demande de services sexuels prodigués par des mineurs, nous croyons qu'il est grand temps que le discours public, autour des personnes LGBTQ, change drastiquement et que ça fait partie du problème. Nous sommes encore victimes de préjugés qui justifient la violence à notre égard...

Mme Boisvert (Marie-Pier) : ...les travailleuses et travailleurs du sexe. Mais si on discute de la lutte contre la demande de services sexuels prodigués par des mineurs, nous croyons qu'il est grand temps que le discours public autour des personnes LGBTQ change drastiquement et que ça fait partie du problème. Nous sommes encore victimes de préjugés qui justifient la violence à notre égard, que ce soit l'idée que les garçons sont capables de se défendre ou que, s'ils ne sont pas capables, qu'ils méritent ce qu'ils reçoivent, ou alors que la violence entre hommes est nécessaire, puisque c'est comme ça que les hommes sont et c'est comme ça que les hommes fonctionnent.

De même, les personnes trans, hommes, femmes, ou non binaires, sont encore vues comme des bêtes de cirque, voire des objets desquels on peut se servir pour ensuite en disposer et dont personne ne se souciera. Si on les considérait comme des humains, on ne les traiterait pas de cette manière. Les filles lesbiennes subissent aussi des préjugés violents. Il n'y a qu'un pas à faire entre «Ah! si seulement elle avait trouvé le bon gars, elle ne serait pas de même» et «Je vais lui montrer, moi, c'est quoi, une bonne graine». Quant aux personnes bisexuelles, dont je suis, nous ne sommes pas hypersexualisées, comme on voudrait bien me le faire croire, mais nous subissons l'hypersexualisation qu'on nous impose, comme si nous n'attendions que ça, le sexe, et surtout le sexe où on est objectifiées dans une sexualité infinie où notre soif est peut-être enfin étanchée.

Mais j'insiste : Ce sont les autres qui nous sexualisent, parfois au point où on finit par les croire, et que ça finit par faire partie de notre identité, et je pense que ça, c'est un facteur de risque qui est généralisé pour toute la communauté LGBTQ+. À force de subir un discours, on finit par le croire.

Pour finir, je veux dire que je n'ai pas vraiment parlé des personnes LGBTQ+ qui sont aussi autochtones, ou les personnes LGBTQ+ qui sont aussi racisées ou ethnicisées. Je sais qu'il y a d'autres personnes qui vou sen ont parlé, mais peut-être qu'elles n'ont pas eu l'occasion non plus de parler de l'entrecroisement entre ces identités-là, mais s'il y a des facteurs de risque élevés pour les personnes, les jeunes LGBTQ+, ces facteurs-là augmentent, évidemment, lorsqu'il y a une intersection de ces identités-là, avec d'autres communautés qui sont marginalisées.

Je veux vous recommander... Bien, je sais que vous allez entendre lePIAMP plus tard. C'est une ressource qui nous est très précieuse dans la communauté LGBTQ, même si ce n'est pas inscrit dans leur... je ne pense pas que c'est inscrit dans leur mission, qui touche les personnes LGBT, mais ils le font et ils touchent les jeunes d'une manière très importante. Aussi, RESO, je vous en ai parlé et je veux recommander aussi la lecture d'un guide, qui s'appelle Pratiques d'ouverture envers les jeunes LGBTQIA2Sen situation d'itinérance. C'est un guide qui est destiné aux organismes d'aide en itinérance ou qui oeuvrent auprès des personnes à risque d'itinérance et c'est un guide qui est fait par la Coalition jeunesse LGBTQ+. Je vais aussi, évidemment, finalement mettre mon discours, mais mon mémoire. On va l'envoyer, là, avant le 1er mars et il sera sans doute bonifié, là, par RESO, par la Coalition. On avait manqué de temps un petit peu.

Ça fait que, voilà, c'était ce que je voulais vous dire.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup pour votre présentation. On va maintenant débuter une période d'échange avec les membres de cette commission, mais avant tout, je vais avoir besoin d'un consentement pour suivre nos travaux jusqu'à midi. Est-ce qu'il y a consentement? Consentement, merci beaucoup.

Alors, on va y aller avec une première question. Députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.

Mme Foster : Mme... (Interruption) ... Excusez-moi, moi aussi, j'ai de la misère avec ma voix.

Mme Boisvert, merci, merci beaucoup. Votre témoignage apporte beaucoup de points très intéressants à la réalité de la communauté LGBTQ+. La première chose qui m'a accroché, vous avez beaucoup de... Vous dites : On ne sait rien de l'exploitation sexuelle des mineurs versus la communauté LGBTQ+. Vous m'avez un peu devancée, là, j'avais déjà demandé mon droit de question, mais vous avez parlé d'une possible alliance, avec, entre autres, la Chaire de recherche sur l'homophobie de l'UQAM, parce que je pense qu'il va falloir recueillir des données probantes, hein? Tout part de là. On a toujours de la difficulté à avoir des données probantes en général dans le domaine de l'exploitation sexuelle. Ce n'est pas facile, mais je comprends que pour votre communauté, c'est quelque chose là. Ce n'est vraiment pas facile.

Tout part, toutefois, de l'obtention, au moins, d'une partie des données probantes. Est-ce que vous avez déjà eu des discussions à cet effet-là avec la chaire? Est-ce qu'on... Est-ce qu'ils montrent de l'intérêt? Parce que vous les avez mentionnés.

• (11 h 30) •

Mme Boisvert (Marie-Pier) :  Je vous dirais que la chaire... Bien, j'en ai surtout parlé avec la coalition, parce que je sais que la coalition est vraiment débordée, là, puis qu'ils ont plusieurs projets en ce moment, mais, non ... , la directrice, m'a bien dit que, tu sais, c'est sûr que, s'il y avait un mandat particulier, ils le prendraient parce que c'est quelque chose qui touche leurs jeunes. Eux, ils ne font pas de l'intervention, mais ils sont un regroupement comme nous, là, dans le fond, ça fait qu'il y a quatre groupes jeunesse montréalais qui font partie de la coalition, puis, dans le fond, c'est vraiment leur espace de concertation, ça fait qu'ils le savent, tu sais, c'est quoi, les besoins...


 
 

11 h 30 (version non révisée)

Mme Boisvert (Marie-Pier) : ...la directrice m'a bien dit que, tu sais, c'est sûr que, s'il y avait un mandat particulier, ils le prendraient parce que c'est quelque chose qui touche leurs jeunes. Eux ne font pas de l'intervention, mais ils sont un regroupement comme nous, là, dans le fond, ça fait qu'il y a quatre groupes jeunesse montréalais qui font partie de la coalition, puis, dans le fond, c'est vraiment leur espace de concertation, ça fait qu'ils le savent, tu sais, c'est quoi, les besoins jeunes LGBTQ+, à Montréal, du moins.

Pour la chaire, en général, pour l'avoir vécu moi-même, avec la chaire, tu sais, c'est déjà arrivé qu'un ministère demande un mandat particulier à la chaire, il s'allie d'un partenaire communautaire, puis la recherche se fait. Mais, tu sais, c'est tout fait en collaboration, là, puis, tu sais... pas parlé, mais je suis certaine qu'en fait, probablement ils me diraient : Non, il n'y a pas de recherche là-dessus. Puis ils me diraient : On va engager quelqu'un... Bien, s'ils ont de l'argent, là, ils vont engager quelqu'un pour, tu sais, faire une revue de littérature puis après ça, bien, peut-être essayer de recueillir des données, là. Mais c'est sûr que ce serait quand même un travail de longue haleine.

Mme Foster : Autre question, on est toujours dans la concertation avec... entre organismes. Il y a beaucoup d'intervenants qui sont venus qui nous ont parlé de cette importance de la concertation. Vous, dans le cadre de vos activités quotidiennes, là, quand vous avez vent ou que vous êtes confrontés à des cas d'exploitation sexuelle, est-ce que vous avez des liens avec d'autres organisations, des liens privilégiés et de concertation en ce qui concerne cette problématique-là?

Mme Boisvert (Marie-Pier) : Nous, au conseil, ça n'arrive pas, là. On n'a pas de témoignages de jeunes qui arrivent chez nous. Par contre, quand j'ai reçu l'invitation, j'ai tout de suite appelé la coalition pour avoir, tu sais, de l'information supplémentaire sur comment eux vivaient ça. Puis c'est là qu'on ma informée que, oui, des fois, il y a des jeunes en situation d'exploitation qui viennent dans les groupes jeunesse, mais ils ne pourraient pas en parler ou dénoncer parce qu'il y a vraiment une relation de confidentialité, tu sais, entre l'intervenant puis le jeune. Puis je ne pense pas que ça soit jamais arrivé que ce soit des jeunes en bas de 16 ans, là, comme... Je pense qu'il y a une espèce de flou dans la tête des intervenants sur s'ils doivent appeler la protection de la jeunesse ou non, là, parfois. Mais c'est eux aussi qui m'ont parlé qu'il y avait des liens, là, avec PIAMP, ça fait que, tu sais, au moins là-dessus, je sais qu'ils ont certains liens.

Mais ils ont toujours peur aussi de... puis ça, c'est quelque chose qu'on voit chez les adultes aussi, là, les groupes jeunesse LGBTQ+ et tous les groupes LGBT, là, en fait, ont souvent peur de référer vers d'autres organismes s'ils ne les connaissent pas vraiment bien parce qu'ils ont peur que le jeune ou l'adulte subisse des préjugés de la part d'intervenants qui ne sont pas nécessairement formés sur les réalités LGBT, puis surtout... c'est encore pire si c'est une personne trans non binaire, là. Ça fait que, tu sais, ça veut dire que le... peut-être que la personne va être entendue sur sa situation d'exploitation sexuelle mais va subir des préjugés par rapport à son identité, le même genre de préjugés dont je vous ai parlé, puis être revictimisée, finalement, mais par un intervenant plutôt que par la personne qui lui a fait subir de la violence, tu sais.

Ça fait que ça veut dire que, quand il y a des liens qui sont créés, ils sont très précieux, là, ces liens de concertation là. Et c'est pour ça que je vous nommais, tu sais, PIAMP en particulier parce qu'eux je sais qu'ils ont... tu sais, ils ont des intervenants qui sont bien formés, qui sont... Ils sont vraiment au fait, là, en fait, des besoins de la communauté LGBT, même si ce n'est pas dans leur mission comme telle. Ça fait qu'après ça, bien, il y en a sans doute d'autres, là, c'est juste qu'on ne les connaît pas tant que ça. Puis on... En fait, sans doute que ce serait à creuser, là, pour voir vraiment quelles ressources sont bien formées puis outillées, là, pour...

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Député de l'Acadie.

Mme St-Pierre : Merci. Merci, M. le Président. Merci beaucoup pour partager avec nous vos réflexions. Comme ma collègue, je note la carence en termes d'études, de recherches, et je pense que peut-être qu'on pourrait essayer de stimuler cette curiosité-là parce que ça m'apparaît important pour la situation actuelle, la connaître, et aussi peut-être faire de la prévention pour plus tard.

Et les gens de la fierté ne sont pas ici ce matin, mais ce que j'aurais aimé entendre d'eux, c'est le fait que, quand l'événement se tient à Montréal, ça se tient à Montréal tous les ans, il y a encore... il y a beaucoup, beaucoup de gens qui viennent de partout et c'est vraiment une grande fête, et ça devrait être une grande fête. Ça ne devrait peut-être pas être l'occasion, comme ce l'est pour d'autres événements aussi, que des touristes sexuels viennent à Montréal pour venir chercher ce qu'ils recherchent, et on a dit tout à l'heure, la chair fraîche, puis il y a des gens qui vont venir juste pour ça, là, on le sait.

Et, nous, ce qu'on veut, c'est essayer de trouver le moyen de mettre au banc des accusés le client et non pas la personne qui est exploitée sexuellement. On veut comprendre sa réalité, on veut l'aider. Mais la personne qui... le client, depuis le début de nos travaux, puis ça fait plusieurs fois, je le dis, les gens vont trouver ici que je me répète, mais on dirait qu'il est vraiment en dessous du radar, et on n'arrive pas à le...

Mme St-Pierre : ...le client et non pas la personne qui est exploitée sexuellement. On veut comprendre sa réalité, on veut l'aider, mais la personne qui... le client, depuis le début de nos travaux, puis ça fait plusieurs fois que je le dis, les gens vont trouver ici que je me répète, mais on dirait qu'il est vraiment en dessous du radar, et on n'arrive pas à le saisir.

Vous avez parlé du vocabulaire aussi qu'il faut maîtriser, et vous avez mis aussi le doigt sur notre vocabulaire à nous. Donc, merci de nous rappeler à l'ordre là-dessus, je pense que c'est important.

Dans le cas... Je vais essayer de traduire ce qu'on nous a dit à un certain moment pendant la commission. On nous a dit qu'il y a des jeunes, de plus en plus de jeunes garçons qui s'adonnent à la... qui sont exploités sexuellement. Et encore, ils sont encore plus esseulés s'ils veulent se sortir de cet enfer-là, et des jeunes qui ont aussi passé à travers la transition peuvent être encore plus marginalisés, plus seuls parce qu'ils ne trouvent pas les ressources nécessaires pour se sortir de cet enfer-là. Vous allez me dire : Je ne suis pas une... que vous n'êtes pas une spécialiste, moi non plus, je ne suis pas une spécialiste, mais mon commentaire ce matin, c'est que vous nous dites vraiment qu'il y a, je pense, un besoin de trouver un partenariat avec une chaire de recherche ou qu'on ait des études plus approfondies sur la situation. Il en existe certainement ailleurs dans le monde, mais, ici, au Québec ou à Montréal, on n'a pas cette réalité-là. On n'a pas la connaissance suffisante pour arriver avec des recommandations qui seront structurantes ou qui vont aider ces personnes qui sont... ces jeunes hommes ou jeunes femmes qui sont victimes d'exploitation sexuelle.

Mme Boisvert (Marie-Pier) : Oui, exact. Vous avez pas mal mis le doigt dessus. Mais je pense que... Moi, ce que je sais, du moins, de manière anecdotique, là, c'est qu'aussi, quand l'exploitation commence dans l'adolescence puis que se poursuit à l'âge adulte, souvent, elle va être détectée seulement à l'âge adulte, là, puis que si les personnes sont marginalisées à l'âge adulte, tu sais, comme à 18, 19 ans, ça va être là que ça va être particulièrement difficile de les sortir parce que, là, ils se sentent criminalisés en fait. Comme quand ils étaient mineurs, ils étaient comme protégés par la loi, mais, après ça, ils se sentent criminalisés puis ça va mener parfois à des conséquences vraiment terribles.

Je donne un exemple d'une intersection de... justement d'être, peut-être, une personne trans et une personne qui est immigrante. Si cette personne-là fait du travail du sexe pour survivre, là, disons, à l'âge adulte, bien, cette personne-là ne pourra plus, si elle est criminalisée, si elle se retrouve avec un dossier criminel, pas nécessairement à cause du travail du sexe, mais parce qu'elle a des tickets qu'elle n'est pas capable de payer puis, tu sais, comme... en tout cas, pour toutes sortes de raisons, ou pour entrave au travail des policiers, si jamais il y a une altercation ou ce genre de chose là, si cette personne-là est criminalisée, elle ne recevra jamais sa citoyenneté, et ça, ça veut dire qu'elle ne pourra jamais changer ses papiers d'identité ou, du moins, à moins que la loi change, là, on le souhaite, là. Mais les personnes trans, actuellement, s'ils ne sont pas citoyens ou citoyennes, ne peuvent pas changer leur papier d'identité s'ils font leur transition ici, là, au Québec. S'ils l'ont fait déjà, bien, ça, ça ne change rien, mais s'ils arrivent puis ils transitionnent ici, bien, ils ne peuvent pas changer leur papier d'identité. Ça fait que tout ça crée des situations de marginalisation. Puis je sais que, là, on focusse sur les mineurs, mais, souvent, tu sais, ce mouvement-là vers le travail du sexe peut se faire à l'adolescence, et quand ça se fait, bien, je pense que c'est d'autant plus difficile de les sortir s'ils sont LGBTQ+ parce que le niveau de marginalisation est très élevé, là. Tu sais comme... ils sont rejetés par leur famille, ils sont rejetés par la société, ils sont criminalisés. Tout ça fait en sorte que, finalement, on a un peu abandonné ces personnes-là.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. La députée de Roberval.

Mme Guillemette : Merci beaucoup, M. le Président. Merci, Mme Boisvert. Je pense que c'est important de prendre en considération dans notre travail cet aspect particulier, là, de votre réalité.

Vous avez parlé d'entrée de jeu du... que les jeunes de votre milieu étaient dans différents réseaux, ils n'étaient pas dans le même réseau que les autres et qu'ils étaient dans des espaces spécifiques. Pouvez-vous m'en dire plus? Dans quel réseau? Comment ça s'articule?

• (11 h 40) •

Mme Boisvert (Marie-Pier) : Oui, je ne peux pas vraiment vous répondre parce que c'est quelque chose qu'on m'a dit, que les espaces spécifiques... tu sais, qu'il existait des espaces spécifiques finalement, surtout pour les garçons, en fait, là, pour les jeunes adolescents, qu'ils soient... donc, qui sont... tu sais, offrent des services sexuels ou qui... en tout cas, qui ont un réseau pour le faire à leur place. Mais je pense que, quand on parle d'espace physique, on...

Mme Boisvert (Marie-Pier) : ...pour les garçons, en fait, là, pour les jeunes adolescents, qu'ils soient... donc, qui sont... tu sais, offrent des services sexuels ou qui... en tout cas, qui ont un réseau pour le faire à leur place. Mais je pense que, quand on parle d'espace physique, on veut dire que les méthodes de sollicitation ne sont pas les mêmes puis qu'aussi on parle évidemment d'autres lieux que, tu sais, je disais tantôt, la F1, là, mais, tu sais, on parle d'autres lieux aussi que les bars de danseuses ou, tu sais, on parle de saunas, on parle de... tu sais, de bars gais. Quoique, en tout cas, je ne veux pas trop généraliser non plus, là, sur les saunas.

Puis l'affaire aussi, c'est que nos organismes, comme REZO, ils font de la prévention puis de l'intervention dans les saunas puis dans les bars. Sans doute qu'ils n'ont pas assez de moyens, là, pour le faire de manière plus soutenue, mais c'est quelque chose qui se fait déjà, puis il y a déjà de la prévention qui se fait à ce niveau-là. Mais, tu sais, on n'a pas beaucoup d'information. Moi, je n'ai pas beaucoup d'information sur exactement quels canaux de communication sont utilisés, de quelle manière cette exploitation-là est alimentée. Mais sûrement que REZO aurait plus d'informations, mais aussi, si on avait, bien, des données, là, comme... on pourrait, là, peut-être vous répondre un petit peu mieux, oui.

Mme Guillemette : Parfait. Merci beaucoup.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci. Député d'Ungava.

M. Lamothe : Bonjour. Vous avez mentionné tantôt pour les jeunes autochtones. Votre programme comme tel, dans votre mission, est-ce qu'il y a quelque chose de prévu? Y a-tu quelque chose de prévu dans le sens... Bien, je reviens au Nunavik parce que je travaille là, là. Ce n'est pas facile, là-bas, ce n'est pas évident, là, pour les personnes qui sont gaies, mais vraiment pas. Ça fait que ma question, c'est de savoir : Y a-tu quelque chose? Y a-tu une avenue ou bien... tu sais, avez-vous quelque chose en prévision?

Mme Boisvert (Marie-Pier) : En fait, tu sais, j'ai mentionné qu'il y avait des enjeux particuliers, parce que dans les recherches qu'on fait sur les adultes, on essaie... en fait, il y a un projet qu'on est en train de mettre en place actuellement qui concerne aussi les communautés autochtones, mais c'est vraiment pour les adultes, puis donc on a des partenariats avec certains groupes autochtones. Mais, pour les jeunes, on ne sait vraiment pas grand-chose. Puis je dirais aussi que la communauté LGBT en général, on est très... on est un peu au point zéro, là, dans les relations avec les communautés autochtones parce que, enfin, il y a toutes sortes de préjugés d'un bord et de l'autre, là, mais surtout de notre bord envers les communautés autochtones, ça a longtemps été... on a longtemps été plein de préjugés, tu sais, la communauté, pas moi, heureusement. Mais tout ça pour dire que, comme on est au point zéro, tu sais, on est surtout dans la création de relations, de partenariats, puis on n'est pas encore dans la prévention, tu sais, les campagnes de sensibilisation, ce genre de chose là, on est vraiment juste comme dans un point de créer des liens, là, oui.

M. Lamothe : Quand j'ai mentionné «jeunes», là, c'est jeunes, jeunes adultes puis adultes aussi, là, ce n'est pas...

Mme Boisvert (Marie-Pier) : Bien, ça, c'est quelque chose qu'on est en train de bâtir actuellement. Puis je sais aussi qu'il y a une recherche qui est en train de se faire par un professeur qui s'appelle Gilbert Émond sur les communautés autochtones au Québec qui sont aussi LGBTQ+, mais on les appelle souvent «two-spirit» ou «bispirituelles», c'est comme être à la fois autochtone et LGBT, là, c'est comme un mot pour désigner les deux. Donc, je sais que cette recherche-là va sortir éventuellement, là, ça fait déjà deux ans qu'elle est en cours. Ça fait que, ça, on aura plus d'informations là-dessus. Ça, c'est une recherche plus générale, là, je dirais, sur les besoins des communautés autochtones.

Nous, le projet qu'on est en train de mettre actuellement est implanté ici, à Montréal, en Montérégie, en Abitibi puis sur la Côte-Nord, et, dans les quatre régions, on a des partenariats avec des communautés autochtones locales. Puis le but... en fait, le projet est sur les violences sexuelles en général, là, envers les adultes, donc on va essayer d'avoir des survivants, survivantes... voyons, autochtones mais aussi d'autres cultures, d'autres... voilà, pour en savoir plus sur comment, en fait, elles ont été soutenues par leur milieu.

M. Lamothe : Je dis ça de même, c'est... vous avez nommé différentes régions, là... Ungava.

Mme Boisvert (Marie-Pier) : Oui. On a un financement spécifique pour ces quatre régions-là.

M. Lamothe : C'est près de 50 % de la population autochtone au Québec.

Mme Boisvert (Marie-Pier) : Mais sauf qu'on a décidé de choisir des régions où est-ce qu'il y a aussi des organismes LGBT, puis je pense que, dans votre région, il n'y en a pas.

M. Lamothe : Un petit peu d'initiative.

Mme Boisvert (Marie-Pier) : Éventuellement, ça s'en vient.

M. Lamothe : Initiative d'en créer une peut-être.

Mme Boisvert (Marie-Pier) : Oui, bien...

M. Lamothe : C'est bon, merci.

Mme Boisvert (Marie-Pier) : Merci beaucoup, en tout cas. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup pour votre présentation. Merci pour votre contribution à nos travaux.

La commission suspend ses travaux jusqu'à 13 heures. Merci infiniment. Merci.

(Suspension de la séance à 11 h 45)

Le Président (M. Lafrenière) : ...présentation. Merci pour votre contribution à nos travaux.

La commission suspend ses travaux jusqu'à 13 heures. Merci infiniment.

(Suspension de la séance à 11 h 45)


 
 

13 h (version non révisée)

(Reprise à 13 h 2)

Le Président (M. Lafrenière) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs reprend ses travaux... au Centre Pierre-Charbonneau, à Montréal. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien fermer la sonnerie de leurs appareils cellulaires, s'il vous plaît.

Cet après-midi, nous entendrons en audition conjointe les représentants du Projet d'intervention auprès des mineur-e-s prostitué-e-s, le PIAMP, et les représentants de l'organisme Chez Stella. Alors, la façon de fonctionner, il va y avoir deux présentations de 15 minutes pour chacun des organismes qui sont ici et, par la suite, il y aura une période d'échange avec les membres de la commission pour une période de 30 minutes. Alors, j'inviterais les gens de Chez Stella à se présenter, à nous faire leur présentation pendant une période de 15 minutes. Merci d'être avec nous.

Mme Wesley (Sandra) : Bien, en fait, c'est les gens du PIAMP qui allaient commencer, oui.

Le Président (M. Lafrenière) : Ah! c'est le PIAMP en premier, pardon. Alors, je recommence mon laïus, alors pour les gens du PIAMP, merci d'être avec nous, je vous laisse vous présenter, nous faire votre présentation pour une période de 15 minutes. Merci beaucoup d'être là.

Mme Bombardier (Mathilde) : Merci. Bonjour. Je suis Mathilde Bombardier, présidente du PIAMP. J'utilise le pronom «elle» et je suis accompagnée de Karl Beaulieu, intervenant au PIAMP, et de Stéphanie Gingras Dubé, nouvellement coordonnatrice de l'organisme.

Tout d'abord, nous souhaitons reconnaître que la commission parlementaire où nous nous exprimons aujourd'hui prend part en territoire autochtone non cédé. Nous reconnaissons la nation Kanienkehaka comme gardienne des terres et des eaux sur lesquelles nous nous réunissons aujourd'hui. Montréal est historiquement reconnue comme un lieu de rassemblement pour de nombreuses premières nations, et aujourd'hui, des populations autochtones diversifiées ainsi que d'autres peuples y résident. C'est dans le respect des liens avec le passé, le présent et l'avenir que nous reconnaissons les relations continues entre les peuples autochtones et autres personnes de la communauté montréalaise.

Il est important de nommer que les personnes concernées, les jeunes, ne se reconnaissent pas toujours dans les termes utilisés dans cette commission, et c'est pourquoi le PIAMP préfère utiliser des termes neutres et sans jugement, tels qu'«échange de services sexuels contre toute forme de rémunération». Les mots «victime» et «exploitation sexuelle» évoquent des réalités existantes, mais toutes les expériences en lien avec l'échange de services sexuels ne peuvent et ne doivent en aucun cas être résumées dans ces termes qui sont idéologiquement marqués. Afin d'avoir une approche respectueuse des jeunes, il est essentiel et important de les considérer comme des personnes à part entière et utiliser un vocabulaire adéquat. Vous l'aurez compris, lors de cette présentation, nous ne parlerons pas de victime d'exploitation sexuelle, mais de jeunes qui échangent des services sexuels, afin de dresser un portrait au plus près des réalités vécues par ces jeunes, dans une approche respectueuse.

Les deux questions suivantes nous ont été posées : Quels sont les leviers pour contribuer à la sortie? Y a-t-il des profils de victimes plus difficiles à rejoindre et comment les services destinés aux victimes pourraient-ils être adaptés pour mieux les rejoindre? Lors de notre présentation, nous n'allons pas aborder les leviers de sortie pour les jeunes, puisque notre approche ne s'inscrit pas dans ce sens. En ce qui concerne les profils de victimes difficiles à rejoindre et les approches à privilégier, nous allons aborder les pratiques d'intervention que nous considérons comme étant adaptées et efficaces, dans l'optique de répondre aux besoins de ces jeunes, peu importe quels sont cesdits besoins.

Organisme par et pour, le PIAMP a été créé en 1982 par des jeunes de 12 à 25 ans qui échangent des services sexuels, afin de répondre à leurs besoins réels. L'organisme se démarque des discours réduisant les jeunes au statut de délinquants ou de victimes. Fort de sa connaissance du terrain, il adopte une démarche d'intervention permettant de mettre en avant le libre arbitre des jeunes. Soucieux...

Mme Bombardier (Mathilde) : ...par des jeunes de 12 à 25 ans qui échangent des services sexuels afin de répondre à leurs besoins réels. L'organisme se démarque des discours réduisant les jeunes au statut de délinquants ou de victimes. Fort de sa connaissance du terrain, il adopte une démarche d'intervention permettant de mettre en avant le libre arbitre des jeunes. Soucieux de rester au plus proche des réalités vécues, le PIAMP s'est adapté. Il sonde régulièrement les évolutions des échanges de services sexuels par les jeunes.

Par exemple, en 2004, l'organisme fait le constat qu'il est de plus en plus difficile d'entrer en contact avec de jeunes mineurs qui échangent des services sexuels dans un contexte de travail de rue. Le PIAMP décide alors de réinvestir des milieux tels que les maisons de jeunes, les écoles, les organismes pour saisir les nouvelles réalités des jeunes. À partir de 2008, le PIAMP s'engage sur Internet et les médias sociaux pour compléter ses stratégies d'intervention. En 2015, deux assemblées à un thème d'orientation font ressortir quelques constats : la gentrification des quartiers urbains provoque la dispersion de la marginalité; les pratiques sur Internet sont largement utilisées; en général, sur le terrain, des services ponctuels et répétitifs sont offerts aux jeunes, mais il n'y a pas d'accompagnement régulier; utiliser les termes «exploitation sexuelle» et «victimes» occulte certaines réalités relatives à la prostitution. Ces constats nous amènent à multiplier les démarches pour créer et consolider des liens avec les partenaires et les jeunes en privilégiant une approche de proximité de façon à être au plus près des réalités des jeunes. Malgré les changements de contexte du phénomène, notre objectif demeure de travailler avec l'humain dans un échange horizontal, réflexif et dynamique hors de tout contexte autoritaire. Nous voulons faire en sorte que le ou la jeune participe à la définition de sa propre situation. L'important et ce qui guide nos actions, c'est de sortir de la dimension morale, de ne pas se demander s'il est moralement correct ou non d'échanger des services sexuels. Il est essentiel de centrer notre approche et nos interventions sous l'angle des jeunes et de leurs besoins exprimés.

Le terme «exploitation sexuelle» est utilisé de diverses manières, tantôt pour la coercition sexuelle, tantôt pour des échanges consentis. Oui, la coercition sexuelle existe, mais ne correspond pas au vécu de l'ensemble des jeunes. Tous ne se considèrent pas comme victimes. La société leur enlève leur pouvoir d'action et reproduit sur elles l'oppression patriarcale, qui, sous prétexte de protection des personnes, en vient à les opprimer. Les jeunes qui échangent des services sexuels ont des besoins qui ne sont pas assez adressés et pris en compte : besoin de plus de ressources, besoin d'accès à ces ressources, besoin d'être reçus sans être jugés, de pouvoir parler de leur vécu sans que des personnes les poussent dans une direction qu'ils-elles ne veulent pas prendre, d'être compris-comprises dans leurs choix sans être rejetés. Nous reconnaissons, en fonction de ce que les jeunes nous partagent, que les échanges de services sexuels peuvent engendrer de l'aliénation et avoir des impacts négatifs dans certaines situations. Mais l'aliénation peut aussi exister hors de tout contexte d'échange de services sexuels. De plus, l'échange de services sexuels peut également être une source d'émancipation, qu'elle soit matérielle ou affective, et peut procurer aux jeunes une validation et une reconnaissance de soi en leur donnant un pouvoir d'action sur leur propre vie. Ainsi, il existe autant de réalités que de jeunes qui échangent des services sexuels. Les aborder de manière unique, c'est nier tous ces chemins de vie. Sommes-nous capables, en tant que société, de dépaternaliser notre vision et de concevoir la sexualité des jeunes hors de tout contexte d'exploitation?

Le PIAMP reconnaît les jeunes en tant que personnes ayant un pouvoir d'agir qui peuvent avoir accès à une sexualité épanouie, libre et consentie, et ce, même en contexte d'échange de services sexuels. Nous souhaitons que les besoins des jeunes soient pris en compte dans leur diversité sans jugement dans une approche humaniste. L'important, dans un contexte d'échange de services sexuels, c'est que les jeunes soient outillés, quelle que soit leur situation. Notre rôle est de faire connaître des ressources adaptées à leurs besoins actuels afin qu'ils-elles fassent des choix éclairés. Nous intervenons dans une approche nuancée en tenant compte de l'ensemble des réalités de ces jeunes. Nous ne pensons pas à leur place et nous ne leur imposons pas notre vision de leur situation. Les jeunes sont experts de leur vécu.

• (13 h 10) •

Vous nous avez questionnés sur les manières de faire sortir les jeunes des échanges de services sexuels. Pour le PIAMP, ce n'est pas un objectif d'intervention premier. La porte de sortie est un processus que les jeunes peuvent choisir d'entreprendre et dans lequel notre rôle est de les accompagner s'ils font ce choix-là. Considérant que les jeunes sont les experts de leur propre situation et qu'ils-elles sont capables de faire des choix sensés et responsables; considérant que n'importe quel jeune a le droit au respect et à la bienveillance, peu importent ses activités; considérant qu'une approche visant directement une porte de sortie pour les jeunes peut briser le lien de confiance avec ceux-ci et ne pas prendre la globalité de leurs besoins en compte; considérant que la coercition et les agressions sexuelles sont une réalité sur laquelle nous nous devons d'agir, tout en acceptant que toute situation impliquant de l'échange de services sexuels n'en est pas automatiquement; considérant que la stigmatisation de n'importe quel groupe social n'amène qu'à le marginaliser davantage et le mettre en danger; considérant l'importance de répondre aux besoins des jeunes, quels qu'ils soient...

Mme Bombardier (Mathilde) : ...sur laquelle nous nous devons d'agir tout en acceptant que toute situation impliquant de l'échange de services sexuels n'en est pas automatiquement. Considérant que la stigmatisation de n'importe quel groupe social n'amène qu'à le marginaliser davantage et le mettre en danger, considérant l'importance de répondre aux besoins des jeunes, quels qu'ils soient, considérant que l'idée de prendre des décisions en parlant d'un monde utopique est contre-productive et non représentative de la réalité, stigmatise, exclut et marginalise les jeunes, nous recommandons que les ressources qui répondent aux besoins des jeunes en leur accordant un pouvoir d'action soient mieux financées. Que les personnes concernées par les échanges de services sexuels ainsi que les organismes qui travaillent avec ces personnes soient davantage consultés et que ces personnes soient mises au coeur de tout processus décisionnel, que les jeunes soient représentés dans des institutions et dans les instances décisionnelles et qu'ils y soient écoutés et non infantilisés. De considérer les jeunes non pas comme des êtres soumis à leurs pulsions ou incapables de prendre des décisions, mais comme des personnes avec un pouvoir décisionnel. Que la généralisation d'une seule réalité et le sensationnalisme associé aux échanges de services sexuels chez les jeunes ne prennent pas le dessus sur les besoins réels d'intervention de ces jeunes, la protection des jeunes ne soit pas un prétexte à la répression et l'enfermement des jeunes. Que des cours d'éducation à la sexualité traitant des thèmes comme le consentement et les relations interpersonnelles saines soient créés et donnés aux jeunes afin de les outiller et de leur donner le pouvoir d'agir nécessaire pour prendre des décisions éclairées. Que toute personne intervenant avec des jeunes prenne le temps de s'informer sur toutes les réalités entourant les échanges de services sexuels afin d'intervenir de la meilleure des manières pour le jeune. Que toute personne intervenant avec des jeunes accompagne ceux-ci dans l'identification de leurs besoins, plutôt que d'être dans l'imposition d'une vision paternaliste.

Afin de conclure notre prise de parole, nous aimerions vous questionner à notre tour. Le PIAMP félicitait a priori la tenue d'une telle commission, l'exploitation et la coercition sexuelles étant un enjeu de société grave contre lequel nous nous devons, collectivement, d'agir. Or, les propos stigmatisants qui ont été tenus à l'encontre des jeunes qui échangent des services sexuels sont problématiques. Comment pensez-vous que se sentent les jeunes qui échangent des services sexuels hors de toute forme de contrainte, alors que vous parlez d'elles et eux comme de pauvres victimes à sauver? En tant qu'organisme inclusif de première ligne, nous déplorons également le fait que les personnes concernées soient sous représentées lors des auditions. Ce choix regrettable biaise le processus même et transforme une opportunité de consultation réelle en un théâtre mal rodé dans l'entre-soi des personnes non concernées. Alors, donnons la parole aux personnes concernées qui vivent les échanges de services sexuels au quotidien. Considérons ces jeunes comme des êtres humains qui ont des droits, et cela commence par mettre de côté les visions paternalistes et moralisatrices que prônent les discours abolitionnistes.      Maintenant, nous souhaitons nous adresser aux jeunes qui échangent des services sexuels, qui écoutent ou non cette prise de parole : Vos besoins sont réels, vous méritez d'avoir accès à des ressources qui sont sans jugement et à être respectés quelle que soit votre situation. Pour cela, le PIAMP peut vous accompagner, vous pouvez nous appeler, nous sommes là pour vous. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. J'invite ensuite la représentante de Chez Stella à se présenter et à nous faire son exposé. Merci.

Mme Wesley (Sandra) : Alors, bonjour, mon nom est Sandra Wesley, je suis directrice générale de Stella, l'amie de Maimie. Donc, le nom de l'organisme, c'est bien Stella, l'amie de Maimie, et non pas Chez Stella. Ça fait référence à Maimie Pinzer, une travailleuse du sexe, qui, en 1915, est arrivée à Montréal, dans le red-light et a ouvert le premier organisme par et pour les travailleuses du sexe, qui est reconnu comme un moment important dans l'histoire de la lutte pour les droits des travailleuses du sexe partout dans le monde. Donc, notre nom fait référence à ça.

Nous, notre mission, c'est d'améliorer les conditions de vie et les conditions de travail des travailleuses du sexe. Donc, ce qu'on entend par «travailleuses du sexe»... Parfois, il y a des idées préconçues de qui on est, en tant que communauté. Donc, nous, notre communauté a toujours inclus, dans nos 25 ans, les femmes trans, les femmes qui consomment des drogues, incluant les drogues par injection, les femmes en situation d'itinérance, les femmes migrantes, qui sont à risque de déportation si elles se retrouvent dans l'industrie du sexe, les femmes autochtones, qui sont souvent utilisées comme pions dans des arguments publics, mais dont les besoins ne sont pas... tenus compte. On est beaucoup des femmes qui ont vécu des expériences et très négatives dans l'industrie du sexe, c'est pour ça qu'on s'organise et qu'on se bat pour nos droits, ce n'est pas parce qu'on pense que l'industrie du sexe est parfaite, c'est, au contraire, parce qu'on voit que nos droits humains ne sont pas respectés et qu'on est, nous, les personnes premières concernées, capables d'identifier les solutions pour améliorer nos conditions de vie, améliorer notre sécurité et faire valoir nos droits.

Notre organisme fait, en moyenne, 8 000 contacts par année avec des travailleuses du sexe à Montréal. Donc, la défense de droits est un élément de notre mission, mais l'élément principal, c'est vraiment les services directs. Donc, tous les jours, on accompagne des femmes qui vivent toutes sortes de situations et qui rencontrent des barrières à tous les niveaux. Au niveau des travailleuses du sexe, le travail du sexe est criminalisé, donc ça, déjà, ça nous bloque dans beaucoup de démarches dans nos vies. On n'a pas normalement accès à la protection au niveau des services policiers. La plupart des ressources...

Mme Wesley (Sandra) : ...des femmes qui vivent toutes sortes de situations et qui rencontrent des barrières à tous les niveaux. Au niveau des travailleuses du sexe, le travail du sexe est criminalisé, donc ça, déjà, ça nous bloque dans beaucoup de démarches dans nos vies. On n'a pas normalement accès à la protection au niveau des services policiers. La plupart des ressources, au niveau des agressions sexuelles, sont ouvertement hostiles envers les travailleuses du sexe, ils refusent de nous donner des services adéquats. Les refuges, au niveau des violences conjugales, sont généralement également très hostiles envers les travailleuses du sexe, et on n'a pas accès à ces ressources. Et on peut continuer comme ça par rapport à la santé, par rapport à toutes les ressources dans la société. On peut même être évincées de nos logements simplement parce qu'on reçoit des clients à la maison. Donc, la criminalisation est vraiment un élément central sur lequel on travaille Chez Stella.

Donc, on est un organisme par et pour, ce que ça veut dire, c'est que nos employés, nos membres, notre conseil d'administration, nous sommes à très grande majorité des travailleuses du sexe nous-mêmes avec des vécus différents, des vécus variés dans l'industrie. Donc, nous sommes les personnes qui sont directement concernées par cette commission. Nous sommes la seule communauté qui est directement concernée par cette commission. Donc, pour nous, le fait d'avoir seulement 15 minutes pour venir vous parler pendant que des personnes qui ne sont pas de notre communauté, mais qui se sont fait des carrières et beaucoup d'argent sur notre dos en parlant de nous, sans nous, c'est vraiment quelque chose qui est problématique. Si vous voulez faire une commission sur les jeunes qui échangent des services sexuels, eh bien, ces jeunes-là font partie de notre communauté aussi.

Donc, moi, je suis la directrice générale de l'organisme et c'est important de vous mentionner que j'ai moi-même vécu, en tant que mineure, dans l'industrie du sexe, puis également des longues périodes d'incarcération en centre jeunesse à cause de mon implication dans l'industrie du sexe. Donc, je pense que c'est important de vous mentionner que je suis, en théorie, une des personnes que vous cherchez à sauver ou à aider dans cette commission. Donc, si on écoute la commission depuis le début, ses membres puis les médias aussi qui rapportent des informations là-dessus, on croirait que la moitié des travailleuses du sexe sont mineures, que l'âge moyen où on commence à faire le travail du sexe, c'est 14 ans, que 80 % ont commencé quand ils étaient mineurs. Donc, c'est des choses qu'on entend répéter partout et qui sont évidemment très problématiques. On entend aussi qu'on est probablement des femmes pas très, très intelligentes, on est facilement manipulées, on n'a pas beaucoup d'estime de soi ou de capacité d'action. Et, si ce n'était pas d'un homme qui nous manipule, généralement, un homme noir, parce qu'il y a beaucoup de racisme également dans ce discours-là, eh bien, on ne ferait jamais ça parce qu'on est des bonnes petites filles autrement. Donc, c'est quelque chose qui, évidemment, est très violent à entendre pour les personnes directement concernées. Et, pour nous, c'est clair que, si la commission entend réellement adresser des enjeux qui sont liés aux personnes de moins de 18 ans, qui vendent ou échangent des services sexuels, il faut commencer par avoir une certaine rigueur intellectuelle, une certaine honnêteté et vraiment être critique des choses qui sont répétées constamment et qu'on entend.

Donc, nous, comme je disais tout à l'heure, on fait environ 8 000 contacts avec les travailleuses de sexe dans tous les milieux de l'industrie du sexe, partout. Il n'y a pas une deuxième industrie du sexe juste pour les mineurs qui existe, on voit tout le monde dans toute l'industrie. Et, à chaque année, le pourcentage de femmes de 19 ans et moins que l'on rencontre, c'est environ 0,5 % de nos contacts, et je parle de 19 ans et moins, donc ça inclut celles de 18 et 19 ans également. La réalité, c'est que des mineurs dans l'industrie, c'est très rare, et ça, on peut le démontrer simplement avec l'ampleur de la répression policière contre l'industrie, l'ampleur des visites policières dans le milieu de travail. C'est extrêmement rare qu'on trouve réellement des mineurs dans ces milieux-là. Leur réalité, c'est que la majorité des travailleuses du sexe qu'on rencontre sont dans la trentaine, dans la quarantaine. On a des femmes aussi dans la soixantaine, 70 ans et plus, puis évidemment des femmes dans la vingtaine également en assez grand nombre. On est par contre toujours infantilisé, on peut être dans la fin de la trentaine, on va encore parler de nous comme des filles et puis chercher toujours à nous percevoir comme plus jeunes qu'on est vraiment. On va même parfois entendre des personnes parler de nous, si on a commencé quand on était mineur, qu'on ne devient jamais des adultes parce que notre développement est sûrement compromis et qu'on ne peut pas être pris au sérieux comme si on était des adultes.

Donc, il n'y a pas de chiffre, en fait, sur la proportion réelle des femmes qui ont commencé quand elles étaient mineures parce que c'est impossible d'avoir ces chiffres-là. Et, si quelqu'un vous donne des chiffres, c'est basé sur n'importe quoi, et les seules personnes qui auraient même de l'argent pour faire ce genre de recherche là, c'est des personnes qui n'ont aucun contact réel dans la communauté. Donc, ça, il faut laisser tomber cette idée-là qu'on va avoir des chiffres, il n'y en a pas. Par contre, ce qui est clair, c'est que les cas réels n'ont pas grand-chose à voir généralement avec la mythologie qui est répétée constamment dans les médias puis dans les endroits comme cette commission-ci. Les personnes qui échangent des services sexuels, on le fait parce qu'on a besoin d'argent généralement. Donc, ça implique des jeunes qui doivent quitter leur milieu, parce qu'ils sont trans, ils habitent dans des régions, ils se font mettre dehors par leurs familles qui arrivent en ville et qui ont besoin de trouer de l'argent pour survivre, pour dormir quelque part ce soir, pour avoir quelque chose à manger.

• (13 h 20) •

On parle de jeunes autochtones, de jeunes racisés qui sont retirés de leurs familles par le système de DPJ extrêmement raciste et colonial qui empêche les parents autochtones d'élever leurs enfants, et qui se retrouvent dans des situations extrêmes de vulnérabilité, de pauvreté extrême dès un très jeune âge et qui vont échanger des services sexuels, encore une fois, pour survivre, pour avoir une place où dormir, pour pouvoir manger, pour avoir...

Mme Wesley (Sandra) : ...et qui sont retirés de leur famille par le système de DPJ extrêmement raciste et colonial qui empêche les parents autochtones d'élever leurs enfants, et qui se retrouvent dans des situations extrêmes de vulnérabilité, de pauvreté extrême dès un très jeune âge, et qui vont échanger des services sexuels, encore une fois, pour survivre, pour avoir une place où dormir, pour pouvoir manger, pour avoir un petit espoir quelque part de se sortir de cette pauvreté-là.

On parle aussi de jeunes qui consomment des drogues puis dont la consommation de drogues précède longuement toute implication dans l'industrie du sexe. Et puis ces jeunes-là n'ont pas soutien réel. On est dans une crise de surdoses où plus de gens au Canada meurent de surdose qu'au haut de la crise des morts au niveau du sida dans les années 90. Et il n'y a pas de soutien réel pour les jeunes. Donc, les jeunes sont dans des situations de plus en plus précaires s'ils consomment des drogues. Et tout ce qu'on leur offre, c'est l'abstinence seulement ou de les enfermer quelque part pour éviter qu'ils consomment.

Donc, ces jeunes-là ne sont pas rejoints, ne se reconnaissent aucunement dans les discours dominants et ne se sentent pas non plus être les personnes qui sont concernées par une commission comme celle-ci. Donc, par contre, l'ensemble de la communauté des travalleuses du sexe, généralement adultes, nous vivons les impacts quotidiens de cette obsession, de cette fascination-là avec la possibilité qu'il y aurait beaucoup de mineurs dans l'industrie du sexe.      Toutes les opérations de répression policière dans les dernières années sont axées sur cette idée qu'on cherche des mineurs dans nos milieux de travail. On parle de choses horribles comme cet été, quand des policiers ont envahi tous les bars de danseuses et plusieurs salons de massage à Montréal pour aller faire un inventaire des «tattoos» et des piercings des travailleurs du sexe, en nous disant que, bien, quand on va te trouver morte, on pourra identifier ton corps. Et l'excuse qu'on donne pour ce genre de comportement complètement inacceptable, c'est : Bien, on cherchait des mineurs dans ces clubs-là.

L'opération RADAR, qui encourage tous les hôtels et tous les gens de l'industrie du tourisme et du transport de dénoncer les travailleuses du sexe à la police, depuis cet été, est encore une fois avec l'excuse de : Bien, on chercher des mineurs dans l'industrie du sexe. Par contre, c'est les travailleuses du sexe adultes qui vivent les conséquences de ça.

Et, dans un pays où on a un tueur en série à Vancouver qui a tué près d'une centaine de travailleuses du sexe, c'est inacceptable qu'on n'a pas encore compris que la répression policière contre l'industrie du sexe nous tue, la répression policière nous met en danger. Ça brime nos droits humains. Et cette excuse-là de chercher des mineurs n'est pas suffisante pour brimer nos droits.

Donc, pour revenir aux statistiques, je vous ai fourni une petite bibliographie. On vous fournira les documents plus détaillés plus tard. Mais je vous invite à lire ces documents, notamment le brief de John Lowman, qu'il avait déposé au Sénat lors des auditions sur la loi C-36. Donc, ça vous détaille assez clairement pourquoi cette idée-là que l'âge moyen d'entrée serait 14 ans est absurde. Donc, s'il y en a d'entre vous qui ont un minimum de connaissances statistiques, vous pouvez très facilement voir que, pour avoir un âge moyen de 14 ans, il faudrait vraiment, là, une armée de très jeunes enfants travailleuses de sexe pour chaque femme de 60 ans qui commence à vendre des services sexuels parce que sa pension n'est pas suffisante pour survivre. Donc, c'est absurde. On le sait que c'est absurde. John Lowman vous explique un peu d'où vient ces chiffres-là, qui sont répétés sans cesse comme s'ils étaient des faits. Et donc vous avez besoin d'être plus responsables et d'arrêter de répéter des choses comme ça qui ne sont basées dans rien de concret. Donc, également, donc, il y a d'autres chiffres qui sont répétés. Si vous n'avez pas une source vraiment claire et réelle pour citer des chiffres, il faut arrêter de le faire. Ça cause du tort quotidien à toutes les personnes dans l'industrie du sexe, particulièrement aux jeunes.

Une autre chose qui est vraiment importante, c'est : Il faut être critique des prises de parole que vous entendez. La majorité des personnes que vous avez entendues jusqu'à maintenant ont ouvertement comme objectif d'éliminer toute l'industrie du sexe, donc d'éliminer les adultes qui échangent des services sexuels, de nous éliminer, les travailleuses du sexe. Donc, ces personnes-là, évidemment, il faut être très critique de toute prise de parole sur les jeunes. Parce que c'est une stratégie qui est très claire dans les dernières années, ces groupes-là, qui sont très idéologiques, se sont rendus à l'évidence que le public au Québec, au Canada, n'est pas intéressé à la répression contre les adultes dans l'industrie du sexe et que la seule façon de convaincre la population de soutenir des opérations qui briment nos droits, c'est en justifiant qu'on serait toutes mineures ou qu'on serait toutes des victimes de traite humaine. Donc, s'il y a cette idéologie-là qui est la force derrière des paroles que vous entendez, il faut en être critique.

Donc, maintenant, pour parler des besoins réels des jeunes, donc, notre impression, quand on est des jeunes qui sont dans ces situations-là, c'est que le système ne s'intéresse pas à nos besoins, à nos conditions de vie, à notre bonheur, à notre bien-être, qu'on peut être pauvres, on peut être dans la rue, on peut être éduqués dans la province en Amérique du Nord qui a le plus bas taux de graduation secondaire, on peut vivre de la violence à la maison où ailleurs, on peut n'avoir aucune idée claire de qu'est-ce qu'on va avoir comme futur, tout ça, c'est correct, en autant qu'on n'est pas en train d'avoir des relations sexuelles contre de l'argent. Et le focus n'est pas d'améliorer nos vies, c'est de s'assurer qu'on n'ait plus aucune relation sexuelle contre de l'argent. Et ça, c'est quelque chose qui est très difficile à vivre, qui est très déshumanisant...

Mme Wesley (Sandra) : ...de qu'est-ce qu'on va avoir comme futur, tout ça, c'est correct, en autant qu'on n'est pas en train d'avoir des relations sexuelles contre de l'argent. Et le focus n'est pas d'améliorer nos vies, c'est de s'assurer qu'on n'ait plus aucune relation sexuelle contre de l'argent. Et ça, c'est quelque chose qui est très difficile à vivre, qui est très déshumanisant et qui vient recentrer tous nos problèmes, non pas sur la complexité de nos vies, mais sur un élément qui, souvent, est quelque chose qu'on fait par survie. On le fait parce qu'on a un problème et on a besoin de le régler. Pourtant, il n'y a personne qui veut vraiment s'adresser au vrai problème.

Ensuite, un autre élément. Donc, il y a une commission actuellement qui regarde la DPJ, et puis donc, dans cette commission-là, il y a de nombreux témoins qui témoignent comme quoi la DPJ peut nuire beaucoup plus qu'elle aide. Et c'est vrai également dans le cas de jeunes qui échangent des services sexuels contre de l'argent ou toute autre chose. Donc, dès qu'une jeune expérimente avec le travail du sexe, ou même elle y pense, elle montre un petit intérêt, elle part en fugue, on assume que c'est ça qu'elle veut faire, donc on l'enferme dans un centre jeunesse, souvent jusqu'à ses 18 ans, souvent sans aucune façon de sortir sans embarquer dans tout un discours qui ne la rejoint pas du tout. Donc, on veut que nos jeunes soient fortes, soient indépendantes, soient autonomes, par contre, on les traite comme si elles n'ont aucune capacité d'agir et aucune capacité de prendre des bonnes décisions pour elles, puis on les enferme à la place. Le message qu'une jeune qui était tentée par l'industrie du sexe reçoit quand elle se fait enfermée en centre jeunesse, c'est que, oui, la coercition et la forcer à faire des choses, c'est quelque chose qui est normal et acceptable dans notre société.

Ensuite, un autre élément vraiment central qui n'est pas adressé suffisamment, c'est la criminalisation du travail du sexe, c'est le facteur central primordial qui facilite l'exploitation dans l'industrie du sexe, l'exploitation à tous les niveaux, mais incluant auprès des mineurs. Donc, nous, les travailleuses du sexe, nos clients, nos collègues de travail, on n'a aucun droit, aucune protection au niveau des normes du travail, aucun recours réel lorsque nous vivons de la violence, puis on vit dans une société qui a choisi comme objectif de nous éliminer plutôt que de nous donner des droits. Et donc c'est sûr que ça créé un climat qui est très favorable à l'exploitation lorsqu'en tant que travailleuse du sexe, on n'a aucun recours. Eh bien, une personne qui cherche à exploiter quelqu'un d'autre va cibler ces endroits-là où des personnes se retrouvent sans protection au niveau des lois. Si un client risque de se faire arrêter s'il rapporte une situation problématique à la police, eh bien, ça devient très difficile d'agir. Puis, dans les faits, il n'y a personne dans l'industrie du sexe à aucun niveau qui veut des mineurs dans l'industrie. Au contraire, les mineurs qui arrivent à travailler dans l'industrie, généralement, elles sont très créatives, elles ont toutes sortes de façons d'avoir des fausses cartes et de toutes sortes de choses pour convaincre les employeurs dans l'industrie qu'elles sont vraiment... qu'elles ont vraiment plus que 18 ans. Et dès que quelqu'un est découvert comme mineur, eh bien, elle ne peut pas continuer à travailler, ce n'est pas quelque chose qui existe dans la vraie vie, dans l'industrie du sexe.

Donc, évidemment, dans les faits concrets, ce qui arrive, c'est que, quand nous, dans l'industrie, si on est adulte dans l'industrie et qu'on voit une personne en détresse, on voit une personne qui a des besoins, eh bien, c'est nous qui allons l'aider, c'est nous qui allons trouver des façons de lui venir en aide. Puis quand on sait que, si on utilise l'État, que, si on appelle la police, que, si on implique la DPJ, que, si on... même on accompagne cette jeune-là pour faire ces démarches-là elle-même, que, ce qui va arriver, c'est que nous, nos collègues de travail, nos clients vont se faire arrêter, qu'on va perdre notre source de revenus. Ça devient très difficile d'offrir de l'aide concrète à ces personnes-là. Une fois que le travail du sexe sera décriminalisé, nous serons les meilleurs alliés pour lutter contre toutes les formes d'exploitation dans l'industrie.

Finalement, le stigma dans l'industrie est quelque chose qui est aussi un facteur important qui... et ce stigma-là, il peut nous positionner des fois en tant que victime totale et sans... ou comme des délinquantes, des personnes sans bonne moralité, des personnes sales. Il y a toutes sortes de façons que le stigma anti-travailleuses du sexe s'exprime, et puis donc c'est l'autre pilier qui fait que ça facilite la situation si quelqu'un veut nous exploiter. Si quelqu'un peut nous dire : Je vais le dire à ta famille qu'est-ce que tu as fait, ou je vais le dire à tout le monde, je vais te «outer» publiquement, la conséquence sur cette jeune-là, c'est que... probablement que toute sa vie, ça va la suivre. Elle ne pourra pas avoir un emploi sans se faire mettre dehors, elle sera barrée de toutes sortes de situations, elle va perdre sa famille, elle va perdre toutes sortes de choses que... Plus tard dans sa vie, quand on est «outer» comme travailleuses du sexe, bien, on attire des fois des conjoints qui veulent être violent envers nous parce que c'est normal d'être violent envers des travailleuses du sexe. Donc, le stigma va faciliter l'exploitation. Donc, ce qu'on a besoin, c'est de trouver des façons de réduire ce stigma.

• (13 h 30) •

Un des moyens de survie que beaucoup de jeunes dans l'industrie utilisent, c'est d'embarquer dans ce discours-là, de : Oui, je suis victime. Oui, je n'aurais jamais fait ça si je n'avais pas été forcée. Oui, oui, oui, je suis une victime. C'est une des petites façons qu'on a de laver un peu ce stigma-là qui nous suit partout, où on ne nous voit plus comme une criminelle, comme une délinquante, comme une mauvaise personne, mais peut-être comme une victime qui a besoin d'être sauvée. Puis à ce moment-là, si on répète adéquatement des histoires d'horreur, au fil du temps, bien, les gens nous respectent un petit peu. Mais on a besoin de mieux que ça, on a besoin de créer une situation...


 
 

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